📃 Abord du thorax : quelle approche chirurgicale pour quelle indication ?
Guildford, Royaume-Uni
I. Introduction
Par rapport à son pendant abdominal, la chirurgie thoracique peut initialement être perçue comme techniquement intimidante en raison de la nécessité d'une ventilation mécanique, des mouvements constants du cœur et des poumons, de la relative difficulté d'ouverture et de fermeture du thorax par rapport à l'abdomen, de l'importance évidente de choisir judicieusement la bonne voie d'abord au vu de l'exposition limitée offerte par la plupart d'entre elles et de la nécessité de gérer le pneumothorax iatrogène postopératoire.
Le choix de la voie d'abord optimale constitue un déterminant majeur de la maîtrise technique et du succès d'une intervention chirurgicale thoracique, reposant globalement sur quelques critères clés.
Choisir entre une thoracotomie latérale (intercostale), une sternotomie médiane et une approche mini-invasive (thoracoscopie/chirurgie thoracique vidéo-assistée [VATS]) dépend de trois facteurs fondamentaux :
- Localisation et nature de la lésion (unilatérale vs bilatérale, masse focale ciblée vs affection diffuse, taille et position de la lésion)
- Accès et exposition chirurgicale requis (besoin d'une exploration et d'un contrôle étendus vs simple biopsie/résection ciblée)
- Stabilité du patient, expérience du chirurgien et équipement disponible.
II. Thoracotomie latérale (intercostale)
La thoracotomie intercostale demeure la voie d'abord de choix pour les affections thoraciques unilatérales ciblées, car elle est rapide, facile à réaliser et peu traumatique.
1. Planification anatomique et exposition
Le patient est généralement placé en décubitus latéral, le côté atteint orienté vers le haut. L'abord traverse un espace intercostal. Dans la grande majorité des cas, aucune section osseuse n'est nécessaire.
L'espace intercostal (EIC) doit être rigoureusement adapté à la structure ciblée :
- 3e–4e EIC : médiastin crânial, artère pulmonaire, persistance du 4e arc aortique droit (4e EIC gauche)
- 4e–5e EIC : persistance du canal artériel (4e EIC gauche), lobes pulmonaires crâniaux, lobe pulmonaire moyen
- 5e–6e EIC : lobes pulmonaires caudaux (gauche ou droit)
- 7e–9e EIC : œsophage distal, veine cave caudale
- 9e–11e EIC : canal thoracique (à droite chez le chien, à gauche chez le chat)
2. Points forts
- Accès hilaire direct : offre l'approche la plus directe et perpendiculaire aux vaisseaux du hile pulmonaire ainsi qu'aux structures vasculaires dorsales profondes, ce qui est critique lors de la sécurisation de gros vaisseaux fragiles pendant les lobectomies complètes. Elle offre le meilleur abord du hile des poumons, de la base du cœur, des grands vaisseaux et des nœuds lymphatiques trachéobronchiques.
- • Champ opératoire focalisé : maintient le champ chirurgical centré directement sur l'organe d'intérêt sans mobiliser l'ensemble du parenchyme pulmonaire.
3. Pièges et nuances techniques
- Exposition limitée : si l'espace intercostal est mal choisi, l'exposition est sévèrement restreinte, rendant l'intervention inconfortable ou nécessitant la réalisation d'une seconde thoracotomie au niveau du site adéquat.
- Restriction unilatérale : il est impossible d'évaluer ou d'intervenir sur l'hémithorax controlatéral via une incision intercostale.
- Douleur postopératoire : la subluxation des côtes et la compression du pédicule vasculonerveux intercostal lors de la fermeture sont responsables d'une douleur postopératoire significative. Les blocs nerveux intercostaux (infiltration locale de bupivacaïne 2 espaces en amont et en aval) et/ou les cathéters de diffusion de site opératoire (wound-soaking catheters) sont essentiels pour contrôler cette douleur.
III. Sternotomie médiane
La sternotomie médiane offre une vue panoramique étendue de la cavité thoracique, comparable à ce à quoi les chirurgiens sont habitués pour l'abdomen lors de cœliotomies médianes. Elle s'effectue cependant au prix d'un abord long et traumatisant.
1. Planification anatomique et exposition
Le patient est positionné en décubitus dorsal. L'incision est réalisée sur la ligne médiane ventrale en regard des sternèbres, et le sternum est sectionné à l'aide d'une scie oscillante.
La sternotomie peut être totale (du manubrium au xiphoïde) ou partielle (crâniale ou caudale). Dans la mesure du possible, une sternotomie partielle sera privilégiée afin de préserver la stabilité du sternum face aux forces de cisaillement.
2. Points forts
- Accès bilatéral : indispensable lorsque l'affection implique les deux cavités pleurales (ex. pneumothorax/hémothorax traumatique bilatéral, exploration étendue lors de traumatismes pénétrants, parage de pyothorax) ou lorsqu'une exploration large s'impose (ex. pneumothorax spontané).
- Large exposition : offre une exposition suffisante pour aborder des masses volumineuses telles que les grands thymomes, les tumeurs pulmonaires étendues ou les abcès para-œsophagiens.
3. Pièges et nuances techniques
- Accès dorsal/hilaire limité : visualiser la région dorsale de l'hémithorax, l'origine des grands vaisseaux ou le hile pulmonaire profond peut s'avérer difficile, en particulier chez les chiens à thorax profond. Réaliser une dissection hilaire dorsale complète sur un volumineux lobe pulmonaire caudal par sternotomie présente un risque non négligeable.
- Biomécanique de fermeture : la fermeture de la sternotomie requiert une parfaite stabilité pour prévenir la disjonction sternale, la pseudarthrose et les douleurs intenses. Cela exige une technique rigoureuse, bien plus exigeante que la fermeture d'une thoracotomie latérale.
- Temps opératoire : l'ouverture et la fermeture d'une sternotomie médiane sont chronophages et représentent un délabrement tissulaire collatéral important. Elle ne doit être retenue que lorsqu'aucune autre voie n'est adaptée.
IV. Approches mini-invasives : thoracoscopie et CTVA (VATS)
La thoracoscopie et la chirurgie thoracique vidéo-assistée (CTVA/VATS) sont idéales pour les interventions diagnostiques et thérapeutiques thoraciques ciblées.
1. Modalités : thoracoscopie pure vs CTVA (VATS)
- Thoracoscopie pure : réalisée entièrement à travers 2 à 3 petits orifices de trocart (5 à 10 mm) à l'aide d'optiques d'endoscopie, d'instruments de thoracoscopie, de dispositifs d'énergie/scelleurs de vaisseaux endoscopiques et/ou d'agrafeuses endoscopiques.
- Chirurgie thoracique vidéo-assistée (VATS) : combine la visualisation endoscopique via un trocart optique avec une mini-incision intercostale dite « d'utilité » (2 à 4 cm) sans recours à un écarteur de côtes. Cela permet d'introduire des instruments conventionnels, d'appliquer des agrafeuses endoscopiques (ex. Endo-GIA) et d'extérioriser des pièces tissulaires volumineuses sans rétraction costale large.
2. Points forts
- Morbidité minime pour le patient : évite les larges incisions et la distraction des côtes, réduisant de façon majeure les scores de douleur, limitant la réponse inflammatoire systémique et accélérant la récupération de la fonction pulmonaire.
- Magnification et illumination : offre une visualisation nettement supérieure du canal thoracique, de la chaîne sympathique, des nerfs phréniques et des surfaces pleurales ventrales par rapport à la chirurgie ouverte.
3. Pièges et contre-indications
- Équipement et expertise : les procédures thoracoscopiques et sous CTVA requièrent un équipement hautement spécialisé et des compétences techniques spécifiques.
- Contraintes de l'espace de travail : nécessite soit une ventilation unipulmonaire (via une intubation endobronchique ou des bloqueurs bronchiques), soit un capnothorax contrôlé à basse pression (insufflation de 2 à 4 mmHg) pour obtenir l'affaissement pulmonaire sans compromis cardiovasculaire délétère.
- Limites liées à la taille des masses : les masses médiastinales crâniales massives ou les tumeurs hilaires centrales excédant 5 à 8 cm de diamètre sont de mauvaises indications pour la thoracoscopie pure en raison de l'espace de travail réduit et des impératifs de sécurité.
- Risque hémorragique : la gestion des plaies vasculaires majeures par voie endoscopique est particulièrement complexe et, selon le positionnement du patient au cours de la thoracoscopie, la conversion en thoracotomie ouverte peut s'avérer inconfortable.

Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Adapter le bilan d'extension
Créteil, France
I. Introduction
Le mastocytome cutané est une tumeur cutanée fréquente chez le chien. Son comportement biologique peut être éminemment variable et est en grande partie conditionné par le stade de la tumeur et son grade.
La détermination du stade passe par un bilan d’extension adapté, fondamental pour préciser le pronostic et proposer le traitement le plus adapté.
II. Quand faire un bilan d’extension ?
La réalisation d’un bilan d’extension exhaustif est recommandée lors de mastocytome cutané. Toutefois, le coût élevé de celui-ci peut être une limite à sa réalisation systématique. Il est donc fondamental d’identifier les situations pour lesquelles ce bilan d’extension est inispensable.
Celui-ci s’impose dans les situations suivantes :
- mastocytomes de haut grade, confirmés par analyse histologique d’une pièce d’exérèse (le bilan d’extension a alors lieu a posteriori), d’une biopsie ou suspectés par analyse cytologiques ;
- métastases ganglionnaires.
Si le grade ne peut être déterminé, certains critères épidémiologiques et cliniques reconnus comme des facteurs pronostiques négatifs justifient la réalisation d’un bilan d’extension avant chirurgie. Ces facteurs pronostiques sont :
- la race du chien : les Boxers présentent souvent des mastocytomes peu agressifs.
- la localisation du mastocytome : les mastocytomes muqueux et du scrotum sont souvent plus agressifs.
- la vitesse d’évolution : les mastocytomes présents depuis plusieurs mois ou années sont rarement agressifs.
- la taille du mastocytome : les mastocytomes de grande taille, infiltrants sont souvent de moins bon pronostic.
- la présence de signes généraux : les mastocytomes des chiens présentant anorexie, vomissements, méléna sont souvent de stades élevés.
III. Bilan d’extension locale
Le bilan d’extension locale des mastocytomes cutanés se limite généralement à une mesure des dimensions maximales de la lésion. Si la tumeur est volumineuse, paraît mal circonscrite, infiltrante, adhérente aux plans sous-jacents, peut présenter une extension cavitaire, un contact osseux ou encore être à proximité d’un organe vital, il sera conseillé de préciser le bilan d’extension locale par des examens d’imagerie.
Ces examens seront particulièrement importants lors de mastocytomes de haut grade de malignité, justifiant une chirurgie large afin de diminuer le risque de récidives locales.
La réalisation d’une imagerie en 3 dimensions (scanner ou Imagerie par Résonance Magnétique) est à ce jour la meilleure option pour un bilan d’extension locale précis.
Elle offre la possibilité d’évaluer de façon précise la taille de la tumeur, les contours de la tumeur, les tissus infiltrés ou au minimum au contact direct de la tumeur (plans musculaires en particulier). Elle autorise ainsi une discrimination objective entre les tumeurs opérables (au sens carcinologique du terme) et celles inopérables (trop étendues, trop infiltrantes…) et une optimisation de la qualité de l’exérèse chirurgicale par la planification préalable de l’intervention : taille de l’incision à envisager, plans musculaires à retirer, marges chirurgicales à prévoir.
IV. Bilan d’extension régionale
Une importance particulière au bilan d’extension régionale doit être portée lors de mastocytome. Les nœuds lymphatiques régionaux sont la première localisation possible des métastases. La fréquence des métastases ganglionnaires est évaluée dans de nombreuses études : elles sont rencontrées dans 30 à 50 % des cas. Elles concernent majoritairement les mastocytomes de haut grade selon Kiupel, les mastocytomes de grade 3 selon Patnaik, les mastocytomes de bas grade selon Kiupel et de grade 2 selon Patnaik qui présentent un ki67 supérieur au seuil défini par le laboratoire mandaté. Néanmoins, des descriptions récentes font état d’infiltrations ganglionnaires lors de mastocytomes de faible grade (y compris présentant des Ki67 inférieurs au seuil du laboratoire) (Cino 2023).
Le bilan d’extension régionale passe déjà par une palpation des nœuds lymphatiques de drainage, périphériques lors de masse cutanée, donc le plus souvent palpables et accessibles aux cytoponctions. Toutefois, des nœuds lymphatiques de taille normale ne peuvent pas être considérés comme indemnes de métastases : près de 50 % des chiens avec un mastocytome et des nœuds lymphatiques non palpables ou de taille normale ont des métastases ganglionnaires histologiques (Ferrari 2018).
Les cytoponctions doivent être systématiques lors de mastocytomes agressifs et lors de tout mastocytome dont le grade n’est pas connu. Les cytoponctions doivent concerner non seulement les nœuds lymphatiques hypertrophiés mais aussi les nœuds lymphatiques de taille conservée.
À noter que si une métastase ganglionnaire est identifiée, il est impératif d'explorer les autres nœuds lymphatiques régionaux pour détecter d'éventuelles métastases supplémentaires.
Certains nœuds lymphatiques ne sont pas accessibles à la palpation et encore moins aux cytoponctions sans guidance par imagerie. C’est le cas des nœuds lymphatiques rétropharyngiens médiaux, du nœud lymphatique sus-sternal, souvent des nœuds lymphatiques axillaires profonds et inguinaux, et systématiquement des nœuds lymphatiques iliaques et de la filière pelvienne. Ils doivent alors être évalués par imagerie qui permettra également de guider leur ponction si possible.
L’échographie aide au repérage des nœuds lymphatiques périphériques et permet d’évaluer les nœuds lymphatiques iliaques. L’examen tomodensitométrique permet une identification systématique des nœuds lymphatiques. Les critères d’imagerie évoquant une éventuelle métastase ganglionnaire sont l’hypertrophie et l’hypoéchogénicité/hypodensité. Toutefois, il n’existe pas de critère d’imagerie permettant de présager efficacement de l’infiltration métastatique d’un nœud lymphatique ; son exérèse est nécessaire pour le diagnostic.
Idéalement, une identification du ou des nœuds lymphatiques sentinelles est recommandée. Il ne s’agit pas systématiquement du nœud lymphatique le plus proche de la tumeur (nœuds lymphatiques sentinelles et nœuds lymphatiques régionaux diffèrent dans un quart des cas). Il peut s’agir de nœuds lymphatiques appartenant à plusieurs lymphocentres, y compris des nœuds lymphatiques non anatomiquement adjacents et/ou controlatéraux. La scintigraphie est utilisée pour rechercher le/les ganglions sentinelle d’une tumeur. D’autres techniques plus accessibles et réalisables avant l’intervention chirurgicale (en remplacement des injections per-opératoires de bleu de méthylène) se développent :
- lymphangiographie indirecte (injection péritumorale d’un produit de contraste iodé) par examen tomodensitométrique,
- échographie de contraste.
La recherche du/des nœud(s) lymphatique(s) sentinelle suivie de son/leur exérèse avec analyse histologique améliore notablement la qualité du bilan d’extension comparativement à la cytoponction des nœuds lymphatiques régionaux : détection de 9 métastases ganglionnaires par technique du nœud lymphatique sentinelle contre une seule par cytoponctions du nœud lymphatique régional dans une étude portant sur 20 mastocytomes explorés selon les deux techniques (Lapsley 2021).
L’ensemble des données disponibles à ce jour s’accorde sur la recommandation de retirer chirurgicalement (ou éventuellement irradier) le(s) nœud(s) lymphatique(s) sentinelle : survie significativement plus longue. Plusieurs études concluent même à un intérêt de retirer chirurgicalement le(s) nœud(s) lymphatique(s) sentinelle de mastocytomes de bas grade, y compris si a posteriori aucune infiltration tumorale de ces nœuds lymphatiques n’était identifiée.
Histologiquement, l’importance de l’infiltration tumorale du nœud lymphatique représente un facteur pronostique : survie plus courte lors d’infiltration massive. Une classification histologique de l’importance de l’infiltration ganglionnaire est définie (classification de Weishaar 2014) : HN0 à HN3.
V. Bilan d’extension générale
Lors de mastocytome, les métastases systémiques sans métastase ganglionnaire sont exceptionnelles. Elles étaient historiquement décrites de manière anecdotique (0 % et 0,4 %), rendant réalisation d’un bilan d’extension générale discutable en l’absence de métastase ganglionnaire. Toutefois, récemment il est rapporté jusqu'à 10 % de chiens présentant une infiltration hépato-splénique sans infiltration ganglionnaire (Pizzoni 2016). Lors de métastases ganglionnaires, la fréquence des infiltrations spléniques est significative, en général de 15 à 20 % des cas. La fréquence des infiltrations hépatiques est mal déterminée. Celle des infiltrations médullaires est de 2 à 3 %. Les métastases pulmonaires sont exceptionnelles lors de mastocytome cutané.
La fréquence des métastases viscérales est également considérée comme très faible lors de mastocytome de bas grade (0,7 %) remettant alors en question la réalisation systématique des cytoponctions hépatospléniques (Rinaldi 2022). Toutefois, une récente méta-analyse rapporte 18 % de chiens à mastocytome de bas grade présentant des métastases à distance (BAE 2020) …
De nombreuses publications faisant état d’infiltration hépatosplénique avérée en présence d’images échographiques normales, il est fortement recommandé de ne pas conclure uniquement sur la base des images échographiques et de réaliser systématiquement des ponctions échoguidées. De même, aucune image échographique n’est pathognomonique d’une infiltration métastatique mastocytaire. La sensibilité, spécificité, valeur prédictive positive et négative de l’échographie abdominale pour la détection des infiltrations viscérales sont évaluées dans une étude à 67 %, 68 %, 21 % et 94 % pour la rate, 29 %, 93 %, 56 % et 82 %, pour le foie. Les mêmes manques de sensibilité et spécificité sont retrouvés pour l’examen tomodensitométrique qui doit ainsi être couplé également à des cytoponctions.
Le myélogramme est conseillé en cas de métastase ganglionnaire ou abdominale, lors de récidive, de nouvelle lésion et de tumeur évolutive.
Il existe un fort poids pronostique de la présence de métastases systémiques lors de mastocytome, justifiant l’intérêt d’un bilan d’extension générale précis : lors d’atteinte splénique et/ou hépatique, les survies décrites varient de 1 à 3 mois maximum et lors d’atteinte médullaire de l’ordre de 1 mois.
VI. Classifications cliniques
Le bilan d’extension permet une classification d’un mastocytome en stades cliniques.
La classification clinique historique des mastocytomes cutanés est celle de l’OMS définissant 4 stades (2 : infiltration ganglionnaire ; 3 : tumeur volumineuse ou multicentrique ; 4 : infiltration hépatosplénique). La survie médiane est de 203 jours pour le stade 2, 164 jours pour le stade 3, 15 jours pour le stade 4.
Des classifications plus récentes sont proposées.
La classification de Horta (2018) prend en compte le nombre de lésions. Selon cette classification, la survie médiane est de 381 jours pour le stade 2, 203 jours pour le stade 3, 90 jours pour le stade 4, et 15 jours pour le stade 5. La présence de tumeurs multiples et celle de métastases ganglionnaires sont identifiées comme facteurs pronostiques défavorables.
La classification de Marconato dite UBo (2024) prend en compte la taille des tumeurs (T1 < 3 cm,T2 ≥ 3 cm), l'examen histologique des nœuds lymphatiques (N0 = HN0, HN1 et HN2, N1 = HN3) et le grade de la tumeur selon Kiupel. Elle introduit également la notion de sous-stade b pour les tumeurs ulcérées ou de grande taille (T2). La médiane de survie spécifique est de 321 jours pour le stade 2 haut et de 150 jours pour le stade 3.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Adhérence pelvienne et déformation urétrale secondaire à une perforation iatrogène créant une obstruction urinaire chez un chat mâle entier : prise en charge par urétropexie
Introduction
Le syndrome urinaire félin obstructif (SUF) est un motif de consultation fréquent en urgence vétérinaire. La prise en charge inclut systématiquement un sondage urétral, pouvant entraîner des complications telles qu'une rupture ou une sténose urétrale. [1]
Dans une étude incluant 1631 chats pris en charge pour obstruction urétrale, la prévalence de rupture des voies urinaires basses associée au sondage n'était que de 0,92 %, soulignant le caractère relativement rare de cette complication ; dans 71 % des cas, la rupture concerne l'urètre. [2]
Ces épisodes d'obstruction peuvent néanmoins se répéter et nécessiter de nouveaux sondages, augmentant le risque de complications iatrogènes. Dans certaines études, environ 20 % des chats développent une sténose urétrale après une rupture urétrale [2]. L'imagerie permet alors de planifier une prise en charge chirurgicale adaptée à la localisation de la sténose.
Anamnèse
Un chat Maine Coon mâle entier de 18 mois est présenté au service de chirurgie pour récidive de SUF sur sténose urétrale suspectée. Deux mois auparavant, il avait présenté des obstructions urétrales associées à une sablose vésicale, nécessitant des sondages répétés.
Le dernier sondage avait entraîné une brèche urétrale, traitée conservativement par pose d'une sonde urinaire pendant une semaine. Après retrait de la sonde, le chat demeure dysurique et nécessite des taxis vésicaux.
Une urétrographie rétrograde suggère une sténose urétrale antépubienne. Une urétroplastie par greffe de muqueuse buccale est envisagée. [3] De façon concomitante, une urétrostomie périnéale est proposée afin de permettre l'introduction d'une sonde de diamètre suffisant pour optimiser la cicatrisation et limiter le risque de récidive du SUF.
Chirurgie
Après urétrostomie périnéale et castration, une sonde de 8 Fr est introduite sans difficulté, suggérant l'absence de sténose circonférentielle vraie. Les hypothèses retenues pour expliquer l'obstruction urétrale sont ; un spasme urétral, une déformation dynamique ou leur association.
Une nouvelle urétrographie rétrograde est réalisée et met en évidence une modification de trajectoire de l'urètre prostatique, disparaissant lors de la mise en tension de l'urètre par taxis externe ou du soulèvement de la vessie, confirmant le caractère dynamique et positionnel de l'obstruction. Le second temps chirurgical est donc modifié.
L'urètre antépubien et pelvien est abordé par une ostéotomie pelvienne et laparotomie médiane caudale. Des adhérences dorsales prostatiques sont disséquées. Deux urétropexies et une cystopexie au muscle droit abdominal (Monotime 3-0) sont réalisées afin d'aligner le trajet vésico-urétral.
La paroi vésicale, épaissie et fibreuse, certainement secondaire à la distension chronique, justifie le maintien d'une sonde en postopératoire. Les radiographies postopératoires confirment une position satisfaisante des structures et une réduction correcte de l'ostéotomie. À deux mois, le chat ne présente plus de dysurie.
Discussion
Ce cas illustre la formation d'adhérences secondaires à un traumatisme urétral, responsables d'une déformation urétrale à l'origine d'une sténose dynamique. Ce mécanisme est probablement auto-aggravant : la distension vésicale altère la vidange et majore le coudage. Le traitement a consisté en une urétropexie associée à une cystopexie afin de corriger cette anomalie positionnelle.
Dans notre cas, l'indication de l'urétrostomie périnéale est motivée par les multiples récidives de SUF mais peut être discutée au regard des complications potentielles, notamment la sténose urétrale distale et les infections urinaires ; elle a également permis d'affirmer notre diagnostic. [4]
Bien que l'urétropexie ait permis le retour à une miction normale, la fixation à la paroi abdominale pourrait exposer à un risque en cas de traumatisme abdominal ou de laparotomie médiane, et induire une réaction inflammatoire locale créant une sténose. L'urétropexie est peu décrite en chirurgie vétérinaire chez la chienne, avec environ 20 % de complications (dysurie, pollakiurie, anurie), et aucune étude ne la rapporte chez le chat. [5]
Conclusion
Ce cas illustre une complication rare d'un sondage urétral agressif ayant entraîné une brèche urétrale responsable d'adhérences pelviennes et d'une déformation dynamique du trajet urétral à l'origine d'une obstruction positionnelle. Il souligne l'intérêt de considérer une cause dynamique chez les chats présentant une dysurie persistante après traumatisme urétral.
En cas de suspicion de brèche urétrale ou de sténose, l'urétrographie rétrograde doit être réalisée de manière dynamique afin d'évaluer les variations du trajet urétral et d'orienter la prise en charge chirurgicale. L'urétropexie associée à une cystopexie peut permettre de restaurer un alignement vésico-urétral fonctionnel.
Bibliographie
- CORGOZINHO KB, DE SOUZA HJM, et al. Catheter-induced urethral trauma in cats with urethral obstruction. JFMS 2007
- TAYLOR S, BOYSEN S, et al. 2025 iCatCare consensus guidelines on the diagnosis and management of lower urinary tract diseases in cats. JFMS 2025
- YIPPADITR W, et al. Buccal mucosal graft urethroplasty in male cats with traumatic complete urethral rupture. JAVMA 2022
- JOHNSTON SA, TOBIAS KM, éditeurs. Veterinary surgery: small animal. Second edition. St. Louis, Missouri: Elsevier; 2018.
- JWHITE RN. Urethropexy for the management of urethral sphincter mechanism incompetence in the bitch. J of Small Animal Practice. 2001
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Antibiothérapie chez le nouveau-né : du choix à l'utilisation
Menton, France
I. Introduction
La période néonatale (naissance à 2-3 semaines) et la période pédiatrique précoce (jusqu'à 6-8 semaines) exposent le chiot et le chaton à un risque accru d'infections bactériennes potentiellement fatales : septicémie néonatale, omphalite, pyodermite, infections respiratoires ou digestives. Chez le chien, la septicémie néonatale touche environ 14,8 % des nouveau-nés et reste la première cause de mortalité durant les trois premières semaines de vie, avec une létalité proche de 25 % [1]. Prescrire un antibiotique chez le nouveau-né ne consiste pas à réduire la dose adulte « au prorata du poids », mais à tenir compte de particularités physiologiques profondes qui modifient à la fois la pharmacocinétique des molécules et la tolérance de l'animal.
II. Diagnostiquer avant de traiter
Une portée qui « ne prend pas bien le poids » ne justifie pas, à elle seule, une antibiothérapie systématique. En l'absence de signes infectieux — léthargie marquée, cri plaintif, diarrhée, détresse respiratoire, omphalite, fièvre ou hypothermie touchant un ou plusieurs chiots d'une même portée — la priorité reste une prise en charge de soutien : réchauffement, apport calorique et colostral, correction d'une hypoglycémie ou d'une déshydratation, amélioration de l'hygiène de mise bas [2].
Le lait maternel n'est pas un prélèvement bactériologique pertinent puisqu'il ne reflète généralement pas les bactéries responsables de la septicémie néonatale. Il est préférable de privilégier une hémoculture, la culture d'un écoulement ombilical en cas d'omphalite, ou un prélèvement dirigé par le site clinique atteint. Des données récentes suggèrent par ailleurs que la lactatémie et la troponine I sérique constituent des biomarqueurs complémentaires utiles, en association avec la leucopénie et l'hypoglycémie déjà classiquement recherchées [1].
Chez un chiot déjà mort, une autopsie réalisée rapidement, avec un prélèvement bactériologique effectué avant toute contamination post mortem, reste très informative pour orienter la prise en charge des survivants de la portée. En pratique, une naissance dystocique ou la présence de méconium dans les membranes fœtales constituent également un critère reconnu pour instaurer précocement une antibiothérapie, même en l'absence de signes infectieux francs à la naissance.
III. Des particularités physiologiques qui influencent directement le choix thérapeutique
- Fonctions hépatique et rénale immatures : elles n'atteignent le niveau adulte que vers 8-12 semaines [2].
- Volume du liquide extracellulaire proportionnellement plus important que chez l'adulte : le volume de distribution des molécules hydrosolubles (bêta-lactamines, aminoglycosides) est accru, ce qui réduit les concentrations tissulaires à dose identique — d'où la nécessité d'utiliser le haut de la fourchette posologique adulte pour les molécules à large marge de sécurité.
- Métabolisme hépatique réduit avant 4 semaines : risque d'accumulation pour les molécules à métabolisation hépatique, au premier rang desquelles le chloramphénicol.
- Absorption digestive imprévisible dans les premières 24 heures de vie, puis perturbée par l'allaitement (chélation, pH gastrique élevé, vidange retardée) : la voie orale est peu fiable chez le tout jeune animal.
IV. Voie d'administration : privilégier le parentéral
- Intraveineuse ou intra-osseuse à privilégier chez l'animal instable ou en urgence vitale (accès jugulaire, céphalique, fémoral, voire ombilical chez le nouveau-né).
- Sous-cutanée acceptable en relais chez l'animal stable et bien hydraté.
- Voie orale à proscrire chez le nouveau-né non sevré : la fiche AFVAC/GERES 2022 insiste sur le fait que les antibiotiques agissent aussi par sélection sur la flore intestinale, en pleine structuration chez le jeune animal — au-delà de l'absorption imprévisible, c'est cette flore commensale naissante qu'il s'agit de préserver [2].
- Voie intramusculaire déconseillée (risque de nécrose musculaire).
V. Ce que recommande la fiche AFVAC 2022 « Nouveau-né »
La fiche AFVAC/Ecoantibio 2022 dédiée au chiot et au chaton de moins de 8 semaines pose un principe simple : commencer par les antibiotiques les plus sûrs et les plus anciens, et ne recourir à des molécules plus puissantes ou plus récentes que si les premières s'avèrent inefficaces. Les germes le plus souvent en cause sont Escherichia coli, Streptococcus spp. et Trueperella pyogenes (anciennement Actinomyces pyogenes) [2].
Antibiotiques à utiliser en première intention : amoxicilline, seule ou associée à l'acide clavulanique — avec une dose initiale augmentée de 50 %, puis une dose d'entretien identique à celle de l'adulte mais à intervalle raccourci (toutes les 8 h au lieu de 12 h) ; céphalosporines de 1ère génération, macrolides, lincosamides et métronidazole, à dose d'entretien identique à celle de l'adulte, sans modification de fréquence [2].
À utiliser avec prudence : les aminosides (néphrotoxicité, surtout avec la gentamicine) ; l'amikacine reste réservée aux situations vitales, sous surveillance de l'hydratation.
À éviter chez le chiot/chaton de moins de 8 semaines : les tétracyclines (chélation du calcium osseux, coloration de l'émail, toxicité hépatique et rénale), les sulfamides-triméthoprime chez l'animal leucopénique ou anémié, et les fluoroquinolones, dont le risque cartilagineux dépend surtout de la durée de traitement plutôt que de la dose.
VI. En situation grave : la septicémie néonatale et l'immunothérapie adjuvante
La septicémie néonatale touche à la fois des germes Gram positifs et Gram négatifs, si bien qu'une une bêta-lactamine seule peut s'avérer insuffisante dans certaines formes graves. Dans ce cas précis, et seulement si le pronostic vital est engagé sans alternative plus sûre et efficace, on peut associer une bêta-lactamine (amoxicilline-acide clavulanique ou ampicilline-sulbactame, dosée à 50 mg/kg IV/IO toutes les 4 à 6 heures) à une fluoroquinolone (marbofloxacine ou enrofloxacine) ou, en réanimation, à un aminoglycoside comme l'amikacine, en attendant les résultats de l'antibiogramme. Chez l'amikacine, les nouveau-nés de moins de 2 semaines sont relativement protégés de la néphrotoxicité grâce à l'immaturité rénale, mais leur volume de distribution est environ trois fois plus élevé avant 4 semaines : une dose de charge plus élevée, suivie d'un espacement des administrations, est recommandée.
Une étude contrôlée récente rapporte un effet bénéfique du plasma frais congelé, en complément de l'antibiothérapie chez le chiot septique : hausse des IgM sériques, résolution plus rapide de la leucopénie et de l'hypoglycémie dès 24 h, lactatémie abaissée en fin de traitement, et absence de mortalité dans le groupe plasma contre 22 % dans le groupe antibiotique seul [1]. Ce résultat préliminaire ouvre une piste adjuvante prometteuse, sans remettre en cause la primauté de l'antibiothérapie.
VII. Molécules à encadrer strictement au-delà de la fiche AFVAC
Trois molécules méritent une vigilance particulière, au-delà de ce que couvre la fiche AFVAC. Le chloramphénicol est à proscrire chez le nouveau-né en raison de l'immaturité des systèmes de biotransformation hépatique, qui favorise son accumulation et augmente le risque d'effets indésirables hématologiques, neurologiques et cardiovasculaires. La céfovécine n'est pas recommandée avant 8 semaines, en raison d'une forte liaison aux protéines plasmatiques, d'une cinétique mal adaptée à cet âge et d'une activité insuffisante sur E. coli au niveau tissulaire. Les fluoroquinolones, enfin, peuvent provoquer des lésions cartilagineuses chez l'animal en croissance ; leur usage doit rester réservé aux situations où le pronostic vital est engagé et où aucune autre molécule n'est efficace, en limitant surtout la durée du traitement plutôt que la dose.
Bibliographie
- PEREIRA KHNP, FUCHS KM, XAVIER GM, et al. Efficacy of fresh frozen plasma immunotherapy as an adjuvant treatment of neonatal sepsis in puppies. Res Vet Sci. 2026. doi:10.1016/j.rvsc.2026.106085.
- AFVAC / Ecoantibio. Fiches de recommandations pour un bon usage des antibiotiques chez les animaux de compagnie. 2e éd. Paris : AFVAC ; 2022 : fiche « Utilisation des antibiotiques chez le chien et le chat nouveau-né » (GOGNY A, ROSSET É, TOPIE E, GERES).
- Catégorisation ANSES/AMEG des antibiotiques à usage vétérinaire pour un usage prudent et responsable. Maisons-Alfort : ANSES ; 2021.
- WEESE JS et coll. ACVIM Consensus Statement on Therapeutic Antimicrobial Use in Animals and Antimicrobial Resistance. J Vet Intern Med. 2015 ; 29 : 487-498.
- FREY E et coll. 2022 AAFP/AAHA Antimicrobial Stewardship Guidelines. J Am Anim Hosp Assoc. 2022 ; 58(4) : 1-5.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Apport de l'imagerie en bande étroite (NBI) dans la différenciation entre le lymphome intestinal à cellules T de bas grade et l'entéropathie lymphoplasmocytaire chez le chat avant l'analyse histopathologique : une étude prospective en aveugle
Introduction
La différenciation entre le lymphome intestinal à cellules T de bas grade (LGITL) et l'entéropathie lymphoplasmocytaire (LPE) féline repose sur l'histopathologie et l'immunohistochimie. À ce jour, aucun critère clinique ou paraclinique ne permet de distinguer ces deux affections de manière fiable.
L'imagerie en bande étroite (NBI - Narrow-Band Imaging) est une technique endoscopique avancée qui améliore la visualisation de l'architecture muqueuse superficielle et du réseau microvasculaire.
Cette étude observationnelle prospective visait à évaluer l'utilité diagnostique du NBI pour différencier le LGITL de la LPE ainsi que l'accord inter-observateur dans l'interprétation des anomalies muqueuses observées.
Matériel et résultats
Les chats présentant des signes gastro-intestinaux chroniques (diarrhée, vomissements évoluant depuis plus de trois semaines) ou non spécifiques (perte de poids, dysorexie) ont été inclus de manière prospective, lorsque l'évaluation clinique justifiait la réalisation de biopsies digestives.
Les examens complémentaires préalables comprenaient un bilan hémato-biochimique, un dosage de la cobalamine et une échographie abdominale mettant en évidence des anomalies compatibles avec une entéropathie chronique.
Des images de l'intestin grêle en lumière blanche et en NBI ont été acquises par endoscopie haute et basse, lorsque les segments étaient accessibles. Des biopsies endoscopiques ont ensuite été prélevées et évaluées en aveugle par un anatomopathologiste selon les critères de la WSAVA.
L'inclusion définitive nécessitait un diagnostic de certitude de LGITL ou de LPE établi par histologie et immunohistochimie. Les chats pour lesquels des images duodénales n'étaient pas disponibles (par exemple en cas de pylore infranchissable) ont été exclus.
Un opérateur expérimenté, en aveugle des résultats histologiques, a développé un système de score NBI évaluant la densité macroscopique de la muqueuse, l'architecture des villosités et la présence de foyers hyperémiés. Un seuil diagnostique optimal a été déterminé par analyse des courbes ROC (Receiver Operating Characteristic).
Les scores élevés définissaient un aspect évocateur de LGITL (augmentation de la densité muqueuse, villosités arrondies et aplaties avec un aspect en pavage, foyers hyperémiés multiples et disséminés), tandis que les scores plus bas caractérisaient un aspect de LPE (densité muqueuse plus faible, villosités longues, foyers hyperémiés rares ou absents).
Un second opérateur, en aveugle du diagnostic définitif, a évalué rétrospectivement les images NBI à l'aide de cette grille de lecture.
Entre octobre 2024 et mars 2026, 35 chats ont été inclus de manière prospective (26 LGITL, 9 LPE). Trois chats du groupe LGITL ont été exclus en raison d'un pylore infranchissable empêchant l'évaluation duodénale en NBI.
Parmi les 32 chats restants, l'évaluation des images basée sur le score NBI a montré une sensibilité de 91 %, une spécificité de 89 %, une valeur prédictive positive de 95 % et une valeur prédictive négative de 80 % pour la détection du LGITL. Cinq cas se situaient exactement à la valeur seuil.
Les erreurs de classification se sont limitées à un faux positif (une LPE sévère) et deux faux négatifs (LGITL à un stade précoce). L'accord inter-observateur en aveugle pour la classification diagnostique binaire s'est révélé substantiel (κ = 0,79).
Les principales limites techniques comprenaient une insufflation inadéquate, des acquisitions d'images hors phase d'avancée de l'endoscope (notamment lors du retrait), un pylore infranchissable, des lésions iléales inaccessibles et la présence de résidus alimentaires.
Conclusion
En conclusion, en tant qu'outil complémentaire non invasif réalisable lors d'une endoscopie de routine, le NBI met en évidence des caractéristiques muqueuses macroscopiques distinctes susceptibles d'aider à différencier le LGITL de la LPE chez le chat, préalablement à l'analyse histopathologique.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Apport du myélogramme dans le bilan d’extension et le pronostic des lymphomes multicentriques canins : étude rétrospective de 74 cas
Introduction
Le pronostic des lymphomes B de haut grade (classés ici sous l’acronyme DLBCL) est connu pour dépendre du stade et sous-stade, et notamment pour être défavorable lors de stade V défini par une infiltration médullaire.
Les objectifs de cette étude rétrospective étaient de déterminer la prévalence du stade V avec atteinte médullaire dans les lymphomes multicentriques canins, d’évaluer la corrélation entre les formes leucémiques et le degré d’infiltration médullaire et enfin d’évaluer le pronostic de survie sous chimiothérapie en fonction du stade clinique et du sous-stade au moment du diagnostic.
Matériel et résultats
Soixante-quatorze chiens présentant une forme multicentrique de lymphome entre mars 2015 et mars 2026 avec évaluation cytologique systématique de la moelle osseuse, de la rate, du foie, des nœuds lymphatiques et du sang périphérique, ont reçu une chimiothérapie, principalement un traitement L-CHOP avec entretien sur 2 ans, administrée par deux cliniciens dans trois centres de référence différents. Tous les cas sauf 4 ont fait l’objet d’un typage (par cytologie, immunocytochimie ou immunohistochimie sur biopsies ou blocs cellulaires). Le pourcentage de blastes dans la moelle osseuse et le sang a été déterminé par 3 cytologistes travaillant dans le même laboratoire, en comptant le nombre de blastes en pourcentage sur 500 cellules nucléées a minima.
Dans 6 cas, l’échantillon de moelle osseuse ne contenait pas de grains. Deux chiens présentaient un lymphome à cellules T de bas grade, 56 un DLBCL, 11 un lymphome à cellules T de haut grade (TCHGL) et 1 un lymphome « ni B ni T » ; 2 des 4 cas non classés correspondaient à une leucémie lymphoblastique aiguë ou à un stade V avancé ; 56,4 % des DLBCL (n = 55) et 45,4 % des TCHGL (n = 11) étaient en stade V. Pour les DLBCL, l’infiltration médiane était de 9,3 % (moyenne 13,7 %) ; la corrélation entre le pourcentage de blastes dans le sang et dans la moelle osseuse était forte (ρ = 0,71, p = 1,72 × 10⁻⁶), mais 10 formes aleucémiques présentaient une infiltration médullaire, dont 5 supérieures à 6 %. Le sous-stade b n’était pas significativement plus fréquent dans les stades V que dans les autres stades.
La durée médiane de survie (DMS) était de 267 jours pour les DLBCL et de 245 jours pour le stade V, sans différence significative par rapport aux stades II à IV combinés. Le seuil d’infiltration médullaire déterminé par le test du log-rank comme le plus significatif pour le pronostic était de 6 % (DMS > 6 % : 68 jours ; <6 % : 238 jours ; p = 0,008). La moelle osseuse était infiltrée à plus de 6 % dans 36,2 % des cas de DLBCL. Le pronostic pour les sous-stades b/a (p = 0,004) et les stades Vb/Va était significativement différent (p = 0,04). En analyse univariée puis multivariée, la survie médiane dépendait de l’âge et du sous-stade b.
Conclusion
La prévalence du DLBCL de stade V était très élevée, quel que soit le centre de référence. La ponction médullaire semble fournir des informations indispensables sur la réponse à la chimiothérapie et le pronostic.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Approche du patient fébrile : comment la systématiser ?
Nantes, France
I. Introduction
La température corporelle d’un chien ou d’un chat est habituellement comprise entre 38 et 39,2 °C. Elle peut augmenter soit en raison d’une fièvre, soit en raison d’une hyperthermie. La fièvre est définie comme une température corporelle excessive expliquée par une augmentation du thermostat du corps (dans l’hypothalamus), en raison de la présence de pyrogènes. L’hyperthermie, elle, n’est pas associée à une modification de la valeur de thermostat. En conséquence, un animal hypertherme (exemple : coup de chaleur) va chercher à perdre de la chaleur (physiologiquement et comportementalement), contrairement à un animal fébrile.
La fièvre est une réponse adaptative importante. Elle est bénéfique pour le corps en début d’évolution, mais peut occasionner des dommages quand elle perdure. En raison de l'augmentation du thermostat, le corps produit de la chaleur pour l’atteindre, par exemple à l’aide des frissons. Cela améliore les performances du système immunitaire et limite la croissance d’agents pathogènes. En contrepartie, cela cause des signes cliniques (abattement, hyporexie) et augmente les besoins énergétiques. Au-delà de 41 °C, l’effet bénéfique sur le système immunitaire décline, le système nerveux peut être altéré, et un risque de coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) existe.
Les causes de fièvre incluent des processus pathologiques d’ordre infectieux, à médiation immune, inflammatoire, néoplasique, ou divers (Tableaux 1 et 2). Le classement par ordre de fréquences décroissantes chez le chien est le suivant : inflammatoire/à médiation immune, infectieux, néoplasique, autre. Chez le chat : infectieux, inflammatoire/à médiation immune, néoplasique, autre.


Tableaux 1 et 2 : Liste de causes de fièvre (non exhaustive).
1. Différencier hyperthermie et fièvre
La première étape, cruciale, est de différencier une hyperthermie d’une fièvre. Pour cela, le recueil de l’historique est sans doute le moment déterminant. L’exposition à une cause d’hyperthermie (source de chaleur externe, exercice physique important, évènement anxiogène, ou encore une crise convulsive) doit notamment être identifiée en discutant avec le propriétaire. Afin de ne pas orienter les réponses de ce dernier, il est important d’employer des questions ouvertes. Il est par exemple préférable de demander « dans quelles circonstances sont apparus les signes cliniques ? » plutôt que « faisait-il chaud lorsque les signes cliniques sont apparus ?». Cela permet d’obtenir davantage d’informations et de donner de l’importance à ce que le propriétaire vous rapporte : il doit s’agir d’une discussion plutôt que d’un interrogatoire ! C’est une méthode robuste pour capter de manière exhaustive la situation clinique et faciliter la hiérarchisation des hypothèses diagnostiques.
L’examen clinique ne permet souvent pas de faire la différence entre hyperthermie et fièvre. L’observation de frissons peut orienter vers l’hypothèse d’une fièvre, mais ils peuvent aussi être la conséquence de la peur occasionnée par la consultation. La recherche de zones chaudes (exemple : un radiateur) par l’animal dans la salle de consultation est également un élément en faveur d’une fièvre.
2. Prise en charge d’une fièvre « aigüe » (depuis moins de 5 jours et associée à des signes cliniques peu invalidants)
Une fois la fièvre confirmée, l’objectif est d’en trouver l’origine. Le recueil de l’historique et l’examen clinique peuvent rapidement aider. L’historique doit notamment comprendre l’accès ou non à l’extérieur, les activités quotidiennes du patient et l’environnement dans lequel elles sont pratiquées, la santé des autres animaux en contact avec le patient, et les médicaments qu’il a reçus (traitements immunomodulateurs ? Antibiotiques).
L’examen clinique général doit être le plus exhaustif possible (incluant la palpation des nœuds lymphatiques), et doit être complété par des examens cliniques plus spécifiques (ophtalmologique, neurologique et orthopédique incluant la palpation des articulations) quand l’examen général ne permet pas d’identifier une cause évidente. Cette étape ne doit pas être négligée parce qu’elle permet souvent l’identification du processus incriminé dans la fièvre. Qui plus est, elle doit être répétée au cours du temps quand l’origine de la fièvre n’est pas évidente au premier abord : des signes cliniques d’apparition plus tardive peuvent aider à la localisation !
Si l’historique et l’examen clinique permettent d’identifier/localiser la cause de la fièvre, celle-ci est bien sûr diagnostiquée/prise en charge de façon spécifique. Si ce n’est pas le cas, il est raisonnable de ne pas proposer d’examen complémentaire à ce stade, et de recommander une surveillance de la température et de la potentielle survenue de nouveaux signes cliniques au domicile par le propriétaire. Il n’est pas recommandé de prescrire un antipyrétique, parce qu’il élimine les bénéfices de la fièvre, il retarde le diagnostic de la cause si celle-ci ne se résout pas spontanément, et les complications de la fièvre sont improbables dans la phase aigüe.
3. Prise en charge d’une fièvre « chronique » (depuis 5 jours ou plus, ou associée à des signes cliniques fortement invalidants)
a) Démarche diagnostique
Le recueil d’un historique bien mené et la complétude de l’examen clinique constituent, ici aussi, la première étape cruciale. S’ils ne permettent pas de localiser/identifier la cause, le recours à des examens complémentaires d’abord non ciblés est nécessaire.
Les premiers examens complémentaires à considérer incluent alors un hémogramme, l’examen d’un frottis sanguin, un examen biochimique sanguin, une analyse d’urine incluant un examen bactériologique, et, pour les chats, une recherche sérologique des rétroviroses (FIV et FeLV). L’hémogramme et le frottis sanguin peuvent par exemple suggérer une anémie hémolytique à médiation immune, une thrombopénie à médiation immune, une maladie médullaire (présence de plusieurs cytopénies), une hémopathie maligne (circulation de cellules anomales), une infection vectorielle (thrombopénie, visualisation directe de parasites…) ou encore une infection bactérienne (neutrophiles toxiques, band cells…). L’examen biochimique sanguin peut objectiver des anomalies aidant à la localisation du problème (azotémie, augmentation de l’activité des enzymes hépatiques…) ou encore une hyperglobulinémie qui doit soulever des hypothèses néoplasiques (myélome multiple, lymphome…) et infectieuses (péritonite infectieuse féline notamment chez un chat jeune, ehrlichiose…). L’analyse d’urine peut identifier une protéinurie (d’origine pré-rénale, rénale ou post-rénale), une glucosurie (évoquant par exemple une leptospirose) ou encore une bactériurie.
Si ces premiers examens complémentaires permettent d’identifier/localiser la cause de la fièvre, la poursuite diagnostique et thérapeutique est poursuivie en conséquence. Par exemple, on recourra à des ponctions articulaires en cas de démarche décrite comme précautionneuse et d'articulations tuméfiées, chaudes et douloureuses lors de leur manipulation.
Si ces premiers examens complémentaires ne permettent pas de préciser le diagnostic, des investigations plus approfondies s’imposent. Celles-ci peuvent être source de frustration (et de dépenses importantes) pour le propriétaire car l’objectif est alors de trouver une anomalie potentiellement difficile à détecter : il est nécessaire de bien expliquer la démarche pour faciliter son adhésion. Il peut être raisonnable de commencer par proposer des examens d’imagerie (radiographies du thorax, de l’abdomen et du squelette ; échographie abdominale et cardiaque si ces examens font partie de votre champ de compétences) et ciblés sur la recherche de maladies vectorielles (SNAP 4DX, panel PCR…). Si ces investigations ne mènent toujours pas à un diagnostic, une consultation en médecine interne est recommandée afin de rechercher des maladies plus rares ou pouvant s’exprimer frustement. Les examens qui seraient alors notamment envisagés comprennent : hémoculture ; examen cytologique/bactériologique de liquide synovial, de liquide cérébrospinal, ou encore de matériel de lavage bronchoalvéolaire ; examen cytologique de nœuds lymphatiques non tuméfiés et de la moelle osseuse ; scanner de la tête et du thorax ; examen IRM de l’encéphale et de la moelle épinière…
Dans les cas (qui existent malheureusement !) où, malgré une recherche de causes qui semble exhaustive mais qui n’a pas identifié d’anomalie, il est conseillé de d’abord recourir à une antibiothérapie probabiliste (par exemple, de l’amoxicilline potentialisée avec de l’acide clavulanique pendant 5 jours) dans l’hypothèse d’un processus bactérien non détecté, avant d’envisager un processus à médiation immune non détecté et de recourir à une tentative d’immunomodulation.
b) Quand recourir à des traitements non spécifiques de la fièvre ?
La démarche diagnostique d’une fièvre chronique peut être chronophage, et le confort de l’animal doit rester une priorité pendant cette période. Mais quand recourir à des traitements non spécifiques de la fièvre ? De manière générale, quand elle est jugée à risque trop important de complications, c’est-à-dire quand elle est sévère et/ou prolongée.
Des mesures de refroidissement doivent être réservées aux animaux dont la température excède 41 °C. Elles comprennent l’utilisation de ventilateurs et d’eau fraiche. L’objectif est d’abaisser la température corporelle en dessous de 39,5 °C. L’emploi d’une fluidothérapie est raisonnable dans les cas où la fièvre s’accompagne d’une déshydratation.
L’emploi d’anti-inflammatoires non-stéroïdiens permet de rétablir une valeur normale du thermostat et a une valence antalgique. Ils doivent, dans la mesure du possible, être utilisés ponctuellement pour ne pas augmenter les risques de complications (ulcère digestif, altération du parenchyme rénal ou hépatique, …). Outre les effets indésirables des AINS, il est important d’expliquer au propriétaire les bénéfices de la fièvre pour comprendre qu'il n'est pas raisonnable d’à tout prix vouloir la contrôler.
L’emploi d’anti-inflammatoires stéroïdiens n’est pas recommandé comme traitement non spécifique d’une fièvre. Ils doivent être réservés aux cas où un processus à médiation immune est diagnostiqué.
4. Conclusion
Systématiser son approche de l’animal fébrile revêt de multiples avantages. Cela permet certes d’augmenter ses performances diagnostiques, mais aussi d’expliquer les étapes de la démarche aux propriétaires pour qu’il y adhère davantage. L’emploi de questions ouvertes dans le recueil de l’historique et de fréquentes réévaluations cliniques des patients fébriles sont deux méthodes particulièrement importantes à adopter.
Bibliographie
- Tasker S, Ramsey IK. Fever. In: Ettinger’s Textbook of Veterinary Internal Medicine. 9th edition, Elsevier Health Editions. 2024:92-101.
- Spencer SE et coll. Pyrexia in cats: Retrospective analysis of signalment, clinical investigations, diagnosis and influence of prior treatment in 106 referred cases. J Feline Med Surg. 2017 Nov;19(11):1123-1130.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Aspect échographique des mastocytomes spléniques félins : une étude rétrospective multicentrique
Introduction
Les mastocytomes représentent la troisième tumeur la plus fréquente chez le chat, se déclinant en formes cutanées, spléniques/viscérales et intestinales. La rate est l'un des sites de métastases les plus fréquents lors de mastocytomes cutanés après les nœuds lymphatiques drainants. Les formes intestinales sont associées à un pronostic défavorable avec des métastases fréquemment présentes dès le diagnostic. Les formes spléniques primaires se manifestent par des signes cliniques peu spécifiques, rendant leur identification difficile sans examens complémentaires. [1]
Bien que l'échographie abdominale soit un outil bien établi en médecine féline, les données relatives à l'aspect échographique des mastocytomes spléniques demeurent très limitées et aucun critère fiable ne permet à ce jour de distinguer une infiltration mastocytaire splénique d'une lésion bénigne. [2] Cette étude vise à rechercher d'éventuels critères échographiques associés à la présence d'un mastocytome splénique, et à évaluer la nécessité de cytoponctions échoguidées dans le cadre d'un bilan d'extension.
Matériel et méthodes
Une étude rétrospective multicentrique a été menée dans 2 centres hospitaliers universitaires vétérinaires, incluant des chats présentés entre 2010 et 2025. 2 groupes ont été constitués au sein de la population étudiée : un groupe atteint, comprenant les chats ayant eu une confirmation cytologique ou histologique de mastocytome splénique, associée à une échographie abdominale, et un groupe contrôle, comprenant les chats ayant présenté un diagnostic cytologique ou histologique négatif dans le cadre d'un bilan d'extension de mastocytome cutané ou abdominal, également associé à une échographie abdominale. Les cas présentant des résultats douteux ou des images de qualité limitée ont été exclus.
Les échographies, réalisées selon des protocoles standardisés, ont été évaluées en aveugle par une unique radiologue selon des critères prédéfinis : taille, échogénicité globale, présence de nodules ou de masses, aspect marbré, aspect mité et épanchement péri-splénique. Les prélèvements ont été réalisés échoguidés et analysés par plusieurs pathologistes au sein de chaque centre. L'analyse statistique a porté sur la sensibilité (Se), la spécificité (Sp) et l'odds ratio (OR) avec IC 95 % pour chaque critère, ainsi que sur une courbe ROC pour la taille splénique.
Résultats
63 chats ont été inclus : 40 cas positifs (infiltration splénique confirmée) et 23 témoins (mastocytome cutané et/ou intestinal sans atteinte splénique). L'âge moyen était de 11,7 ans (12,3 ans pour les cas positifs ; 10,9 ans pour les témoins), avec 35 mâles et 28 femelles.
L'ensemble des critères échographiques étudiés individuellement s'est révélé de faible valeur prédictive. Si la spécificité de certains critères était élevée, leur sensibilité demeurait faible, inférieure à 25 % pour huit d'entre eux sur douze. Seule la rate d'aspect échographique normal constituait un facteur significativement en défaveur d'une infiltration splénique (OR = 0,16 [IC 95 % : 0,038-0,692]), bien que sa sensibilité très faible (7,5 %) ne permette pas d'exclure une infiltration mastocytaire.
L'AUC de la courbe ROC pour la taille splénique était de 0,635 (IC 95 % : 0,496-0,757), avec un seuil optimal de 14,5 mm (Se :66 % ; Sp :70 %), reflétant un pouvoir discriminant modeste.
Discussion
Cette étude est, à notre connaissance, la première à s'intéresser spécifiquement à l'aspect échographique des mastocytomes spléniques félins sur une large population. À l'instar de ce qui est rapporté chez le chien, aucun critère discriminant n'a pu être mis en évidence, ce qui est cohérent avec la littérature existante ne retrouvant pas de corrélation entre un pattern échographique et la nature bénigne ou maligne d'une affection splénique féline. [3]
Parmi les limites, le design rétrospectif imposait de travailler sur images archivées, et le diagnostic reposait principalement sur la cytologie, dont la concordance avec l'histologie est peu documentée chez le chat. Ce design impliquait également l'utilisation de différentes machines échographiques et fréquences de sondes générant également un biais. [4] Enfin, l'utilisation d'une sédation lors de l'examen échographique, non systématiquement notifiée dans les dossiers cliniques, constitue un facteur susceptible d'avoir modifié l'aspect du parenchyme splénique.
Conclusion
Cette étude ne permet pas de mettre en évidence de critères fiables d'infiltration du parenchyme splénique par un mastocytome chez le chat. Un prélèvement cytologique échoguidé demeure donc indispensable pour confirmer le diagnostic, comme c'est le cas chez le chien.
Bibliographie
- Withrow SJ, Page RL, Vail DM. Withrow and MacEwen's small animal clinical oncology.St. Louis: Elsevier (2012)
- Hanson JA, Papageorges M, Girard E, Menard M, Hebert P. Ultrasonographic appearance of splenic disease in 101 cats. Vet Rad Ultrasound. 2001 Sep-Oct;42(5):441-5.doi: 10.1111/j.1740-8261.2001.tb00967.x.
- Book AP, Fidel J, Wills T, Bryan J, Sellon R, Mattoon J. Correlation of ultrasound findings, liver and spleen cytology, and prognosis in the clinical staging of high metastatic risk canine mast cell tumors. Vet Rad Ultrasound. 2011 Sep-Oct;52(5):548-54.doi: 10.1111/j.1740-8261.2011.01839.x.
- Bertal M, Norman Carmel E, Diana A, Desquilbet L, Specchi S, Pey P. Association between ultrasonographic appearance of splenic parenchyma and cytology in cats. JFMS 2018 Jan;20(1):23-29.doi: 10.1177/1098612X17697483.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Balance bénéfice/risque de la stérilisation des rongeurs
Maisons-Alfort, France
I. Introduction
La stérilisation des rongeurs de compagnie ne répond pas à une logique uniforme et ne peut pas être extrapolée à partir du lapin. Elle doit être raisonnée selon l’espèce, le sexe, le risque reproducteur réel, la fréquence des affections de l’appareil génital dans l’espèce concernée et le niveau de risque anesthésique et chirurgical. En pratique, la stérilisation préventive est surtout défendable chez certaines femelles, notamment la rate et la cobaye, alors qu’elle est beaucoup plus rarement indiquée de façon systématique chez les autres petits rongeurs de compagnie.
II. Stérilisation chez la rate
Chez la rate, la stérilisation de la femelle présente un intérêt médical documenté. Les tumeurs mammaires constituent les néoplasies les plus fréquemment rapportées dans cette espèce, et leur développement est fortement influencé par l’environnement hormonal [1,2]. Une étude expérimentale chez le rat a montré que la fréquence des tumeurs mammaires était significativement plus faible chez les femelles ovariectomisées que chez les femelles intactes, avec 2 cas sur 47 contre 24 cas sur 49, ainsi qu’une fréquence plus faible des adénomes hypophysaires [1]. Une autre étude a montré qu’une ovariectomie réalisée entre 5 et 7 mois réduisait d’environ 95 % l’incidence des tumeurs mammaires spontanées chez des rats femelles [2]. Même si ces travaux proviennent en partie de modèles de recherche et doivent être transposés avec prudence à la rate de compagnie, ils soutiennent l’idée qu’une stérilisation précoce peut réduire de façon importante le risque de pathologie mammaire hormonodépendante.
Chez la rate de compagnie non destinée à la reproduction, une ovariectomie ou une ovariohystérectomie préventive peut donc se discuter sérieusement, en particulier chez une jeune femelle en bon état général. L’ovariectomie est cohérente lorsque l’objectif principal est endocrinien, c’est-à-dire la réduction de l’exposition hormonale à l’origine de nombreuses tumeurs mammaires. L’ovariohystérectomie peut également être retenue, notamment si l’opérateur souhaite retirer l’ensemble de l’appareil génital ou lorsqu’une atteinte utérine est suspectée. En revanche, chez le mâle, la castration a surtout un intérêt comportemental et de gestion de la reproduction ; elle n’est pas justifiée de façon systématique par un bénéfice médical préventif clairement démontré dans la littérature disponible.
III. Stérilisation chez la cobaye
Chez le cochon d’inde femelle, la situation est différente. Les pathologies de l’appareil reproducteur les plus fréquente sont les kystes ovariens, qui constitue l’affection de l’appareil reproducteur la plus fréquente chez la femelle [3,4]. Les kystes ovariens surviennent surtout chez les femelles d’âge moyen à avancé et peuvent être associés à une alopécie bilatérale symétrique lorsqu’il sont sécétant, des douleurs abdominales, une distension, une baisse de fertilité ou des troubles utérins concomitants [3,4]. Les synthèses récentes et le Merck Veterinary Manual considèrent que le traitement de choix est chirurgical, par ovariohystérectomie en particulier lorsqu’une atteinte utérine est présente, ou par ovariectomie si l’utérus est confirmé normal à l’échographie [4,5]. Chez la cobaye de compagnie non reproductrice, cela justifie de discuter une stérilisation préventive, surtout chez la jeune femelle, même si le niveau de preuve comparatif reste plus faible que chez la lapine ou la rate [4,5].
Chez la cobaye, le choix entre ovariectomie et ovariohystérectomie dépend donc surtout de l’objectif et de l’évaluation préopératoire. Une ovariectomie est défendable chez une jeune femelle cliniquement saine si l’utérus apparaît normal, alors qu’une ovariohystérectomie est préférable en présence d’une suspicion d’atteinte utérine ou chez une femelle plus âgée [4]. Une étude rétrospective a montré qu’une ovariohystérectomie par abord unilatéral au flanc pouvait être réalisée avec succès chez 38 des 41 cobayes inclus, mais trois cobayes de plus de 6 ans atteints de kystes ovariens sont morts en cours d’intervention sous anesthésie [6]. Ces données rappellent que l’âge avancé, l’état clinique et l’existence d’une maladie déjà installée augmentent le risque périopératoire et qu’une chirurgie préventive, lorsqu’elle est choisie, a intérêt à être réalisée plus tôt plutôt que tardivement [6].
IV. Stérilisation chez les autres rongeurs de compagnie
Chez les autres rongeurs de compagnie, comme le hamster, la gerbille, la souris ou le chinchilla, il n’existe pas de consensus en faveur d’une stérilisation préventive de routine chez l’animal sain. Les bénéfices médicaux attendus sont beaucoup moins bien documentés, alors que les contraintes techniques augmentent à mesure que la taille de l’animal diminue. Dans ces espèces, la stérilisation est surtout envisagée au cas par cas, pour la gestion de la reproduction, pour des raisons comportementales limitées ou pour traiter une affection reproductrice déjà présente. Elle ne doit donc pas être présentée comme un acte préventif standard au même titre que chez la lapine ou, dans une moindre mesure, chez la rate et la cobaye.
V. Place de la stérilisation médicale
La stérilisation médicale occupe une place encore plus restreinte que la stérilisation chirurgicale chez les rongeurs. Chez la cobaye atteinte de kystes ovariens, des traitements hormonaux ont été décrits, mais les revues récentes soulignent que le traitement permanent repose sur l’ovariohystérectomie ou l’ovariectomie, les approches médicales n’étant pas considérées comme équivalentes à la chirurgie définitive [3,4]. De manière générale, il n’existe pas, chez les rongeurs de compagnie, de molécule contraceptive disposant d’un niveau de preuve suffisant pour être proposée en routine comme alternative standard à la chirurgie. Le choix entre option médicale et chirurgicale penche donc très majoritairement vers la chirurgie lorsque l’objectif est durable et que l’état clinique le permet.
VI. Âge et moment optimal de la stérilisation
Il n’existe pas d’âge limite universel pour stériliser un rongeur, mais il existe clairement une fenêtre plus favorable, qui correspond à l’animal jeune, cliniquement sain, non obèse, correctement alimenté et ne présentant pas déjà une affection reproductive évoluée. Chez la rate, une stérilisation précoce a le plus de sens lorsqu’elle est proposée dans un objectif de prévention des tumeurs mammaires hormonodépendantes [1,2]. Chez la cobaye, la chirurgie gagne à être discutée avant l’apparition de kystes volumineux ou de lésions utérines associées [4,6]. À l’inverse, chez un animal âgé, amaigri, dyspnéique, douloureux ou porteur d’une masse déjà avancée, la balance bénéfice-risque peut devenir défavorable et imposer soit un report, soit une abstention thérapeutique, soit une chirurgie à visée curative plutôt que préventive.
VII. Balance bénéfice-risque selon l’espèce
La balance bénéfice-risque doit donc être présentée différemment selon l’espèce. Chez la rate, l’intérêt principal repose sur la diminution attendue du risque de tumeurs mammaires, ce qui plaide en faveur de la stérilisation des jeunes femelles non reproductrices lorsque l’expertise anesthésique et chirurgicale est disponible [1,2]. Chez la cobaye, l’intérêt est centré sur la prévention ou le traitement définitif de la maladie kystique ovarienne, avec un bénéfice plus net chez la femelle que chez le mâle [3,4]. Chez les autres petits rongeurs, l’absence de bénéfice médical préventif clairement démontré et le risque technique proportionnellement élevé rendent la stérilisation préventive beaucoup moins défendable. Chez les mâles, quelle que soit l’espèce, l’indication est surtout liée à la reproduction et à la gestion sociale, beaucoup plus rarement à une nécessité médicale forte.
VIII. Message au propriétaire
En consultation, le message au propriétaire doit rester simple. Il faut expliquer que tous les NAC ne se stérilisent pas selon les mêmes règles et qu’il est inexact de calquer la conduite à tenir des lapins sur celle des rongeurs. Chez la rate, la stérilisation d’une jeune femelle peut avoir un véritable intérêt préventif vis-à-vis des tumeurs mammaires [1,2]. Chez la cobaye, la stérilisation de la femelle peut également se justifier en raison de la fréquence des kystes ovariens et de la possibilité d’une prise en charge chirurgicale définitive [3,4]. Chez la plupart des autres rongeurs, la stérilisation reste une décision individualisée et non une recommandation systématique. La meilleure option est chirurgicale lorsqu’une indication solide existe ; la stérilisation chimique ne doit pas être présentée comme une alternative équivalente en routine dans l’état actuel des connaissances [3,4].
Bibliographie
- Hotchkiss CE, Earle KM, Lawler MP. Effect of surgical removal of subcutaneous tumors on survival of rats. J Am Assoc Lab Anim Sci. 1995 ; données indexées PubMed : fréquence des tumeurs mammaires significativement plus faible chez les rates ovariectomisées que chez les femelles intactes.
- Planas-Silva MD, Rutherford TM, Stone MC. Prevention of age-related spontaneous mammary tumors in outbred rats by late ovariectomy. Exp Gerontol. 2008.
- Jenkins JR. Ovarian cysts in the guinea pig (Cavia porcellus). Vet Clin North Am Exot Anim Pract. 2013 ; 16 : 757-776.
- Merck Veterinary Manual. Noninfectious Diseases of Guinea Pigs. 2026. Consultable sur : https://www.merckvetmanual.com/exotic-and-laboratory-animals/guinea-pigs/noninfectious-diseases-of-guinea-pigs. Dernier accès le 31 août 2026.
- Smith AJ. Ovarian cystic disease in guinea pigs. Vet Clin North Am Exot Anim Pract. 2014 ; résumé indexé PubMed.
- Lennox AM et coll. Unilateral flank ovariohysterectomy in guinea pigs (Cavia porcellus). Aust Vet J. 2016.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Bénéfice clinique de la transplantation de microbiote fécal par gélules chez le chien souffrant d'entéropathie chronique
Introduction
Les entéropathies chroniques (EC) du chien sont un groupe de maladies hétérogène, dont la prise en charge thérapeutique repose en partie sur la modulation du microbiote intestinal. La transplantation de microbiote fécal (TMF) intracolique s'est récemment imposée comme une technique innovante de modulation du microbiote, pour laquelle des preuves de bénéfice clinique apporté et d'innocuité émergent [1].
Toutefois, sa mise en œuvre demeure contraignante en pratique, limitant son extension aux soins courants. Pour pallier les contraintes liées à son administration, des gélules de TMF pour administration orale ont été développées.
L'objectif de cette étude est d'évaluer le bénéfice clinique et la sécurité de l'utilisation de telles gélules dans une cohorte de chiens atteints d'entéropathie chronique.
Matériel et méthodes
Il s'agit d'une étude rétrospective longitudinale chez des chiens présentés pour des troubles digestifs chroniques (> 3 semaines) entre avril 2025 et mars 2026.
Les animaux étaient inclus :
- S'ils avaient reçu une évaluation diagnostique permettant d'exclure toute maladie extra-intestinale et intestinale non-inflammatoire ;
- S'ils n'avaient pas répondu cliniquement à au moins 3 essais alimentaires parmi des gammes alimentaires hypoallergéniques, hyperdigestibles, limitées en ingrédients, ou enrichies en fibres ;
- S'ils n'avaient pas reçu d'antibiotique dans les 3 mois précédant, et 4/ si leur albuminémie était supérieure à 20 g/L.
Les gélules ont été préparées en milieu hospitalier selon un protocole standardisé à partir de selles fraîches provenant de donneurs sélectionnés selon des critères stricts, puis congelées à -80 °C [2, 3].
Le protocole de TMF consistait en l'administration de 2 gélules par kg de poids vif, à raison d'une occurrence hebdomadaire répétée trois fois.
Le bénéfice clinique apporté a été étudié à l'aide de l'évolution des scores cliniques CIBDAI (Canine Inflammatory Bowel Disease Activity Index) et CCECAI (Canine Chronic Enteropathy Clinical Activity Index) évalués par un même clinicien à chaque administration des gélules.
Les chiens étaient considérés comme "répondeurs" si une diminution des scores d'au moins 3 points (si score basal >= 4) ou une diminution d'items des scores d'au moins 2 points (si score basal < 4) était documentée.
Résultats
20 chiens (10 mâles et 10 femelles) ont été inclus dans l'étude, recevant en moyenne trois administrations (intervalle 1 à 6). L'âge médian des animaux était de 4,3 ans (intervalle de 2,7-10,9).
La race la plus représentée était le Golden Retriever (3 chiens).
Le score CIBDAI et CECCAI moyen est passé de 7 (intervalle de 3 à 11 pour le score CIBDAI, 3 à 12 pour le score CECCAI) avant le protocole, à 3 après (intervalle de 1 à 7).
70 % (14/20) des chiens ont été classés comme répondeurs. Chez les animaux classés répondeurs, les items qui ont connu une diminution étaient l'aspect des selles, la fréquence des selles et l'état général.
Trois chiens (15 %) ont présenté, au cours du protocole, une aggravation transitoire et de résolution spontanée de la diarrhée. Aucun autre effet indésirable n'a été constaté.
Discussion et conclusion
Outre quelques rapports de cas, la TMF administrée par gélules n'avait à ce jour fait l'objet de publications n'investiguant que des effets sur la composition et des fonctions du microbiote intestinal, sans description du bénéfice clinique [4, 5].
Nos résultats suggèrent que la TMF par voie orale est susceptible d'apporter un bénéfice clinique dans une majorité de chiens présentant une EC ne répondant pas à l'alimentation.
Des études contrôlées restent bien sûr nécessaires pour confirmer cette observation prometteuse et le suivi à plus long terme des animaux bénéficiant d'une TMF par gélules doit permettre d'apprécier la durabilité du bénéfice apporté.
Bibliographie
- VECCHIATO CG, SABETTI MC, SUNG CH, SPORTELLI F, DELSANTE C, PINNA C, et al. Effect of faecal microbial transplantation on clinical outcome, faecal microbiota and metabolome in dogs with chronic enteropathy refractory to diet. Sci Rep. 2025;15:11957
- WINSTON JA, SUCHODOLSKI JS, GASCHEN FP, BUSCH KB, MARSILIO S, COSTA MC, et al. Clinical guidelines for fecal microbiota transplantation in companion animals. Adv Small Anim Care. 2024;5(1):79-107.
- TELLIER A, HERNANDEZ J. La transplantation de microbiote fécal : indications et modalités pratiques. PratiqueVet. 2023;58:31-34.
- ROJAS CA, ENTROLEZO Z, JARETT JK, JOSPIN G, MARTIN A, GANZ HH. Microbiome responses to oral fecal microbiota transplantation in a cohort of domestic dogs. Vet Sci. 2024;11(1):42.
- CERQUETELLA M, MARCHEGIANI A, ROSSI G, TRABALZA-MARINUCCI M, PASSAMONTI F, ISIDORI, et al. Case Report: Oral Fecal Microbiota Transplantation in a Dog Suffering From Relapsing Chronic Diarrhea-Clinical Outcome and Follow-Up. Front Vet Sci. 2022;9:893342.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Bilan d'extension : vers un consensus raisonné en onco-chirurgie
Créteil, France
Vaulx-Milieu, France
I. Objectifs du bilan d'extension
Le bilan d'extension a pour objectif de déterminer le stade clinique de la maladie, c'est-à-dire son degré d'évolution au moment du diagnostic. Pour les tumeurs solides, celui-ci repose généralement sur le système TNM, qui décrit l'extension locale de la tumeur primitive (T), l'atteinte des nœuds lymphatiques régionaux (N) et la présence de métastases à distance (M). Ce système s'applique moins aisément, voire pas du tout, aux cancers hématologiques tels que les lymphomes multicentriques.
La détermination du stade est essentielle pour adapter la stratégie thérapeutique. Elle permet notamment de définir l'objectif de la prise en charge (curatif ou palliatif), d'évaluer la faisabilité et de planifier une intervention chirurgicale, et d'anticiper l'indication éventuelle d'un traitement adjuvant (radiothérapie, chimiothérapie). Elle constitue également un élément majeur de l'évaluation pronostique.
Le bilan d'extension repose sur la combinaison de l'examen clinique, d'examens d'imagerie et de prélèvements cytologiques ou histologiques. Les examens complémentaires peuvent par ailleurs mettre en évidence des maladies concomitantes susceptibles de modifier la prise en charge.
L'évaluation de l'extension locale est particulièrement importante dans le contexte préopératoire. L'imagerie, notamment le scanner, permet de préciser la localisation et les limites de la tumeur et d'identifier d'éventuelles contraintes susceptibles de modifier le geste chirurgical : proximité ou envahissement des gros vaisseaux (notamment lors de tumeurs surrénaliennes, thyroïdiennes, pancréatiques ou hépatiques), adhérences ou extension à des structures adjacentes (par exemple la lame criblée lors de tumeur nasale). Pour les tumeurs musculaires des membres, la cartographie de l'extension locale peut également conditionner la technique chirurgicale et la possibilité de préserver le membre atteint.
Le bilan permet aussi d'anticiper la nécessité d'un traitement complémentaire. Certains cancers justifient l'association d'une exérèse chirurgicale et d'une radiothérapie adjuvante, notamment lorsque des marges saines ne peuvent être obtenues ou pour certaines localisations, comme le carcinome nasal chez le chien. La mise en évidence d'une atteinte métastatique peut conduire à adapter le traitement, par exemple en associant l'exérèse de métastases identifiées (nœuds lymphatiques infiltrés lors de mastocytome, nœuds lymphatiques pelviens lors d'adénocarcinome des sacs anaux) et/ou une chimiothérapie.
L'imagerie permet d'identifier des sites suspects de métastases et de cibler les prélèvements nécessaires à la caractérisation de la maladie, notamment lorsqu'une adénomégalie est observée dans un contexte de carcinome ou de tumeur à cellules rondes, comme le mastocytome.
Enfin, le bilan d'extension a vocation à être répété au cours du suivi pour déterminer l'évolution du cancer pendant ou après le(s) traitement(s).
Il est important de souligner que le bilan d'extension n'a pas pour vocation de « condamner » l'animal. Même en présence d'une maladie disséminée, des options thérapeutiques peuvent être proposées pour de nombreux cancers, avec parfois un pronostic favorable.
II. S'adapter au type tumoral et au patient
La réalisation d'un bilan d'extension doit être raisonnée et individualisée. Son contenu dépend à la fois des caractéristiques biologiques de la tumeur, du contexte clinique et des possibilités du patient et de ses propriétaires.
Les caractéristiques biologiques de la tumeur constituent le premier élément à considérer. L'intérêt des examens dépend notamment du potentiel d'invasion locale et de dissémination métastatique. Ainsi, un améloblastome est principalement caractérisé par une agressivité locale, tandis qu'un mélanome présente à la fois une agressivité locale et un risque métastatique élevé. Le bilan d'extension devra donc être adapté au comportement attendu de chaque type tumoral.
Le rapport bénéfice/risque/coût des examens doit également être évalué. Un examen doit être réalisé s'il est susceptible d'apporter une information ayant un impact sur la prise en charge. Par exemple, la tomodensitométrie d'un chien atteint de lymphome permet de cartographier précisément les nœuds lymphatiques hypertrophiés, mais cette information modifie généralement peu la décision thérapeutique. Compte tenu de son coût et de la nécessité d'une anesthésie générale, son intérêt peut ainsi être limité par rapport à des examens plus simples et accessibles, tels que l'échographie abdominale et les radiographies thoraciques.
Le degré d'urgence de la prise en charge peut conduire à adapter, voire à différer, le bilan recommandé. En situation idéale, le bilan d'extension est réalisé après confirmation du diagnostic tumoral, chez un animal stable et lorsque les modalités d'imagerie nécessaires sont disponibles, éventuellement complétées par des prélèvements cytologiques ou histologiques. En pratique, certaines urgences imposent une démarche différente.
Ainsi, chez un chien présenté en état de choc avec hémopéritoine secondaire à une masse splénique, sans accès immédiat à la tomodensitométrie et chez lequel une splénectomie doit être envisagée rapidement, le bilan d'extension vise avant tout à rechercher une contre-indication majeure à la chirurgie. En cas de suspicion d'hémangiosarcome et de propriétaires favorables à une splénectomie, une évaluation ciblée peut comprendre une échographie abdominale et cardiaque à la recherche de métastases hépatiques, rénales ou atriales droites et d'un épanchement péricardique, des radiographies thoraciques à la recherche de métastases pulmonaires, ainsi qu'un bilan d'hémostase afin d'identifier une éventuelle coagulation intravasculaire disséminée. Si ces examens sont rassurants et que l'hémangiosarcome est confirmé à l'histologie après splénectomie, un bilan d'extension tomodensitométrique postopératoire pourra être discuté secondairement.
D'autres situations, telles qu'une obstruction ou une perforation digestive sur une tumeur intestinale, ou une fracture pathologique sur suspicion d'ostéosarcome, peuvent également nécessiter une intervention chirurgicale avant la réalisation d'un bilan d'extension exhaustif.
Les contraintes financières, logistiques et émotionnelles des propriétaires doivent enfin être intégrées au raisonnement. Le bilan d'extension s'inscrit dans une stratégie globale de prise en charge et sa réalisation doit être cohérente avec les traitements envisagés. Chez certains propriétaires, la charge émotionnelle associée au diagnostic ou aux traitements peut limiter leur volonté de poursuivre une prise en charge oncologique ; dans ce contexte, l'intérêt d'un bilan exhaustif peut être faible. De même, les examens proposés doivent rester compatibles avec les ressources financières disponibles. Lors d'un lymphome multicentrique chez le chien, par exemple, un bilan d'extension approfondi ne devrait pas compromettre la faisabilité financière du traitement. À l'inverse, pour une tumeur intracrânienne candidate à une radiothérapie, un bilan d'extension peut être particulièrement pertinent avant le traitement afin de vérifier l'absence de maladie à distance susceptible de remettre en cause le bénéfice attendu.
III. Aspect technique du bilan d'extension en fonction du type tumoral
Le scanner pré-opératoire lors de suspicion clinique d'insulinome est un exemple d'adaptation d'une technique d'imagerie au type tumoral.
L'objectif du bilan d'extension est alors de localiser un nodule pancréatique en vue de son exérèse chirurgicale, et d'identifier d'éventuelles métastases qui impliqueraient un pronostic plus défavorable.
Certains insulinomes présentent un faible volume ne déformant pas les contours pancréatiques, la détection des lésions pancréatique et des métastases repose alors en grande partie sur leur différence de rehaussement par rapport au reste du parenchyme pancréatique. Or le rehaussement différentiel des lésions tumorales par rapport au parenchyme pancréatique (et/ou hépatique ou lymphatique pour les métastases) est temps-dépendant, compliquant davantage leur identification.
Les insulinomes ont plutôt tendance à apparaitre hyperrehaussés par rapport au reste du parenchyme parencréatique en phase artérielle post contraste, mais certains peuvent être davantage visibles en phases veineuses ou tardives.
Un scanner avec 3 phases post-contraste (artérielle, portale et tardive) voire 4 phases (artérielle précoce, artérielle tardive, portale et tardive) est ainsi recommandé pour augmenter la sensibilité du scanner pour la détection et la localisation des lésions primitives et métastatiques.
À noter que malgré ces précautions, la sensibilité reste imparfaite (96 % de sensibilité pour la détection des lésions pancréatiques, mais respectivement des sensibilités de 67 et 75 % pour la détection des métastases lymphatiques et hépatiques), et le recours à de nouvelles techniques telles que le scanner à double source ou le scanner de perfusion commence à être documenté.
Certaines adaptations de la technique peuvent être nécessaires selon la localisation de la tumeur. Un exemple fréquent est celui des carcinomes transitionnels de la vessie affectant le trigone ou l'urètre proximal, pour lequel un uroscanner est recommandé afin de préciser une éventuelle prise en masse des papilles urétérales.
L'infiltration métastatique des nœuds lymphatiques de drainage altère le pronostic et le traitement, notamment lors des tumeurs orales, de mastocytome ou de carcinome mammaire. La sensibilité de la palpation pour la détection d'infiltration métastatique est faible (jusqu'à 40 % de faux négatifs pour la palpation des nœuds lymphatiques mandibulaires lors de mélanomes oraux), et certaines études rapportent jusqu'à 36 % de faux négatifs lors d'examen cytologique de nœuds lymphatiques chez des chiens présentant des mélanomes et fibrosarcomes oraux. L'histologie sur exérèse du nœud lymphatique de drainage concomitant à l'exérèse de la tumeur primitive est donc considérée comme l'examen de référence pour compléter le bilan d'extension lors de tumeur orale. Il arrive cependant régulièrement que le nœud lymphatique de drainage ne soit pas celui présumé sur la base de la localisation anatomique de la tumeur primitive, et certaines études documentent jusqu'à 62 % de dissémination métastatique dans le nœud lymphatique controlatéral. L'ajout d'une lymphographie au scanner traditionnel est alors recommandé dans plusieurs indications de tumeurs solides (tumeurs orales, mastocytomes, carcinome notamment). L'injection d'une faible quantité de produit de contraste iodé (1 ml généralement, pur ou dilué à 50 %) aux quadrants de la tumeur et le suivi de la migration du produit de contraste au lymphocentre de drainage permettent d'identifier le nœud lymphatique sentinelle et d'en planifier l'exérèse.
Le procédé peut également être utilisé en per opératoire en injectant du bleu de méthylène (0,4 ml répartis aux quatre quadrants de la tumeur), dont la migration vers le nœud lymphatique de drainage en facilitera la localisation et l'identification en vue de l'exérèse.
Certaines études documentent également l'utilisation de harpons chirurgicaux placés en pré opératoire par guidage échographique au sein des nœuds lymphatiques afin de faciliter leur localisation et réduire le temps opératoire.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Biopsies hépatiques : quelle méthode choisir en pratique ?
Allonzier-la-Caille, France
I. Indications et contre-indications des biopsies hépatiques
Les biopsies hépatiques sont indiquées lors de suspicion d'hépatopathie primaire en l'absence de maladie extrahépatique, face à des masses hépatiques si la cytoponction s'est révélée non diagnostique, ou bien lors de suspicion d'anomalie vasculaire hépatique (shunt porto-systémique, hypertension portale d'origine indéterminée). Elles sont également recommandées dans le cadre de certains bilans d'extension. À titre d'exemple, 29 % des métastases hépatiques sont détectées lors de splénectomies lorsque le foie apparait macroscopiquement anormal [1].
Les contre-indications à la biopsie hépatique regroupent les coagulopathies sévères, l'instabilité anesthésique du patient, la présence de tumeurs vasculaires hépatiques connues au préalable (hémangiosarcome par exemple) et la présence de maladies infectieuses touchant le foie. Les hépatopathies terminales, l'ascite, et l'obésité constituent des contre-indications relatives.
II. Complications et facteurs de risque spécifiques
La principale complication associée à la réalisation de biopsies hépatiques est l'hémorragie. Bien que souvent minime et ne nécessitant pas d'intervention (hémorragies silencieuses parfois conduire à une diminution de l'hématocrite allant jusqu'à 6-10 points), des saignements majeurs surviennent chez 1,2 à 3,3 % des chiens [2]. Chez le chat, le risque de complication hémorragique est probablement plus haut : une étude rapporte ainsi 16,7 % d'hémorragies nécessitant une transfusion dans cette espèce [3].
Les principaux facteurs de risque pour les hémorragies post-biopsies incluent les coagulopathies, la thrombopénie, la lipidose hépatique et une anémie préexistante.
Les temps de coagulation n'étant pas fiables, un panel complet est recommandé : temps de Quick (TQ), temps de céphaline activée (TCA), comptage plaquettaire, fibrinogène, hématocrite. Un temps de saignement muqueux (TSM) peut le compléter. Par ailleurs, chez les races à risque, il peut être intéressant de tester pour la maladie de von Willebrand.
Chez le chien, les seuils critiques favorisant le saignement sont : TQ/TCA > 1,5 fois la valeur supérieure de référence ; plaquettes < 50 000/µL (< 80 000/µL chez le chat) ; fibrinogène < 100 µg/dL ; hématocrite < 30 % ; facteur de von Willebrand < 50 % ; TSM > 5 min. En l'absence de consensus sur la prophylaxie systématique, l'administration de plasma, de vitamine K ou de desmopressine s'évalue au cas par cas. Néanmoins, lors de cholestase associée à un allongement des TQ et TCA, l'injection de vitamine K (0,5 à 1,5 mg/kg SC trois doses à 12 heures d'intervalle) est indiquée.
Au-delà des saignements, des complications très rares sont également décrites, notamment chez l'être humain : fuites de bile, péritonite biliaire, infection/sepsis, erreur d'organe biopsié.
Le chat présente en outre la spécificité de développer des chocs vagaux mortels (19 % des cas) dans les 15 minutes suivant l'emploi de pistolets à biopsie automatiques.
III. Que faut-il prélever et où ?
Il convient d'éviter de prélever exclusivement en périphérie des lobes fibrosés afin de ne pas biaiser l'interprétation histologique. L'échantillonnage de plusieurs lobes est nécessaire pour pallier les variations intrahépatiques des processus diffus. Pour le dosage du cuivre, le prélèvement doit cibler la zone la plus saine possible (en évitant les nodules de régénération) ; 20 à 40 mg de tissu sont requis, ce qui correspond à une carotte de 14 G de 2 cm ou une demi-biopsie à la pince de 5 mm.
Chez le chien, 11 à 15 triades portes sont recommandées pour un diagnostic histologique. En l'absence de recommandation spécifiques au chat, les mêmes critères que le chien sont appliqués. Un minimum de 5 prélèvements obtenus depuis 2 lobes différents est recommandé : 3 pour l'histologie, 1 pour la bactériologie (aérobie et anaérobie), 1 pour le dosage du cuivre [2].
IV. Comment biopsier le foie ?
Les biopsies hépatiques peuvent être effectuées selon trois grandes méthodes :
- Percutanée échoguidée
Elle cible précisément les lésions et évite le réseau vasculaire principal grâce au mode Doppler. Un pistolet semi-automatique (type Tru-Cut) est utilisé avec une aiguille 14 G chez le chien, et 16 G chez le chat ou le chien de moins de 12 kg. Les aiguilles de 18 G sont déconseillées (concordance diagnostique faible et quantité de tissu insuffisante pour le dosage du cuivre). Un minimum de 4 biopsies est requis pour l'histologie. Cette approche peu invasive est toutefois limitée par l'absence de contrôle de l'hémostase et un accès anatomique restreint (principalement les lobes gauches). Elle est réservée aux patients à faible risque hémorragique, inaptes à une anesthésie prolongée, ou en cas de contraintes financières. - Chirurgie ouverte (Laparotomie)
Méthode de référence offrant un contrôle visuel et hémostatique optimal. La technique de la guillotine (ligature résorbable placée à l'apex et serrée progressivement) est classique. L'utilisation d'instruments de thermofusion ou de scalpels ultrasoniques permet de sceller et sectionner les tissus, offrant un gain de temps notable. Les punchs à biopsie (4 à 8 mm) permettent d'échantillonner le centre des lobes (un punch de 8 mm fournit environ 12 triades portales). L'enfoncement ne doit pas excéder la moitié de l'épaisseur du parenchyme. Il est souvent nécessaire de placer des compresses hémostatiques résorbables (gélatine, collagène, cellulose) au sein du site de prélèvement. - Chirurgie laparoscopique
Il s'agit du meilleur compromis clinique. Moins invasive et moins douloureuse que la laparotomie, elle garantit une surveillance hémostatique optimale via l'optique. Les instruments de thermofusion et les boucles préformées y sont très efficaces. L'utilisation de pinces à biopsie (3 ou 5 mm) reste la technique la plus courante. Maintenir la pince fermée durant 30 à 45 secondes limite le saignement. Une simple rotation de l'instrument pour détacher le prélèvement, sans traction, minimise les artéfacts d'écrasement. Ces instruments fournissent respectivement 12 et 18 triades chez le chien, et 19 et 30 chez le chat.
V. Quelle technique choisir ?
L'avantage de l'approche percutanée est qu'elle est peu invasive et douloureuse, facilement accessible et abordable. Elle permet de cibler des lésions focales profondes sous sédation ou courte anesthésie. Ses limites sont l'impossibilité de contrôler les saignements, la petite taille des échantillons et un accès restreint. Elle peut par ailleurs être très difficile, voire impossible à employer si l'animal est trop grand, obèse ou présente de l'ascite. Elle est à réserver aux patients présentant un risque anesthésique majeur ou des situations de contraintes financières, à condition que le risque hémorragique soit minime.
La laparotomie est la méthode de référence chez le chien et le chat. Elle assure un excellent contrôle visuel des zones prélevées et de l'hémostase, et donne la garantie d'une quantité suffisante de prélèvements, sans nécessiter d'équipement onéreux. Elle est cependant la méthode la plus invasive et douloureuse.
La laparoscopie constitue le meilleur compromis clinique. Moins invasive que la laparotomie, elle offre une excellente visualisation et un contrôle hémostatique optimal, bien qu'elle requière un investissement matériel et un entraînement spécifiques. Lorsque la technique est maîtrisée, l'intervention est plus rapide qu'en laparotomie.
La laparoscopie ou la laparotomie doivent impérativement être choisies si le risque hémorragique est élevé (coagulopathie, tumeur, masse friable, anomalie vasculaire) ou si de nombreuses analyses nécessitent des échantillons de grande taille.
VI. Gestion post-opératoire
Les prélèvements doivent être manipulés avec précaution pour éviter des artefacts d'écrasement à l'histologie.
Le patient est maintenu au calme avec une surveillance clinique stricte (fréquence cardiaque, temps de remplissage capillaire, couleur des muqueuses, pouls, pression artérielle) pendant au moins 6 heures, sous analgésie adaptée. L'hématocrite ne doit pas chuter de plus de 10 %. Au moindre doute d'instabilité hémodynamique, une échographie abdominale de contrôle est indiquée. Lorsque le risque de saignement est jugé plus important, le patient est gardé sous surveillance jusqu'au lendemain. Chez le chat, la chute d'hématocrite pouvant survenir tardivement (entre 8 et 18 heures, avec une moyenne de 11 heures) [4], une surveillance hospitalière de 24 heures est fortement préconisée.
Bibliographie
- Clarke E et coll. Clinical utility of liver biopsies in dogs undergoing splenectomy. J Small Anim Pract. 2020 ; 61 : 684-8.
- Webster CRL et coll. ACVIM consensus statement on the diagnosis and treatment of chronic hepatitis in dogs. J Vet Intern Med. 2019 ; 33 : 1173-200.
- Pavlick M et coll. Bleeding risk and complications associated with percutaneous ultrasound-guided liver biopsy in cats. J Feline Med Surg. 2019 ; 21 : 529-36.
- Bigge LA et coll. Correlation between coagulation profile findings and bleeding complications after ultrasound-guided biopsies: 434 cases (1993-1996). J Am Anim Hosp Assoc. 2001 ; 37 : 228-33.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Blépharites : approche conjointe dermatologique et ophtalmologique
Ollioules, France
I. Introduction
Les blépharites sont des affections fréquemment rencontrées en pratique généraliste, pour lesquelles il peut être difficile de déterminer si elles relèvent de l'ophtalmologie ou de la dermatologie.
II. Anatomie des paupières
Les paupières sont des replis cutanéo-muqueux assurant la protection mécanique et la lubrification du globe oculaire. La paupière supérieure et inférieure se rejoignent aux canthi, délimitant la fente palpébrale. Le chien possède des cils sur la paupière supérieure ; chez le chat, il s'agit de poils, dont la rangée la plus proche du limbe peut être considérée comme des cils [1].
Les paupières, richement vascularisées, comprennent quatre couches : peau, muscle orbiculaire, tarse et conjonctive palpébrale. La peau est velue et contient des follicules et des glandes. Les cils sont associés à des glandes sébacées proéminentes (glandes de Zeis) et aux glandes sudoripares (de Moll) [2].
Le limbe correspond à la jonction entre les faces antérieure et postérieure des paupières. Les ostiums des glandes de Meibomius y sont visibles. Leur bon fonctionnement et la régularité du limbe participent à l'étalement du film lacrymal. Les glandes de Meibomius produisent sa phase lipidique, limitant son évaporation.
III. Définitions
Une blépharite correspond à une inflammation des paupières. On distingue les blépharites antérieures, touchant la peau et la base des cils, des blépharites postérieures, concernant le limbe, la face postérieure des paupières et les glandes de Meibomius.
Les anomalies congénitales et les affections tumorales ne sont pas abordées ici.
IV. Examen clinique
L'anamnèse doit prendre en compte l'âge (cellulite juvénile, démodécie chez le jeune, hypersensibilités chez l'adulte), la race (entropion chez le Shar Pei, dysfonctionnement meibomien chez le Shih Tzu, VKH chez certaines races nordiques), la situation géographique (leishmaniose), les traitements en cours (intolérance aux collyres) et les antécédents médicaux ou chirurgicaux (herpesvirus félin, entropion cicatriciel, dermatite atopique).
Un examen clinique général est indispensable car certaines blépharites sont associées à une maladie systémique ou à une dermatose généralisée. L'examen ophtalmologique recherche notamment un entropion, une atteinte conjonctivale ou cornéenne, un élargissement du limbe palpébral et un dysfonctionnement meibomien (Break-Up Time). L'examen dermatologique recherche érythème, œdème, alopécie, érosions, exsudation, squames et croûtes, ainsi que du prurit.
L'examen doit permettre de déterminer si l'atteinte est uniquement palpébrale ou s'intègre à une maladie plus générale, si elle est antérieure et/ou postérieure et si d'autres structures oculaires sont atteintes.
V. Les blépharites chez le chien
Une étude portant sur 102 chiens a montré que les causes allergiques sont les plus fréquentes (52 %), suivies des causes infectieuses/parasitaires (22 %) et immunitaires (18 %).
1. Causes infectieuses et parasitaires
- Bactériennes : principalement Staphylococcus spp.. Le diagnostic repose sur les signes cliniques, la cytologie et, si nécessaire, la culture. Les blépharites bactériennes sont rarement primaires et sont généralement secondaires à une affection cutanée ou oculaire (dermatite atopique, parasitose, entropion, KCS…). Il faut donc rechercher et traiter la cause sous-jacente. La prise en charge associe antiseptiques topiques et, si nécessaire, antibiothérapie topique ou systémique.
- Orgelet : abcédation d'une glande palpébrale, généralement douloureuse et gonflée. Traitement : antibiothérapie topique, éventuellement associée à un curetage.
- Parasitaires :
- Démodécie (Demodex canis) : alopécie périoculaire, surtout chez les jeunes.
- Gale sarcoptique : très prurigineuse, avec papules, croûtes, alopécie, érythème et squamosis, notamment aux coudes, pavillons auriculaires et abdomen ventral.
- Leishmaniose : alopécie périoculaire et squames fines « argentées », plus rarement nodules, épaississement palpébral et ulcères, parfois associées à une conjonctivite, kératite, uvéite ou décollement de rétine et à une atteinte générale.
- Néosporose
Le diagnostic repose sur l'identification de l'agent (raclages, cytologie, sérologie, PCR…). Le traitement dépend de la cause : antiparasitaires, leishmanicides et mesures environnementales, avec un suivi adapté, notamment de la fonction rénale en cas de leishmaniose.
- Fongiques : dermatophytose (M. canis, M. gypseum, Trichophyton), Malassezia ou mycoses profondes (histoplasmose). La dermatophytose provoque typiquement une alopécie squameuse et croûteuse, souvent asymétrique. Le diagnostic repose sur raclages, cytologie, culture, histopathologie ou PCR. Le traitement est topique (ex. énilconazole) ou systémique (itraconazole, kétoconazole, terbinafine), associé à des mesures environnementales.
2. Causes allergiques
- Atopie et hypersensibilité alimentaire : prurit, érythème bilatéral et lésions secondaires de grattage, pouvant devenir chroniques avec lichénification. L'atopie est également une cause fréquente de conjonctivite chronique, parfois associée à une insuffisance lacrymale.
- Hypersensibilité de contact : réaction à certains collyres ou à leurs conservateurs (notamment néomycine et certains antiglaucomateux).
La prise en charge associe traitement symptomatique (anti-inflammatoire, immunomodulateur, antiprurigineux), recherche et éviction de la cause et renforcement de la barrière cutanée.
3. Causes à médiation immunitaire
- Cellulite juvénile (dermatite et lymphadénite granulomateuse stérile juvénile) : touche les chiots de 3 à 16 semaines. Elle provoque épaississement des paupières et des babines, fistules, croûtes, lymphadénomégalie mandibulaire et parfois abattement ou hyperthermie. Une otite suppurée et des lésions nodulaires ou fistuleuses sur le corps sont possibles. Le diagnostic est clinique et repose sur l'exclusion des infections, notamment pyodermite profonde et démodécie. Le traitement utilise des glucocorticoïdes à dose immunosuppressive, éventuellement associés à la ciclosporine.
- Syndrome uvéo-dermatologique (VKH-like) : maladie auto-immune ciblant les mélanocytes. Certaines races nordiques (Akita Inu, Samoyède, Husky sibérien) sont prédisposées. Elle débute généralement par une uvéite bilatérale, suivie d'une dépigmentation de la peau et du pelage de la face (chanfrein, truffe, babines, paupières). L'atteinte oculaire peut associer uvéite antérieure, dépigmentation de l'iris et/ou de la choroïde puis, avec la chronicité, cataracte, synéchies et glaucome secondaire. Les lésions cutanées comprennent leucodermie, leucotrichie, squamosis, érythème et alopécie, parfois avec érosions ou ulcérations croûteuses aux jonctions muco-cutanées. Le traitement repose sur des immunomodulateurs systémiques et des traitements topiques (corticoïdes, AINS, atropine en l'absence de glaucome). Le pronostic oculaire est réservé et l'uvéite doit être traitée rapidement [3].
- Blépharite du canthus médial : généralement bilatérale, elle touche préférentiellement le Berger Allemand, le Teckel à poil long et le Caniche. Elle peut être associée à une infiltration lymphoplasmocytaire de la membrane nictitante ou à différentes kératites. Elle répond généralement aux corticoïdes topiques [4].
- Autres causes immunitaires : pemphigus, lupus érythémateux (discoïde ou muco-cutané), alopecia areata, meibomite stérile pyogranulomateuse, accident médicamenteux et dermatite de contact.
4. Autres causes
- Métaboliques : dermatose répondant au zinc, « generic dog food dermatosis », dermatite nécrolytique superficielle (syndrome hépato-cutané).
- Chalazion : engorgement d'une glande de Meibomius provoquant une inflammation ; traitement par curetage.
- Iatrogènes : certaines chirurgies des annexes oculaires peuvent entraîner inflammation ou destruction du limbe palpébral et entropion cicatriciel.
- Meibomites : inflammation des glandes de Meibomius entraînant une modification des sécrétions, une obstruction des ostiums et une instabilité du film lacrymal.
VI. Les blépharites chez le chat
Chez le chat, les causes infectieuses, notamment virales, prédominent. Les tumeurs malignes sont également plus fréquentes que chez le chien.
1. Causes infectieuses
- Herpesvirus félin (FHV-1) : cause majeure de blépharite et de dermatite faciale. Il provoque érythème périoculaire, vésicules, croûtes et ulcères bien délimités sur le planum nasal et la région périoculaire. Les antécédents de coryza ou de maladie oculaire récurrente sont fréquents. Le diagnostic peut reposer sur des biopsies avec examen histopathologique et/ou PCR. Le traitement utilise principalement des antiviraux systémiques, notamment le famciclovir [2]. Les corticoïdes sont contre-indiqués en cas de suspicion d'herpès, car ils favorisent la réactivation virale.
- Dermatophytose : plus fréquente chez le chat que chez le chien, (en particulier les chatons), avec alopécie focale, érythème et squames périoculaires. L'agent principal est Microsporum canis plus anecdotiquement Trichophyton mentagrophytes.
- Bactériennes : relativement rares, souvent secondaires à un traumatisme ou à un abcès ; des bactéries atypiques, notamment des mycobactéries, peuvent être impliquées. Le traitement associe drainage ou exérèse et antibiothérapie systémique adaptée.
- Autres agents :
- Malassezia, parfois associée à une maladie systémique (diabète, FIV/FeLV) ;
- histoplasmose, pouvant former des nodules faciaux ;
- démodécie (Demodex cati) ;
- leishmaniose, rare mais possible en zone d'endémie.
2. Causes allergiques
- Hypersensibilité/intolérance de contact : réaction à certains traitements ophtalmiques (néomycine, trifluridine, conservateurs). Elle provoque un érythème et un gonflement marginaux s'aggravant avec les instillations, parfois associés à une conjonctivite. Le traitement consiste à supprimer ou modifier le collyre responsable.
- Hypersensibilité aux piqûres de moustiques : papules érythémateuses, croûtes et ulcères sur les zones peu poilues, notamment bord des paupières, chanfrein et pavillons auriculaires.
- Syndrome atopique et hypersensibilité alimentaire : prurit périoculaire bilatéral, érythème et lésions auto-induites.
3. Causes à médiation immunitaire
- Pemphigus foliacé : maladie auto-immune cutanée la plus fréquente chez le chat. Elle débute souvent par des pustules et croûtes « couleur miel » sur la face, les paupières, le planum nasal et les griffes.
- Lupus érythémateux systémique : très rare, avec une prédisposition rapportée chez le Siamois.
4. Autres causes
- Cystadénomatose apocrine : développement kystique bénin mais invasif de glandes sudoripares modifiées proches du limbe. Elle forme des nodules bleutés à noirs au bord palpébral et/ou dans les conduits auditifs. Les Persans sont prédisposés. Le traitement est chirurgical [5].
- Dermatite faciale idiopathique du Persan : affection spécifique pouvant toucher la face et les paupières.
Bibliographie
- Glaze MB et coll. Feline Ophthalmology, dans Gelatt KN, ed, Veterinary Ophthalmology. Sixth edition. Hoboken : Wiley Blackwell ; 2021, 1665-1840.
- Miller WH, Griffin CE, Campbell KL. Chapter 9. Diseases of eyeslids, claws, anal sacs, and ears, dans Muller and Kirk's Small Animal Dermatology. 7th ed. St. Louis, Missouri: Elsevier, 2013, 724-728.
- Brément T et coll. Les dermatoses auto-immunes prenant pour cible les mélanocytes et les structures folliculaires. Le Point Vétérinaire. 2025 ; 472 : 39-44.
- Stades FC et Van der Woerdt A. Diseases and surgery of canine eyelids, dans Gelatt KN, ed, Veterinary Ophthalmology. Sixth edition. Hoboken : Wiley Blackwell ; 2021, 923-987.
- Meekins JM et coll. Ophthalmic anatomy. dans Gelatt KN, ed, Veterinary Ophthalmology. Sixth edition. Hoboken : Wiley Blackwell ; 2021, 41-123.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Bronchiectasie suppurée massive du poumon gauche prise en charge par pneumonectomie gauche chez un chat.
Introduction
La bronchiectasie est une anomalie des voies respiratoires caractérisée par une dilatation irréversible des bronches secondaire à une inflammation chronique et à l'origine d'une destruction des composants de la paroi bronchique [1]. Elle est rarement décrite chez le chat [2].
Anamnèse
Un chat Européen mâle castré de 8 ans et demi est suivi depuis trois ans pour une toux chronique. Les radiographies thoraciques laissent suggérer une bronchite chronique, associée à une obstruction muqueuse de la bronche souche gauche. Un traitement antibiotique (doxycycline 10 mg/kg PO SID durant 10 jours) et des inhalations de corticoïdes (fluticasone SID durant 1 mois) permettent une résolution partielle de la toux.
L'animal est ensuite référé pour une dégradation brutale de la fonction respiratoire se traduisant par une tachypnée, une dyspnée expiratoire sévère et une intolérance à l'effort.
Examen clinique
L'auscultation thoracique révèle une absence de bruits respiratoires dans l'hémithorax gauche.
Démarche diagnostique
Le bilan sanguin ne révèle pas d'anomalie majeure.
Le scanner thoracique identifie une volumineuse lésion multicavitaire occupant l'ensemble du poumon gauche, responsable d'un effet de masse déplaçant le médiastin vers la droite et d'une atélectasie secondaire des lobes pulmonaires droits. La lésion est constituée de larges cavités liquidiennes non rehaussantes, entourées d'une fine paroi partiellement minéralisée. La bronche souche gauche n'est plus individualisable au sein de la masse. Une adénomégalie régionale modérée est observée.
Une lésion inflammatoire cavitaire secondaire à une obstruction bronchique chronique du poumon gauche est suspectée en première intention [3].
Traitement
Compte tenu de la sévérité des lésions du poumon gauche et de la dégradation de la fonction respiratoire, une prise en charge chirurgicale est décidée en choisissant un abord par thoracotomie latérale gauche. Une thoracotomie centrée sur le 5e espace intercostal gauche est effectuée pour accéder au hile des poumons gauches. L'ensemble du parenchyme pulmonaire gauche est sévèrement remanié, constitué de multiples cavités remplies de matériel brun épais, sans structure alvéolaire identifiable.
Du fait du volume de la masse (peu dépressible après avec vidange partielle de son contenu) et des adhérences avec les structures médiastinales, une seconde thoracotomie latérale centrée sur le 7e espace intercostal gauche est effectuée en réclinant caudalement l'incision cutanée précédente. Après isolement de la bronche souche gauche et des vaisseaux pulmonaires, une pneumonectomie totale gauche est effectuée à l'aide d'une pince TA V3 30 mm (DST). Le lobe accessoire présente un aspect satisfaisant et s'insuffle correctement. Un drain thoracique est placé dans l'hémi-thorax gauche en fin d'intervention.
Aucune complication per-opératoire ou post-opératoire immédiate n'est rencontrée. L'évolution est favorable sans symptôme respiratoire et avec une sortie d'hospitalisation à 3 jours après l'intervention.
Les radiographies thoraciques à 15 jours post-opératoires montrent un déplacement de la silhouette cardiaque à gauche, un poumon droit sans anomalie et entièrement insufflé. Trois mois après l'intervention, l'animal présente un très bon confort de vie sans anomalie respiratoire.
L'examen histologique met en évidence une ectasie bronchique sévère du poumon gauche à contenu nécrotico-suppuré, associée à une atélectasie pulmonaire marquée, sans critère de malignité [2]. Les cultures bactériologiques, aérobies, anaérobies et fongiques sont négatives.
Discussion
Ce cas illustre l'évolution progressive d'une bronchopathie chronique féline vers une bronchiectasie suppurée sévère sur plusieurs années, prise en charge avec succès par une pneumonectomie gauche.
L'originalité de ce cas repose sur la localisation des lésions intéressant l'ensemble du poumon gauche et mimant un effet de masse thoracique suggérant une tumeur pulmonaire, déjà décrit dans certaines formes de bronchiectasie kystique [3].
Les données anamnestiques et l'imagerie ont permis de suspecter une bronchiectasie sévère et la prise en charge chirurgicale a été curative. Bien que rarement rencontrée, la bronchiectasie doit être systématiquement intégrée dans le diagnostic différentiel d'une masse thoracique [2].
La pneumonectomie est rarement proposée aux propriétaires en raison de sa morbidité et des conséquences sur la fonction respiratoire. Certaines conditions doivent être respectées pour l'indiquer [1]. Dans notre cas, l'exérèse n'a pas excédé 50 % du volume pulmonaire total (le poumon gauche représentant 42 %) et la capacité fonctionnelle du poumon atteint était quasiment nulle (comblé par des cavités liquidiennes, pas de recrutement alvéolaire lors de l'insufflation).
Conclusion
La bronchiectasie du poumon gauche doit être suspectée lors de masse pulmonaire cavitaire chez un chat suivi pour une bronchopathie chronique. Lors de forme sévère, suppurée et strictement localisée au poumon gauche, la pneumonectomie constitue une option thérapeutique curative.

