bandeau congres

Exporter en PDF

Punition du chien : on en parle ?

Claude BEATA
AFVAC
Toulon France
Sylvia MASSON
AFVAC
Voreppe France

« La violence est le dernier refuge de l’incompétence » I. Asimov

La punition a mauvaise réputation.

Si l’on entend par punition, l’ensemble des mesures physiques, violentes, coercitives qui peuvent être appliquées à un chien pour le forcer à obéir, cette mauvaise réputation est justifiée

I. Définition de la punition

La punition est un stimulus qui apparait ou disparait  à la suite de l’exécution d’un comportement, entraînant une diminution de la probabilité d’apparition de ce comportement.

Il en existe deux types :

  • Punition positive : stimulus aversif qui apparait suite à un comportement, et qui diminue la probabilité de réapparition de ce comportement

Par exemple : mon chien essaye de voler un bout de pain sur la table, je le frappe sur la truffe, il ressent une douleur immédiate. La probabilité de voir le comportement « renifler sur la table » réapparaître a diminué.

C’est aussi cette forme de punition qui est utilisée avec les colliers électriques anti-aboiement : le chien aboie, il reçoit une décharge. La probabilité de voir le comportement « j’aboie » réapparaitre a diminué.

  • Punition négative : stimulus appétitif qui disparaît  par suite d' un comportement et qui diminue la probabilité de réapparition de ce comportement

Par exemple : mon chien aboie quand quelqu’un sonne à la porte. Son comportement montre qu’il souhaite « accueillir » les visiteurs. Si, dès qu’il aboie, il est exclu dans une pièce qui ne lui permet pas l’accueil, il y a là une vraie punition négative.

Ainsi, parler de punition pourraît être sensu stricto parler des punitions positive et négative, c’est-à-dire des moyens permettant de diminuer l’apparition d’un comportement. Souvent, les débats vont même cibler uniquement les punitions positives.

Mais parler de punition, c’est parler de stimulus aversif, et dans ce cas, il nous faut considérer les méthodes coercitives, c’est-à-dire aussi les renforcements négatifs.

II. Punition positive : pourquoi elle est essentiellement inapplicable

Nous avons tous en tête un ou quelques cas où la punition positive la plus basique a parfaitement fonctionné et parfois cela nous trouble au moment de l'interdire à nos clients

1. Le point de vue du chien

Une des questions à se poser lorsque l’on souhaite faire diminuer l’incidence d’un comportement indésirable en utilisant la punition est : suis-je en train d’appliquer une punition positive ?

Le seul moyen de le vérifier est de regarder le résultat : le chien semble-t-il avoir peur ou mal et le comportement visé a-t-il diminué  à la suite de ma supposée punition ? En effet, pour un chien qui n’aime pas le contact physique une « caresse » peut constituer une véritable punition. A l’inverse, un chien très peu sensible et qui aime les contacts ne va pas réagir à une tape répétée de la main sur le flanc.

Cette variabilité individuelle rend difficile le réglage de l’intensité optimale à appliquer pour « punir correctement ».

a) Règles d’application

Pour être efficace, il a été démontré qu’une punition positive devait suivre les règles suivantes (Blackwell et al., 2006) :

  • Immédiate : elle doit être appliquée dans la seconde qui suit le début de l’exécution du comportement indésirable
  • Systématique : appliquée à chaque fois que le comportement indésirable est produit
  • De forte intensité (Polsky, 1994)

Une punition positive appliquée correctement est efficace très rapidement et de façon très durable car le cerveau est programmé pour se sensibiliser très vite aux contextes désagréables ou qui font peur. C’est un principe protecteur qui permet la survie en milieu naturel.

Autrement dit, une punition appliquée plus de quelques fois et qui semble ne pas être efficace doit être stoppée. Cela peut être une punition qui n’a pas valeur de punition (une caresse pour empêcher le chien de sauter par exemple), ou une punition mal appliquée (mauvais timing, mauvaise intensité) ou un chien qui ne répond plus aux règles du conditionnement opérant parce qu’il est malade (par exemple un chien phobique des humains qui continue d’aboyer sur les inconnus malgré le fait qu’on l’écrase par terre en criant à chaque rencontre).

b) Conséquences pratiques

En pratique, il est très difficile d’appliquer ces règles :

  • Immédiate : cela demande un savoir faire et une préparation importante, réalistes pour des éducateurs entraînés, mais plus difficiles à respecter pour nos propriétaires. Dans l’exemple des aboiements, il est ainsi fréquent d’observer une sanction après l’accumulation des aboiements, mais presque jamais au début du premier aboiement.
  • Systématique : là encore selon l’humeur du propriétaire et son niveau d’agacement, la règle est difficile à respecter
  • De forte intensité : comme nous l’avons précisé plus haut, le réglage d’une intensité idéale pour la punition est utopique car fondamentalement individuel. Le risque est double : une intensité trop forte peut conduire à des états phobiques, anxieux, voire dépressifs et ce dès la première punition. A l’inverse une intensité trop faible sera sans effet et une augmentation graduelle peut conduire à l’habituation.

c) Risques liés à l’utilisation de la punition

La littérature scientifique abonde d’articles qui démontrent les risques liés à l’utilisation de la punition et plus largement à l’utilisation des méthodes coercitives (punition positive et renforcement négatif) : association possible avec un stimulus externe (Schielder and Van der Borg, 2004), risque d’abus sous le coup des émotions, augmentation du cortisol salivaire, augmentation de la fréquence cardiaque (Beerda et al. 1998), blessures physiques (Lindsay, 2005), détresse et comportements évoquant une souffrance, agressions (Herron et al. 2009).