Image 1

Image 2
Bibliographie
- ETTINGER SJ, FELDMAN EC. Textbook of Veterinary Internal Medicine.
- NORRIS CR, SAMII VF. Clinical, radiographic, and pathologic features of bronchiectasis in cats. JAVMA 2000
- MOORHEAD WJ, MAI W, REETZ JA, et al. CT features of feline cystic bronchiectasis forming mass lesions. JFMS Open Reports 2024.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Bronchite chronique canine : quel bilan respiratoire est consensuel ?
Mérignac France
I. Introduction
Les bronchopneumopathies chroniques du chien résultent de l’infiltration des voies respiratoires profondes par des cellules inflammatoires, à l’origine d’un épaississement de la paroi bronchique et d’une stimulation de la production de mucus. Ces phénomènes peuvent provoquer toux, tachypnée, et moins fréquemment difficultés respiratoires et intolérance à l’effort. On distingue deux types de bronchopneumopathies inflammatoires chroniques chez le chien : bronchopneumopathie éosinophilique, et bronchite chronique « aspécifique » (une fois exclues les autres causes de toux chronique).
La bronchite chronique canine se définit par :
- La présence d’une toux persistante depuis plus de 2 mois ;
- La surproduction de mucus ;
- Le tout sans cause sous-jacente identifiée. Elle est plus fréquente chez les animaux plus âgés, et généralement de taille petite à moyenne [1,2].
L’infiltrat inflammatoire est principalement neutrophilique. Les autres causes de toux pouvant être associées au même infiltrat inflammatoire, mais à différencier de la bronchite chronique, incluent des maladies infectieuses (virales, bactériennes, parasitaires), une compression des voies respiratoires (collapsus trachéal, compression trachéale et bronchique lors de cardiomégalie), un corps étranger, un processus tumoral, mais aussi un dysfonctionnement de l’appareil respiratoire supérieur (affection laryngée), un épanchement pleural, une maladie pulmonaire interstitielle ou une torsion de lobe pulmonaire. Le reflux gastro-œsophagien est une autre cause de toux chronique [3] et son implication est de plus en plus reconnue chez certains chiens (cf. présentation du Dr Anaïs Lamoureux dans le même module). La bronchite chronique étant non-spécifique, son diagnostic se fait généralement par exclusion des autres causes de toux.
La bronchopneumopathie éosinophilique idiopathique du chien est une autre forme de bronchite chronique, et se caractérise par un infiltrat éosinophilique des voies respiratoires profondes [4]. Dans certains cas, l’infiltrat peut être étendu et sévère, créant des lésions polypoïdes ou même des granulomes formant des masses dans le parenchyme pulmonaire. Une hypersensibilité est suspectée, mais le (ou les) antigène(s) responsable(s) demeure(nt) encore inconnu(s). Une affection parasitaire ou tumorale doit être exclue car elle peut également être à l’origine du même type d’infiltrat inflammatoire. Une possible prédisposition raciale a été suggérée chez des races de chiens nordiques (Husky Sibérien, Malamute) et les Retrievers. Les animaux sont généralement de jeunes adultes et une minorité d’entre eux souffre également de rhinite chronique éosinophilique. La différenciation d’avec une bronchite chronique aspécifique est utile, car la prise en charge thérapeutique est légèrement différente.
Dans les deux cas, une inflammation bronchique non traitée peut persister, s’aggraver, et causer des lésions secondaires qui sont parfois irréversibles (bronchiectasie, bronchomalacie, fibrose…).
II. Signes cliniques
Quel que soit le type de bronchopneumopathie, une toux persistante est le motif de présentation le plus fréquent. D’autres signes cliniques (intolérance à l’effort, tachypnée, cyanose) sont parfois rapportés.
III. Démarche diagnostique
L’interrogatoire des propriétaires est essentiel pour identifier une cause sous-jacente ou un facteur déclencheur : durée d’évolution, statut vaccinal et possible contact récent avec d’autres animaux (en cas de maladie virale), vermifugation (molécule et dernière administration, à considérer dans le contexte géographique local de vie du chien), variabilité des signes cliniques avec le changement de saison ou le lieu de vie (évocateur d’une cause allergique/environnementale), exposition à des fumées ou poussières de travaux, utilisation de sprays diffuseurs à la maison, présence de signes digestifs (reflux gastro-œsophagien), intolérance à l’effort (origine cardiaque ou lésion parenchymateuse étendue), présence d’autres signes cliniques (perte de poids, abattement, etc., pouvant faire penser à une affection systémique/néoplasique), etc. Les chiens atteints de bronchite chronique « non compliquée » sont par ailleurs en bon état général, c’est pourquoi toute altération de cet état est potentiellement évocatrice d’une autre maladie à rechercher plus spécifiquement.
L’examen clinique est indispensable et peut identifier un souffle cardiaque, une dyspnée, des sifflements, des bruits respiratoires assourdis (épanchement pleural, masse), des crépitements (lors d’œdème pulmonaire, de pneumonie ou de fibrose pulmonaire), une fièvre (plus fréquente lors de maladie infectieuse), ou une masse (potentiellement à l’origine de métastases pulmonaires). Une cyanose n’est pas attendue lors de bronchite chronique classique, et peut évoquer une maladie infiltrative diffuse du parenchyme pulmonaire (fibrose, métastases étendues, granulomes inflammatoires/parasitaires/infectieux, œdème) ; l’utilisation d’un oxymètre de pouls permet d’objectiver une saturation inappropriée du sang en oxygène.
Les examens de laboratoire (numération-formule sanguine, examen biochimique) sont peu spécifiques mais peuvent aider à exclure d’autres affections. Une coproscopie incluant une recherche de larves de strongles par la technique de Baermann est recommandée, notamment lorsque les parasites sont endémiques dans la région. L’utilisation d’un test rapide à la clinique peut être utile en complément lors de suspicion d’angiostrongylose, même si cet examen rapide a une sensibilité imparfaite.
L’imagerie médicale thoracique est recommandée dans tous les cas et constitue le test le plus discriminant. Elle permet d’identifier un épaississement de la paroi des bronches, mais aussi certaines complications (bronchiectasie) [1,2,5]. Cela permet également d’exclure d’autres affections à l’origine des mêmes signes cliniques (masse, métastases, lymphadénomégalie, corps étranger, consolidation pulmonaire étendue, cardiomégalie causant une compression des voies respiratoires profondes).
Les radiographies thoraciques sont facilement accessibles en clinique vétérinaire et permettent une bonne évaluation des voies respiratoires, pourvu que des vues inspiratoires et multiples soient prises (3 vues en pleine inspiration, 2 incidences de profil et une incidence de face). Il est important de bien inclure le larynx et la trachée sur les clichés pour exclure une lésion laryngée/trachéale haute. L’examen tomodensitométrique du thorax est plus sensible et permet une visualisation des voies respiratoires en trois dimensions ; cet examen n’est cependant pas parfait et peut même apparaître normal chez certains patients atteints de bronchopneumopathie inflammatoire.
L’échographie thoracique est peu sensible pour diagnostiquer une bronchopneumopathie inflammatoire, mais elle est utile pour identifier un épanchement pleural, une consolidation pulmonaire ou une dilatation atriale gauche.
Une endoscopie respiratoire permet d’évaluer la sévérité des lésions bronchiques (parfois invisibles en radiographie ou scanner), notamment un collapsus trachéal/bronchique dynamique, et autorise des prélèvements ciblés lors de lésion plus focale. La bronchoscopie nécessitant une anesthésie générale, elle est réservée à des patients stables et sous surveillance anesthésique renforcée. La sédation ou l’anesthésie d’un patient dyspnéique n’est pas recommandée compte tenu des risques associés, à moins qu’elle ne soit à visée thérapeutique (retrait d’un corps étranger notamment).
Le lavage bronchoalvéolaire (LBA) est nécessaire pour établir un diagnostic de certitude et identifier une infection secondaire ; il peut s’effectuer à l’aveugle à travers le tube endotrachéal ou par bronchoscopie. Il n’est néanmoins pas sans risque (anesthésie, saignement, lésion pulmonaire et pneumothorax lors de maladie sévère) et doit donc être réservé aux praticiens familiers de la technique. Le prélèvement recueilli est envoyé au laboratoire pour examen cytologique, cultures bactérienne et fongique, et PCRs.
Dans certains cas, les risques liés à la réalisation d’un lavage broncho-alvéolaire sous anesthésie générale, ainsi que les coûts associés, ne permettent pas d’effectuer cet examen. Il est alors tout à fait raisonnable d’envisager un essai thérapeutique (voir conférence sur les toux multifactorielles), dans la mesure où une démarche diagnostique rigoureuse en amont a permis de considérer une bronchopneumopathie inflammatoire comme étant le diagnostic le plus probable chez cet animal.
IV. Traitement
Les glucocorticoïdes systémiques ont montré leur utilité dans le traitement des bronchopathies inflammatoires du chien. Compte tenu des nombreux effets secondaires, l’objectif est d’améliorer la qualité de vie du patient et d’éviter la progression et de la maladie et l’apparition de lésions secondaires, tout en limitant la dose et la durée d’utilisation autant que possible. La prednisolone est généralement instituée à 1 mg/kg/j par voie orale pendant 7 jours, puis la dose est diminuée de 25 % toutes les deux à trois semaines jusqu’à obtenir la dose minimale efficace qui permet de contrôler les signes de la maladie.
Les glucocorticoïdes inhalés, administrés à l’aide d’une chambre d’inhalation adaptée, sont une bonne alternative pour limiter les effets secondaires systémiques. La fluticasone à une dose d’environ 10-20 microg/kg deux fois par jour est appliquée à l’animal pendant 10-20 secondes (ou sept mouvements respiratoires). Ce traitement peut être initié seul chez les animaux peu affectés, mais il est le plus souvent institué en même temps qu’un traitement oral pour permettre une amélioration plus rapide des signes cliniques. La prednisolone orale est ensuite graduellement réduite voire arrêtée lorsque c’est possible. Un traitement inhalé seul peut être suffisant pour contrôler les signes cliniques au long cours, et ne semble que rarement causer des effets systémiques.
Les bronchodilatateurs sont utilisés de façon anecdotique chez le chien (théophylline longue action à 10 mg/kg/12h), notamment lors de lésions secondaires de type bronchomalacie ou bronchiectasie. Il n’existe cependant pas de publication confirmant leur efficacité.
V. Conclusion
En conclusion, les bronchopneumopathies inflammatoires canines sont des maladies chroniques et la guérison est peu probable. Des examens complémentaires, a minima des radiographies thoraciques, sont importants pour exclure d’autres affections responsables de signes cliniques similaires mais aux traitements très différents. L’anamnèse et l’examen clinique permettent d’évaluer la pertinence d’autres examens lorsque les ressources financières des propriétaires sont limitées.
Bibliographie
- Clercx C. Chapter 215 - Large Airway Diseases. Ettinger’s Textbook of Veterinary Internal Medicine, vol. 2. 9th ed., Elsevier; 2024, p. 1158–72.
- Rozanski E. Canine Chronic Bronchitis. Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice 2020;50:393–404.
- Grobman ME et coll. Aerodigestive disorders in dogs evaluated for cough using respiratory fluoroscopy and videofluoroscopic swallow studies. The Veterinary Journal 2019;251:105344.
- Casamian-Sorrosal D et coll. Clinical features and long-term follow-up of 70 cases of canine idiopathic eosinophilic lung disease. Vet Rec 2020;187.
- Mantis P et coll. Assessment of the accuracy of thoracic radiography in the diagnosis of canine chronic bronchitis. Journal of Small Animal Practice 1998;39:518–20.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Bronchotomie primaire pour extraction d'un corps étranger bronchique chez un chat : 1ère description clinique
Introduction
Les corps étrangers trachéobronchiques sont rares chez le chat. L'extraction bronchoscopique constitue le traitement de première intention, mais peut s'avérer impossible dans certaines situations. La bronchotomie primaire, décrite chez le chien, n'a pas été rapportée chez le chat. Ce cas clinique décrit sa réalisation et son intérêt dans cette espèce.
Anamnèse
Une chatte Européenne stérilisée de 3 ans est présentée pour un épisode aigu de toux et de dyspnée. L'animal, auparavant en bonne santé, est observé jouant avec des cailloux.
Des radiographies thoraciques montrent un corps étranger (CE) d'opacité minérale de 8 × 5 mm, localisé dans la bronche principale droite, associé à un discret patron pulmonaire interstitiel du lobe moyen (Figure 1a).
L'animal est référé pour extraction du CE.
Examen clinique
À l'admission, l'examen clinique ne révèle aucune anomalie ; aucune détresse respiratoire n'est notamment observée.
Démarche diagnostique
Des radiographies thoraciques (Figure 1b) confirment la persistance du CE, ayant migré plus distalement dans l'arbre trachéobronchique.
Figures 1 :
Radiographies thoraciques en incidences latérale droite (a) et dorsoventrale (b) montrant un CE minéral de 8 × 5 mm dans la bronche principale droite avec migration distale, associé à un discret patron interstitiel du lobe moyen droit.
Traitement
Plusieurs tentatives d'extraction bronchoscopique échouent : le CE visualisé migre progressivement vers la bronche du lobe caudal droit lors des manipulations, rendant son extraction endoscopique impossible en raison du faible diamètre bronchique.
Une thoracotomie au 5e espace intercostal droit permet d'identifier le CE dans la bronche du lobe caudal droit ; le parenchyme pulmonaire paraît macroscopiquement normal. Le CE est mobilisé par taxis externe vers la bronche principale droite. Une bronchotomie, réalisée sur la face latérale de la bronche, permet son extraction. L'incision est refermée en un plan par des points simples séparés (polydioxanone déc. 1 et 1,5) (Figure 2).
Figure 2 :
Vue peropératoire de la fermeture de la bronchotomie en un plan à l'aide de points simples.
Un test d'étanchéité met en évidence une fuite d'air minime, jugée transitoire. Un drain thoracique est mis en place puis retiré à J+1 sans complication.
La prise en charge postopératoire comprend une analgésie multimodale, une antibiothérapie et un anti-inflammatoire non stéroïdien. L'animal sort à J+3 avec un traitement médical et une restriction d'activité pendant 4 semaines. Au contrôle à J+15, l'état général est excellent et la toux a disparu.
Discussion
Ce cas clinique décrit, à notre connaissance, la première réalisation d'une bronchotomie primaire chez le chat.
Les CE trachéobronchiques sont rares dans cette espèce et leur gestion chirurgicale reste peu documentée. Ils sont le plus souvent localisés dans les bronches droites, probablement en raison de l'alignement plus direct de la bronche principale droite avec la trachée. L'expression clinique dépend de la taille, de la localisation et du degré d'obstruction bronchique. Une migration distale peut s'accompagner d'une atténuation des signes respiratoires. Dans le cas présenté, la migration distale survenue entre l'évaluation initiale et l'admission explique probablement l'absence de détresse respiratoire.
Lorsque le CE est visible radiographiquement, la radiographie permet son identification et sa localisation. La bronchoscopie constitue l'examen de choix pour la visualisation directe et l'extraction. Toutefois, chez le chat, la petite taille des voies aériennes limite la manipulation des instruments, d'autant que l'endoscope obstrue partiellement la lumière bronchique. Des tentatives répétées peuvent entraîner une migration distale du CE, comme observé ici, réduisant les chances de succès. Lorsque l'extraction endoscopique échoue ou se prolonge, une approche chirurgicale doit être envisagée.
La bronchotomie primaire constitue une alternative pertinente lorsque le CE est localisé dans une bronche proximale et qu'aucune atteinte parenchymateuse n'est présente. Elle permet l'extraction tout en préservant le lobe pulmonaire, contrairement à la lobectomie. Les complications potentielles incluent principalement un pneumothorax postopératoire (le plus souvent transitoire) et un risque infectieux, justifiant la mise en place d'un drain thoracique et d'une antibiothérapie. Dans ce cas, l'évolution est rapide et favorable.
Conclusion
La bronchotomie primaire constitue une alternative fiable chez le chat lorsque l'extraction bronchoscopique n'est pas réalisable. Elle permet une extraction efficace avec préservation du parenchyme pulmonaire lorsque les indications sont correctement posées. Cette technique représente ainsi une option chirurgicale conservatrice pertinente dans la prise en charge des CE bronchiques.
Bibliographie
- GIBSON KL, HEDLUND CS. Aspirated dental calculus in a dog. JAVLA. 1992 ; 200 : 514–6.
- SINGLETON WB. Foreign body in the bronchus of a dog. JSAP. 1963 ; 4 : 11–13.
- PACCHIANA P, BURNSIDE P, WILKENS B, et al. Primary bronchotomy for removal of an intrabronchial foreign body in a dog. JAAHA. 2001 ; 37 : 582–5.
- LEAL RO et al. Tracheobronchial foreign bodies in cats. JFMS. 2015 ; 19 : 117–22.
- ULLRICH K. Der intrabronchiale Fremdkörper beim Hund. Kleintier Prax. 1961 ; 6 : 86–88.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Caractérisation tomodensitométrique qualitative et quantitative et prévalence de la panostéite chez des chiens d'assistance
Introduction
La panostéite est une ostéopathie idiopathique du jeune chien en croissance, caractérisée par des modifications transitoires de l'activité médullaire des os longs. Elle touche préférentiellement les grandes races, avec une surreprésentation des mâles entre 5 et 12 mois [1-3]. Elle se manifeste par une boiterie fluctuante avec douleur diaphysaire, parfois associée à des signes systémiques [1-3].
Son mécanisme associe une dégénérescence adipeuse médullaire et une prolifération fibroblastique secondaire à une résorption ostéoclastique [1-2]. La radiographie est encore largement utilisée mais peu sensible aux stades précoces [1]. De plus en plus employée pour dépister la dysplasie du coude, la tomodensitométrie (TDM) peut amener à une détection fortuite de panostéite, encore majoritairement décrite qualitativement [1,3].
Les chiens d'assistance constituent une population homogène avec protocole TDM standardisé. Cette étude visait à déterminer la prévalence de la panostéite en TDM et à caractériser les lésions qualitativement et quantitativement.
Matériel & Méthodes
Cette étude rétrospective inclut des chiens d'assistance scannés entre janvier 2020 et décembre 2025 pour dépistage de dysplasie du coude. Les examens ont été réalisés avec un scanner multidétecteur sous sédation (0,5 mm, 120 kVp, 200 mAs).
Une lésion était définie comme une zone intramédullaire d'atténuation augmentée non attribuable à une structure identifiable.

Figure 1
Les variables étudiées incluaient l'os atteint, la latéralité, la localisation, l'extension, l'hétérogénéité, l'aspect cortical, la relation au foramen nourricier. Une analyse quantitative (UH, volume, longueur) a été réalisée par segmentation ROI.
Les analyses statistiques ont utilisé des tests χ² ou exact Fisher selon les effectifs et tests d'égalité des proportions pour les variables descriptives par sous-groupes selon l'os affecté (significativité à p < 0,05).
Résultats
387 chiens ont été inclus (215 mâles, 172 femelles). Une panostéite a été notée chez 90 chiens (23,3 %) (âge moyen 1,08 an), avec une association significative avec le sexe masculin.
Les races dominantes étaient le Labrador Retriever (80,4 %) et le Golden Retriever (15,4 %), sans association significative (p=0,22). Les résultats pour l'humérus étaient non interprétables à cause d'un effectif faible (n=9).
À l'ulna et au radius, les lésions étaient significativement hétérogènes, respectivement proximales et médianes (52,9 %, 46,6 %), avec une prédominance unilatérale ulnaire (71,2 %) et sans différence significative entre extension diffuse/focale pour tout os (p>0,05)

Tableau 1
Elles étaient significativement adjacentes au foramen nourricier, de morphologie rectiligne (69,8 %, 97,4 %). Les marges corticales étaient majoritairement régulières.
Une part importante des lésions n'étant pas entièrement incluse dans le champ TDM, elles ont été exclues de l'analyse quantitative (42/90). L'atténuation moyenne était de 351,6 ± 219,3 UH, le volume 367,8 ± 511,7 mm³ et la longueur 2,45 ± 2,15 cm.
Discussion
Cette étude montre une prévalence de 23,3 % de panostéite chez des chiens d'assistance examinés par TDM. L'association avec le sexe masculin est conforme aux publications [3], tandis que l'absence d'effet race est probablement liée à la faible diversité raciale de cette population, dominée par le Labrador Retriever.
L'âge moyen observé est cohérent avec la littérature [1-3], bien que probablement influencé par le contexte de dépistage. Les caractéristiques qualitatives TDM confirment les descriptions antérieures avec des lésions hétérogènes prédominant à l'ulna at au radius [1].
Leur association étroite avec le foramen nourricier soutient l'implication de vaisseaux médullaires dans la physiopathologie. L'absence de prédominance d'extension diffuse/focale et la variabilité marquée des données quantitatives (écart-types élevés) suggèrent une variabilité des lésions potentiellement liée à différents stades d'évolution.
Des lésions comparables («enostosis-like») existent chez le cheval ayant un caractère parfois migrateur et affectant préférentiellement l'adulte et les membres pelviens, souvent sans boiterie [4], et chez l'humain étant bénignes le plus souvent asymptomatiques et découvertes fortuitement. L'utilisation du terme panostéite peut être discutée dans cette étude sans corrélation clinique, au profit de «enostosis-like lesions».
Les limites de l'étude incluent le caractère rétrospectif, l'absence de corrélation clinique, certaines données manquantes et de faibles effectifs dans certains sous-groupes.
Conclusion
La panostéite est fréquemment identifiée en TDM chez les chiens d'assistance qui permet une caractérisation fine des lésions, en particulier leur lien au foramen nourricier et leur variabilité structurale. L'apport de paramètres quantitatifs pourrait améliorer le diagnostic différentiel et la compréhension de l'évolution de ces lésions.
Bibliographie
- Kieves NR. Juvenile Disease Processes Affecting the Forelimb in Canines. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2021.
- Philips KL. Orthopedic diseases of young and growing dogs and cats. In: Textbook of veterinary diagnostic radiology. Thrall DE. St. Louis: Elsevier; 2025.
- Moreira LDP et al. Canine panosteitis and preventive veterinary measures: insights from a case series. Bull Natl Res Cent. 2023.
- O'Neill HD et al. Retrospective study of scintigraphic and radiological findings in 21 cases of enostosis-like lesions in horses. Vet Rec. 2011.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Cardiomyopathie dilatée chez 8 Jack Russel terrier
Introduction
La cardiomyopathie dilatée (CMD) est la deuxième maladie cardiaque acquise la plus courante (et la cardiomyopathie primitive la plus fréquente) chez le chien. La majorité des animaux présentant un phénotype de type CMD présente une forme primitive d'origine probablement génétique, avec une prévalence plus élevée chez certaines races, avec 5 races différentes représentant plus de 50 % des cas dans la plupart des études rétrospectives [1].
Cependant, d'autres affections potentiellement liées à un phénotype de CMD ont été décrites, notamment secondaire à des carences nutritionnelles (en particulier carence en taurine), à certaines affections extracardiaques (maladies endocriniennes, myocardite, cardiomyopathie tachycardie induite) et plus récemment associé à certains régimes alimentaires (avec une relation identifiée entre les régimes sans céréales ou les régimes contenant des légumineuses ou des régimes à base de protéines nouvelles) [2].
Dans des études rétrospectives à grande échelle, le CMD a été principalement décrit chez des chiens de race grande à géante, à l'exception notable du Cocker Spaniel. De plus, une forme génétique de DCM avec une progression précoce de la maladie a été décrite chez la race Manchester Terrier [3]. En revanche, malgré sa grande popularité, la survenue de CMD chez des chiens de race Jack Russel Terrier n'a pas été décrite dans plusieurs études à grande échelle.
Matériel et méthode
Une analyse rétrospective des données conservées sur une période de 18 ans (2008-2026) a identifié 8 Terriers Russel Jack (4 mâles et 4 femelles) présentant un phénotype de CMD. Le phénotype CMD a été confirmé selon les recommandations publiées [4], avec un examen échographique confirmant à la fois une dysfonction systolique (avec une diminution de la fraction de raccourcissement et de la fraction d'éjection) et une dilatation ventriculaire gauche systolique et/ou diastolique.
Résultats
Tous les chiens présentaient une maladie symptomatique (à minima intolérance à l'effort), avec des symptômes congestifs chez la majorité des animaux (ascite et oedème pulmonaire chez 3 et 4 animaux respectivement). Une insuffisance mitrale était présente chez tous ces chiens, mais avec des reflux d'extension minime à modérée correspondant à des insuffisances fonctionnelles.
Une mesure de la taurine sanguine ou plasmatique a été effectuée chez tous les chiens sauf un et aucune carence en taurine n'a été identifiée. En raison de la nature rétrospective de l'étude sur une longue période, les informations concernant le régime alimentaire n'étaient disponibles que pour 3 chiens sur 8, aucun animal n'ayant reçu un régime sans céréale. Des informations concernant le suivi étaient disponibles pour tous les chiens sauf un, avec une médiane de survie de 30 jours.
Discussion
Si un phénotype de CMD a pu être confirmé dans tous les cas, l'origine primitive de la CMD dans cette race ne peut être affirmé. On ne dispose pas de test génétique pour la plus grande majorité des cardiomyopathies primitives et le diagnostic reste un diagnostic d'exclusion.
Dans le cas présent, une origine nutritionnelle ne peut être exclue, le régime alimentaire n'étant pas connu pour les cas les plus « anciens » de notre étude, l'apparition de ce type de cardiomyopathie étant cependant assez récente.
Conclusion
Des cas de phénotype de cardiomyopathie dilatée ont pu être observés chez des chiens de race Jack Russel Terrier, avec une maladie de mauvais pronostic. L'origine génétique de la maladie n'a pas pu être confirmée, mais la maladie n'est probablement pas liée à une carence en taurine dans cette race.
Bibliographie
- Martin MWS, Stafford Johnson MJ, Celona B. Canine dilated cardiomyopathy: a retrospective study of signalment, presentation and clinical findings in 369 cases. Journal of Small Animal Practice. 2009;50:23-9.
- McCauley SR, Clark SD, Quest BW, Streeter RM, Oxford EM. Review of canine dilated cardiomyopathy in the wake of diet-associated concerns. J Anim Science 2020;98(6)
- Legge CH, López A, Hanna P, Côté E, Hare E, Martinson SA. Histological characterization of dilated cardiomyopathy in the juvenile toy Manchester terrier. 2013 ;50:1043-52.
- Bonagura JD, Visser LC. Echocardiographic assessment of dilated cardiomyopathy in dogs. J Vet Cardiol 2022:40:15-50.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Cardiopathies transitoires félines : que sait-on vraiment ?
Québec, Canada
I. Introduction
Tout clinicien s’intéressant à la cardiologie a probablement déjà rencontré ce chat qui semble refuser le pronostic qui lui avait été attribué : présenté initialement pour une insuffisance cardiaque congestive (ICC), parfois sévère ou accompagnée d’une thromboembolie artérielle, il reçoit un diagnostic de cardiomyopathie hypertrophique (CMH) ou restrictive (CMR), puis son évolution surprend. Au fil des mois, un remodelage inverse est observé, les traitements peuvent parfois être complètement interrompus et, plusieurs années plus tard, aucune récidive n’est survenue. Ces observations soulèvent une question importante : avions-nous réellement affaire à une cardiomyopathie primaire irréversible ?
La classification actuelle des cardiomyopathies félines [1] distingue le phénotype morphologique de son étiologie. Une hypertrophie ventriculaire gauche définit ainsi un phénotype hypertrophique, tandis qu’une dilatation atriale gauche ou biatriale associée à des parois ventriculaires normales peut correspondre à un phénotype restrictif. Une morphologie compatible avec une CMH ou une CMR à un moment précis ne signifie donc pas nécessairement que le chat présente une maladie myocardique primaire et irréversible.
Le concept de cardiopathie transitoire repose justement sur cette distinction. Deux entités sont maintenant particulièrement reconnues : le transient myocardial thickening (TMT), caractérisé par un phénotype hypertrophique réversible, et la transient restrictive cardiomyopathy (TRCM), caractérisée par un phénotype restrictif réversible. Leur point commun est le remodelage inverse. Par conséquent, le diagnostic de cardiopathie « transitoire » est nécessairement rétrospectif : c’est le suivi longitudinal qui permet de remettre en question l’étiologie initialement suspectée.
II. Matériel et résultats
Le TMT a été décrit dans une première étude comparant 21 chats atteints de TMT à 21 chats présentant une CMH [2]. Les chats atteints de TMT étaient nettement plus jeunes, avec un âge médian de 2 ans contre 8 ans pour les chats atteints de CMH, et un événement aigu précédant la présentation était identifié beaucoup plus fréquemment. Malgré une présentation initiale en ICC, l’évolution était radicalement différente : l’épaisseur ventriculaire se normalisait en médiane en 3,3 mois, les traitements pouvaient être interrompus chez 20 des 21 chats et un seul présentait une récidive d’ICC.
Des études subséquentes ont élargi ce phénotype. Une série de 27 chats atteints de TMT a notamment mis en évidence une augmentation de la troponine I cardiaque (cTnI) chez tous les chats, avec une médiane de 5,5 ng/ml, ainsi qu’une fréquence importante d’hypothermie, d’hypotension, de bradycardie et d’arythmies [3]. Une réduction significative de l’épaisseur myocardique était observée en médiane après seulement 43 jours. Plus récemment, des cas asymptomatiques ont également été identifiés, ainsi que des chats chez lesquels un épisode de TMT semblait se superposer à une véritable CMH préexistante [4].
La physiopathologie exacte demeure incertaine. L’hypothèse principale est que l’augmentation transitoire de l’épaisseur myocardique représente davantage un œdème interstitiel et un processus inflammatoire qu’une véritable hypertrophie des cardiomyocytes. Une lésion myocardique, potentiellement favorisée par une réponse catécholaminergique importante, pourrait ainsi provoquer œdème et dysfonction myocardique transitoires. Des événements tels qu’une anesthésie, une chirurgie, un traumatisme, une vaccination, un stress aigu ou une infection systémique ont précédé de nombreux cas. Des myocardites associées notamment à Toxoplasma gondii ou Bartonella henselae ont également été rapportées. Ces associations ne démontrent toutefois pas nécessairement un lien causal et aucun événement déclencheur n’est identifié chez certains chats.
Plus récemment, la description de la TRCM a considérablement élargi le spectre des cardiopathies transitoires [5]. Dans une première série comparant 17 chats atteints de TRCM à 16 chats présentant une CMR non transitoire, les chats atteints de TRCM étaient beaucoup plus jeunes et avaient fréquemment présenté un événement aigu avant leur diagnostic. Tous étaient initialement en ICC, mais une normalisation progressive de la taille atriale était observée. Les diurétiques ont finalement pu être interrompus chez 10 des 17 chats et diminués chez les sept autres, avec un excellent pronostic cardiaque à long terme.
Le TMT et la TRCM présentent donc des ressemblances frappantes : jeune âge, événement déclencheur fréquent, présentation aiguë en ICC, augmentation parfois marquée de la cTnI, remodelage inverse et pronostic favorable. Ils pourraient représenter différentes expressions phénotypiques d’un même spectre de lésions myocardiques réversibles. Dans le TMT, cette atteinte se manifeste principalement par un épaississement ventriculaire gauche réversible, tandis que dans la TRCM, elle se traduit par une dilatation atriale marquée en présence d’un ventricule gauche de dimensions pariétales normales.
Peut-on reconnaître ces patients dès leur présentation initiale ? Certains éléments doivent augmenter le niveau de suspicion : jeune âge, événement aigu récent, augmentation importante ou dynamique de la cTnI et remodelage cardiaque relativement modéré malgré une présentation clinique parfois spectaculaire. Aucun critère échocardiographique unique ne permet toutefois de différencier avec certitude une cardiopathie transitoire d’une CMH ou CMR primaire au jour du diagnostic. Le chevauchement entre les différents phénotypes demeure important et le diagnostic définitif reste longitudinal.
L’approche initiale doit donc rester pragmatique. La priorité est de stabiliser l’ICC, tout en documentant précisément le phénotype cardiaque afin de pouvoir évaluer son évolution. Selon la stabilité du patient, les radiographies thoraciques ou le POCUS permettent de confirmer la congestion. Une échocardiographie complète doit évaluer notamment les dimensions et la fonction atriale, la fonction systolique et la présence éventuelle de contraste échographique spontané ou de thrombus. La pression artérielle, la thyroxine selon l’âge et le contexte, ainsi qu’un ECG lorsqu’une bradycardie, une arythmie ou une myocardite sont suspectées, permettent de rechercher des diagnostics différentiels ou des complications. La mesure de la cTnI est particulièrement intéressante pour documenter une myocardite et, surtout, pour en suivre l’évolution.
Une cTnI élevée ne constitue cependant pas un test diagnostique du TMT ou de la TRCM. Dans la première étude sur le TMT, les concentrations à l’admission ne permettaient pas de distinguer significativement les chats atteints de TMT de ceux atteints de CMH. En revanche, la diminution ou la normalisation de la cTnI parallèlement au remodelage inverse peut renforcer l’hypothèse d’un processus myocardique transitoire. L’interprétation sériée de ce biomarqueur pourrait donc être plus informative qu’une valeur isolée.
Le traitement aigu de l’ICC ne diffère pas fondamentalement de celui des autres cardiomyopathies félines et repose avant tout sur la décongestion, l’oxygénothérapie et la réduction du stress, avec thoracocentèse lorsqu’un épanchement pleural significatif est présent. Les traitements antithrombotiques et le pimobendane doivent être individualisés selon le phénotype, la fonction myocardique et atriale et le risque thromboembolique. Une cause déclenchante documentée doit évidemment être traitée lorsqu’un traitement spécifique est disponible.
C’est toutefois le suivi longitudinal qui distingue réellement l’approche de ces patients. Une réévaluation clinique, avec répétition éventuelle de la cTnI et de l’échocardiographie, peut être envisagée après quelques semaines. Une échocardiographie vers 6 à 8 semaines permet de rechercher les premiers signes de remodelage inverse, puis une nouvelle évaluation vers 3 à 4 mois peut confirmer la régression du phénotype et permettre d’envisager un sevrage thérapeutique. La disparition durable des signes d’ICC, la normalisation ou la réduction importante de la taille atriale, la régression de l’hypertrophie ventriculaire dans le TMT ou de la dilatation atriale dans la TRCM, ainsi que la diminution de la cTnI lorsqu’elle était initialement élevée, constituent des éléments favorables avant d’envisager une diminution progressive du furosémide. Celle-ci doit s’accompagner d’une surveillance attentive de la fréquence respiratoire à domicile et de réévaluations cliniques.
La reconnaissance de ces cardiopathies a surtout un impact majeur sur le pronostic. Alors qu’une présentation en ICC associée à une CMH ou une CMR est traditionnellement associée à un pronostic réservé, les véritables cardiopathies transitoires peuvent avoir une évolution remarquablement favorable, avec remodelage inverse, arrêt du traitement et survie prolongée sans récidive. Elles ne doivent toutefois pas être considérées comme nécessairement « guéries » : des récidives ont été décrites et une surveillance demeure indiquée.
Enfin, plusieurs questions restent sans réponse. Les données disponibles proviennent principalement d’études rétrospectives et l’incidence réelle de ces maladies, leurs facteurs prédisposants, leurs mécanismes physiopathologiques, les meilleurs critères permettant de les reconnaître dès la présentation initiale, le rôle potentiel de l’imagerie avancée et des biomarqueurs sériés, la durée optimale du traitement et le risque réel de récidive demeurent à préciser.
III. Conclusion
En conclusion, CMH et CMR décrivent avant tout des phénotypes et ne sont pas synonymes de maladie myocardique irréversible. Le TMT et la TRCM doivent particulièrement être envisagés chez un jeune chat présentant une ICC aiguë dans un contexte évocateur de lésion myocardique. La cTnI et les circonstances entourant la présentation peuvent augmenter la suspicion, mais seule l’évolution permet de confirmer le caractère transitoire. Il faut donc traiter initialement l’ICC comme pour toute cardiomyopathie féline, puis rechercher activement un remodelage inverse au cours des mois suivants. Chez les véritables cas transitoires, le pronostic peut être excellent et un sevrage thérapeutique est souvent possible.

Figure 1
Bibliographie
- Luis Fuentes V et coll. ACVIM consensus statement guidelines for the classification, diagnosis, and management of cardiomyopathies in cats. J Vet Intern Med. 2020 ; 34 : 1062-77.
- Novo Matos J et coll. Transient Myocardial Thickening in Cats Associated with Heart Failure. J Vet Intern Med. 2018 ; 32 : 48-56.
- Romito G et coll. Transient myocardial thickening: a retrospective analysis on etiological, clinical, laboratory, therapeutic, and outcome findings in 27 cats. J Vet Cardiol. 2023 ; 50 : 51-62.
- Park SW et coll. Prevalence and characteristics of transient myocardial thickening in cats with hypertrophic cardiomyopathy phenotypes. Vet Q. 2025 ; 45 : 2593357.
- Poissonnier C et coll. Transient restrictive cardiomyopathy in cats: first reported case series. Front Vet Sci. 2025 ; 12 : 1607384.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Castration et nutrition : comment prévenir le surpoids sans nuire à la croissance ?
Toulouse, France
I. Introduction
La stérilisation est fréquemment réalisée alors que la croissance du chien ou du chat n’est pas terminée. La prise en charge nutritionnelle doit alors concilier deux objectifs qui peuvent sembler contradictoires : couvrir les besoins liés à la croissance tout en prévenant la prise de poids favorisée par la stérilisation.
II. Croissance et stérilisation : des besoins qui évoluent
La croissance constitue un état nutritionnel évolutif. Les besoins sont particulièrement élevés pendant la phase de croissance rapide, caractérisée par une accrétion tissulaire et minérale importante, puis diminuent progressivement à mesure que l’animal se rapproche de sa maturité. Chez le chien, cette évolution dépend fortement du format : un chien de petit format et un chien de race géante du même âge ne se trouvent pas au même stade de leur croissance. L’âge, le poids adulte estimé et la position de l’animal sur sa courbe de croissance sont donc indispensables pour raisonner sa prise en charge nutritionnelle.
En parallèle, la stérilisation modifie l’équilibre énergétique. Une augmentation de la prise alimentaire spontanée est fréquemment observée après stérilisation chez le chien et le chat. Elle peut être importante dans les premières semaines, même si certaines données suggèrent une atténuation à plus long terme. Dans le même temps, l’apport énergétique nécessaire au maintien d’un poids stable diminue. Selon les études et les populations considérées, cette diminution est de l’ordre de 5 à 30 % chez le chien et de 15 à 30 % chez le chat. Les mécanismes impliqués restent imparfaitement élucidés et pourraient notamment inclure des modifications de la régulation hormonale de la prise alimentaire et de l’activité physique. Il en résulte une situation particulièrement à risque de surpoids : l’animal peut spontanément augmenter sa consommation alors même que son besoin énergétique diminue.
III. L’âge à la stérilisation modifie-t-il ces risques ?
Une stérilisation réalisée pendant la croissance peut modifier la maturation squelettique [1]. Les hormones gonadiques participent à celle-ci et un retard de fermeture de certains cartilages de croissance a été décrit après stérilisation chez le chien et le chat. Chez le chien, des associations entre stérilisation précoce et certaines affections ostéoarticulaires ont été rapportées. Cependant, ces associations varient fortement selon la race, le sexe, l’âge à la stérilisation et la population étudiée. Chez le chat, des fractures du cartilage de croissance de la tête du fémur ont été décrites notamment chez des mâles castrés, mais le rôle respectif de la stérilisation, de la maturation squelettique et du surpoids reste difficile à établir. Les conséquences ostéoarticulaires de la stérilisation précoce apparaissent ainsi surtout documentées dans certaines populations canines et restent moins clairement établies chez le chat.
La stérilisation est un facteur de risque bien connu chez le chat et le chien, mais les données disponibles ne permettent pas de conclure que l’âge à la stérilisation a un impact sur ce risque.
IV. Couvrir les besoins de croissance avec moins d’énergie
La principale difficulté nutritionnelle réside dans la dissociation entre besoins énergétiques et besoins en nutriments. Après stérilisation, l’apport énergétique peut devoir être réduit alors que les besoins nécessaires à la croissance persistent. La densité nutritionnelle de l’aliment devient donc déterminante.
Les recommandations exprimées par unité d’énergie permettent de prendre en compte ce phénomène. Par exemple, si un animal dont le besoin théorique est de 1 000 kcal doit recevoir 60 g de protéines par jour, un aliment apportant 60 g/Mcal couvre ce besoin. Si, après stérilisation, son apport énergétique doit être réduit à 800 kcal mais que le besoin protéique reste identique, l’aliment doit désormais apporter 75 g/Mcal (= 60/0,8).
Lors d’une stérilisation, le facteur de correction classiquement appliqué est de 0,8. Toutes les recommandations de densités nutritionnelles doivent donc être divisées par 0,8 pour connaitre la valeur cible en g/Mcal de l’aliment.

Tableau 1.
Recommandations de la FEDIAF [3] concernant le calcium et le phosphore dans les aliments pour chats et chiens en croissance et leur ajustement en prenant en compte les facteurs de correction.
Chez le chien en croissance, un facteur de correction de 0,9 pourrait être ajouté car une étude a montré que les chiots consomment en général 80-90 % des besoins énergétiques théoriques de croissance pour avoir une courbe de croissance harmonieuse [2].
Chez le chien, les recommandations pour la croissance peuvent surestimer les besoins en calcium et en phosphore, notamment au cours des phases tardives de croissance et chez les chiens de petit format. L’approche factorielle proposée par Böswald et al. [4], tenant compte de l’accrétion minérale au cours de la croissance, met en évidence une diminution progressive de ces besoins avec l’âge.

Figure 1.
Besoins en calcium et phosphore estimés par méthode factorielle chez le chien, en fonction de l'âge et du poids estimé à l'âge adulte [4]. Les estimations en g/Mcal ne sont pas directement données dans l'article mais ont été calculées en fonction de l'estimation en g/jour et du calcul du besoin énergétique théorique de croissance. Ces besoins ne sont pas ajustés pour des chiens stérilisés, la population étudiée ne comptant a priori que des chiens entiers (non précisé dans l'article).
Après le pic de croissance, des apports en calcium et en phosphore inférieurs aux recommandations générales pour la croissance, mais supérieurs aux besoins d’entretien de l’adulte, peuvent ainsi être suffisants pour couvrir les besoins réels de l’animal. À ce jour, aucune approche factorielle comparable n’a été publiée chez le chat.
V. Quel aliment après stérilisation ?
Le choix ne doit pas se limiter à l’opposition entre « aliment croissance » et « aliment adulte stérilisé ». Il faut considérer à la fois la densité énergétique de l’aliment et sa densité nutritionnelle, c’est-à-dire les apports en nutriments rapportés à l’énergie métabolisable.
Les aliments pour adultes stérilisés de marques vétérinaires sont généralement moins denses en énergie et plus concentrés en protéines que les aliments de croissance. Ces aliments couvrent les recommandations en sodium, chlorures, cuivre, fer, zinc et vitamines pour les animaux en croissance. Les principaux points de vigilance sont donc le calcium et les acides gras essentiels. Lorsque le besoin en calcium est couvert, celui en phosphore l’est également compte tenu des rapports Ca:P recommandés. L’acide docosahexaénoïque (DHA) mérite une attention particulière en raison de son rôle dans le développement neurologique et rétinien. L’évolution de son besoin au cours de la croissance n’a pas été caractérisée et certains aliments pour adultes stérilisés n’atteignent pas les recommandations de croissance en EPA+DHA (> 0,13 g/Mcal chez le chien et > 0,03 g/Mcal chez le chat).
Lors d’une stérilisation très précoce, au début du pic de croissance, aucun facteur de correction du besoin énergétique n’a été établi. La diminution du besoin énergétique après stérilisation ayant principalement été étudiée chez des animaux adultes, appliquer d’emblée un facteur de 0,8 n’est pas nécessairement pertinent. Il peut alors être plus prudent de conserver un aliment de croissance, de suivre l’évolution du poids et de l’état corporel, puis de réévaluer le choix de l’aliment en fin du pic de croissance.
Lorsque la stérilisation intervient vers la fin du pic de croissance, la densité énergétique peut être réduite, à condition de s’assurer que les besoins résiduels de croissance, notamment en calcium et DHA, restent couverts.
Lors d’une stérilisation plus tardive (après le pic de croissance), les besoins se rapprochent progressivement de ceux de l’adulte et les aliments pour adultes stérilisés de marques vétérinaires sont généralement adaptés.
VI. Et avec une ration ménagère ?
Lors de l’anamnèse alimentaire, il est essentiel d’identifier les animaux recevant une ration ménagère ou une alimentation de type BARF et d’en obtenir la composition précise. Un sondage en France auprès de 1324 propriétaires de chiens a montré que 37 % des chiens exclusivement nourris avec une ration ménagère ou BARF ne recevaient pas de complément minéral et vitaminé [données personnelles].
Chez un animal stérilisé en croissance, la formulation doit rechercher une densité nutritionnelle élevée tout en contrôlant la densité énergétique. Des sources protéiques maigres peuvent être privilégiées, associées à une source de fibres pour la satiété, à un apport adapté en acides gras essentiels incluant une source marine de DHA pendant la croissance et à un complément minéral et vitaminé approprié. L’utilisation d’un logiciel de rationnement est recommandée pour vérifier l’équilibre de la ration.
VII. Chez le chat : contrôler l’énergie sans oublier le comportement alimentaire
Le chat consomme spontanément de nombreuses petites prises alimentaires réparties au cours du nycthémère. Une restriction quantitative, même modérée (-6 %) trouble ce comportement avec, entre autres, une augmentation de la taille des repas et de la vitesse d’ingestion [5].
Lorsque cela est possible, diminuer la densité énergétique de l’alimentation plutôt que réduire la quantité distribuée permet de concilier contrôle énergétique et comportement alimentaire. Pour ce faire, un aliment de régime sera peut-être nécessaire chez des chats adultes ou en croissance tardive, stérilisés et complètement sédentaires. L’ajout d’un aliment humide permet aussi de diminuer l’apport énergétique. L’enrichissement du mode de distribution (recherche alimentaire, puzzle feeders ou distribution en hauteur) est aussi à conseiller. Si une quantité journalière limitée doit être distribuée, celle-ci devrait être fractionnée en un maximum de petits repas.
VIII. Le suivi fait partie de la prescription nutritionnelle
La réponse à la stérilisation est individuelle. La prescription initiale doit donc être considérée comme un point de départ et non comme une recommandation définitive.
Le propriétaire devrait être directement impliqué dans le suivi : la courbe de croissance est débutée avec lui en consultation, puis poursuivie à domicile grâce à des pesées régulières. L’apprentissage de l’évaluation de la note d’état corporel permet de repérer précocement un risque de surpoids.
Lorsqu’une stérilisation est réalisée pendant la croissance, un contrôle nutritionnel environ un mois plus tard permet de réévaluer le poids, la trajectoire sur la courbe de croissance, la note d’état corporel, la masse musculaire ainsi que l’aliment et les quantités réellement consommées. Le plan nutritionnel peut alors évoluer avec l’animal jusqu’à sa maturité.
Bibliographie
- Howe, L. Current Perspectives on the Optimal Age to Spay/Castrate Dogs and Cats. VMRR 2015, 171, doi:10.2147/VMRR.S53264.
- Liesegang, A.; Füglistaller, C.; Wichert, B. [Puppy feeding in Switzerland]. Schweiz Arch Tierheilkd 2009, 151, 521–528, doi:10.1024/0036-7281.151.11.521.
- FEDIAF. Nutritional Guidelines For Complete and Complementary Pet Food for Cats and Dogs. 2025.
- Böswald, L.F.; Klein, C.; Dobenecker, B.; Kienzle, E. Factorial Calculation of Calcium and Phosphorus Requirements of Growing Dogs. PLoS ONE 2019, 14, e0220305, doi:10.1371/journal.pone.0220305.
- Ligout, S.; Si, X.; Vlaeminck, H.; Lyn, S. Cats Reorganise Their Feeding Behaviours When Moving from Ad Libitum to Restricted Feeding. Journal of Feline Medicine and Surgery 2020, 22, 953–958, doi:10.1177/1098612X19900387.
Liens d'intérêt : Au cours des cinq dernières années :Conférences / formations / expertises pour Virbac, Hill's, Exzell Animal Health Division.Participation aux symposiums de Purina Pro Plan.Visite des usines Royal Canin, Purina Pro Plan et Bab'in.Une publication financée par la FACCO.Thèse CIFRE avec Lallemand soutenue en décembre 2025.
📃 Castration ou alternatives ? Approche raisonnée selon l'âge, le sexe et la pathologie
Maisons-Alfort, France
I. Introduction
Depuis une dizaine d’années, plusieurs études rétrospectives, basées sur des données recueillies aux USA, semblent indiquer que dans certaines races – plutôt des grandes races - des effets indésirables peuvent être observés après gonadectomie. Ainsi ont été évoqués un risque accru d’apparition de certains cancers, d’affections ostéo-articulaires ou d’aggravation de certains problèmes comportementaux, comme l’agressivité intra- ou interspécifique. Des recommandations destinées à aider les confrères pour la prise de décision concernant l’âge recommandé pour la stérilisation des chiens et des chiennes de différentes races, en fonction des risques potentiels encourus, ont été proposées [1].
Chez le chat, très peu de données existent, même si une présentation au congrès Européen EVSSAR en 2024 s’appuyant sur des données portant sur près de 16000 chats mâles ou femelles, castrés ou non, indique que la prévalence de certains cancers (lymphomes, carcinomes, mastocytomes notamment) semble plus élevée chez les chats gonadectomisés.
La WSAVA a demandé à un groupe de six experts renommés de rédiger des recommandations (des « guidelines ») pour le contrôle de la reproduction des chiens et des chats. Il s’agit d’un document très dense de 169 pages. Il ne fournit pas réellement des recommandations pratiques, ce qui lui a parfois été reproché, mais il dresse un état des lieux des connaissances extrêmement exhaustif. En 2025, le Professeur Stefano Romagnoli a publié un article intitulé : « Quand - et faut-il - stériliser nos chiens de compagnie ? » [2].
L’âge optimal pour stériliser un chien ou une chienne est encore un sujet discuté qui est abordé en détail dans les recommandations de la WSAVA. Les préconisations diffèrent suivant la taille et la race du chien [1] :
- petites races (moins de 15 kg) : il ne semble pas y avoir d’effet préjudiciable à stériliser avant l’âge d’un an, sauf peut-être chez le Boston Terrier et le Shi-Tzu, chez qui une augmentation de l’incidence de certains cancers après gonadectomie a été suspectée ;
- races moyennes (15 à 30 kg) : idéalement attendre un an, surtout chez des races prédisposées aux troubles ligamentaires et à certains cancers (ostéo-sarcomes, lymphomes notamment). Le Golden Retriever est souvent cité ;
- grandes races (> 30 kg) : stériliser après un an, voire 2 ans dans les races géantes.
Les experts insistent sur le fait que ces recommandations sont à adapter à chaque cas individuel. Globalement, les chiens de grande taille doivent être stérilisés plus tardivement, afin de bénéficier d’un développement musculo-squelettique optimal. Attention également aux chiens et chiennes présentant un trouble du comportement, ou qui sont anxieux ou peureux : il faut éviter de les stériliser avant la puberté. Un bilan comportemental préalable est fortement recommandé dans la mesure où certains comportements anxieux peuvent s’aggraver après gonadectomie, chez le mâle comme chez la femelle.
Sur les raisons de ces effets potentiellement indésirables de la castration ou de l’ovariectomie, plusieurs hypothèses s’affrontent. La suppression des hormones stéroïdes gonadiques joue probablement un rôle important, ces hormones ayant de multiples effets bénéfiques pour la santé et l’homéostasie de l’organisme, bien au-delà de la fonction de reproduction. Elles jouent notamment un rôle de maturation neuronale au cours de la puberté qui permet de mieux gérer l’anxiété, ce qui pourrait expliquer les problèmes de comportement chez certains chiens stérilisés trop jeunes. Par ailleurs, l’augmentation forte de la sécrétion de LH après gonadectomie, du fait de l’absence de rétrocontrôle central, est souvent incriminée comme un facteur de risque et plusieurs études semblent en attester.
II. Alternatives à la gonadectomie
Dans le but de stériliser les chiens sans les priver de leurs hormones gonadiques et sans souffrir d’une élévation de la LH, certains vétérinaires proposent des alternatives chirurgicales qui préservent les gonades. Chez le chien mâle, la vasectomie permet d’obtenir une infertilité complète tout en conservant l’imprégnation par la testostérone, en évitant ainsi certains problèmes tels que le risque de prise de poids. Elle est certainement intéressante à proposer chez des propriétaires réticents à la castration, ou chez certains chiens dans les refuges. Chez la chienne, un groupe de vétérinaires américains prône la réalisation d’hystérectomie seule, sans ovariectomie, de façon à stériliser l’animal et à éviter les pertes vulvaires sanguines lors des chaleurs. Cette pratique est très controversée. Les experts rappellent les risques encourus, notamment la difficulté à déceler d’éventuelles affections ovariennes (kystes ou tumeurs) qui pourraient se développer plus tard au cours de la vie, le développement possible d’un pyomètre cervical si le col utérin n’a pas été retiré lors de l’hystérectomie, ou le risque de perforation du moignon utérin lors de saillie intempestive.
Sous l’influence des pays nordiques, chez lesquels la stérilisation de convenance des chiens et des chiennes est considérée comme non-éthique, des alternatives médicales se développent. Chez le chien mâle, les implants sous-cutanés de desloréline, commercialisés depuis 2007, sont désormais bien ancrés dans le quotidien des vétérinaires. Une des raisons principales de leur utilisation est de tester les modifications comportementales et physiques que l’on pourrait observer après castration chirurgicale. C’est une sécurité pour le praticien pour éviter de pratiquer un acte irréversible qui, en cas d’aggravation d’un problème (prise de poids excessive ou comportements intempestifs) pourrait mécontenter – à juste titre - le propriétaire de l’animal. Une étude publiée en 2026 basée sur plus de 400 chiens, indique que dans plus de 80 % des cas, les effets observés après l’implantation ont prédit fidèlement ceux de la castration chirurgicale ultérieure [3]. La castration chimique semble donc être un outil prédictif fiable pour guider la décision clinique.
Le fameux effet « flare-up », lié à une augmentation temporaire de la testostéronémie après implantation, fait hésiter certains confrères à proposer l’implant. En réalité cet effet a probablement été surestimé. Une étude publiée en 2022 montre que cet effet « flare-up » est très bref : une hausse significative de la testostérone est observée dès la première heure après le traitement. Mais les concentrations commencent à diminuer rapidement et ne sont plus significativement différentes des valeurs pré-traitement dès la quatrième heure. Les observations cliniques semblent du reste indiquer que les changements de comportement post-implantation sont mineurs et passent inaperçus dans la plupart des cas.
Chez la chienne, aucune solution 100 % satisfaisante n’existe. Si les implants de desloréline peuvent être utilisés chez la chienne de moins de 4 mois, ils ne sont pas classiquement utilisés chez les chiennes adultes chez lesquelles ils peuvent générer des troubles tels que chaleurs prolongées, kystes ovariens ou même – rarement - pyomètres. Leur utilisation nécessite au préalable un check-up complet et notamment une échographie ovarienne et utérine soignée afin de n’implanter que des chiennes « saines ».
Chez le chat mâle, les implants sous-cutanés de desloréline se sont révélés très utiles pour diminuer le marquage urinaire, les bagarres, mais aussi l’odeur forte de l’urine et l’odeur urineuse de l’animal. Par contre, l’installation d’une infertilité peut être longue à se mettre en place chez certains individus (plusieurs mois parfois).
Chez la chatte, les implants de desloréline sont utilisés principalement chez des chattes de race. Une étude non encore publiée reprend les données de plusieurs centres cliniques spécialisés Européens sur 277 chattes implantées et ayant ovulé en conséquence. Elle observe moins d’effets indésirables chez la chatte par rapport aux chiennes implantées [4,5].
Toujours chez la chatte, les progestatifs ont longtemps fait l’objet d’une utilisation abusive par le passé, et la plupart des praticiens hésitent désormais à y recourir. Certains auteurs pensent que les progestagènes micro-dosés pourraient se révéler malgré tout une solution pour contrôler temporairement l’activité reproductive des chattes sans les effets indésirables que l’on connaît avec les doses classiques [4].
L’utilisation hors AMM d’implants de mélatonine utilisés chez les ovins et dosés à 18 mg (Mélovine®) concerne surtout les chattes de race, chez lesquelles on souhaite interrompre la cyclicité mais sur une durée plus courte qu’avec l’implant de desloréline. Il faut savoir que certaines chattes sont de bonnes répondeuses à la mélatonine et d’autres moins, que l’effet de l’implant est meilleur en fin d’hiver qu’en pleine période de reproduction au printemps ou en été, et qu’il est recommandé d’implanter en interoestrus précoce, c’est-à-dire dès la fin des chaleurs précédentes. En cas de bonne réponse, la durée de l’anœstrus induit est comprise entre 1 et 3 mois pour les chattes implantées en période d’interoestrus. Lorsque les chattes sont implantées un peu trop tard en interoestrus, parfois l’oestrus suivant n’est pas inhibé, mais il peut quand même être suivi d’un arrêt prolongé de la cyclicité. Enfin, la mélatonine ne peut pas être donnée à la même chatte sur une longue période car au bout de plusieurs administrations un effet photo-réfractaire se produit, qui entraîne une baisse d’efficacité de cette molécule [5].
On dispose de peu d’informations sur la supplémentation orale en mélatonine. L’administration devrait idéalement se faire 2 à 3 heures avant le coucher du soleil, ce qui complique l’observance [5].
D’autres alternatives sont en cours d’étude pour la contraception canine ou féline. Une étude finlandaise utilise le finrozole, un inhibiteur de l’aromatase, qui peut prévenir la gestation chez la renarde. Selon ces auteurs, l’utilisation de cette molécule pourrait s’avérer un outil prometteur pour la contraception chez les chiennes [5].
Les vaccins contraceptifs, notamment anti-GnRH, sont déjà commercialisés chez les animaux de production (porcs notamment) et les équidés. Plusieurs études, surtout chez des chats, ont été publiées. Un vaccin contraceptif canin aurait même été mis sur le marché au Chili. L’utilisation de la thérapie génique est même envisagée. En 2023, une équipe américaine a utilisé un vecteur à virus adéno-associé (AAV) pour introduire un transgène codant pour l’AMH du chat domestique chez des chattes adultes. Cela a empêché l’ovulation, permettant ainsi une contraception sûre et durable chez les chattes, pendant presque 2 ans. Aucun effet indésirable n’a été observé chez les chattes traitées [5].
Bibliographie
- Hart BL, Hart LA, Thigpen AP, Willits NH. Assisting Decision-Making on Age of Neutering for 35 Breeds of Dogs: Associated Joint Disorders, Cancers, and Urinary Incontinence. Front Vet Sci. 2020 Jul 7;7:388.
- Romagnoli S. When - and whether - should we spay/neuter companion dogs. J Small Anim Pract. 2025; 66,761-766.
- Roulaux PEM, van Herwijnen IR. Chemical castration of male dogs: Owner-reported effects on behavior and health, reasons for chemical castration, and similarities with subsequent surgical castration. J. Vet Behavior ; 83, 14-19.
- Romagnoli S, Ferre-Dolcet L. Reversible Control of Reproduction In Queens: Mastering the use of reproductive drugs to manipulate cyclicity. J Feline Med Surg. 2022 Sep;24(9):853-870.
- Fontbonne A, Romagnoli S. Advances in feline contraception. Proceeedings 25th international EVSSAR congress – 27 au 29 juin 2024, Barcelone (Espagne) : 9-14
Liens d'intérêt : J'ai participé à des études cliniques avec le laboratoire Virbac
📃 Chirurgie de la vésicule biliaire : laparotomie ou cœlioscopie ?
Paris, France
I. Introduction et indications cliniques
La chirurgie biliaire extra-hépatique canine, historiquement grevée d’une forte morbidité (Mehler et al., Vet Surg, 2004), bénéficie aujourd’hui de l’imagerie moderne et des techniques mini-invasives. L’indication majeure de la cholécystectomie reste la mucocèle biliaire (MB) caractérisée par une hyperplasie muqueuse kystique provoquant l’accumulation d’une bile épaisse, gélatineuse et adhérente. Sans traitement, elle évolue vers la nécrose de la paroi, une rupture et une péritonite biliaire. Les autres indications incluent cholécystite nécrosante, cholélithiase symptomatique ou néoplasie.
Le timing opératoire s’avère décisif : la cholécystectomie élective (chien stable, asymptomatique ou signes frustes) présente une mortalité de seulement 2 % (Youn et al., JAVMA, 2018; Prychka et al., JAVMA, 2025), alors que l’urgence/non élective (ictère, obstruction, rupture) présente une mortalité de l’ordre de 20 % (Youn et al., JAVMA, 2018; Piegols et al., Vet Surg, 2021). Cela justifie une chirurgie précoce dès le diagnostic échographique de MB.
II. Cholécystectomie par laparotomie
La laparotomie médiane reste l’approche standard requise en cas de rupture vésiculaire ou de péritonite biliaire généralisée.
1. Principes et actualités chirurgicales
Le cathétérisme du CBD est aujourd’hui controversé car c’est un facteur de risque majeur de pancréatite postopératoire iatrogène (Piegols et al., Vet Surg, 2021). Les pressions de rinçage hydrostatique au sérum physiologique provoquent un reflux de bile cytotoxique dans le canal pancréatique adjacent pouvant entrainer une pancréatite (Piegols et al., Vet Surg, 2021).
Si le rinçage est requis (lithiase ou obstruction suspectée), la voie normograde est à privilégier (Wallace, Vet Clin Small Anim, 2022).
L’utilisation d’une pince à fusion tissulaire pour clore le canal cystique est aussi sûre et efficace que les ligatures traditionnelles, sans accroître les complications (Prychka et al., JAVMA, 2025).
III. Cholécystectomie sous cœlioscopie
La chirurgie mini-invasive réduit la douleur, optimise la visualisation et accélère la récupération fonctionnelle. Les contre-indications incluent la péritonite biliaire active (rupture), une coagulopathie non contrôlée ou des affections cardio-respiratoires sévères empêchant de tolérer le pneumopéritoine (limité à 8–10 mmHg) (Scott et al., Vet Surg, 2016; Kanai et al., JVMS, 2018; Mayhew, Small Animal Endoscopy, 2023).
1. Principes et actualités chirurgicales
- Fundus Dissection First : détache le fond vésiculaire du lit hépatique avant d’isoler le canal cystique (Kanai et al., Vet Surg, 2022). Elle offre une excellente exposition et évite les erreurs d’identification anatomique dans un triangle de Calot étroit (Kanai et al., Vet Surg, 2022; Kondo et al., J Small Anim Pract, 2023).
- La dissection sous-séreuse : dissection dans le plan sous-séreux en laissant la séreuse externe sur le lit hépatique permettant de réduire le risque d’hémorragie parenchymateuse et de lésion des canaux biliaires aberrants (Kondo et al., J Small Anim Pract, 2023).
- Kanai et al. (2022) ont décrit une technique performante combinant rinçage biliaire et cholangiographie peropératoire sous laparoscopie chez 47 chiens (Kanai et al., Vet Surg, 2022) : Après dissection sous-séreuse et ligature de l’infundibulum, une incision est pratiquée sur le canal cystique pour y insérer de façon normograde un cathéter de 4 à 7 Fr
- Hémostase : l’usage d’un crochet monopolaire en L réduit significativement les risques d’hémorragie de l’artère cystique par rapport aux ciseaux (6 % vs 40 % de saignements, P = 0,0182)
IV. Analyse détaillée des complications postopératoires
1. Complications digestives et régurgitations
- Chirurgie ouverte : les régurgitations représentent la complication mineure la plus fréquente (Prychka et al., JAVMA, 2025). La duodénotomie (requise pour le cathétérisme rétrograde) engendre des troubles de motilité sévères et une persistance des signes digestifs (vomissements, régurgitations, anorexie) chez 36 % des chiens, contre 9 % sans duodénotomie (P = 0,0003) (Putterman et al., Vet Surg, 2021). Elle présente aussi un risque de déhiscence conduisant à une péritonite septique (Prychka et al., JAVMA, 2025).
- Laparoscopie : les troubles digestifs se résolvent en 1 jour (médiane) en laparoscopie contre 7 jours en chirurgie ouverte/convertie (P = 0,047) (Scott et al., Vet Surg, 2016).
2. Pancréatite postopératoire
Chirurgie ouverte : c’est une complication majeure fréquente (18 % des cas) (Prychka et al., JAVMA, 2025), statistiquement liée aux manipulations tissulaires et au rinçage sous pression du CBD (Piegols et al., Vet Surg, 2021; Putterman et al., Vet Surg, 2021). La mortalité de la pancréatite aiguë chez le chien oscille entre 27 % et 58 % (Piegols et al., Vet Surg, 2021).
Laparoscopie : aucun signe de pancréatite n’a été noté après BDF/IOC sous laparoscopie, l’optique semblant éviter le traumatisme du duodénum/pancréas (Kanai et al., Vet Surg, 2022).
3. Péritonite biliaire postopératoire (fuite biliaire)
Chirurgie ouverte : les fuites de bile (9-12 % lors de cathétérisme) résultent d’un lâchage de suture ou d’une nécrose du CBD par obstruction prolongée (Putterman et al., Vet Surg, 2021; Prychka et al., JAVMA, 2025).
Laparoscopie : un taux de réintervention de 2,6 % à 3 % est décrit (Kanai et al., JVMS, 2018; Wallace, Vet Clin Small Anim, 2022), le plus souvent lié à un glissement de clip sur un canal cystique large ou à une lésion accidentelle d’un canal hépatique accessoire lors de la dissection (Kanai et al., JVMS, 2018; Putterman et al., Vet Surg, 2021; Wallace, Vet Clin Small Anim, 2022).
4. Complications systémiques et mortalité
Chirurgie ouverte : les chiens instables présentent un risque de complications graves (SIRS, sepsis, DIC, thromboembolie pulmonaire ou insuffisance rénale aiguë) (Piegols et al., Vet Surg, 2021; Putterman et al., Vet Surg, 2021; Prychka et al., JAVMA, 2025). La mortalité en urgence s’élève à 20 % (Youn et al., JAVMA, 2018).
Laparoscopie : les complications systémiques postopératoires semblent peu élevées chez les candidats sélectionnés (Kondo et al., J Small Anim Pract, 2023; Kanai et al., Vet Surg, 2022). Les complications majeures sont principalement peropératoires et d’ordre anesthésique (hypercapnie, pneumothorax iatrogène) (Kanai et al., Vet Surg, 2022).
V. Comparaison et recommandations pratiques

Figure 1
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Choix de la technique de prélèvements échoguidés (ponction/biopsie)
Créteil, France
I. Introduction : avantages de la technique échoguidée
Les prélèvements par guidage échographique présentent de nombreux avantages. Sans exposition à des rayonnements, ils sont peu invasifs et peu coûteux en comparaison des prélèvements par voie chirurgicale (laparotomie ou cœlioscopie notamment).
Le guidage échographique contribue à augmenter et optimiser les prélèvements en ciblant les zones de la lésion prélevée et ainsi en évitant les foyers liquidiens, plus probablement kystiques, nécrotiques ou inflammatoires, susceptibles de dégrader la qualité des prélèvements.
Le guidage échographique rend les prélèvements relativement sûrs, en permettant d'éviter les structures anatomiques à risque (jonction corticomédullaire rénale, vaisseaux, organes cavitaires digestifs, parenchyme pulmonaire…), et de surveiller la survenue d'éventuelles complications (hémorragie, perforation d'un organe creux, pneumothorax…).
Certaines limites inhérentes à l'échographie existent cependant, comme l'accès aux structures pelviennes ou intrathoraciques profondes.
II. Choix de la technique
1. Avantages et indications de la cytoponction/aspiration à l'aiguille fine
Lors d'une cytoponction, les cellules sont récupérées par capillarité, l'architecture des parenchymes et lésions n'est donc pas conservée lors de ce type de prélèvement.
Elle est à privilégier lors d'épanchements cavitaires, de lésions à composantes liquidiennes kystiques ou possiblement hémorragiques, et de lésions fortement vascularisées (suspicion de tumeur neuroendocrine cervicale par exemple). La cytologie sera également préférée sur des lésions de faible volume.
Le faible diamètre des aiguilles constitue un avantage dans le prélèvement de masses fortement minéralisées, les rendant plus faciles à insérer entre les foyers de minéralisation jusqu'en profondeur de la lésion, quand une aiguille à biopsie aura plus de risque d'être entravée/bloquée par les minéralisations.
L'aspiration à l'aiguille fine donne de meilleurs résultats lors d'infiltration néoplasique à cellules rondes et en cas de carcinome, mais peut montrer plus de limites lors de lésions sarcomateuses et inflammatoires (hépatiques notamment). Par ailleurs, de nombreuses études rapportent un pourcentage important d'inadéquation entre les résultats cytologiques et histologiques.
2. Avantages et indications de la biopsie échoguidée
La biopsie fournit des prélèvements dont la qualité diagnostique surpasse les prélèvements par cytoponction. Le diamètre des aiguilles doit être adapté au format de l'animal et de la lésion biopsiée, les aiguilles de faible diamètre présentant moins de risques de complications, mais un risque plus important de dégradation du prélèvement (par fragmentation de tissu notamment) [1].
La biopsie sera particulièrement indiquée lors de lésions de volume important (>2 cm de diamètre), d'infiltration inflammatoire, d'hépatopathie ou de caractérisation de maladie du cortex rénal.
Elle présente cependant davantage de risques de complications, notamment de saignement et de choc vagal. L'accès difficile de certaines lésions peut compliquer la réalisation d'une biopsie, notamment une localisation proche du diaphragme d'une masse hépatique.
À noter que l'indication de la biopsie peut être relativisée dans certains contextes pré-opératoires. En effet, une biopsie hépatique dans un bilan pré-lobectomie hépatique peut se révéler redondante et retarder l'acte chirurgical.
3. Contre-indications aux ponctions/biopsies
Une coagulopathie avérée constitue la contre-indication principale à la réalisation de cytoponctions et biopsies d'organes internes.
La présence d'un épanchement cavitaire peut également constituer une contre-indication, car il rend plus difficile la quantification d'un saignement secondaire au prélèvement. Un épanchement peut également faire suspecter à tort une complication hémorragique. En effet un discret saignement physiologique post ponction/biopsie sans danger pour l'animal sera davantage visible au sein d'un épanchement hypoéchogène (car étant plus cellulaire/échogène, le saignement sera apparent), alors que le même saignement auto-limitant ne serait pas visualisé en absence d'épanchement.
III. Réalisation des prélèvements
1. Préparation du patient
Une vérification de l'hémogramme est recommandée en prévision d'une cytoponction (foie, rate ou rein notamment), complétée par un bilan de coagulation si en vue d'une biopsie.
Selon le tempérament du patient, une cytoponction peut être réalisée sur animal vigile, sédaté ou anesthésié. La biopsie nécessite une sédation profonde ou une anesthésie générale, avec ajout éventuel d'une couverture analgésique.
La zone doit être largement tondue. Une préparation aseptique de la zone est recommandée lors de cytoponction (encore plus si en vue d'un prélèvement pour culture bactériologique de type cholécystocentèse), et obligatoire lors de biopsie.
Le positionnement de l'animal peut être adapté au type de prélèvement, afin de faciliter l'accès à la lésion à prélever (ex : décubitus latéral gauche en vue d'une cholécystocentèse).
L'alcool peut être utilisé pour une meilleure visualisation, mais le gel est à éviter.
2. Préparation du matériel
a) Cytoponction
Les ponctions peuvent être réalisées à l'aide d'une aiguille orange, bleue ou verte (par ordre croissant, apportant potentiellement plus de matériel, mais également un risque accru de contamination sanguine), montée sur une seringue de 2 ml ou 5 ml.
En cas de ponction d'un épanchement cavitaire, la préparation d'un système collecteur est recommandée (aiguille connectée à un prolongateur, robinet 3 voies, seringue +/- prolongateur vers le récipient de récupération).
b) Biopsie
Plusieurs systèmes existent, principalement les Tru Cut automatiques et semi-automatiques, avec des diamètres de 14 à 18 G.
Les pistolets automatiques sont plus économiques, mais prévoir leur trajectoire demande plus d'expérience, et ils sont plus à risque de déclencher un choc vagal, potentiellement fatal et plus fréquent chez les chats (l'utilisation d'un pistolet semi-automatique est donc à privilégier dans cette espèce) [1].
Les pistolets semi-automatiques sont plus confortables à utiliser, car leur trajectoire est plus prédictible et ajustable, et le risque de choc vagal est moindre. Certains présentent plusieurs options de longueur de prélèvement (1 à 2 cm), leur conférant un avantage supplémentaire.
Le pistolet doit être ouvert stérilement et entreposé sur une surface ou champ stérile.
Il est recommandé de protéger la sonde avec un gant stérile (avec ajout éventuel de gel dans le doigt du gant pour une meilleure qualité d'image).
Si des cytoponctions et biopsies sont réalisées de façon concomitante, il est conseillé de ne pas laisser les lames de cytologie à proximité du pot de formol ouvert, et de les déplacer dans une autre pièce avant d'ouvrir le pot.
3. Prélèvement
a) Cytoponction
Une fois la lésion ciblée repérée, la positionner au centre de l'écran, en ajustant la profondeur et le gain pour optimiser la qualité de l'image.
L'aiguille est introduite à proximité du repère central de la sonde en formant un angle de 45° avec la peau. La visualisation de l'aiguille nécessite un bon alignement entre l'axe de l'aiguille et celui de la sonde, positionner ses yeux verticalement au-dessus de la sonde facilite cet alignement. Des guides-sondes existent, facilitant cet alignement. Une fois l'aiguille bien visualisée, le regard se porte sur l'écran de l'échographie et non sur le patient. L'aiguille est introduite dans la lésion sous surveillance échographique et une dizaine de mouvements de va-et-vient sont réalisés. Le contenu de la garde de l'aiguille est étalé doucement sur lame pour limiter les artéfacts d'écrasement. En cas de difficulté à récupérer du matériel, une aspiration peut être effectuée en même temps que les mouvements d'aller-retour ; cette manipulation augmente cependant le risque de contamination sanguine.
b) Biopsie
Le positionnement par rapport à la sonde est similaire à celui recommandé lors de cytoponctions. Un guide sonde peut être utilisé également pour les biopsies, accompagné du logiciel de guidage des biopsies de l'échographe s'il en est équipé. Cette aide facilite le guidage et la visualisation de l'aiguille, facilite la mesure/projection de l'extrémité de l'aiguille lors du prélèvement, mais peut néanmoins constituer une contrainte en réduisant la flexibilité du trajet de l'aiguille.
Une incision de la peau à la lame de bistouri peut être réalisée pour faciliter le passage de l'aiguille (une aiguille rose /18 G peut aussi être utilisée).
Pour les biopsies d'organes abdominaux, une résistance peut être observée au passage du péritoine, pouvant nécessiter quelques à-coups pour traverser la séreuse. Afin d'éviter d'enfoncer trop profondément l'aiguille lorsque le passage se fait à travers le péritoine, il est recommandé de caler son poignet ou son coude sur la table ou le coussin de positionnement de l'animal.
L'aiguille peut ensuite être avancée jusqu'à la lésion. Le positionnement doit être réalisé en fonction de la profondeur de la biopsie déterminée par le pistolet (généralement 1 ou 2 cm), de façon à éviter les vaisseaux et les structures anatomiques à risque, telles que des organes creux (trachée, tube digestif) ou encore la vésicule biliaire selon l'organe cible.
Si un pistolet semi-automatique est utilisé, l'extrémité de l'aiguille peut être avancée (une visualisation claire de l'extrémité de l'aiguille est alors largement recommandée, afin de s'assurer qu'aucun vaisseau ou structure importante ne se trouve sur le trajet). Quand l'extrémité de l'aiguille est positionnée, la biopsie peut être réalisée en déclenchant le mécanisme du pistolet, avec retrait rapide du pistolet une fois le prélèvement effectué.
Si un pistolet automatique est utilisé, le trajet doit être projeté/anticipé avant de déclencher le mécanisme, en s'assurant qu'aucune structure à risque ne se trouve sur le trajet. L'extrémité de l'aiguille se projette discrètement plus profondément que 1 ou 2 cm (selon la longueur du prélèvement), ceci doit être pris en compte lors du positionnement de l'aiguille avant le déclenchement du mécanisme.
Une fois le prélèvement réalisé, il peut être détaché de l'aiguille et positionné dans la cassette. Quand le nombre de prélèvements est suffisant (5 à 6 prélèvements si possible), la cassette est refermée, puis placée dans le pot de formol.
Aussi bien pour les cytoponctions que les biopsies, il est recommandé de réaliser des prélèvements au centre et en périphérie de la lésion, et d'éviter les zones liquidiennes/cavitaires.
IV. Complications
L'hémorragie constitue la complication principale des cytoponctions et biopsies. Les risques peuvent être diminués par la réalisation du bilan de coagulation en amont du prélèvement, et par l'optimisation de la technique de prélèvement (choix adapté du diamètre de l'aiguille, bonne visualisation du trajet de l'aiguille).
Un suivi échographique dans les heures suivant les prélèvements intra-thoraciques et intra-abdominaux est recommandé, afin de surveiller un éventuel saignement.
La perforation d'un organe est une autre complication possible, dont les conséquences dépendront de l'organe atteint (pneumothorax, péritonite septique ou biliaire en cas de perforation digestive ou de la vésicule biliaire…) [1]. Un bon positionnement de l'aiguille et sa visualisation tout le long de la procédure limitent ce risque.
Les risques septiques peuvent être limités par une préparation aseptique de la zone anatomique.
Enfin, les risques d'essaimages sont rapportés lors de ponctions de carcinomes (urothéliaux principalement, mais également pulmonaires). Quand cela est possible, une alternative peut être privilégiée, comme un raclage urétral.
Bibliographie
- Weisman MJ et coll, Ultrasound-Guided Fine needle aspiration and Core Biopsy, Today's veterinary practice, Sept/Oct 2020
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Choix des tests analytiques et interprétation
Saint-Laurent-Du-Var, France
Pancréatite chez le chat – Faut-il remettre en question le consensus ACVIM 2021 ?
I. Introduction
Le but du consensus ACVIM publié en 2021 était de réaliser une synthèse des connaissances sur les pancréatites félines aussi bien en termes de physiopathologie que de diagnostic ou de traitement.
Après sa publication, ce consensus a fait l'objet de deux lettres à l'éditeur [2,3] remettant en cause certaines données présentées concernant le diagnostic. Le but de ce document est notamment de présenter quels ont été les points jugés comme critiquables de ce consensus et de voir si les études publiées depuis 2021 ont permis d'apporter des éléments étayant ce débat.
II. Aucun test biologique ne permet à lui seul de diagnostiquer une pancréatite.
Concernant le diagnostic, ses auteurs insistent sur une difficulté fondamentale : aucun examen ne permet, à lui seul, d'établir ou d'exclure avec certitude une pancréatite chez le chat. Le diagnostic doit donc reposer sur l'intégration des données cliniques, biologiques et d'imagerie, l'histopathologie elle-même présentant plusieurs limites.
Le consensus rappelle que les signes cliniques de pancréatite sont particulièrement peu spécifiques chez le chat et que les anomalies de l'hémogramme et du bilan biochimique conventionnel sont également variables et non spécifiques [1].
L'hémogramme et le bilan biochimique sont indispensables chez un chat suspect de pancréatite, mais principalement pour évaluer les conséquences de la maladie, rechercher des complications et identifier des affections concomitantes. Une augmentation des enzymes hépatiques, une hyperbilirubinémie, des anomalies de la glycémie ou des désordres électrolytiques peuvent accompagner une pancréatite, mais ne permettent pas de la confirmer.
De même, l'activité de l'amylase et la feline trypsin-like immunoreactivity (fTLI) présentent des performances insuffisantes pour le diagnostic de pancréatite. La fTLI conserve en revanche une indication majeure pour le diagnostic d'insuffisance pancréatique exocrine [1].
III. Le consensus privilégie la mesure de la lipase pancréatique spécifique (Spec fPL)
En 2021, le consensus considère la mesure de la pancreatic lipase immunoreactivity comme le test biologique le plus spécifique pour détecter une atteinte pancréatique [1]. Chez le chat, la fPLI peut notamment être mesurée quantitativement par le test Spec fPL. Le consensus indique que les autres tests n'ont pas fait l'objet d'une validation complète.
Cette position repose sur un argument analytique : les immunodosages utilisent des anticorps dirigés contre la lipase pancréatique féline et mesurent donc spécifiquement cette enzyme. Les méthodes enzymatiques utilisent, elles, une méthode non spécifique permettant la mesure d'une mesure de l'activité enzymatique lipasique.
Par ailleurs, plusieurs études ont montré une bonne spécificité et une sensibilité acceptable de la Spec fPL.
Les performances diagnostiques publiées pour la fPLI sont cependant variables. Elles dépendent notamment de la population étudiée, de la sévérité des lésions pancréatiques et surtout du standard de référence utilisé pour définir une pancréatite [1].
L'étude rétrospective de Lee et al., portant sur 274 chats malades, illustre bien cette difficulté [3]. Les concentrations de Spec fPL augmentaient globalement avec la probabilité clinique de pancréatite, mais des résultats normaux étaient observés chez certains chats considérés comme atteints et, inversement, des valeurs augmentées chez certains chats pour lesquels une pancréatite était considérée comme peu probable.
La sensibilité paraissait notamment moins bonne lorsque les lésions étaient discrètes. Une valeur normale diminuait donc la probabilité de pancréatite, mais ne permettait pas nécessairement de l'exclure, en particulier lors de suspicion d'une atteinte chronique ou peu sévère.
Inversement, une augmentation de Spec fPL indiquait une augmentation de la quantité de lipase pancréatique circulante compatible avec une atteinte pancréatique. Elle ne démontrait pas à elle seule que cette atteinte constituait la cause principale des signes cliniques.
Une étude a par ailleurs mis en évidence une augmentation de la concentration en lipase pancréatique (fPLI de LaboKlin) lors de tumeurs pancréatiques.
Le consensus a donc raison de placer la fPLI au centre du diagnostic biologique, à condition de ne pas transformer un biomarqueur pancréatique en test diagnostique binaire de la pancréatite.
IV. La SpecfPL (Idexx) est-elle le seul test immunologique validé en médecine vétérinaire ?
Le consensus 2021 indiquait qu'aucun des tests mesurant une concentration en lipase pancréatique n'avait fait l'objet d'une publication, précisant que la SpecfPL avait été validée dans le laboratoire d'un membre participant au consensus et que la lipase proposée par Laboklin n'avait pas été validée (citant deux articles).
Dans sa lettre à l'éditeur, Aupperle-Lellbach et Törner indiquaient que l'étude ne validant pas la lipase de Laboklin présentait des limitations méthodologiques et que l'autre article cité en référence par le consensus ne concernait pas ce dosage. [2]
Depuis 2021, deux études de validation ont été publiées, toutes les deux avec J. Steiner comme co-auteur. En 2023, Wu et al. ont publié une étude de validation de la SpecfPL [4] qui montrait une bonne linéarité, une bonne précision et une bonne exactitude du test. Une étude de validation de la lipase de Bionote (Vcheck fPL 2.0) a été publiée en 2025 [5] et a conclu à une linéarité mauvaise et une précision moyenne (CV supérieur à plus de 10 % pour plusieurs concentrations).
V. Les tests enzymatiques, notamment utilisant le DGGR, sont-ils réellement moins performants ?
Le consensus 2021 ne recommande pas les dosages enzymatiques de lipase pour explorer une hypothèse de pancréatite.
Cette position repose sur un argument analytique: les immunodosages utilisent des anticorps dirigés contre la lipase pancréatique féline et mesurent donc spécifiquement cette enzyme. Les méthodes enzymatiques utilisent, elles, une méthode non spécifique permettant la mesure d'une mesure de l'activité enzymatique lipasique.
Parmi ces méthodes enzymatiques, une a particulièrement fait l'objet d'études : la méthode DGGR. Celle-ci utilise ainsi le substrat DGGR (1,2-o-dilauryl-rac-glycero glutaric acid-(60-methylresorufin) ester) qui n'est pas exclusivement hydrolysé par la lipase pancréatique. Une activité provenant d'autres lipases (lipase hépatique, lipoprotéine lipase) peut donc contribuer au résultat [2]. Sur le plan analytique, l'affirmation du consensus selon laquelle la fPLI est plus spécifique de la lipase pancréatique est donc justifiée.
Cette affirmation a cependant entraîné plusieurs réactions publiées, notamment celles de Törner et Aupperle-Lellbach et de Kook et Oppliger [2,3].
En effet, dans l'étude d'Oppliger et al. portant sur 60 chats et utilisant une évaluation histologique standardisée du pancréas, les performances diagnostiques de Spec fPL et du dosage DGGR étaient globalement comparables [6].
D'autres travaux ont également montré une concordance significative entre les deux méthodes.
Kook et Oppliger ont donc contesté dans leur lettre la façon dont les données concernant le DGGR avaient été interprétées dans le consensus [3]. Leur argument principal est que les données disponibles ne permettent pas d'affirmer que Spec fPL possède de meilleures performances diagnostiques que le DGGR simplement parce que sa spécificité analytique est supérieure.
Son intérêt est d'autant plus important qu'il s'agit d'un dosage facilement accessible sur de nombreux analyseurs de biochimie, rapidement disponible et généralement moins coûteux qu'un dosage immunologique spécifique.
À noter cependant que, comme tout test enzymatique, celui-ci est sensible aux conditions pré-analytiques et notamment à l'hémolyse et à la lipémie.
VI. Quel est le test de référence auquel comparer nos tests ?
Cette question permet probablement de mieux comprendre une partie des résultats contradictoires de la littérature.
L'histopathologie est souvent utilisée comme standard de référence pour évaluer les performances des biomarqueurs pancréatiques. Pourtant, le consensus souligne lui-même ses limites : caractère multifocal des lésions, problèmes d'échantillonnage, absence de standardisation parfaite de l'interprétation et difficulté à déterminer la signification clinique de certaines lésions histologiques [1].
Les lésions inflammatoires pancréatiques, notamment chroniques et de faible intensité, peuvent également être observées chez des chats ne présentant pas nécessairement de maladie pancréatique cliniquement identifiable.
Cette difficulté apparaît dans l'étude d'Oppliger et al. : modifier le seuil histologique définissant une pancréatite modifie considérablement les performances apparentes de Spec fPL comme du DGGR [6].
La question devient alors : cherche-t-on un test capable de détecter toute anomalie histologique du pancréas ou un test permettant d'identifier une atteinte pancréatique cliniquement pertinente ? Les deux objectifs ne sont pas nécessairement équivalents.
Un chat peut présenter :
- une échographie compatible avec une pancréatite et une lipase normale ;
- une lipase augmentée et une échographie peu évocatrice ;
- des lésions histologiques minimes avec une lipase normale ;
- ou une augmentation de lipase dans un contexte où une autre maladie domine le tableau clinique.
VII. Que retenir du consensus ACVIM en 2026 ?
Le consensus a eu le mérite de rappeler que le diagnostic de pancréatite féline est nécessairement multimodal et que la fPLI constitue le biomarqueur sanguin analytiquement le plus spécifique de la lipase pancréatique.
Cinq ans plus tard, plusieurs nuances sont cependant importantes.
- Le consensus a raison : aucun biomarqueur ne doit être utilisé isolément.
- Le consensus a raison : fPLI et activité DGGR ne mesurent pas exactement la même chose. La fPLI possède une meilleure spécificité analytique pour la lipase pancréatique.
- En revanche, il ne semble pas que cette supériorité analytique confère à la fPLI une supériorité diagnostique sur le DGGR.
- La principale limite des études de performances diagnostiques pourrait finalement être la définition même de la pancréatite. Une anomalie histologique, une atteinte pancréatique biologique et une pancréatite responsable des signes cliniques ne sont pas nécessairement synonymes.
Bibliographie
- Forman MA, Shiroma JT, Armstrong PJ, et al. ACVIM consensus statement on pancreatitis in cats. J Vet Intern Med. 2021;35:703-723.
- Törner K, Aupperle-Lellbach H. Letter regarding “ACVIM consensus statement on pancreatitis in cats.” J Vet Intern Med. 2021.
- Kook PH, Oppliger S. Letter regarding “ACVIM consensus statement on pancreatitis in cats.” J Vet Intern Med. 2021.
- Wu YA, Steiner JM, Huisinga E, Beall MJ, Buch J, Fosgate GT, Lidbury JA. Analytical validation of an ELISA for the measurement of feline pancreas-specific lipase and re-evaluation of the reference interval and decision threshold for diagnosing pancreatitis. Vet Clin Pathol. 2023 Sep;52(3):482-492.
- Mendoza-White I, Steiner JM, Cridge H. Analytical Validation of an Automated Point-of-Care Immunoassay for the Measurement of Canine Pancreatic Lipase Immunoreactivity Concentration (Vcheck cPL 2.0). Vet Clin Pathol. 2026 May 1.
- Oppliger S, Hilbe M, Hartnack S, Zini E, Reusch CE, Kook PH. Comparison of serum Spec fPL and DGGR lipase assay in 60 cats using standardized assessment of pancreatic histology. J Vet Intern Med. 2016;30:764-770.
Liens d'intérêt : Conférencier pour FujiFilm, Idexx
📃 Choix du traitement
Mérignac, France
I. Introduction
Le traitement de la pancréatite aiguë est principalement symptomatique, et consiste à traiter les conséquences de la maladie et les signes cliniques associés, tout en soutenant l’organisme pendant la récupération. Il nécessite souvent une hospitalisation pour éviter tout retard à la guérison [1,2].
II. Restauration de la volémie, de la perfusion, et correction de la déshydratation
Le traitement de la pancréatite aiguë requiert souvent une hospitalisation pour l’administration de solutés intraveineux. Bien que cela puisse paraître excessif, une aggravation des signes cliniques est fréquente en cas d’hospitalisation tardive. C’est pourquoi l’hospitalisation doit toujours être proposée aux propriétaires dès la première consultation.
Les patients atteints de pancréatite aiguë présentent généralement une hypovolémie et une déshydratation secondaires à l’inappétence et aux troubles digestifs (vomissements, diarrhée). L’hypovolémie est à l’origine d’une hypotension, entraînant une diminution de la perfusion pancréatique et aggravant les lésions pancréatiques.
Tous les solutés cristalloïdes isotoniques conviennent à court terme ; c’est surtout le volume infusé qui importe. Idéalement, le choix du soluté se fait en fonction des troubles électrolytiques et acido-basiques présents, mais un soluté de type Ringer-Lactate est suffisant la plupart du temps. Le volume à administrer dépendra de l’état d’hydratation du patient et de la présence de comorbidités (notamment cardiaques).
1. Comment administrer les solutés intraveineux ?
Chez un patient en choc hypovolémique (tachycardie, allongement du temps de recoloration capillaire, pouls périphérique faible ou absent, hypotension), l’administration de volumes importants de solutés intraveineux est nécessaire : 10 ml/kg sont administrés en 10-15 minutes en première intention, puis le patient est réévalué. D’autres bolus similaires peuvent être nécessaires jusqu’à l’obtention d’une réponse clinique favorable (diminution de la fréquence cardiaque, amélioration du pouls périphérique). Les patients cardiaques nécessitent une surveillance plus étroite en raison de leur risque accru d’insuffisance cardiaque, mais cela ne les empêche pas de recevoir des bolus intraveineux. Chez ces patients, l’administration de bolus de 5 à 10 ml/kg en 10 à 20 minutes, associée à une réévaluation clinique régulière, est préférable afin de prévenir une insuffisance cardiaque congestive iatrogène et un œdème pulmonaire.
Une fois l’hypovolémie corrigée, le patient est réhydraté sur une période de 12 à 24 heures. Le volume de solutés dépend de l’état du chat, des signes cliniques présents et des comorbidités. Les patients atteints de pancréatite aiguë nécessitent souvent 3 à 5 ml/kg/h de solutés intraveineux jusqu’à résolution de la déshydratation (pli de peau et muqueuses humides). La perfusion est complémentée au besoin ; l’ajout de potassium est souvent nécessaire en raison des pertes gastro-intestinales. L’hypochlorémie est également fréquente et, lorsqu’elle est marquée, une solution de NaCl à 0,9 % est préférable à la solution de Ringer-Lactate.
III. Traitement de la douleur
L’analgésie est un élément essentiel du traitement, bien que la douleur soit difficile à identifier chez le chat. Même en l’absence de signes évidents de douleur abdominale, il est préférable d’effectuer un test thérapeutique, car un animal douloureux risque de rester anorexique et abattu, ce qui retarde sa récupération. Les opioïdes sont privilégiés : la buprénorphine (0,02 mg/kg IV toutes les 6 heures) est suffisante chez la plupart des chats. La méthadone (0,2 à 0,4 mg/kg IV toutes les 4 heures) peut être nécessaire en cas de douleur plus marquée ; il convient cependant de s’assurer que les opioïdes ne causent pas de sédation ou d’iléus. Chez certains patients présentant une douleur abdominale intense, une perfusion continue de fentanyl peut s’avérer nécessaire. Le patient est ensuite réévalué régulièrement (et une heure après toute modification du protocole analgésique). La posologie des opioïdes peut être diminuée progressivement sur 24-36 h, une fois l’état clinique du chat amélioré et son appétit rétabli. Le tramadol et la gabapentine PO peuvent être considérés pour le retour à la maison, bien que les preuves définitives de leur efficacité ne fassent pas consensus.
IV. Prise en charge des symptômes gastro-intestinaux
La plupart des chats atteints de pancréatite aiguë présentent des vomissements ou de la nausée. Le maropitant est le traitement antiémétique de choix en raison de ses effets centraux et périphériques ; il peut potentiellement des propriétés analgésiques viscérales (1 mg/kg/24 h par voie sous-cutanée ou intraveineuse, puis 2 mg/kg/24 h par voie orale après la disparition des vomissements et jusqu’au retour de l’appétit). Chez les animaux présentant des vomissements ou de la nausée persistants malgré le maropitant, l’ondansétron peut contribuer à contrôler les signes cliniques (0,5 à 1 mg/kg/12 à 24 h par voie orale) ; il peut être utilisé en combinaison avec le maropitant. Le métoclopramide est considéré comme moins efficace et sera donc envisagé en association avec le maropitant et l’ondansétron lorsque cela est cliniquement indiqué ; il est principalement utilisé lors d’iléus paralytique ou de retard à la vidange gastrique). Son efficacité est nettement améliorée par perfusion continue IV (CRI) à la dose de 1 à 2 mg/kg/ 24 h ; il convient de s’assurer d’abord qu’il n’y a pas d’obstruction digestive. L’utilisation de stimulants de l’appétit (mirtazapine, capromoréline) est possible si le chat reste anorexique, une fois la réhydratation corrigée, la douleur traitée et les troubles digestifs pris en charge [3].
V. Reprise de l’alimentation
Les recommandations actuelles préconisent de nourrir les patients atteints de pancréatite aiguë dès que possible, dans les 12 à 24 premières heures, une fois l’hypovolémie corrigée et les vomissements maîtrisés ; cela est également important pour limiter le risque de développement de lipidose hépatique. Les chats sont moins sensibles à la teneur en gras que le chien, mais ont des besoins importants en protéines. Les aliments hyper-digestibles de type « gastrointestinal » sont appropriés. Chez les animaux présentant une anorexie depuis plus de 3 jours, un plan d’alimentation est nécessaire (1/3 du BER le premier jour, 2/3 le deuxième jour et 100 % du BER à partir du troisième jour). Les besoins énergétiques de repos (BER) peuvent être estimés à l’aide de la formule suivante : BER (kcal/jour) = (poids en kg x 30) + 70.
Si le chat reste anorexique plus de 48 h (après son admission ou avant la consultation), la mise en place d’une sonde d’alimentation (naso-œsophagienne ou œsophagienne) est nécessaire afin de garantir le maintien des besoins énergétiques au repos (BER).
VI. Faut-il administrer des antibiotiques ? des glucocorticoïdes ?
Il n’existe aucune preuve scientifique de l’implication des bactéries dans la plupart des cas de pancréatite aiguë. Par conséquent, les antibiotiques ne sont pas recommandés dans le traitement standard de la pancréatite. Cependant, en cas de suspicion d’infection secondaire (abcès abdominal, translocation bactérienne) ou de maladie concomitante (cholangite bactérienne, bronchopneumonie), une antibiothérapie intraveineuse à large spectre peut être administrée dès les premiers jours d’hospitalisation. Cela reste toutefois rare.
De la même façon, il n’existe pas de preuve de l’intérêt de corticoïdes dans le traitement de la pancréatite aiguë chez le chat. Cependant, compte tenu de leurs effets anti-inflammatoires systémiques, ils peuvent avoir un intérêt en l’absence de réponse aux traitements ci-dessus, ou lorsque des maladies concomitantes sont identifiées (entéropathie, cholangite lymphocytaire) (prednisolone 0,5-1 mg/kg/j pendant quelques jours). Attention cependant à surveiller la glycémie en raison du risque de diabète sucré.
VII. Comment surveiller le patient ?
La plupart des patients seront hospitalisés pendant quelques jours. Plus le traitement est instauré tôt, plus leur sortie de l’hôpital sera rapide. Généralement, les chats reçoivent une perfusion intraveineuse, du maropitant et des analgésiques pendant les 24 premières heures suivant leur admission. Le traitement est ensuite adapté régulièrement toutes les 12 heures en fonction de l’évolution clinique. Une fois que le patient est stabilisé et recommence à s’alimenter, les perfusions intraveineuses sont progressivement arrêtées jusqu’à ce qu’il puisse rentrer chez lui avec un traitement oral de soutien pendant quelques jours. Certains patients anxieux qui refusent de s’alimenter à l’hôpital peuvent bénéficier d’une stimulation alimentaire par leurs propriétaires lors d’une visite, ou d’un essai thérapeutique à domicile.
Le patient doit être suivi régulièrement à l’hôpital, au moins toutes les 8 heures, pour adapter le traitement. En l’absence d’amélioration malgré le traitement mis en place, ou si l’état du chat se détériore, les examens et le diagnostic doivent être réévalués et des examens complémentaires peuvent être nécessaires afin d’exclure toute complication ou maladie concomitante (entéropathie, obstruction intestinale ou des voies biliaires, cholangite, diabète sucré, etc.). Certains chats développent des complications respiratoires (bronchopneumonie, épanchement pleural, œdème, thromboembolie,…) qui nécessitent de l’imagerie thoracique pour adapter le traitement.
VIII. Et lors de pancréatite chronique ?
Il n’existe que très peu de recherches sur le sujet. Il convient de s’assurer du diagnostic et de l’absence de maladie concomitante (entéropathie chronique, cholangite, diabète sucré, insuffisance pancréatique exocrine notamment) qui nécessitent un traitement adapté. Une analgésie par buprénorphine en sublingual +/- tramadol ou gabapentine peut être suffisante. Maropitant, mirtazapine est à ajuster au cas par cas. Bien que des aliments pauvres en gras ne soient pas considérés comme nécessaires chez le chat, éviter des aliments riches en gras (type « rénal », ou pauvres en glucides) semble judicieux. L’identification d’une hypocobalaminémie justifie une supplémentation. L’utilisation de prednisolone ou cyclosporine a fait l’objet d’une étude récente, mais il est encore trop tôt pour en retirer des recommandations à l’heure actuelle [4].
Bibliographie
- Forman MA et coll. ACVIM consensus statement on pancreatitis in cats. J Vet Intern Med. 2021;35:703–723.
- Forman MA. Chapter 278 – Pancreatitis in cats. Ettinger’s Textbook of Veterinary Internal Medicine, vol. 2. 9th ed., Elsevier; 2024, p. 1869-1875.
- Casamian-Sorrosal D et al. The use of mirtazapine as an appetite stimulant in dogs and cats: a prospective observational study [abstract]. BSAVA congress 2010
- Wu YA et coll. Randomized Open-Label Clinical Trial Comparing Prednisolone and Cyclosporine With a Nonrandomized Active Control for Treating Presumed Chronic Pancreatitis in Cats. JVIM. 2025 ; 39 : e70163.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Chylothorax et place de l'origine cardiogénique chez le chat ; étude rétrospective sur 40 cas
Introduction
Le chylothorax correspond à l'accumulation de chyle dans la cavité pleurale et représente environ 6 % des épanchements pleuraux chez le chat [1]. Les formes idiopathiques représentent près de 50 % des cas, mais plusieurs causes sont décrites, incluant la torsion de lobe pulmonaire, la cardio(myo)pathie, la masse médiastinale et les troubles du retour veineux [2].
Le mécanisme étiopathogénique repose sur une extravasation de chyle secondaire à une rupture du canal thoracique ou à une élévation de la pression intralymphatique, notamment lors d'une augmentation de la pression veineuse centrale liée aux affections du cœur droit.
Dans la pratique, une échocardiographie est fréquemment prescrite pour confirmer ou infirmer l'origine cardiogénique. Toutefois, cette cause reste peu documentée et sa prévalence inconnue. La distinction entre comorbidité et causalité apparaît essentielle en pratique clinique. L'objectif de cette étude est d'évaluer la fréquence et le type de cardio(myo)pathie, avec une attention particulière à l'éventuelle atteinte du cœur droit, chez des chats montrant un chylothorax.
Matériel et méthodes
Une étude rétrospective a été menée entre janvier 2021 et mars 2026. Les cas avec chylothorax confirmé par cytologie ont été inclus, si un examen échocardiographique ou scanner était disponible.
Les données collectées comprenaient le signalement, les examens complémentaires (analyses, scanner), l'issue clinique et le résultat de l'échocardiographie.
Résultats
Population
Parmi 270 dossiers, 48 cas confirmés ont été identifiés, dont 40 ayant eu une échocardiographie, d'âge médian de 10 ans (1-16 ans) et de poids médian de 4,3 kg (1,4-7,7 kg).
Données échocardiographiques
L'échocardiographie était normale dans 17/40 cas (42,5 %). Une cardiomyopathie hypertrophique (CMH) était présente chez 9/40 chats (22,5 %), une cardiomyopathie dilatée (CMD) chez 4/40 (10 %) et une cardiomyopathie restrictive (CMR) chez 2/40 (5 %). Les autres anomalies incluaient des phénotypes équivoques, une communication interatriale, une masse à la base du cœur et des anomalies non spécifiques.
Deux chats avec CMH présentaient une autre étiologie (torsion de lobe, masse), suggérant une association non causale.
Autres examens complémentaires et diagnostic final
Un scanner a été réalisé chez 15/40 (37,5 %), dont aucun cas considéré comme cardiogénique. Les causes identifiées comprenaient idiopathiques (12 cas, 30 %), masse médiastinale (4 cas, 10 %) et masse pulmonaire (1 cas, 2,5 %). L'étiologie restait indéterminée dans 11/40 cas (27,5 %).
Une origine cardiogénique était suspectée dans 12/40 cas (30 %). Parmi les cas avec une origine cardiogénique suspectée, une atteinte du cœur droit était mise en évidence chez 6/12 chats (50 %), soit 15 % de la population, dont 1 seul cas de CMH. Une dilatation ventriculaire droite était présente dans 5/12 cas et une dilatation atriale droite dans 3/12 cas. Seuls 2 chats présentaient une ascite compatible avec une insuffisance cardiaque congestive droite.
Issue clinique
Concernant le suivi, 2 chats étaient décédés (5 %), 11 euthanasiés (27,5 %), 20 perdus de suivi (50 %) et 7 toujours en vie (17,5 %), dont 5 avec résolution du chylothorax par prise en charge chirurgicale.
Parmi les cas suspectés cardiogéniques, aucune amélioration franche sous traitement de l'insuffisance cardiaque n'avait été observée.
Discussion
La cause cardiaque du chylothorax est évoquée principalement dans des anciennes études [3,4], sans critères diagnostiques ou de phénotypes standardisés, mais probablement correspondant aux CMD et CMR,ainsi qu'aux tumeurs cardiaques, également observées dans notre étude.
La forte prévalence de CMH dans notre étude est comparable à celle rapportée en littérature dans la population générale des chats âgés. [5], et suggère que la CMH est à considérer plutôt comme une comorbidité que comme le facteur causal. La CMD apparaît cependant surreprésentée parmi les cas présentant un chylothorax, par rapport à sa prévalence dans la population générale, suggérant une association plus étroite avec cette affection.
Si on considère que le chylothorax cardiogénique est causé par une insuffisance congestive droite, par le biais d'une atteinte du cœur droit, ceci était peu fréquent (15 %) dans notre étude et rarement associé à une ascite. Cette incohérence suggère que l'origine cardiogénique est moins fréquente que l'on puisse s'y attendre.
Par ailleurs, l'hypertension artérielle pulmonaire, potentiellement secondaire au chylothorax, peut induire des modifications des cavités droites chez le chat, suggérant la possibilité d'une relation cause-effet inverse et donc d'un biais diagnostique. Ainsi, certaines anomalies échocardiographiques pourraient être la conséquence, et non la cause, du chylothorax.
L'absence de réponse au traitement cardiaque n'a pas permis de confirmer l'origine cardiogénique, et l'imagerie avancée s'est révélée déterminante pour identifier d'autres causes chez 2 chats présentant une cardiopathie.
Conclusion
D'après notre étude rétrospective, le chylothorax cardiogénique apparaît surestimé chez le chat. La présence d'une cardiopathie, notamment hypertrophique, ne permet pas d'établir un lien causal. L'identification d'une atteinte du cœur droit et une démarche diagnostique complète sont essentielles avant de conclure à une origine cardiaque.

Figure 1

Tableau 1
Bibliographie
- Ruiz et al., JAVMA,2018
- Côté et al.,Ettinger,2024
- Fossum et al.,JAVMA,1991
- Fossum et al., JAVMA,1994
- Payne et al J Vet Cardiol 2015
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Clés d'interprétation de l'échographie des voies biliaires du chat
Bologne, Italie
I. Introduction : l'importance stratégique de l'imagerie biliaire féline
Dans le cadre de l'évaluation diagnostique du chat présenté pour ictère, anorexie ou vomissements chroniques, l'échographie abdominale s'impose comme le "gold standard" incontesté. Contrairement au chien, la pathologie de l'arbre biliaire chez le chat est statistiquement plus fréquente que l'atteinte primitive du parenchyme hépatique. Cette prévalence impose une rigueur d'examen absolue, car les signes précoces de cholangite sont souvent subtils, masqués par le caractère non spécifique de la présentation clinique. L'impact d'une détection précoce est fondamental : la distinction entre un processus inflammatoire médical et une obstruction extra-hépatique (OEH) chirurgicale conditionne non seulement la survie immédiate, mais aussi la gestion des complications à long terme comme la fibrose hépatique ou la pancréatite secondaire. La maîtrise des variantes anatomiques normales et des protocoles de mesure standardisés constitue le socle indispensable sur lequel repose l'expertise de l'imageur, permettant d'éviter les pièges diagnostiques inhérents à la morphologie complexe de l'arbre biliaire félin.
II. Maîtriser l'anatomie échographique normale et ses variantes
L'interprétation de l'arbre biliaire commence par une évaluation méticuleuse de la vésicule biliaire (VB) et des conduits extra-hépatiques. La standardisation des mesures est impérative pour ne pas sur-diagnostiquer des dilatations physiologiques ou des sinuosités anatomiques.
1. Vésicule biliaire (VB) et variantes congénitales
La VB est localisée à droite de la ligne médiane, nichée entre les deux portions du lobe hépatique médial droit. Son volume moyen est de 2,41 ml (plage de 0,84 à 4,5 ml) chez le chat à jeun, sans corrélation significative avec le poids corporel. L'épaisseur de sa paroi, lorsqu'elle est visible, doit être strictement inférieure à 1 mm. Les variantes de forme sont fréquentes, touchant environ un chat sur huit. La VB bilobée est la plus classique, résultant d'un septum longitudinal interne ou d'une séparation complète du fundus en "V", les deux cavités fusionnant au niveau du col. Plus rarement, on rencontre des "duplex gall bladders", caractérisées par deux cavités totalement distinctes, chacune possédant son propre canal cystique. Ces découvertes sont généralement fortuites et ne doivent pas être confondues avec des structures kystiques pathologiques.
2. Canal cholédoque ou canal biliaire commun (CBC) et confluence papillaire
Le canal biliaire commun (CBC) félin présente une tortuosité normale marquée, bien supérieure à celle observée chez le chien. Il chemine ventralement à la veine porte au niveau de la porte du foie, où son diamètre doit être mesuré à l'aide d'une sonde de haute fréquence. La norme est établie à ≤ 4 mm, avec une paroi fine (< 1 mm). L'identification de la papille duodénale majeure (PDM) est une étape cruciale du protocole. Chez le chat, le CBC fusionne avec le canal pancréatique majeur avant leur entrée commune dans le duodénum. Plus précisément, des données récentes suggèrent que 84 % des chats présentent un réseau complexe de structures canalaires conjointes au niveau de la papille, plutôt qu'une simple jonction en Y. Cette intrication anatomique favorise le reflux enzymatique et la progression bactérienne ascendante, expliquant pourquoi une inflammation duodénale ou pancréatique se propage si fréquemment au système biliaire. Pour le clinicien, cela signifie que l'évaluation de la VB est indissociable de l'examen du pancréas et du duodénum proximal. Cette particularité anatomique constitue la base de la physiopathologie de la "triadite".
Attention : il est impératif de distinguer la tortuosité normale, qui peut créer des effets de coupe tangentielle simulant une dilatation, d'une OEH réelle. La mesure objective du diamètre au niveau de la porte du foie est le seul critère de fiabilité.
III. Identifier et classifier les anomalies congénitales (malformations de la plaque ductale et kystes)
Les anomalies hépatobiliaires sont présentes chez environ 12,9 % des chats autopsiés, les malformations de la plaque ductale (MPD) représentant près de 63 % de ces cas.
1. Malformations de la plaque ductale (MPD)
Les MPD résultent d'un arrêt ou d'une déviation du développement embryonnaire de la plaque ductale, structure primordiale qui doit normalement évoluer en canaux biliaires tubulaires. La maladie de Caroli en est l'expression la plus spectaculaire, se manifestant par des dilatations multifocales des canaux intra-hépatiques. Un lien génétique fort existe entre ces malformations et la maladie polykystique rénale (PKD), avec une prévalence de 68 % de kystes hépatiques chez les chats atteints de PKD.
2. Kystes cholédoques
Les kystes cholédoques sont des dilatations segmentaires congénitales des canaux biliaires. Chez le chat, le Type I (dilatation fusiforme du CBC) est le plus fréquent, représentant 57 % des cas rapportés. Contrairement aux kystes biliaires solitaires qui sont des structures closes à paroi fine, les kystes cholédoques communiquent avec l'arbre biliaire. Ils se présentent comme des structures kystiques à paroi épaisse (2 à 5 mm), souvent associées à une inflammation lymphoplasmacytaire chronique et à une hyperplasie papillaire de la muqueuse.
L'enjeu clinique : ces malformations ne sont pas de simples curiosités anatomiques. Elles engendrent une stase biliaire majeure prédisposant à la bactobilie, à la cholangite neutrophilique et à la pancréatite par reflux enzymatique. Un jeune chat présentant une élévation des enzymes hépatiques doit systématiquement faire l'objet d'une recherche de kyste cholédoque.
IV. Diagnostiquer les pathologies inflammatoires et infectieuses (cholangite et triadite)
La complexité du complexe cholangite/cholangiohépatite (CCCH) réside dans sa nature souvent multi-organique et la variabilité de ses signes échographiques.
1. Signes échographiques et défis diagnostiques
L'examen peut être parfaitement normal dans de nombreux cas frustes ou lymphocytaires. Les signes d'alerte incluent un épaississement mural de la VB (> 1 mm), un aspect de "double paroi" dû à l'œdème sous-muqueux, et une distension modérée du CBD secondaire à une stase inflammatoire. La cholecystocentèse échoguidée, sécurisée par l'usage du Doppler couleur pour exclure toute interposition vasculaire, reste l'examen de choix pour confirmer une infection bactérienne.
2. La boue biliaire (sludge) : un signal d'alarme
À l'opposé du chien où le sludge est souvent considéré comme fortuit, sa présence chez le chat est corrélée à un dysfonctionnement biliaire et à une élévation des enzymes hépatiques. Mais attention : une étude de 2025 sur 166 cas montre que la présence de boue biliaire n'est pas un indicateur fiable d'infection ou de cholangite neutrophile. Elle traduit donc une stase ou une altération de la composition de la bile, caractéristique des stades précoces de cholangite.
3. La triadite
L'anatomie de la papille favorise la confluence des inflammations. L'échographie doit donc systématiquement évaluer le foie (échogénicité, échotexture, aspect peigné traduisant une dilatation potentielle des canaux biliaires intra-hépatiques, pancréas (échogénicité, épaisseur) et le duodénum proximal (épaississement de la musculeuse) pour documenter ce syndrome.
V. Évaluer l'obstruction biliaire extra-hépatique (OBEH) et lithiase
L'identification d'une OBEH est une urgence chirurgicale relative où l'échographie apporte une valeur prédictive de 97 %.
1. Critères et cinétique de distension
Un diamètre du CBC > 5 mm est hautement suggestif d'une OBEH. Concernant la chronologie de distension, les données expérimentales issues du modèle canin suggèrent une dilatation du CBC et de la VB en 24-48 h, suivie des canaux intra-hépatiques en 5-7 jours. Bien que non formellement prouvée chez le chat, une séquence temporelle similaire est probable. La présence d'une distension intra-hépatique est donc un indicateur fort d'une obstruction installée depuis au moins une semaine.
2. Étiologies variées
- Lithiases : les cholédocolithes sont identifiables par leur interface hyperéchogène et un cône d'ombre distal plus ou moins marqué (selon leur composition), à optimiser par une haute fréquence.
- Pancréatite : par compression extrinsèque du segment distal du CBC par le lobe droit inflammé.
- Causes "exotiques" : l'exploration doit être exhaustive jusqu'à la papille pour exclure des causes rares comme des épillets (grass awns), des bouchons d'oreille en mousse, ou une hernie diaphragmatique comprimant les conduits (rapports de cas).
VI. Reconnaître les processus néoplasiques et les masses biliaires
La néoplasie biliaire primaire est rare mais d'un pronostic sombre.
1. Présentations types
- Le cystadénome biliaire est une masse multiloculaire bénigne géante chez le chat âgé.
- Le cystadénocarcinome est plus invasif et s'accompagne généralement d'épanchement et d'adénopathie régionale.
- Lymphome : se manifeste par un épaississement mural sévère (jusqu'à 14 mm) oblitérant la lumière de la VB, ou par des nodules sessiles hyperéchogènes.
- Adénocarcinome : souvent infiltrant, il provoque une OBEH complète avec effacement du trajet normal du CBC.
- Le carcinome cholangiocellulaire et les tumeurs carcinoïdes sont d'autres types tumoraux pouvant affecter le système biliaire à tous ses niveaux.
2. Le défi de la papille duodénale
Les masses de la PDM (ex : lymphome, adénocarcinome duodénal ou pancréatite focale) partagent des caractéristiques échographiques similaires : perte de la stratification pariétale, aspect hypoéchogène et obstruction biliaire rétrograde. La distinction entre une masse inflammatoire et néoplasique est impossible sans cytologie ou biopsie, justifiant une approche multimodale.
VII. Protocoles de prélèvement et limites diagnostiques
L'imagerie fournit l'indication, mais la bile fournit le diagnostic.
- Cholécystocentèse percutanée échoguidée (CPE) : elle est la méthode de choix pour la culture bactérienne. La bile est plus sensible que le tissu hépatique pour identifier E. coli ou Enterococcus.
- Technique : l'approche doit être transhépatique, utilisant le parenchyme comme scellant naturel pour limiter les fuites de bile après ponction.
- Avertissement : la paroi vésiculaire étant parfois invisible chez le chat normal, la ponction nécessite une grande précision technique.
- Biopsie hépatique échoguidée : indispensable pour différencier les formes histologiques de cholangite (lymphocytaire vs neutrophile).
- Ponction à l'aiguille fine échoguidée : nécessaire pour caractériser la nature cytologique d'une masse impliquant le système biliaire.
Attention : la CPE est indispensable en cas de suspicion de cholangite neutrophile mais reste contre-indiquée en cas de nécrose murale visible (paroi très irrégulière, gaz mural) ou de coagulopathie sévère. Dans ces situations, la chirurgie directe est souvent l'option la plus sûre.
Bibliographie
- Schreeg ME, Miller SA, Cullen JM. Choledochal cyst with secondary cholangitis, choledochitis, duodenal papillitis, and pancreatitis in a young domestic shorthair cat. Journal of Veterinary Diagnostic Investigation, 2021;33(4):782–787.
- Griffin S. Feline abdominal ultrasonography: What's normal? What's abnormal? The biliary tree. Journal of Feline Medicine and Surgery, 2019;21(1):39-52.
- Otte CM, et al. Feline biliary tree and gallbladder disease: aetiology, diagnosis and treatment. Journal of Feline Medicine and Surgery, 2017;19(5):514–528.
- Todani T. Congenital choledochal dilatation: classification, clinical features, and long-term results. Journal of Hepatobiliary Pancreatic Surgery, 1997;4:276–282.
- Soares KC, et al. Choledochal cysts: presentation, clinical differentiation, and management. Journal of the American College of Surgeons, 2014;219:1167–1180.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Comment convaincre de l'intérêt des psychotropes ?
Voreppe, France
I. Introduction
L'acceptation d'un traitement psychotrope constitue parfois une difficulté dans la prise en charge des affections comportementales. Les propriétaires peuvent craindre une modification de la personnalité de leur animal, une sédation excessive, une dépendance ou simplement considérer qu'un problème de comportement devrait être résolu uniquement par l'éducation ou la modification environnementale.
La question n'est pourtant pas uniquement de savoir comment « convaincre » un propriétaire d'administrer un médicament. Dans le cadre d'une alliance thérapeutique, l'objectif est plutôt de construire avec lui une compréhension commune de la situation clinique, des objectifs réalistes de progression, puis de définir les moyens nécessaires pour améliorer l'état et le fonctionnement de l'animal. En pratique, l'acceptation du psychotrope devient généralement beaucoup plus simple lorsque trois éléments sont compris : le chien présente une affection, cette affection justifie d'être traitée et le médicament constitue un moyen de rendre au chien des capacités d'adaptation permettant notamment la mise en œuvre de la thérapie comportementale.
II. Faire accepter la maladie avant de faire accepter le médicament
1. Le premier désaccord porte rarement sur le médicament
Lorsqu'un propriétaire refuse un psychotrope, commencer immédiatement par discuter de la molécule, de ses effets indésirables ou de sa durée d'administration revient souvent à répondre trop tôt à une question qui n'est pas encore la sienne. Le désaccord porte fréquemment davantage sur la nécessité du traitement : « Mon chien est-il réellement malade au point d'avoir besoin d'un médicament ? »
La première étape consiste donc à construire un diagnostic partagé. Le vétérinaire doit expliquer pourquoi les manifestations observées ne relèvent plus simplement de la variabilité comportementale normale et en quoi elles traduisent une altération du fonctionnement ou du bien-être de l'animal.
Cette distinction est essentielle. Avoir peur, s'exciter, poursuivre, aboyer ou manifester une réaction agressive appartiennent au répertoire comportemental normal du chien. Ce sont notamment l'intensité, la persistance, l'inadaptabilité et la difficulté de retour spontané à un état fonctionnel qui peuvent conduire à considérer que le comportement observé s'intègre dans une affection.
2. Une prédisposition raciale ne signifie pas que tout est normal
L'appartenance à une race est fréquemment utilisée pour normaliser certaines manifestations : « les Malinois sont comme ça », « c'est normal pour un chien de travail », « cette race est naturellement anxieuse ».
La sélection canine a effectivement produit des différences comportementales entre populations. Des travaux portant sur plus de 14 000 chiens appartenant à 101 races ont notamment montré une importante composante génétique des différences interraciales pour plusieurs traits comportementaux [1].
Mais prédisposition ne signifie pas normalité. La comparaison avec les affections physiques est souvent utile pour le propriétaire. La fréquence élevée d'affections respiratoires dans certaines populations brachycéphales ne transforme pas une difficulté respiratoire en fonctionnement physiologique. De la même manière, une vulnérabilité comportementale fréquente dans une race ne doit pas conduire à banaliser la souffrance ou l'incapacité d'adaptation d'un individu.
L'environnement et les apprentissages participent naturellement à l'expression du comportement, mais ils ne constituent pas son unique déterminant. Le cerveau est un organe soumis, comme les autres, aux influences génétiques, développementales et environnementales. Ainsi, lorsqu'il dysfonctionne, il convient de le soigner, au même titre que les autres organes.
3. Donner au propriétaire des éléments concrets de maladie
Le diagnostic doit être expliqué à partir de ce que le propriétaire observe. Il est souvent plus utile de montrer qu'un chien ne parvient plus à récupérer après une peur, qu'il ne peut pas interrompre une activité ou qu'il reste en état d'alerte dans des situations ordinaires que de commencer par lui présenter une terminologie nosographique complexe.
L'existence d'un substrat biologique à certains tableaux comportementaux canins est par ailleurs soutenue par des travaux de neuro-imagerie. Vermeire et al. ont notamment mis en évidence des différences concernant les récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A chez des chiens présentant des troubles anxieux ou impulsifs par rapport à des chiens témoins [2]. Ces données ne constituent pas un outil diagnostique individuel, mais confortent l'existence de différences neurobiologiques associées à certains phénotypes comportementaux pathologiques.
III. Si l'animal est malade, pourquoi ne pas le traiter ?
1. Remettre le cerveau dans le champ de la médecine
Une fois l'existence de l'affection comprise et acceptée, la discussion sur le médicament change de nature.
Le parallèle avec la médecine physique est particulièrement utile. Lorsqu'un chien présente une douleur inflammatoire responsable d'une boiterie, personne ne considère qu'il serait préférable de le laisser souffrir en espérant que la seule modification de ses promenades suffise. Le traitement de la douleur et l'adaptation de l'activité répondent à deux objectifs complémentaires.
Le même raisonnement peut être appliqué à une affection comportementale. Lorsqu'un chien présente une peur pathologique, une anxiété persistante, une impulsivité majeure ou une autre altération du fonctionnement cérébral accessible à un traitement, ne pas médicaliser n'est pas nécessairement l'option la plus respectueuse de son bien-être.
Les psychotropes disposent par ailleurs de données d'efficacité dans plusieurs indications comportementales canines. Des essais contrôlés ont notamment montré l'efficacité de la fluoxétine dans certains troubles liés à la séparation ou comportements compulsifs [3,4].
2. Définir ce que le médicament doit changer
L'objectif thérapeutique doit être concret et partagé avec le propriétaire. Il ne s'agit pas de rendre le chien « plus calme » de manière indifférenciée, mais de modifier un processus pathologique identifié.
Chez un chien phobique, l'objectif peut être de diminuer l'intensité de la réponse de peur et d'accélérer le retour à un état émotionnel compatible avec une activité normale. Chez un chien présentant une altération des autocontrôles, il peut s'agir de restaurer sa capacité à interrompre une séquence comportementale, à attendre ou à redevenir disponible pour une interaction.
Ces objectifs observables permettent également d'évaluer le traitement. Le propriétaire devient acteur du suivi : il ne doit pas seulement administrer un médicament, mais observer si les capacités que nous cherchions à restaurer évoluent effectivement.
3. La durée du traitement dépend de l'affection
La crainte d'un traitement « à vie » constitue une autre objection fréquente. Il n'est pourtant pas nécessaire de décider de la durée définitive d'un traitement avant même d'en avoir évalué l'efficacité.
Comme pour les autres affections médicales, la durée dépend du diagnostic, de l'ancienneté du trouble, de son évolution, de la réponse thérapeutique et des possibilités de modification des facteurs environnementaux. Certains traitements pourront être diminués puis arrêtés ; d'autres devront être poursuivis longtemps.
L'objectif n'est donc ni de traiter systématiquement à vie ni d'arrêter systématiquement après quelques mois, mais de traiter aussi longtemps que l'état clinique le nécessite.
IV. Le médicament doit rendre la thérapie possible, pas la remplacer
1. L'objectif n'est pas d'abrutir le chien
« Je ne veux pas que mon chien soit abruti » est une inquiétude légitime. Elle peut même devenir un point d'accord avec le vétérinaire : ce n'est pas non plus l'objectif thérapeutique recherché.
Un traitement de fond correctement choisi vise à améliorer le fonctionnement de l'animal. Une sédation excessive, une perte d'interactions ou une diminution importante des activités habituelles doivent conduire à réévaluer le traitement et non être considérées comme la preuve de son efficacité.
Le propriétaire doit donc savoir ce que l'on souhaite améliorer, quels effets indésirables surveiller et quand recontacter le vétérinaire. Cette information participe directement au contrat thérapeutique.
2. Restaurer des capacités pour permettre les apprentissages
Le psychotrope ne doit pas être présenté comme une alternative à la thérapie comportementale. Dans de nombreuses situations, son intérêt est précisément de placer le chien dans un état émotionnel et cognitif lui permettant de bénéficier de celle-ci.
Un chien submergé par la peur ou incapable de réguler son niveau d'activation dispose de possibilités limitées pour produire de nouveaux apprentissages dans la situation qui le met en difficulté. Diminuer l'intensité du processus pathologique peut permettre de retrouver une fenêtre dans laquelle l'exposition progressive, les apprentissages et les modifications des interactions deviennent possibles.
L'efficacité clinique de stratégies associant pharmacothérapie et modification comportementale est notamment documentée dans les troubles liés à la séparation, avec des essais utilisant la fluoxétine conjointement à un programme de gestion comportementale [5].
3. Le propriétaire reste indispensable au traitement
L'acceptation du médicament ne doit donc pas conduire au message inverse : « le comprimé va régler le problème ».
Un médicament peut diminuer la peur, l'anxiété ou l'impulsivité ; il ne modifie pas à lui seul tous les apprentissages déjà réalisés, l'organisation de l'environnement ou les interactions quotidiennes avec le propriétaire. Ces dimensions doivent être travaillées parallèlement.
Le contrat thérapeutique peut ainsi être présenté simplement : le vétérinaire s'engage à proposer un traitement visant à restaurer les capacités d'adaptation du chien et à en surveiller l'efficacité et la tolérance ; le propriétaire s'engage à administrer le traitement mais également à mettre en œuvre les modifications comportementales et environnementales nécessaires.
V. Conclusion
Convaincre de l'intérêt d'un psychotrope consiste moins à défendre un médicament qu'à construire avec le propriétaire une compréhension partagée de l'affection et des objectifs du traitement. Le psychotrope devient alors un outil destiné à restaurer les capacités d'adaptation du chien et à rendre possible une prise en charge comportementale efficace.
Bibliographie
- MacLean EL, Snyder-Mackler N, vonHoldt BM, Serpell JA. Highly heritable and functionally relevant breed differences in dog behaviour. Proc Biol Sci. 2019;286(1912):20190716. doi:10.1098/rspb.2019.0716.
- Vermeire S, Audenaert K, De Meester R, et al. Neuro-imaging the serotonin 2A receptor as a valid biomarker for canine behavioural disorders. Res Vet Sci. 2011;91(3):465-472. doi:10.1016/j.rvsc.2010.09.021.
- Landsberg GM, Melese P, Sherman BL, Neilson JC, Zimmerman A, Clarke TP. Effectiveness of fluoxetine chewable tablets in the treatment of canine separation anxiety. J Vet Behav. 2008;3(1):12-19. doi:10.1016/j.jveb.2007.09.001.
- Irimajiri M, Dodman NH, Mertens PA, et al. The efficacy of fluoxetine for the treatment of canine compulsive disorder. J Vet Behav. 2009;4(2):73-80.
- Simpson BS, Landsberg GM, Reisner IR, et al. Effects of Reconcile (fluoxetine) chewable tablets plus behavior management for canine separation anxiety. Vet Ther. 2007;8(1):18-31.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Comment la traiter ?
Québec, Canada
Cardiomyopathie dilatée canine : quand le cœur se dilate, comment reprendre la main ? Partie 3
I. Introduction
La cardiomyopathie dilatée (CMD) canine est caractérisée par une dysfonction systolique ventriculaire, généralement associée à une dilatation progressive des chambres cardiaques et fréquemment compliquée d’arythmies. Une fois le diagnostic établi et les éventuelles causes sous-jacentes identifiées, la stratégie thérapeutique dépend avant tout du stade de la maladie [1]. Chez le chien préclinique, l’objectif est de retarder l’apparition de l’insuffisance cardiaque congestive (ICC) et de réduire le risque de mort subite. Lorsque l’ICC apparaît, la prise en charge devient multidimensionnelle : améliorer la contractilité et le débit cardiaque, contrôler la congestion, limiter l’activation neurohormonale et prise en charge des arythmies. Au stade réfractaire, le maintien d’un équilibre entre décongestion, perfusion, fonction rénale et qualité de vie devient l’enjeu principal.
II. Traitement selon le stade de la maladie
1. Stade préclinique avec dysfonction systolique (stade B2)
Chez le chien atteint de CMD préclinique avec dysfonction systolique (stade B2), le pimobendane constitue la pierre angulaire du traitement. Cet inodilatateur permet d’améliorer la contractilité tout en diminuant la charge cardiaque. Dans l’étude PROTECT [2], l’administration de pimobendane chez des Dobermans atteints de CMD préclinique a prolongé d’environ neuf mois le délai avant l’apparition d’une ICC ou la mort subite. Les données les plus solides concernent donc cette race, mais leur extrapolation à d’autres races ou formes de CMD est généralement acceptée. Parallèlement au traitement du phénotype cardiaque, toute cause potentiellement réversible doit évidemment être corrigée lorsqu’elle est identifiée.
2. Apparition de l’insuffisance cardiaque congestive (stade C)
L’apparition d’une ICC (stade C) modifie considérablement les objectifs thérapeutiques. Le chien atteint de CMD peut présenter non seulement une congestion pulmonaire ou systémique, mais également une diminution importante du débit cardiaque et des arythmies atriales ou ventriculaires. La prise en charge initiale d’une décompensation aiguë repose sur la réduction du stress, l’oxygénothérapie si nécessaire et l’administration parentérale de furosémide. Une thoracocentèse est indiquée lorsqu’un épanchement pleural significatif contribue à la détresse respiratoire. Le pimobendane est administré dès que possible et une arythmie ayant des conséquences hémodynamiques importantes doit être prise en charge simultanément. La pression artérielle, la fonction rénale et les électrolytes doivent être surveillés, particulièrement lorsque des doses élevées de diurétiques sont nécessaires.
3. Les diurétiques
Le furosémide demeure le diurétique de première intention pour le traitement de l’ICC. En situation aiguë, une dose initiale de 2 mg/kg IV ou IM peut être suivie de doses de 1 à 2 mg/kg toutes les une à deux heures, adaptées à la réponse clinique. Une perfusion continue peut être envisagée lors d’œdème pulmonaire sévère. Une fois le patient stabilisé, le traitement oral est ajusté afin d’utiliser la dose minimale permettant de maintenir le contrôle de la congestion. L’augmentation progressive des besoins en furosémide doit toutefois faire rechercher une résistance diurétique plutôt que conduire à une escalade indéfinie des doses.
Lorsque la réponse au furosémide devient insuffisante, il convient d’abord de vérifier l’observance, l’absorption du médicament et les apports alimentaires en sodium. Une augmentation de la fréquence d’administration peut être préférable à une simple augmentation de la dose. Le torsémide, environ 10 à 20 fois plus puissant que le furosémide, possède une biodisponibilité plus constante et une demi-vie plus longue et représente une alternative particulièrement intéressante lors d’ICC réfractaire. Un blocage séquentiel du néphron peut également être envisagé dans certains cas avancés, au prix d’une surveillance étroite de la fonction rénale, des électrolytes et de la pression artérielle.
4. Le syndrome de bas débit cardiaque
Chez le chien atteint de CMD sévère, il est cependant essentiel de ne pas attribuer toute décompensation à un simple excès de volume. Une hypotension, une faiblesse marquée ou d’autres signes d’hypoperfusion doivent faire envisager un syndrome de bas débit cardiaque. Une diurèse excessive, la vasodilatation et l’administration d’agents inotropes et chronotropes négatifs peuvent alors aggraver la situation. L’intensité du traitement doit être adaptée simultanément à la congestion, à la pression artérielle et à la perfusion. Chez certains patients hospitalisés présentant une dysfonction systolique sévère associée à un débit insuffisant, un support inotrope injectable, notamment par dobutamine, peut être nécessaire.
5. Blocage du système rénine-angiotensine-aldostérone
L’activation chronique du système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) contribue à la vasoconstriction, à la rétention sodique et au remodelage cardiaque. Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IECA), tels que l’énalapril et le bénazépril, diminuent la production d’angiotensine II et exercent notamment des effets vasodilatateurs et anti-remodelage. Leur utilisation nécessite une surveillance de la fonction rénale, du potassium et de la pression artérielle, particulièrement chez les patients recevant parallèlement des diurétiques. La spironolactone complète cette stratégie en bloquant les récepteurs minéralocorticoïdes. Son intérêt réside davantage dans ses effets anti-aldostérone et anti-remodelage que dans son faible effet diurétique. Des données spécifiques chez des Dobermans atteints d’ICC secondaire à une CMD soutiennent son utilisation dans cette population [3].
III. Prise en charge des arythmies
1. La fibrillation atriale
La prise en charge des arythmies constitue un autre élément central du traitement de la CMD. La fibrillation atriale (FA) et les arythmies ventriculaires nécessitent cependant des stratégies différentes. Lors de FA, l’objectif est généralement le contrôle de la fréquence ventriculaire (Pedro) plutôt que la restauration du rythme sinusal. L’évaluation avec Holter est particulièrement utile, la fréquence mesurée ponctuellement en consultation reflétant imparfaitement le contrôle obtenu sur 24 heures. Le diltiazem et la digoxine, souvent utilisés en association, permettent d’obtenir un meilleur contrôle de fréquence. La prudence est néanmoins nécessaire avec le diltiazem chez les chiens présentant une dysfonction systolique très sévère ou une hypotension en raison de son effet inotrope négatif et vasodilatateur. La digoxine possède quant à elle une marge thérapeutique étroite et nécessite un suivi approprié de sa concentration sérique.
2. Les arythmies ventriculaires : évaluation du risque
La présence de complexes ventriculaires prématurés (CVP) ne constitue pas, à elle seule, une indication à un traitement antiarythmique. Chez les Dobermans atteints de CMD, la dilatation ventriculaire gauche a été identifiée comme le principal facteur associé au risque de mort subite ; la présence de tachycardie ventriculaire, une concentration élevée de troponine I et une fréquence maximale des CVP >260 bpm constituaient également des marqueurs pronostiques importants [4]. La décision thérapeutique doit donc intégrer non seulement la charge arythmique, mais également la complexité et la rapidité des arythmies, la présence de tachycardie ventriculaire, les signes cliniques tels que syncope ou faiblesse, ainsi que la sévérité de la maladie myocardique. L’objectif est ainsi de traiter le risque arythmique, et non simplement un nombre de CVP sur un Holter.
3. Traitement des arythmies ventriculaires
Lors de tachycardie ventriculaire aiguë nécessitant une intervention, la lidocaïne IV représente généralement le traitement de première intention. La procainamide, l’esmolol ou l’amiodarone peuvent être envisagés selon la réponse et le contexte clinique. Pour la prise en charge chronique des arythmies ventriculaires, le sotalol, la mexilétine, souvent associée au sotalol, et dans certains cas l’amiodarone peuvent être utilisés. Le choix dépend du type et de la sévérité de l’arythmie, de la fonction myocardique ainsi que des comorbidités. L’efficacité du traitement doit idéalement être objectivée par un nouvel enregistrement Holter et mise en relation avec l’évolution clinique.
IV. Suivi
Le suivi fait partie intégrante du traitement. À domicile, la fréquence respiratoire au repos, l’apparition d’une toux ou d’une dyspnée, le poids, l’appétit et la tolérance à l’effort permettent de détecter une détérioration clinique. La fonction rénale, les électrolytes et la pression artérielle doivent être contrôlés régulièrement. Les radiographies thoraciques sont indiquées lorsqu’une récidive de congestion est suspectée, tandis que l’ECG et surtout le Holter permettent d’évaluer l’évolution des arythmies et leur réponse au traitement. L’échocardiographie est répétée selon l’évolution du patient et l’évaluation clinique.
V. Stade D : insuffisance cardiaque réfractaire
Au stade D, l’ICC devient réfractaire au traitement conventionnel et la marge thérapeutique se rétrécit. Le passage au torsémide, l’optimisation de la stratégie diurétique ou un blocage séquentiel du néphron peuvent permettre de restaurer la décongestion. À l’inverse, l’apparition d’une hypotension ou d’une azotémie peut imposer une réduction de certains traitements. Un support inotrope peut être nécessaire lors de décompensation associée à un bas débit. À ce stade, les décisions thérapeutiques doivent plus que jamais intégrer la qualité de vie et les objectifs établis avec les propriétaires.
VI. Conclusion
En conclusion, le traitement de la CMD canine ne consiste pas simplement à tenter d’améliorer les indices échocardiographiques de fonction systolique. Le pimobendane occupe une place centrale dès le stade préclinique avec dysfonction systolique. Après l’apparition de l’ICC, la prise en charge doit simultanément contrôler la congestion, maintenir un débit cardiaque adéquat, moduler l’activation neurohormonale et traiter les arythmies lorsqu’elles présentent un risque clinique significatif. À mesure que la maladie progresse, ces objectifs peuvent entrer en compétition : intensifier la diurèse peut compromettre la fonction rénale ou la perfusion, tandis que certains traitements antiarythmiques peuvent diminuer davantage la contractilité. Reprendre la main sur une CMD consiste donc avant tout à trouver, puis à réévaluer constamment, l’équilibre entre congestion, perfusion, rythme, fonction rénale et qualité de vie.
Bibliographie
- Wess G. Screening for dilated cardiomyopathy in dogs. J Vet Cardiol. 2022 ; 40 : 51-68.
- Summerfield NJ et coll. Efficacy of pimobendan in the prevention of congestive heart failure or sudden death in Doberman Pinschers with preclinical dilated cardiomyopathy (the PROTECT Study). J Vet Intern Med. 2012 ; 26 : 1337-49.
- Laskary A et coll. Prospective clinical trial evaluating spironolactone in Doberman pinschers with congestive heart failure due to dilated cardiomyopathy. J Vet Cardiol. 2022 ; 40 : 84-98.
- Pedro B et coll. Optimal rate control in dogs with atrial fibrillation-ORCA study-Multicenter prospective observational study: Prognostic impact and predictors of rate control. J Vet Intern Med. 2023 ; 37 : 887-99.
- Klüser L et coll. Predictors of Sudden Cardiac Death in Doberman Pinschers with Dilated Cardiomyopathy. J Vet Intern Med. 2016 ; 30 : 722-32.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Comment mettre en place le contrat thérapeutique
Narbonne, France
I. Introduction
Un plan de soins techniquement irréprochable, mais qui n'est pas partagé par le propriétaire, reste le plus souvent un plan de soins qui ne sera pas appliqué. Ce constat est particulièrement documenté en médecine comportementale, au point que l'on y parle volontiers de « contrat thérapeutique » tant l'adhésion du propriétaire conditionne le résultat clinique. Mais il n'est pas spécifique à cette discipline : il est tout aussi vrai devant une dermatite atopique nécessitant un régime d'éviction ou une immunothérapie allergénique au long cours, devant une entéropathie chronique exigeant une rigueur alimentaire durable, ou devant toute affection chronique comme un diabète dont le succès thérapeutique repose avant tout sur l'observance quotidienne du propriétaire, bien plus que sur le seul geste du praticien.
Toutes disciplines confondues, l'observance thérapeutique dépend davantage de la qualité de la relation vétérinaire-client que de la seule exactitude du diagnostic : une approche centrée sur la relation, associant collaboration et clarté des recommandations, est associée à une meilleure adhésion du propriétaire, qu'il s'agisse d'un soin dentaire, d'un geste chirurgical ou, par extension, de toute prescription au long cours [1]. Or les études de terrain montrent que la communication vétérinaire reste encore aujourd'hui majoritairement organisée sur un mode directif, où l'agenda de la consultation est fixé par le praticien et où les préoccupations du client sont peu sollicitées, quelle que soit la discipline concernée [2].
C'est en médecine du comportement que cette problématique a été le plus formalisée. Elle sert ici de fil conducteur pour illustrer une méthode en deux temps, volontairement transposable à l'ensemble des disciplines vétérinaires.
II. Le motif de consultation n'est pas la demande
Le premier réflexe du consensus consiste à distinguer deux niveaux de discours. Le motif de consultation est ce que le propriétaire énonce explicitement : « il aboie », « il tire en laisse » en comportement ; « il se gratte sans arrêt » en dermatologie ; « il vomit après chaque repas » en gastro-entérologie. Quelle que soit la discipline, la demande, elle, est ce qui se cache derrière ce motif : une attente en matière de qualité de vie du foyer, de bien-être de l'animal, de sécurité, de dynamique du groupe familial ou de contraintes de mise en œuvre au quotidien. Le motif n'est que la partie émergée d'un iceberg dont la masse immergée, bien plus volumineuse, conditionne en réalité la réussite du plan de soins.