Un argument majeur contre la punition concerne la pauvreté du répertoire comportemental appris par le chien : en d’autres termes en punissant son chien on lui interdit d’exécuter un comportement, mais on ne lui apprend pas de réponse adaptée. Lorsqu’il se retrouvera en situation de stress, les chances qu’il réagisse de la même manière que ce qui lui a toujours été montré, c’est-à-dire agressivement, sont élevées.

Plusieurs revues de la littérature scientifique concluent ainsi que les punitions positives et les renforcements négatifs devraient être bannis (Ziv, 2017 ; Masson et al., 2018), d’autant plus que des méthodes alternatives aussi efficaces mais ne portant pas atteinte au bien-être du chien existent.

III. En pratique : comment « punir » ou réprimander ou sanctionner ?

1. Comment supprimer un comportement indésirable ?

Plusieurs techniques peuvent être envisagées pour diminuer la probabilité d’apparition d’un comportement indésirable :

a) Extinction

Par exemple : si un chien réclame à table, l’arrêt complet de toute récompense alimentaire pendant les repas va éteindre le comportement « réclamer à table » et le chien va stopper ce comportement qui ne lui apporte aucun avantage.

b) Punition négative

Par exemple : arrêter de jouer avec un chien dès qu’il est brutal permet de lui apprendre à se contrôler dans les interactions.

c) Disruption et renforcement positif d’un comportement incompatible avec le comportement indésirable.

Cette technique a le grand avantage d’apprendre au chien une solution fonctionnelle

Par exemple : lorsqu’un chien mordille le mobilier, on peut lui dire non ! et l’inviter à jouer avec ses jouets. Dès qu’il joue on peut le féliciter.

Cette façon de rediriger le chien vers des comportements plus adaptés permet d’élargir son répertoire comportemental vers des registres socialement adaptés (contrairement à la punition qui va l’appauvrir en le dirigeant vers des comportements potentiellement agressifs)

d) Ne pas punir ne veut pas dire absence de cadre

La non utilisation des méthodes coercitives n’inclut pas l’absence de cadre. La présence de règles de vie connues par tous les membres du groupe est au contraire un élément apaisant.

Pour faire respecter les règles, il suffit d’exprimer son désaccord en excluant le chien.

Par exemple : un chien qui cherche à voler de la nourriture à table est renvoyé dans son panier systématiquement.

C’est une punition négative (ou punition « affective ») : si tu essayes de voler de la nourriture (comportement indésirable) alors il y a disparition d’un stimulus agréable (être au contact des membres du groupe).

2. Le chien grandit, la réprimande s’adapte

De la même manière que nous adaptons nos réprimandes à nos enfants, il faut apprendre à les adapter à nos chiens. Avant la puberté, tenir le chien physiquement pour l’aider à contrôler son excitation a du sens. Nous faisons cela pour nos jeunes enfants en les serrant contre nous tant qu’ils n’ont pas réussi à se décontracter. En revanche, nous évoluons avec eux et cette façon de faire est progressivement remplacée par une réprimande verbale, voire une explication et un rappel à la règle.

Chez le chien, la réprimande devient à l’adolescence l’exclusion du groupe social. Cette règle lorsqu’elle n’est pas respectée peut conduire à des agressions par irritation justifiées du point de vue du chien, qui subit une manipulation inadaptée. Que ferait un adolescent de 14 ans que l’on chercherait à tirer par le bras pour venir à table ?

IV. Conclusion : plus qu’une règle absolue, une philosophie

Les connaissances scientifiques actuelles ne laissent que peu de place à la punition positive. Les preuves des risques liés à son utilisation sont accablantes et des alternatives existent.

Cependant, les idées reçues, les traditions et la méconnaissance de ces évidences font que le travail de communication au grand public ne fait que commencer. Gardons nous donc de juger et choisissons de transmettre le message : punir c’est mal, mais nous le faisons tous. L’important est d’être convaincu que la violence n’est pas la solution et de chercher une alternative qui aurait pu être plus adaptée à la situation.

Bibliographie

  • BEERDA et al. Behavioural, saliva cortisol and heart rate responses to different types of stimuli in dogs, Applied Animal Behaviour Science, 1998, 58 : 365-381
  • Blackwell, E.J., Twells, C., Seawright, A., Casey, R.A., 2008. The relationship between training methods and the occurrence of behavior problems, as reported by owners, in a population of domestic dogs. J. Vet. Behav. Clin. Appl. Res. 3, 207–217. doi:10.1016/j.jveb.2007.10.008
  • HERRON M.E et al. Survey of the use and outcome of confrontational and non-confrontational training methods in client-owned dogs showing undesired behaviors, Applied Animal Behaviour Science, 2009, 117 : 47-54
  • LINDSAY S. Biobehavioral monitoring and electronic control of behavior, Handbook of Applied Dog Behaviour and Training : Procedures and Protocols, Vol 3. Ames, Iowa : Blackwell et al. publishing, 2005, 557-627
  • Masson, S. et al. Electronic training devices: Discussion on the pros and cons of their use in dogs as a basis for the position statement of the European Society of Veterinary Clinical Ethology. J. Vet. Behav. 25, (2018).
  • Polsky R.H., 1994. Electronic shock collars : are they worth the risks ? Journal of the American Hospital Association, Vol. 30
  • SCHILDER M.B.H., VAN DER BORG J.A.M. Training dogs with the help of the shock collar : short and long term behavioural effects, Applied Animal Behaviour Science, 2004, 85 : 319-334
  • Ziv, G., 2017. The effects of using aversive training methods in dogs—A review. Journal of Veterinary Behavior: Clinical Applications and Research. doi:10.1016/j.jveb.2017.02.004
Pas de conflit d'intérêt déclaré.