Figure 1 : Le motif de consultation, partie émergée d'une demande plus large.
Faire des constats et se mettre d'accord sur l'ensemble de ces objectifs, avant même d'évoquer les modalités thérapeutiques, constitue le socle de l'alliance. Cela suppose de repérer les attentes du propriétaire tout en lui exposant, en miroir, le point de vue clinique du praticien.
III. Étape 1 — évaluer la demande cachée derrière le motif de consultation
Construire l'alliance commence par une écoute active, structurée en quatre temps.
1. Écouter avant d'orienter
Il s'agit de solliciter explicitement les préoccupations du propriétaire dès l'ouverture de la consultation, par des questions ouvertes, plutôt que d'enchaîner directement sur l'anamnèse dirigée ou l'examen clinique. Une préoccupation non recueillie en début d'entretien a toutes les chances de ressurgir en fin de consultation, dans de moins bonnes conditions pour la négocier [2].
2. Repérer les attentes implicites
Au-delà du symptôme cité, il convient d'identifier ce qui touche réellement à la qualité de vie du foyer : l'impact sur les activités quotidiennes, sur la vie sociale, sur la cohabitation avec les autres membres du foyer, humains ou animaux — et, très concrètement, ce que le propriétaire est en mesure de mettre en œuvre chaque jour.
3. Interroger les sources déjà consultées
À ces éléments s'ajoute une donnée que la génération précédente de praticiens ne rencontrait pas dans ces proportions : la quasi-totalité des propriétaires arrivent aujourd'hui en consultation après avoir déjà cherché de l'information sur internet, et une part croissante après avoir interrogé une intelligence artificielle générative. Cette information est de qualité très hétérogène : certains éléments relèvent de la désinformation pure, d'autres sont exacts mais partiels, ou exacts mais non transposables à la situation clinique réelle de l'animal — un protocole pertinent en théorie mais incompatible avec le pronostic, les ressources du foyer ou les traitements déjà en cours. Cette recherche préalable ne déplace pas la confiance accordée au vétérinaire, qui reste la source la plus fiable aux yeux des propriétaires, mais elle mérite d'être explicitement recueillie et discutée en consultation plutôt qu'ignorée ou disqualifiée d'emblée [3]. Demander simplement ce que le propriétaire a déjà lu ou envisagé fait ainsi partie intégrante de l'évaluation de la demande cachée : cela permet de désamorcer une fausse croyance avant qu'elle ne devienne un obstacle à l'adhésion, ou au contraire de s'appuyer sur une information juste que le propriétaire a trouvée pour construire le contrat thérapeutique avec lui plutôt que contre ce qu'il a déjà en tête.
4. Expliquer notre point de vue
La lecture clinique du praticien — diagnostic présomptif, éléments de pronostic — doit être partagée en miroir de la demande du propriétaire et de ce qu'il a déjà pu lire ou entendre, afin de construire un langage commun avant d'entrer dans la phase de négociation.
Quelques questions ouvertes permettent d'objectiver cette demande cachée : qu'est-ce qui, dans la situation de l'animal, pèse le plus au quotidien pour le foyer ? Qu'attend concrètement le propriétaire de cette consultation ? Qu'a-t-il déjà lu, cherché ou essayé de son côté ? Qu'est-ce qui changerait si le problème disparaissait ?
IV. Étape 2 — négocier autour de la demande, compte tenu du pronostic
Une fois la demande réelle identifiée, elle doit être confrontée au pronostic clinique. Cette négociation vise un objectif commun, atteignable et mesurable — non un compromis flou où chacun repart avec le sentiment de ne pas avoir été entendu.
Trois éléments doivent être mis en regard :
- l'attente du propriétaire, telle qu'elle vient d'être explicitée ;
- le pronostic clinique, qui dépend de l'état de l'animal, de l'ancienneté du trouble — comportemental, dermatologique, digestif ou autre —, des ressources du foyer et de l'expérience du praticien ;
- et enfin l'objectif négocié, formulé avec des critères de réussite explicites et un horizon de temps réaliste. C'est ce dernier point, et lui seul, qui pourra servir de fondement au contrat thérapeutique.
V. Convaincre : trouver le plus petit dénominateur commun
Convaincre ne signifie pas imposer. Un style de communication directif, dans lequel le praticien conserve la main sur l'agenda de la consultation et sollicite peu l'avis du client, expose à un risque d'adhésion faible et de non-retour en consultation [2]. À l'inverse, un style plus collaboratif — préoccupations du client recueillies dès l'ouverture, pronostic expliqué et discuté plutôt que simplement énoncé, avis du foyer nourrissant directement le plan de soins — favorise significativement l'adhésion et la mise en œuvre effective des recommandations, quel que soit le domaine médical concerné [1,2].
Convaincre, dans cette approche, revient donc à identifier le plus petit dénominateur commun : la portion de la demande du propriétaire qui est à la fois clairement énoncée, cliniquement fondée et concrètement réalisable compte tenu du pronostic. C'est cette intersection, et elle seule, qui doit être formalisée dans le contrat thérapeutique.
VI. Mettre en place le changement : l'entretien motivationnel
Une fois l'objectif négocié, encore faut-il accompagner sa mise en œuvre dans la durée. L'entretien motivationnel est une méthode de communication centrée sur le client, initialement développée en médecine humaine des addictions et transposée avec succès à la pratique vétérinaire pour renforcer la motivation propre du propriétaire à changer, plutôt que de la lui imposer de l'extérieur. Sa portée dépasse largement la médecine du comportement : une courte formation à cette méthode suffit à modifier durablement le style de communication des vétérinaires, y compris en dehors de tout contexte comportemental [4]. En dermatologie comme en gastro-entérologie, par exemple, l'adhésion des propriétaires à un régime d'éviction alimentaire dépend moins de la rigueur théorique du protocole prescrit que de la manière dont il a été négocié et rendu concrètement réalisable au quotidien pour le foyer [5].
Quatre techniques, résumées par l'acronyme OARS, en structurent la pratique au quotidien (Figure 2) : les questions Ouvertes, qui explorent les représentations et priorités du propriétaire ; la valorisation (Affirmer), qui reconnaît les efforts déjà engagés, même partiels ; l'écoute Réflective, qui reformule pour montrer une compréhension fine de la situation vécue par le foyer ; et la Synthèse, qui résume régulièrement pour ancrer les engagements pris ensemble.

Figure 2
VII. Conclusion
Construire un contrat thérapeutique ne se limite pas à formuler une ordonnance comportementale, dermatologique, digestive ou autre. C'est un processus en cinq temps — accueillir, évaluer, négocier, convenir, engager — qui part du motif énoncé pour aboutir à un engagement partagé et durable, quelle que soit la discipline vétérinaire concernée. Différencier motif et demande, recueillir ce que le propriétaire a déjà cherché ou lu, négocier un objectif réaliste compte tenu du pronostic, et accompagner sa mise en œuvre par une communication de type entretien motivationnel : telles sont les clés d'une alliance thérapeutique réussie, condition de l'adhésion du propriétaire et, in fine, du bien-être de l'animal — que la consultation initiale ait pour motif un aboiement, un prurit ou une diarrhée chronique.
Bibliographie
- Kanji N et coll. Effect of veterinarian-client-patient interactions on client adherence to dentistry and surgery recommendations in companion-animal practice. J Am Vet Med Assoc. 2012 ; 240 : 427-436. doi:10.2460/javma.240.4.427
- Bard AM et coll. The future of veterinary communication : partnership or persuasion ? A qualitative investigation of veterinary communication in the pursuit of client behaviour change. PLoS ONE. 2017 ; 12 : e0171380. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0171380
- Springer S et coll. Does “Dr. Google” improve discussion and decisions in small animal practice ? Dog and cat owners' use of internet resources to find medical information about their pets in three European countries. Front Vet Sci. 2024 ; 11 : 1417927. https://doi.org/10.3389/fvets.2024.1417927
- Bard AM et coll. Veterinary communication can influence farmer Change Talk and can be modified following brief Motivational Interviewing training. PLoS ONE. 2022 ; 17 : e0265586. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0265586
- Painter MR et coll. Use of the Health Belief Model to identify factors associated with owner adherence to elimination diet trial recommendations in dogs. J Am Vet Med Assoc. 2019 ; 255 : 446-453. doi:10.2460/javma.255.4.446
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Comment poursuivre la vaccination pédiatrique ?
Lyon, France
I. Introduction
Moment clé dans la vie du chien et du chat, elle permet de clore la période pédiatrique et de préparer la période du jeune adulte. C'est également une évolution dans la relation entre l'équipe soignante et le propriétaire, car souvent, le protocole de vaccination pédiatrique est vécu comme « obligatoire », et que les propositions de soins préventifs seront désormais considérées comme facultatives. Le GEMP a publié des recommandations françaises concernant la consultation pubertaire et la prise en charge de la vaccination notamment.
II. Les protocoles de vaccination pédiatrique
Les protocoles recommandés qui seront abordés sont ceux du groupe de recommandations de vaccination de la WSAVA
1. Immunité du jeune chiot et chaton
Le chiot et le chaton naissent immunocompétent. C'est-à-dire qu'ils sont capables de réagir face à un agent agresseur et de construire une réponse immunitaire adaptative, dirigée spécifiquement contre cet agent. En revanche, le système immunitaire à la naissance est considéré comme « naïf », c'est-à-dire qu'il va développer une réponse immunitaire globalement plus lente et d'une efficacité plus modérée que celle qu'il sera capable de mettre en place à l'âge adulte.
Cette période de fin de développement du système immunitaire du jeune se déroule globalement pendant les six premiers mois de vie de l'animal et couvre donc la période pédiatrique.
La gestation de la chatte et de la chienne présentent une placentation endotéliochoriale, ce qui signifie d'un point de vue fonctionnel que seuls 10 à 15 % des anticorps maternels de la mère peuvent franchir cette barrière et protéger le jeune dès la naissance. Par conséquent, la prise de colostrum est très importante pour transférer le maximum d'anticorps maternels aux jeunes pour qu'ils puissent globalement être mieux protégés pendant cette période de maturation de la réponse immunitaire. Ainsi, environ 85 % des anticorps maternels passent par voie colostrale, et le transfert de ces anticorps dépend de très nombreux facteurs : l'immunité propre de la femelle gestante, le nombre de petits dans la portée, la mamelle à laquelle le petit va téter, le délai entre la naissance et la première tétée, etc. Il est donc quasiment impossible dans le contexte actuel de prévoir facilement le transfert d'immunité maternelle, et de pouvoir en gérer les conséquences.
En effet, les anticorps d'origine maternelle ont globalement une action positive et une action néfaste pour le jeune. Pendant la période pendant laquelle sa réponse immunitaire n'est pas optimale, ces anticorps d'origine maternelle permettent de lutter contre les infections notamment juvéniles, et d'éviter que le jeune n'en meure. C'est le cas notamment de la gestion de la parvovirose du chien et du chat, en période pédiatrique. Néanmoins, ces anticorps d'origine maternelle vont inhiber les vaccins, s'ils sont présents en trop grande concentration à ce moment. C'est une période appelée critique pour le chiot et le chaton, pendant laquelle les anticorps d'origine maternelle ne protègent plus le jeune, et empêche le vaccin de stimuler correctement l'immunité propre.
2. Vaccins réplicatifs et vaccins non réplicatifs
Concernant la sensibilité aux anticorps d'origine maternelle, celle-ci diffère si l'antigène vaccinal est réplicatif ou non réplicatif. Un antigène réplicatif est un agent vaccinal qui va se multiplier et disséminer dans l'organisme après avoir été injecté. Donc concrètement, la quantité d'antigènes va augmenter après l'injection, et généralement persister plus longtemps dans l'organisme pour stimuler une réponse immunitaire sur une période plus longue. Cette stimulation s'apparente à une stimulation effectuée par un antigène sauvage, par exemple un virus rencontré dans l'environnement. La qualité de cette réponse immunitaire vaccinale est généralement longue, de bonne qualité, et persistante plusieurs années.
Chez le chien, les vaccins contre la maladie de Carré (D), l'hépatite de Rubarth (A2) et la parvovirose (P) sont tous réplicatifs. Chez le chat, les vaccins contre la panleucopénie infectieuse féline = typhus = parvovirose (P), la calicivirose féline (C), et la rhinotrachéite infectieuse féline (R), sont tous réplicatifs, à l'exception de la valence C des vaccins de la gamme Purevax®. Les vaccins réplicatifs sont globalement sensibles à la présence d'anticorps d'origine maternelle et peuvent être inhibés potentiellement.
À l'inverse, un antigène vaccinal non réplicatif ne va pas se multiplier ni se disséminer à partir du site d'injection. Les injections vaccinales vont induire une inflammation, et les antigènes seront pris en charge par des cellules présentatrices d'antigènes (notamment les cellules dendritiques) et seront conduits aux nœuds lymphatiques drainants, lieu d'initiation de la réponse immunitaire vaccinale. La quantité d'antigène est donc fixe et celle présente dans le flacon et ces antigènes ne persistent pas longtemps dans l'organisme. Pour déclencher une réponse immunitaire efficace, ces vaccins sont généralement adjuvés, ou bien vectorisés. Ils sont moins sensibles à l'immunité d'origine maternelle.
Les valences leptospirose chez le chien et FeLV chez le chat, ainsi que la rage chez les deux espèces, sont systématiquement des vaccins non réplicatifs.
3. Protocole de vaccination pédiatrique
Les protocoles de vaccination dépendront donc de la propriété de réplication ou non, notamment pour les valences essentielles et le FeLV.
Ainsi le protocole de vaccination est le suivant : à partir de 7-8 semaines d'âge, vacciner toutes les 4 semaines avec un vaccin DA2P chez le chiot et RCP chez le chaton jusqu'à 16 semaines révolues, et pour les valences FeLV et Leptospirose, en fonction du risque épidémiologique, commencer la vaccination à 8 ou 12 semaines et réaliser 2 injections espacées de 3 à 5 semaines, la 2e injection devant impérativement avoir lieu après 12 semaines d'âge.
III. Vaccination pendant la consultation pubertaire
Le protocole de vaccination décrit ci-dessus permet de couvrir une part très importante de la population de chiens et de chats vaccinés, mais ce protocole peut être amélioré en termes de pourcentage de protection de la population vaccinée.
1. Protection de la population vaccinée
L'objectif principal de la vaccination est de protéger une population contre une maladie induite par un agent pathogène, notamment en réduisant la circulation de cet agent pathogène, et les conséquences de l'infection de l'organisme.
Si on considère les éléments du protocole de vaccination pédiatrique un à un, le nombre d'injections à 2 puis 3 concernant les valences réplicatives repose sur une augmentation du pourcentage de population protégée. En effet les anticorps d'origine maternelle diminuent avec le temps et classiquement pour la très grande majorité des individus, la vaccination à 8 semaines, et/ou celle à 12 semaines d'âge permettent d'induire une protection efficace (de longue durée). Pourtant quelques individus présentent une persistance de ces anticorps et donc ne répondent pas à la vaccination à 12 semaines. Ainsi, le protocole de vaccination pédiatrique a été augmenté d'une injection à 16 semaines d'âge.
Concernant les anticorps d'origine maternelle, leur persistance est multifactorielle, et leur suivi nécessite des prises de sang et analyses qui, s'il est souhaitable que cela se développe dans un futur proche, ne sont pas couramment disponibles ni mises en œuvre en France. Par ailleurs, des cas de parvovirose canine et féline (la principale infection juvénile ciblée par la vaccination) sont régulièrement décrits chez des individus d'environ 6 à 8 mois d'âge et qui peuvent en mourir. De même, des descriptions de persistance des anticorps ont été effectuées chez des animaux aux alentours de 20 semaines d'âge (5 mois). Par conséquent, un très faible pourcentage des chiots et des chatons peut ne pas être protégé correctement contre la parvovirose canine ou féline avec la vaccination pédiatrique.
Dans une optique de protection d'un maximum des animaux qui peuvent l'être par la vaccination, la WSAVA propose dans ces recommandations de terminer le protocole de vaccination des chiens et des chats concernant les valences sensibles à la présence potentielle d'anticorps d'origine maternelle à 26 semaines d'âge (6 mois) plutôt que d'attendre les 52 semaines (1 an), et de laisser un risque infectieux dont les conséquences peuvent être la mort du chiot ou du chaton et la dissémination d'une grande quantité de virus dans l'environnement se produire.
2. Protocole de vaccination à réaliser lors de la consultation pubertaire
La consultation pubertaire permet donc d'envisager de terminer les protocoles de vaccination concernant les valences vaccinales réplicatives du chien et du chat. Il se trouve que ces valences réplicatives correspondent en très grande majorité aux valences essentielles du chien (D, A2, P), et du chat (R, C, P). Seule la leptospirose canine qui fait partie des valences essentielles est une valence non réplicative qui ne nécessite donc pas d'injection avant 1 an après la 2e injection d'induction vaccinale.
Lors de la consultation pubertaire, dont la date devra être définie en fonction d'autres paramètres (notamment la taille et la race chez le chien), les vaccinations essentielles du chat et, à l'exception de la leptospirose, les vaccinations essentielles du chien pourront être effectuées avec une injection, et ce quel que soit l'historique vaccinal du chien ou du chat au regard de ces valences. L'immunité alors mise en place sera efficace et permettra de protéger l'animal directement pendant 3 ans minimum.
Il est important de noter toutefois que la vaccination contre la parvovirose, l'hépatite infectieuse canine, la maladie de Carré et la panleucopénie infectieuse féline induisent une protection contre l'infection, alors que celle contre la calicivirose et la rhinotrachéite infectieuse féline n'induit qu'une protection contre les symptômes. Ainsi, il sera important de veiller à ce que l'induction contre ces deux maladies ait eu lieu en au moins 2 injections, pour garantir une intensité de réponse immunitaire optimale, et dans les rares cas d'épizootie à calicivirus ou herpèsvirus, ou dans une collectivité dont le risque infectieux est inconnu ou non maitrisé, une vaccination plus rapprochée pourra être mise en place. Dans tous les autres cas, et pour toutes les valences incluant R et C chez le chat notamment ayant un accès à l'extérieur, une vaccination tous les trois ans sera suffisante pour protéger correctement l'animal.
Concernant la leptospirose et le FeLV, qui ne sont pas soumis à un fort impact lié à la présence d'anticorps d'origine maternelle, aucune vaccination n'est nécessaire lors de la consultation pubertaire, excepté les cas où l'animal n'aurait pas été vacciné pendant la période pédiatrique, auquel cas un protocole d'induction classique en 2 injections espacées de 3 à 5 semaines d'intervalle devra être initié.

Figure 1

Figure 2
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Comment trouver un consensus au sein de l'équipe ?
Deuil La Barre France
La médecine vétérinaire se doit d'être factuelle, fondée sur les preuves : le consensus scientifique est alors un outil puissant pour la profession. Mais lorsque ce consensus n'existe pas, la diversité des modes d'exercice, des cultures de soin, des tailles de structure et des sensibilités médicales ou économiques prend d'autant plus de place dans la décision. L'enjeu n'est pas de trancher à la place de la science, mais de distinguer, au sein de sa propre structure, ce qui doit rester commun, ce qui peut rester flexible, et ce qui doit relever de l'indépendance de chacun.
Deux consensus cliniques, à ne pas confondre
Consensus de confort : une habitude jamais réinterrogée, transmise sans esprit critique, qui se fige en dogme.
Consensus de posture : une ligne de conduite explicite, construite à partir de la meilleure preuve disponible au moment T, assumée collectivement, et volontairement révisable dès qu'une donnée nouvelle apparaît. C’est ce second consensus qui mérite d'être recherché.
1. Pourquoi un consensus dans la structure, quand il n'y en a pas dans la profession ?
Le praticien ne peut pas suspendre sa décision en attendant que la science tranche : chaque consultation exige un choix, ici et maintenant, pour un animal donné. D'où un paradoxe apparent — comment revendiquer une cohérence de pratique, un « consensus clinique », alors que la médecine, en amont, ne s'accorde pas ? La réponse tient à une distinction essentielle, trop souvent confondue : le consensus scientifique porte sur une vérité biologique ; le consensus clinique porte sur une conduite à tenir opérationnelle, assumée et révisable.
Le consensus clinique vient alors remplir plusieurs fonctions
Celle de sécurité et de qualité des soins : il uniformise les conduites à tenir sur les situations à haut enjeu, renforce la formation des équipes et facilite la transmission des bonnes pratiques.
Il contribue à la cohésion interne, en évitant que chacun fonctionne selon ses propres habitudes ; il optimise l'organisation et limite les injonctions contradictoires et les tensions entre collègues.
Il joue enfin un rôle majeur dans la relation avec le client : un message commun améliore la lisibilité, la confiance et la crédibilité de l'équipe.
À l'inverse, l'absence de cadre partagé a un coût réel : pratiques hétérogènes, messages divergents, difficulté à former et à déléguer, conflits internes, fragilité managériale, perte de productivité, et parfois risque médical ou réputationnel.
2. Faut-il un consensus pour tout ?
Rechercher un consensus sur tout serait pourtant une erreur. Trois niveaux doivent être distingués.
Consensuel : la vision et les valeurs de la structure, qui guident et garantissent les décisions quotidiennes ; au-delà, les principes de sécurité, les protocoles de tri ou d'orientation, et les conduites à tenir dans les situations à risque ou à suivi chronique — autant de sujets à risque managérial, médical ou réputationnel, qui doivent être communs à toute l'équipe.
Flexible : certains choix thérapeutiques, notamment dans les zones d'incertitude médicale.
Indépendant : le jugement individuel, l'adaptation au contexte du patient, l'évaluation bénéfice/risque, la discussion argumentée.
Le véritable enjeu n'est donc pas d'opposer consensus et autonomie, mais de trouver un équilibre entre cohérence collective et liberté de jugement.
3. Ne pas maquiller le désaccord
Lorsque le consensus scientifique ou professionnel n'existe pas, il ne faut pas faire semblant : mieux vaut assumer le désaccord que le masquer sous une fausse unanimité. L'enjeu se déplace alors : à défaut d'un consensus médical, viser au moins un consensus organisationnel, pour préserver la fluidité du parcours patient, la cohérence de l'équipe, la transparence vis-à-vis du client, et la liberté professionnelle dans un cadre défini. Le rôle du manager ou du leader devient alors central : clarifier, arbitrer si nécessaire, documenter la décision.
4. Animer la réflexion en équipe
Comme au départ, il faut d'abord expliquer à l'équipe pourquoi le sujet compte, puis décider ensemble de ce qui doit rester commun et de ce qui peut rester flexible. Le plus délicat reste d'animer la réflexion quand un sujet doit être commun, sans qu'aucun accord n'existe au départ :
Poser le cadre : rappeler que l'équipe doit aboutir à une ligne commune, fondée sur les données scientifiques disponibles à ce jour.
Écouter : recueillir les arguments de chacun, sans présumer d'emblée qui « a raison ».
Chercher un compromis cohérent : avec les valeurs et la vision de la clinique en reprenant l’objectif initial recherché
Trancher si nécessaire: c'est le rôle du manager, annoncé clairement dès le départ.
Suivre malgré le désaccord : la règle énoncée en amont s'applique à tous, y compris à ceux qui restent en désaccord.
Rester agile : suivre l'impact de la décision et la réviser dès que de nouvelles données apparaissent.
Conclusion
Le consensus ne signifie pas l'unanimité, mais un socle partagé, assumé et révisable. Il est illusoire de croire que tout fera consensus dans une profession aussi variée ; il est en revanche indispensable d'identifier ce qui doit être partagé, de rendre le désaccord explicite, et de construire malgré tout une manière cohérente d'agir — un outil de gouvernance au service de la qualité des soins, de l'indépendance clinique et de la responsabilité collective.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Comparaison de l'efficacité et de l'intérêt de molécules orexigènes (mirtazapine, capromoréline) sur l'ingéré alimentaire des chats adultes en hospitalisation présentant à minima de la dysorexie.
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Comprendre les infections du site opératoire : fréquence, enjeux et rôle essentiel de l'asepsie
Bouc Bel Air France
Comprendre les infections du site opératoire en orthopédie : fréquence, gravité des conséquences, importance de l'asepsie
L'infection du site opératoire (ISO) est l'une des complications principales en chirurgie orthopédique vétérinaire. Contrairement à une chirurgie des tissus mous, un site orthopédique implique généralement l’utilisation d'un implant métallique, un os potentiellement dévitalisé au contact du foyer de fracture et une vascularisation locale fragilisée par le geste chirurgical lui-même. Ces trois éléments transforment une contamination bactérienne, banale en apparence, en une complication potentiellement lourde : ostéomyélite, retard ou absence de consolidation, retrait d'implant, voire perte de fonction du membre.
L'objectif de cette présentation est triple : rappeler ce que recouvre réellement le terme d'ISO et à quelle fréquence elle survient en orthopédie canine et féline, mesurer la gravité de ses conséquences cliniques, fonctionnelles et économiques, puis démontrer pourquoi l'asepsie chirurgicale reste le levier de prévention le plus déterminant, sans se reposer exclusivement sur l’antibioprophylaxie.
Fréquence des infections du site opératoire en orthopédie
Définir l'ISO avant de la mesurer
Les classifications utilisées en médecine vétérinaire s'inspirent de la chirurgie humaine, distinguant l'infection superficielle (peau, tissu sous-cutané), l'infection profonde (fascia, muscle) et l'infection de l'organe ou de l'espace concerné — en orthopédie, l'os et l'articulation. Une infection est définie comme reliée au geste chirurgical lorsqu'elle survient dans les 30 jours suivant l'intervention, ou dans l'année qui suit lorsqu'un implant a été mis en place, ce qui est presque toujours le cas en chirurgie orthopédique. Cette fenêtre longue explique en partie pourquoi les taux d'ISO orthopédiques rapportés dans la littérature varient autant selon la durée de suivi retenue par les études.
Des taux globaux à l'échelle de la chirurgie propre
En chirurgie des animaux de compagnie, l'incidence globale des ISO toutes disciplines confondues se situe le plus souvent entre 2,8 % et 5,5 % pour les procédures propres chez le chien, avec des extrêmes rapportés jusqu'à 18 % selon le type de geste et sa classification (propre, propre-contaminée, contaminée, sale). Une étude multicentrique européenne portant sur près de 1 550 chiens opérés en chirurgie propre a mis en évidence un taux d'ISO de 5,0 % pour les procédures orthopédiques et neurochirurgicales, contre 5,7 % pour la chirurgie de tissus mous — des taux comparables, ce qui invite à ne pas sous-estimer le risque orthopédique sous prétexte qu'il s'agit d'une chirurgie propre par excellence.
Le risque peut augmenter avec la classification de la procédure (fractures ouvertes par exemple) et avec certains gestes spécifiques comme la TPLO. Selon les études, le taux d'ISO varie de 3 % à plus de 18 %, et une étude portant sur plus de 650 TPLO rapporte un taux d’infection de 11 % avec une proportion notable de Staphylococcus pseudintermedius résistant à la méticilline (SARM/SPRM) mis en évidence.
Facteurs de risque à connaître
Plusieurs facteurs ressortent de façon récurrente dans les études de cohorte :
Durée de l'intervention et de l'anesthésie : chaque heure supplémentaire augmente significativement le risque, un effet retrouvé de façon indépendante dans plusieurs études indépendamment du type de chirurgie ;
Poids et le gabarit de l'animal, ainsi que certaines prédispositions raciales — par exemple le Berger Allemand est associé à un risque majoré de retrait d'implant après TPLO ;
Sexe (le mâle ressort comme facteur de risque dans plusieurs cohortes portant sur la chirurgie du genou) ;
Hypothermie peropératoire et les comorbidités endocriniennes (hyperadrénocorticisme, hypothyroïdie) ;
Présence d'une pyodermite ou d'une dermatose non contrôlée au moment de la chirurgie ;
Mise en place d'un implant, qui offre à la fois un corps étranger propice au biofilm bactérien et une surface durable de colonisation.
Ces facteurs sont utiles à deux titres : ils permettent d'informer le propriétaire du niveau de risque réel avant l'intervention, et ils orientent les mesures de prévention à renforcer au cas par cas (raccourcir le temps opératoire par une bonne préparation, prévenir l'hypothermie, traiter une pyodermite avant un geste électif).
Gravité des conséquences
Conséquences cliniques et fonctionnelles
La proximité immédiate entre l'implant, l'os et le site infecté explique la sévérité potentielle des ISO orthopédiques. Une infection superficielle, gérable par des soins locaux et une antibiothérapie ciblée, peut évoluer vers une infection profonde touchant le foyer osseux : ostéomyélite chronique, retard de consolidation, voire pseudarthrose. La formation d'un biofilm bactérien à la surface de l'implant complique la prise en charge : le biofilm protège les bactéries de l'action des antibiotiques et du système immunitaire, rendant l'éradication de l'infection très difficile tant que l'implant reste en place.
Dans les infections profondes après TPLO, le retrait de l'implant est nécessaire dans une proportion non négligeable des cas — de l'ordre de 3 % de l'ensemble des TPLO réalisées dans une large série rétrospective — et intervient parfois plusieurs mois, voire plusieurs années après la chirurgie initiale. Ce retrait n'est pas un geste anodin : il impose une nouvelle anesthésie générale, un nouveau temps chirurgical, et expose au risque de déstabilisation du montage si la consolidation osseuse n'est pas acquise, ou un traitement antibiotique de long terme pour attendre la consolidation osseuse et le retrait d’implant.
Conséquences économiques et relationnelles
Une ISO orthopédique alourdit systématiquement le parcours de soin : consultations de suivi supplémentaires, examens complémentaires (bactériologie, imagerie), antibiothérapie prolongée souvent guidée par un antibiogramme, hospitalisations récurrentes, et parfois reprise chirurgicale. Ce surcoût pèse sur le propriétaire mais aussi sur le vétérinaire qui ne facture généralement pas à sa juste valeur ce suivi complémentaire, et sur la relation de confiance avec l'équipe soignante, une complication postopératoire étant souvent vécue comme un échec de la prise en charge alors qu'elle peut survenir malgré une technique chirurgicale irréprochable.
Un enjeu de santé publique : l'antibiorésistance
La prise en charge des ISO orthopédiques repose fréquemment sur une antibiothérapie prolongée, parfois répétée, ce qui favorise la sélection de souches résistantes. La fréquence rapportée de Staphylococcus pseudintermedius résistant à la méticilline dans les infections profondes après TPLO illustre ce phénomène. Cet enjeu dépasse le seul patient : la lutte contre l'antibiorésistance impose de raisonner la prévention de l'ISO comme un objectif prioritaire, plutôt que de compter sur l'antibiothérapie curative pour rattraper un défaut d'asepsie.
L'asepsie, premier rempart contre l'ISO
Mieux vaut ne pas introduire de microbes dans la plaie que chercher ensuite à les combattre. Aucune mesure de prévention, prise isolément, n'est efficace à 100 % — une paire de gants stériles peut se perforer, un cycle de stérilisation peut être défaillant. C'est la superposition de l’ensemble des mesures, à chaque étape du parcours du patient et de l'équipe, qui réduit réellement le risque.
Maîtrise du risque lié à l'environnement et au matériel
Classification du risque infectieux des dispositifs (critique, semi-critique, non critique) et choix du mode de stérilisation adapté à chaque catégorie ;
Contrôle systématique des indicateurs de stérilisation et traçabilité des cycles ;
Organisation du bloc opératoire limitant les flux de personnes et de matériel pendant l'intervention (facteur de contamination aéroportée souvent sous-estimé) ;
Limitation des sources de contamination manuportée, notamment téléphones et tablettes en salle opératoire (identifié comme un vecteur de contamination croisée pour lequel les protocoles d'hygiène restent encore peu formalisés).
Préparation de l'animal
Tonte large réalisée en dehors du bloc, la plus proche possible de l'heure d'intervention pour limiter la recolonisation cutanée et en évitant strictement les microlésions cutanées lors de la tonte ;
Antisepsie cutanée en plusieurs temps avec un antiseptique adapté (la chlorhexidine semble supérieure à la povidone) : détersion au savon antiseptique pour lavage des souillures et réduction de la charge bactérienne, puis antisepsie centrifuge avec temps de pose de plusieurs minutes, trempage des espaces difficiles comme les doigts ;
Traitement préalable de toute pyodermite ou dermatose active avant un geste orthopédique électif ;
Prévention active de l'hypothermie peropératoire, facteur de risque bien documenté.
Préparation et comportement de l'équipe chirurgicale
Lavage des mains et friction hydro-alcoolique, cette dernière étant au moins aussi efficace et mieux tolérée par la peau à long terme que le lavage chirurgical des mains ;
Port rigoureux de la tenue de bloc, de la casaque et de gants stériles, avec changement de gants en cas de doute sur leur intégrité ou après un temps contaminé, doublage des gants en orthopédie ;
Discipline du bloc opératoire : limitation des déplacements, du bruit et des conversations, qui altèrent la concentration de l'équipe et l'observance des règles d'asepsie ;
Réduction du temps opératoire par une préparation en amont (planification, disponibilité du matériel), sachant que la durée de l'intervention est le facteur de risque le plus constamment retrouvé dans les études.
La place de l'antibioprophylaxie
L'antibioprophylaxie périopératoire ne doit pas être perçue comme un substitut à l'asepsie. Plusieurs études récentes en chirurgie propre, y compris orthopédique, ne montrent pas de bénéfice net de l'antibioprophylaxie prolongée lorsque les mesures d'asepsie sont correctement appliquées, et n'identifient pas la chirurgie orthopédique avec implant comme devant être systématiquement considérée à haut risque justifiant une antibioprophylaxie prolongée. La rigueur d'asepsie prime sur la prescription antibiotique, qui reste un complément et non une compensation.
Conclusion
Les infections du site opératoire en orthopédie sont d'un ordre de grandeur comparable à celui de la chirurgie de tissus mous en routine, et plus élevé pour certains gestes identifiés comme la TPLO. Leur gravité tient à la proximité de l'implant et de l'os, qui expose à l'ostéomyélite, à la formation de biofilm et, in fine, au retrait chirurgical de l'implant, avec un coût clinique, économique et humain important. Face à ce risque, l'asepsie chirurgicale, de la préparation du matériel à la discipline comportementale au bloc, demeure le déterminant le plus robuste et le plus modifiable par l'équipe soignante, avant l'antibioprophylaxie. C'est sur cette rigueur quotidienne, et non sur un outil unique, que repose la prévention efficace des ISO en orthopédie.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Conditions de travail dans le secteur vétérinaire : ce que 109 professionnels disent et sur quoi ils s'accordent tous
Contexte
La profession vétérinaire figure parmi les plus exposées aux risques psychosociaux. Si la littérature internationale alerte depuis plusieurs années sur le risque suicidaire, jusqu'à 3,5 fois plus élevé chez les femmes vétérinaires que dans la population générale (CDC/NIOSH, 2019), les données françaises spécifiques aux conditions de travail en clinique restent rares.
Ce qui fait défaut aujourd'hui, ce ne sont pas les alertes, ce sont les données concrètes : où se concentre la souffrance, comment elle s'installe, et qui en est le plus affecté.
Matériel et méthode
Une enquête exploratoire a été conduite entre janvier et mars 2026 auprès de 109 professionnels du secteur vétérinaire en France. L'échantillon couvre l'ensemble des profils d'exercice : vétérinaires responsables (13 %), vétérinaires non responsables (13 %), ASV (13 %), ASV référents (27 %), anciens professionnels (27 %) et étudiants (7 %). Les répondants exercent en clinique indépendante (57 %), en groupe (31 %) ou en structure multi-sites indépendante (12 %).
Le questionnaire mesurait le niveau de stress perçu, la charge de travail ressentie, les principales difficultés rencontrées par thématique, et l'envie de quitter la profession ou le secteur. Les données ont été analysées par profil de fonction et par tranche d'ancienneté.
Résultats
Le stress moyen déclaré est de 6,9/10, niveau élevé, et la charge moyenne de 7,9/10, qualifiée de critique. Aucun répondant ne se situe sous 5/10 pour la charge de travail : la surcharge n'est pas un cas isolé, c'est la norme structurelle du secteur.
Parmi les 80 répondants encore en activité, 66 % déclarent avoir envisagé de quitter leur poste, dont 44 % souvent. La rétention des équipes constitue une urgence opérationnelle, pas une tendance émergente.
Les thématiques les plus difficiles, tous profils confondus, sont la santé physique et mentale (80 % de citations), l'organisation et les soins (73 %), et la cohésion d'équipe (60 %). Ce consensus traversant l'ensemble des profils et des anciennetés est l'enseignement central de cette étude : il ne s'agit pas de difficultés propres aux débuts de carrière ou à un type de structure.
L'ancienneté n'atténue pas les difficultés, elle les concentre : santé mentale et organisation atteignent 100 % de citations passé 15 ans d'exercice. Le profil le plus vulnérable est le vétérinaire non responsable, qui cumule en moyenne 5 difficultés sur les thématiques explorées, loin devant tous les autres profils.
L'observation terrain en contexte de groupe multi-sites confirme et enrichit ces données quantitatives : isolement des équipes, flou managérial, tensions entre vétérinaires et ASV, journées structurellement surchargées par les urgences imprévues, quasi-absence de prévention formalisée des risques professionnels. Ces dysfonctionnements organisationnels ne sont pas vécus comme des accidents, ils sont intégrés comme des conditions normales d'exercice.
Discussion et perspectives
Ces résultats dessinent un consensus clair : ce qui fragilise les équipes vétérinaires, c'est le travail lui-même, sa charge, son organisation, ses conditions concrètes d'exercice. Le bien-être individuel ne peut pas être la seule réponse à un problème structurel.
Interrogés sur leurs attentes, 80 % des répondants souhaitent une mise en relation avec des experts terrain, 47 % des consultations individuelles et 40 % un diagnostic structuré de leur situation. Le secteur ne demande pas de la sensibilisation supplémentaire, il demande des leviers d'action concrets, adaptés à la réalité de la clinique vétérinaire.
La Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT) offre un cadre d'action structuré pour répondre à ces enjeux. Définie par l'Agence Nationale pour l'Amélioration des Conditions de Travail (ANACT) autour de six dimensions : organisation du travail, management, santé et prévention, égalité, compétences et parcours et dialogue professionnel. La QVCT permet d'aborder les conditions de travail de manière globale et systémique, au-delà de la seule prévention des risques.
Appliquée au secteur vétérinaire, cette approche suppose d'agir simultanément sur la charge et la répartition des tâches, la clarification des rôles entre vétérinaires et ASV, la qualité du management de proximité, et la prévention des risques psychosociaux.
En milieu vétérinaire, la démarche QVCT reste pourtant quasi absente. Peu de structures disposent d'un Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) à jour, les pratiques managériales sont rarement formalisées, et l'accompagnement des équipes en souffrance repose encore largement sur l'initiative individuelle. Les résultats de cette étude montrent que ce vide n'est pas anodin : plus les professionnels avancent dans leur carrière sans que les conditions de travail évoluent, plus la souffrance s'installe et se normalise.
Cette étude constitue une première photographie exploratoire du secteur en France. Elle invite à construire des outils d'évaluation et d'accompagnement spécifiques à la clinique vétérinaire, et à inscrire la QVCT comme levier prioritaire de stabilisation des équipes et de pérennité des structures.

Figure 1

Figure 2
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Consensus sur la prise en charge de la césarienne chez la chienne et la chatte
Toulouse France
Nantes France
Nantes France
Alfort France
Une des originalités de la prise en charge lors de césarienne chez la chienne et la chatte, c’est que les patients dont il faut se préoccuper au même moment sont nombreux ! Il faut à la fois préserver la vie de la mère et celles des nouveaux nés, chiots ou chatons. Les considérations pour les uns peuvent parfois être antinomiques pour les autres. Si des études épidémiologiques ont identifié certains des médicaments de l’anesthésie comme des facteurs de risque de mortalité, il ne faudrait pas oublier que d’autres facteurs dont la nature n’est pas strictement anesthésique ou pharmacologique ont aussi été identifiés : la césarienne est réalisée en urgence ; la chienne est de race brachycéphale ; il y a 1 seul chiot ou a contrario 4 chiots ou plus dans la portée ; il y a eu précédemment à la césarienne une naissance naturelle de chiot(s), normal(aux) ou mal formé(s). Cela signifie que pour le praticien généraliste, la mortalité globale observée sera la somme de tous ces risques…pondérée par la mise en place ou l’absence de mise en place des recommandations issues de notre consensus !
Débuté il y a presque 3 ans, ce consensus est le fruit de 2 des groupes d’étude de l’AFVAC, le GEAA et le GERES ainsi que de leurs conseils scientifiques respectifs. S’appuyant sur une méthodologie exigeante (méthode PICO) permettant une analyse exhaustive de la littérature scientifique publiée sur ce sujet ces 20 dernières années, ce consensus d’experts a abouti à plus d’une cinquantaine de recommandations ou de suggestions dans 14 catégories, s’étendant de l’admission de la mère à son retour à la maison avec ses nouveau-nés.
Hormis la présentation qui sera faite lors du congrès à Lille, ce travail fera l’objet d’une publication écrite, cette fois ci exhaustive prochainement.
Pour ceux qui sont intéressés !
La méthode PICO est un acronyme qui sert à formuler une question de recherche claire ou une question clinique pour optimiser les recherches documentaires Chaque lettre de l'acronyme correspond à un élément clé de la question :
P – Patient, Population ou Problème : Décrit le groupe d’animaux concerné ou l’affection étudiée (ex. : chienne devant subir une césarienne programmée).
I – Intervention : Désigne le traitement, l'action, l'exposition ou l'outil évalué (ex. : protocole anesthésique x).
C – Comparaison : Représente l'alternative à l'intervention, comme un placebo, un traitement de référence ou l'absence d'intervention (ex. : absence d’anesthésie).
O – Outcome (Résultats) : Mesure l'effet attendu, l'issue clinique ou le critère de jugement recherché (ex. : diminution de la mortalité maternofoetale)
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Créer une fiche de suivi transfusionnel (donneur et receveur)
Marcy L'etoile France
Créer une fiche de suivi transfusionnel (donneur et receveur)
Pr Céline Pouzot-Nevoret
DMV, PhD, DipECVECC,
Chef de Service
Unité SIAMU, VetAgro Sup
1 avenue Bourgelat, 69280 Marcy l’Etoile
La transfusion sanguine est devenue un traitement courant en médecine d'urgence et de soins intensifs chez le chien et le chat. Si les techniques de collecte, de préparation et d'administration des produits sanguins se sont largement développées ces dernières années, la qualité et la sécurité transfusionnelles reposent également sur une traçabilité rigoureuse de chaque étape. Une fiche de suivi transfusionnel standardisée permet d'améliorer la sécurité du donneur comme du receveur, de faciliter la détection des complications, d'assurer la conformité réglementaire et de constituer une base de données précieuse pour le suivi de la banque de sang.
Les recommandations de l'American College of Veterinary Internal Medicine (ACVIM) concernant la sélection des donneurs [1] ainsi que le consensus TRACS (Transfusion Reaction Consensus Statement) [2, 3, 4] insistent sur la nécessité d'une documentation systématique de chaque don et de chaque transfusion.
Vous trouverez pour guide en fin de ce proceeding les fiches de suivi transfusionnel utilisées au SIAMU. Elles peuvent être adaptée en fonction de votre activité.
La fiche de suivi du donneur
L'objectif principal de la fiche du donneur est de garantir la sécurité du prélèvement tout en assurant la qualité du produit sanguin collecté. Elle constitue également un historique médical permettant d'identifier les évolutions pouvant contre-indiquer de futurs dons.
La fiche doit tout d'abord permettre l'identification complète du donneur : identité de l'animal, espèce, race, sexe, âge, poids, propriétaire, numéro d'identification électronique et groupe sanguin (DEA pour le chien, A/B pour le chat).
Chaque prélèvement doit être associé à la date du don et un numéro de lot permettant une traçabilité complète entre le donneur, le produit sanguin et le receveur.
Avant chaque collecte, un examen clinique standardisé est recommandé. Les paramètres minimaux comprennent la température, la fréquence et l’auscultation cardiaque, la fréquence respiratoire, la couleur des muqueuses, le temps de remplissage capillaire, le poids ainsi que l'absence de signes cliniques évocateurs d'une maladie infectieuse ou systémique. Les traitements en cours, les vaccinations récentes, les voyages et les éventuelles expositions aux maladies vectorielles doivent également être renseignés.
Le consensus ACVIM recommande un bilan sanguin pré-don du donneur. Ainsi, une numération formule sanguine doit être réalisée, enregistrée et consignée avant chaque prélèvement, ainsi qu’un bilan biochimique afin de s’assurer de l’absence d’anomalie. La fréquence des dons antérieurs et le volume prélevé doivent également figurer sur la fiche afin de respecter les intervalles minimaux entre deux collectes (3 mois). Il est également intéressant de noter toute information qui peut être intéressante pour les dons suivants : animal stressé/gentil, plus calme avec le propriétaire, a fait telle ou telle réaction à la sédation (notre le protocole de sédation réalisé)… Cela permet d’adapter le don suivant afin que celui-ci se passe au mieux.
Le dépistage des maladies infectieuses représente un élément essentiel de cette documentation. Les agents recherchés dépendent de l'espèce et de la situation géographique. Chez le chien, les recommandations incluent notamment le dépistage de Babesia spp., Ehrlichia spp., Anaplasma spp., Bartonella spp., Leishmania infantum dans les zones endémiques ainsi que Dirofilaria immitis. Chez le chat, une attention particulière est portée au dépistage du FeLV, du FIV, de Mycoplasma haemofelis et des autres hémoplasmes, ainsi qu'à l'évaluation du risque lié aux maladies vectorielles selon la localisation géographique. Pour exemple, au SIAMU, nous réalisons systématiquement un SNAP 4DX chez le chien et FeLV/FIV chez le chat, ainsi qu’un frottis chez les 2 espèces, avant chaque don.
Enfin, toute complication liée au prélèvement (hypotension, hématome, agitation, difficulté de ponction, réaction cutanée, etc.) doit être systématiquement consignée afin d'adapter les futurs dons et d'améliorer la qualité du programme de collecte.
La fiche de suivi du receveur
Contrairement à la fiche du donneur, dont l'objectif principal est d'assurer la qualité du produit sanguin et la sécurité du donneur, la fiche du receveur vise avant tout à sécuriser l'administration de la transfusion et à détecter précocement les réactions transfusionnelles.
Le consensus TRACS recommande une standardisation des informations recueillies avant, pendant et après chaque transfusion.
Avant le début de la transfusion, la fiche doit documenter l'indication clinique, le diagnostic principal, le groupe sanguin du receveur et du donneur, les résultats des tests de compatibilité (cross-match) s’ils sont indiqués, ainsi que les antécédents transfusionnels. Les résultats principaux du bilan pré-transfusionnel peuvent également être consignés. Le type exact de produit administré (sang total, concentré globulaire, plasma frais congelé, cryoprécipité, etc.), son numéro de lot, sa date de péremption ou de prélèvement et son volume doivent également être enregistrés. La quantité administrée doit également être renseignée.
Les paramètres physiologiques de référence doivent être notés immédiatement avant le début de la transfusion : température, fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, pression artérielle lorsqu'elle est disponible, couleur des muqueuses, temps de remplissage capillaire, qualité des pouls, état mental et paramètres respiratoires.
Il peut être intéressant également de rappeler sur cette fiche :
Les indications de réalisation d’un cross-match
Une check list de vérification technique avant la transfusion (vérification du cathéter du receveur, retrait de toute poche de Ringer lactate, contenant du calcium qui va chélater le citrate de la poche de sang etc..), mise en place du monitorage
La surveillance pendant la transfusion constitue probablement l'élément le plus important de la fiche. Le consensus TRACS recommande une évaluation rapprochée durant les quinze premières minutes, période où survient une proportion importante des réactions aiguës. Les paramètres vitaux sont ensuite contrôlés à intervalles réguliers, généralement toutes les 15 à 30 minutes jusqu'à la fin de la transfusion. Le débit d'administration et toute modification de celui-ci doivent être consignés.
La fiche doit également comporter une liste standardisée des signes compatibles avec une réaction transfusionnelle afin de faciliter leur reconnaissance : fièvre, vomissements, hypersalivation, agitation, tachycardie, tachypnée, hypotension, prurit, œdème facial, dyspnée, hémoglobinurie, collapsus ou arrêt cardio-respiratoire.
En cas d'événement indésirable, la fiche doit préciser l'heure d'apparition des signes, le volume déjà administré, la conduite adoptée (arrêt temporaire ou définitif de la transfusion, traitements administrés, examens complémentaires réalisés).
Enfin, une réévaluation clinique et biologique après la transfusion permet d'apprécier l'efficacité du traitement. L'hématocrite ou l'hémoglobine, les protéines totales, la résolution des signes cliniques et l'absence de réaction retardée peuvent être documentés dans la même fiche.
Quels éléments doivent impérativement figurer ?
Une fiche transfusionnelle complète doit permettre de répondre à quatre questions essentielles :
Qui ? (identification du donneur, du receveur, du clinicien et du produit sanguin)
Quoi ? (type de produit, volume administré, numéro de lot, groupe sanguin)
Quand ? (dates et heures du prélèvement, du début et de la fin de la transfusion)
Comment ? (résultats des examens préalables, paramètres de surveillance, complications éventuelles et conduite adoptée).
Cette standardisation améliore la sécurité transfusionnelle, facilite les suivis et permet une analyse rétrospective des complications transfusionnelles, encore insuffisamment documentées en médecine vétérinaire.
Conclusion
La mise en place de fiches de suivi standardisées constitue un élément fondamental de l'assurance qualité en médecine transfusionnelle vétérinaire. Chez le donneur, elles garantissent le respect des critères de sélection, le suivi des prélèvements successifs et la prévention des complications. Chez le receveur, elles facilitent la surveillance clinique, permettent une détection précoce des réactions transfusionnelles et assurent une traçabilité indispensable des produits sanguins. L'utilisation de modèles harmonisés, inspirés des recommandations de l'ACVIM et du consensus TRACS, contribue à améliorer la sécurité transfusionnelle et favorise la comparaison des pratiques entre établissements.
Bibliographie
Wardrop KJ, et al. Update on canine and feline blood donor screening for blood-borne pathogens. J Vet Intern Med. 2016;30:15–35. doi:10.1111/jvim.13823.
Davidow B, et al. Transfusion Reaction Small Animal Consensus Statement (TRACS). Part 2: Prevention, monitoring, management and reporting of acute transfusion reactions. J Vet Emerg Crit Care. 2021;31:167–188.
Davidow B, et al. Transfusion Reaction Small Animal Consensus Statement (TRACS). Part 1: Definitions and clinical signs. J Vet Emerg Crit Care. 2021;31:141–166.
ISFM Consensus Guidelines on the Collection, Storage, Administration and Adverse Events of Feline Blood and Blood Components. J Feline Med Surg. 2021.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Crise paroxystique : est-ce une crise convulsive?
Annecy France
Les épisodes paroxystiques représentent l'un des principaux motifs de consultation en neurologie vétérinaire. Ils se définissent comme des événements d'apparition brutale, de courte durée, intermittents et stéréotypés. Leur reconnaissance constitue une étape essentielle de la démarche diagnostique, car des affections d'origines neurologique, cardiovasculaire, vestibulaire ou comportementale peuvent présenter des manifestations cliniques très proches.
Face à un animal dont le propriétaire rapporte qu'il « fait des choses bizarres », le premier objectif du clinicien n'est pas d'identifier immédiatement l'étiologie, mais de déterminer la nature de l'épisode. S'agit-il réellement d'une crise convulsive ou d'un autre type épisode paroxystique ? Cette distinction conditionne les examens complémentaires, le pronostic et les décisions thérapeutiques.
Dans la majorité des cas, le diagnostic repose davantage sur une anamnèse rigoureuse et l'analyse d'une vidéo que sur l'observation directe d'un épisode. Le praticien doit donc adopter une démarche standardisée afin de recueillir les éléments discriminants.
Dans la suite de ce document nous nous rapporterons à l’IVETF (International Veterinary Epilepsy Task Force) un groupe international d’experts en neurologie vétérinaire qui a publié en 2015 une série de recommandations de consensus visant à harmoniser chez le chien un certain nombre de sujets comme la définition de l’épilepsie et des crises épileptiques, ainsi que leur classification et leur terminologie.
Reconnaître une véritable crise épileptique
Une crise épileptique correspond à la manifestation clinique transitoire d'une activité électrique neuronale anormale, excessive et hypersynchrone intéressant le prosencéphale. Les signes observés dépendent de la localisation initiale de cette décharge et de son éventuelle propagation aux deux hémisphères cérébraux.
1. Définitions essentielles
Une crise est simplement un événement soudain, bref et transitoire : le terme seul ne signifie donc pas que l’événement est épileptique.
Une crise épileptique correspond à la manifestation clinique d’une activité neuronale cérébrale excessive, synchrone et généralement auto-limitante. Elle peut se manifester par des convulsions, mais également uniquement par des phénomènes moteurs focaux, autonomiques ou comportementaux.
L’épilepsie est une maladie cérébrale caractérisée par une prédisposition durable à générer des crises épileptiques. En pratique, le consensus retient classiquement au moins deux crises épileptiques non provoquées séparées de plus de 24 heures.
2. Classification sémiologique des crises
L’IVETF propose trois grandes présentations :
Crise focale
Crise généralisée
Crise focale évoluant secondairement vers une crise généralisée.
A. Crises épileptiques focales
Elles débutent dans un réseau neuronal limité à un hémisphère. Les manifestations sont donc initialement régionales et/ou latéralisées. Elles peuvent cependant se propager, notamment vers l’hémisphère controlatéral.
Elles peuvent prendre trois formes principales :
Motrices
Autonomiques
Comportementales
3. Crises épileptiques généralisées
Une crise généralisée implique bilatéralement les deux hémisphères cérébraux et se traduit donc généralement par une atteinte des deux côtés du corps. Elle peut être généralisée d'emblée ou résulter de la généralisation d'une crise initialement focale.
Chez le chien et le chat, elles sont principalement toniques, cloniques, tonico-cloniques ou myocloniques. Plus rarement on peut distinguer des crises généralisées d’absence ou atoniques. Lors des crises généralisées convulsives, l'animal perd en règle générale conscience. Hypersalivation, miction et/ou défécation sont fréquemment associées aux convulsions.
4. Crise focale évoluant vers une crise généralisée
La crise commence par des manifestations focales motrices, autonomiques et/ou comportementales, puis l'activité épileptique se propage rapidement aux deux hémisphères. Apparaissent alors des convulsions bilatérales toniques, cloniques ou tonico-cloniques, associées à une perte de conscience.
Le problème clinique est que la phase focale initiale peut ne durer que quelques secondes à quelques minutes et passer complètement inaperçue. Une crise décrite par le propriétaire comme "généralisée d'emblée" peut donc en réalité avoir un début focal très bref. On recommande par conséquent d'interroger précisément le propriétaire sur ce qui se passe immédiatement avant les convulsions.
C'est notamment là qu'intervient la distinction avec le prodrome.
5. Les différentes phases entourant une crise
Le schéma temporel peut être :
PRODROME → ICTUS → PHASE POST-ICTALE
avec éventuellement, au début de l'ictus :
début crise focale → généralisation → fin de l'ictus → phase post-ictale
Prodrome
Le prodrome n'est pas une crise épileptique. Il s'agit d'une modification clinique ou comportementale précédant la crise de plusieurs heures à plusieurs jours.
Chez le chien, les signes rapportés comprennent notamment :
agitation ;
anxiété ;
irritabilité ;
parfois agressivité inhabituelle envers d'autres animaux ;
recherche accrue de contact avec le propriétaire.
Lorsqu'il est reproductible chez un individu, le propriétaire peut apprendre à le reconnaître comme annonciateur d'une crise. Il pourrait constituer une fenêtre thérapeutique potentielle pour un traitement intermittent/pulse therapy.
Ictus
L'ictus correspond à la crise épileptique proprement dite.
Il peut être :
Focal seul, Généralisé seul, ou Focal puis généralisé.
Phase post-ictale
Elle commence lorsque l'activité ictale s'est terminée et correspond au temps nécessaire au cerveau pour retrouver son fonctionnement normal.
Sa durée est extrêmement variable : très brève jusqu'à plusieurs heures, voire plusieurs jours.
Épisodes paroxystiques : pas seulement des crises épileptiques !
Tous les épisodes paroxystiques ne sont pas des crises épileptiques. Une connaissance des principaux diagnostics différentiels permet d'éviter des erreurs diagnostiques fréquentes et d'orienter rapidement les examens complémentaires.
Les dyskinésies paroxystiques représentent le diagnostic différentiel neurologique le plus fréquent. Elles correspondent à des mouvements involontaires d'origine extrapyramidale, secondaires à un dysfonctionnement des noyaux gris centraux, sans activité épileptique corticale. Les épisodes durent généralement plusieurs minutes, parfois davantage, et se caractérisent par une conscience conservée. L'animal reste attentif à son environnement, répond à son propriétaire et ne présente ni phase post-ictale ni signes neurovégétatifs tels que ptyalisme, miction ou défécation. Certaines races sont prédisposées. De nouvelles races sont découvertes tous les ans.
La syncope correspond à une perte transitoire de conscience secondaire à une hypoperfusion cérébrale. Les épisodes sont généralement très brefs, souvent déclenchés par un effort, une excitation ou une toux, et la récupération est rapide. Des mouvements toniques ou cloniques de courte durée peuvent accompagner une syncope (« syncope convulsivante »), ce qui explique les confusions fréquentes avec une crise épileptique.
La narcolepsie-cataplexie est un trouble rare du cycle veille-sommeil. Les épisodes sont volontiers déclenchés par une émotion positive (jeu, excitation, repas).
Le syndrome vestibulaire aigu est facilement distingué lorsqu'il associe un nystagmus, une inclinaison de tête et une ataxie vestibulaire. En revanche, certains propriétaires décrivent uniquement une chute brutale, pouvant faire évoquer une crise convulsive. L'absence de mouvements tonicocloniques et la persistance des signes vestibulaires après l'épisode permettent généralement de différencier les deux affections.
Les tremblements idiopathiques de la tête, certains comportements compulsifs, des épisodes douloureux aigus (hernie discale cervicale, douleur abdominale), voire un reflux gastro-œsophagien chez les jeunes animaux peuvent également être interprétés à tort comme des crises. Leur reconnaissance repose essentiellement sur l'anamnèse et l'examen clinique.
L'interrogatoire : le véritable examen complémentaire
L'interrogatoire du propriétaire constitue probablement l'étape diagnostique la plus importante devant un épisode paroxystique. Une description imprécise conduit fréquemment à un diagnostic erroné, tandis qu'une vidéo de bonne qualité permet souvent d'orienter immédiatement la démarche diagnostique.
L'interrogatoire doit être systématique et répondre aux questions suivantes :
Dans quelles circonstances l'épisode est-il survenu (repos, sommeil, exercice, repas, émotion) ?
Quelle est sa durée réelle, chronométrée ?
L'animal était-il conscient et réactif ?
Quels mouvements étaient observés ? Étaient-ils localisés ou généralisés ?
Des signes neurovégétatifs (ptyalisme, miction, défécation) étaient-ils présents ?
Le comportement était-il modifié avant ou après l'épisode ?
La récupération était-elle immédiate ou progressive ?
Les épisodes sont-ils stéréotypés ?
Quel est l'âge d'apparition et existe-t-il une prédisposition raciale ?
Une vidéo est-elle disponible ?
Points clés
Tous les épisodes paroxystiques ne sont pas des crises convulsives.
Une phase post-ictale ou une dysautonomie sont des arguments majeurs en faveur d'une origine épileptique.
Les dyskinésies paroxystiques associent une vigilance conservée et l'absence de dysautonomie.
Une syncope peut s'accompagner de mouvements anormaux et simuler une crise.
La vidéo réalisée par le propriétaire constitue souvent l'examen complémentaire le plus rentable.
Éducation du propriétaire
Lors d'un nouvel épisode, il est recommandé de :
filmer l'animal si cela peut être réalisé en sécurité ;
chronométrer précisément la durée de l'épisode ;
ne jamais placer les mains dans la bouche de l'animal ;
noter les circonstances de survenue ainsi que le comportement avant et après l'épisode ;
consulter en urgence si une crise dure plus de cinq minutes, si plusieurs crises surviennent sans récupération complète ou si l'état général se dégrade.
Conclusion
La distinction entre une crise convulsive et les autres épisodes paroxystiques constitue la première étape de toute consultation de neurologie. Dans la majorité des cas, le diagnostic repose davantage sur un interrogatoire rigoureux et l'analyse d'une vidéo que sur l'observation directe de l'épisode. Une approche standardisée permet d'orienter rapidement les examens complémentaires et d'éviter un diagnostic erroné d'épilepsie.
Références
Berendt M, Farquhar RG, Mandigers PJJ, et al. International Veterinary Epilepsy Task Force consensus report on epilepsy definition, classification and terminology in companion animals. BMC Vet Res. 2015;11:182.
De Risio L, Bhatti SFM, Muñana K, et al. International Veterinary Epilepsy Task Force consensus proposal: Diagnostic approach to epilepsy in dogs. BMC Vet Res. 2015;11:148.
Bhatti SFM, De Risio L, Muñana K, et al. International Veterinary Epilepsy Task Force consensus proposal: Medical treatment of canine epilepsy in Europe. BMC Vet Res. 2015;11:176.
Cerda-Gonzalez S, Packer RA, Garosi L, et al. International veterinary canine dyskinesia task force ECVN consensus statement: terminology and classification. J Vet Intern Med. 2021;35:1218-1230.
De Lahunta A, Glass EN, Kent M. Veterinary Neuroanatomy and Clinical Neurology. 5th ed. St. Louis: Elsevier; 2020.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Crises d'épilepsie groupées/status epilepticus : comment s'y prendre ?
Saint-Laurent-Du-Var France
Le présent proceeding et conférence se base sur le ACVIM du status epilepticus et cluster établi par Charalamboulos et al. [1] en 2023. Au cours de ce consensus, un hiérarchie des recommandations de prise en charge a été établie selon les niveaux de preuves scientifiques soutenant les interventions thérapeutiques proposées.
L’objectif de cette présente conférence sera de mettre en pratique ces recommandations au travers de diagramme décisionnel.
Le status epilepticus est défini comme une crise convulsive durant plus de 5 minutes ou plusieurs crises consécutives sans phase de récupération entre les crises sur plus de 5 minutes.
Un cluster est défini lorsque 2 crises ou plus surviennent dans une période de 24 heures avec récupération entre les crises d’un état normal.
Dans une situation hospitalière en cas de présentation d’un chien épileptique, la démarche suivante est proposée.
1/ Est-ce bien une crise ?
De nombreux épisodes paroxystiques peuvent ressembler à des crises et tromper le clinicien. Ces différentes causes seront revues lors de la conférence du Dr Debreuque sur les épisodes paroxystiques.
2/ Stabilisation de l’animal
La stabilisation de l’animal passe par une prise en charge de la crise en urgence via l’injection de benzodiazepine par voie intra-nasale, intra-musculaire ou intra-rectale permettant de maitriser la crise et pose d’une voie veineuse. Un second bolus intraveineux s’en suit. Il est également conseillé de prélever du sang lors de le pose intraveineuse pour établir un bilan sanguin de base (gaz du sang, glycémie, Hématocrite/protéine totale, si disponible NH3) permettant d’exclure les causes communes et complications métaboliques d’un status. Une fois la crise stoppée, une stabilisation cardio-vasculaire est entreprise.
3/ Débuter les recherches de causes d’épilepsie
Un bilan sanguin plus approfondi et un examen neurologique permettent d’orienter le diagnostic vers une épilepsie métabolique ou structurale et la nécessité de référer en examen d’imagerie par résonnance magnétique (IRM) de l’encéphale si nécessaire.
4/ Préparer un plan de traitement en hôpital et long terme
Si une cause sous-jacente de l’épilepsie est mise en évidence, un traitement approprié permet de mieux contrôler le status/cluster et de préciser le pronostic pour les propriétaires.
Un traitement anti-épileptique de fond est ensuite mis en place. Le phénobarbital et lévétiracetam représentent des molécules de deuxième ligne de choix.
Une perfusion continue de benzodiazepine est indiquée si persistance des crises en hôpital.
En troisième ligne thérapeutique, les options de perfusion suivantes seront discutées : ketamine, ketamine+dexmedetomidine, propofol, barbituriques, gaz anesthétiques.
5/ Suivi clinique en hôpital
Un suivi clinique régulier est conseillé en hôpital, complété par un monitoring : électrocardiogramme (ECG), pressions artérielles, gaz du sang, selon le niveau de sédation de l’animal. Si disponible, un monitoring avec un életroencéphalogramme (EEG) permet de compléter ce suivi. Ce suivi régulier en hôpital est important au vue du taux de mortalité élevé en cas de status epilepticus chez le chien : environ 30% [2]. Une attention particulière est portée sur les complications communes de la gestion de status à surveiller en hôpital : pneumonie par aspiration en particulier.
En l’absence de crise, une diminution progressive des médicaments est entreprise, à raison d’un seul agent à la fois avec une diminution par pallier de 25-50% chaque 4 à 6 heures. Un retour à la maison est à envisager en l’absence de crises après 24 heures.
Bibliographie
[1] M. Charalambous, K. Muñana, E. E. Patterson, S. R. Platt, and H. A. Volk, “ACVIM Consensus Statement on the management of status epilepticus and cluster seizures in dogs and cats,” J Vet Intern Med, vol. 38, no. 1, pp. 19–40, Nov. 2023, doi: 10.1111/jvim.16928.
[2] R. Fentem et al., “Risk factors associated with short-term mortality and recurrence of status epilepticus in dogs,” J Vet Intern Med, vol. 36, no. 2, pp. 656–662, Mar. 2022, doi: 10.1111/jvim.16353.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Critères de choix entre traitement chirurgical ou conservateur
Montpellier France
Prise en charge orthopédique des fractures du bassin : indications chirurgicales versus conservatrices
Sophie GIBERT, DVM, MsC, Dipl ECVS
Centre Hospitalier Vétérinaire Languedocia
Introduction
Les fractures du bassin sont fréquentes : elles représentent environ 16 % des fractures du chien et 25 % de celles du chat, et surviennent le plus souvent chez l’animal jeune à la suite d’un traumatisme à haute énergie, l’accident de la voie publique en tête [1]. Le bassin se comporte comme une « cadre » rigide — les deux os coxaux, le sacrum et la première vertèbre coccygienne, enveloppés d’une importante masse musculaire. Cette architecture impose qu’au moins trois traits de fracture coexistent pour qu’un fragment se déplace : les fractures sont donc presque toujours multiples, et environ trois quarts des cas présentent au moins trois foyers [1]. Les exceptions sont la séparation de la symphyse pubienne, les avulsions isolées et les fractures de stress. La même violence traumatique explique la fréquence des lésions associées : atteintes thoraciques (contusion pulmonaire, pneumothorax), hémoabdomen, et surtout lésions des voies urinaires, retrouvées chez près de 40 % des chiens présentant une fracture du bassin [2].
I - Un préalable : stabiliser le patient
La prise en charge repose d’abord sur le patient, non sur la fracture. La chirurgie du bassin n’est jamais une urgence : elle attend un animal hémodynamiquement stable et une fonction respiratoire compatible avec l’anesthésie. La démarche initiale associe une réanimation précoce visant à corriger l’état de choc, une analgésie adaptée et la prise en charge d’une éventuelle anémie. Un bilan lésionnel complet — examens général, orthopédique et neurologique répétés, imagerie thoracique et abdominale (dont échographie ciblée type AFAST/TFAST) +/- marquage contraste urinaire— précède toute décision. Les lésions des tissus mous mettant en jeu le pronostic vital, comme une rupture des voies urinaires ou une hernie diaphragmatique ou avulsion tendon prépubien, sont traitées en priorité [2].
II - Bilan lésionnel
La décision thérapeutique est guidée par la clinique et l’imagerie. L’examen neurologique des membres pelviens est essentiel mais nuancé : la douleur peut déprimer certains réflexes. Le toucher rectal renseigne sur une compromission du canal pelvien. Les radiographies de face, de profil et obliques (qui dédoublent les acetabula) constituent la base ; le scanner, idéalement avec reconstruction tridimensionnelle, apporte une définition supérieure pour les fractures complexes de l’acetabulum et du sacrum. Sur le plan anatomique, on distingue six zones : luxation/fracture sacro-iliaque, aile iliaque, corps de l’ilium, acetabulum, ischium et plancher pelvien. La distinction utile en pratique oppose les éléments portants ou articulaires — ilium, acetabulum, articulation sacro-iliaque, atteints dans près de 90 % des cas — aux zones « accessoires » (aile iliaque, plancher pelvien) qui se réalignent le plus souvent lorsque les premiers sont réduits [1].
III - Décision conservateur / chirurgical
Les patients se répartissent en deux groupes. Le traitement conservateur convient aux fractures peu ou pas déplacées, avec cadre pelvien continu et acetabulum intact : fractures de l’aile iliaque, du plancher pelvien, luxations sacro-iliaques peu déplacées, fractures isolées du pubis ou de l’ischium. Il repose sur un repos strict en cage de quatre à six semaines, un nursing attentif (prévention des escarres, hygiène urinaire et fécale) et une analgésie. Un contrôle radiographique à cinq à sept jours est indispensable, car le déplacement et la sténose du canal peuvent s’aggraver : le passage à la chirurgie reste possible jusqu’à environ dix jours sauf chez le très jeune patient < 3-4 mois ou le cal fracturaire peut rendre très complexe la réduction. Une série ancienne rapporte environ 75 % de bonne récupération sous traitement conservateur, mais au prix d’une convalescence plus longue [3].
La chirurgie est indiquée devant une fracture de l’acetabulum avec déplacement de la surface articulaire, une instabilité de la hanche (par fracture de l’ilium, de l’ischium et du pubis, ou luxation coxo-fémorale associée), une réduction marquée du diamètre du canal pelvien, une atteinte neurologique, une douleur intense, ou lorsqu’elle raccourcit une convalescence autrement prolongée [3,4]. Elle vise à restaurer la stabilité du bassin afin de permettre un appui précoce, d’optimiser la récupération fonctionnelle et nerveuse, de prévenir l’arthrose en cas d’atteinte articulaire et de préserver le canal pelvien. La bilatéralité étant fréquente, une réparation des deux hémibassins est souvent nécessaire pour répartir l’appui. Lorsque trois zones sont atteintes, l’ordre logique est sacro-iliaque, puis ilium, puis acetabulum : fixer l’ilium en premier fournit un fragment stable pour reconstruire l’acetabulum [1,3]. La réparation est idéalement conduite dans les quatre premiers jours ; au-delà de sept à dix jours, la fibrose et la contraction musculaire la rendent difficile [2].
IV – Choix de la technique selon le site fracturé
Ilium. La fracture oblique du corps est la plus fréquente ; le segment caudal, déplacé médialement, réduit le canal et menace le tronc lombo-sacré. La plaque appliquée sur la face latérale est la fixation de référence, cintrée légèrement plus concave pour restaurer le canal, avec idéalement trois vis de part et d’autre et un ancrage dans l’aile sacrée. La plaque peut servir d’outil de réduction en attirant le segment caudal hors du canal [1,3].
Articulation sacro-iliaque. La stabilisation utilise une ou deux vis en compression dirigées de l’aile iliaque vers le corps du sacrum. La profondeur est déterminante : une pénétration d’au moins 60 % de la largeur du sacrum réduit nettement le risque de descellement [3] sinon deux vis sont à utiliser. La zone d’insertion sûre est étroite (de l’ordre de 1 cm² chez le chien moyen) et l’anatomie sacrée est spécifique d’espèce. Les techniques mini-invasives sous fluoroscopie ont réduit le risque et tendent à s’imposer [2].
Sacrum. La fracture sacrée se distingue de la luxation sacro-iliaque par une douleur et des déficits neurologiques plus marqués. La tomodensitométrie est l’examen de référence pour la classer (axiale versus abaxiale). La stabilisation par vis en compression dans le corps sacré améliore rapidement douleur et fonction, en prenant garde aux racines nerveuses ; la récupération neurologique s’étale sur plusieurs semaines à mois [2], la mise en place d’une barre trans iliaque s’appuyant sur la stabilité des ailes iliaques est possible, ou un montage vis/broches PMMA appliqué dorsalement.
Acetabulum —Les principes sont ceux de toute fracture articulaire : réduction anatomique, fixation rigide, mobilisation précoce. Il s’agit de reconstruire la surface articulaire en « C » et d’appliquer la fixation au bord dorsal. On distingue les régions crâniale, dorsale, caudale et centrale ; la portion caudale, longtemps jugée accessoire, est en réalité portante et ne doit pas être négligée. La plaque au bord dorsal (plaques acétabulaires, de reconstruction, droites ou verrouillées) est la solution la plus employée. En cas de comminution irréparable ou d’atteinte du mur médial l’exérèse de la tête et du col fémoraux ou une prothèse totale de hanche différée constituent des solutions de sauvetage. Le nerf sciatique, situé en position médiale et dorsale, doit être protégé tout au long du geste [1,2].
Plancher pelvien, avulsions et hernies. Les fractures du pubis, de l’ischium et de la symphyse sont les plus fréquentes mais rarement isolées ; elles se réalignent souvent lorsque les zones portantes sont fixées. Une fixation est envisagée en cas de douleur ou de déplacement marqué. L’avulsion de la tubérosité ischiatique, origine des muscles ischio-jambiers, peut justifier une réparation, notamment chez le chien de travail. Enfin, une fracture du pubis peut nécessiter une stabilisation pour fournir un point d’ancrage au tendon prépubien lors de la réparation d’une hernie abdominale ventrale traumatique associée [1].
V- Complications, douleur et pronostic nerveux
Les principales complications sont la sténose du canal pelvien avec obstipation — particulièrement chez le chat au-delà d’environ 45 % de réduction du diamètre —, la lésion iatrogène du nerf sciatique, cause majeure de dysfonction post-opératoire, et le descellement des vis, surtout crâniales sur l’ilium. La gestion de la douleur est multimodale. Concernant le pronostic nerveux, le tronc lombo-sacré est l’élément le plus souvent lésé ; environ 81 % des animaux récupèrent une bonne fonction en seize semaines, mais près de 15 % gardent une perte définitive. L’absence d’amélioration à trois ou quatre mois assombrit le pronostic et peut faire discuter l’amputation [5].
Conclusion
La prise en charge des fractures du bassin commence par la stabilisation d’un patient souvent polytraumatisé. La décision entre traitement conservateur et chirurgical repose sur l’atteinte des éléments portants et articulaires, le déplacement, l’intégrité du canal pelvien et l’état neurologique. La chirurgie, précoce, restaure la stabilité pour favoriser l’appui et la récupération. L’acetabulum, articulaire et portant sur toute son étendue, mérite une attention particulière, tout comme la protection du nerf sciatique et l’information du propriétaire sur un pronostic nerveux qui se juge dans la durée.
Références
[1] Messmer M, Montavon PM. Pelvic fractures in the dog and cat : a classification system and review of 556 cases. Vet Comp Orthop Traumatol. 2004 ; 17 : 167-83.
[2] Moens NMM, DeCamp CE. Fractures of the pelvis. In : Tobias KM, Johnston SA, eds, Veterinary Surgery : Small Animal. 2e ed. St Louis : Elsevier ; 2018 : 1071-104.
[3] DeCamp CE et coll. Fractures of the pelvis. In : Brinker, Piermattei and Flo’s Handbook of Small Animal Orthopedics and Fracture Repair. 5e ed. St Louis : Elsevier ; 2016 : 437-67.
[4] Johnson AL et coll. AO Principles of Fracture Management in the Dog and Cat. Stuttgart : AO Publishing ; 2005.
[5] Jacobson A, Schrader SC. Peripheral nerve injury associated with fracture or fracture-dislocation of the pelvis in dogs and cats : 34 cases. J Am Vet Med Assoc. 1987 ; 190 : 569-72.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Cystotomie vidéo-assistée chez le chien : étude rétrospective sur 58 cas
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Cytauxzoonose féline dans le nord de la France : y penser pour ne pas passer à côté !
Introduction
La cytauxzoonose féline est une maladie émergente en France transmise par les tiques et causée par un protozoaire du genre Cytauxzoon. Les cas européens sont rares et les données concernant la présentation clinique, la prise en charge et le pronostic sont limitées. Les infections européennes sont généralement moins sévères que celles à Cytauxzoon felis en Amérique du Nord, où les chats domestiques développent une maladie souvent fatale associant abattement, anorexie, fièvre, déshydratation, ictère et pâleur des muqueuses1. Les principales anomalies biologiques incluent une anémie (pré)régénérative, une thrombopénie, une pancytopénie et/ou une hyperbilirubinémie2. L’association atovaquone–azithromycine est considérée comme le traitement de première intention, avec une efficacité variable, notamment dans les formes sévères ou en présence de comorbidités3.
Anamnèse
Un chat européen mâle castré de 7 ans, vivant principalement en extérieur dans le nord de la France, a été présenté pour anorexie aiguë, léthargie et ictère. Il était positif pour le virus de l’immunodéficience féline (FIV), n’avait pas voyagé et ne recevait pas de traitements antiparasitaires.
Examen clinique
Le chat présentait un abattement sévère, un score corporel de 3/9 avec une fonte musculaire modérée, une déshydratation estimée à 10 %, des muqueuses pâles et ictériques, un temps de remplissage capillaire supérieur à deux secondes, une légère dyspnée inspiratoire avec un stertor, un jetage nasal muco-purulent bilatéral, une adénomégalie mandibulaire et une néphromégalie bilatérales.
Démarche diagnostique
L’hématologie (Tableau 1) révélait une anémie régénérative macrocytaire hypochrome importante, une thrombopénie marquée et une leucocytose neutrophilique, lymphocytaire et monocytaire modérée avec éosinopénie. Le frottis sanguin réalisé sur site montrait une neutrophilie avec une déviation à gauche de la courbe d’Arneth, des signes de régénération et confirmait la thrombopénie estimée à 30×10³ plaquettes/µL. La biochimie (Tableau 1) montrait une hyperglobulinémie modérée, des valeurs d’urée et de créatinine basses et une légère hyperbilirubinémie.
Ces examens ont mené à la recherche d’une cause commune à la thrombopénie et à l’anémie régénérative, suspectée hémolytique au vu de l’hyperbilirubinémie. Le test de Coombs et les réactions en chaîne par polymérase (PCR) pour les mycoplasmes hémotropes étaient négatifs. Les radiographies thoraciques étaient peu remarquables. L’échographie abdominale mettait en évidence une splénomégalie avec des plages parenchymateuses multifocales hypoéchogènes, un épaississement modéré de la paroi de la jonction iléo-colique et du côlon ascendant proximal avec une perte de l’échostructure en couche et une stéatite focale, une néphromégalie bilatérale, un léger épanchement péritonéal et une légère adénomégalie gastrique, jéjunale et colique droite. Des cytoponctions n’ont pas été réalisées en raison de la thrombopénie. Cytauxzoon spp. a été visualisé dans les érythrocytes sur le frottis sanguin envoyé en laboratoire (Figure 1) puis confirmé par PCR quantitative sur sang EDTA.
Les troubles respiratoires ont été considérés comme secondaires à une infection par les agents du complexe respiratoire félin.
Traitement
Dans l’attente des résultats du laboratoire, une antibiothérapie probabiliste avec de la doxycycline (10 mg/kg PO q24h) a été initiée pour la suspicion de mycoplasmose. Une corticothérapie a ensuite été débutée en raison de la suspicion d’anémie hémolytique à médiation immune (AHMI) et/ou d’un processus néoplasique. Après identification du parasite, l’atovaquone (15 mg/kg PO q8h) et l’azithromycine (10 mg/kg PO q24h) ont été instaurées. Malgré les soins intensifs mis en place, l’état clinique du chat s’est détérioré, conduisant à son décès un jour après le début du traitement spécifique.
Discussion
La cytauxzoonose doit être envisagée dans le diagnostic différentiel d’une anémie hémolytique féline, surtout en présence d’une thrombopénie, même dans des régions non endémiques, sans antécédent de voyage et en l’absence de traitement contre les tiques. Elle doit être considérée lorsque la mycoplasmose est exclue, avant d’initier un traitement immunosuppresseur pour une suspicion d’AHMI non associative. Plusieurs facteurs ont pu contribuer à l’évolution défavorable du cas, notamment la sévérité de la maladie, la corticothérapie, la co-infection par le FIV et les agents du complexe respiratoire félin, et la possibilité d’un processus néoplasique suggéré par les anomalies échographiques.
Conclusion
Ce cas représente le premier signalement dans le nord de la France de cytauxzoonose féline confirmée par PCR. Il illustre qu’une forme grave peut être observée malgré des présentations décrites comme moins sévères en Europe, et rappelle l’intérêt de rechercher ce parasite comme cause d’anémie hémolytique, en particulier lorsqu’elle est associée à une thrombopénie.
Références
1. Carli, E. et al. Cytauxzoon sp. infection in the first endemic focus described in domestic cats in Europe. Vet. Parasitol. 183, 343–352 (2012).
2. Birkenheuer, A. J. et al. Cytauxzoon felis infection in cats in the mid-Atlantic states: 34 cases (1998–2004). J. Am. Vet. Med. Assoc. 228, 568-71 (2006).
3. Cohn, L. a., Birkenheuer, A. j., Brunker, J. d., Ratcliff, E. r. & Craig, A. w. Efficacy of Atovaquone and Azithromycin or Imidocarb Dipropionate in Cats with Acute Cytauxzoonosis. J. Vet. Intern. Med. 25, 55–60 (2011).Introduction
La cytauxzoonose féline est une maladie émergente en France transmise par les tiques et causée par un protozoaire du genre Cytauxzoon. Les cas européens sont rares et les données concernant la présentation clinique, la prise en charge et le pronostic sont limitées. Les infections européennes sont généralement moins sévères que celles à Cytauxzoon felis en Amérique du Nord, où les chats domestiques développent une maladie souvent fatale associant abattement, anorexie, fièvre, déshydratation, ictère et pâleur des muqueuses1. Les principales anomalies biologiques incluent une anémie (pré)régénérative, une thrombopénie, une pancytopénie et/ou une hyperbilirubinémie2. L’association atovaquone–azithromycine est considérée comme le traitement de première intention, avec une efficacité variable, notamment dans les formes sévères ou en présence de comorbidités3.
Anamnèse
Un chat européen mâle castré de 7 ans, vivant principalement en extérieur dans le nord de la France, a été présenté pour anorexie aiguë, léthargie et ictère. Il était positif pour le virus de l’immunodéficience féline (FIV), n’avait pas voyagé et ne recevait pas de traitements antiparasitaires.
Examen clinique
Le chat présentait un abattement sévère, un score corporel de 3/9 avec une fonte musculaire modérée, une déshydratation estimée à 10 %, des muqueuses pâles et ictériques, un temps de remplissage capillaire supérieur à deux secondes, une légère dyspnée inspiratoire avec un stertor, un jetage nasal muco-purulent bilatéral, une adénomégalie mandibulaire et une néphromégalie bilatérales.
Démarche diagnostique
L’hématologie (Tableau 1) révélait une anémie régénérative macrocytaire hypochrome importante, une thrombopénie marquée et une leucocytose neutrophilique, lymphocytaire et monocytaire modérée avec éosinopénie. Le frottis sanguin réalisé sur site montrait une neutrophilie avec une déviation à gauche de la courbe d’Arneth, des signes de régénération et confirmait la thrombopénie estimée à 30×10³ plaquettes/µL. La biochimie (Tableau 1) montrait une hyperglobulinémie modérée, des valeurs d’urée et de créatinine basses et une légère hyperbilirubinémie.
Ces examens ont mené à la recherche d’une cause commune à la thrombopénie et à l’anémie régénérative, suspectée hémolytique au vu de l’hyperbilirubinémie. Le test de Coombs et les réactions en chaîne par polymérase (PCR) pour les mycoplasmes hémotropes étaient négatifs. Les radiographies thoraciques étaient peu remarquables. L’échographie abdominale mettait en évidence une splénomégalie avec des plages parenchymateuses multifocales hypoéchogènes, un épaississement modéré de la paroi de la jonction iléo-colique et du côlon ascendant proximal avec une perte de l’échostructure en couche et une stéatite focale, une néphromégalie bilatérale, un léger épanchement péritonéal et une légère adénomégalie gastrique, jéjunale et colique droite. Des cytoponctions n’ont pas été réalisées en raison de la thrombopénie. Cytauxzoon spp. a été visualisé dans les érythrocytes sur le frottis sanguin envoyé en laboratoire (Figure 1) puis confirmé par PCR quantitative sur sang EDTA.
Les troubles respiratoires ont été considérés comme secondaires à une infection par les agents du complexe respiratoire félin.
Traitement
Dans l’attente des résultats du laboratoire, une antibiothérapie probabiliste avec de la doxycycline (10 mg/kg PO q24h) a été initiée pour la suspicion de mycoplasmose. Une corticothérapie a ensuite été débutée en raison de la suspicion d’anémie hémolytique à médiation immune (AHMI) et/ou d’un processus néoplasique. Après identification du parasite, l’atovaquone (15 mg/kg PO q8h) et l’azithromycine (10 mg/kg PO q24h) ont été instaurées. Malgré les soins intensifs mis en place, l’état clinique du chat s’est détérioré, conduisant à son décès un jour après le début du traitement spécifique.
Discussion
La cytauxzoonose doit être envisagée dans le diagnostic différentiel d’une anémie hémolytique féline, surtout en présence d’une thrombopénie, même dans des régions non endémiques, sans antécédent de voyage et en l’absence de traitement contre les tiques. Elle doit être considérée lorsque la mycoplasmose est exclue, avant d’initier un traitement immunosuppresseur pour une suspicion d’AHMI non associative. Plusieurs facteurs ont pu contribuer à l’évolution défavorable du cas, notamment la sévérité de la maladie, la corticothérapie, la co-infection par le FIV et les agents du complexe respiratoire félin, et la possibilité d’un processus néoplasique suggéré par les anomalies échographiques.
Conclusion
Ce cas représente le premier signalement dans le nord de la France de cytauxzoonose féline confirmée par PCR. Il illustre qu’une forme grave peut être observée malgré des présentations décrites comme moins sévères en Europe, et rappelle l’intérêt de rechercher ce parasite comme cause d’anémie hémolytique, en particulier lorsqu’elle est associée à une thrombopénie.
Références
1. Carli, E. et al. Cytauxzoon sp. infection in the first endemic focus described in domestic cats in Europe. Vet. Parasitol. 183, 343–352 (2012).
2. Birkenheuer, A. J. et al. Cytauxzoon felis infection in cats in the mid-Atlantic states: 34 cases (1998–2004). J. Am. Vet. Med. Assoc. 228, 568-71 (2006).
3. Cohn, L. a., Birkenheuer, A. j., Brunker, J. d., Ratcliff, E. r. & Craig, A. w. Efficacy of Atovaquone and Azithromycin or Imidocarb Dipropionate in Cats with Acute Cytauxzoonosis. J. Vet. Intern. Med. 25, 55–60 (2011).
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 De l'approche de l'opthalmologue
Chateauneuf Sur Loire France
INSUFFISANCE LACRYMALE : POINT DE VUE DE L’OPHTALMOLOGUE SUR LES DIFFERENTES PRESENTATIONS CLINIQUES
Virginie Fouque, Clinique vétérinaire du Gabereau, 82 route d’Orléans, 45110 Chateauneuf sur Loire
L’insuffisance lacrymale est le premier stade de la kératoconjonctivite sèche. En médecine humaine, le « syndrome sec » est largement étudié et l’on sait désormais que cela provoque des symptômes allant de la gêne, puis la baisse de vision, et jusqu’à la douleur chronique accompagnée de dépression. En tenant compte de ces données, il apparaît nécessaire de diagnostiquer les insuffisances lacrymales afin de les prendre en charge.
Sécrétion des larmes [1]
La surface oculaire est l’unité fonctionnelle comprenant la conjonctive, les paupières (notamment le limbe et la partie postérieure des paupières), la cornée, et le film lacrymal. Le film lacrymal est donc un élément fondamental de la surface oculaire. Il permet d’apporter de l’oxygène et des nutriments à la cornée, d’éliminer les débris et les cellules mortes, de lubrifier la surface oculaire et ainsi favoriser le mouvement du globe et des annexes, et d’apporter des agents antimicrobiens. Il crée également une surface optiquement lisse et participe ainsi au pouvoir réfractif de la cornée.
Le film lacrymal est composé de trois couches :
La phase lipidique est l’interface avec le milieu extérieur. Elle est secrétée par les glandes de Meibomius, sous l’influence des androgènes et de certains neurotransmetteurs. La contraction du muscle orbiculaire des paupières favorise l’expression meibomienne. La phase lipidique limite l’évaporation du film lacrymal, forme une surface optiquement lisse, prévient l’écoulement par-dessus le bord palpébral, limite la contamination de la surface oculaire, et favorise le glissement des paupières.
La phase aqueuse représente la majeure partie du film lacrymal, est sécrétée par les glandes lacrymales (principale et glande de la membrane nictitante). La sécrétion est stimulée par l’innervation parasympatique du nerf facial et trijumeau. La phase aqueuse a un rôle de flush de la surface oculaire et contient les molécules nécessaires à la nutrition et à la protection de la cornée.
La phase mucinique, au contact de la cornée et mêlée dans la phase aqueuse, est secrétée par les cellules à mucus réparties dans la conjonctive et elle forme un glycocalyx avec les microvillosités des cellules épithéliales de la cornée. Elle permet la rétention d’eau sur la cornée et participe également à l’élimination des déchets.
Le film lacrymal est ensuite drainé par les voies lacrymales.
Causes de sécheresse oculaire [1]
Insuffisance de la phase aqueuse
- Dysimmunitaire : infiltration lympho-plasmocytaire de la glande lacrymale, généralement bilatérale. Considérée comme la cause la plus fréquente d’insuffisance lacrymale quantitative chez le chien, de nombreuses races sont prédisposées (exemple : Cocker, Carlin, Bulldog, Pékinois, WHWT,…). Cette forme peut être associée à d’autres affections d’origine immunitaire (atopie, pemphigus, LES,…). L’évolution peut se faire sur un mode aigu ou chronique.
- Vieillissement
- Infectieuses : maladie de Carré, blépharo-conjonctivite chronique (inflammation des glandes lacrymales). Chez le chat : herpesvirus (destruction de la glande et/ou obstruction des canalicules excréteurs ?)
- Neurologique : atteinte du nerf facial, du nerf trijumeau, de système neuro-végétatif (dysautonomie féline)
- Iatrogènes : exérèse chirurgicale de la glande nictitante, radiothérapie, médicamenteuse (exemple : atropine, sulfamides, anesthésiques locaux et généraux, atenolol, …).
- Congénitale. L’hypoplasie congénitale de la glande lacrymale est le plus souvent unilatérale. Le Yorkshire Terrier est prédisposé.
- Traumatique : traumatisme au niveau de la glande lacrymale ou certains produits caustiques peuvent engendrer une fibrose de la glande.
- Influence hormonale : hormones du cycle ovarien…
Instabilité lacrymale
La stabilité du film lacrymal peut être altérée en cas :
- D’insuffisance de la phase mucinique : affections des cellules à mucus (exemple : conjonctivite chronique, herpesvirose félin [2], traitement topique chronique contenant des conservateurs notamment chlorure de benzalkonium [3],…)
- D’augmentation de l’évaporation du film lacrymal [4] : insuffisance de la phase lipidique (affection des glandes de Meibomius, blépharites, séborrhée généralisée, adénite sébacée, agénésie palpébrale) défaut de clignement et d’étalement du film lacrymal (ectropion, paralysie faciale, lagophtalmie, …). Chez le chien, certaines races, comme le Shih-Tzu, sont prédisposées au dysfonctionnement des glandes de Meibomius.
Cas particulier des brachycéphales [5]
Plusieurs anomalies anatomiques et physiologiques des brachycéphales ont une répercussion sur la quantité et la qualité du film lacrymal :
Les valeurs du test de Schirmer sont, en moyenne, 14% plus basses chez les chiens brachycéphales sans signe clinique de sécheresse oculaire par rapport aux non brachycéphales ;
La densité de fibres nerveuses dans la cornée est moindre chez les brachycéphales, ce qui limite la stimulation de la sécrétion les voies afférentes ;
Les brachycéphales présentent une exophtalmie relative à la faible profondeur de l’orbite ce qui engendre une lagophtalmie (fermeture incomplète des paupières). Or, le clignement complet des paupières stimule la sécrétion de la phase lipidique du film lacrymal et permet son étalement. De plus, compte tenu de la moindre sensibilité cornéenne, la fréquence de clignement est plus faible chez les brachycéphales.
Les chiens brachycéphales sont prédisposés au dysfonctionnement des glandes de Meibomius
Signes cliniques d’une insuffisance lacrymale [1]
Une sécheresse oculaire provoque une inflammation de la surface oculaire, les signes cliniques sont en lien avec ce phénomène inflammatoire :
- Douleur à des degrés variables : augmentation de la fréquence de clignement, frottements/prurit, blépharospasme, photophobie
Chez l’Homme, les patients atteints de sécheresse oculaire rapportent des sensations de brûlure, une baisse de vision pouvant empêcher la réalisation d’activités quotidiennes. Ces patients ont une altération de la qualité de vie et peuvent développer de l’anxiété voire de la dépression.
- Hyperhémie conjonctivale
- Sécrétions muqueuses à muco-purulentes collantes
- Cornée terne, dépolie
- Néovascularisation cornéenne
- Infiltration cellulaire de la cornée
- Œdème cornéen
- Epaississement de l’épithélium cornéen
- Envahissement de la cornée par des pigments mélaniques
- Ulcères cornéens parfois graves
Les paupières permettent l’étalement du film lacrymal sur la cornée, de plus, la sécrétion meibomienne est stimulée par le clignement et l’appui des bords palpébraux supérieurs et inférieurs l’un contre l’autre. Ainsi, les anomalies de positionnement et de clignement des paupières peuvent conduire à un défaut d’étalement ou à une augmentation de l’évaporation du film lacrymal. Il est donc essentiel de rechercher :
- Un défaut de fermeture des paupières (lagophtalmie, exophtalmie, macrofente palpébrale, paralysie faciale, agénésie palpébrale, …)
- Un ectropion
Méthodes diagnostiques
Test de Schirmer
Le test de Schirmer permet de mesurer la quantité d’eau dans les larmes, il évalue donc la sécrétion de la phase aqueuse. La bandelette, placée dans le cul de sac conjonctival inférieur, est laissée en place pendant une minute et le résultat est lu à l’issue du test. Ce test doit être effectué avant toute instillation de collyre.
Chez le chien, la valeur normale du test de Schirmer 1, qui est le plus couramment utilisé en pratique, est comprise dans l’intervalle [15-25]mm/min. Chez le chat, les valeurs du test de Schirmer 1 sont inférieures : de 12 ± 4mm/min à 15.7 ± 3.7mm/min selon les études.
Il est possible de réaliser un test de Schirmer 2 après instillation d’anesthésique local sur la cornée ce qui permet de s’affranchir de la sécrétion réflexe.
Test au fil imprégné de Rouge Phénol
Ce test permet, comme le test de Schirmer, de mesurer la phase aqueuse du film lacrymal. Il a l’avantage de pouvoir être utilisé dans les espèces dont les fentes palpébrales sont de petite taille, et dure moins longtemps que le test de Schirmer.
Temps de rupture du film lacrymal (Break-Up Time) [1,4]
Une rupture précoce (<5secondes) du film lacrymal correspond à une instabilité de celui-ci, donc une insuffisance de la phase muqueuse et/ou de la phase lipidique. La mesure de ce temps de rupture complète donc le test de Schirmer.
Il est possible de mesurer le NIBUT (non invasive break up time) de façon automatisée.
Tests aux colorants
Les colorants utilisés en pratique sont la fluorescéine et le Rose Bengal. La fluorescéine permet de diagnostiquer un ulcère cornéen ou une érosion épithéliale. Le Rose Bengal marque les cellules épithéliales en souffrance, il est plus précoce que la fluorescéine.
Méniscométrie
La méniscométrie consiste à mesurer la hauteur du ménisque lacrymal au niveau du bord palpébral inférieur en plaçant une bandelette au contact du ménisque pendant 5 secondes. Cette méthode est peu utilisée en médecine vétérinaire malgré un temps d’application plus court et une bonne corrélation entre test par méniscométrie et test de Schirmer 1 pour le diagnostic de la kérato-conjonctivite sèche chez le chien. Elle semble moins bien tolérée chez le chat que chez le chien, et les résultats sont encore variables selon les études conduites dans cette espèce.
Interférométrie
L’interférométrie est une technique permettant d’évaluer l’épaisseur de la phase lipidique du film lacrymal. L’œil est éclairé par une lumière blanche, celle-ci est réfléchie au niveau de l’interface entre phase lipidique et phase aqueuse, et la frange de couleur obtenue dépend de l’épaisseur de la phase lipidique.
Meibographie [4]
La meibographie est une technique d’imagerie des glandes de Meibomius. Les anomalies morphologiques des glandes de Meibomius (raccourcissement, absence de glande, dilatation, obstruction,…) sont associées à une instabilité du film lacrymal.
Osmolarité
Chez l’Homme, la sécheresse oculaire est associée à une augmentation de l’osmolarité des larmes. Les études menées chez le chien tendent vers des résultats similaires.
Conclusion
Une diminution de la quantité ou de la qualité du film lacrymal provoque un inconfort et une baisse de vision et peut avoir des conséquences graves sur la surface oculaire. En pratique, la kérato-conjonctivite sèche chez le chien est souvent bien diagnostiquée, mais les stades plus précoces, les insuffisances lacrymales qualitatives et la sécheresse oculaire chez le chat le sont généralement mois. La compréhension des mécanismes physiopathologiques de la sécheresse oculaire, la connaissance des différentes méthodes de mesure, et la réalisation plus systématiques des examens tels que le test de Schirmer et le Break-Up Time permettront d’améliorer la prise en charge de nos patients.
Bibliographie
Giuliano EA, Diseases and surgery of the lacrimal secretory system, In : Gelatt KN, ed, Veterinary Ophthalmology. Sixth edition. Hoboken : Wiley Blackwell ; 2021, 1008-1044.
Lim CC, Reilly CM, Thomasy SM, Kass PH, Maggs DJ. Effects of feline herpesvirus type 1 on tear film break-up time, Schirmer tear test results, and conjunctival goblet cell density in experimentally infected cats. Am J Vet Res. 2009 Mar;70(3):394-403.
D'andrea L, Montemagni M,Celenza G, Iorio R, Costagliola C. Is it time for a moratorium on the use of benzalkonium chloride in eyedrops? Br J Clin Pharmacol. 2022;88(9):3947-3949
Jeong D, Kang S, Shim J, Lee E, Jeong Y, Seo K. Evaluation of ocular surface parameters in dogs with and without meibomian gland dysfunction. Vet Rec. 2022 Jul;191(2):e1682.
Sebbag L, Sanchez RF. The pandemic of ocular surface disease in brachycephalic dogs: The brachycephalic ocular syndrome. Vet Ophthalmol. 2023 Apr;26 Suppl 1:31-46.
Liens d'intérêt : investigateur Clinaxel, consultant MPLabo,
📃 De l'approche du neurologue
Annecy France
L'insuffisance lacrymale est le plus souvent attribuée à une atteinte primitive de la glande lacrymale, notamment dans le cadre d'une kératoconjonctivite sèche (KCS) d'origine dysimmunitaire. Pourtant, une altération de l'innervation de la sécrétion lacrymale constitue un diagnostic différentiel important, en particulier chez les animaux présentant des signes neurologiques associés. La distinction entre une insuffisance lacrymale d'origine neurologique et une atteinte glandulaire est essentielle, car elle conditionne les investigations complémentaires, le pronostic et la prise en charge thérapeutique.
1/ Rappels sur le contrôle nerveux de la sécrétion lacrymale
La sécrétion lacrymale repose sur un arc réflexe faisant intervenir une voie afférente sensitive et une voie efférente parasympathique.
Voie afférente : le nerf trijumeau (V)
Le film lacrymal est continuellement stimulé par les informations sensitives provenant principalement de la cornée et de la conjonctive. Ces informations sont véhiculées par les fibres ophtalmiques (branche V1) du nerf trijumeau. La cornée est l'un des tissus les plus richement innervés de l’organisme ; toute diminution de sa sensibilité réduit le déclenchement du réflexe lacrymal.
Les influx sensitifs gagnent le ganglion trigéminal puis les noyaux sensitifs du trijumeau dans le tronc cérébral, où ils sont intégrés avant d'activer les centres parasympathiques responsables de la sécrétion lacrymale.
Voie efférente : le nerf facial (VII)
La réponse sécrétoire dépend du système parasympathique porté par le nerf facial. Les fibres préganglionnaires rejoignent le ganglion ptérygopalatin. Les fibres postganglionnaires gagnent ensuite la glande lacrymale où elles stimulent la production de la phase aqueuse des larmes. Les glandes lacrymales responsable de la sécrétion lacrymale sont la glande orbitaire et la glande de la membrane nictitante.
Le nerf facial intervient également dans le clignement des paupières supérieures par l'intermédiaire du muscle orbiculaire. Une diminution du clignement favorise l'évaporation du film lacrymal et peut aggraver une insuffisance lacrymale déjà présente.
Ainsi, une atteinte du nerf V diminue le stimulus de sécrétion, tandis qu'une atteinte du nerf VII diminue la commande sécrétoire elle-même. Dans les deux cas, le résultat est une baisse de la production lacrymale, malgré une glande lacrymale anatomiquement normale.
Comment reconnaître une insuffisance lacrymale d'origine neurologique ?
La première étape repose sur la confirmation d'une diminution de la production lacrymale, généralement par le test de Schirmer. Une valeur inférieure aux normes de l'espèce confirme l'hypolacrymie mais ne permet pas d'en déterminer la cause.
Les manifestations oculaires d’une insuffisance lacrymale d’origine neurologique sont identiques à celles observées lors d’une insuffisance lacrymale d’origine glandulaire ou ophtalmologique. La distinction repose donc essentiellement sur la mise en évidence de signes neurologiques associés, évocateurs d’une atteinte du nerf trijumeau (V), responsable des afférences sensitives du réflexe lacrymal, ou du nerf facial (VII), qui assure l’innervation parasympathique des glandes lacrymales.
L'examen neurologique apporte alors des éléments discriminants.
Rechercher une atteinte du nerf trijumeau (V)
Une diminution ou une absence de sensibilité cornéenne est l'élément le plus évocateur. Il peut en résulter une kératite neurotrophique : maladie cornéenne dégénérative caractérisée par de l’œdème et de l’érosion des cellules épithéliales.
La sensibilité cornéenne est évaluée à l’aide du reflexe cornéen : on touche délicatement la cornée à l’aide d’un filament de coton ou de compresse et on observe une fermeture de la paupière supérieure. Un esthésiomètre peut également être utilisé.
Selon la localisation de la lésion, d'autres anomalies peuvent être présentes :
Diminution de la sensibilité faciale : diminution ou absence du reflexe palpébral.
Déficit trigéminal moteur :
Si atteinte bilatérale : difficulté/incapacité à fermer la gueule et/ou amyotrophie temporale et massétérine symétrique et bilatérale.
Si atteinte unilatérale (Fig 1): uniquement amyotrophie ipsilatérale des muscles masticateurs (temporal et masséter).
Rechercher une atteinte du nerf facial (VII)
Une atteinte du nerf VII entrainant une sécheresse cornéenne secondaire à une baisse d’innervation efférente des glandes lacrymales est appelée une kérato-conjonctivite sèche neurogénique.
L'atteinte du VII est souvent plus facilement identifiée cliniquement :
paralysie faciale unilatérale ou bilatérale ;
baisse ou absence du clignement spontané (« fait des clins d’œil » de l’œil sain ); ou du clignement à la menace.
ptose paupière supérieure, babine et de l'oreille ;
Absence ou diminution du réflexe palpébral et cornéen.
Si atteinte parasympathique oculaire et nasale associée : possible mydriase ipsilatérale, xérorhinie (sécheresse de la truffe/nez ipsilatérale) et hyperkératose (fig 2).
Lors d’atteinte faciale associée à une otite moyenne/interne, un syndrome de Claude Bernard Horner (atteinte du système sympathique de l’œil) ou un syndrome vestibulaire (atteinte du nerf vestibulo-cochléaire VIII) peuvent être notés. Il convient donc de les rechercher.
A noter que les réflexes cornéens et palpébraux testent tous les deux les même arc afférents (nerf trijumeau) et efférent (nerf palpébral). Ainsi, en cas de reflexe anormal, il peut parfois être difficile de conclure sur une atteinte du nerf V, une atteinte du nerf VII ou même parfois les deux. Plusieurs choses sont alors à surveiller, qui peuvent nous aider à trancher :
Autres signes orientant vers une atteinte du V ou du VII. Si le clignement à la menace est présent ce n’est donc pas une atteinte du nerf facial.
Exophtalmie reflexe en cas d’atteinte uniquement du nerf palpébral : le stimulus est ressenti (afférence sensitive présente) et provoque donc une enophtalmie reflexe sans fermeture de la paupière supérieure.
Principaux diagnostics différentiels neurologiques
Les principales causes neurologiques d'insuffisance lacrymale comprennent :
les neuropathies du nerf facial (otite moyenne/interne, névrite faciale idiopathique). Récemment, l’utilisation de produits locaux à longue action ciblant le traitement d’otites externes a été impliqué dans l’apparition de neuropathie faciale et de KCS neurogénique.
les neuropathies du nerf trijumeau, notamment lorsqu'elles affectent la branche ophtalmique : névrite/neuropathie idiopathique du nerf trijumeau, tumeur de la gaine du nerf périphérique, lymphome…
les lésions du tronc cérébral intéressant les noyaux du V ou du VII : gliome, méningiome de la fosse caudale, lymphome…
Maladies neuromusculaires avec atteinte des nerfs crâniens (botulisme, myasthénie grave, polynévrite…)
Approche pratique
Face à une insuffisance lacrymale, une démarche simple peut être proposée :
Confirmer l'hypolacrymie par un test de Schirmer ;
Examiner la cornée et rechercher une kératite ou un ulcère neurotrophique ;
Tester systématiquement la sensibilité cornéenne ;
Réaliser un examen neurologique.
En cas d’atteinte nerveuse suspectée envisager la réalisation d’un examen IRM de la tête, examen d’imagerie le plus sensible permettant d’évaluer l’aspect des nerfs crâniens, des oreilles moyennes/internes, et du tronc cérébral. Un examen tomodensitométrique de la tête ne permettra pas d’évaluer correctement ces structures nerveuses. Si une maladie neuromusculaire était suspectée (atteinte symétrique de plusieurs paires de nerfs crâniens ou parésie de type MNP associée), une exploration des maladies neuromusculaires secondaires (bilan métabolique) ou primaire (EMG/ENG) seront préférés.
Conclusion
Une insuffisance lacrymale ne traduit pas systématiquement une maladie primitive ophtalmologique. La sécrétion des larmes dépend d'un arc réflexe dont la composante afférente est assurée par le nerf trijumeau et la composante efférente parasympathique par le nerf facial. Une atteinte de l'un ou l'autre de ces nerfs peut entraîner une hypolacrymie parfois sévère. L'association d'un test de Schirmer à un examen neurologique rigoureux, centré sur les nerfs V et VII, permet dans la majorité des cas de distinguer une insuffisance lacrymale neurologique d'une KCS glandulaire et d'orienter rapidement la prise en charge.
Références :
Bercovitz GR, Gaerig AM, Conway ED, Huey JA, Telle MR, Stavinohova R, Cherubini GB, Capasso A, Myrna KE. Long-lasting otic medications may be a rare cause of neurogenic keratoconjunctivitis sicca in dogs. J Am Vet Med Assoc. 2022 Nov 8;261(1):97-103.
De Lahunta A, Glass EN, Kent M. De Lahunta’s Veterinary Neuroanatomy and Clinical Neurology. 5th ed. St. Louis (MO): Elsevier; 2021.
Galley AP, Beltran E, Tetas Pont R. Neurogenic keratoconjunctivitis sicca in 34 dogs: a case series. Vet Ophthalmol. 2022;25(2):140–152.
Matheis FL, Walser-Reinhardt L, Spiess BM. Canine neurogenic keratoconjunctivitis sicca: 11 cases (2006–2010). Vet Ophthalmol. 2012;15(4):288–290.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 De l'ethnobotanique au consensus scientifique, actualités
Module « phytothérapie »
Nathalie SCHMITT, DVM, CEAV de médecine interne des carnivores domestiques, DIU de phyto-aromathérapie de la Faculté de Pharmacie de Nantes
Coordinatrice du RéPAAS (Réseau de Phyto-Aromathérapie de L’AFVAC, AVEF, SNGTV)
Membre de la Cost-action MedPlant4Vet
Clinique Vétérinaire de Stang-zu
Quimper France
Phytothérapie en médecine vétérinaire : de l'ethnobotanique au consensus scientifique
Introduction
L’usage des plantes médicinales est historiquement l'une des formes de traitement les plus anciennes, avec des traces remontant à plus de 60 000 ans. Aujourd'hui, l'OMS estime que 70 % de la population mondiale a recours à ces médecines traditionnelles. Loin d'être une pratique marginale, la phytothérapie vétérinaire contemporaine s’inscrit désormais dans le paradigme de l’Evidence-Based Medicine (EBM), définie comme « l’utilisation consciencieuse, explicite et judicieuse des meilleures données actuelles issues de la recherche clinique pour la prise de décision » concernant chaque patient. Cette présentation propose d’expliquer le passage d'une observation empirique (l'ethnobotanique) à un consensus scientifique reposant sur une démarche méthodologique stricte, transformant une tradition millénaire en une discipline médicale factuelle et sécurisée.
1) Les racines du savoir – Ethnobotanique et Zoopharmacognosie1
1.1. Définitions et cadre conceptuel
L’ethnobotanique étudie les relations réciproques entre les humains et le monde végétal, s'appuyant sur des connaissances empiriques acquises au cours de centaines de générations. Dans le domaine animal, on parle de médecine ethnovétérinaire (MEV) ou d’anthropologie vétérinaire, définie par Constance McCorkle comme l'étude holistique des savoirs locaux, des pratiques et des structures sociales liés aux soins de santé animale. Ce champ englobe la zoopharmacognosie, l'étude de l'auto-médication animale, où les animaux sauvages sélectionnent des substances naturelles (plantes, minéraux) pour traiter ou prévenir des pathologies. Ces comportements sont des stratégies adaptatives essentielles constituant une première ligne de défense contre les parasites. Pour le clinicien, l'EBM vient structurer ces savoirs en combinant trois piliers : les preuves issues de la recherche, son expertise clinique individuelle et les préférences du propriétaire.
1.2. Un héritage historique mondial
L’histoire de la botanique vétérinaire est universelle. En Inde, l'Ayurveda (notamment le Rig Veda entre 4500 et 1600 av. J.-C.) mentionne déjà l'usage des plantes. Des textes comme le Nakul Samhita sont considérés comme les premiers traités consacrés au traitement des animaux par les herbes, avec des vétérinaires antiques comme Shalihotra spécialisés dans les soins aux chevaux. En Chine, la tradition remonte à l'empereur Shen Nong (env. 3700 av. J.-C.). En Égypte, le papyrus vétérinaire de Kahun (1900 av. J.-C.) documente précisément les soins au bétail. En Europe, après la préservation du savoir antique par les monastères (H. de Bingen), la botanique devient le socle de l'enseignement vétérinaire lors de la création de la première école à Lyon en 1762. À Alfort (1766), les étudiants cultivaient des jardins médicinaux et apprenaient à distiller les extraits pour produire des remèdes.
1.3. L'ethnobotanique comme point de départ de la découverte
L'ethnobotanique moderne ne se contente pas d'archiver des recettes ; elle utilise la bioprospection pour filtrer systématiquement les produits naturels à fort potentiel. Ce savoir empirique, basé sur une méthode d'essais et d'erreurs, permet d'identifier des plantes ayant déjà démontré une efficacité clinique. Historiquement, des concepts comme la théorie des signatures (où l'apparence de la plante suggère son usage, ce qui ne peut évidemment plus aujourd’hui être considéré comme fiable !) ont pu servir de moyens mnémotechniques pour transmettre ces connaissances dans des sociétés à tradition orale avant que la science moderne ne vienne en valider ou infirmer la pertinence. L'observation ethnobotanique constitue ainsi l'hypothèse de travail initiale qui alimentera ensuite la recherche préclinique.
2) De la plante à la molécule – La rigueur de la validation pharmacologique3,4
2.1. Phytochimie et identification des actifs
Le passage à une phytothérapie raisonnée repose sur l'identification des constituants actifs. La plante est une usine complexe produisant des métabolites secondaires : saponines, flavonoïdes, terpènes, alcaloïdes, ou tanins. L'exemple de la réglisse (Glycyrrhiza glabra) est à cet égard démonstratif, avec plus de 20 triterpénoïdes et 300 flavonoïdes identifiés. La recherche utilise des techniques de pointe comme la chromatographie HPLC ou GC-MS pour isoler ces molécules. Afin de garantir une efficacité reproductible, l'obtention d'un consensus impose des extraits standardisés. Par exemple, la Pharmacopée exige que la réglisse contienne un minimum de 2 % d'acide glycyrrhizique pour être validée cliniquement, transformant la drogue brute en un outil médical fiable.
2.2. Mécanismes d'action moléculaires
L'approche mécaniste déchiffre les interactions entre les biomolécules et les cibles cellulaires. L’acide glycyrrhizique et ses dérivés agissent sur l'inflammation en inhibant le facteur nucléaire NF-κB, qui contrôle les gènes des cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-1β), ainsi que les enzymes COX-2 et LOX. Cette action mime celle de l'hydrocortisone sans les effets secondaires systémiques des corticoïdes de synthèse. En virologie, ces composés bloquent l'entrée ou la réplication de virus tels que le PRRSV ou le PEDV chez le porc. La science élucide également les risques, comme l'inhibition de l'enzyme 11β-HSD2 qui explique le risque de pseudoaldostéronisme (hypertension) en cas de surdosage prolongé, permettant au praticien de sécuriser sa prescription.
2.3. Études précliniques et modèles in vivo
Avant l'application clinique, les plantes subissent une évaluation rigoureuse. Le criblage in vitro permet de tester l'activité antibactérienne (détermination de la CMI) ou antiparasitaire. Les modèles in vivo (rongeurs, chiens) valident ensuite la biodisponibilité et l'efficacité systémique. Une étude sur l'hyperplasie bénigne de la prostate chez le chien a montré qu'un extrait de réglisse réduit significativement les niveaux de PSA et le stress oxydatif. Ces modèles permettent aussi de définir la DL50 et d'évaluer la cytotoxicité sur des lignées cellulaires, garantissant l'innocuité avant toute étude clinique humaine ou vétérinaire de plus grande ampleur.
3) L'aboutissement scientifique – Le consensus et l'application clinique5
3.1. La pyramide des preuves en phyto-aromathérapie
L’EBM utilise une pyramide des preuves pour hiérarchiser la fiabilité des données. À la base se trouvent les avis d'experts et rapports de cas (niveau C), utiles mais à risque de biais. Le milieu comprend les études observationnelles. Le sommet est occupé par les Essais Contrôlés Randomisés (ECR) (niveau A), considérés comme le « gold standard ». Le défi de la phytothérapie vétérinaire est de gravir ces échelons pour transformer l'observation ethnobotanique en donnée clinique validée. Le vétérinaire doit toutefois rester conscient des « zones grises » de la pratique clinique, où le patient réel diffère souvent du patient « moyen » des études statistiques.
3.2. Synthèse et consensus scientifique
Le consensus scientifique naît de la synthèse de la littérature via des revues systématiques et des méta-analyses. Ces travaux compilent des données disparates pour formuler des recommandations de bonnes pratiques, à l'image de la collaboration Cochrane en médecine humaine. En médecine vétérinaire, des initiatives comme le RéPAAS (réseau de phyto-aromathérapie de ‘AFVAC, AVEF, SNGTV) et MedPlants4Vet (Action COST impliquant 46 pays) structurent ce consensus au niveau national et européen. La plateforme interactive de MedPlants4Vet rassemble des connaissances historiques et modernes, identifie les lacunes de recherche et formule des conseils pour les futures réglementations et procédures d'autorisation.
3.3. Intégration dans la pratique vétérinaire moderne
La phytothérapie s'inscrit aujourd'hui dans une approche de médecine intégrative. Elle offre des alternatives précieuses pour la gestion des maladies chroniques (arthrite) où les traitements conventionnels montrent des limites de tolérance à long terme. Elle entend également apporter une partie de la réponse au défi majeur de l'antibiorésistance. Son intégration est facilitée par des administrations orales simples en élevage et répond à la demande croissante pour des produits issus d'élevages limitant les résidus chimiques. En respectant les principes de l'EBM, le vétérinaire praticien garantit une médecine factuelle, éthique et durable, ancrée dans les enjeux de santé publique du XXIe siècle.
Conclusion : Vers une phytothérapie vétérinaire factuelle et intégrée
La transition du champ au consensus scientifique est désormais une réalité pour la profession vétérinaire. L'ethnobotanique et la médecine ethnovétérinaire fournissent le socle de l'innovation par la bioprospection, tandis que la rigueur de la phytochimie et de la pharmacologie moléculaire transforme ces pistes en outils thérapeutiques standardisés et sécurisés. En adoptant les standards de l’Evidence-Based Medicine et en s'appuyant sur des réseaux structurés comme le RéPAAS et MedPlants4Vet, le vétérinaire s'affirme comme le garant d'une utilisation raisonnée des plantes. Cette discipline, réconciliant héritage millénaire et rigueur scientifique, occupe une place stratégique dans l'approche « One Health », au service de la santé animale, humaine et environnementale.
Conflits d’intérêt : pas de conflit d’intérêt déclaré
Bibliographie :
Wynn S. G., Fouge?re B. Chap 3 : Ethnoveterinary medicine : potential solutions for large-scale problems ?In Veterinary herbal medicine; Mosby Elsevier 11830 Westline industrial drive St Louis Missouri 63146 USA, 2007, p. 18-27.
Selogatwe KM, Asong JA, Struwig M, Ndou RV, Aremu AO. A Review of Ethnoveterinary Knowledge, Biological Activities and Secondary Metabolites of Medicinal Woody Plants Used for Managing Animal Health in South Africa. Vet Sci. 2021 Oct 12;8(10):228. doi: 10.3390/vetsci8100228. PMID: 34679058; PMCID: PMC8537377.
García-Salazar G, Urbán-Morlán Z, Mendoza-Elvira S, Quintanar-Guerrero D, Mendoza S. Broad Antiviral Spectrum of Glycyrrhizic Acid for Human and Veterinary Medicine: Reality or Fiction? Intervirology. 2023;66(1):41-53. doi: 10.1159/000528198. Epub 2022 Dec 1. PMID: 36455522; PMCID: PMC10015762.
Pastorino G, Cornara L, Soares S, Rodrigues F, Oliveira MBPP. Liquorice (Glycyrrhiza glabra): A phytochemical and pharmacological review. Phytother Res. 2018 Dec;32(12):2323-2339. doi: 10.1002/ptr.6178. Epub 2018 Aug 17. PMID: 30117204; PMCID: PMC7167772.
https://www.medplants4vet.eu
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 De la bouche et la langue
Allonzier-La-Caille France
Particularités de la cicatrisation orale et choix des sutures
Les principes généraux et phases de la cicatrisation s’appliquent à la cicatrisation de la cavité orale. Bien que cet environnement puisse paraître hostile (flore bactérienne abondante, contraintes mécaniques masticatoires, passage des aliments), l’humidité locale favorise la migration cellulaire, permettant une épithélialisation très rapide et la protection du tissu cicatriciel. Par ailleurs, la très riche vascularisation des structures buccales rend les complications infectieuses peu fréquentes.
Le choix du matériel est crucial. Les monofilaments résorbables sont impératifs : ils préviennent la pénétration bactérienne par capillarité (propre aux multifilaments), évitent un retrait ultérieur sous sédation voire anesthésie et améliorent ainsi le confort du patient.
L’utilisation de poliglecaprone 25 (Monocryl, Monosyn, Advantime – résorption en 90 jours) est intéressante pour sa bonne résistance à la traction, son excellente tolérance tissulaire et souplesse. Si une résorption plus lente est souhaitée, du polydioxanone (PDS) peut être utilisé mais le fil est plus rigide et donc moins confortable pour le patient.
Concernant les aiguilles, une section triangulaire (reverse cutting) ou taper cut facilite la pénétration des tissus denses (gencive, mucopérioste palatin), tandis qu'une aiguille à section ronde est suffisante pour les muqueuses labiales, vestibulaires et la langue.
Les babines et le vestibule
La muqueuse vestibulaire et la sous-muqueuse, moins élastiques que la peau et les muscles faciaux, constituent souvent le facteur limitant des reconstructions labiales. Ces dernières doivent répondre à des exigences tant fonctionnelles qu'esthétiques. Le choix de la méthode de fermeture la plus appropriée va donc dépendre de la taille du défect et de sa localisation, des tissus disponibles à proximité, mais aussi de l’espèce et de la race (chien à babines pendantes par exemple).
Une fermeture en plusieurs plans (comprenant a minima un plan muqueux et un plan cutané) est indispensable : tout défaut d'apposition muqueuse ou bien une perte importante de sa surface favorisent la formation de contractures cicatricielles distordantes.
Lors de défauts mineurs, les plaies simples ou bien des résections en coin sont fermées directement par un surjet simple Les lacunes rectangulaires peuvent être refermées en « Y » ou via un lambeau d’avancement simple de la babine. Celui-ci doit être en pleine épaisseur et suffisamment long pour limiter la tension. Dans le cas où la perte tissulaire est au niveau des incisives, un lambeau d’avancement bilatéral peut être effectué. La babine inférieure est plus facile à mobiliser que la supérieure et il est généralement accepté qu’environ la moitié de la babine supérieure peut être retirée et fermée directement sans devoir recourir à des techniques avancées de reconstruction.
Lorsqu’un défaut majeur est présent, des reconstructions plus complexes par lambeaux sont nécessaires : rotation buccale, rotation labial (et son extension buccolabiale) ou transposition cutanée. Le lambeau angularis oris, basé sur la branche perforante de l'artère éponyme, est d'une grande versatilité pour les reconstructions labiales, palatines ou maxillofaciales [1, 2]. Un avancement rostral de la commissure peut survenir après ces lambeaux, limitant parfois l'ouverture buccale, mais rarement avec des conséquences cliniques significatives.
La langue
Organe essentiellement musculaire, la langue cicatrise remarquablement bien à condition qu’au moins une des paires artère-veine ventrolatérales est préservée. L’utilisation de sutures de traction peuvent grandement aider à manipuler les bords de plaie sans traumatiser les tissus.
Des sutures en deux plans sont effectuées avec du monofilament résorbable 4-0 à 5-0. L’utilisation d’un surjet est préférée à celle de points simples afin de limiter le nombre de nœuds et ainsi apporter un meilleur confort au patient. Il est important de faire des sutures qui sont apposantes. Lors de suture de langues qui sont très épaisses (races brachycéphales par exemple), la réalisation d'un plan musculaire profond facilite grandement l'apposition.
Le choix de la méthode de fermeture est dicté par la localisation et l’étendue de la résection ainsi que par les possibilités de conservation de l’aspect normal de la langue :
• Si la résection est distale, une suture transverse est effectuée. Les muqueuses ventrale et dorsale sont alors suturées ensemble bord à bord.
• Si la résection est située sur le côté de la langue, une fermeture longitudinale peut être effectuée mais elle laisse alors visible la perte de tissus. Une alternative est de faire une ligne de suture perpendiculaire à l’axe de la langue en suturant les muqueuses ventrales et dorsales bord à bord séparément ; une déviation de la langue en direction de la suture est alors présente mais n’est que rarement à l’origine de conséquences fonctionnelles si le défect à fermer n’est pas trop important
• Si la lacune tissulaire est conséquente, des lambeaux de langue sont une dernière possibilité. La moitié longitudinale restante de la langue est alors repliée latéralement puis suturée au site de résection. La longueur totale est réduite mais cela évite une déviation conséquente de l’axe de la langue et préserve la fonction.
Le palais
La fermeture des plaies du palais dur (fentes palatines, lacérations, fistules oronasales) est compliquée par l’inélasticité des tissus palatins qui créée de la tension sur les sutures. Bien que la fermeture de plaies de petite taille puisse parfois se faire par suture directe des berges de la plaie, le recourt à des techniques plus avancées est souvent nécessaire. Parmi celles-ci, les deux plus utilisées sont :
• la technique de von Langenbeck : Création de deux lambeaux mucopériostés bipédiculés médialement à l’arcade dentaire et de part et autre du défaut palatin, suturés au-dessus du défaut [3]. Il est important d’être délicat lors de l’élévation des lambeaux afin de ne pas léser les artères palatines majeures et les branches des vaisseaux infraorbitaires.
• le lambeau en superposition : Un lambeau mucopériosté est élevé, retourné, puis glissé et suturé dans une poche créée entre l’os palatin et le mucopérioste controlatéral.
La technique de von Langenbeck est traditionnellement considérée comme étant moins robuste comparée à la technique de lambeaux superposés car la ligne de suture est située directement au-dessus du défect palatin. Elle présente cependant l’avantage de mobiliser plus de tissus et permet donc probablement de couvrir des lacunes plus importantes. Les sites donneurs mis à nu avec ces deux techniques cicatrisent par seconde intention en 3 à 4 semaines.
Les défauts très larges (ou les reprises chirurgicales) peuvent nécessiter des lambeaux plus complexes (avancement vestibulaire, transposition, angularis oris [4]). Des extractions dentaires doivent souvent être effectuées 4 à 6 semaines au préalable afin de permettre la création et le passage d’un lambeau suffisamment grand et pour éviter un traumatisme ultérieur de celui-ci par les dents.
Le palais mou, plus élastique, autorise souvent une fermeture directe. Pour les situations avec une perte de substance importante, des lambeaux pédiculés peuvent être effectués. Il est impératif d'effectuer une suture en 2 à 3 plans pour apposer correctement les muqueuses nasopharyngées et oropharyngées.
Du monofilament résorbable 3-0 à 5-0 est recommandé pour l'ensemble des chirurgies palatines.
Références bilbiographiques
1. Losinski SL et coll. Versatility of the Angularis Oris Axial Pattern Flap for Facial Reconstruction. Vet Surg. 2015; 44: 930-8.
2. Albernaz VGP et coll. Angularis oris axial pattern flap as a reliable and versatile option for rostral facial reconstruction in cats. Vet Surg. 2021; 50: 1688-95.
3. Pavletic MM. Surgical closure of cleft palate defects in dogs using a modification of the traditional von Langenbeck technique: 12 cases (2015–2022). J Am Vet Med Assoc. 2023; 261: 526-35.
4. Nakahara N et coll. Hard palate defect repair by using haired angularis oris axial pattern flaps in dogs. Vet Surg. 2020; 49: 1195-202.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 De la peau
Guildford Royaume-Uni
Consensus sur les sutures cutanées
La fermeture cutanée en chirurgie des animaux de compagnie exige un équilibre sans compromis entre sécurité mécanique, apposition tissulaire précise et préservation maximale de la perfusion microvasculaire locale. L’obtention d’une cicatrisation par première intention avec des résultats cosmétiques et fonctionnels optimaux repose sur une compréhension rigoureuse des biomatériaux, de la physique des aiguilles, de la distribution des tensions et de la biomécanique des nœuds.
Choix du matériel de suture
La suture cutanée idéale fournit une résistance à la traction adéquate durant la phase de latence de la cicatrisation, tout en induisant une réactivité tissulaire minimale et en résistant à la colonisation bactérienne.
Monofilaments non résorbables (la référence) : Les polymères monofilaments (principalement le nylon ou le polypropylène) demeurent le premier choix pour la fermeture cutanée externe. Leur surface lisse minimise la friction tissulaire, empêche la capillarité des fluides et des bactéries associée aux structures tressées, et en fait le matériel le plus inerte.
Monofilaments résorbables synthétiques : Lorsque le retrait ultérieur des sutures externes n'est pas pratique (par exemple en raison du tempérament de l'animal ou de la localisation anatomique), les monofilaments synthétiques résorbables (tels que le poliglecaprone 25 ou le glycomer 631) représentent une excellente alternative pour les sutures percutanées externes. Ces polymères à dégradation rapide offrent un soutien à court terme adapté sans persister sous forme de corps étrangers chroniques.
Surjets intradermiques / sous-cuticulaires : La fermeture intradermique continue à l'aide de monofilaments résorbables élimine complètement la nécessité d'un retrait des points, évite les marques de suture externes et permet de réduire l'incidence des traumatismes auto-infligés en postopératoire.
Quel que soit ce choix, la fermeture cutanée doit toujours être précédée de sutures sous-cutanées, visant à absorber la majeure partie de la tension sur les berges de la plaie et à éliminer les espaces morts.
Choix de l’aiguille
Section de l’aiguille
La peau est un organe dense, viscoélastique, riche en collagène et en élastine, nécessitant des aiguilles dotées d'un pouvoir pénétrant élevé, qui ne s'émoussent pas trop rapidement et ne requièrent pas de force excessive pour traverser les tissus. Les meilleures options sont les aiguilles « tapercut » et les aiguilles à tranchant inversé (reverse-cutting).
Aiguilles à tranchant inversé (reverse-cutting) : Le bord tranchant triangulaire est positionné sur la courbure convexe externe de l'aiguille. Cette orientation dirige le bord plat du triangle vers la berge de la plaie, évitant que le fil ne déchire le pont tissulaire (pull-through) lors du serrage sous tension. Les aiguilles tranchantes conventionnelles, dont le bord coupant se situe sur la face concave interne, créent un point de faiblesse directement dans l’axe de traction et doivent être proscrites en chirurgie cutanée.
Aiguilles « tapercut » : Associant une pointe tranchante micro-trocart à un corps cylindrique non coupant, les aiguilles tapercut facilitent la pénétration initiale à travers un derme résistant tout en évitant l'action coupante latérale des aiguilles entièrement tranchantes. Elles minimisent les traumatismes infligés aux capillaires dermiques délicats, particulièrement dans la peau fine des félins.
Taille et courbure de l'aiguille
La peau étant à la fois superficielle et résistante, les aiguilles peuvent être de grande taille (permettant de charger les deux berges de la plaie en un seul mouvement) et peu courbées (3/8 de cercle), voire droites.
Ratio longueur de fil : longueur de plaie (ratio LFLP)
La résistance biomécanique d'un surjet est dictée par le volume de matériel de suture incorporé par rapport à la longueur de l'incision. Ceci est quantifié par le ratio longueur de fil sur longueur de plaie (LFLP).
Ratio LFLP= Longueur de suture utilisée / Longueur de plaie suturée
Pour minimiser le risque de défaillance du surjet et résister aux mouvements dynamiques de l'abdomen ou des membres, le chirurgien doit viser un ratio LFLP compris entre 4:1 et 8:1.
Dans un surjet continu, la géométrie de chaque boucle dicte le ratio global. Lorsque les prises sont trop étroites (trop proches de la berge) et associées à un espacement excessif le long de l'incision, la longueur de fil déployée par centimètre linéaire de plaie chute nettement en dessous de 4. La fermeture devient alors vulnérable à la déchirure du pont tissulaire sous l'effet des tensions dynamiques.
Pour obtenir de manière reproductible un ratio LFLP de 4, la taille de la prise (distance par rapport à la berge) et l'intervalle de progression (distance entre deux passages consécutifs le long de la plaie) doivent être approximativement équivalents, par exemple en réalisant des prises à environ 5 mm du bord et en avançant de 5 mm le long de l'incision.
Pour minimiser le risque de rupture de la ligne de suture et assurer une élasticité adéquate sous contrainte dynamique, la fermeture doit atteindre un ratio LFLP compris entre 4 et 8.
- Ratio inférieur à 4 (erreur technique) : Indique des prises trop étroites et trop espacées. Prendre des morsures trop proches de la berge avec une distance de progression excessive déploie une longueur de boucle de suture insuffisante. Sous tension physiologique, les contraintes se concentrent sur un pont tissulaire fragile, prédisposant au découpage du tissu par le fil (cheese-wiring).
- Obtention du ratio 4 : La référence géométrique est atteinte lorsque la largeur de la prise est égale à l'intervalle de progression le long de l'incision. Par exemple, prendre des prises de tissu à environ 5 mm du bord avec une progression de 5 mm entre chaque passage garantit que chaque boucle incorpore quatre fois sa progression linéaire en longueur de suture.
Choix de la technique de nœud : Nœuds coulissants vs Nœud de chirurgien
Une pratique courante en chirurgie des tissus mous consiste en l'utilisation systématique du nœud de chirurgien sans justification raisonnée. Le nœud de chirurgien a peu d'indications réelles et peut presque toujours être avantageusement remplacé par des nœuds coulissants. Ces derniers nécessitent un apprentissage initial, mais une fois compris et maîtrisés, ils s'avèrent bien plus utiles dans un large éventail de situations.
Un nœud de chirurgien apporte un volume asymétrique, augmente les frictions et empêche un contrôle tactile précis de la tension exercée sur les tissus. Le deuxième jet ne peut pas glisser pour verrouiller le premier s'il se relâche légèrement lors de sa confection, ce qui conduit souvent soit à une strangulation, soit à un affrontement insuffisant des berges.
Sur les plaies où une légère élasticité crée des forces de traction divergentes, le nœud coulissant permet d'avancer progressivement le nœud, d'amener les berges en contact exact et de maintenir cet affrontement sans glissement avant de réaliser les jets de verrouillage à plat. Il permet une mise en tension progressive et parfaitement contrôlée. Une fois l'apposition assurée, l'inversion du sens des jets suivants transforme l'ensemble en une configuration stable et sécurisée de nœuds carrés.
Gestion de la tension modérée : Le point de loin-près-près-loin (LPPL)
La gestion de la tension est primordiale ; une tension excessive compromet la microcirculation dermique, conduisant à une nécrose ischémique, une désunion de cicatrice et une cicatrisation hypertrophique. Si le décollement tissulaire étendu et les points d'ancrage profonds (walking sutures) permettent de traiter les espaces morts profonds et les fortes tensions, la tension cutanée modérée est quant à elle idéalement gérée par des points d'apposition et de tension spécifiques. Selon l'expérience de l'auteur, le point de loin-près-près-loin (LPPL / FNNF) est le plus utile et le plus polyvalent lorsqu'une tension modérée persiste sur les berges cutanées.
Il fonctionne comme une suture à double action :
- Composante Loin-Loin : Charge une grande distance de tissus, loin des berges de la plaie, pour absorber la traction mécanique principale
- Composante Près-Près : assure l’apposition précise des berges de la plaie
Contrairement aux points en U verticaux ou horizontaux, qui ont tendance à induire une éversion, une inversion ou une strangulation locale de la berge cutanée, le point LPPL agit dans un seul plan vertical, préservant les arcades vasculaires dermiques tout en neutralisant les forces divergentes horizontales modérées.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 De la prise en charge thérapeutique
Saint-Germain-En-Laye France
INTRODUCTION
Après les deux premières conférences de ce cycle sur les présentations cliniques puis les formes neurogènes de l’insuffisance lacrymale, cette session est dédiée à sa prise en charge thérapeutique. Ces présentations sont regroupées sous le terme de « syndrome œil sec », précisé dans la suite du texte — qualitatif, quantitatif ou selon l’étiologie — quand la prise en charge s’en trouve spécifiquement orientée. Quel qu’en soit le mécanisme initial, l’insuffisance lacrymale s’auto-entretient au sein de cercles vicieux à rompre au plus tôt (figure 1). La prise en charge se veut donc multimodale — soins hygiéniques, traitements médicaux, et selon les cas solutions chirurgicales ou nouvelles technologies — et proportionnée à la sévérité clinique et à l’étiologie identifiée (synthèse en tableau 2).
LES SOINS HYGIÉNIQUES ET LES SUBSTITUTS DE LARMES ARTIFICIELLES
Les soins hygiéniques de la surface oculaire sont fondamentaux dans la gestion du « syndrome œil sec ». Des rinçages au sérum physiologique (ou dérivés, sans conservateurs), plusieurs fois par jour, éliminent les sécrétions et réduisent mécaniquement médiateurs inflammatoires et agents infectieux. Si la compliance de l’animal le permet, l’application de compresses chaudes et le massage du bord des paupières seront réalisés. En effet, la vasodilatation et l’augmentation de la température de fusion du meibum aident à vidanger le contenu pathologique des glandes de Meibomius, ce qui prévient la kératinisation des méats et l’atrophie glandulaire.[1]
L’usage de topiques sans conservateurs doit être privilégié : leur toxicité pour la surface oculaire est démontrée en médecine humaine (réactions allergiques de type I/IV, apoptotiques, angiogéniques), pouvant elle-même favoriser le syndrome œil sec.[1]
Les substituts de larmes artificielles (lacrymomimétiques) sont une valence essentielle dans le traitement de la sécheresse oculaire : chaque couche du FLPC (mucinique, aqueuse, lipidique) peut ainsi être substituée par un type dédié.
Les collyres à base d’acide hyaluronique, carbomères et dérivés cellulosiques, à forte viscosité et rétention hydrique, stabilisent les couches du FLPC. Les émulsions lipidiques (Cationorm®) et le perfluorohexyloctane (Hylo-lipid®) stabilisent la couche lipidique et limitent l’évaporation dans les insuffisances qualitatives d’origine meibomienne. Les huiles minérales (vaseline, paraffine) et divers composants aux propriétés émollientes (lanoline), protectrices (tréhalose) ou cicatrisantes (vitamine A) peuvent également être utilisés en association.[2] La phase mucinique, chargée négativement, quant à elle être stabilisée par des collyres à base de lipides chargés positivement (Cationorm®).
LES TRAITEMENTS MÉDICAUX
L’antibiothérapie présente un double intérêt. D’une part, la prolifération bactérienne, dont le rôle est central dans la genèse et l’entretien du syndrome œil sec, est réduite, ce qui limite l’activité lipasique responsable d’hyperviscosité meibomienne, d’obstruction des glandes de Meibomius et d’insuffisance qualitative du FLPC. D’autre part, certains antibiotiques ont des propriétés anti-inflammatoires (inhibition des métalloprotéases) à doses sub-antibactériennes, nécessitant un usage prolongé ou répété de façon cyclique — cyclines et macrolides (azithromycine) étant les plus utilisés chez l’Homme.[1] Chez les carnivores domestiques, chlortétracycline topique (Ophtocycline® pommade) et doxycycline orale sont à privilégier dans le respect de la réglementation vétérinaire. En cas d’échec, l’azithromycine, à demi-vie lacrymale prolongée, peut s’utiliser en application hebdomadaire (1 goutte matin/soir, 3 jours), en espaçant progressivement les cycles, sous réserve de la tolérance. L’acide fusidique (Isathal® gel) est quant à lui particulièrement efficace contre Staphylocoque sp.
Chez le chat, des antiviraux peuvent être envisagés en cas d’herpèsvirose avérée ou suspectée.[3] D’action virostatique, le ganciclovir (Virgan® gel) s’administre 2 à 4 semaines à 3 fois/jour minimum, sous réserve de la tolérance. Alternative orale à clairance lacrymale continue, le famciclovir (Oravir®) est réservé au traitement en phase aiguë des cas sévères. La posologie conseillée étant de 90 mg/kg bid, l’observance et le coût d’un tel traitement s’avèrent toutefois limitant.
L’usage des topiques immunomodulateurs dans la sécheresse oculaire quantitative canine a été précurseur de leur usage chez l’Homme.[1,2] Les inhibiteurs de la calcineurine (ciclosporine, tacrolimus) agissent par voie conjonctivale — et non lacrymale — en régulant les cellules présentatrices d’antigènes, diminuant la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires (TNF, IL-1). Seule la ciclosporine dispose d’une spécialité vétérinaire (Optimmune® 0,2 %), avec un intérêt particulier dans la gestion des complications inflammatoires, notamment cornéennes. Une préparation extemporanée de collyre à la ciclosporine (1-2 %) ou la prescription de tacrolimus (Protopic®, sans AMM vétérinaire) ne peuvent s’envisager que dans le cadre strict de la réglementation en vigueur.
Les glucocorticoïdes topiques sont réservés à la phase d’attaque des formes sévères, dans l’attente du délai de réponse de la ciclosporine par exemple. Une attention toute particulière sera alors portée à la bonne lubrification de la surface oculaire et à la maîtrise concomitante des agents infectieux.
Dans les formes neurogènes, les parasympathomimétiques trouvent une place spéficique. La pilocarpine, agoniste muscarinique direct des cellules acineuses lacrymales, stimule la sécrétion aqueuse indépendamment de l’innervation. Administrée par voie orale dans l’alimentation (collyre en solution à 1-2 %), elle est initiée à 1 goutte/10 kg trois fois/jour, augmentée progressivement jusqu’au seuil de tolérance ; les premiers signes de syndrome muscarinique (ptyalisme, bradycardie, vomissements, diarrhée) imposent une réduction de la posologie.[4]
À l’inverse, les antihistaminiques topiques comme systémiques n’ont pas démontré d’efficacité dans le traitement de la sécheresse oculaire des carnivores domestiques, s’avérant même contre-productifs par leur action anticholinergique (réduction de la sécrétion lacrymale).
LES SOLUTIONS CHIRURGICALES
Lorsque le traitement topique est impossible (défaut de compliance/observance) ou insuffisamment efficace, la pose d’un implant sous-épiscléral de ciclosporine peut être envisagée. Ce dispositif à libération prolongée délivre en continu le principe actif à proximité des tissus ciblés, dispensant le propriétaire de l’application quotidienne.
La dérivation du canal de Sténon, indication réservée aux formes congénitales par aplasie de la glande lacrymale principale réfractaires à toute alternative pharmacologique, est plus invasive et expose à de nombreuses complications liées à l’incompatibilité du pH et de la composition salivaire avec la surface oculaire.
Enfin, en cas d’insuffisance quantitative sévère et réfractaire, des bouchons méatiques (occlusion ponctale) limitent le drainage lacrymal et prolongent le contact du FLPC, ou des substituts, avec la surface oculaire.
LES NOUVEAUTÉS THÉRAPEUTIQUES
En plein essor chez l’Homme mais encore anecdotiques en médecine vétérinaire, les nouvelles technologies ouvrent des perspectives prometteuses dans la gestion du syndrome œil sec des carnivores domestiques, réduisant les soins hygiéniques quotidiens et le recours aux traitements médicaux.
Le système de thermothérapie mécanique LipiFlow® associe chaleur contrôlée sur la face postérieure de la paupière et massage de sa face antérieure, fluidifiant le meibum tout en vidangeant les glandes de Meibomius.
Les dispositifs à lumière pulsée (Intense Pulsed Light, IPL), dérivés de la dermatologie et appliqués en région périoculaire, diminueraient télangiectasie, fibrose et inflammation palpébrales tout en fluidifiant le meibum par transfert de chaleur.[2]
À l’étude chez le chien, l’électroporation réversible applique de courtes impulsions électriques aux annexes oculaires : le déséquilibre osmotique induit par les courants ioniques et la modification du potentiel membranaire entraîne hydratation cellulaire, restauration tissulaire et réduction des signes inflammatoires. Déjà éprouvée en électrochimiothérapie, cette technologie permet aussi la diffusion intracellulaire de molécules thérapeutiques.
CONCLUSION
La prise en charge des insuffisances lacrymales repose ainsi sur une approche multimodale, proportionnée à la sévérité clinique et adaptée à l’étiologie (tableau 2). Au-delà du choix des molécules, le succès thérapeutique dépend d’un suivi rapproché et documenté (test de Schirmer, temps de rupture du film lacrymal, photographies, observance), conditionnant l’adaptation du traitement — désescalade en cas de rémission, renforcement ou changement de molécule si réponse insuffisante. Des outils numériques (applications de suivi, sites d’éducation) pourraient faciliter cette démarche et l’observance au long cours.
LISTE DES FIGURES
Figure 1. Les cercles vicieux responsables de l’autoentretien des insuffisances lacrymales chez les carnivores domestiques (d’après [5]). DGM : déficit des glandes de Meibomius.
Tableau 2. Synthèse des principales classes thérapeutiques utilisées dans la prise en charge des insuffisances lacrymales chez les carnivores domestiques. FLPC : film lacrymal pré-cornéen ; DGM : déficit des glandes de Meibomius.
BIBLIOGRAPHIE
1. Doan S et coll. Dysfonctionnements meibomiens et blépharites. Rapport SFO. 2015 ; 2(4) : 213-228.
2. Hisey EA et coll. A comparative review of evaporative dry eye disease and meibomian gland dysfunction in dogs and humans. Vet Ophthalmol. 2023 ; 00 : 1-15.
3. Ledbetter E et coll. Comparative efficacy of topical ophthalmic ganciclovir and oral famciclovir in cats with experimental ocular feline herpesvirus-1 epithelial infection. J Ocul Pharmacol Ther. 2022 ; 38(5) : 339-347.
4. Wegg ML. A retrospective evaluation of systemic and/or topical pilocarpine treatment for canine neurogenic dry eye: 11 cases. Vet Ophthalmol. 2019 ; 23 : 341-346.
5. Baudouin C. A new approach for better comprehension of diseases of the ocular surface. J Fr Ophtalmol. 2007 ; 30 : 239-46.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Débat sur l'usage des AINS en douleur aigue ou chronique
Marcy L'étoile France
Maisons-Alfort France
Chez le chien et le chat, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont principalement indiqués dans la prise en charge des douleurs aiguës et chroniques à composante inflammatoire.
Leur principal mécanisme d’action repose sur l’inhibition des cyclo-oxygénases (COX), réduisant la production de prostaglandines (PG), médiateurs majeurs de l’inflammation, de la fièvre et de la sensibilisation nociceptive, ce qui explique à la fois leurs effets thérapeutiques et indésirables. L’opposition classique COX1 « physiologique » / COX2 « inflammatoire » est trop simpliste : les deux participent selon le tissu et le contexte à l’inflammation et au maintien de l’homéostasie. Leurs effets anti-inflammatoires, analgésiques, anti-hyperalgésiques (et antipyrétiques) en font une composante centrale de l’analgésie multimodale.
L'objectif n'est pas de déterminer si les AINS sont bénéfiques ou dangereux en termes absolus mais dans quelles situations leur rapport bénéfice/risque est favorable et comment leur utilisation peut être raisonnée au cas par cas.
Pros
1. Les AINS sont efficaces
a) Douleur aiguë
Les AINS sont particulièrement bien documentés dans la prise en charge des douleurs aiguës à composante inflammatoire, notamment les douleurs périopératoires. Les recommandations WSAVA les intègrent comme une composante majeure de l’analgésie multimodale en cas de douleur aiguë et/ou postopératoire en l’absence de contre-indication.
b) Douleur chronique
Dans les douleurs liées aux maladies dégénératives articulaires, les AINS figurent parmi les traitements les mieux documentés. Leur efficacité sur la douleur, la mobilité et la qualité de vie est établie. Ils sont utiles dans d’autres types de douleur chronique, notamment la douleur liée au cancer lorsqu’elle comporte une composante inflammatoire, dans une approche multimodale. Certaines tumeurs présentent une surexpression de COX2, impliquée dans l’inflammation et la progression tumorale. Son inhibition pourrait présenter pour certaines tumeurs un intérêt analgésique mais aussi antitumoral. En contexte périopératoire où stress et douleur peuvent favoriser des modifications immunitaires propices à la dissémination tumorale, une analgésie multimodale efficace est essentielle.
2. Ne pas traiter la douleur comporte un risque
La décision de ne pas utiliser les AINS n’est pas sans conséquence si une alternative analgésique adaptée n’est pas proposée. Une douleur mal contrôlée entraîne des conséquences physiologiques indésirables : activation du système sympathique, altération de la réponse immunitaire, du métabolisme, de la cicatrisation, morbidité accrue. Lorsqu’elle persiste, elle peut favoriser des phénomènes de sensibilisation et de chronicisation de la douleur. Elle altère le bien-être de l’animal.
3. Les AINS ne sont pas tous les mêmes
De nombreux AINS disposent d’une AMM, avec différentes indications, différentes formulations, permettant d’adapter le traitement au patient. Aucune supériorité globale d’un AINS n’a été démontrée mais l’efficacité et la tolérance varient selon les individus. En cas de réponse insuffisante ou de mauvaise tolérance, un autre AINS peut parfois être envisagé après réévaluation et respect d’un intervalle sans traitement (quelques jours si inefficacité, 7 jours si troubles digestifs).
4. Facteur de risque ≠ contre-indication absolue
a) Maladie rénale chronique (MRC)
Longtemps contre-indiqués chez les patients avec MRC, des données récentes suggèrent que le méloxicam & le robénacoxib peuvent être utilisés chez le chat avec MRC stable (IRIS 1-3, variation minime de poids et créatinine sur > 2 mois), en l’absence d’autres facteurs de risque (normotendu, non protéinurique, ou comorbidités contrôlées, sans infection urinaire), avec un suivi rapproché et à dose réduite. La surveillance est primordiale avec contrôle (urée, créatinine, rapport protéines/créatinine urinaire) a minima q6 mois sous méloxicam, plus souvent sous robénacoxib.
Chez le chat âgé, la MRC est fréquente. Les recommandations ISFM/AAFP 2024 privilégient une sélection rigoureuse des patients plutôt qu’une exclusion systématique, afin de ne pas priver certains chats d’un traitement efficace de la douleur.
b) Contexte infectieux
Contrairement à certaines recommandations chez l’Homme qui incitent à éviter les AINS en contexte infectieux dû au risque accru de complications infectieuses graves, aucune donnée clinique n’existe chez le chien et le chat. Certaines infections à composante inflammatoire douloureuse peuvent justifier leur usage en complément du traitement étiologique (antibiotique notamment). Ils sont à éviter en cas de sepsis.
c) Contexte périopératoire
Les AINS ont un rôle établi dans la prise en charge de la douleur périopératoire. Le moment d’administration est discutable. L’administration d’AINS en préopératoire permettrait un meilleur contrôle de la douleur. Le principal risque de l’administration préopératoire concerne une altération de la perfusion rénale en cas d’hypotension. L’administration préopératoire concerne les animaux sains, sans contre-indication, normohydratés, sous fluidothérapie, avec surveillance et traitement de la pression artérielle, subissant une intervention sans risque hémorragique significatif. Si ces conditions ne sont pas réunies, en l’absence de contre-indication et de complication, une administration postopératoire précoce après réévaluation est adaptée.
L’efficacité des AINS et la diversité de leurs indications justifient leur place dans l’arsenal analgésique du chien et du chat, sous réserve d’une sélection adaptée du patient et du contexte clinique. Le bien-être du patient doit rester une priorité. Cependant, reconnaître leur intérêt ne signifie pas ignorer leurs limites : les AINS exposent à des effets indésirables potentiellement graves et certaines situations nécessitent une prudence particulière.
Cons
Chez quel patient, dans quelles conditions et pour quelle durée le rapport bénéfice/risque des AINS est-t-il favorable ? Leur prescription doit être précédée d'une évaluation du risque et s'accompagner d'une surveillance clinique et paraclinique adaptée. Avant toute prescription, les contre-indications doivent être recherchées.
1. Les contre-indications
Certaines situations doivent conduire à ne pas administrer d’AINS qui reste une prescription de confort.
Contre-indications absolues : hypersensibilité connue, coagulopathies thrombocytaires, insuffisance hépatique sévère avec ascite, troubles digestifs préexistants (ulcération, hématémèse, méléna), insuffisance rénale aiguë (en particulier pré-rénale), polytraumatisme (notamment si choc ou coagulopathie traumatique), gestation (fœtotoxicité). La notion de contre-indication absolue est impérative à respecter. Exemple : un animal en état de choc peut présenter une diminution du débit sanguin rénal avant une augmentation de la créatininémie. Administrer un AINS dans ce contexte peut transformer une situation fonctionnelle potentiellement réversible en lésion rénale irréversible.
Contre-indications relatives : déshydratation, hypotension, hypoperfusion, anesthésie, hypothermie, hypoalbuminémie, acidémie, âges extrêmes, lactation. Il faut corriger les facteurs de risque, adapter éventuellement la dose et assurer une surveillance accrue avant prescription. Si les précautions à prendre ne peuvent pas être mises en œuvre, la contre-indication relative devient absolue.
2. Les interactions médicamenteuses
Source importante d'accidents surtout chez les animaux âgés polymédiqués, à considérer notamment pour les douleurs chroniques.
Règle fondamentale : ne jamais associer deux AINS.
Associations à éviter:
- Corticoïde: risque de perforation digestive
- Héparinothérapie, antiagrégants plaquettaires: risque hémorragique
- IECA, sartans, diurétiques, gentamicine: risque rénal/cardiovasculaire
La prescription d'un AINS doit être précédée d'un interrogatoire médicamenteux complet.
3. Le risque rénal
Le rein possède une capacité importante d'autorégulation, dépendante des PG lorsque la perfusion rénale est compromise. En cas d'hypovolémie, de déshydratation, d'insuffisance cardiaque, d'hypotension, d'anesthésie, l'organisme active différents mécanismes neuro-hormonaux (système rénine-angiotensine-aldostérone, vasopressine, système sympathique) favorisant la vasoconstriction rénale et préservant la pression de filtration. Les PGE? et PGI? participent au maintien de la vasodilatation de l'artériole afférente et du débit sanguin rénal. L'inhibition de leur synthèse peut compromettre cette compensation et être à l’origine d’une tubulopathie.
Deux mécanismes d'atteinte sont distingués : l'insuffisance rénale aiguë pré-rénale, lorsque la perfusion rénale est déjà précarisée et l’atteinte rénale intrinsèque, favorisée par la diminution du débit sanguin rénal et l'hypoxie. Une toxicité synergique avec d'autres molécules néphrotoxiques peut favoriser la nécrose tubulaire.
En contexte anesthésique ou traumatique, la prescription d'AINS doit être replacée dans l'ensemble de la prise en charge et ne peut être dissociée du contrôle de la volémie et de la pression artérielle.
4. Le risque digestif
Les PG protègent la muqueuse digestive (production de mucus, bicarbonates, perfusion, réparation). Les AINS favorisent x6 l'apparition d'érosions ou d'ulcérations gastrointestinales en particulier lors d’affection digestive préexistante, de surdosage, de traitement chronique ou d’association avec un corticoïde ou un autre AINS.
La perforation digestive est une complication rare mais avec une mortalité élevée. L’association AINS-corticoïde, la famille des -fènes, les comorbidités digestives et hépatiques augmentent le risque.
L'efficacité prophylactique des antiH2, inhibiteurs de la pompe à protons, misoprostol ou sucralfate dans la prévention des complications digestives reste mal démontrée. Il ne faut pas considérer qu’ils annulent les risques digestifs.
5. Autres limites
L'inhibition COX1 peut provoquer une thrombopathie (baisse de thromboxane A?), documentée avec l’aspirine et le métamizole mais qui peut être possible avec des molécules plus sélectives, à considérer avant une chirurgie à risque hémorragique.
Les données vétérinaires concernant les complications cardiovasculaires sont moins documentées qu’en humaine (associées aux coxibs) mais le risque potentiel de rétention hydrosodée est à surveiller chez l’insuffisant cardiaque.
D'autres effets sont possibles : abattement, convulsions, alopécie ou hépatopathie idiosyncrasique.
Il est parfois évoqué une influence des AINS sur la cicatrisation, notamment osseuse et potentiellement tendinoligamentaire (données humaines). Les données vétérinaires disponibles ne permettent pas de statuer sur une quelconque réalité clinique chez l’animal.
6. Une prescription sécurisée repose sur l'évaluation du patient
Avant traitement : vérifier l'absence de contre-indication. Un bilan rénal (urée, créatinine +/- autres) devrait être systématique. Au-delà de 6-8 ans, un bilan hépatique (PAL, ALAT, bilirubine) est recommandé.
La surveillance est importante, surtout lors de traitement prolongé (douleur chronique). Elle associe interrogatoire, examen clinique, bilan rénale et hépatique. L'objectif est de rechercher les premiers signes d'intolérance et de réévaluer la pertinence du traitement régulièrement. La recherche de la dose minimale efficace est primordiale. Une stratégie d’analgésie multimodale visant à réduire l’exposition aux AINS est nécessaire. Des alternatives peuvent être intéressantes.
Conclusion
Les AINS sont efficaces et précieux dans la prise en charge de la douleur. Leur efficacité ne doit pas conduire à oublier leurs effets indésirables. Il est indispensable d’établir une balance bénéfice/risque individualisée, fondée autant que possible sur l'EBM, avec le bien être du patient au centre. Un AINS doit être prescrit parce que chez ce patient précis le bénéfice attendu dépasse le risque encouru.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Débat sur l'usage des anti-NGF sur la douleur chronique
Montpellier France
Bristol Royaume-Uni
Anti-NGF et douleur chronique : du mécanisme à l’efficacité clinique… et au-delà de l’arthrose ?
L’arrivée des anticorps monoclonaux anti-NGF a profondément modifié notre arsenal thérapeutique face à la douleur chronique associée à l’arthrose chez le chien et le chat. Leur mécanisme est original : en neutralisant le nerve growth factor (NGF), ils ciblent spécifiquement une voie impliquée dans la sensibilisation et l’amplification du message nociceptif. Contrairement aux AINS, ils n’agissent pas sur les cyclo-oxygénases et leur action est donc particulièrement ciblée.
Une efficacité clinique aujourd’hui démontrée
La théorie physiopathologique se traduit-elle par un bénéfice clinique mesurable ? Chez le chien arthrosique, plusieurs essais randomisés, contrôlés et multicentriques ont démontré l’efficacité du bedinvetmab (Librela®), administré mensuellement. Dans une étude européenne portant sur 287 chiens, 43,5 % des animaux traités répondaient aux critères prédéfinis de succès à J28, contre 16,9 % sous placebo, avec une différence significative dès J7 et maintenue jusqu’à J84. Une seconde étude menée sur 272 chiens a confirmé une amélioration significativement supérieure au placebo jusqu’à J84. Plus récemment, une étude randomisée a comparé directement le bedinvetmab au méloxicam, renforçant l’intérêt clinique de cette approche dans la prise en charge de la douleur arthrosique. [1–3]. Chez le chat, le frunevetmab a également démontré une efficacité clinique dans la douleur associée à la maladie articulaire dégénérative. Ces résultats sont particulièrement intéressants dans une espèce où l’évaluation de la douleur chronique reste difficile.
Mais que signifie réellement « efficace » ? Les critères utilisés dans les essais, comme le CBPI chez le chien, évaluent non seulement la douleur mais également son retentissement sur les activités quotidiennes et la fonction. L’objectif reste avant tout une amélioration tangible du confort : un chien qui se relève plus facilement, retrouve l’envie de se promener ou monte plus volontiers en voiture ; un chat qui recommence à sauter sur son canapé. L’amélioration de la mobilité peut également contribuer à rompre le cercle douleur → diminution d’activité → fonte musculaire et prise de poids → perte fonctionnelle → aggravation du handicap. L’analgésie constitue ainsi un élément important de la prise en charge globale de l’arthrose.
Les anti-NGF présentent donc aujourd’hui un bénéfice analgésique clinique réel. Le débat ne porte pas sur leur capacité à soulager la douleur, mais sur la manière d’interpréter ce bénéfice et sur les conséquences potentielles d’une inhibition prolongée du NGF.
Les anti-NGF dans la prise en charge de l’arthrose : des résultats cliniques encourageants mais des interrogations persistantes
L’efficacité antalgique ne doit tout d’abord pas être confondue avec un effet sur l’évolution de la maladie arthrosique. Le bedinvetmab agit principalement sur une voie impliquée dans la nociception ; il ne constitue pas, sur la base des données actuellement disponibles, un traitement démontré comme modificateur de la structure articulaire ou de l’évolution de l’arthrose.
Une efficacité qui doit être interprétée avec prudence
Les douleurs chroniques sont difficiles à quantifier et les essais reposent en partie sur des évaluations rapportées par les propriétaires ou les vétérinaires. Ces mesures peuvent être influencées par un effet placebo du propriétaire. Cette difficulté est particulièrement importante chez le chat, chez lequel les données objectives d’activité disponibles restent limitées et parfois contradictoires. Cela ne permet évidemment pas de conclure à une absence d’efficacité des anti-NGF, mais souligne que l’ampleur réelle du bénéfice clinique peut être difficile à caractériser lorsque les critères d’évaluation sont subjectifs. Une évaluation multimodale associant mobilité, examen clinique et qualité de vie reste donc pertinente.
La question centrale : peut-on bloquer durablement le NGF sans conséquence musculosquelettique ?
C’est cependant sur le plan de la sécurité à long terme que se situe aujourd’hui l’une des principales interrogations. Le NGF n’est pas uniquement un médiateur de la douleur. Il intervient également dans plusieurs processus biologiques, notamment au niveau du tissu osseux. Cette observation est particulièrement importante dans l’arthrose, où le remodelage de l’os sous-chondral et des structures périarticulaires participe à la physiopathologie de la maladie. Chez le chien, plusieurs publications récentes ont fait émerger des interrogations concernant des événements musculosquelettiques associés au bedinvetmab. Une étude de pharmacovigilance publiée en 2025 a notamment rapporté différents événements musculosquelettiques chez des chiens traités. [4]. Ces données restent toutefois difficiles à interpréter : les systèmes de pharmacovigilance reposent sur des déclarations spontanées et sont exposés à la sous-déclaration, aux biais de sélection et aux biais d’information. Une association temporelle entre l'administration d'un médicament et l'apparition d'une anomalie ne suffit donc pas à établir une relation causale.
Un nouveau signal radiographique
C’est dans ce contexte qu’une étude publiée le 31 août 2026 dans le Journal of the American Veterinary Medical Association apporte un élément particulièrement intéressant au débat. Budsberg et al. ont étudié les déclarations d’événements indésirables musculosquelettiques issues de la base mondiale de pharmacovigilance de Zoetis entre novembre 2020 et décembre 2025. Sur 319 cas suffisamment documentés, 186 présentaient des anomalies radiographiques considérées comme atypiques. La modification la plus fréquemment observée était un remodelage osseux périarticulaire anormal (APBR). Les articulations les plus fréquemment concernées étaient le coude et le tarse. Les lésions pouvaient être unilatérales ou bilatérales, progresser au cours du temps et concerner plusieurs articulations chez un même chien. Certains cas présentaient également des ostéolyses sous-chondrales, des fractures atypiques ou des phénomènes d’instabilité, de luxation ou de subluxation. Les anomalies étaient parfois observées alors que les signes cliniques restaient relativement discrets. La temporalité est également remarquable : l’apparition des anomalies rapportées variait de 1 à 64 mois après le début du traitement, avec une durée moyenne d’exposition d’environ 18 mois. L’étude décrit donc un signal qui concerne principalement des animaux ayant reçu le traitement sur une période prolongée.
Mais cette étude ne démontre pas que le bedinvetmab provoque ces lésions. Il est essentiel, dans un débat scientifique, de ne pas aller au-delà de ce que les données permettent d’affirmer. L’étude de Budsberg et al. est une étude rétrospective de pharmacovigilance, sans groupe témoin et surtout sans dénominateur permettant de connaître le nombre total de chiens exposés au bedinvetmab. Les 186 cas ne permettent donc pas de calculer une incidence ou un risque relatif. L’étude est également soumise aux biais inhérents à la pharmacovigilance et à une qualité variable des données radiographiques. Il serait donc scientifiquement excessif de conclure que le bedinvetmab est responsable de l’APBR ou qu’il accélère systématiquement l’arthrose. Mais il serait tout aussi difficile d’ignorer complètement ce signal.
Les auteurs proposent notamment l’hypothèse d'une modification du remodelage osseux adaptatif liée à l'inhibition du NGF. Cette hypothèse reste cependant à démontrer : l’étude ne permet pas d’établir la séquence physiopathologique exacte conduisant à l’APBR, aux fractures ou aux instabilités articulaires.
Une nouvelle problématique : soulager la douleur sans masquer l'évolution clinique ?
Une difficulté supplémentaire apparaît avec tout traitement analgésique très efficace : l’amélioration clinique pourrait potentiellement masquer une aggravation structurelle sous-jacente. Cela ne signifie pas que le bedinvetmab « cache » nécessairement une progression de l’arthrose. Cela rappelle simplement que l’évaluation d’un animal traité ne devrait pas reposer uniquement sur la diminution de la douleur ou l’amélioration de la mobilité. Dans l’étude de 2026, certains chiens présentaient en effet des anomalies radiographiques importantes avec relativement peu de signes cliniques initiaux. L’imagerie peut donc avoir un intérêt particulier lorsque l’évolution clinique devient atypique ou discordante avec l’examen locomoteur.
Conclusion
Les anticorps monoclonaux anti-NGF représentent incontestablement une avancée importante dans la prise en charge de la douleur arthrosique vétérinaire. Leur efficacité antalgique est documentée et ils constituent aujourd’hui une option thérapeutique reconnue. Le débat ne porte donc pas sur la question de savoir si les anti-NGF peuvent soulager la douleur. Ils le peuvent. La véritable question concerne leur sécurité à long terme et leur place dans une stratégie multimodale de prise en charge de l’arthrose. Les données disponibles dessinent un tableau nuancé : les essais cliniques soutiennent une efficacité antalgique, tandis que les données de pharmacovigilance ne permettent pas, à elles seules, d’établir une incidence ou un lien causal. Mais l’identification récente d’anomalies musculosquelettiques et radiographiques atypiques justifie une vigilance particulière. La prudence est donc probablement plus justifiée que l’alarmisme.
À ce stade, il serait prématuré d’affirmer que le bedinvetmab accélère l’arthrose ou provoque directement ces lésions. Mais il serait également prématuré de considérer que l’absence de démonstration causale équivaut à l’absence de risque. La répétition de signaux concordants et leur caractérisation radiographique justifient une surveillance renforcée et des études prospectives de longue durée. L’anti-NGF ne devrait donc pas être présenté comme une solution isolée à l’arthrose, mais comme un outil analgésique parmi d’autres, intégré dans une prise en charge multimodale et réévaluée régulièrement.
Références bibliographiques
1. Corral MJ, Moyaert H, Fernandes T, et al. A prospective, randomized, blinded, placebo-controlled multisite clinical study of bedinvetmab, a canine monoclonal antibody targeting nerve growth factor, in dogs with osteoarthritis. Vet Anaesth Analg. 2021;48:943–955.
2. Michels GM, Honsberger NA, Walters RR, et al. A prospective, randomized, double-blind, placebo-controlled multisite field study of bedinvetmab in dogs with osteoarthritis. Vet Anaesth Analg. 2023;50(5):446–458.
3. Innes JF, Lascelles BDX, Bell D, et al. A randomised, parallel-group clinical trial comparing bedinvetmab to meloxicam for the management of canine osteoarthritis. Front Vet Sci. 2025;12:1502218.
4. Farrell M, Waibel FWA, Carrera I, et al. Musculoskeletal adverse events in dogs receiving bedinvetmab (Librela). Front Vet Sci. 2025;12:1581490.
5. Budsberg SC, Clements DN, Regan DP, Wennemuth J. Atypical radiographic changes seen in dogs treated with bedinvetmab (Librela). J Am Vet Med Assoc. Published online August 31, 2026. doi:10.2460/javma.26.05.0379.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Démarche diagnostique face à un fortuitome surrénalien
Mérignac France
Italie
1. Introduction et Définition
Un fortuitome (ou incidentalome) surrénalien est une masse ou un nodule surrénalien découvert par hasard lors d'un examen d'imagerie (le plus souvent une échographie abdominale) réalisé pour une raison non liée à une suspicion de maladie surrénalienne. Le fortuitome peut être unilatéral (le plus fréquent) ou bilatéral, bénin ou malin, et sécrétant ou non. Lors de masse sécrétante, les maladies endocriniennes à considérer incluent notamment un hyperadrénocorticisme (syndrome de Cushing), un hyperaldostéronisme (notamment chez le chat), ou un phéochromocytome. Plus rarement, la masse peut produire un excès d’hormones sexuelles, de précurseurs des hormones stéroïdiennes, ou une combinaison de ces hormones. Bien que la masse soit souvent de nature tumorale (primaire ou métastatique), des granulomes, kystes, abcès, hématomes sont également possibles.
La prévalence des fortuitomes est en augmentation grâce à l'amélioration de la résolution des appareils et à la fréquence des examens :
- Échographie : environ 4 %.
- Scanner (TC) : environ 9 %.
Le défi clinique repose sur deux questions fondamentales face à cette découverte fortuite :
- La lésion est-elle sécrétante (fonctionnelle) ou non ?
- La lésion est-elle bénigne ou maligne ?
Ces questions sont importantes car elles vont guider la gestion clinique du cas : traitement médical +/- suivi d’une exérèse chirurgicale, suivi échographique, surveillance attentive.
2. Démarche Diagnostique Raisonnée
La découverte fortuite doit déclencher une évaluation structurée combinant clinique, biologie de base et imagerie avancée.
Avant tout test hormonal, il convient d’obtenir une anamnèse précise de façon à déterminer si une maladie endocrinienne est présente. En particulier, on doit rechercher une PU/PD, polyphagie, troubles dermatologiques (alopécie, comédons, fragilité cutanée chez le chat…), fatigue, changement oculaire (aspect, couleur, vision lors d’hypertension artérielle), et variation de poids. Un examen clinique permet d’objectiver des anomalies dermatologiques, une hépatomégalie secondaire, des changements du fond d’oeil et de mesurer une pression artérielle. Un examen sanguin (numération-formule sanguine, examen biochimique avec notamment enzymes hépatiques, électrolytes) et une analyse d'urine permettent d’augmenter la suspicion clinique de maladie endocrinienne.
Ces éléments vont permettre de juger de la probabilité du caractère sécrétant de la masse surrénalienne ; dans certains cas, les signes cliniques peuvent être frustes dans le cas de maladies identifiées précocement ou chez des individus "pré-cliniques". Lorsqu’une maladie endocrinienne est suspectée, un bilan endocrinien est conseillé car il va affecter la gestion du cas et les options thérapeutiques :
- Suspicion d'hyperadrénocorticisme : Test de freinage à la dexaméthasone faible dose (LDDST). Un rapport cortisol : créatinine urinaire (RCCU) peut être effectué lorsque la suspicion clinique est très faible.
- Suspicion de phéochromocytome : Mesure des métanéphrines et normetanéphrines (plasmatiques ou urinaires).
- Suspicion d'hyperaldostéronisme : Mesure de l’aldostérone plasmatique, idéalement associée à l’activité plasmatique de la rénine (particulièrement chez le chat).
3. Clés d'Interprétation en Imagerie
L'imagerie est au cœur du diagnostic de nature et de l'extension de la lésion.
Taille et Morphologie (Échographie) : La taille est un indicateur de malignité, bien qu'imparfait :
- < 2 cm : en faveur d'une hyperplasie macronodulaire ou d'un adénome (critères de bénignité si les marges sont lisses et sans invasion).
- 2 cm et plus : probabilité accrue de tumeur (adénome, carcinome ou phéochromocytome).
- Minéralisations : la présence de minéralisation n’est pas un critère de malignité. Elles sont régulièrement rencontrées chez le chat âgé. Chez le chien, elles sont fréquentes lors de tumeurs d’origine épithéliale (adénome ou carcinome) et rares lors de tumeurs neuroendocrines (phéochromocytome). Elles ne sont en aucun cas signe de malignité.
Caractérisation par Scanner (TC) : Le scanner permet une distinction plus fine grâce aux unités Hounsfield (HU) et au rehaussement après contraste :
- Adénome : rehaussement souvent homogène, marges lisses.
- Carcinome : atténuation pré-contraste souvent basse (< 40 HU), rehaussement hétérogène, minéralisation possible, post-contraste < 90-100 HU.
- Phéochromocytome : Atténuation pré-contraste élevée (> 50 HU), rehaussement intense et rapide (> 110 HU). Ils ont une tendance marquée à l'invasion vasculaire avec des thrombus souvent plus longs que les carcinomes.
Invasion Vasculaire et Atrophie : L'invasion de la veine cave caudale est un signe de malignité (50-60 % des phéochromocytomes). L'échographie est très sensible pour détecter ces thrombus, mais le scanner est supérieur pour l'extension exacte et la planification chirurgicale. L'atrophie de la glande controlatérale (< 5 mm en échographie) est un indicateur fort d'une tumeur sécrétant du cortisol.
4. Organigramme Décisionnel et Stratégie de Suivi
Face à un incidentalome, la conduite à tenir dépend des critères de malignité visuels et de l'état fonctionnel (suite à l’évaluation de l’anamnèse, de l’examen clinique et des examens biologiques initiaux) :
- Si critères de bénignité (< 2 cm, marges lisses, pas d'invasion) :
# Bilan hormonal s’il existe une suspicion (cortisol, aldostérone, métanéphrines).
* Si sécrétant, considérer la mise en place du traitement médical approprié puis suivi échographique à 1 mois et discussion du bénéfice d’une exérèse chirurgicale.
# Si non sécrétant : Suivi échographique à 1 mois, puis à 3-6 mois si stable.
* Chez certains animaux, la masse surrénalienne pourrait disparaître lors du contrôle (probable hématome ou granulome)
* En cas d’augmentation de la taille ou de développement des signes cliniques, voir ci-dessous.
- Si critères de malignité (> 2 cm, invasion vasculaire, marges irrégulières) :
# Bilan d'extension complet (Scanner corps entier) +/- cytoponction à l’aiguille fine (FNA) des lésions suspectes de métastases.
# Bilan hormonal (en particulier pour la gestion du patient en pré-, péri- et post-opératoire.
# Évaluation de la faisabilité d’une exérèse chirurgicale, avec chirurgien spécialisé en surrénalectomie.
Rôle de la cytologie (FNA) : Longtemps controversée, la cytologie surrénalienne est désormais considérée comme relativement sûre sous guidage échographique par un opérateur expérimenté. Elle permet notamment de différencier les tumeurs corticales des phéochromocytomes avec une bonne précision (environ 85 %), mais est plus limitée pour l’évaluation du comportement bénin ou malin de la tumeur.
5. Conclusion
La découverte d'un nodule ne signifie pas toujours une maladie clinique. L'imagerie avancée, couplée à une évaluation clinique et biologique ciblée, permet de trier les patients nécessitant un simple suivi de ceux requérant une intervention chirurgicale rapide.
Références bibliographiques (Sélection) :
Daniel GB, et al. Adrenal glands. In: JFMS 2016.
Benchekroun G, et al. Ultrasonography criteria for differentiating ACTH-dependency from ACTH-independency. J Vet Intern Med 2010;24:1077-1085.
Pey P, et al. Prediction of vascular invasion using a 7-point scale computed tomography grading system. J Vet Intern Med 2022;36:713-725.
Barberet V, et al. Intra- and interobserver variability of ultrasonographic measurements of the adrenal glands. Vet Radiol Ultrasound 2010;51:656-660.
Behrend EN, Wasik B. Chapter 295 – Non-cortisol secreting Adrenocortical Tumours. Ettinger’s Textbook of Veterinary Internal Medicine, vol. 2. 9th ed., Elsevier; 2024, p. 2028–36.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Démarrer une ventilation mécanique (réglages de base)
Bristol (GB) Royaume-Uni
Avec leurs nombreux modes ventilatoires, les ventilateurs modernes peuvent paraître quelque peu intimidants. Pourtant, démarrer une ventilation mécanique n’est pas si sorcier : il faut surtout comprendre ce que l’on cherche à obtenir, ce que le ventilateur contrôle et ce qu’il laisse varier, tout en gardant un œil attentif sur la réponse du patient.
La ventilation mécanique crée un gradient de pression permettant l’entrée de gaz dans les poumons. Le volume effectivement délivré et les pressions générées dépendent à la fois du mode choisi et de la mécanique respiratoire du patient. Parmi les différents modes disponibles, deux modes sont couramment utilisés en anesthésie : la ventilation contrôlée en volume (VCV) et la ventilation contrôlée en pression (VCP) [1]. Ils se distinguent essentiellement par la variable que l’on choisit de maintenir constante — et, par conséquent, par celle qu’il devient indispensable de surveiller.
En VCV, le ventilateur délivre un volume courant (VT) prédéfini et la pression nécessaire pour le délivrer dépend de la compliance du système respiratoire, des résistances des voies aériennes et du débit inspiratoire.
En VCV, je règle le volume et je surveille particulièrement la pression.
Toute augmentation de la pression inspiratoire doit faire rechercher une modification du patient ou du circuit : pneumopéritoine, compression ou rétraction chirurgicale, bronchoconstriction, obstruction de la sonde endotrachéale, entre autres [1].
En VCP, le ventilateur délivre le débit nécessaire pour atteindre une pression inspiratoire cible. La pression devient la variable contrôlée, le VT obtenu dépend alors de la compliance, des résistances, du temps inspiratoire et de la pression positive de fin d’expiration (PEEP).
En VCP, je règle la pression et je surveille le volume courant délivré.
Une modification de la compliance ou des résistances peut entraîner une variation importante du VT sans changement du réglage de pression. Un volume satisfaisant au début de l’intervention peut ainsi devenir insuffisant après un pneumopéritoine, un changement de position ou l’installation d’une atélectasie.
Quel mode choisir ?
Les données vétérinaires disponibles ne permettent pas de recommander la VCV ou la VCP pour une catégorie particulière de patients. Chez des chiens sains, les deux modes permettent une ventilation et des échanges gazeux efficaces. La VCP peut produire une PIP plus faible et une compliance statique supérieure, mais sans bénéfice clinique clairement démontré [2].
Quel volume courant ?
Le VT doit être suffisamment élevé pour assurer une ventilation alvéolaire efficace, sans provoquer de distension pulmonaire excessive. Il n’existe cependant pas de valeur unique adaptée à tous les chiens et chats : la taille, la conformation thoracique, l’espace mort et la compliance du système respiratoire introduisent une importante variabilité individuelle.
Chez le chien, des VT de 10 à 15 mL/kg sont traditionnellement utilisés [1]. Les études comparant plusieurs réglages montrent qu’un VT proche de 15 mL/kg peut améliorer l’élimination du CO? et réduire la proportion de ventilation perdue dans l’espace mort par rapport à des volumes de 10 ou 12 mL/kg. Associé à une PEEP de 5 cmH?O, il peut également améliorer la compliance et réduire l’atélectasie [4].
Chez le chat, des VT de 6 à 10 mL/kg constituent un point de départ plus approprié. Une étude de 2022 a montré que de tels volumes, produits par des pressions inspiratoires de 5 à 7 cmH?O, limitaient la surdistension pulmonaire. Les volumes les plus faibles pouvaient néanmoins s’accompagner d’une hypercapnie, imposant là encore d’adapter la fréquence respiratoire et, si nécessaire, la pression inspiratoire [3].
Le volume délivré doit ensuite être ajusté en tenant en compte le VT expiré, le CO? télé-expiratoire (EtCO?), les pressions générées et la compliance. Des travaux récents montrent d’ailleurs qu’une sélection fondée sur la mécanique respiratoire et la pression motrice peut conduire à des VT très différents d’un chien à l’autre [5]. Un chiffre calculé uniquement à partir du poids doit donc rester un point de départ plutôt qu’une prescription définitive.
En pratique :
Commencer autour de 10 mL/kg chez le chien et de 6 à 8 mL/kg chez le chat, puis adapter le volume et la fréquence en fonction du CO?, des pressions et de la réponse du patient.
Quelle pression inspiratoire ?
En VCP, la pression inspiratoire doit être considérée comme le moyen d’obtenir le VT et la ventilation alvéolaire recherchés, et non comme un objectif isolé. Il n’existe pas de pression universelle : le volume produit par une même pression dépend de la taille du patient, de sa compliance, des résistances, de la PEEP et du temps inspiratoire.
Chez le chat sain anesthésié sans PEEP, des pressions de 5 à 7 cmH?O génère des VT d’environ 6 à 10 mL/kg tout en limitant la surdistension pulmonaire et les potentiels risques associées [3]. Ces pressions représentent donc un point de départ prudent, mais pas nécessairement un réglage final : il faudra adapter la fréquence respiratoire et, si nécessaire, augmenter progressivement la pression pour mainteninr une ventilation satisfaisante.
Chez le chien sain, des PIP d’environ 11 à 15 cmH?O ont permis d’obtenir un VT proche de 10 mL/kg dans certaines études [2]. Ces valeurs constituent des repères, et non une plage optimale applicable à tous les chiens. En pratique, il paraît raisonnable de commencer dans le bas de cette fourchette, voire plus bas chez les patients de petite taille, puis d’augmenter progressivement la pression selon le VT expiré et l’EtCO?.
En VCV, la pression inspiratoire n’est pas directement réglée mais une limite maximale de pression doit néanmoins être définie (20 cmH2O en général). Si elle est atteinte, le ventilateur interrompt l’insufflation avant d’avoir délivré le volume programmé. Il faut alors rechercher la cause de l’augmentation de pression.
En pratique :
Commencer avec une pression basse ou modérée, 5 à 7 cmH?O chez le chat (et potentiellement les très petits chiens), 10 à 15 cmH?O chez le chien, observer le VT expiré et l’EtCO?, puis augmenter progressivement si nécessaire.
L’objectif est d’utiliser la pression minimale permettant d’obtenir une ventilation adéquate, sans chercher à atteindre systématiquement une valeur prédéfinie.
Et la fréquence respiratoire ?
Le VT seul ne détermine pas la ventilation alvéolaire. Il faut également ajuster la fréquence respiratoire afin d’obtenir une ventilation minute compatible avec une élimination correcte du CO? : Ventilation Minute (VE) = VT × FR
La ventilation minute ne correspond toutefois pas exactement à la ventilation alvéolaire, puisqu’une partie de chaque VT ventile l’espace mort. Une diminution excessive du VT compensée uniquement par une augmentation de la fréquence peut donc ne pas produire l’augmentation attendue de la ventilation alvéolaire [1].
La capnographie constitue notre principal outil de rétrocontrôle. Si l’EtCO? augmente, la ventilation alvéolaire est généralement insuffisante et la ventilation minute doit être augmentée. Inversement, une hypocapnie suggère une ventilation excessive, à interpréter toujours dans le contexte hémodynamique et métabolique du patient.
En pratique, le clinicien choisit valeur raisonnable de fréquence respiratoire, adapté au patient, puis la modifie en fonction du CO? mesuré et de l’évolution du patient.
Temps inspiratoire, temps expiratoire et rapport I:E
Modifier la fréquence change également la durée totale de chaque cycle respiratoire. À 10 cycles par minute, un cycle dure 6 secondes ; à 20 cycles par minute, il n’en dure plus que 3. Augmenter la fréquence sans regarder les temps inspiratoire et expiratoire peut donc raccourcir excessivement l’expiration.
Le rapport inspiration-expiration (I:E) décrit la répartition du cycle entre inspiration et expiration. Un rapport de 1:2 à 1:3 constitue généralement un point de départ raisonnable chez le chien ou le chat anesthésié, mais doit être adapté au besoin [1].
Le temps inspiratoire doit être suffisamment long pour permettre l’administration du volume prévu ou adéquat. Le temps expiratoire doit surtout permettre une vidange pulmonaire complète avant le cycle suivant. Chez un patient présentant une bronchoconstriction, une maladie obstructive ou une sonde endotrachéale de petit diamètre, la vidange est plus lente. Le temps expiratoire doit alors être prolongé. Si le débit expiratoire n’est pas revenu à zéro avant l’inspiration suivante, le poumon n’a pas terminé de se vider. Cette rétention gazeuse (PEEP intrinsèque) est susceptible d’augmenter les pressions intrathoraciqueset les conséquences cardiovasculaires.
En pratique :
Un rapport I:E de 1:2 et 1:3 constitue un point de départ. Les paramètres ventilatoires mesuré (VT inspiratoire et expiratoire, EtCO2) ainsi que courbe de débit expiratoire si disponibles doivent permettre de l’adapter au mieux aux besoins du patient.
To PEEP, or not to PEEP ?
La PEEP maintient une pression positive dans les voies aériennes en fin d’expiration afin de limiter le collapsus alvéolaire, fréquemment rencontré en anesthésie. Une PEEP de 4 à 5 cmH?O constitue un réglage initial fréquemment décrit chez des chiens et chats sains anesthésiés et permettant d'améliorer la compliance et l'aération pulmonaire [4].
Mais la PEEP n’est pas forcément un réel bénéfice pour le patient. Une PEEP insuffisante ne garantit pas l’absence d’atélectasie, et une PEEP excessive peut surdistendre certaines régions pulmonaires, augmenter l’espace mort et compromettre, sévèrement parfois, le retour veineux.
Elle doit donc être considérée comme un outil à adapter à l’objectif physiologique et à la réponse du patient, et non comme un réglage obligatoire identique pour tous.
Ne pas oublier le système cardiovasculaire
La ventilation mécanique n’agit pas uniquement sur les poumons. L’augmentation de la pression intrathoracique peut également diminuer significativement le retour veineux et, en conséquence, le débit cardiaque, particulièrement chez un patient hypovolémique ou cardiovasculairement compromis [1]. Cet effet dépend non seulement de la PIP, mais également de la PEEP, du temps inspiratoire et de la pression moyenne maintenue au cours du cycle ventilatoire. Un ventilateur ne doit donc jamais être réglé en regardant uniquement l’EtCO? et les courbes respiratoires. Une ventilation parfaite sur le plan respiratoire peut être délétère pour le patient si elle s’accompagne d’une diminution du débit cardiaque, à l’origine d’une hypotension, respiratoire et systémique.
Démarrer une ventilation mécanique revient donc moins à mémoriser une série de chiffres qu’à suivre une logique :
1- Je régle le paramètre contrôlé (V ou P), verifier son pendant (P ou V)
2- Je vérifie que le gaz a le temps d’entrer, puis de ressortir.
3- Je surveille le CO?, les pressions et l’hémodynamique, puis j’adapte.
Références
Hopper K, Powell LL. Basics of mechanical ventilation for dogs and cats. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2013 ; 43 : 955-69.
Fantoni DT et coll. A comparison of the cardiopulmonary effects of pressure controlled ventilation and volume controlled ventilation in healthy anesthetized dogs. J Vet Emerg Crit Care. 2016 ; 26 : 524-30.
Martins ARC et coll. Computed tomography assessment of tidal lung overinflation in domestic cats undergoing pressure-controlled mechanical ventilation during general anesthesia. Front Vet Sci. 2022 ; 9 : 842528.
De Monte V et coll. Respiratory effects of low versus high tidal volume with or without positive end-expiratory pressure in anesthetized dogs with healthy lungs. Am J Vet Res. 2018 ; 79 : 496-504.
Donati PA et coll. Tidal volume selection in volume-controlled ventilation guided by driving pressure versus actual body weight in healthy anesthetized and mechanically ventilated dogs: a randomized crossover trial. Vet Anaesth Analg. 2024 ; 51 : 408-16.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Description électrocardiographique des différentes morphologies de pré-excitation ventriculaire chez une série de 13 chats
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Diagnostic précoce et stadification
Saint-Laurent-Du-Var France
Maladie rénale chronique chez le chien et le chat : du consensus IRIS à la réalité biologique
Dr Benoit Rannou, Dip ACVP&ECVCP, Azurvet-Lab.
La classification proposée par l’International Renal Interest Society (IRIS) constitue aujourd’hui le cadre de référence pour évaluer la sévérité de la maladie rénale chronique (MRC) chez le chien et le chat. Elle permet d’utiliser un langage commun, d’adapter la prise en charge thérapeutique et d’établir un pronostic. Cependant, son utilisation repose en grande partie sur des valeurs seuils de paramètres biologiques dont les concentrations ne sont pas constantes chez un individu et uniformes au sein de la population d’animaux sains. La variabilité pré-analytique, la variabilité analytique et surtout la variabilité biologique intra-individuelle doivent donc être prises en compte lors de l’interprétation des résultats, en particulier lorsqu’ils se situent à proximité d’un seuil décisionnel ou lorsqu’un animal est suivi dans le temps.
Diagnostiquer avant de stadifier
La classification IRIS n’est pas, à proprement parler, un outil diagnostique de la MRC. Le diagnostic doit être établi préalablement, sur la mise en évidence d’anomalies fonctionnelles ou structurelles rénales persistantes. Ces anomalies peuvent notamment inclure une augmentation persistante de la créatinine ou de la SDMA, une diminution persistante de la capacité de concentration urinaire en l’absence d’autre cause identifiable, une protéinurie d’origine rénale persistante ou encore des anomalies morphologiques compatibles à l’imagerie.
La stadification est ensuite réalisée chez un animal stable, correctement hydraté et pour lequel les causes pré-rénales et post-rénales d’augmentation des marqueurs de filtration ont été exclues. Elle repose principalement sur les concentrations de créatinine et de SDMA. Le patient est secondairement sous-stadifié en fonction de la protéinurie, évaluée par le rapport protéines/créatinine urinaires (RPCU), et de la pression artérielle systémique.
Les stades et sous-stades sont détaillés sur le site d’IRIS : https://www.iris-kidney.com
La distinction entre diagnostic, stade et sous-stade est essentielle. Un animal ne devient pas atteint de MRC parce que sa créatinine franchit une valeur frontière d’un stade IRIS. De même, une variation mineure de part et d’autre d’un seuil ne traduit pas nécessairement une modification réelle de sa fonction rénale.
Notion de variabilité intra- et inter-individuelle et concentrations basales
Chez un individu cliniquement stable, la concentration d’un analyte fluctue autour d’un point d’équilibre homéostatique. Plusieurs sources de variation interviennent.
La variabilité analytique (CVA) correspond à l’imprécision liée à la méthode de mesure. La variabilité biologique intra-individuelle (CVI) correspond aux fluctuations physiologiques observées chez un même animal au cours du temps. Enfin, la variabilité biologique inter-individuelle (CVG) représente les différences de concentration observées entre les individus d’une même population.
Lorsque la variabilité intra-individuelle est faible par rapport à la variabilité inter-individuelle, l’analyte présente une forte individualité. Chaque animal occupe alors une zone relativement étroite à l’intérieur de l’intervalle de référence de la population. Dans cette situation, un résultat peut changer de manière importante pour un individu tout en restant dans l’intervalle de référence.
La créatinine constitue un bon exemple. Chez 13 chiens sains suivis pendant huit semaines, le CVI de la créatinine était de 5,4 %, alors que le CVG était de 16,6 %. Chez le chat, plusieurs études aboutissent à la même conclusion : la créatinine présente une forte individualité. Les concentrations basales en créatinine chez les chats et les chiens sains sont donc variables, même si elles sont situées dans l’intervalle de référence de l’espèce généralement.
Cette notion est particulièrement importante pour le dépistage précoce de la MRC. Une concentration en créatinine dans les valeurs avoisinant le stade 1 (120-140umol/L) pourrait ainsi correspondre à une concentration basale, physiologique, pour certains chiens/chats ou, au contraire, à une concentration anormalement haute pour des chiens/chats présentant une concentration basale plus basse (par exemple une concentration située autour de 60-80 umol/L).
Notion de différence critique pour le suivi individuel
La différence critique, ou reference change value (RCV), correspond à la variation minimale entre deux résultats successifs nécessaire pour que leur différence ait une probabilité d’être expliquée uniquement par la variabilité analytique et la variabilité biologique intra-individuelle.
Dans sa forme simplifiée pour une distribution normale et une interprétation bidirectionnelle à 95 %, elle peut être exprimée par :
RCV = 1,96 × √2 × √(CVA² + CVI²)
Cette formule explique immédiatement pourquoi le RCV n’est pas une constante universelle : il dépend à la fois de la variabilité biologique de l’analyte et de l’imprécision de la méthode analytique utilisée. Il dépend également du protocole d’étude, et de l’intervalle entre les prélèvements.
En pratique, les données disponibles suggèrent des ordres de grandeur d’environ 15–25 % pour la créatinine chez le chien et 20 % chez le chat ; 40–50 % pour la SDMA chez le chien et environ 35 % chez le chat. Chez le chat atteint de MRC, le phosphore présente dans une étude récente un RCV de 34,2 %. Chez le chien sain, les données disponibles suggèrent une variation significative de l’ordre de 20 % pour le phosphore, mais les données spécifiques aux chiens atteints de MRC sont insuffisantes.
Créatinine et SDMA : interpréter les seuils IRIS avec prudence
Ces données conduisent à une conséquence pratique : une petite variation de la concentration, mais surtout de la SDMA, même lorsqu’elle entraîne le franchissement d’un seuil décisionnel, ne doit pas systématiquement être interprétée comme une modification réelle de la fonction rénale. La répétition du dosage dans des conditions comparables est particulièrement importante lorsque le résultat est proche d’une limite décisionnelle ou discordant avec la créatinine, la densité urinaire et les autres données cliniques.
RPCU : ne pas confondre valeur mesurée et protéinurie persistante
Le RPCU est utilisé par IRIS pour sous-stadifier la MRC. Les seuils diffèrent chez le chien et le chat : chez le chien, un RPCU inférieur à 0,2 correspond au sous-stade non protéinurique, une valeur comprise entre 0,2 et 0,5 au sous-stade borderline et une valeur supérieure à 0,5 au sous-stade protéinurique. Chez le chat, les seuils correspondants sont respectivement <0,2, 0,2–0,4 et >0,4.
Avant d’attribuer la protéinurie à une maladie rénale, les causes pré-rénales et post-rénales doivent être recherchées, notamment par l’examen du culot urinaire. Surtout, la persistance de l’anomalie doit être vérifiée par des prélèvements répétés.
Cette précaution est particulièrement importante chez le chat. Dans une étude portant sur 80 chats considérés comme sains, 18, soit 23 %, présentaient initialement un RPCU ≥0,2. L’anomalie n’était persistante sur trois prélèvements espacés dans le temps que chez 8 de ces 18 chats. Chez les 15 chats ayant fait l’objet d’un suivi hebdomadaire, le CVI du RPCU était de 34,8 %.
Une variation importante est également décrite chez le chien, mais son amplitude dépend notamment du niveau initial de protéinurie. Dans une étude récente réalisée chez 11 chiens sains non protéinuriques, le CVI était de 10,77 %. Ces résultats ne peuvent cependant pas être directement extrapolés aux chiens atteints de glomérulopathie. Chez des chiens présentant une protéinurie glomérulaire stable, une étude antérieure montrait qu’une variation d’environ 80 % pouvait être nécessaire pour être significative lorsque le RPCU était proche de 0,5, contre environ 35 % lorsque le RPCU était très élevé, proche de 12.
Ces résultats illustrent deux notions différentes. Pour sous-stadifier une MRC, il faut confirmer la persistance d’une protéinurie et raisonner par rapport aux limites décisionnelles IRIS. Pour évaluer une évolution ou une réponse thérapeutique, l’amplitude de la variation du RPCU doit également être prise en compte.
De la classification à la réalité clinique
Les limites décisionnelles proposées par IRIS sont indispensables pour harmoniser la classification de la MRC chez le chien et le chat. Leur utilisation ne doit cependant pas conduire à considérer une concentration biologique comme une valeur absolue.
Lorsqu’un résultat se situe à proximité d’une valeur seuil, sa répétition dans des conditions comparables est préférable à une modification immédiate de la classification ou de la prise en charge. Lors du suivi longitudinal, la comparaison avec les valeurs antérieures de l’animal apporte souvent davantage d’information que la seule comparaison avec un intervalle de référence ou une limite décisionnelle.
En pratique, quatre questions peuvent être posées lors de l’interprétation d’un nouveau résultat :
1. L’animal est-il cliniquement stable et correctement hydraté ?
2. Le prélèvement et l’analyse ont-ils été réalisés dans des conditions comparables aux précédents ?
3. Le résultat franchit-il une limite diagnostique, de stade ou de décisionthérapeutique ?
4. La variation par rapport aux résultats antérieurs est-elle supérieure à celle attendue du fait de la variabilité analytique et biologique ?
Références
1. International Renal Interest Society. IRIS Staging of CKD in Dogs and Cats. Modified 2023.
2. Flatland B, Baral RM, Freeman KP. Current and emerging concepts in biological and analytical variation applied in clinical practice. J Vet Intern Med. 2020;34:2691–2700.
3. Campora C, Freeman KP, Baral R. Clinical application of biological variation data to facilitate interpretation of canine and feline laboratory results. J Small Anim Pract. 2018;59:3–9.
4. Kopke MA, Burchell RK, Ruaux CG, et al. Variability of symmetric dimethylarginine in apparently healthy dogs. J Vet Intern Med. 2018;32:736–742. Erratum: J Vet Intern Med. 2018;32:1793.
5. Selin AK, Lilliehöök I, Forkman J, Larsson A, Pelander L, Strage EM. Biological variation of biochemical urine and serum analytes in healthy dogs. Vet Clin Pathol. 2023;52:461–474.
6. Couture Y, Keys D, Summers S. Weekly biological variation of urine protein creatinine ratio and urine specific gravity in healthy dogs. J Vet Intern Med. 2025;39:e70052.
7. Nabity MB, Boggess MM, Kashtan CE, Lees GE. Day-to-day variation of the urine protein:creatinine ratio in female dogs with stable glomerular proteinuria caused by X-linked hereditary nephropathy. J Vet Intern Med. 2007;21:425–430.
8. Prieto JM, Carney PC, Miller ML, et al. Biologic variation of symmetric dimethylarginine and creatinine in clinically healthy cats. Vet Clin Pathol. 2020;49:401–406.
9. Mortier F, Daminet S, Duchateau L, Biscop A, Paepe D. Biological variation of urinary protein:creatinine ratio and urine specific gravity in cats. J Vet Intern Med. 2023;37:2261–2268.
10. Summers S, Szlosek D, Michael HT, Mack R. Weekly biological variation of serum biochemistry analytes and fibroblast growth factor 23 in healthy cats and cats with chronic kidney disease. J Small Anim Pract. 2025;66:790–796.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Du consensus à la procédure en clinique
Paris France
Pour garantir une organisation de l’accueil des animaux, une qualité de soin optimale ou encore une adaptation des ressources humaines à la charge de travail, la clinique vétérinaire va instaurer des procédures, des process, encore appelés protocoles. Ces pratiques, personnalisées à sa structure sont uniques. Elles devront être suivies par tous mais pourront également être challengées et revues lors d’évolution comme la parution de nouveaux « gold standards » ou lors de changement du contexte ( achat de matériel, recrutement de nouvelles compétences, création d’un nouveau service...)
Comment sont construites ces procédures ?
Concernant les soins médicaux, elles se baseront le plus souvent sur les consensus médicaux communiqués par les études, les associations scientifiques...
Néanmoins, en fonctions des ressources matérielles et humaines, chaque clinique adaptera le consensus à sa pratique quotidienne.
C’est le sujet qui est proposé d’être traité par cette conférence.
Comment partir d’un consensus établi et construire son protocole opérationnel ?
Pour cela 4 parties se dessinent.
La première consiste à mettre en lumière l’intérêt de passer du consensus au protocole précis pour harmoniser les pratiques et offrir la même chance à chaque patient. Le second paragraphe traitera de l’importance de rédiger une procédure accessible à laquelle se référer.
La troisième partie abordera l’importance de l’implication de l’ensemble de l’équipe avant d’évoquer dans un quatrième et dernier temps, le suivi de la mise en pratique de la procédure .
1 : Aller au-delà du consensus et créer un protocole personnalisé.
Les « recommandations médicales et professionnelles » , telles que définies par la HAS , « peuvent être utilisées pour établir des références médicales, c’est à dire des « standards de pratique déterminant ce qui est approprié et/ou inapproprié de faire, lors de la mise en œuvre de stratégies préventives, diagnostiques et/ou thérapeutiques dans des situations cliniques données ».
Le protocole ou la procédure peuvent aller plus loin que la gestion médicale en organisant de façon personnalisée le consensus ; c’est-à-dire le choix du matériel, des ressources humaines, de l’organisation, de la communication client, de la tarification, de la gestion du suivi médical précis...
Ainsi imaginons, les pratiques EBM actuelles de gestion d’un chat mâle souffrant de maladie du bas appareil félin qui n’urine plus depuis 24hIl existe bien des bonnes pratiques et recommandations dans la profession ; Le protocole diffèrera cependant d’une clinique vétérinaire à l’autre ; Et d’un cas clinique à l’autre
Par exemple concernant la gestion de l’accueil en urgence ou le choix du protocole anesthésique en fonction de l’âge et de l’état de l’animal mais aussi des habitudes de pratiques, ou encore l’hospitalisation... La prévention peut aussi faire partie de la procédure comme des conseils lors de la consultation annuelle d’un chat mâle castré d’intérieur en surpoids.
Il pourrait en être de même des protocoles de vaccination des chats vivant en intérieur. Considérons encore le protocole d’ un bilan senior chez les chats = que contient-il ? prise de sang, analyse d’urine ? à quel âge? Au moment de la consultation annuelle ou programmation d’une visite spécifique ? Quelle tarification ? Qui s’occupe des relances ?
Toute la procédure devra être anticipée et envisagée.
Attention, il arrive régulièrement que les praticiens au cœur de la même clinique emploient des process différents par habitudes, convictions, ou sans se concerter.
Cela peut être dommageable pour l’animal ou la compréhension du propriétaire mais aussi pour l’équipe.
N’oublions pas que notre mission est encadrée par des obligations de moyens et que des process très différents peuvent, en réalité, révéler des pratiques moins adaptées.
Confronter ses pratiques entre collègues, argumenter, discuter sur les protocoles est un moyen de faire mûrir l’intelligence collective et motiver les collaborateurs.
Aboutir à une sorte de consensus interne et une procédure commune est essentiel pour guider les pratiques.
Chaque cas clinique est unique et demandera des adaptations de la procédures mais un protocole défini revêt une importance capital pour offrir la même chance de soin à chaque animal quel que soit l’heure de sa visite ou le vétérinaire consulté.
C’est le paradoxe qui peut être pointé : on met en place un protocole que l’on pourra faire évolué selon chaque patient unique.
En effet, avoir un base commune donnera la vision de ce qui est attendu dans la clinique, un cap, une direction. Le savoir-faire de chacun sera ensuite sollicité pour s’adapter au cas clinique précis.
2 Rédiger une procédure
Il est important que tous les collaborateurs, surtout les nouveaux, puissent prendre connaissance et avoir accès aux procédures usuelles de la clinique.
Pour cela il s’agira d’établir des protocoles médicaux revus régulièrement. De plus, d’autres aspects de prise en charge des animaux peuvent être protocolisés. Les fonctionnements de services ou d’autres compétences peuvent aussi être protocolisées comme le suivi des consultations référées, l’envoi des analyses externes, le traitement des analyses internes...
Pour rédiger ces procédures, des responsables du projet peuvent être nommés pour des thématiques en relation avec leurs compétence par exemple.
Imaginons par exemple, la gestion du projet « Adapter et rédiger nos protocoles vaccinaux chats et chiens » sur 3 mois.
. Un binôme peut être nommé avec pour missions les premières semaines de faire un état des lieux de la situation ( les protocoles usuels sont-ils suivis, sinon pourquoi ?) les informations sont-elles accessibles ? Quels vaccins sont utilisés ?
. Le premier mois permettrait également de prendre le temps de se former ou creuser la bibliographie. Que propose les revues scientifique à comité de lecture ? Les RCPs et sont-ils suivis ? etc.
. Le second mois servirait à choisir des protocoles personnalisés à parti du consensus scientifique, à le rédiger puis à le communiquer à l’ensemble de l’équipe lors de réunions et entretiens.
. Le troisième mois permettra ensuite à chacun de déployer le process et au binôme responsable de contrôler la bonne mise en application.
Des discussions régulières en équipe du binôme responsable avec le reste de l’équipe seront programmées.
L’harmonisation des pratiques rassure les collaborateurs mais les engagent également dans une direction commune.Ces protocoles pourraient aussi être conçus ou retravaillés selon un mode collaboratif / participatif pour impliquer et motiver l’ensemble des collaborateurs.
Par la suite, les documents seront accessibles pour chaque personne de façon dématérialisée ou rangés dans des classeurs. Une bonne organisation de ces documents est essentielles pour leur bon usage. Il peut être utile que la clinique se dote d’outils numériques de partage d’informations, de gestion de groupe de travail et d’archivage des informations comme SLACK, TEAMS ou TRELLO.
3 Engager les équipes dans la bonne mise en pratique.
Qu’il s’agisse d’un nouveau protocole clinique ou d’une amélioration, il se peut que la procédure ne soit pas suivie par tous ou seulement en partie.Pour garantir la meilleure mise en pratique possible voyons, 3 leviers.
Tout d’abord une bonne communication : l’information a-t-elle été relayé à toute l’équipe ? lors de réunion ? y a-t-il un plan d’action pour le déploiement ? les collaborateurs ont-ils le niveau de compétence ? ont -ils compris ?
Veiller à diffuser les informations par des bons canaux : mails ? TEAMS ? SLACK ? WHATSAPP ? De plus il est important d’échanger lors de réunions collectives ET de temps individuels.
Ce premier levier est essentiel. Chacun doit être informé.
Le second levier concerne la levée de freins ou de peur. Il est connu que lors de changement, certains peuvent avoir des difficultés à quitter les anciennes habitudes. On estime à 10% la proportion de personnes "motrices". 10% de "résistants" et 80 % d'attentistes.
Le rejet peut se faire par réflexe, appéciant la routine, pensant que l’ancienne façon était utile et efficace; le collaborateur ne voit pas en quoi l’effort fournit en plus va apporter des bénéfices pour l’animal, la clinique ou lui-même.
Le rejet peut aussi être conscient et provoquer des tensions. Le collaborateur ne se sentant pas impliqué, pas compris, pas entendu...
Ces personnes peuvent freiner la mise en place du projet. Il est donc très important de les identifier rapidement pour agir = les rassurer, leur expliquer, les impliquer. Lors de période de changement il est très important également de se rapprocher et engager les personnes « motrices » du projet. Ce sont des alliées précieux qui le boosteront.
Le troisième levier pour engager les équipes est la mise en action. Il s’agit de donner des actions précises, nommer des responsables, s’entourer les alliées.
Selon, Bruno Jarrosson, ingénieur et consultant en stratégie, sur les 3 leviers du changement c’est la mise en action qui est optimale. Les autres leviers pour le changement que sont l'autorité et la persuasion seront moins efficaces. La première méthode, l’autorité aussi appelé « coup de pied aux fesses » peut être efficace à court terme en imposant mais avec de gros risques de refus/ blocages. La seconde, la persuasion, peut fonctionner si le manager inspire confiance, mais n'est pas toujours garantie. C’est bien l’action qui semble adaptée car elle ne nécessite pas toujours l’adhésion. Elle rend la mise en pratique concrète et implique les collaborateurs.
4 Suivre des indicateurs de suivi pour faire vivre la procédure dans le temps et amélioration continue.
Les cliniques ont pour habitude de mettre en place des process et protocoles médicaux. Il est plus rare qu’elle évaluent les effets de ces procédures.
Ceci dit il est très important de savoir si le nouveau protocole est suivi ; par qui ? en quelles circonstances ? Pourquoi utilisent-ont l’ancien protocole dans certaines situations ? Quels sont les effets bénéfiques ? Y-a-t-il eu des problèmes ?
Dans toute gestion de projet et suivi de changement en entreprise, il est important de programmée en amont, des dates ou jalons pour évaluer les effets des nouvelles pratiques.
L’idéal étant de le programmé dès le début du projet.
Les objectifs seront posé selon la méthodologie SMART soit spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes et temporels. Par exemple, la clinique souhaite réaliser les nouveaux « bilans seniors » sur 30% des chats âgés de + de 8 ans qui viennent en consultation vaccinale dans les 6 premiers mois.
Pour cela des indicateurs seront identifiés :
. Nombre « BILAN gériatrique » en utilisant le mots-clés dans les fiches des animaux sur le logiciel métier.
. Nombre de prises de sang « gériatrique » évaluable dans le logiciel métier.
. Ou encore nombre de relances de bilan gériatrique par le logiciel métier ...
Ensuite à intervalle régulier, les indicateurs seront évalués et partagés à l’équipe pour les féliciter tout d’abord voir, remobiliser si besoin.
Pour conclure, Il est essentiel de poser proactivement des protocoles ou procédures définis au cœur des cliniques pour garantir la bonne qualité de soin, l’harmonisation des pratiques et la motivation des collaborateurs.
De plus, les consensus évoluant au cours du temps, les entreprises vétérinaires également, il est important de retravailler régulièrement les procédures pour garantir la meilleure prise en charge pour les animaux et l’engagement des collaborateurs.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Du tractus digestif (estomac, intestin, côlon)
Allonzier-La-Caille France
La cicatrisation du tube digestif
Physiologie de la cicatrisation digestive
Le tube digestif cicatrise, comme tous les autres tissus, en passant par les phases d’inflammation et de débridement, prolifération et maturation. Certains défis sont néanmoins présents, eu égard à la fonction du système digestif.
La muqueuse cicatrise rapidement par simple migration des cellules épithéliales, ce qui exige une bonne apposition. La sous-muqueuse, riche en collagène, constitue la couche mécanique la plus solide, contenant les vaisseaux (sanguins et lymphatiques) et les nerfs. Enfin, la séreuse joue un rôle décisif en période précoce en formant très rapidement un réseau protecteur de fibrine garantissant une première barrière d'étanchéité contre les fuites.
Lors de lésions superficielles, la cicatrisation s’effectue par migration des cellules épithéliales et mésothéliales. Lors de lésions en pleine épaisseur, la cicatrisation se déroule avec de l’inflammation et la prolifération de cellules non épithéliales pouvant conduire à la formation de cicatrices.
La phase inflammatoire dure 3 à 4 jours. Les polynucléaires neutrophiles prédominent les premières 24 heures, relayés par les macrophages à 48 heures. Véritables chefs d'orchestre de la cicatrisation, ces derniers phagocytent, contrôlent l'infection et libèrent de nombreuses cytokines et facteurs de croissance recrutant les lymphocytes, qui eux-mêmes stimulent l'angiogenèse.
De manière concomitante se déroule la phase de débridement (3 à 10 jours), qui est la période la plus critique : l'activité de la collagénase y prédomine avec un pic à 4-5 jours, majorant le risque de déhiscence. Cette activité collagénolytique est confinée au site d'anastomose pour l'intestin grêle, mais s'étend à l'ensemble de l'organe pour le côlon. En parallèle, les cellules musculaires lisses (productrices principales) et les fibroblastes initient la production de collagène.
Suivent ensuite les phases de prolifération et de maturation. Les fibroblastes prédominent à 4 jours. La restauration de la couche épithéliale est achevée en 1 à 2 semaines. Lors de la maturation, le collagène se réorganise, la zone d'anastomose s'amincit et récupère 50 à 70 % de sa résistance initiale en 2 à 3 semaines.
Le colon présente quelques particularités : Sa cicatrisation est plus tardive (angiogenèse et migration des fibroblastes décalées) et la zone de lyse du collagène y est plus étendue. Durant les 3 à 4 premiers jours, la tenue de la plaie repose exclusivement sur le fil de suture. La solidité mécanique n'atteint que 50 % à 2 semaines et 75 % à 4 mois.
Facteurs influençant la cicatrisation du tractus digestif
L'hypotension et l'hypovolémie génèrent une ischémie locale délétère (l'intestin diminuant sa perfusion lors de choc), ce qui retarde sévèrement la cicatrisation. Une tension excessive des sutures écrase les tissus et provoque également une ischémie. La tension du fil doit apposer fermement les tissus en tenant compte de l'œdème inflammatoire, sans les écraser, ni les sectionner.
L’apposition des tissus permet la meilleure cicatrisation sans formation de tissu cicatriciel. L’éversion ou l’inversion de la muqueuse interfèrent avec la cicatrisation primaire. L’apposition de la sous-muqueuse permet de réduire le risque de passage bactérien.
La nutrition entérale précoce est primordiale, car les entérocytes se nourrissent directement du contenu luminal, ce qui permet d’obtenir une bonne résistance à la pression. À l'inverse, une hypoalbuminémie (< 25 g/L) est un facteur de risque majeur de déhiscence.
L'infection majore l'activité des protéases (dont la collagénase) ce qui retarde l'épithélialisation. La production de collagène est diminuée en cas de péritonite septique.
L'usage d'AINS accroît le risque de fuite anastomotique pour le grêle, tout comme l'emploi d'immunosuppresseurs (l'effet des corticoïdes reste toutefois controversé).
Techniques de suture du tube digestif
Quel fils utiliser ?
L'usage de monofilaments résorbables est impératif (les multifilaments favorisant la friction, la capillarité et la prolifération bactérienne). Les fils non résorbables quant à eux peuvent former un point d’ancrage pour des corps étranger intraluminaux.
On privilégiera les fils à résorption prolongée garantissant un maintien mécanique supérieur à 2 semaines (le polyglyconate et le polydioxanone conservent à 2 semaines 80 % de leur résistance, le glycomer 631 50 %, contre seulement 20 % pour le poliglecaprone 25). Toutefois, in vitro, le polydioxanone se dégrade plus rapidement en milieu acide [1] ; son utilisation pour l'estomac invite donc à la prudence. Les fils crantés ("barbelés") offrent une excellente alternative, rapide et sans nœud.
Un fil de taille USP 3-0 ou 4-0 (dec 2 ou 1,5) avec une aiguille ronde ou taper point ½ de cercle est recommandé.
Surjet ou points ?
Les points permettent de mieux tenir la tension sans qu’elle ne se relâche durant la réalisation de l’anastomose et permettent de mieux contrôle la tension exercée sur chaque segment de la suture. Par ailleurs, la rupture d’un point n’a pas de conséquence sur le reste de l’anastomose. Néanmoins, les points sont plus longs à faire et sont à l’origine de plus d’inflammation et d’adhérences. Plus de fils sont consommés et ils augmentent la quantité de matériel exogène dans l’organisme.
Les surjets sont beaucoup plus rapides à faire et permettent une meilleure répartition de la tension de long de l’ensemble de la ligne de suture. Moins de fils sont consommés et ils ne nécessitent des points qu’au début et à la fin de la ligne de suture. Néanmoins, le contrôle de la tension exercée sur la suture est moins bon et l’apposition un peu moins bonne. Enfin si le fil se rompt ou déchire complètement le tissu en un seul point, l’ensemble de la ligne de suture peut être défaillante.
Cliniquement, il n'existe aucune différence significative de taux de déhiscence entre ces deux techniques, quelle que soit l'expérience du chirurgien [2]. Dans les deux cas, le passage du fil doit se faire à 3 ou 4 mm des berges, avec un espacement maximal de 3 mm. La tension exercée sur le fil ou le nœud doit être suffisante pour apposer fermement les tissus sans les écraser, afin d’éviter soit la formation d’une cicatrice fibreuse si les tissus ne sont pas suffisamment apposés, soit un retard de cicatrisation voire une déhiscence si les tissus sont ischémiés par écrasement.
Un ou deux plans ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les sutures en deux plans n’augmentent pas l’étanchéité initiale de l’anastomose. En effet, la quantité plus importante de manipulations des tissus et de matériel exogène augmente l’inflammation et l’ischémie des tissus, ce qui prolonge la phase critique d’inflammation et de débridement. En pratique, la réalisation d’une suture en deux plans permet cependant d’avoir une meilleure sécurité de la suture lorsque le tissue est friable ou lorsque le fil déchire à travers les tissus.
Les sutures en un seul plan préservent, quant à elles, mieux les tissus et réduisent moins le diamètre luminal. Elles permettent également une meilleure apposition des tissus et notamment de la sous-muqueuse. C’est la technique de fermeture à privilégier.
Comment fermer l’estomac ?
Il a longtemps été recommandé de suturer l'estomac en deux plans (le premier apposant ou invaginant muqueuse/sous-muqueuse, le second apposant ou inversant musculeuse/séreuse) ou d'effectuer une suture pleine épaisseur enfouie par un surjet d'inversion (Cushing, Connell, Lembert). Cependant, l'invagination gastrique favorise le développement d'ulcères, d'abcès pariétaux et d'obstructions. Une étude récente remet, par ailleurs, cette pratique en question en montrant une absence de différence en termes de complications entre une suture en deux plans de l’estomac (inversante ou apposante) et une suture pleine épaisseur en un seul plan, et corrobore plusieurs autres études cliniques et ex vivo [3]. L’invagination gastrique n’est donc plus recommandée et la suture en deux plans de l’estomac n’est probablement pas nécessaire.
Comment fermer l’intestin ?
Dans le cas de la région pylorique ou bien de l’intestin (grêle ou colon), une suture en un seul plan est indispensable afin de ne pas créer d’obstruction mécanique au transit.
Le principal défi est de préserver le diamètre intraluminal. Pour cela, si une entérotomie a été effectuée, il est possible de la fermer perpendiculairement à l’axe de l’intestin. Lors d'entérectomie présentant une disparité de diamètre, plusieurs techniques préviennent la sténose : espacement asymétrique des points, section biseautée du petit segment, spatulation du bord anti-mésentérique, fermeture partielle du plus gros segment, ou anastomose latéro-terminale.
Si un surjet est choisi pour fermer l’enterectomie, la réalisation de deux hémi-surjets (initiés aux bords mésentérique et anti-mésentérique) permet une fermeture plus régulière et mieux répartir la tension. Le point de Gambee (classique ou modifié) prévient efficacement l'éversion muqueuse et garantit la meilleure résistance biomécanique à la traction bien que son exécution soit plus longue [4].
Références bibliographiques
1. Freudenberg S et coll. Biodegradation of absorbable sutures in body fluids and pH buffers. Eur Surg Res. 2004; 36: 376-85.
2. Fruehwald CM et coll. Comparison of surgeon experience using simple interrupted and simple continuous suture patterns in intestinal resection and anastomosis. Can J Vet Res. 2022; 86: 165-71.
3. Velay L et coll. Safe gastric wall closure in dogs using a single-layer full-thickness simple continuous suture pattern. J Am Vet Med Assoc. 2024; 262: 1-5.
4. Kieves NR et coll. A Comparison of Ex Vivo Leak Pressures for Four Enterotomy Closures in a Canine Model. J Am Anim Hosp Assoc. 2018; 54: 71-6.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Efficacité d'un nouvel aliment diététique sur la douleur et la mobilité fonctionnelle chez le chien arthrosique : approche clinique et biologique
Liens d'intérêts : salarié de Virbac Nutrition
Liens d'intérêt : Salarié du laboratoire Virbac Nutrition.
📃 Électrochimiothérapie ou chirurgie extensive : comment choisir ?
Marcy-L'etoile France
Quand proposer un traitement local pour une tumeur palpébrale ?
Une fois le diagnostic de tumeur palpébrale maligne établi, la décision de mettre en place un traitement local dépend du type tumoral, de son extension locale, de son potentiel métastatique et de l’état général de l’animal. Certaines tumeurs présentent principalement un comportement localement invasif, tandis que d’autres exposent davantage à un risque de dissémination métastatique. Un bilan d’extension adapté est donc nécessaire avant d’envisager une prise en charge locale seule.
Chez le chat, le carcinome épidermoïde est de loin la tumeur palpébrale maligne la plus fréquente. Les mastocytomes, l’histiocytose féline progressive et les sarcomes font également partie des diagnostics différentiels [1]. Chez le chien, la majorité des tumeurs palpébrales sont bénignes, notamment les adénomes des glandes de Meibomius, les mélanocytomes et les histiocytomes. Des tumeurs malignes peuvent toutefois être observées, incluant les carcinomes épidermoïdes, les mélanomes malins, les hémangiosarcomes cutanés et les mastocytomes [1].
Lorsqu’un traitement local est retenu, plusieurs modalités peuvent être discutées : chirurgie, électrochimiothérapie (ECT), cryothérapie, radiothérapie ou association de plusieurs traitements.
Qu’est-ce que l’électrochimiothérapie ?
L’ECT associe l’administration d’une molécule cytotoxique, le plus souvent la bléomycine, à l’application locale de courtes impulsions électriques. Ces impulsions entraînent une perméabilisation transitoire et réversible des membranes cellulaires, ce qui augmente fortement la pénétration de la molécule cytotoxique dans les cellules tumorales et potentialise son effet antitumoral, tout en limitant l’exposition systémique. L’ECT exerce également un effet vasculaire local, avec une réduction transitoire de la perfusion tumorale, ainsi qu’une inflammation locale susceptible de participer à l’effet antitumoral.
En pratique, l’ECT est réalisée sous anesthésie générale. La région est tondue et un gel conducteur est appliqué afin d’optimiser le contact entre les électrodes et les tissus. Plusieurs minutes après l’administration intraveineuse de la chimiothérapie, les électrodes sont placées directement sur la tumeur pour les électrodes de surface en L, ou dans la tumeur pour les électrodes à aiguilles, selon sa profondeur de la tumeur. Des impulsions électriques sont ensuite délivrées dans des champs successifs afin de couvrir l’ensemble de la zone à traiter.
Comment choisir ?
La chirurgie reste l’option privilégiée lorsqu’une exérèse complète peut être réalisée sans altérer de manière importante la fermeture des paupières et la protection de la cornée. La chirurgie est parfois curative en cas de tumeur bénigne et présente également l’avantage de permettre une analyse histologique complète de la tumeur et l’évaluation des marges d’exérèse. Une chirurgie simple est particulièrement intéressante pour les lésions bien délimitées et peu infiltrantes. La plupart des tumeurs palpébrales bénignes de petite taille peuvent être retirées par une résection en V ou une exérèse à quatre côtés, avec des marges d’environ 2 mm. En règle générale, jusqu’à environ 25-30% de la longueur de la paupière peut être retiré chez le chien, 20-25% chez le chat, sans compromettre significativement la fonction palpébrale, sous réserve notamment de la localisation de la lésion [2].
La chirurgie peut également être nécessaire pour les tumeurs très infiltrantes ou étendues. Dans ces situations, une reconstruction palpébrale plus complexe peut être nécessaire afin d’obtenir un contrôle local satisfaisant tout en préservant la fonction palpébrale. Plusieurs techniques de reconstruction par lambeau sont décrites et peuvent être choisies en fonction de la localisation et de la taille de la lésion. Elles peuvent notamment permettre d’obtenir des marges d’exérèse adéquates pour certaines tumeurs malignes, mais également de retirer des tumeurs bénignes de grande taille tout en permettant une reconstruction fonctionnelle. Dans les cas les plus avancés, lorsque l’extension tumorale ne permet pas d’envisager une reconstruction palpébrale satisfaisante, une énucléation peut être nécessaire.
L’ECT peut être proposée dans les situations lorsque la chirurgie nécessiterait une exérèse importante ou risquerait de compromettre la fonction palpébrale, ou lorsque celle-ci n’est pas souhaitée par les propriétaires. L’ECT est particulièrement adaptée aux tumeurs superficielles. Chez le chat, elle constitue une option thérapeutique de choix pour les carcinomes épidermoïdes palpébraux superficiels associés à l’exposition aux UV. Elle peut être utilisée en première intention dans ces cas et permet généralement de préserver au mieux l’anatomie et la fonction de la paupière, tout en offrant un bon contrôle local [3]. Elle peut également être proposée pour d’autres types tumoraux, notamment lorsque la chirurgie risque d’entraîner une morbidité importante ou lorsque celle-ci n’est pas souhaitée par les propriétaires. Le niveau de preuve et les données de contrôle à long terme restent toutefois variables selon le type histologique.
La chirurgie et l’ECT ne doivent pas nécessairement être considérées comme des alternatives exclusives. Leur association peut être particulièrement intéressante lorsque l’objectif est de limiter l’étendue de l’exérèse tout en améliorant le contrôle local. Une exérèse marginale suivie d’une ECT du lit tumoral en période périopératoire peut ainsi être envisagée pour certaines tumeurs, de même qu’une ECT adjuvante en cas de marges histologiques incomplètes lorsque une reprise chirurgicale serait importante.
La radiothérapie constitue une autre option pour certaines tumeurs malignes, notamment lorsqu’elles sont profondes, volumineuses ou difficiles à réséquer complètement, ou lorsque la chirurgie et l’ECT ne permettent pas d’obtenir un contrôle local satisfaisant. Son indication doit toutefois tenir compte de la proximité de structures oculaires radiosensibles et du risque d’effets indésirables à court et long terme.
En pratique, le choix du traitement repose donc sur un équilibre entre le type et le comportement de la tumeur, sa taille et sa profondeur, sa localisation par rapport au bord palpébral et au globe oculaire, la possibilité d’obtenir un contrôle local complet, et la préservation de la fonction palpébrale et oculaire. Pour les petites tumeurs superficielles, l’ECT peut ainsi constituer une alternative particulièrement intéressante à la chirurgie, tandis que les lésions volumineuses ou profondément infiltrantes peuvent nécessiter une approche chirurgicale plus extensive, une radiothérapie ou une combinaison de traitements. L’objectif doit dans tous les cas être d’obtenir le meilleur contrôle tumoral possible tout en préservant autant que possible la fonction de la paupière et le confort de l’animal.
[1] Miller PE et al. Ocular tumors. In: Vail DM, Thamm DH, Liptak JM (eds.), Withrow & MacEwen’s Small Animal Clinical Oncology. 6th ed. St Louis : Elsevier; 2020.
[2] Prpich CT et al. Eyelids, eye, and orbit. In: Kudnig ST, Seguin B (eds), Veterinary Surgical Oncology. 2nd ed. Wiley-Blackwell; 2019.
[3] Diop N et al. Comparison of Three Chemotherapy Protocols With Electrochemotherapy for the Treatment of Feline Cutaneous Squamous Cell Carcinoma. Vet Comp Oncol. 2024 Sep;22(3):437-446.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Enquête sur les pratiques de vermifugation en élevage canin et félin
Liens d'intérêts : Cet abstract fait partie d'un projet de thèse en partie financé par Royal Canin.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Épilepsie primaire : quand le phénobarbital ne suffit pas.
Saint-Laurent-Du-Var France
Le terme épilepsie réfractaire aussi appelée « drogue-résistante » semble intuitif. Toutefois une définition précise permet d’établir des recommandations de plan de traitement appropriées.
En médecine humaine, la ligue international contre l’épilepsie a établi un consensus définissant l’épilepsie réfractaire comme : un échec de deux plans de traitement antiépileptiques appropriés (en monothérapie ou en combinaison) afin d’obtenir une rémission des crises épileptiques [1].
Il est à noter que les auteurs de ce consensus précisent que l’épilepsie étant une maladie fluctuante, un patient est défini comme réfractaire à un certain point dans le temps et que ce diagnostic est susceptible de changer.
En médecine vétérinaire, une définition précise n’est pas consensuelle. Implicitement, et de manière similaire à l’humain, une épilepsie réfractaire est définie lorsqu’un animal n’atteint pas un contrôle des crises malgré un traitement adéquat avec des antiépileptiques classiques [2]. En pratique on ajoute parfois le nom de la molécule épileptique au terme réfractaire. Par exemple, un animal peut être déclaré atteint d’épilepsie réfractaire au phénobarbital.
Le phenobarbital est une drogue recommandée par le consensus ACVIM (« american college of veterinary medicine ») de 2015 en première ligne de traitement de l’épilepsie idiopathique [3]. Sa dose initiale se situe entre 2 et 3 mg/kg deux fois par jour. Ses effets secondaires modérés incluent : sédation, ataxie, polyrupolydipsie, polyphagie, aplasie médullaire idiosyncrasique et hépatotoxicité. Un suivi de phénobarbitalémie est recommandé 2 à 3 semaines après initiation du traitement ou tout changement de dose. Le traitement est ensuite réadapté en fonction du niveau sanguin et de la fréquence des crises. Les niveaux sanguins de 15 à 35 µg/mL ont été établi suite à un essai clinique sur 15 chiens [4]. De surcroit, une série de 18 cas a révélé une hépatotoxicité plus commune sur des niveaux supérieurs à 40 µg/mL [5]. Dès lors, le consensus ACVIM recommande en cas d’échec thérapeutique d’optimiser le traitement et d’augmenter la dose afin d’atteindre des niveaux autour de 35 µg/mL. Ainsi, un animal ne peut être déclaré réfractaire au phénobarbital avant optimisation du traitement et des niveaux sanguins.
En cas d’épilepsie réfractaire au phénobarbital, des thérapies additionnelles peuvent se mettre en place et seront revues lors cette présentation sur la base du dernier consensus ACVIM sur l’épilepsie de 2015 [3].
Le bromure de potassium représente une option prouvée efficace à la dose de 40 mg/kg/jour mais présente des effets secondaires marqués : sédation/somnolence, polyuro-polydipsie, polyphagie. Son temps de demi-vie étant long, son efficacité met du temps à apparaître et un suivi des niveaux sanguins s’effectue après 3 mois de traitement.
Le lévétiracetam est également une médication recommandée en deuxième ligne. Sa dose initiale est de 20 mg/kg répartie trois fois par jour et peut être montée jusqu’à 60 mg/kg par prise. La dose s’adapte principalement sur la réponse clinique, ses niveaux sanguins étant extrapolés de la médecine humaine mais non démontrés en médecine vétérinaire. Il présente l’avantage d’avoir peu d’effets secondaires, hormis une sédation souvent temporaire. Il peut également s’utiliser en thérapie pulsée.
Le zonisamide est un médicament moins recommandé par le consensus ACVIM de 2015. Toutefois des études plus récentes ont montré une efficacité clinique en monothérapie chez le chien et ce médicament gagne en popularité en médecine vétérinaire [6], [7]. Il présente peu d’effets secondaires, souvent transitoires : baisse d’appétit, vomissement et rarement des réactions hépatotoxiques idiosyncrasiques. Sa dose en monothérapie est de 5 mg/kg deux fois par jour et de 10 mg/kg matin et soir en combinaison avec le phénobarbital. La dose s’adapte principalement sur la réponse clinique, ses niveaux sanguins étant extrapolés de la médecine humaine mais non démontrés en médecine vétérinaire. Le médicament est monté de 5 mg/kg par prise en cas de non efficacité jusqu’à 15 mg/kg. En cas d’utilisation conjointe avec le phénobarbital, une phénobarbitalémie est recommandée 2 à 3 semaines après le début du zonisamide. Une étude récente ayant en effet montré que le zonisamide pouvait induire une augmentation de la phénobarbitalémie [8]. Cette dernière pouvant atteindre des niveaux hépatotoxiques est à contrôler.
L’imépitoïne, disponible en Europe mais indisponible en Amérique du Nord est moins recommandée dans le consensus ACVIM de 2015 en seconde ligne. Toutefois sont utilisation conjointe avec le phénobarbital semble montrer une efficacité dans la réduction des crises sur une cohorte de cas [9]. Son suivi est clinique avec des doses de 10 mg/kg matin et soir, augmentée jusqu’à 30 mg/kg.
Enfin d’autres médications plus anecdotiques peuvent s’utiliser en troisième ou quatrième ligne en cas d’épilepsie réfractaire à plusieurs médications. Ces traitements s’adaptent sur la réponse clinique en augmentant progressivement la dose selon effet. Le gabapentin (10 à 30 mg/kg matin, midi et soir), le pregabalin (2 à 5 mg/kg matin et soir) et le topiramate (2 à 10 mg/kg matin et soir ou matin, midi et soir) sont ainsi disponibles en France.
Par ailleurs, des options non pharmacologiques émergent en médecine vétérinaire.
La première intervention en date a étudié l’effet d’une alimentation riche en triglycéride à chaine moyenne [10]. Basé sur le traitement historique de l’épilepsie ches l’homme d’un régime kétogène, une alimentation riche en triglycéride à chaine moyenne semble montrer une efficacité quant à la réduction des crises. Des biais dans cette étude sont toutefois présents, notamment le retrait de l’évaluation statistique des animaux euthanasiés. En pratique, il est ainsi recommandé d’utiliser cette alimentation en complément de traitements pharmacologiques en cas d’épilepsie réfractaire.
Un implant de stimulation vagal est également en cours d’étude chez le chien en Angleterre, notamment à l’université vétérinaire de Bristol [11], [12]. La stimulation vagal est utilisée chez l’homme pour traiter l’épilepsie et sont mécanisme peu connu semble imputé à des changements de l’environnement des neurotransmetteurs. Chez le chien, ces implants semblent bien tolérés avec une simple toux en effet secondaire [12]. Son efficacité sur la réduction de la fréquence des crises reste toutefois controversée. Une étude de 2002 sur 10 cas n’a pas montré de réduction de la fréquence des crises [13]. Un second essai clinique de 2026 ayant quant à lui montré une réduction de la fréquence des crises chez des chiens réfractaires, mais un certain nombre de chiens ayant dû être euthanasié, n’étaient pas compris dans les statistiques [11].
Enfin, la stimulation magnétique transcranienne répétée est une méthode non invasive basée sur l’application d’un champ magnétique sur le cerveau, créant un champ électrique local. Deux essais cliniques ont ainsi démontré une réponse favorable quant à la réduction des crises avec cette méthode, sur un nombre de cas toutefois limité [14], [15]. Pour l’instant, cette méthode développée à l’université vétérinaire de Hanovre en Allemagne reste au stade de recherche et les protocoles doivent être précisés quant au nombre de séances.
Références
[1] P. Kwan et al., “Definition of drug resistant epilepsy: Consensus proposal by the ad hoc Task Force of the ILAE Commission on Therapeutic Strategies,” Epilepsia, vol. 51, no. 6, pp. 1069–1077, Jun. 2010, doi: 10.1111/j.1528-1167.2009.02397.x.
[2] K. R. Muñana, “Management of Refractory Epilepsy,” Topics in Companion Animal Medicine, vol. 28, no. 2, pp. 67–71, May 2013, doi: 10.1053/j.tcam.2013.06.007.
[3] M. Podell et al., “2015 ACVIM Small Animal Consensus Statement on Seizure Management in Dogs,” Journal of Veterinary Internal Medicine, vol. 30, no. 2, pp. 477–490, Mar. 2016, doi: 10.1111/jvim.13841.
[4] J. G. Cunningham, D. Haidukewych, and H. A. Jensen, “Therapeutic serum concentrations of primidone and its metabolites, phenobarbital and phenylethylmalonamide in epileptic dogs,” Journal of the American Veterinary Medical Association, vol. 182, no. 10, pp. 1091–1094, May 1983, doi: 10.2460/javma.1983.182.10.1091.
[5] B. Dayrell-Hart, S. A. Steinberg, T. J. VanWinkle, and G. C. Farnbach, “Hepatotoxicity of phenobarbital in dogs: 18 cases (1985-1989),” J Am Vet Med Assoc, vol. 199, no. 8, pp. 1060–1066, Oct. 1991.
[6] M. Saito et al., “Clinical efficacy and tolerability of zonisamide monotherapy in dogs with newly diagnosed idiopathic epilepsy: Prospective open-label uncontrolled multicenter trial,” J Vet Intern Med, vol. 38, no. 4, pp. 2228–2236, May 2024, doi: 10.1111/jvim.17108.
[7] K. Thungrat, T. Jukier, and D. M. Boothe, “Efficacy of monotherapy with zonisamide and proposed reference interval in dogs with epilepsy: a cohort of 207 dogs (2011-2021),” J Vet Intern Med, vol. 40, no. 1, p. aalaf026, Jan. 2026, doi: 10.1093/jvimsj/aalaf026.
[8] E. Mahon, O. Marsh, A. Uriarte, and F. Stabile, “The effect of oral zonisamide treatment on serum phenobarbital concentrations in epileptic dogs,” Front Vet Sci, vol. 11, p. 1389615, May 2024, doi: 10.3389/fvets.2024.1389615.
[9] J. Neßler, C. Rundfeldt, W. Löscher, D. Kostic, T. Keefe, and A. Tipold, “Clinical evaluation of a combination therapy of imepitoin with phenobarbital in dogs with refractory idiopathic epilepsy,” BMC Vet Res, vol. 13, no. 1, p. 33, Jan. 2017, doi: 10.1186/s12917-017-0957-z.
[10] T. H. Law, E. S. S. Davies, Y. Pan, B. Zanghi, E. Want, and H. A. Volk, “A randomised trial of a medium-chain TAG diet as treatment for dogs with idiopathic epilepsy,” Br J Nutr, vol. 114, no. 9, pp. 1438–1447, Nov. 2015, doi: 10.1017/S000711451500313X.
[11] T. R. Harcourt-Brown and M. Carter, “Long-term outcome of epileptic dogs treated with implantable vagus nerve stimulators,” J Vet Intern Med, vol. 37, no. 6, pp. 2102–2108, Oct. 2023, doi: 10.1111/jvim.16908.
[12] T. R. Harcourt-Brown and M. Carter, “Implantable vagus nerve stimulator settings and short-term adverse effects in epileptic dogs,” J Vet Intern Med, vol. 35, no. 5, pp. 2350–2358, Sep. 2021, doi: 10.1111/jvim.16226.
[13] K. R. Muñana et al., “Use of vagal nerve stimulation as a treatment for refractory epilepsy in dogs,” J Am Vet Med Assoc, vol. 221, no. 7, pp. 977–983, Oct. 2002, doi: 10.2460/javma.2002.221.977.
[14] M. Charalambous et al., “Repetitive transcranial magnetic stimulation in drug-resistant idiopathic epilepsy of dogs: A noninvasive neurostimulation technique,” J Vet Intern Med, vol. 34, no. 6, pp. 2555–2561, Nov. 2020, doi: 10.1111/jvim.15919.
[15] M. Charalambous, D. Hünting, N. Meyerhoff, F. Twele, S. Meller, and H. A. Volk, “Application of a novel three-day repetitive transcranial magnetic stimulation protocol for the treatment of drug-resistant epilepsy in dogs: single-blinded randomised sham-controlled clinical trial,” Front. Vet. Sci., vol. 12, Aug. 2025, doi: 10.3389/fvets.2025.1598311.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Etapes clés du dagnostic de lymphome multicentrique
Saint-Laurent-Du-Var France
Etapes clés du diagnostic de lymphome multicentrique canin
Dr Benoit Rannou, Dip ACVP&ECVCP, Azurvet-Lab.
Les lymphomes multicentriques (forme nodale, caractérisée par une polyadénomégalie périphérique ou viscérale) représentent la forme la plus fréquente de lymphome canin, avec plus de 80 % des lymphomes inclus dans cette catégorie. Parmi ces derniers, une large palette de comportements biologiques distincts est observée en fonction du sous-type histologique et du stade clinique.
Confirmer la suspicion clinique de lymphome
Le diagnostic de certitude de ce type de lymphome repose sur un examen morphologique, soit cytologique, soit histologique.
L’analyse cytologique d’une aspiration à l’aiguille fine est la plupart du temps l’examen de première intention dans de nombreux diagnostics de lymphome. Elle repose sur un prélèvement rapide, peu invasif, peu couteux et avec des résultats rapides. De plus, c’est un examen très sensible et qui est également un très spécifique pour les lymphomes de haut grade, qui sont les cas les plus fréquents dans l’espèce canine. Elle reste donc l’examen d’orientation à privilégier en première intention.
Cependant, l’analyse cytologique présente plusieurs limites à prendre en considération :
– L’examen cytologique est très fiable dans le diagnostic des lymphomes de haut-grade, présentant une morphologie à grandes cellules et/ou un index mitotique élevé. Le diagnostic de lymphome de bas-grade reste souvent présomptif, et nécessite toujours une confirmation histopathologique.
– L’examen cytologique permet de présumer du morphotype, mais la détermination du sous-type clinico-morphologique selon la classification OMS reste sujette à une analyse histopathologique.
– L’examen cytologique des lymphomes nécessite une expertise importante dans la classification morphologique, et reste le travail d’un pathologiste clinique expérimenté.
Doit-on établir le diagnostic par un examen histopathologique, ou une analyse cytologique est-elle suffisante ?
Chez l’Homme, c’est l’examen histopathologique qui représente le « gold-standard », et ce afin d’obtenir les éléments immunophénotypique et cytogénétique permettant une classification correcte du lymphome, ainsi que le traitement et le pronostic associé.
Chez le chien, l’examen cytologique correspond à l’examen de choix lors de suspicion de lymphome multicentrique et permet dans la majorité des cas de confirmer la suspicion de lymphome, d’en établir le grade, fréquemment, d’établir un morphotype, et parfois d’avoir une forte suspicion de son phénotype.
Néanmoins, l’examen histopathologique reste le standard diagnostic lors de lymphome.
La réalisation d’une biopsie d’un nœud lymphatique entier reste le standard (et non la réalisation de biopsie tru-cut, pouvant montrer des limites au niveau de l’interprétation de l’architecture du nœud lymphatique). Les nœuds lymphatiques préscapulaires et poplités restent à privilégier. Il est essentiel de veiller à conserver un petit échantillon (1 cm3) de nœud lymphatique dans un tube sec, à -18 °C, en prévision d’une éventuelle immunothérapie. Cette précaution évitera de devoir réaliser une seconde biopsie, limitant notamment les coûts.
Comment déterminer le morphotype du lymphome multicentrique.
Les patrons du lymphome diffus à grandes cellules B, du lymphome lymphoblastique, du lymphome à petites cellules claires, et du lymphome de la marginale présentent des caractéristiques relativement spécifiques. L’examen cytologique peut donc permettre de déterminer du lymphome avec un degré de confiance relativement élevé dans bon nombre de ces cas.
L’examen histopathologique reste cependant l’examen de référence et est nécessaire notamment pour des lymphomes sans patron cytologique clairement établi ainsi que pour la majorité des lymphomes indolents ou pour lesquels l’architecture nodale est un élément central pour établir le diagnostic (lymphome folliculaire par exemple).
Comment établir le grade du lymphome ?
Le grade est déterminé en fonction de l’apparence des cellules néoplasiques, et de l’évaluation de différents marqueurs de prolifération (notamment l’index mitotique et le Ki67).
Si l’examen cytologique est relativement fiable pour la majorité des lymphomes de haut grade de malignité, l’examen histologique ou la cytométrie en flux (avec mesure du Ki67) restent l’examen de référence et sont nécessaires pour la majorité des lymhomes de bas grade ou de grade intermédiaire.
Comment définir l’immunophénotype ?
Les lymphomes canins peuvent être grossièrement classés comme immunophénotype B, T, ou nul (ni B ni T) en fonction de la lignée lymphocytaire à l’origine de la prolifération néoplasique. Environ 55 % des lymphomes sont d’immunophénotype B, 40 % d’immunophénotype T et 5 % d’immunophénotype nul, avec cependant des disparités en fonction des races. Ainsi, les boxers sont très largement prédisposés aux lymphomes d’immunophénotype T (85 % des cas).
La détermination de l’immunophénotype revêt une importance clinique capitale dans la détermination d’un diagnostic précis, et donc du pronostic, ainsi que dans la stratégie thérapeutique la plus adaptée.
Si certains patrons cytologiques sont fortement évocateurs d’un phénotype, l’examen cytologique à lui seul ne peut pas être utilisé pour établir avec certitude un immunophénotype.
Il existe 4 façons de déterminer l’immunophénotype lors de lymphome chez le chien :
• L’immunocytochimie
L’immunocytochimie permet la réalisation de l’immunophénotypage à partir d’étalement cytologique frais ou sur lames colorées selon les laboratoires. Sa réalisation nécessite parfois des conditions de réalisation et d’envoi spécifique qui dépendent des techniques utilisées par les laboratoires. Elle permet de réaliser un immunophénotypage B et/ou T, mais pas de déterminer l’index de prolifération Ki67.
• L’immunohistochimie
L’immunohistochimie se réalise à partir des prélèvements formolés, et reste le standard pour déterminer l’immunophénotype. Elle permet également de déterminer l’indice de prolifération Ki67, afin de distinguer un lymphome de haut-grade d’un lymphome de bas- grade. Sa principale limite réside dans le délai d’obtention du résultat, cette analyse étant souvent sous-traitée par les laboratoires d’histopathologie.
• La cytométrie en flux
La cytométrie en flux est une méthode d’immunophénotypage sur un prélèvement liquide, en l’occurrence une cytoponction à l’aiguille fine, conservée sur un milieu spécifique. Il nécessite d’être traité par un laboratoire spécialisé le plus rapidement possible, et idéalement dans les 24 h suivant le prélèvement. Son avantage est principalement le délai d’obtention des résultats, très rapide (24 h à 72 h) ainsi que la réalisation facile de panel. Elle est hautement corrélée à l’immunohistochimie, et est donc très fiable.
• Le test de clonalité PARR
Le test de clonalité (PARR: PCR amplification of antigen receptor gene) n’a pas comme vocation première de déterminer l’immunophénotype ; il est destiner à identifier une population lymphoïde clonale, et donc confirmer un diagnostic de lymphome de bas-grade par exemple. Il peut néanmoins permettre de déterminer le phénotype du lymphome avec cependant une sensibilité et une spécificité moindre par rapport à l’immunohistochimie et la cytométrie en flux. Ce test n’a pas comme vocation
Etablir le stade.
Selon les recommandations de l’European Canine Lymphoma Network (ECLN), le bilan d’extension recommandé inclut :
– la réalisation d’une numération formule sanguine, avec examen du frottis sanguin par un pathologiste clinique
– Un examen cytologique de la moelle osseuse hématopoïétique (myélogramme)
– Une imagerie thoraco-abdominale (radiographies, échographie, scanner, IRM en fonction de chaque situation clinique). Nous recommandons la réalisation de radiographies thoraciques (3 vues) et d’une échographie abdominale.
Voir cours « Bilan d’extension du lymphome chez le chien : quels examens d’imagerie choisir et pourquoi ? »
– Des cytoponctions à l’aiguille fine du foie et de la rate
En complément, l’évaluation des paramètres biochimiques, et notamment des paramètres de la fonction hépato-rénale, et le calcium ionisé, reste recommandée dans la recherche exhaustive d’une comorbidité ou d’un syndrome paranéoplasique.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Etat de lieux et évolution du consensus thérapeutique
Marcy-L'etoile France
La chimiothérapie reste la base du traitement du lymphome de haut grade chez le chien. En pratique, il existe de nombreuses façons de la mettre en œuvre et aucun protocole ne convient à tous les patients. Le choix dépend du type de lymphome, de l’état clinique et du tempérament de l’animal, mais aussi des objectifs et des contraintes de sa famille. L’objectif reste d’obtenir une rémission la plus longue possible tout en préservant la qualité de vie de l’animal.
La chimiothérapie multi-agent
Un protocole de type CHOP, associant vincristine, cyclophosphamide, doxorubicine et prednisolone, reste le traitement de référence. Il permet d’obtenir une rémission clinique chez 80 à 95 % des chiens, avec un temps médian de survie d’environ 10 à 12 mois [1].
Le protocole le plus utilisé à l’international est le CHOP-19, ou protocole de l’Université du Wisconsin, Madison. Plusieurs adaptations existent, notamment les protocoles CHOP-25 et CHOP-15. À ce jour, aucune étude prospective n’a comparé directement ces différentes variantes. Les comparaisons d’efficacité entre études rétrospectives sont difficiles, compte tenu de l’hétérogénéité des populations et des protocoles évalués. En France, les contraintes liées aux hospitalisations influencent fortement les décisions des propriétaires et conduisent de nombreux oncologues à utiliser des protocoles CHOP modifiés.
Des protocoles de type COP, associant vincristine, cyclophosphamide et prednisolone, sont parfois proposés en première intention, notamment lorsqu’une approche moins intensive est souhaitée ou que la doxorubicine est contre-indiquée. Les données comparatives avec le CHOP restent limitées.
Certaines études suggèrent qu’un protocole LOPP pourrait être intéressant en première intention chez les chiens atteints de lymphome d’immunophénotype T [2]. Il n’existe toutefois pas encore de consensus sur son utilisation et des études prospectives comparatives restent nécessaires.
Suivi de la réponse au traitement
Chez un chien atteint d’un lymphome multicentrique classique, le suivi de réponse au traitement repose principalement sur la palpation des nœuds lymphatiques à chaque consultation. Des cytoponctions répétées sont rarement nécessaires, sauf en cas de doute sur le statut de rémission. En présence d’une atteinte interne importante au diagnostic, une imagerie de suivi, éventuellement complétée par des cytoponctions, peut être utile. La cytométrie en flux, le PARR et la recherche d’ADN tumoral circulant permettent un suivi plus précis de la maladie résiduelle, mais leur intérêt clinique n’est pas bien établi à ce stade [3].
Autres options de traitement
Une monochimiothérapie, le plus souvent à base de doxorubicine, peut être proposée lorsque les propriétaires souhaitent une prise en charge plus modérée. Les rémissions sont généralement plus courtes qu’avec le CHOP, avec des temps médians de survie d’environ six mois, mais cette approche peut représenter un compromis pertinent.
La L-asparaginase peut être utilisée au début d’un protocole de chimiothérapie pour obtenir une cytoréduction rapide, chez les chiens très symptomatiques ou en attendant le choix d’un protocole définitif. Elle peut aussi être intégrée à une approche palliative, seule ou associée à la prednisolone. La prednisolone seule améliore souvent temporairement le qualité de vie de l’animale, mais son efficacité reste limitée dans le temps.
La prise en charge à la rechute
Malgré les taux de rémission complètes élevés avec la chimiothérapie, la rechute est fréquente et attendu dans la grande majorité des cas. Le choix d’un traitement dépend de la durée et de la qualité de la première rémission, des molécules déjà utilisées, de la tolérance du patient et des attentes des propriétaires.
Lorsque la première rémission a été satisfaisant, la réintroduction du protocole initial peut permettre d’obtenir une nouvelle réponse. Une monochimiothérapie constitue également une option. Les rémissions suivantes sont toutefois plus courtes que la première et la résistance aux traitements finit souvent par limiter les possibilités thérapeutiques.
Évolutions thérapeutiques
De nouvelles molécules pourraient progressivement enrichir l’arsenal thérapeutique disponible pour le lymphome canin. Le rabacfosadine et le verdinexor, disponibles sur le marché américain depuis plusieurs années, constituent deux exemples de chimiothérapies récentes qui pourraient être disponibles en France à l’avenir. Le rabacfosadine s’administre par voie intraveineuse toutes les trois semaines ; il présente un bon profil d’efficacité et de tolérance, malgré des toxicités cutanées et un risque de fibrose pulmonaire [3]. Le verdinexor, administré par voie orale deux fois par semaine, pourrait être particulièrement intéressant chez les chiens difficiles à manipuler en milieu hospitalier [4].
La radiothérapie hémicorporelle est une option disponible en France, utilisée comme traitement de consolidation après l’obtention d’une rémission par chimiothérapie. Certaines études suggèrent qu’elle pourrait prolonger la durée de rémission chez des patients sélectionnés, mais son accès reste limité [5].
Enfin, des immunothérapies, notamment des anticorps anti-CD20 canins, sont en développement et devrait arriver sur le marché dans un avenir proche. Les thérapies par cellules CAR-T et la greffe de cellules souches hématopoïétiques sont également prometteuse, mais serait toujours réservées à quelques centres spécialisés et ne sont pas actuellement disponible en Europe.
Conclusion
Au cours des quarante dernières années, les grands principes du traitement du lymphome multicentrique canin ont peu changé et le CHOP reste la base de la prise en charge. Notre arsenal thérapeutique s’élargit néanmoins progressivement. Ces nouvelles options ne remplaceront pas le CHOP, mais elles permettront de proposer une prise en charge encore plus adaptée à chaque patient et à chaque famille.
[1] Vail DM et al. Hematopoietic Tumors. In: Vail DM, Thamm DH, Liptak JM (eds.), Withrow & MacEwen’s Small Animal Clinical Oncology. 6th ed. St Louis : Elsevier; 2020.
[2] Brown PM et al. LOPP chemotherapy as a first-line treatment for dogs with T-cell lymphoma. Vet Comp Oncol. 2018 Mar;16(1):108-113.
[3] Saba CF et al. Rabacfosadine for naïve canine intermediate to large cell lymphoma: Efficacy and adverse event profile across three prospective clinical trials. Vet Comp Oncol. 2020 Dec;18(4):763-769.
[4] Sadowski A et al. Phase II study of the oral selective inhibitor of nuclear export (SINE) KPT-335 (verdinexor) in dogs with lymphoma. BMC Vet Res. 2018 Aug 24;14(1):250.
[5] Colosi J et al. Survival outcomes of dogs with multicentric lymphoma treated with sequential half-body radiotherapy and L-CHOP without maintenance chemotherapy. J Vet Intern Med. 2026 Jul 1;40(4):aalag144.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 État des lieux et actualisation du traitement médico-chirurgical
Créteil France
Les choix thérapeutiques à considérer face à un mastocytome cutané chez un chien sont propres à chaque tumeur et individu et dépendent largement des éléments collectés au cours de la démarche diagnostique préalable, en particulier bilan d’extension, caractéristiques histologiques de la tumeur, marges d’exérèse si chirurgie.
1. Chirurgie
La chirurgie est le traitement de première intention des mastocytomes non métastasés (ou avec une métastase nodale opérable). La chirurgie doit idéalement être carcinologique. Il semble à ce jour satisfaisant d’opérer des mastocytomes de plus de 2 cm de diamètre avec des marges latérales de 2 cm et un fascia profond ; avec cette stratégie chirurgicale, la taille des marges histologiques ne semble pas différente selon le volume du mastocytome ni son grade (Saunders 2021). La chirurgie inclura systématiquement le/les nœuds lymphatiques sentinelle si précédemment identifié(s). Après exérèse chirurgicale, l’analyse concomitante du grade de la tumeur et des marges d’exérèse, ainsi que du nœud lymphatique sentinelle, conditionne largement la poursuite du traitement.
2. Traitement adjuvant
A. Prévention du risque de récidive locale
Un traitement adjuvant visant à prévenir une récidive tumorale locale est à considérer dans les situations suivantes :
- Une exérèse incomplète ou marginale quel que soit le grade du mastocytome. A noter toutefois que lors de mastocytome de faible grade, le risque de récidive locale y compris après exérèse incomplète ou marginale est faible, évalué de 4 à 24%.
- Un mastocytome de haut grade/grade 3 ou de grade intermédiaire présentant des critères d’agressivité (Ki67, index mitotique élevé, mutation du gène c-kit, pattern KIT 2 ou 3, métastase ganglionnaire…) quelle que soit la qualité des marges d’exérèse. Ainsi une étude rapporte plus d’un tiers de récidive de mastocytomes de haut grade opérés pourtant en marges saines.
Reprise chirurgicale
Cette modalité est conditionnée par la localisation de la tumeur et la qualité de la chirurgie initiale. Une étude rapporte 13% de récidive après reprise chirurgicale (Kry 2014).
Radiothérapie adjuvante
De nombreuses publications témoignent de l’efficacité de la radiothérapie dans ce contexte adjuvant à la chirurgie (maladie microscopique ou résiduelle), en raison de la grande radiosensibilité des mastocytomes. Une étude portant sur 300 chiens rapporte 6,6% de récidives pour une durée médiane de rémission de 17 mois et de survie de 5 ans (Mason 2021). En post-opératoire, les protocoles fractionnés sont généralement privilégiés, limitant les effets secondaires cutanés à court terme.
En l’absence d’exérèse du nœud lymphatique sentinelle, son irradiation concomitante à celle de la cicatrice est intéressante. Des durées de rémission atteignant 40 mois sont ainsi rapportées avec cette stratégie (Chaffin 2002). Lors d’irradiation prophylactique du nœud lymphatique sentinelle d’un mastocytome de haut grade, un bénéfice sur la durée de survie et de rémission est identifié (Mendez 2020).
Chimiothérapie
Une seule étude s’intéresse à la chimiothérapie dans un but préventif d’une récidive locale : absence de récidive chez 12 chiens préalablement opérés d’un mastocytome de grade intermédiaire et traités par lomustine et corticothérapie (Hosoya 2009).
B. Prévention du risque métastatique
Les mastocytomes exposant à un risque métastatique et justifiant d’un traitement adjuvant systémique sont les mastoytomes de haut grade selon Kiupel, de grade 3 selon Patnaik, de grade intermédiaire présentant des critères d’agressivité. Selon les publications, de la moitié à la totalité des chiens présentant un mastocytome de grade 3 présenteront des métastases dans les mois suivant la chirurgie pour une survie comprise entre 4 et 6 mois.
A noter le cas particulier décrit récemment des mastocytomes de bas grade présentant une métastase ganglionnaire traités par chirurgie (tumeur primitive et métastase ganglionnaire) : en dépit de la métastase, la chimiothérapie se semble pas modifier la survie et le pronostic apparaît favorable (Marconato 2020).
Chimiothérapie
A ce jour, la chimiothérapie est considérée comme le traitement adjuvant de choix en prévention d’une évolution métastatique. Les cytotoxiques ayant démontré une efficacité dans le cadre du traitement des mastocytomes sont la lomustine et la vinblastine.
La vinblastine peut être utilisée en alternance avec la lomustine. Chaque molécule peut être associée à une corticothérapie.
Il n’existe néanmoins pas d’étude comparative permettant de définir la stratégie la plus intéressante.
Après chimiothérapie adjuvante, des durées médianes de rémission comprises entre 500 à 1300 jours et des médianes de survie comprises entre 600 à 1400 jours sont rapportées dans la littérature, témoignant d’une très probable efficacité de ces traitements.
Thérapies ciblées
Les données concernant l’utilisation des inhibiteurs des tyrosines kinases (Masitinib (Masivet®, AB Sciences) Toceranib phosphate (Palladia®, Zoetis)) comme traitement adjuvant à l’exérèse d’un mastocytome présentant un risque métastatique sont limitées conduisant à ne pas les substituer à la chimiothérapie dans cette indication. Une étude compare des chiens opérés d’un mastocytome de grade 2 selon Patnaik avec Ki67 élevé sans métastase traités par masitinib ou vinblastine et corticothérapie avec une durée médiane de survie significativement plus longue dans le groupe sous chimiothérapie (1946 jours vs 349 jours) (Miller 2016).
3. Traitement palliatif
Le traitement palliatif est réservé aux tumeurs non opérées et/ou avec métastases systémiques. Les contre-indications à la chirurgie peuvent être liées au mastocytome lui-même (sa taille et délimitation, sa localisation), à son bilan d’extension (métastases systémiques), à sa présentation multicentrique (plus de 5 mastocytomes concomitants bien que ce seuil soit à discuter individuellement) ou au chien (co-morbidité contre-indiquant une anesthésie) et son propriétaire (choix, coût de la chirurgie). A noter qu’une chirurgie pourra être reconsidérée à l’issue d’un traitement palliatif s’il a permis une réduction suffisante du volume tumoral.
A. Mastocytome non opéré, non métastasé
Radiothérapie palliative
La radiothérapie est indiquée pour traiter les mastocytomes non opérables (trop volumineux ou mal placés). Lors de tumeur de très grande taille, une attention particulière doit être portée sur les potentiels effets systémiques associés à la dégranulation des mastocytes tumoraux en conséquence de l’irradiation : vomissements, ulcères gastriques, hypotension… Une corticothérapie, des anti-histaminiques H1 et des inhibiteurs H2 peuvent être prescrits durant la radiothérapie afin de prévenir ou minimiser ces effets secondaires.
Différents protocoles sont rapportés sans étude comparative permettant de valider le plus performant. Des taux de réponse compris entre 45 et 90% sont rapportés.
L’association d’un inhibiteur des tyrosines kinases est proposée afin de majorer les résultats obtenus. Ainsi une étude rapporte 76% de réponses dont 59% de réponses complètes pour une durée médiane de rémission de 316 jours avec radiothérapie et tocéranib (Carlsten 2012).
Electrochimiothérapie
Un taux de réponse de 78 % est rapporté dans une publication (Lowe 2017). La réponse des mastocytomes de bas grade apparaît nettement supérieure à celle des mastocytomes de haut grade, tant en terme de qualité de réponse que de durée de réponse (Ojeda 2026). Ses avantages sont le coût, le nombre de séances (1 à 2), moindres que la radiothérapie, et une disponibilité supérieure à la radiothérapie.
Tiglate de tigilanol (Stelfonta®, Virbac)
Ce traitement repose sur une injection intratumorale. Il ne doit pas utilisé lors de mastocytome métastasé, ulcéré ou de plus de 8 cm3. 75% de réponses complètes sont rapportés après une injection et 84 % après deux injections. Il convient de bien avertir les propriétaires des conséquences locales du traitement (nécrose tumorale et plaie secondaire parfois impressionnantes), toutefois le plus souvent autorésolutives.
Chimiothérapie
Divers protocoles de chimiothérapie sont décrits dans cet objectif palliatif. Ils reposant majoritairement sur les cytotoxiques précités (vinblastine, lomustine, +/- corticoïdes). Les résultats sont mitigés avec 12 à 65 % de réponses pour une durée médiane de réponse comprise entre 23 et 210 jours.
Une étude propose l’utilisation de la chimiothérapie métronomique au chlorambucil et corticothérapie avec des résultats intéressants en dépit d’un faible nombre de chiens traités (21 de grades et bilan d’extension divers) : 38% de réponses pour une durée médiane sans progression tumorale des répondeurs de 544 jours (Taylor 2009).
Thérapies ciblées
Deux inhibiteurs des tyrosines kinases ont une autorisation de mise sur le marché en France : Masitinib (Masivet®, AB Sciences), Toceranib phosphate (Palladia®, Zoetis).
Les deux principes actifs ont démontré leur efficacité à travers deux études prospectives.
Les résultats publiés pour le masitinib montrent 62% de survie à un an et 39,8% de survie à 2 ans (contre respectivement 36% et 15% dans le groupe placebo). La médiane de survie globale est de 617 jours (contre 322 dans le groupe placebo).
Ceux publiés pour le toceranib rapportent une réponse dans 55% des cas, avec une médiane de rémission de 18 semaines. A noter que les critères d’inclusion diffèrent entre les deux études n’autorisant pas de comparaison.
Très peu d’études comparatives entre thérapie ciblée et chimiothérapie sont disponibles.
Une compare un inhibiteur des tyrosines kinases de la pharmacopée humaine (imitinib) à un protocole associant vinblastine et corticoïdes sur des chiens présentant un mastocytome en place avec un taux de réponse significativement supérieur avec la thérapie ciblée (30% vs 9%) (Macedo 2022).
Une seconde compare le tocéranib et la vinblastine (associée aux corticoïdes) sur des chiens présentant un mastocytome en place avec un taux de réponse supérieur sous tocéranib (46% vs 30%) mais sans différence significative de survie ou durée de rémission entre les deux traitements (Weishaar 2018).
Une association entre masitinib ou tocéranib et un cytotoxique (vinblastine ou lomustine) est proposée dans plusieurs publications avec des résultats engageants en terme de réponse tumorale. Les effets secondaires sont néanmoins importants nécessitant à ce jour une adaptation des protocoles thérapeutiques.
B. Mastocytome métastasé
Très peu d’études comparatives sont disponibles dans cette indication.
Une compare le masitinib à divers protocoles de chimiothérapie sans différence significative sur l’évolution des chiens présentant un mastocytome métastasé. Il apparaît par contre que l’exérèse de la tumeur primitive augmente la durée de survie des chiens métastasés traités par chimiothérapie (278 jours vs 91 jours) (Miller 2016).
Références bibliographiques
1. Saunders H, et al. Evaluation of a modified proportional margin approach for complete surgical excision of canine cutaneous mast cell tumours and its association with clinical outcome. Vet Comp Oncol. 2021;19:604-15.
2. Mason SL, et al. Outcomes of adjunctive radiation therapy for the treatment of mast cell tumors in dogs and assessment of toxicity: A multicenter observational study of 300 dogs. J Vet Intern Med. 2021;35:2853-2864.
3. Mendez SE, et al. Treating the locoregional lymph nodes with radiation and/or surgery significantly improves outcome in dogs with high-grade mast cell tumours. Vet Comp Oncol. 2020;18:239-46.
4. Marconato L, et al. Adjuvant medical therapy provides no therapeutic benefit in the treatment of dogs with low-grade mast cell tumours and early nodal metastasis undergoing surgery. Vet Comp Oncol. 2020;18:409-15.
5. Ojeda J, et al. Outcome of dogs with low-and high-grade mast cell tumors treated with electrochemotherapy. J Vet Intern Med. 2026 ;40.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Etude des obstructions urétérales félines entre 2014 et 2022 : comparaison d'une prise en charge médicale versus chirurgicale.
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Etude descriptive de la dermatologie vétérinaire canine en France : prévalence, prise en charge, attentes
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Évaluation de la stérilité des surfaces internes et externes de guides chirurgicaux en acide polylactique (PLA) utilisés en conditions d'asepsie.
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Évaluation des effets indésirables cliniques et biologiques de la prednisolone chez 42 chats atteints de maladies à médiation immune
Liens d'intérêts : EK : Financement de la recherche, honoraires de consultation et frais de représentation de la part de Boehringer Ingelheim ; honoraires de conférencier de la part de CEVA, Elanco, Bayer et Royal Canin. BR : Honoraires de consultation et frais de représentation de la part de Boehringer Ingelheim
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Évaluation prospective des diméthylarginines (SDMA et ADMA) chez les chiens atteints de lymphomes à grandes cellules et d'hémangiosarcome
Liens d'intérêts : Analyses des concentrations plasmatiques en SDMA réalisées à l'aide du laboratoire IDEXX France
Liens d'intérêt : Analyses SDMA réalisés par IDEXX
📃 Evaluation subjective du ratio OG:Ao chez le chat par des vétérinaires non-cardiologues à partir d'images échocardiographiques
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Évaluation tomodensitométrique des fentes labio-alvéolaires congénitales chez le chien et des anomalies maxillo-faciales et céphaliques associées
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Évolution post-opératoire des anomalies iatrogènes du péritoine : étude échographique prospective menée chez 20 chattes présentées pour stérilisation.
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Examen échographique abdominal : recommandations pour une bonne pratique
Creteil France
Guide de bonne pratique en Imagerie
Examen échographique abdominal : recommandations pour une bonne pratique
L’échographie abdominale est par nature un examen opérateur dépendant, rendant plus difficile l’uniformisation des examens par rapport à d’autres modalités.
Un consensus de l’European College of Veterinary Diagnostic Imaging (ECVDI) et l’American College of Veterinary Radiology (ACVR) a été publié en 2022, explicitant la technique pour tendre vers une standardisation de l’échographie abdominale du chien et du chat [1]. L’objectif était de définir comment réaliser et documenter de la manière la plus complète possible une échographie abdominale. Ce consensus peut constituer une aide à l’apprentissage de l’échographie abdominale, un guide de bonne pratique, mais peut également révéler la nécessité de standardisation des images à réaliser, notamment dans un contexte d’ouverture de l’échographie à la téléradiologie.
Ce résumé n’a pas vocation à reprendre point par point l’ensemble des recommandations de ce consensus (il est recommandé de le consulter directement), mais d’insister sur les points marquants.
Matériel recommandé
L’équipement minimum recommandé inclut des sondes permettant une gamme de fréquences entre 5 et 18 MHz, avec sondes microconvexe et convexe (pour les chiens de grand format), ainsi qu’une sonde linéaire pour l’examen des chiens de petit format et des chats. Un logiciel permettant l’utilisation des modes Color et Power Doppler est également recommandé.
Noter cependant que malgré un matériel adéquat et de qualité, un examen exhaustif de la cavité abdominale d’un chien de grand format n’est pas toujours réalisable, notamment la visualisation d’organes ou régions peu accessibles (pylore, pancréas…), et qu’au-delà d’un format de 25kg, un scanner de l’abdomen est plus performant pour la détection des lésions abdominales [2].
Identification et historique du patient
Le signalement complet du patient, l’indication de l’examen, une anamnèse concise et les éventuelles anomalies des examens cliniques et hémato-biologiques doivent être renseignés.
Préparation du patient
Une mise à jeun de 8h minimum est recommandée, et 8 à 12h pour une échographie en vue d’exploration de troubles digestifs, sauf contre-indication ou situation d’urgence.
La tonte est recommandée, large et incluant la région de l’hypochondre, couplée à l’utilisation d’alcool +/- gel échographique (sauf en cas d’affection dermatologique).
Une sédation est préconisée sur les animaux anxieux ou agressifs, à thorax profond, ou encore en cas d’examen de structures anatomiques de petite taille, comme les uretères chez les chats.
Acquisition des images : généralités
Le nom du patient, la date de l’examen et le nom de la structure vétérinaire au sein de laquelle l’échographie est réalisée doivent apparaitre sur chaque image. Les paramétrages lors de l’installation de la machine et une identification correcte de l’animal suffisent généralement à remplir ces exigences.
En coupe longitudinale, l’orientation des images doit être : crânial à gauche de l’image, caudal à droite de l’image.
Chaque image d’organe doit être légendée, et quand cela est possible, la subdivision anatomique de l’organe précisée (lobes du foie ou du pancréas, localisation proximale/distale sur un trajet urétéral…).
La durée des clips vidéo doit être comprise entre 5 et 20 secondes (paramétrable lors de l’installation de la machine, mais le clip peut être manuellement interrompu pendant l’acquisition).
Acquisition des images des différents organes
Le consensus liste l’ensemble des images recommandées pour chaque organe. En plus des recommandations habituelles, comme des images des coupes transversales et longitudinales de chaque organe, on remarque que la réalisation de nombreux clips vidéos est encouragée, aussi bien pour une appréciation d’ensemble d’un organe (rate avec doppler, segment représentatif du jéjunum et du colon, parenchyme pancréatique, reins…) que pour l’examen de structures anatomiques plus précises, comme la jonction iléo-colique, le pylore, les voies biliaires extra-hépatiques, les uretères ou encore les repères vasculaires au contact des glandes surrénales. Les clips vidéo peuvent également être utilisés pour balayer les zones anatomiques des nœuds lymphatiques (hépatiques, iliaques) ou d’autres structures difficiles à identifier (pancréas…) quand ils/elles ne sont pas clairement visualisé(e)s.
L’utilisation de clips vidéo présente notamment un intérêt en vue d’examens de suivi ultérieurs, car participant à retranscrire une appréciation globale de l’organe, et peut se révéler particulièrement intéressante si l’échographie de suivi n’est pas réalisée par le même vétérinaire.
Des changements de position au cours de l’examen peuvent être utiles, par exemple pour déterminer une localisation intramurale ou intraluminale de minéralisations vésicales (en alternant décubitus ventral et dorsal) ou pour faciliter l’identification d’un corps étranger gastrique (qui aura davantage tendance à tomber en position déclive quand le patient est debout).
Rapport d‘échographie et archivage des images
Un rapport de l’examen échographique doit être joint au dossier de l’animal. Le rapport doit au minimum comporter les caractéristiques de taille, forme et échogénicité de chaque organe et lésion observés, ainsi que tous les facteurs empêchant un examen complet (si indiqué), et une conclusion comprenant le diagnostic différentiel.
Toute procédure associée ou concomitante à l’échographie (ponction échoguidée, abdominocentèse, cystocentèse) doit également être mentionnée.
Les images et vidéos de l’examen doivent être stockées en format DICOM (norme de format des examens d’imagerie médicale), garantissant la préservation de la qualité numérique des images (malgré une compression des fichiers notamment).
Références
1/ Seiler GS et coll, ACVR and ECVDI consensus statement for the standardization
of the abdominal ultrasound examination, Vet Radiol Ultrasound. 2022;63:661–674.
2/ Fields EL et coll, Comparison of abdominal computed tomography and abdominal ultrasound in sedated dogs, Vet Radiol Ultrasound 2012 Sep-Oct;53(5):513-7.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Examens cytologiques et histologiques : du compte rendu à la décision clinique
Vaulx Milieu France
Le diagnostic de certitude d’un cancer repose aujourd’hui principalement sur un examen morphologique, cytologique ou histologique. Bien que d’autres méthodes (comme la recherche de mutations du gène BRAF pour un cancer vésical) puissent parfois permettre de confirmer une suspicion, elles restent marginales. Cette présentation vise à aider le praticien à choisir entre un examen cytologique ou histologique en cas de suspicion de cancer. Elle aborde également la réalisation de prélèvements en toute sécurité pour l’animal, l’optimisation des chances d’obtenir un diagnostic précis et utile, ainsi que l’analyse correcte du rapport du pathologiste.
Cytoponction ou biopsie ?
L’examen histologique reste la référence pour le diagnostic des cancers. Cependant, en pratique clinique, la cytoponction est souvent privilégiée en première intention. Simple, rapide, peu coûteuse et peu risquée, elle permet, guidée par imagerie, de prélever des lésions profondes sans danger majeur. Les résultats sont généralement obtenus rapidement (parfois en moins de 24 heures). Ainsi, la cytoponction est particulièrement adaptée pour explorer les masses cutanées ou sous-cutanées (y compris mammaires), les adénopathies superficielles ou profondes accessibles, ou encore les masses hépatiques ou spléniques non cavitaires.
La biopsie peut en revanche être envisagée d’emblée dans certains cas. Par exemple, lorsque le prélèvement (ponction ou biopsie) nécessite une anesthésie ou un geste invasif, comme pour les tumeurs de la cavité orale, où une sédation est souvent indispensable, ou pour les lésions digestives diffuses nécessitant une endoscopie. L’histologie, plus spécifique dans la majorité des cas, offre une meilleure précision diagnostique. En pratique, la biopsie est souvent réalisée en seconde intention, soit parce que la cytologie n’a pas permis d’établir un diagnostic de certitude, soit parce qu’une précision diagnostique est nécessaire pour planifier le traitement. Par exemple, pour un sarcome des tissus mous situé sur un membre, connaître le grade tumoral permet une planification chirurgicale plus précise. Pour un mastocytome non opérable, la recherche d’une mutation de c-kit ou l’immunorépartition de KIT évalue les chances de réponse à un inhibiteur de KIT.
Pour les mastocytomes canins, un système de gradation cytologique, corrélé au système histologique de Kiupel, est décrit dans la littérature. Bien qu’il ne remplace pas une évaluation histologique du grade, il peut être utile pour planifier la prise en charge chez des animaux à risque anesthésique élevé.
Attention : Si une tumeur fait l’objet d’une exérèse chirurgicale, il est impératif de soumettre la pièce à un examen histologique, même si un examen cytologique ou une biopsie a été réalisé au préalable. En effet, seul cet examen permet d’évaluer le statut des marges. De plus, l’échantillonnage étant plus représentatif sur une pièce d’exérèse, certaines données (comme le grade) peuvent être réajustées.
Préserver la sécurité de l’animal
Que le prélèvement soit réalisé par cytoponction ou par biopsie, la sécurité de l’animal doit être préservée à court, moyen et long terme. À court terme, les principaux risques sont les saignements ou les infections, plus fréquents avec une biopsie. Un bilan de coagulation (numération formule sanguine, voire temps de coagulation selon le contexte) peut être nécessaire avant le prélèvement, notamment pour les masses nasales ou hépatiques, où l’hémostase est plus difficile. Des mesures d’asepsie doivent être mises en œuvre pour limiter le risque infectieux, mais une antibioprophylaxie est rarement indispensable.
À long terme, le principal risque est la progression tumorale le long du trajet de prélèvement. Pour l’éviter, celui-ci doit être planifié de sorte que le trajet de la ponction ou de la biopsie soit inclus dans le champ de traitement (zone d’exérèse chirurgicale ou de radiothérapie). Si le prélèvement n’est pas réalisé de manière optimale, la zone opératoire doit être étendue, ce qui augmente la morbidité postopératoire et le risque de complications, notamment de récidive.
Optimiser le résultat de l’examen
Pour maximiser les chances d’obtenir un résultat utile, il est essentiel de définir clairement l’objectif de l’examen. Comme tout examen complémentaire, la cytologie ou l’histologie doit répondre à une question clinique précise, formulée à partir d’un raisonnement incluant plusieurs hypothèses diagnostiques. Les objectifs peuvent être :
- Confirmer un diagnostic suspecté (usage le plus fréquent).
- Exclure une hypothèse diagnostique (ex. : analyse histologique d’une pièce d’exérèse d’épulis pour écarter une tumeur maligne).
- Exclure des hypothèses alternatives (ex. : examen cytologique d’une tumeur mammaire chez une chienne pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un sarcome des tissus mous, d’un mastocytome ou d’un lymphome sous-cutané, dont la prise en charge diffère).
Pour optimiser les résultats, il faut veiller à la qualité technique des prélèvements :
- Cytologie : éviter la contamination sanguine, bien étaler les échantillons, prélever en quantité suffisante.
- Histologie : fixer correctement les échantillons (quantité adaptée de formol), orienter les prélèvements si nécessaire.
- Pour les deux : échantillonner correctement la lésion (éviter les zones nécrotiques ou hémorragiques) et identifier clairement les échantillons.
Enfin, le formulaire d’accompagnement joue un rôle clé. Le diagnostic cytologique ou histologique, comme le diagnostic clinique, repose sur un raisonnement. Le pathologiste propose un ou plusieurs diagnostics, hiérarchisés en fonction du contexte clinique décrit. Il est utile d’échanger avec lui après réception du rapport si le diagnostic ne correspond pas à la présentation clinique ou à son évolution.
Analyser le rapport du pathologiste
Le rapport du pathologiste comprend généralement trois parties : la description, la conclusion et le commentaire. En tant que clinicien, on a tendance à se concentrer d’abord sur la conclusion, puis sur le commentaire, et parfois sur la description.
La conclusion contient généralement le diagnostic ou les principales hypothèses du pathologiste. Il est donc logique de s’y intéresser en priorité. Cependant, il est crucial de lire attentivement la description, qui fournit des informations essentielles pour comprendre le raisonnement du pathologiste et ses éventuelles limites. Par exemple, la qualité des échantillons y est décrite : un diagnostic basé sur des échantillons nombreux et de bonne qualité est plus fiable qu’un diagnostic établi à partir d’un matériel limité. La description permet aussi d’avoir un regard critique sur les propositions diagnostiques, notamment si le formulaire d’accompagnement était incomplet ou en cas d’incompréhension.
Le commentaire peut inclure des réserves du pathologiste sur son diagnostic ou des éléments relatifs au comportement biologique de l’entité identifiée. Il doit être lu avec attention. En revanche, les recommandations thérapeutiques doivent être considérées avec prudence, car elles sont souvent génériques, pas toujours à jour des dernières avancées, et pas forcément adaptées au cas individuel.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Examens pré-transfusionnels
Marcy L'etoile France
Transfusion : Quand ? Comment ? Les examens pré-transfusionnels
Pr Céline Pouzot-Nevoret
DMV, PhD, DipECVECC,
Chef de Service
Unité SIAMU, VetAgro Sup
1 avenue Bourgelat, 69280 Marcy l’Etoile
La médecine transfusionnelle s’est grandement améliorée ses dernières années, en particulier sur la compatibilité transfusionnelle afin de limiter les réactions transfusionnelles. Cette conférence présentera les précautions importantes à prendre avant la transfusion afin de limiter les réactions transfusionnelles. Elle s’appuiera sur le consensus TRACS de la société américaine de médecine transfusionnelle publié en 2021 [1-3] et le livre du Dr Goy-Thollot sur la médecine transfusionnelle [4].
Les réactions transfusionnelles
Les réactions transfusionnelles ont maintenant été bien décrites dans le consensus TRACS. Il est important de les connaître pour savoir les reconnaître et comprendre l’importance des tests pré-transfusionnels.
A. Réactions immunologiques
Les réactions hémolytiques sont des réactions d'hypersensibilité de type II impliquant des IgG ou des IgM. Les AC du receveur se lient aux AG des GR du donneur et induisent une destruction de ces GR. Une réaction AG-AC impliquant des IgM active le complément et peut se produire dans les 5 min après le début de la transfusion. Les manifestations sont les suivantes : hémolyse intravasculaire, hypotension, fièvre, tachycardie ou bradycardie, vomissements, défécation, faiblesse, dyspnée voire arrêt cardiaque. La transfusion doit alors être arrêtée et des investigations menées. Les groupes sanguins du donneur et du receveur doivent être vérifiés et des cross-matchs effectués. Il est important de savoir si le receveur n’a jamais été transfusé. Il est conseillé de faire un test de Coomb’s au receveur et une hémoculture chez le donneur car une réaction septique peut mimer une réaction hémolytique aiguë. Une fluidothérapie et une oxygénothérapie doivent être mises en place. Pour les réactions allergiques (réactions d'hypersensibilité de type I), le traitement suivant est recommandé : diphenhydramine à 2mg/kg IM et ralentissement du rythme de la transfusion. Lors de réactions plus graves : arrêt de la transfusion, diphenhydramine, et adrénaline à 0.01-0.02mg/kg IM ou IV. Un glucocorticoïde à action rapide mais ne peut pas empêcher la réaction inflammatoire ne peut pas empêcher la liaison des IgE aux mastocytes.
Les réactions non hémolytiques peuvent être pas exemple : les réactions fébriles, le syndrome respiratoire transfusionnel (Transfusion related, Lung Injury : TRALI) ou une thrombopénie.
B. Les réactions non-immunologiques
La surcharge volumique est la réaction non-immunologique la plus fréquente. Les produits sanguins sont des colloïdes naturels et peuvent entraîner une augmentation spectaculaire du volume circulant. Les manifestations sont les suivantes : œdème pulmonaire et dyspnée, œdème périphérique ou distension jugulaire. La transfusion doit être ralentie ou interrompue et l'utilisation de diurétiques est à envisager. L’utilisation judicieuse des produits sanguins (utilisation de concentré globulaire plutôt que de sang total sur une anémie sans perte de volume par exemple) peut limiter ces réactions.
Un sepsis, une transmission de maladie infectieuse, une hypocalcémie ou une hémolyse peuvent également se produire.
II. Prévenir les réactions transfusionnelles
A. Choix du donneur
L’animal doit avoir entre 1 et 8 ans, son poids et sa taille doivent autoriser le prélèvement d’une quantité de sang de 20 mL/kg de poids corporel, il doit être correctement vacciné et vermifugé, il ne doit pas avoir eu de problèmes de santé dans les semaines ou mois précédant le don et il ne doit jamais avoir été transfusé.
Différents tests sanguins et dépistages de maladies infectieuses doivent être réalisés. Les agents pathogènes sanguins et par conséquent les tests peuvent varier en fonction de la zone géographique dans laquelle vit le donneur.
Les analyses suivantes sont réalisées :
• une numération et formule sanguines
• une biochimie
• un test SNAP 4Dx® chez le chien et FeLV/FIV chez le chat
D’autres tests peuvent être réalisés en fonction de la zone géographique.
B. Test de compatibilités
a. Groupage sanguin
- Groupage chez le chien
Les groupes sanguins sont déterminés par des antigènes hérités présents à la surface de la membrane des globules rouges (GR). Des études antérieures ont conduit à la reconnaissance internationale initiale de groupes sanguins, appelés antigènes érythrocytaires canins (Dog Erythrocyte Antigen (DEA)). Le DEA 1 est considéré comme le groupe sanguin le plus important chez le chien en raison de sa forte antigénicité et de la répartition presque équivalente entre chiens DEA 1+ et DEA 1- parmi de nombreuses races dans le monde. De nouveaux groupes sanguins communs appelés Dal, Kai 1 et 2 ont été décrits récemment mais semblent moins immunogènes donc avec moins de répercussions cliniques.
Différentes techniques de groupage sont utilisables en clinique pour le groupage DEA 1. En revanche, seuls des réactifs de groupage contenant des anticorps polyclonaux sont disponibles, pour les groupes DEA 3, 4 et 7 et de façon limitée. La présentation se concentrera donc sur les groupages DEA1.
Plusieurs tests existent :
- Le test sanguin Quick Test® (ou LabTest®) utilise la technique d'immunochromatographie. La technologie repose sur la migration des GR sur une bandelette de papier spécialement traitée. L'anticorps monoclonal anti-DEA 1 est incorporé à la bandelette. Il se lie aux GR DEA 1 +. Ceci est matérialisé par une ligne rouge devant la marque DEA 1. Le Quick Test® détecte tous les niveaux d'expression de l'antigène DEA 1, de très fort à très faible. Quelle que soit l'intensité de la ligne, même très faible, le chien est classé dans la catégorie DEA 1 +.
- La carte DMS (CARD). Cette dernière utilise également une réaction d'agglutination avec un anticorps monoclonal anti-DEA 1,
- Une méthode automatisée (Quickvet analyser).
- Groupage sanguin chez le chat
Le système principal de groupes sanguins chez le chat est le système AB et comprend trois groupes : le groupe A, le groupe B et le groupe AB (rare). Les chats de groupe A peuvent avoir de faibles taux d’allo-anticorps anti-B (également peu immunogènes) pouvant diminuer la survie des GR transfusés si un donneur B est utilisé. Les chats de groupe B ont de très puissants anticorps naturels anti-A qui peuvent induire une réaction fatale dès la transfusion d’1 ml de sang de groupe A. Les chats de groupe AB ne possèdent aucun allo-anticorps contre les groupes A et B. Ils doivent recevoir du sang de groupe AB ou de groupe A s'ils ont besoin d'une transfusion en raison des forts anticorps anti-A présents dans le plasma des chats de groupe B.
Ainsi, la présence des allo-anticorps naturel chez chat rend obligatoire le groupage AB des receveurs et des donneurs avant toute transfusion, même la première.
Il existe deux types de groupage pour chats disponibles dans le commerce (les cartes : ex : Rapid VetH Feline®, laboratoires DMS®) et les bandelettes (ex :test rapide A + B®, Alvedia®, France). Ces deux kits utilisent deux anticorps monoclonaux dirigés respectivement contre les antigènes de groupe A et de groupe B. Une étude récente comparant les méthodes de groupage chez le chat (agglutination sur tube, Rapid VetH Feline®, bandelette Alvedia®) a donné des résultats identiques chez 52 des 58 chats. La précision globale du Rapid VetH® était de 91,4% et celle de la bandelette Alvedia® de 94,8%.
b. Tests de compatibilité croisée ou cross-match (XM)
Le XM détermine la compatibilité entre le sang du receveur et celui du donneur sur la base d'une réaction d'agglutination, permettant la détection d'allo-anticorps naturels (chats) ou induits à la suite d’une sensibilisation antérieure (chiens et chats).
Des tests de XM majeurs et mineurs sont proposés par les laboratoires de pathologie clinique (méthode tube standard, plaque de microtitration ou colonne de gel salin neutre sans antiglobuline à la température ambiante ou à 37 °C). De nouvelles techniques sur bandelettes (immunochromatographie) ou sur gel, donc plus rapides, sont commercialisées par Alvedia, facilitant la réalisation et permettant la réalisation des cross-match au chevet du malade .
- Chez le chien
Les chiens ne possèdent pas d’allo-anticorps naturels. Ainsi, un chien receveur et un chien donneur, n’ayant jamais été transfusés, doivent être compatibles lors des XM. Des réactions transfusionnelles hémolytiques aiguës et des XM incompatibles ont été rapportés chez des chiens précédemment transfusés et ayant reçu une transfusion ≥ 4 jours après la première transfusion.
Il est donc recommandé de faire un cross-match lors d’une 2ième transfusion à partir de 4 jours post 1ere transfusion.
- Chez le chat
La présence d’allo-anticorps naturels chez le chat rend le cross-match recommandé même lors d’une première transfusion en iso-groupe, et fortement recommandé à partir de 2 jours post transfusion.
C. Précautions d’administration
Après avoir choisi un donneur sain et compatible avec le receveur, il est important d’administrer le produit sanguin dans les meilleures conditions :
- Mise en place de la transfusion sur un cathéter dédié, manipulation des poches avec des gants
- Respecter les durées de conservation des produits sanguins
- Utilisation d’un transfuseur avec filtre (ex : Sangofix® BBraun)
- Respect du volume à transfuser afin de limiter la surcharge volumique : sang total : 20 ml/kg chien, 10 ml/kg chat ; concentré globulaire : 10 ml/kg chien, 5 ml/kg chat ; plasma : 10 ml/kg chien, 5 ml/kg chat.
- Arrêt des perfusions en parallèle (ne jamais mettre de Ringer Lactate en parallèle de la transfusion à cause de la présence de Calcium qui va précipiter avec le citrate de la poche de transfusion)
- Vitesse de transfusion : la recommandation est aujourd’hui de débuter doucement sur les 15 premières minutes, puis d’augmenter progressivement le débit lors d’absence de réaction pour que la transfusion soit administrée sur 4 heures. Cependant, aucune donnée bibliographique n’appuie vraiment cette recommandation, et une étude multicentrique est en cours pour évaluer l’administration de la transfusion à un rythme constant sur 4 heures, permettant ainsi de faciliter l’administration. La durée de 4 heures maximum est cependant bien établie.
- Suivi des réactions transfusionnelles : l’équipe du consensus a créé une fiche de suivi transfusionnel permettant l’identification plus rapide de réaction transfusionnelle. Elle doit être utilisée pour chaque transfusion.
Références :
1. Davidow EB, Blois SL, Goy-Thollot I et al. Association of Veterinary Hematology and Transfusion Medicine (AVHTM) Transfusion Reaction Small Animal Consensus Statement (TRACS). Part 1: Definitions and clinical signs. J Vet Emerg Crit Care. 2021; 31(2):141-166. doi: 10.1111/vec.13044.
2. Davidow EB, Blois SL, Goy-Thollot I et al. Association of Veterinary Hematology and Transfusion Medicine (AVHTM) Transfusion Reaction Small Animal Consensus Statement (TRACS) Part 2: Prevention and monitoring. J Vet Emerg Crit Care. 2021 Mar; 31(2):167-188. doi: 10.1111/vec.13045.
3. Odunayo A, Nash KJ, Davidow EB et al. Association of Veterinary Hematology and Transfusion Medicine (AVHTM) transfusion reaction small animal consensus statement (TRACS). Part 3: Diagnosis and treatment. J Vet Emerg Crit Care. 2021 Mar;31(2):189-203. doi: 10.1111/vec.13043.
4. Goy-Thollot I. La transfusion sanguine chez le chien, le chat et les nouveaux animaux de compagnie. Ed Le point vétérinaire, 2020.
Liens d'intérêt : Consultante pour ALVEDIA
📃 Exérèse d'un fibrome ossifiant en région naso-pharyngée par palatectomie
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Focus sur l'aubépine (Crataegus monogyna et oxyacantha)
Meximieux France
FOCUS SUR L'AUBÉPINE (CRATAEGUS MONOGYNA ET OXYACANTHA) EN CARDIOLOGIE VÉTÉRINAIRE
Proceeding d’AFVAC le Congrès Lille 2026 — Programme Général & Phytothérapie Vétérinaire
Dre Vet Agnès Darnis, VETOZEN
1. Introduction et enjeux cliniques
La prise en charge des affections cardiovasculaires chez les animaux de compagnie repose usuellement sur l'emploi d'inotropes positifs, d'inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine (IECA) et de diurétiques. L'émergence d'une phytothérapie vétérinaire factuelle permet d'intégrer des extraits botaniques aux mécanismes pharmacologiques rigoureusement étayés. Parmi eux, l'aubépine (Crataegus monogyna Jacq. et Crataegus oxyacantha L.) constitue une ressource thérapeutique majeure [1]. Surnommée le « myocarde végétal », la plante s'appuie sur des monographies officielles (European Medicines Agency 2025, Pharmacopée française) et un corpus d'essais cliniques probants en médecine humaine et vétérinaire [1-4]. Ce résumé de conférence présente les fondements phytochimiques, pharmacodynamiques et les applications cliniques de l'aubépine chez le chien, le chat et le lapin.
2. Phytochimie et parties utilisées
Les parties médicinales retenues par la Pharmacopée sont les sommités fleuries (fleurs et feuilles séchées récoltées au printemps) et les baies (fruits séchés récoltés à l'automne) [2]. L'extraction hydroalcoolique (éthanol/eau) constitue le procédé optimal pour concentrer la fraction phénolique [2]. L'activité pléiotrope de la plante repose sur deux classes bioactives principales :
• Les flavonoïdes : O- et C-glycosides (quercétine, rutine, hypéroside, vitexine, isoquercitrine), principalement concentrés dans les fleurs et feuilles, dotés d'une forte activité antioxydante et vasoprotectrice [2].
• Les procyanidines oligomériques (OPC) : Oligomères flavan-3-oliques (catéchine, épicatéchine ou tanins condensés), prédominants dans les fruits, constituant 18,75 % de l'extrait standardisé de référence WS 1442 [2, 3].
3. Pharmacologie cardiovasculaire
3.1. Effet inotrope positif indépendant de l'AMPc
À l'inverse des sympathomimétiques ou inhibiteurs de la PDE-III, l'aubépine augmente la contractilité myocardique sans élever l'AMP cyclique (AMPc) ni surconsommer d'oxygène [1]. Les flavonoïdes et OPC exercent une inhibition modérée de la pompe Na+/K+-ATPase sarcolemmique des cardiomyocytes, ce qui augmente le sodium intracellulaire et réduit l'extrusion de calcium via l'échangeur Na+/Ca2+ [1]. L'accroissement de la disponibilité calcique systolique renforce la force de contraction tout en préservant l'efficience énergétique myocardique [1].
3.2. Vasodilatation et modulation de la pré/post-charge
L'aubépine stimule la phosphorylation de la NO-synthase endothéliale (eNOS) sur la sérine 1177 via la voie Src/PI3K/Akt, induisant une libération continue de monoxyde d'azote (NO) [1]. Parallèlement, les OPC activent les canaux potassiques dépendants du calcium (K+Ca) vasculaires, favorisant l'hyperpolarisation et la relaxation artérielle [1]. De plus, l'acide oléanolique exerce un effet inhibiteur sur l'enzyme de conversion de l'angiotensine (ECA), mimant de manière douce l'action d'un IECA allopathique [1]. Il en résulte une baisse conjointe des résistances périphériques (post-charge) et des pressions de remplissage (pré-charge) [1].
3.3. Propriétés anti-arythmiques et protection endothéliale
Sur le tissu nodal et myocardique, l'extrait d'aubépine agit comme un anti-arythmique de classe III en bloquant les courants potassiques sortants repolarisants, ce qui prolonge la durée du potentiel d'action et la période réfractaire effective [1, 3]. Il exerce également un effet chronotrope négatif modéré via la stimulation des récepteurs muscariniques M2 [1]. Enfin, l'aubépine prévient l'hyperperméabilité endothéliale (voie cAMP/Epac1/Rap1) et protège la chaîne respiratoire mitochondriale contre le stress oxydatif [1, 2].
Tableau 1 : Pylônes pharmacodynamiques de Crataegus spp.
Axe Pharmacologique
Mécanisme Moléculaire / Cellulaire
Inotropisme positif
Inhibition Na+/K+-ATPase → hausse Ca2+i (indépendant de l'AMPc) [1]
Vasodilatation
Phosphorylation eNOS (voie Src/PI3K/Akt), ouverture K+Ca, effet IECA-like [1]
Anti-arythmique (Classe III)
Blocage des courants K+ sortants, prolongation de la période réfractaire [1, 3]
Chronotrope négatif
Activation des récepteurs muscariniques M2 cardiaques [1]
4. Preuves cliniques et applications vétérinaires
4.1. Données cliniques probantes
Chez l'Homme, les essais cliniques multicentriques (études SPICE sur 2 681 patients, et LI 132) confirment l'efficacité de l'aubépine dans l'insuffisance cardiaque (NYHA I-III), avec une réduction de 39,7 % des morts subites d'origine cardiaque [3] et une baisse significative de l'incidence des fibrillations auriculaires [2, 3]. Chez le Chien, l'étude contrôlée menée par Singh et coll. (2022) sur la Cardiomyopathie Dilatée (CMD) démontre qu'un extrait d'aubépine (25 mg/kg BID) permet une régression marquée de la dyspnée et de la toux, une hausse significative de la fraction d'éjection (FEVG de 34,6 % à 43,2 %, p<0,01) et une survie moyenne de 264 jours, surpassant le groupe carvédilol (214 jours) [4]. Dans la maladie valvulaire mitrale (MVM, stade B2), l'aubépine réduit la pression systolique dès 60 jours et prolonge la phase asymptomatique [1, 4].
4.2. Synthèse des posologies et indications par espèce
Les indications et recommandations posologiques vétérinaires sont résumées dans le tableau ci-dessous :
Tableau 2 : Recommandations posologiques et indications par espèce
Espèce
Indications majeures
Forme galénique
Posologie & Rythme
Chien
MVM (stades B1/B2), CMD, toux cardiaque et sénescence
Extrait sec standardisé
EPS / Macérat hydroalcoolique
25 mg/kg BID [4]
1 goutte/kg BID
Chat
CMH préclinique/modérée, hypertension féline, stress
Extrait fluide sans alcool
Macérat glycériné
10–15 mg/kg BID
1–2 gouttes/kg BID
Lapin
Cardiomyopathie du senior, prévention des arrêts de stress
Plante séchée / Infusion
Extrait fluide sans alcool
0.5–1 g plante/kg/j
0.1–0.2 mL/kg/j
5. Sécurité et interactions médicamenteuses
L'aubépine possède une excellente tolérance clinique (DL50 > 18 mL/kg) [2]. Les effets indésirables sont rares et bénins. Néanmoins, sa co-administration avec la digoxine justifie un suivi ECG en raison d'une possible synergie inotrope/dromotrope, bien que la pharmacocinétique de la digoxine ne soit pas altérée [5]. Une synergie hypotensive est possible avec les IECA, le sildénafil ou les bêta-bloquants, imposant un contrôle de la pression artérielle systolique [1, 5]. L'aubépine n'induit aucune inhibition significative des cytochromes hépatiques (CYP3A4, 2D6, 1A2) [5].
Points Clés à Retenir (Take Home Message)
• Un socle scientifique validé : L'aubépine repose sur des essais cliniques humains et vétérinaires démontrant son efficacité hémodynamique et symptomatique [1, 3, 4].
• Double action cardiovasculaire : Inotropisme positif (inhibition Na+/K+-ATPase, indépendant de l'AMPc) associé à une vasodilatation NO-dépendante (réduction pré/post-charge) [1].
• Profil anti-arythmique : Effet de classe III (prolongation de la période réfractaire) stabilisant le rythme cardiaque [1, 3].
• Indications ciblées : Chien (MVM B1/B2, CMD à 25 mg/kg BID [4]), Chat (CMH, hypertension [1]), Lapin (cardiomyopathie, stress [1]).
• Sécurité optimale : Marge thérapeutique très large ; surveiller les synergies lors d'associations avec la digoxine ou les IECA [5].
Références bibliographiques
1. Wang J et coll. Effect of Crataegus usage in cardiovascular disease prevention: an evidence-based approach. Evid Based Complement Alternat Med. 2013 ; 2013 : 149363.
2. K?pi?ska-Pacelik J, Biel W. Hawthorn (Crataegus monogyna Jacq.): a review of therapeutic potential and applications. Molecules. 2026 ; 31 : 226.
3. Pittler MH et coll. Hawthorn extract for treating chronic heart failure. Cochrane Database Syst Rev. 2008 ; (1) : CD005312.
4. Singh R et coll. Therapeutic efficacy of carvedilol and hawthorn extract in management of dilated cardiomyopathy in dogs. Int J Vet Sci Biotechnol. 2022 ; 7 : 45-54.
5. Tankanow R et coll. Interaction study between digoxin and a hawthorn extract. J Clin Pharmacol. 2003 ; 43 : 637-42.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 FRACTURE SALTER HARRIS VERTEBRALE AVEC DISLOCATION CHEZ UN CHIOT SANS REPERCUSSION NEUROLOGIQUE
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Gastropathie micro-ulcérative féline : aspects épidémiologiques, cliniques, échographiques, endoscopiques et histopathologiques.
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Gérer la douleur : une priorité
Créteil France
Introduction
La gingivostomatite chronique féline (GFC) est une affection inflammatoire orale sévère, susceptible d’altérer profondément l’alimentation, le comportement et la qualité de vie. Elle ne doit pas être abordée comme une simple maladie dentaire ou comme une affection inflammatoire isolée : il s’agit d’un syndrome douloureux chronique, au sein duquel la réponse immunitaire de l’hôte à des antigènes oraux joue un rôle central.La réduction de la charge antigénique orale par les extractions dentaires constitue aujourd’hui l’approche thérapeutique qui offre les meilleures chances d’amélioration durable. Cette stratégie est causale dans son intention : retirer les surfaces dentaires et parodontales susceptibles d’entretenir la stimulation antigénique. Elle ne doit toutefois pas être présentée comme une promesse de guérison universelle. Certains chats conservent une inflammation caudale, une hypersensibilité orale et une douleur significative malgré une prise en charge odontologique rigoureuse.
La douleur de la GFC résulte de lésions inflammatoires souvent étendues, de l’ulcération de la muqueuse, de la stimulation mécanique lors de la prise alimentaire et, parfois, d’une sensibilisation périphérique et centrale entretenue par la chronicité. Le chat peut continuer à s’alimenter malgré une douleur importante. La faim, l’adaptation à une alimentation molle, l’évitement de certains mouvements masticatoires et la tendance féline à masquer les signes de vulnérabilité rendent l’appréciation clinique plus difficile.
Le maintien d’une prise alimentaire ne constitue donc pas un critère fiable de confort. L’évaluation doit rechercher une modification des habitudes alimentaires, du toilettage, des interactions sociales, de l’activité, de la posture et des réactions lors de la manipulation de la tête. Elle doit également intégrer le poids, l’évolution des lésions et la perception du propriétaire, qui observe le chat dans son environnement habituel
Les extractions dentaires procurent une amélioration importante chez une majorité de chats, mais tous ne présentent pas une rémission complète. Les différences entre les études reflètent des populations hétérogènes, des stratégies chirurgicales variables, des délais de suivi différents et des définitions non uniformes du succès. Cette variabilité ne doit pas être occultée : elle permet d’expliquer honnêtement au propriétaire que l’objectif est une amélioration durable, mais qu’une prise en charge complémentaire peut être nécessaire.
Dans une étude rétrospective de 95 chats, 28,4 % ont présenté une résolution complète des signes cliniques, 39,0 % une amélioration significative, 26,3 % une amélioration faible ou absente, et 6,3 % aucune amélioration. Ces chiffres ne doivent pas servir à prédire individuellement le résultat, mais ils rappellent qu’un chat persistant après extraction n’est pas une situation exceptionnelle. Une évaluation raisonnée est alors indispensable avant d’évoquer une maladie réellement réfractaire.
L’analgésie ne doit pas être présentée comme une alternative à la chirurgie lorsque celle-ci est possible et indiquée. Elle est indispensable avant, pendant et après les extractions. Elle améliore le confort, facilite l’alimentation, réduit le stress et permet une évaluation plus fidèle de l’évolution clinique. Les extractions multiples constituent un geste douloureux, réalisé chez un patient souvent déjà sensibilisé par une inflammation orale chronique ; une stratégie multimodale est donc particulièrement pertinente.
Le choix des médicaments, des doses, des associations et de la durée de traitement doit être individualisé. Il dépend notamment de l’intensité de la douleur, de l’état d’hydratation, de la fonction rénale et hépatique, de l’âge, des comorbidités, des traitements concomitants, de la possibilité d’administration par le propriétaire et de la réponse clinique. L’objectif n’est pas de juxtaposer des molécules, mais de combiner des mécanismes d’action complémentaires tout en réévaluant régulièrement le rapport bénéfice-risque.
Le terme « réfractaire » ne doit être employé qu’après une démarche méthodique. Il suppose que le diagnostic a été réévalué, que la chirurgie est complète, que les radiographies postopératoires excluent des racines résiduelles, que le délai de cicatrisation est approprié et que les diagnostics différentiels ont été considérés. Parmi ces derniers figurent notamment les néoplasies orales, certaines maladies à médiation immunitaire, le complexe granulome éosinophilique, les lésions infectieuses particulières et d’autres causes de douleur orale.
Lorsque la maladie est réellement persistante, une stratégie médicale peut être indiquée. La ciclosporine est l’option immunomodulatrice pour laquelle les données cliniques sont parmi les plus solides dans les formes réfractaires, même si la réponse reste variable et impose une sélection attentive des patients ainsi qu’un suivi des effets indésirables. Les glucocorticoïdes peuvent procurer un soulagement transitoire, mais leur efficacité symptomatique ne doit pas banaliser les risques associés à des administrations répétées ou prolongées. Les autres options doivent être présentées avec une prudence proportionnée au niveau de preuve disponible.
Les anti-NGF sont probablement des thérapeutiques innovantes et prometteuse, mais pour l’instant le niveau de preuve est encore discutable et il est primordial de rester prudent mais aussi optimistes !
Chez ces patients, l’objectif ne peut pas toujours être la disparition complète des lésions. Il devient alors nécessaire de définir des critères thérapeutiques réalistes : réduction objectivable de la douleur, alimentation plus confortable, maintien ou reprise de poids, amélioration du toilettage, retour des interactions sociales et diminution des comportements d’évitement. Ces critères doivent être discutés avec le propriétaire, documentés et réévalués régulièrement.
Le consensus actuel peut être résumé simplement, mais son application exige rigueur et nuance. La réduction la plus complète possible du stimulus oral constitue la base thérapeutique de la GFC et les extractions dentaires restent l’intervention qui offre les meilleures chances d’amélioration durable. Elles doivent être précédées d’un bilan odontologique rigoureux, réalisées de manière complète et accompagnées d’une analgésie périopératoire multimodale.
Deux écueils doivent être évités. Le premier consiste à retarder indéfiniment une prise en charge causale indiquée en répétant des traitements uniquement symptomatiques. Le second consiste à considérer comme acceptable la persistance d’une douleur orale lorsque la chirurgie n’a pas permis une résolution complète. Chez les chats présentant une maladie persistante ou réellement réfractaire, l’analgésie structurée, réévaluée et associée lorsque nécessaire à une stratégie immunomodulatrice, constitue une médecine fondée à la fois sur la physiopathologie et sur la qualité de vie.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Guides d'utilisation des antibiotiques chez le lapin
Maisons-Alfort France
Guides d’utilisation des antibiotiques chez le lapin
Charly Pignon, DV, Dip ECZM (Small Mammal)
IR PH en Médecine Zoologique
Service NAC d’Alfort
Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort
7 Avenue du Général de Gaulle
94700 Maisons-Alfort
L’antibiothérapie chez le lapin doit reposer sur une double exigence : choisir une molécule efficace vis-à-vis des bactéries les plus probables selon le foyer infectieux, tout en tenant compte des particularités pharmacotoxicologiques de l’espèce et du cadre réglementaire applicable à l’usage des antibiotiques en médecine vétérinaire. Chez le lapin, l’objectif n’est pas seulement de traiter une infection présumée, mais de limiter les prescriptions inutiles, d’éviter les molécules à haut risque de dysbiose digestive et de réserver les antibiotiques d’importance critique aux situations où ils sont réellement justifiés.
La première étape consiste à déterminer si une antibiothérapie est réellement indiquée. La présentation clinique seule ne suffit pas toujours, car de nombreuses affections du lapin ont une composante multifactorielle, inflammatoire ou mécanique. Le support de présentation joint rappelle qu’une infection bactérienne survient souvent sur un terrain favorisant, comme le stress, une baisse d’immunité, un corps étranger, un traumatisme ou une anomalie anatomique, et qu’une guérison peut parfois être obtenue sans antibiotique si les facteurs favorisants sont corrigés. En pratique, la présence de pus, une cytologie compatible avec une infection bactérienne, une leucocytose neutrophilique ou l’identification de bactéries sur prélèvement renforcent l’indication d’un traitement. À l’inverse, l’antibiothérapie est généralement inutile en prévention chez un animal sain, chez les congénères asymptomatiques, autour du sevrage, dans les chirurgies propres, dans les affections virales sans surinfection bactérienne, dans les maladies non bactériennes ou dans une stase digestive sans preuve d’infection.
Chez le lapin, plusieurs antibiotiques sont classiquement déconseillés ou contre-indiqués en raison du risque de dérive de flore digestive et d’entérotoxémie. La littérature scientifique décrit bien la toxicité des pénicillines administrées per os, de l’ampicilline, de la céphalexine, de la clindamycine et de la lincomycine, avec des mortalités parfois très élevées dans les études expérimentales. Cette contrainte modifie profondément la stratégie thérapeutique et explique pourquoi certaines molécules couramment utilisées chez le chien et le chat ne doivent pas être retenues en première intention chez le lapin.
En première intention, les antibiotiques doivent dépendre du foyer. Pour les affections respiratoires, les molécules le plus souvent retenues sont la doxycycline et le chloramphénicol en préparation extemporanée, avec recours aux fluoroquinolones uniquement lorsque la situation clinique, l’antibiogramme ou l’absence d’alternative adaptée le justifient. Pour les atteintes respiratoires, les principales bactéries incriminées sont Pasteurella multocida, Bordetella bronchiseptica, Pseudomonas spp., certains staphylocoques et parfois Mycoplasma spp. Dans une étude de sensibilité bactérienne sur des sinusites de lapins, la marbofloxacine montre une supériorité démontrée, mais cet avantage microbiologique doit désormais être pondéré par la réglementation sur les antibiotiques critiques. En première intention raisonnée, chez un lapin stable, la doxycycline ou le chloramphénicol sont donc souvent préférés lorsque le contexte clinique le permet.
Pour les affections digestives d’origine bactérienne, le support retient surtout l’association triméthoprime-sulfamides et le métronidazole. Les sulfamides potentialisés sont proposés notamment lors de suspicion d’infection à Escherichia coli ou à Salmonella spp., tandis que le métronidazole est pertinent lorsqu’une flore anaérobie stricte est suspectée, comme lors d’atteinte à Clostridium piliforme. En pratique, ces indications doivent rester prudentes, car nombre de troubles digestifs du lapin relèvent d’abord d’une dysbiose, d’une alimentation inadaptée, d’une douleur ou d’un ralentissement du transit, sans justification à une antibiothérapie systématique.
Pour les atteintes cutanées, et notamment certaines pyodermites, pododermatites surinfectées ou infections des tissus mous, le chloramphénicol fait partie des molécules de première intention les plus souvent citées dans le support. Selon les données de la présentation, les principales bactéries concernées sont surtout Pasteurella spp. et Staphylococcus spp., avec une activité également rapportée pour les sulfamides-triméthoprime et les quinolones. Là encore, le traitement local, le débridement, la correction du support lésionnel et l’amélioration de l’environnement restent déterminants pour obtenir une guérison durable.
Pour les atteintes urogénitales, les sulfamides-triméthoprime et le chloramphénicol apparaissent comme les options les plus usuelles en première intention dans le support présenté. Les bactéries évoquées comprennent notamment Pasteurella spp., certains staphylocoques et des streptocoques. L’antibiothérapie ne dispense cependant jamais d’une exploration des causes sous-jacentes, en particulier lors de dysurie, d’hématurie ou de cystite récidivante, où une lithiase, une boue vésicale, une anomalie anatomique ou une affection utérine peuvent être au premier plan.
Les abcès dentaires occupent une place particulière. Le support rappelle que les prélèvements d’abcès dentaires profonds mettent souvent en évidence une flore polymicrobienne comprenant notamment Streptococcus intermedius, Fusobacterium nucleatum, Peptostreptococcus micros, Actinomyces israelii et différentes espèces de Prevotella. Dans cette indication, les données rapportées suggèrent une bonne sensibilité à la pénicilline et à l’azithromycine, alors que les quinolones et le triméthoprime-sulfamides semblent moins performants. En pratique clinique, l’antibiothérapie ne peut jamais remplacer l’exérèse, le drainage, le curetage, l’avulsion dentaire si nécessaire et la gestion des récidives. Chez le lapin, lorsque la pénicilline est utilisée dans ce contexte, elle doit l’être par voie parentérale et non orale, en tenant compte du risque digestif propre à l’espèce.
Le cadre réglementaire français impose aujourd’hui de hiérarchiser beaucoup plus strictement le choix des antibiotiques. L’arrêté du 18 mars 2016 a fixé la liste des antibiotiques d’importance critique en médecine vétérinaire, comprenant notamment les céphalosporines de troisième et quatrième générations ainsi que les fluoroquinolones, parmi lesquelles l’enrofloxacine et la marbofloxacine . Le décret n° 2016-317 du 16 mars 2016 précise qu’un vétérinaire ne peut prescrire un antibiotique critique en traitement curatif ou métaphylactique qu’en l’absence d’alternative efficace ou appropriée, et sous réserve que l’état clinique, la localisation de l’infection ou le type d’infection justifient ce choix. Lorsque la situation le permet, un prélèvement pour analyse bactériologique et antibiogramme doit être réalisé avant prescription ; les résultats doivent être conservés pendant cinq ans, et un nouveau prélèvement n’est pas exigé si un antibiogramme de moins de trois mois est disponible pour la même situation clinique. Le décret prévoit une dérogation en cas d’affection aiguë lorsque l’attente des résultats compromettrait la prise en charge, mais le traitement doit alors être réévalué dans les quatre jours en fonction de l’évolution clinique et des examens complémentaires.
Au-delà des textes réglementaires, les bonnes pratiques d’emploi des antibiotiques en médecine vétérinaire sont également encadrées par l’arrêté du 22 juillet 2015, qui insiste sur la nécessité de fonder la prescription sur un diagnostic, d’éviter le renouvellement automatique et de limiter autant que possible le recours aux antibiotiques d’importance critique. Ces principes ont une portée directe en médecine du lapin, où la facilité d’emploi historique des fluoroquinolones ne doit plus conduire à leur utilisation systématique en première intention.
L’actualisation de ce raisonnement s’inscrit dans la dynamique des plans ÉcoAntibio. Le bilan officiel des premiers plans a montré une réduction très importante de l’exposition globale des animaux aux antibiotiques ainsi qu’une chute marquée de l’usage des antibiotiques critiques. Selon les données de l’Anses, les plans ÉcoAntibio ont permis une baisse de 86,1 % de l’exposition aux fluoroquinolones et une baisse majeure de l’exposition aux céphalosporines de dernières générations entre 2013 et 2018. Les synthèses relayées lors du lancement d’ÉcoAntibio 3 indiquent plus largement qu’en dix ans l’exposition des animaux d’élevage aux antibiotiques a diminué de 52 %, avec une baisse de 64 % dans la filière lapin entre 2011 et 2022.
Le plan ÉcoAntibio 2 a prolongé la dynamique engagée par le premier plan en visant la poursuite de la réduction de l’exposition et la consolidation du bon usage des antibiotiques. Son évaluation officielle rapporte la poursuite d’une baisse des expositions et une amélioration sur certains couples bactérie-antibiotique suivis en surveillance, tout en soulignant l’importance du maintien des efforts de prévention, de formation et de prescription raisonnée. Le plan ÉcoAntibio 3, piloté par la DGAL pour la période 2023-2028, vise à prolonger cette dynamique afin de limiter l’émergence et la diffusion des résistances chez les animaux. Le ministère précise qu’il comporte 25 actions structurées en 5 axes, incluant la prévention de l’apparition des résistances, la formation et la sensibilisation, la recherche et la surveillance, le maintien d’un arsenal thérapeutique favorable au bon usage, ainsi que le déploiement d’une action coordonnée du niveau territorial au niveau international. Il fixe notamment pour objectif de maintenir les niveaux actuels d’exposition des animaux de rente aux antibiotiques et d’obtenir, pour les animaux de compagnie, une réduction de 15 % de l’exposition des chiens et des chats aux antibiotiques en cinq ans. Même si cet objectif chiffré ne vise pas spécifiquement le lapin de compagnie, il confirme une orientation générale de sobriété thérapeutique, directement applicable à la pratique NAC.
En pratique, chez le lapin, le choix d’un antibiotique de première intention doit donc rester simple et raisonné. Lors d’atteinte respiratoire, la doxycycline ou le chloramphénicol sont souvent des options de première intention crédibles chez un animal stable, avec réévaluation clinique et recours au prélèvement dès que possible. Lors d’atteinte digestive bactérienne documentée ou fortement suspectée, les sulfamides-triméthoprime ou le métronidazole sont les molécules le plus souvent mises en avant. Pour les atteintes cutanées et certaines infections des tissus mous, le chloramphénicol garde une place importante. Pour les atteintes urogénitales, les sulfamides-triméthoprime restent une option pragmatique de départ. Les fluoroquinolones ne doivent plus être considérées comme un réflexe de première intention, mais comme des molécules à réserver aux situations où elles sont réellement nécessaires, justifiées et réglementairement compatibles.
Le message pédagogique à transmettre au praticien généraliste est donc double. D’une part, il faut connaître les molécules généralement bien tolérées et utiles selon le foyer infectieux chez le lapin. D’autre part, il faut accepter qu’un bon usage des antibiotiques consiste souvent à ne pas prescrire, à prélever, à drainer, à traiter la cause sous-jacente et à réserver les antibiotiques critiques aux cas où aucune alternative pertinente n’existe. C’est à cette condition que l’antibiothérapie du lapin reste à la fois efficace, sûre pour l’animal et compatible avec les objectifs collectifs de maîtrise de l’antibiorésistance.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 IA en imagerie médicale humaine en 2026 : consensus
La radiologie est aujourd'hui l'une des spécialités médicales les plus profondément concernées par l'IA. Cette position d'avant-garde s'explique par une raison fondamentale : notre discipline consiste en l'analyse de l'image numérique, qui constitue un substrat idéal pour le développement et l'entraînement des algorithmes.
Il existe de fait une littérature scientifique foisonnante et de très nombreux travaux de recherche dédiés à l'IA en radiologie. Cette dynamique académique s'est maintenant traduite par l'émergence de très nombreuses solutions commerciales, avec des niveaux de preuve scientifique très variables, désormais disponibles et intégrées en routine clinique.
L'objectif de cette présentation est de dresser un état des lieux pragmatique : dans quels buts et sur quelles applications concrètes l'IA fonctionne-t-elle réellement en radiologie en 2026 ?
L'IA pour créer l'image radiologique
L'impact de l'IA débute bien avant que l'image n'apparaisse sur la console du praticien. Les algorithmes appliqués à la reconstruction des images en scanner et en IRM constituent un premier consensus majeur de notre pratique. Ils permettent une amélioration de la qualité d'image, tout en offrant une diminution drastique de la dose d'irradiation (en scanner) et une réduction significative des temps d'acquisition (en IRM).
L'IA pour optimiser l'ordre des examens
Parallèlement, l'IA s'est imposée comme un outil de tri. Des algorithmes permettent d'optimiser l'ordre des examens à réaliser, notamment dans un contexte d'urgence. Une fois que l'image est acquise, en analysant les examens directement à la sortie de la modalité d'imagerie, l'algorithme est capable de repérer des urgences vitales et de réorganiser la liste de travail. Ce flux repensé garantit une prise en charge accélérée pour les cas les plus urgents.
L'IA pour l'interprétation diagnostique
Lors de l'interprétation des examens, l'IA intervient avec différents objectifs d'assistance. Nous aborderons des exemples :
- Le filet de sécurité : utile dans les examens nombreux et répétitifs. Nous verrons l'exemple des radiographies osseuses en traumatologie, où l'IA agit comme un véritable "correcteur orthographique" détectant les lésions subtiles pour sécuriser le diagnostic.
- L'augmentation des compétences : nous illustrerons comment l'IA permet de rendre le médecin non-expert aussi performant qu'un expert, notamment à travers le cas très documenté de la mammographie.
- Le dépistage opportuniste : un ou plusieurs algorithmes détectent, sur un examen prescrit pour une autre indication, des pathologies silencieuses ou grave (détection de nodules pulmonaires, de cancer du pancréas, d'embolie pulmonaire asymptomatique).
L'IA peut-elle faire mieux que l'expert ?
Il est légitime de se demander si l'algorithme peut surpasser le médecin spécialiste. En réalité, ce postulat n'a rien d'évident. La majorité des modèles actuels repose sur un apprentissage supervisé, réalisé à partir d'annotations fournies par des experts humains. Par définition, il est extrêmement complexe pour une IA d'être plus performante que le panel d'experts qui lui a servi de référence lors de son entraînement.
Néanmoins, il existe quelques cas de figure où l'IA parvient effectivement à faire mieux que l'expert. Ces percées s'observent lorsque l'algorithme a pu être entraîné à partir de données supplémentaires, c'est-à-dire une "vérité terrain" extérieure à la seule appréciation visuelle (comme des confirmations histologiques, des paramètres de biologie ou des données de survie à long terme). Dans ces situations précises, l'IA devient capable d'extraire de l'image des signaux invisibles à l'œil humain.
Les limites et les nouveaux défis : formation et gestion de l'erreur, responsabilité
L'intégration de l'IA soulève de profonds défis. La principale limite discutée aujourd'hui concerne l'impact sur la formation des jeunes radiologues. Si l'IA prémâche le diagnostic des cas simples (fractures évidentes, pathologies courantes), comment les jeunes praticiens peuvent-ils acquérir ces compétences ?
De plus, la gestion de l'erreur algorithmique reste une question épineuse. Face à une défaillance de l'IA ou à un faux positif, comment gérer la situation, que ce soit à la fois pour rétablir le diagnostic ou en termes de responsabilité médico-légale ?
En conclusion, nous essaierons de voir si le radiologue va être remplacé par l'IA, ou du moins quelles tâches du radiologue pourront être soutenues par l'IA.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 IA en imagerie médicale vétérinaire : mise au point pour le praticien
Saint Aubin de Médoc France
L’intelligence artificielle (IA) est désormais présente dans de nombreux secteurs de la médecine vétérinaire et elle s'est installée en imagerie médicale vétérinaire. Pour le praticien, les questions sont simples : que sait-elle réellement faire aujourd’hui ? Jusqu’où peut-on lui faire confiance ? Peut-elle améliorer l’acquisition ou l’interprétation des images ? Et, à terme, peut-elle remplacer un spécialiste ?
L’IA regroupe des techniques permettant à une machine de reconnaître, classer, prédire ou générer du contenu. Le machine learning permet à un modèle d’apprendre à partir de données plutôt que de règles programmées. L’apprentissage peut être supervisé, semi-supervisé ou non supervisé ; le deep learning, fondé sur des réseaux neuronaux multicouches, a largement contribué à l’essor de l’analyse d’images.
I. Comprendre comment un modèle est construit est essentiel pour apprécier sa valeur clinique

Une IA d’imagerie apprend à partir de données associées à une « vérité terrain » : présence d’une lésion, localisation, diagnostic ou mesure. Cette vérité terrain peut reposer sur un praticien, un spécialiste, un consensus d’experts, une histologie ou un suivi clinique. Un grand nombre d’images mal annotées ne garantit pas un bon modèle.
Les données sont séparées en bases de données d’entraînement, de validation et de test. Le modèle doit être évalué sur des examens qu’il n’a jamais vus. Une validation externe est particulièrement importante : un algorithme performant dans son environnement de développement peut perdre en performance face à d’autres populations, morphotypes, équipements ou protocoles.
La performance ne peut pas être résumée par une « précision » globale. Sensibilité, spécificité, valeurs prédictives, courbe ROC et aire sous la courbe (AUC) permettent de mieux la caractériser. Le résultat d’un modèle est souvent un score auquel est appliqué un seuil de décision, ou operating point. Diminuer ce seuil peut réduire les faux négatifs mais augmenter les faux positifs ; l’augmenter produit l’effet inverse. Le « bon » point de fonctionnement dépend donc de l’objectif clinique. Une IA de triage destinée à ne pas manquer un cas urgent ne sera pas nécessairement réglée comme un outil visant à limiter les investigations inutiles.
L’expérience de l'imagerie humaine est instructive. En imagerie thoracique, l’IA est utilisée ou évaluée pour la détection de nodules, pneumothorax, pneumonies ou tuberculose, mais aussi pour le triage, la quantification, le suivi, la recherche d’informations et l’aide à la rédaction. Son intérêt est aussi organisationnel : elle peut prioriser les cas et améliorer l’accès à l’expertise lorsque les volumes sont élevés ou les spécialistes peu disponibles.
Ces outils nécessitent de grandes bases de données documentées, représentatives et suffisamment diverses. Biais de sélection, différences entre appareils, changements de protocoles et domain shift peuvent modifier leurs performances. S’y ajoutent coûts, gouvernance des données, contraintes réglementaires et surveillance après mise en service.
Le facteur humain est majeur. Le biais d’automatisation décrit la tendance à accorder une confiance excessive à une réponse automatisée. Maintenir un humain « dans la boucle » n’est réellement protecteur que si cet humain possède suffisamment de compétences pour reconnaître une réponse incohérente.
II. En médecine vétérinaire, ces enjeux sont particuliers

Formation, expérience, équipements et protocoles sont hétérogènes, tandis que le nombre de spécialistes reste limité au regard du volume d’examens réalisés chaque jour. La téléradiologie est efficace mais implique coût et délai. Le besoin du praticien est souvent immédiat : « Je suis seul devant cette image ; existe-t-il un outil capable de m’aider ? »
Les applications vétérinaires ne se limitent pas au « second lecteur » radiographique. L’IA peut intervenir dans toute la chaîne d’imagerie : acquisition, reconstruction et traitement, mesures et segmentation, aide à l’interprétation, puis génération et structuration du compte rendu.
Les mesures automatisées constituent une première application concrète : indices cardiaques (VHS), angles orthopédiques, mesures de dysplasie ou planification chirurgicale. Leur intérêt réside dans le gain de temps et la standardisation, mais une mesure automatique reste dépendante de la qualité de l’incidence et du positionnement.
Des solutions commerciales de second lecteur radiographique sont disponibles, notamment PicoxIA ou SignalPET, citées ici comme exemples et non comme recommandations. Elles peuvent détecter certaines anomalies, réaliser des mesures ou générer un compte rendu. Certaines fonctions ont été évaluées scientifiquement. Une étude portant sur quatre réseaux convolutionnels développés dans l’environnement PicoxIA, incluant 13 radiologues spécialistes et 15 catégories de lésions thoraciques canines, a montré des performances variables selon les tâches [1]. Une autre a comparé SignalRAY/SignalPet à 11 radiologues ACVR/ECVDI sur 50 études canines et félines [2]. Une publication concernant une tâche, une version ou une population donnée ne valide toutefois pas automatiquement l’ensemble d’un produit commercial.
Cette prudence rejoint la position commune publiée en 2025 par l’ACVR et l’ECVDI [3]. Les deux collèges reconnaissent le potentiel transformateur de l’IA, mais demandent de la transparence sur la méthodologie et les jeux de données, l'implication d’experts cliniques, la sécurisation des données, le signalement des erreurs, une validation scientifique, des évaluations indépendantes et une surveillance après déploiement. Ils recommandent également qu’un vétérinaire compétent reste dans la boucle décisionnelle. Au moment de la publication de ce texte, ces collèges indiquaient qu’aucun produit commercial d’IA diagnostique vétérinaire ne répondait à l’ensemble des standards proposés. Cette phrase ne signifie pas qu’aucun outil n’est performant ; elle souligne l’écart entre une performance ponctuelle et la validation globale attendue d’un outil médical.
La transparence reste en effet un point critique. Un audit publié en 2026 sur 71 produits commerciaux d’IA vétérinaire, dont 19 d’imagerie, a montré que l’imagerie était plus avancée que l’IA générative en matière de validation, mais que les informations publiques concernant les jeux de données, la composition des populations, les performances par sous-groupes et la surveillance restaient très incomplètes [4]. Pour le praticien, la bonne attitude consiste donc moins à chercher « la meilleure IA » qu’à poser les bonnes questions : sur quelles espèces et quelles populations a-t-elle été entraînée ? Qui a défini la vérité terrain ? Existe-t-il un test externe ? Les performances sont-elles publiées par tâche ? Existe-t-il une validation indépendante ? Que deviennent les données du patient ?
L’IA peut intervenir avant l’interprétation. En scanner et en IRM, le deep learning est utilisé pour la reconstruction, la réduction du bruit ou l’accélération de certaines acquisitions ; des solutions vétérinaires telles que HawkCell illustrent cette orientation. En échographie et échocardiographie, des outils automatisent mesures, contours ou calculs fonctionnels. Ces applications rappellent une évidence : une bonne interprétation nécessite d’abord une bonne image. L’avenir ne consiste donc pas seulement à demander à l’IA de mieux lire, mais aussi à nous aider à mieux acquérir.
D’autres applications dépassent la simple imitation de l’œil humain. La segmentation automatique permet de délimiter rapidement un organe ou une lésion et d’en calculer le volume. La radiomique consiste à extraire d’une région d’intérêt de nombreuses caractéristiques quantitatives de texture, de forme ou d’hétérogénéité. Ces données peuvent ensuite être corrélées au type tumoral, au grade, au pronostic ou à la réponse thérapeutique. Cette approche pourrait permettre de construire de véritables biomarqueurs d’imagerie et d’exploiter des informations que l’œil humain ne sait pas directement quantifier. L’ACVR et l’ECVDI citent d’ailleurs explicitement l’amélioration de la reproductibilité et de l’objectivité des mesures radiomiques parmi les usages potentiels de l’IA [3].
Enfin, l’IA générative et la reconnaissance vocale peuvent réduire le temps consacré à la documentation : transcription, structuration des comptes rendus, synthèse clinique ou recherche d’informations. Elles peuvent aussi rappeler les caractéristiques d’une opacité radiographique ou proposer des diagnostics différentiels. Mais la fluidité d’une réponse ne garantit pas son exactitude : une relecture humaine est et reste indispensable.
III. L’IA va-t-elle remplacer le spécialiste et/ou le vétérinaire ?
L’interprétation spécialisée ne se limite pas à détecter une liste d’anomalies : elle implique de contrôler la qualité de l’examen, de hiérarchiser les lésions, d'intégrer le contexte clinique et de gérer les cas atypiques. Reproduire cette complexité nécessiterait des bases immenses, diversifiées, correctement annotées et testées indépendamment, ce qui est particulièrement difficile en médecine vétérinaire.
Il serait cependant tout aussi imprudent d’affirmer que rien ne changera. De nombreuses tâches seront probablement automatisées ou augmentées. L’enjeu n’est donc peut-être pas de savoir si l’IA remplacera le vétérinaire, mais quelles tâches elle prendra en charge, lesquelles resteront humaines et comment praticiens, spécialistes et IA vont travailler ensemble.
IV. Conclusion
Quatre messages peuvent être retenus.
- Premièrement, l’IA est déjà présente en imagerie vétérinaire et ses applications dépassent largement l’interprétation radiographique.
- Deuxièmement, sa performance dépend de la qualité des données qui l’ont entraînée et de la qualité des images qui lui sont soumises.
- Troisièmement, une réponse d’IA reste une information à confronter à l’image et au contexte clinique.
- Quatrièmement, les applications les plus utiles ne seront peut-être pas les plus spectaculaires : acquisition, reconstruction, mesures, segmentation, workflow et radiomique pourraient transformer notre pratique de l’imagerie médicale.
Références
- Hespel AM et coll. Comparison of error rates between four pretrained DenseNet convolutional neural network models and 13 board-certified veterinary radiologists when evaluating 15 labels of canine thoracic radiographs. Vet Radiol Ultrasound. 2022 ; 63 : 456-468.
- Comparison of radiological interpretation made by veterinary radiologists and state-of-the-art commercial AI software for canine and feline radiographic studies. Front Vet Sci. 2025 ; 12 : 1502790.
- Appleby RB et coll. American College of Veterinary Radiology and European College of Veterinary Diagnostic Imaging position statement on artificial intelligence. J Am Vet Med Assoc. 2025 ; 263 : 773-776.
- Brundage D. A systematic audit of transparency and validation disclosure in commercial veterinary artificial intelligence. Front Vet Sci. 2026 ; 13 : 1761038.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Implementation of a standardized sequential treatment plan for canine chronic idiopathic rhinitis (CCIR) : a pilot study in seven dogs
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Intégrer le propriétaire à cette équipe
Chenove
La maladie parodontale du chien et du chat : intégrer le propriétaire dans l’équipe et la prise en charge
Intégrer le propriétaire dans la prise en charge — construire une alliance thérapeutique
Serge Becquevort – Clinique Ducs de Bourgogne
Introduction
La maladie parodontale est l'affection bucco-dentaire la plus fréquente du chien et du chat adultes : elle concerne environ 80 % des chiens et 70 % des chats de plus de trois ans, avec une sévérité croissante avec l'âge. Elle reste pourtant largement sous-diagnostiquée, non pas faute d'outils cliniques, mais faute d'être abordé avec les propriétaires, souvent peu conscients de son étiopathogénie, de sa fréquence, de sa chronicité et de son retentissement réel sur le bien-être de leur animal.
Le geste technique n'est que la moitié du travail. L'autre moitié, tout aussi déterminante pour le pronostic à long terme, se joue dans la relation avec le propriétaire: sa compréhension de la maladie, la levée de ses craintes, sa capacité à repérer les signes d'alerte et son implication active au quotidien. C'est cette alliance thérapeutique, construite par toute l'équipe soignante — vétérinaires et auxiliaires spécialisés vétérinaires réunis — qui fait la différence entre un détartrage isolé sans lendemain et une prise en charge durable de la maladie parodontale.
Une maladie chronique
Le premier message à faire passer est que la maladie parodontale est une maladie chronique et évolutive, Elle ne se « règle » pas définitivement par un détartrage isolé : la plaque bactérienne se reforme en quelques heures sur toute surface dentaire, quel que soit le soin apporté la veille. Sans relais quotidien à domicile, le tartre se reconstitue en quelques jours à quelques semaines, et l'inflammation qui l'accompagne reprend son cours.
Comprendre et désamorcer les craintes du propriétaire
Chacune part d'une expérience ou d'une inquiétude réelle, et mérite une réponse construite, honnête, sans jargon.
Prendre en compte cette inquiétude sans la minimiser, expliquer les faits avec des mots simples, puis proposer une solution étape par étape. Une objection bien accueillie devient un point d'entrée vers l'adhésion plutôt qu'un obstacle.
Apprendre au propriétaire à repérer la douleur
Le chien et le chat masquent activement l'inconfort ; la douleur parodontale chronique s'exprime rarement par des vocalises ou des signes francs. C'est pourtant le propriétaire, seul témoin du quotidien de son animal, qui est le mieux placé pour repérer une évolution — à condition qu'on lui ait appris quoi observer. Cette grille de lecture mérite d'être transmise explicitely, en consultation, avec des exemples concrets :
une modification de la prise alimentaire, un arrêt ou une nette diminution du toilettage, en particulier chez le chat; un évitement des caresses sur la tête, un retrait lorsqu'on approche la main de sa gueule ;une agressivité inhabituelle, un grognement ou un pincement lors de la manipulation de la face, du museau ou à la tentative de brossage ,un abandon ou un refus soudain des jouets à mâcher, des lamelles ou des jeux habituellement appréciés ;un saignement localisé ou une accumulation de tartre asymétrique, révélateurs d'une mastication compensatrice qui évite un site douloureux; une haleine qui change, s'aggrave au-delà de l'halitose « habituelle ». Une deformation de la region infraorbitaire, …
Anticiper plutôt que subir dans l'urgence
Le sujet dentaire gagne à être introduit tôt, dès les premières consultations de la vie de l'animal, et repris à chaque visite de routine : objectif retarder le plus longtemps possible l’apparition des lesions parodontales (stades 0 et 1) — vaccination, bilan annuel, bilan senior — plutôt que d'attendre qu'un signe visible ou une plainte du propriétaire vienne l'imposer dans l'urgence. Cette régularité a plusieurs bénéfices concrets : elle permet de documenter et de comparer l'état buccal dans le temps, elle évite le sentiment de découverte brutale d'une situation déjà avancée, et elle sécurise la relation de confiance en cas de complication ultérieure, puisque la situation aura été signalée et tracée en amont. Une fois installée, toute la stratégie est de la ralentir ou la stabiliser
Construire avec le propriétaire un calendrier prévisionnel de suivi dentaire — au même titre qu'un rappel vaccinal — aide à sortir d'une logique réactive: on planifie une réévaluation, plutôt que d'attendre que la mauvaise haleine ou la douleur imposent une décision dans l'urgence, dans un contexte souvent plus complexe et plus coûteux.
Faire du propriétaire un acteur au quotidien
Une fois la confiance établie et les craintes abordées : ce qui doit se faire préalablement à l’intervention, l'étape suivante consiste à donner au propriétaire des outils concrets pour devenir un véritable partenaire du suivi, et non un simple spectateur du soin.
Choisir le matériel: critères d’une bonne brosse à dent: brins longs, fins, implantation dense, tête de taille Moyenne. Ex: Curaprox CS Smart
Le brossage des dents reste la méthode de référence lorsqu'il est acceptable pour l'animal et réalisable par le propriétaire. Son apprentissage doit être progressif : familiarisation avec la manipulation de la gueule, puis introduction d'une brosse ou d'un doigtier, puis brossage effectif, en séances courtes et positives, idéalement débutées tôt dans la vie de l'animal mais toujours possibles à tout âge avec de la patience. Une démonstration réalisée en clinique, geste à l'appui — au besoin en brossant les dents de l'animal devant le propriétaire à l'issue d'un soin — vaut toujours mieux qu'une explication verbale seule. Des vidéos existent sur internet et peuvent être faites avec l’équipe de la Clinique. Pour ne pas associer le brossage à un moment douloureux, il faut commencer idéalement chez le jeune animal, soit après une procedure de détartrage, avec ou sans chirurgie parodontale.
Choisir et proposer une gamme de produits complémentaires qui, dans l’ordre, privilégient l’effet mécanique non délétère sur la dentition (pas de bois de cerf, balle de tennis avec leur textile, os, bois dures, Cailloux, ….) Réf : VOHC
Le suivi photographique est un outil simple et sous-utilisé. Inviter le propriétaire à prendre, à intervalle régulier, une photo de la cavité buccale de son animal (lèvre soulevée délicatement) permet de suivre l'évolution du liseré gingival, du tartre ou d'une éventuelle rougeur, de comparer objectivement l'état avant et après un soin, et de disposer d'un support concret à montrer à l'équipe en cas de doute entre deux visites
Un coton tige permet de savoir siu ne gencive saigne ou est douloureuse
L'observation comportementale au quotidien complète ce dispositif. Proposer au propriétaire de tenir une grille ou un carnet simple — appétit, façon de mastiquer, toilettage, réaction au contact de la tête, halitose — à rapporter lors de chaque visite, transforme une impression diffuse (« il n'est pas comme d'habitude ») en observation datée et exploitable cliniquement. C'est aussi le moyen le plus direct de faire reconnaître au propriétaire, avec ses propres mots, les signes de douleur ou d'agressivité abordés plus haut.
Pris ensemble, brossage, photographies et observation comportementale replacent le propriétaire au centre du suivi entre deux consultations, et donnent tout son sens à la notion d'équipe soignante élargie à la famille de l'animal.
Construire l'alliance thérapeutique avec toute l'équipe
Cette implication du propriétaire ne se décrète pas en une seule consultation : elle se construit dans la durée, portée de façon cohérente par l'ensemble de l'équipe. Quelques principes structurent cette relation de confiance :
Adapter le discours au profil de chaque propriétaire, sans jamais préjuger de sa motivation ou de son implication : informer, éduquer, encourager les efforts engagés plutôt que sanctionner leurs limites. La critique décourage davantage qu'elle ne corrige.
Dédramatiser l'anesthésie générale, frein majeur et récurrent à l'acceptation du traitement, en expliquant concrètement les protocoles de sécurisation mis en place — bilan pré-anesthésique, monitoring, analgésie multimodale — plutôt qu'en éludant le sujet.
Ne jamais formuler de promesse intenable sur le résultat avant l'examen sous anesthésie et l'imagerie, mais s'engager sur la méthode : un examen systématique, une contention toujours douce, une explication de chaque étape et des inconnues qui subsistent tant que l'imagerie n'a pas été réalisée.
Savoir déculpabiliser un propriétaire qui découvre tardivement l'ampleur des lésions, plutôt que de le placer en position d'échec — et connaître ses propres limites pour référer les cas complexes. Référer après une procedure partielle (découverte d’une lesions complexe pendant un détartrage ou suite à une extraction avec fracture radiculaire, édentations multiples, fragments radiculaires enfouis, chirurgies parodontales avancées peut être annoncé à l’avance et n’est mal perçu que lorsqu’il est éludé.
Veiller à la cohérence du discours entre collègues d'une même structure, vétérinaires comme auxiliaires spécialisés vétérinaires : une contradiction perçue entre deux membres de l'équipe déstabilise durablement la confiance du propriétaire envers la structure dans son ensemble.
Enfin, garder à l'esprit que la culture de l'hygiène bucco-dentaire reste hétérogène selon les foyers et les pays ; ce constat n'est pas une fatalité mais un point de départ pédagogique, à reprendre à chaque consultation.
Délivrer un support informatif reprenant vos conseils
Repères cliniques essentiels
Quelques repères cliniques permettent d'étayer ce discours auprès du propriétaire avec des arguments factuels. La maladie débute par une gingivite, inflammation réversible limitée à la gencive marginale, avant de pouvoir évoluer, en l'absence de prise en charge, vers une parodontite irréversible avec destruction progressive du ligament parodontal et de l'os alvéolaire.
Pièges à éviter
Certaines attitudes, en apparence anodines, fragilisent la prise en charge et la relation de confiance : promettre un résultat que l'on ne peut tenir ; minimiser par avance la douleur per et post-opératoire ; laisser un propriétaire expérimenter seul une technique de brossage sans démonstration ni contrôle ultérieur ; temporiser sans explication en attendant que la situation « se voit » d'elle-même ; traiter systématiquement la maladie parodontale par antibiotiques et anti-inflammatoires sans geste mécanique associé ; ou laisser transparaître une contradiction entre collègues sur la conduite à tenir.
Conclusion
La réussite durable de la prise en charge de la maladie parodontale ne tient pas au seul geste technique, aussi rigoureux soit-il — examen systématisé, sondage, imagerie, collecte de mesures et de photographies. Elle tient à la capacité de l'équipe soignante à faire du propriétaire un allié informé et actif : quelqu'un qui comprend la chronicité de la maladie, dont les craintes ont été entendues et levées, qui sait reconnaître les signes de douleur ou d'agressivité de son animal, et qui participe concrètement au quotidien — par le brossage, le suivi photographique et l'observation comportementale. C'est cette alliance thérapeutique, construite consultation après consultation, qui conditionne le bien-être de l'animal sur la durée.
Références indicatives
American Veterinary Dental College (AVDC) — Nomenclature et classification des stades de maladie parodontale.
Niemiec B.A. (Ed.) — Veterinary Periodontology, Wiley-Blackwell. ISBN: 978-1-118-45316-2 October 2012
World Small Animal Veterinary Association (WSAVA) — Global Dental Guidelines.
European Veterinary Dental College (EVDC) — Recommandations de bonnes pratiques en dentisterie vétérinaire.
Veterinary Oral Health Council (VOHC) — Liste des produits d'hygiène bucco-dentaire évalués.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Intérêt de la radiographie et de l'échographie dans le diagnostic et le pronostic des affections de l'appareil reproducteur de la poule de basse-cour : Étude rétrospective sur 222 cas admis entre 2019 et 2023
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Intérêt de la stadification lors de diagnostic de lymphome multicentrique
Marcy-L'etoile France
Après confirmation du diagnostic de lymphome multicentrique de haut grade, un bilan d’extension est généralement proposé afin d’évaluer la dissémination de la maladie et de déterminer son stade clinique. La classification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) distingue cinq stades (I à V), correspondant à une extension anatomique croissante du lymphome, ainsi que deux sous-stades (a et b), selon l’absence ou la présence de signes cliniques [1]. Environ 80 % des chiens atteints d’un lymphome multicentrique se présentent avec une maladie de stade III ou IV au moment du diagnostic [2].
Dans un monde idéal, un bilan d’extension complet est recommandé chez tous les chiens atteints de lymphome multicentrique. Il permet d’évaluer l’étendue de la maladie, de rechercher une atteinte extranodale ou des maladies concomitantes, d’obtenir certaines informations pronostiques et de disposer d’un état initial de référence avant le traitement. Toutefois, la disponibilité des examens, leur caractère plus ou moins invasif, leur coût et les attentes des propriétaires doivent être pris en compte. Une approche raisonnée de la stadification est donc essentielle. Le clinicien doit identifier les patients chez lesquels un bilan d’extension complet est réellement pertinent et l’impact attendu de chaque examen sur la prise en charge et le pronostic.
Quels examens composent le bilan d’extension ?
Examen clinique : Évaluation de la taille, de la consistance et de la distribution des nœuds lymphatiques périphériques (la taille et le nombre de nœuds lymphatiques atteints n’ont pas de valeur pronostique établie) ; Recherche d’une hépatosplénomégalie ou de signes d’atteinte extranodale
Numération formule sanguine : Recherche d’une anémie, d’une thrombopénie, d’une leucocytose ou d’une leucopénie, ainsi que de cellules lymphoïdes atypiques circulantes
Profil biochimique ± ionogramme : Évaluation de l’état général et recherche d’affections concomitantes ; Évaluation des fonctions hépatique et rénale avant la chimiothérapie ; Mesure de la calcémie ionisée, particulièrement pertinente en présence de signes évocateurs d’hypercalcémie
Imagerie thoracique et abdominale : Recherche d’une masse médiastinale, d’un épanchement, d’une atteinte extranodale ou d’une affection concomitante (des radiographies thoraciques et une échographie abdominale sont généralement suffisantes. La tomodensitométrie est plus sensible, mais rarement nécessaire en première intention).
Cytoponctions du foie et/ou de la rate : Les anomalies détectées à l’imagerie ne sont pas pathognomoniques d’une infiltration lymphomateuse ; une confirmation cytologique est nécessaire [3] (la mise en évidence d’une infiltration hépatique ou splénique modifie rarement le traitement ou le pronostic).
Myélogramme : À envisager en présence de cytopénies inexpliquées, d’anomalies cellulaires circulantes ou de suspicion d’atteinte médullaire
Pourquoi réaliser un bilan d’extension ?
Au-delà de l’attribution d’un stade clinique selon la classification de l’OMS, le bilan d’extension répond à plusieurs objectifs pratiques. Il permet tout d’abord de disposer d’un état initial de référence et de rechercher une atteinte d’organes non identifiée lors de l’examen clinique. Les examens réalisés au diagnostic facilitent ensuite l’interprétation des modifications observées au cours du suivi, qu’il s’agisse de la réponse au traitement, de l’apparition d’effets indésirables ou de l’évolution de la maladie.
Le bilan d’extension permet également d’identifier certaines complications susceptibles d’influencer la prise en charge immédiate. Une hypercalcémie, une atteinte médullaire, une dysfonction hépatique ou rénale, ou une maladie concomitante peuvent nécessiter des mesures spécifiques ou modifier le protocole thérapeutique envisagé. Il peut également contribuer à affiner le pronostic. Certains paramètres identifiés lors du bilan d’extension sont associés à une évolution moins favorable. Toutefois, tous les examens n’ont pas la même valeur pronostique et l’intérêt clinique de détecter certaines atteintes infracliniques reste discuté.
Une approche oncologique individualisée du bilan d’extension
L’objectif fondamental de l’oncologie vétérinaire reste de préserver la meilleure qualité de vie possible pendant la durée la plus longue possible, en cohérence avec le projet thérapeutique de la famille. Dans certaines situations, il peut donc être préférable de consacrer les ressources disponibles au traitement plutôt qu’à un bilan d’extension exhaustif. Certains oncologues privilégient ainsi un bilan d’extension limité aux examens non invasifs, comprenant notamment les analyses sanguines plus ou moins de l’imagerie. Un bilan plus complet, incluant par exemple des cytoponctions du foie et rate ou un myélogramme, peut alors être réservé à des situations particulières, lorsque ses résultats sont susceptibles de modifier la prise en charge du patient.
Bien que les stades les plus avancés soient parfois associés à un pronostic moins favorable, le traitement recommandé pour un patient présentant un lymphome multicentrique de haut grade classique ne varie nécessairement pas selon le stade clinique. Un bilan d’extension complet n’est donc pas indispensable dans tous les cas.
Il est en revanche particulièrement pertinent chez les animaux présentant des signes cliniques sévères, notamment respiratoires ou digestifs, pouvant évoquer une atteinte extranodale ; chez les patients présentant des anomalies hématologiques ou biochimiques, afin de déterminer si celles-ci sont imputables au lymphome ou à une affection concomitante ; chez les patients présentant une forme rare de lymphome ou une présentation clinique atypique ; ou encore lorsque ces informations sont nécessaires à la prise de décision des propriétaires.
Et l’avenir ?
De nouvelles méthodes d’évaluation de la charge tumorale sont en cours de développement. Certains biomarqueurs, tels que la protéine C-réactive ou la thymidine kinase, sont disponibles depuis plusieurs années, mais leur manque de spécificité limite leur intérêt clinique. D’autres approches, notamment la recherche d’ADN tumoral circulant, peuvent permettre de quantifier la charge tumorale, confirmer une rémission, et de détecter une rechute avant l’apparition de signes cliniques [4,5]. Ces examens peuvent présenter un intérêt pour les propriétaires ou les cliniciens souhaitant disposer d’un suivi plus précis de la maladie. Il est néanmoins important de souligner qu’à ce jour, aucune donnée ne permet d’établir que la quantification de la charge tumorale ou la détection d’une maladie résiduelle microscopique améliore le pronostic. Compte tenu de leur coût non négligeable, leur utilisation doit donc être envisagée au cas par cas, après discussion de leur intérêt clinique réel et de leur capacité à modifier la prise en charge de l’animal.
[1] Owen LN. TNM classification of tumours in domestic animals. 1st ed. Geneva: World Health Organization; 1980
[2] Vail DM et al. Hematopoietic Tumors. In: Vail DM, Thamm DH, Liptak JM (eds.), Withrow & MacEwen’s Small Animal Clinical Oncology. 6th ed. St Louis : Elsevier; 2020.
[3] Pinto MT et al. Stage Migration in Canine Multicentric Lymphoma: Impact of Diagnostic Techniques on Assessing Disease Extent. In Vivo. 2024 May-Jun;38(3):1429-1435.
[4] Prouteau A et al. Circulating tumor DNA is detectable in canine histiocytic sarcoma, oral malignant melanoma, and multicentric lymphoma. Sci Rep. 2021 Jan 13;11(1):877.
[5] Nascimento A et al. Pilot evaluation of a liquid biopsy test for longitudinal monitoring of disease status in dogs undergoing treatment for multicentric lymphoma. BMC Vet Res. 2026 Jun 11.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Interpréter une radiographie dentaire
Charbonnières Les Bains France
SAVOIR INTERPRETER UNE RADIOGRAPHIE DENTAIRE
INTRODUCTION
Chez le chien et le chat, une proportion élevée de pathologies dentaires (résorption radiculaire, maladie endodontique, perte osseuse parodontale, dent incluse…) est invisible à l'examen clinique seul. La radiographie dentaire intra-orale est donc un outil diagnostique incontournable : elle permet d'objectiver les lésions, de planifier les traitements et d'en évaluer les résultats. Son interprétation repose sur une approche méthodique, la maîtrise de l'anatomie radiographique normale étant le préalable indispensable à la reconnaissance du pathologique [1, 2].
I. ORIENTATION ET MONTAGE DES RADIOGRAPHIES
Conformément aux directives de l'AVDC (American Veterinary Dental College), le montage labial s'impose en radiographie conventionnelle (point embossé/ dot orienté en relief vers l'observateur) et numérique. Pour les clichés numériques, tout retournement horizontal est proscrit pour préserver la latéralité, seule la rotation étant admise. Les structures sont présentées en position anatomique « face-à-face » (arcade droite du patient à la gauche de l'observateur, incisives au centre) : les dents maxillaires ont les racines orientées vers le haut et les mandibulaires vers le bas.
L'identification du secteur repose sur des repères anatomiques clefs : la présence des cornets nasaux, d'une 4? prémolaire tri-radiculée et de la ligne radiopaque du processus palatin signe un cliché maxillaire, tandis que le canal mandibulaire, le cortex ventral et les molaires bi-radiculées caractérisent un cliché mandibulaire.
Règle de Clark (SLOB : Same Lingual, Opposite Buccal) : pour séparer les racines mésiopalatine et mésiobuccale de la quatrième prémolaire maxillaire, l'identification repose sur le déplacement du tube radiogène. L'image de la racine palatine se déplace sur la radiographie dans le même sens que le tube, tandis que celle de la racine mésiobuccale se déplace dans le sens opposé. Une incidence orthoradiée complétée par une incidence angulée (rostrale ou caudale) permet d'isoler les deux structures [3].
II. ANATOMIE RADIOGRAPHIQUE NORMALE (Figure 1)
L'analyse anatomique distingue la dent de ses tissus de soutien. Sur la couronne, l'émail forme la couche la plus minéralisée sous la forme d'un fin liseré très radiopaque recouvrant la dentine, d'opacité moindre. L'épaisseur dentinaire augmente avec l'âge par dépôt de dentine secondaire, entraînant une réduction progressive de la cavité pulpaire. Le canal pulpaire apparaît comme une structure radiotransparente linéaire ou oblongue, particulièrement large dans le sens rostro-caudal sur les canines, tandis que les racines des dents pluriradiculées sont divergentes. La jonction émail-cément (JEC) constitue le repère du niveau osseux physiologique, l'os alvéolaire sain se situant 1 à 2 mm en direction apicale par rapport à celle-ci.
Le parodonte se caractérise par la lamina dura — un fin liseré radiopaque continu bordant la racine, dont toute interruption est pathologique — et l'espace desmodontal, fine bande radiotransparente régulière abritant le ligament parodontal. L'os alvéolaire, d'opacité intermédiaire (« en verre dépoli »), comble intégralement l'espace interradiculaire. Enfin, le cément présente une opacité identique à la dentine et ne s'en distingue pas, tandis que la gencive, tissu mou radiotransparent, reste invisible à l'examen.
III. INTERPRÉTATION CLINIQUE SYSTÉMATISÉE
L'évaluation radiographique impose une démarche méthodique fondée sur les critères de Röntgen (taille, forme, radiopacité, localisation et nombre), même en présence d'une lésion évidente.
Validation technique et repères anatomiques
Un cliché exploitable nécessite une exposition optimale (sans sous- ou surexposition), un positionnement évitant toute élongation ou raccourcissement, la visibilité d'au moins 2 à 3 mm de tissu périapical au-delà de chaque apex, et l'absence d'artéfacts (pliures, rayures ou défauts logiciels). L'analyse identifie d'abord le type de denture (les dents temporaires présentant des canaux plus larges, des racines moins développées et la présence sous-jacente des germes permanents) et caractérise les absences dentaires en différenciant l'agénésie (sans alvéole), l'inclusion osseuse et la perte post-extractionnelle. Les anomalies de forme (dilacérations, fusions, racines surnuméraires), les malocclusions et les ectopies doivent être systématiquement documentées avant tout acte chirurgical.
Évaluation parodontale
La hauteur du support osseux s'évalue par rapport à la JEC. La perte osseuse horizontale, forme la plus fréquente en médecine vétérinaire, se traduit par un recul de la crête parallèle à la JEC, exposant la furcation et formant une poche supra-osseuse. La perte osseuse verticale, plus rare (privilégiant la face palatine des canines maxillaires et la racine distale de la 1?? molaire mandibulaire), crée un fond de poche oblique (poche infra-osseuse). L'intégrité de la lamina dura est systématiquement vérifiée. Un élargissement du ligament parodontal doit être localisé (marginal ou apical) et comparé au côté controlatéral, sachant que la disparition de cet espace combinée à une fusion os-dent signe une ankylose dento-alvéolaire. Chez le chat, l'expansion alvéolaire se manifeste par un os alvéolaire canin augmenté de volume, moins radiopaque et parfois décollé de la racine.
Évaluation endodontique et région périapicale
L'analyse endodontique repose sur la comparaison interdentaire du diamètre canalaire : un canal anormalement large traduit une nécrose pulpaire par arrêt de la dentinogenèse, tandis qu'un canal aminci évoque une calcification dystrophique sur pulpite chronique. Des calcifications pulpaires focalisées radiopaques peuvent également complexifier un traitement canalaire. Au niveau périapical, la raréfaction périapicale (zone radiotransparente) constitue le signe cardinal d'une infection endodontique, fréquemment associée à une discontinuité de la lamina dura. Sur dent non vitale, l'ostéite condensante produit une radiopacité périapicale nécessitant un traitement endodontique, à différencier de l'ostéosclérose(radiopacité sur dent vitale sous surveillance). Deux diagnostics différentiels majeurs doivent être connus : l'effet chevron sur les canines (élargissement en V bilatéral et régulier par superposition du canal mandibulaire) et la projection des foramens mentonniers, qu'une incidence angulée permet de dissocier de véritables lésions.
Lésions traumatiques, résorptions et affections diverses
Les fractures coronaires se traduisent par une perte de substance amélo-dentinaire (aspect en « toit de maison » sur les carnassières), tandis que les fractures radiculaires apparaissent sous forme d'un trait radiotransparent transversal. Les reliquats radiculaires se présentent comme des structures radiopaques arrondies à centre radiotransparent contenues dans l'os. Selon la classification AVDC des résorptions dentaires [4], le Type 1 conserve un ligament visible et un canal discernable avec résorption osseuse adjacente (extraction chirurgicale complète requise), le Type 2 montre une densité dentaire confondue avec l'os et un aspect « mité » (moth-eaten) sans résorption osseuse (amputation coronaire possible), et le Type 3 associe ces deux formes sur différentes racines d'une même dent. Son traitement impose une approche combinée : l'extraction chirurgicale complète de la racine présentant un Type 1 et l'amputation coronaire de la racine atteinte de Type 2. La résorption interne élargit la cavité pulpaire de façon ovale et reste centrée sur le canal lors d'incidences angulées, à la différence de la résorption externe de surface, constituée de lacunes préservant le ligament. Enfin, l'hyperparathyroïdie engendre une ostéopénie diffuse (« dents flottantes »), les processus tumoraux provoquent une ostéolyse agressive à bords irréguliers, et les caries demeurent rares et restreintes aux faces occlusales des molaires.
Structures anatomiques normales à ne pas confondre
L'interprétation requiert également de distinguer les structures anatomiques physiologiques des images lacunaires ou lésionnelles. À la mandibule, le canal mandibulaire forme un liseré radiotransparent horizontal épais parallèle au cortex ventral. Les foramens mentonniers apparaissent sous l'aspect de zones arrondies radiotransparentes situées à l'apex des 1?? et 2? prémolaires mandibulaires, tandis que la symphyse mandibulaire se traduit par un liseré fibrocartilagineux médian entre les incisives centrales. Au niveau maxillaire, les fissures palatines constituent des zones radiotransparentes bilatérales situées en distal des incisives intermédiaires, et le vomer se distingue par une ligne radiopaque médiane sur le palais dur. Chez le chat, l'arcade zygomatique se projette comme une structure radiopaque transversale en regard des 3? et 4? prémolaires maxillaires. Enfin, chez le jeune animal, les bourgeons dentaires se caractérisent par des structures ovales en cours de minéralisation positionnées sous les dents en éruption.
CONCLUSION
L'interprétation systématique des radiographies dentaires intra-orales suit une grille en six points : qualité technique, anatomie, parodonte, endodonte, autres aspects, structures normales à différencier. La maîtrise de l'anatomie radiographique normale est le préalable à toute démarche diagnostique fiable. Acquise par la pratique régulière, cette compétence améliore la qualité du diagnostic et l'orientation thérapeutique en dentisterie des carnivores domestiques.
BIBLIOGRAPHIE :
1) Niemiec BA. Dental radiographic interpretation. J Vet Dent. 2005 ; 22 : 53-9.
2) Gorrel C et coll. Veterinary Dentistry for the General Practitioner. 2nd ed. Edinburgh : Saunders Elsevier ; 2013.
3) Wiggs RB, Lobprise HB. Veterinary Dentistry: Principles and Practice. Philadelphia : Lippincott-Raven Publishers ; 1997.
4) Peralta S et coll. Radiographic evaluation of the types of tooth resorption in cats. Am J Vet Res. 2010 ; 71 : 794-9.
5) DuPont GA, DeBowes LJ. Atlas of Dental Radiography in Dogs and Cats. St Louis : Saunders ; 2009.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 L'éclairage du chirurgien : amputer, sauvegarder... ou individualiser ?
Montpellier France
Amputer, sauvegarder… ou individualiser ?
S. Gibert, DVM, MSc, Dipl. ECVS
Centre Hospitalier Vétérinaire Languedocia, Montpellier
Devant une tumeur osseuse appendiculaire, la question n'est plus « faut-il amputer ? » mais « quelle stratégie proposer à CE patient ? ». L'ostéosarcome (OSA) est la tumeur osseuse primitive la plus fréquente du chien (près de 98 % des tumeurs malignes du squelette) [1]. C'est une maladie à la fois localement agressive, très douloureuse — la douleur est la première cause d'euthanasie — et systémique d'emblée : plus de 90 % des chiens sont micrométastatiques au diagnostic. Sa prise en charge repose donc sur deux piliers indissociables : le contrôle LOCAL (chirurgie) et le contrôle SYSTÉMIQUE (chimiothérapie adjuvante). L'objectif de cet exposé est de sortir des dogmes et de proposer une méthode de décision autour de trois voies : amputer, sauvegarder le membre ou individualiser.
I - Un cadre décisionnel : plusieurs critères
Toute décision chirurgicale vise à concilier trois objectifs souvent en tension : le contrôle tumoral (obtenir des marges suffisantes et limiter la récidive locale), l'antalgie (priorité absolue) et la préservation de la fonction. La bonne stratégie hiérarchise ces objectifs pour un animal donné. Cinq à six déterminants doivent être évalués systématiquement : la localisation (le radius ou l'ulna distal se prêtent le mieux à la conservation), l'extension tumorale (envahissement de moins de 50 % de l'os ? franchissement articulaire ? fracture pathologique ?), le type et le grade tumoral, l'état général (maladie localisée ou métastatique), le patient lui-même (poids, état orthopédique et neurologique des autres membres, comorbidités) et, enfin, les attentes et les moyens du propriétaire.
II - Bilan préopératoire
La radiographie oriente le diagnostic : lésion métaphysaire mixte, lytique et productrice, sans franchissement articulaire. Le diagnostic se confirme par cytoponction, idéalement échoguidée, qui fournit un prélèvement exploitable dans près de 90 % des cas, avec une sensibilité d'environ 97 % pour le sarcome. Le bilan d'extension conditionne toute la stratégie : le scanner thoracique est nettement plus sensible que la radiographie pour dépister les métastases pulmonaires, tandis que l'imagerie en coupe précise l'extension intramédullaire (l'IRM la plus fidèle, avec une surestimation d'environ 3 %, contre 27 % pour la tomodensitométrie), déterminante pour juger de la faisabilité d'une conservation.
III - Amputer : le standard
L'amputation reste le traitement local de référence, et elle est trop souvent vécue comme un échec. Simple, reproductible et de faible morbidité, elle supprime immédiatement et définitivement la douleur, avec une excellente tolérance fonctionnelle — y compris chez les grands chiens. Seule, elle offre une survie médiane de 3 à 6 mois lors d’ostéosarcome ; associée à une chimiothérapie adjuvante (carboplatine, doxorubicine), cette médiane atteint environ un an [1]. La grande majorité des chiens sont de bons candidats. Les vraies réserves sont peu nombreuses : une maladie neurologique avec ataxie constitue une contre-indication, tandis qu'une atteinte orthopédique sévère des membres restants, un poids corporel élevé ou une conformation chondrodysplasique incitent à la prudence. À l'inverse, la grande race, un surpoids modéré, l'arthrose ou une chirurgie orthopédique antérieure ne sont pas des contre-indications [1]. C'est précisément ce tri qui identifie les candidats aux alternatives.
IV - Sauvegarder : conserver le membre
La conservation du membre s'adresse aux chiens dont l'amputation est refusée ou contre-indiquée. Elle vise une fonction et une survie équivalentes à l'amputation, mais au prix d'une chirurgie exigeante. Le candidat idéal porte une tumeur du radius (ou de l'ulna) distal, non métastatique, envahissant moins de la moitié de l'os et sans fracture pathologique ; ce site autorise une arthrodèse pancarpienne de bonne fonction. On distingue deux grandes approches (Tableau 1).
La résection avec reconstruction comble le défect par un « spacer » interne — allogreffe corticale de banque ou endoprothèse métallique — fixé par une plaque, souvent avec arthrodèse de l'articulation adjacente. L'endoprothèse, aujourd'hui plus souvent en titane qu'en acier, est biomécaniquement supérieure et d'usage plus simple ; son ostéo-intégration reste toutefois rarement observée en pratique, ce qui impose une reprise fonctionnelle contrôlée. Deux nouveautés méritent l'attention. D'une part, l'autogreffe tumorale dévitalisée, réimplantée après pasteurisation ou après traitement à l'azote liquide : ce greffon autologue et non déminéralisé se ré-intègre, avec une union osseuse radiographique observée dans tous les cas rapportés et des complications a priori moindres qu'avec une allogreffe massive [3]. D'autre part, et surtout, la personnalisation : à partir d'un scanner du membre, une endoprothèse et ses guides de coupe sont conçus par ordinateur puis imprimés en 3D (titane poreux), épousant exactement le défect et l'articulation à ponter. Une étude pilote clinique a validé cette approche, avec une réduction attendue du temps opératoire et une résection guidée ; elle ouvre la conservation à des sites jusque-là difficiles, comme le tibia distal ou l'humérus proximal [2].
La résection sans remplacement constitue la seconde approche : certains sites tolèrent l'absence de comblement. L'ulnectomie distale (os non porteur principal), la scapulectomie subtotale ou totale (stabilisée par l'enveloppe musculaire) et le raccourcissement du radius associé à une arthrodèse préservent une bonne fonction, tout en évitant les complications des reconstructions. Ces complications sont fréquentes : infection dans 30 à 78 % des cas, défaillance d'implant dans environ 40 %, récidive locale dans 7 à 28 %. La conservation du membre relève donc de centres spécialisés et impose une information éclairée du propriétaire.
V- Individualiser :
Entre l'amputation classique et la reconstruction lourde, une troisième voie consiste à adapter. L'amputation partielle appareillée s'adresse aux tumeurs distales (sous le coude ou le genou) permettant de préserver un moignon fonctionnel, idéalement la moitié proximale du tibia ou du radius : la douleur est supprimée par l'exérèse, puis la fonction restaurée par une prothèse. Deux options existent : l'endoprothèse transcutanée intra-osseuse, ancrée dans l'os et traversant la peau, dont l'enjeu est l'intégration cutanée durable au point de sortie ; et l'exoprothèse à emboîture, moulée par un orthésiste sur le moignon, dont une série prospective de douze chiens a montré des résultats fonctionnels encourageants [5].
Lorsqu'aucune résection large n'est réalisable ou souhaitée, une approche mini-invasive vise à soulager la douleur et à prévenir la fracture pathologique. Le segment fragilisé est renforcé par l'injection de ciment (cimentoplastie au polyméthylméthacrylate ou pâte de phosphate de calcium, sous contrôle tomodensitométrique) ou par la pose d'une plaque d'ostéosynthèse de soutien. L'antalgie est complétée par la radiothérapie — palliative, ou stéréotaxique qui améliore la boiterie chez près de 84 % des chiens — et par les bisphosphonates (pamidronate, zolédronate).
Quelle que soit l'option locale retenue, la survie dépend du contrôle des micrométastases. La chimiothérapie adjuvante (carboplatine et/ou doxorubicine) est ce qui fait passer la survie médiane de quelques mois à environ un an. Décision locale et décision systémique doivent donc se penser ensemble, et l'orientation vers l'oncologie médicale être précoce.
Conclusion
Amputer n'est pas un échec : c'est souvent le meilleur choix, offrant une excellente qualité de vie. Mais l'éventail thérapeutique s'est élargi — implants sur-mesure imprimés en 3D, os recyclé à l'azote, amputation partielle appareillée, techniques mini-invasives de cimentoplastie. Face à une tumeur osseuse, la bonne stratégie n'est pas dictée par un dogme : elle se construit avec méthode, pour ce patient et ce propriétaire. Choisir sans dogme, décider avec méthode.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 L'électrophorèse des protéines urinaires par gel d'agarose au dodécylsulfate de sodium (SDS-AGE) pourrait être utile pour caractériser la protéinurie chez les chats atteints de maladie rénale chronique
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 La gestion des déchets organiques en élevage canin et félin : un enjeu « One Health » sous-estimé ?
Liens d'intérêts : AF and RT were employees of Royal Canin. CC was funded by a grant obtained in collaboration with Royal Canin. HM and AG declare no conflicts of interest.
Liens d'intérêt : Ces travaux, en collaboration avec le Natural Intelligence Research Center, ont été financés par Royal Canin.
📃 La toux "digestive" : mythe ou réalité ?
La Madeleine France
Introduction
Devant un chien tousseur chronique, l'exploration s'organise habituellement autour de deux axes, respiratoire puis cardiaque ; la sphère digestive n'est envisagée qu'en présence de régurgitations ou de vomissements, c'est-à-dire rarement. Or les voies aériennes et le tube digestif proximal partagent leurs structures et leur commande neurologique : pharynx, larynx, œsophage et jonction œsophago-gastrique forment un carrefour unique, dit aérodigestif. Les affections qui s'y développent constituent les maladies aérodigestives [1]. La toux à composante digestive est donc une réalité clinique, dont toute la difficulté tient à son identification.
1. Le concept de maladie aérodigestive
Les maladies aérodigestives désignent les affections développées entre les régions partagées par la respiration et la déglutition : nasopharynx, oropharynx, larynx, bronches, parenchyme pulmonaire, œsophage et jonction œsophago-gastrique [1]. Elles traduisent un défaut de protection des voies aériennes, un trouble de la déglutition, ou les deux. La pneumonie par fausse déglutition en est un exemple bien connu.
Deux mécanismes non exclusifs relient reflux et toux :
- La micro-aspiration : de faibles volumes de contenu gastro-duodénal (acide, pepsine, trypsine, sels biliaires) atteignent les voies respiratoires. Directement cytotoxiques, ils altèrent la clairance mucociliaire et l'immunité innée et restent même délétères à pH neutre (reflux non acide), ce qui explique certains échecs des antiacides seuls [1] ;
- Le réflexe œsophago-bronchique : la stimulation de la muqueuse œsophagienne distale abaisse le seuil du réflexe de toux par voie vagale, sans phénomène d’aspiration associé [1].
La relation est bidirectionnelle : l'obstruction des voies aériennes supérieures et la toux majorent la dépression intrathoracique et favorisent le reflux, qui entretient l'inflammation laryngée et bronchique.
Enfin, le reflux existe à l'état physiologique : il est mis en évidence chez environ 41 % des chiens sains en vidéofluoroscopie de déglutition (VFSS) [1]. Il est dit pathologique lorsqu'il dépasse le tiers moyen de l'œsophage, survient hors des repas et s'accompagne de signes cliniques compatibles [1,2].
2. Mythe ou réalité ? Ce que montrent les études
Étude princeps rétrospective. Une étude de VFSS a été réalisée chez 31 chiens présentés pour une toux chronique, n’ayant présenté aucun trouble digestif au cours des 6 derniers mois et pour lesquels une origine cardiaque avait été exclue [2]. Au moins une anomalie était retrouvée chez 81 % des chiens : hypomotilité pharyngée (n = 10) ou œsophagienne (n = 10), reflux (n = 9), pénétration-aspiration (n = 8), aérophagie excessive (n = 6), obstruction laryngée (n = 3), mégaœsophage (n = 3), hernie hiatale (n = 2), achalasie du sphincter œsophagien inférieur (n = 1). La toux était alors considérée comme strictement alimentaire chez 26 % des chiens et était considérée comme mixte chez 55 % des chiens.
Confirmation prospective cas-témoins. Dans une étude prospective, 45 chiens présentant des troubles respiratoires sans aucun signe de dysphagie, régurgitation ou vomissement ont été comparés à 15 chiens sains (témoins) [3]. Les études de VFSS montraient des anomalies chez 75 % des chiens avec des troubles respiratoires, dont du reflux pathologique et des micro-aspirations, contre 13 % des chiens sains (P = 0,01). Trois de ces chiens avaient un bilan respiratoire complet (scanner, endoscopie, LBA) normal mais présentaient des anomalies sur les études VFSS en faveur d’une toux exclusivement digestive.
Aspiration occulte. Le score de pénétration-aspiration (PAS) évalue, sur les images de VFSS, l'entrée de matériel dans les voies respiratoires : un score ≥ 3 étant considéré pathologique. Dans une étude, sur 100 VFSS consécutives, 39 % des chiens avaient un PAS pathologique. Quatorze d'entre eux n'exprimaient aucun signe respiratoire et 7 avaient des radiographies normales. Le risque était accru en cas de faiblesse pharyngée ou de reflux œso-oropharyngé [1].
Hernie hiatale par glissement. Les études de VFSS sont intéressantes pour identifier les hernies hiatales chez le chien avec une identification rapportée dans 95% des cas, contre 55% lorsque la radiographie est utilisée (P < 0,001) [4]. Parmi les 67 chiens de cette étude, 17 étaient présentés exclusivement pour des signes respiratoires tandis que 22 étaient présentés pour des signes mixtes, à la fois respiratoires et digestifs. La majorité des chiens ayant une hernie en VFSS présentaient également un reflux, le plus souvent classé comme pathologique. Les chiens de conformation brachycéphale étaient plus jeunes (0,9 contre 5 ans) et plus souvent en détresse respiratoire, mais la moitié des cas de hernie hiatale concernait des non-brachycéphales.
Biomarqueurs. Chez les West Highland White Terriers atteints de fibrose pulmonaire idiopathique, il a été montré que les acides biliaires étaient plus élevés dans leur lavage broncho-alvéolaire (LBA) en comparaison aux chiens sains (76 versus 42%) [5].
Enfin, chez les chiens présentant un syndrome obstructif respiratoire des races brachycéphales, des anomalies digestives sont très souvent décrites (jusqu’à 97 % des cas) [1]. La correction chirurgicale de ce syndrome améliore les signes digestifs.
La toux à composante digestive est donc une réalité fréquente, mais le plus souvent occulte.
3. Savoir identifier les bons signes
L'anamnèse doit être ciblée : demander « votre chien vomit-il ? » est insuffisant, les signes de reflux étant discrets, épisodiques et banalisés par le propriétaire ; il est donc nécessaire de poser des questions précises (Tableau 1).
Des facteurs de risque pour les maladies aérodigestives ont été clairement identifiés : conformation brachycéphale, dysfonction laryngée, mégaœsophage et dysmotilité œsophagienne, myopathies et neuropathies, anesthésie récente, obésité, … [1,4,5].
L'examen clinique doit amener à rechercher des déficits des nerfs crâniens, un stridor, une dysphonie, une amyotrophie, des déficits proprioceptifs, ….
4. Quels examens complémentaires digestifs, et pour quoi faire ?
Radiographies thoraciques. Elles sont souvent nécessaires pour identifier un mégaœsophage, une hernie hiatale volumineuse, des signes de pneumonie, une bronchiectasie, mais sont peu sensibles pour les processus dynamiques : une radiographie normale n'exclut ni reflux ni phénomène d’aspiration [1-4]. La meilleure résolution du scanner permet une évaluation plus précise de la sévérité et de la distribution des lésions respiratoires mais ne permet tout de même pas d’objectiver les processus dynamiques [1].
Vidéofluoroscopie de déglutition (VFSS). C’est l’examen de référence, pratiqué selon un protocole standardisé sur chien vigile en position debout, consommant volontairement du liquide, de la purée et des croquettes contenant de la baryte. Il nécessite un arc de fluoroscopie. Il évalue les phases orale, pharyngée et œsophagienne, les reflux gastro-œsophagien, œso-oropharyngé et nasopharyngé, le score de pénétration-aspiration (PAS), la hernie hiatale (au besoin avec compression abdominale) et les achalasies. C'est le seul examen permettant de documenter un reflux extra-œsophagien et une aspiration occulte [1-4]. Les collapsus dynamiques des voies respiratoires peuvent également être visualisés en réalisant une fluoroscopie des voies respiratoires.
Examen laryngé fonctionnel et endoscopie. La dysfonction laryngée est fréquemment associée au reflux et peut être visualisée par laryngoscopie en réalisant une anesthésie légère (± avec stimulation au doxapram). L'œsophagoscopie est spécifique mais peu sensible (anomalies chez moins de 50 % des patients humains présentant des lésions de reflux). Le LBA reste indispensable pour caractériser l'atteinte bronchique et parenchymateuse [1].
Essai thérapeutique. Ils représentent aujourd’hui la démarche la plus accessible : inhibiteur de la pompe à protons (oméprazole 0,5-1 mg/kg PO q12h), associé au besoin à un prokinétique et à des mesures hygiéno-diététiques (fractionnement des repas, texture, perte de poids). Le délai de réponse est cependant souvent long (de 6 à 8 semaines) [1].
Techniques peu disponibles. pH-métrie ambulatoire (mais ne détecte pas le reflux non acide qui représente jusqu'à 90 % des cas dans certaines études humaines), impédancemétrie, manométrie haute résolution, suivi acoustique de la toux et scintigraphie [1].
5. Démarche diagnostique raisonnée
La composante digestive ne doit pas être explorée « en dernier », mais intégrée dès l'orientation initiale (Figure 1) :
1. Confirmer la toux (à différencier des éternuements inversés, raclements de gorge et régurgitations) et écarter une origine cardiaque ;
2. Réaliser une anamnèse aérodigestive ciblée (Tableau 1) et un examen clinique orienté ;
3. Réaliser des radiographies thoraciques et cervicales ;
4. En l'absence de diagnostic, ou en présence de signes d'appel digestifs, de pneumonies récidivantes, d'une conformation brachycéphale ou d'une dysfonction laryngée : orienter vers une VFSS, idéalement couplée à une fluoroscopie respiratoire, un examen laryngé fonctionnel et/ou une endoscopie avec LBA ;
5. À défaut de VFSS : endoscopie et essai anti-reflux structuré de 6 à 8 semaines avec évaluation objective de la réponse ;
6. Ne pas s'arrêter au premier diagnostic : affections respiratoires et digestives coexistent chez plus de la moitié des chiens tousseurs [2,3].
Conclusion
La toux à composante digestive est une réalité clinique fréquente. Chez le chien tousseur chronique sans signe digestif rapporté, la grande majorité présente des anomalies de la déglutition, un reflux ou des épisodes de pénétration-aspiration en VFSS. Ces anomalies sont d'autant plus faciles à manquer qu'elles sont épisodiques, silencieuses et parfois associées à des radiographies normales. La VFSS, examen de référence, reste aujourd'hui peu accessible en pratique courante. En son absence, l'anamnèse aérodigestive ciblée, l'identification des populations à risque, l’endoscopie et la mise en place d’un traitement probabiliste constituent une démarche raisonnable. Un reflux n'est pas toujours pathologique. Il reste toutefois utile d'explorer la piste digestive devant une toux chronique, sans la réserver aux cas de dysphagie.
Références
1. Grobman M, Reinero C. A One Health review of aerodigestive disease in dogs. J Vet Intern Med. 2023 ; 37 : 817-34.
2. Grobman ME et coll. Aerodigestive disorders in dogs evaluated for cough using respiratory fluoroscopy and videofluoroscopic swallow studies. Vet J. 2019 ; 251 : 105344.
3. Howard J et coll. Videofluoroscopic swallow study abnormalities identify aerodigestive disorders in dogs with respiratory disease versus healthy controls. J Vet Intern Med. 2023 ; 37 : 1166-78.
4. Luciani E et coll. Evaluation of aerodigestive disease and diagnosis of sliding hiatal hernia in brachycephalic and nonbrachycephalic dogs. J Vet Intern Med. 2022 ; 36 : 1229-36.
5. Kouki S et coll. Extraesophageal reflux and reflux aspiration in dogs with respiratory diseases and in healthy dogs. J Vet Intern Med. 2023 ; 37 : 268-76.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Lambeau digital de type phalangeal fillet flap chez le chien et le chat : étude rétrospective de 9 cas et perspectives en chirurgie reconstructrice.
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Le chien aboyeur ou destructeur
Narbonne France
En consultation générale, la demande est fréquente : « Mon chien détruit tout et aboie sans arrêt dès que je pars, une cage et/ou un collier électrique pourraient-ils aider ? » Cette situation, vécue par la majorité des vétérinaires généralistes et les auxiliaires spécialisés vétérinaires, souvent plusieurs fois par mois, place le praticien et son équipe au croisement de trois exigences parfois contradictoires : le cadre légal désormais en vigueur, l'attente immédiate de résultat du propriétaire et le respect du bien-être de l'animal.
1. Un cadre réglementaire renouvelé
L'arrêté du 19 juin 2025 fixant les règles sanitaires et de protection animale applicables aux activités liées aux animaux de compagnie d'espèces domestiques est entré en vigueur le 3 juillet 2025 (consultable sur : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051832274). Bien qu’il cible en premier lieu les activités professionnelles (élevage, éducation, dressage, garde, refuges), il interdit l'utilisation et l'enseignement de méthodes ou d'outils de nature à infliger blessures, douleur, stress ou peur aux animaux. Le vétérinaire généraliste, bien que non directement visé par le texte, est engagé par ricochet : il ne peut plus vendre ni conseiller d'outil coercitif, doit dissuader activement tout propriétaire qui le solliciterait en ce sens, et se doit d'orienter vers une approche comportementale positive. Tout manquement à cette obligation de dissuasion active — le silence ne suffisant plus — peut engager sa responsabilité civile et déontologique.
2. Comprendre le collier anti-aboiement pour mieux en discuter
Le collier anti-aboiement fonctionne selon le principe classique de la punition positive : un stimulus aversif (décharge électrique, spray, ultrason) est associé automatiquement à l'émission du comportement ciblé, ce qui en réduit la fréquence. Son efficacité apparente à court terme explique sa popularité persistante et complique le discours de dissuasion face à un propriétaire convaincu par un résultat visible.
Mais cette efficacité porte sur le symptôme, non sur sa cause : la Société Européenne d'Éthologie Vétérinaire Clinique (ESVCE), dans sa prise de position de 2018, ne recommande pas l'usage courant des colliers électriques au vu de la littérature disponible [1]. Plusieurs études convergent : les chiens entraînés avec ce type de dispositif présentent davantage de signes comportementaux de détresse que ceux entraînés par renforcement positif, en particulier aux réglages élevés [2].
La demande d'un outil coercitif ne doit donc pas être traitée comme une simple question d'équipement, mais comme un signal clinique à explorer.
3. Le cas particulier de la cage
La cage mérite une discussion distincte : elle n'est pas, par nature, un outil coercitif au sens de l'arrêté. Introduite progressivement, associée systématiquement à une expérience positive et laissée à la libre disposition du chien, elle peut constituer un espace refuge bénéfique. À l'inverse, utilisée comme moyen d'enfermement prolongé, de punition ou de contention sans apprentissage préalable, elle devient une source de détresse. Ce n'est donc pas l'outil qui est en cause, mais l'usage qui en est fait [3].
4. Du symptôme au diagnostic
Aboiements et destructions en l'absence du propriétaire sont, le plus souvent, l'expression d'une affection sous-jacente plutôt qu'un simple défaut d'éducation caractérisée par un état pathologique (anxieux, impulsif ou compulsif). Solliciter un outil coercitif est ainsi fréquemment la manifestation d'une difficulté éducative révélant une affection comportementale non diagnostiquée. La nosographie comportementale française, issue notamment des travaux de Patrick Pageat, propose un cadre diagnostique précis qui va bien au-delà de cette lecture symptomatique [4]. Un même symptôme peut ainsi orienter vers des entités cliniques très différentes, résumées dans les tableaux 1 et 2.
Ces notions, l'autonomopathie et le syndrome d’hypersensibilité-hyperactivité (HS-HA), l’affection de la relation sociale interspécifique, ainsi que la dysrégulation émotionnelle du chien sénior, traversent les deux arbres diagnostiques et illustrent la richesse clinique dissimulée derrière des motifs de consultation en apparence banals.
5. La prise en charge positive : assumer son exigence
Une fois la cause identifiée ou raisonnablement suspectée, plusieurs leviers positifs peuvent être proposés : désensibilisation progressive aux signaux de départ et contre-conditionnement, enrichissement environnemental, renforcement du calme et de l'autonomie, ou orientation vers un éducateur formé aux méthodes positives ou un vétérinaire comportementaliste lorsque la situation dépasse le cadre du généraliste. Ces méthodes demandent davantage de technicité, de temps et d'investissement de la part du propriétaire comme du praticien — un frein réel qu'il convient d'anticiper dans le discours plutôt que d'éluder, mais qui traite la cause et non seulement le symptôme.
6. La place du psychotrope
Le traitement avec un psychotrope ne doit pas être perçu comme un aveu d'échec éducatif mais comme un facteur de bien-être à part entière. En réduisant l'anxiété sous-jacente, il rend le chien plus disponible aux apprentissages et accélère l'efficacité des méthodes comportementales dont il reste l'adjuvant, non le substitut.
La clomipramine a démontré, dans un essai contrôlé randomisé en double aveugle contre placebo portant sur 95 chiens, une amélioration significative des signes d'anxiété lors de séparation lorsqu'elle est associée à une thérapie comportementale [5]. Il convient toutefois de nuancer : jusqu'à 35 % des chiens ne montrent pas d'amélioration nette sous traitement médicamenteux seul, ce qui confirme que le psychotrope reste un outil parmi d'autres, jamais isolé. Il permet le changement mais ce sont les éléments de thérapie comportementale qui sont à l’origine des apprentissages.
Conclusion
L'arrêté du 19 juin 2025 engage directement le vétérinaire généraliste : dissuader, ne pas vendre ni conseiller d'outil coercitif, orienter vers une approche positive. Au-delà de l'obligation réglementaire, une demande d'outil coercitif doit être entendue comme un signal clinique à explorer plutôt qu'une simple question d'équipement. Méthodes positives (utilisées en éducation et lors des thérapies comportementales) et psychotropes, combinés, permettent de répondre à la fois à l'exigence éthique et à l'exigence légale — et la nosographie comportementale qui se cache derrière l'aboiement ou la destruction mérite, chez chaque praticien curieux, d'être davantage explorée.
Références bibliographiques
1. Masson S., Vega S., Gazzano A., Mariti C., Pereira G., Halsberghe C. et coll. Electronic training devices : discussion on the pros and cons of their use in dogs as a basis for the position statement of the European Society of Veterinary Clinical Ethology (ESVCE). Journal of Veterinary Behavior. 2018. 25:71-5. doi:10.1016/j.jveb.2018.02.006
2. Cooper J.J., Cracknell N., Hardiman J., Wright H., Mills D. The welfare consequences and efficacy of training pet dogs with remote electronic training collars in comparison to reward-based training. PLoS ONE. 2014. 9(9). doi:10.1371/journal.pone.0102722
3. Bleuer-Elsner S, Masson S. The cage as an educational and therapeutic tool for dogs: results of a dog’s owners questionnaire survey. Applied Animal Behaviour Science. 2024 Sep;106386. doi:10.1016/j.applanim.2024.106386
4. Masson S., Bleuer-Elsner S., Muller G., Médam T. (2023). Psychiatrie vétérinaire du chien. No ledge éditions.
5. King J.N., Simpson B.S., Overall K.L., Appleby D., Pageat P., Ross C. et coll. Treatment of separation anxiety in dogs with clomipramine : results from a prospective, randomized, double-blind, placebo-controlled, multicenter clinical trial. Applied Animal Behaviour Science. 2000. 67(4). 255-75. doi:10.1016/S0168-1591(99)00127-6
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Le chien agressif : savoir protéger l'entourage
Voreppe
AFVAC LE CONGRÈS — LILLE 2026
Le chien agressif : savoir protéger l’entourage
Loi de protection animale : concilier cadre légal, attentes du propriétaire et besoins du chien
1.Définitions et cadre législatif
L’agression canine est un motif ou une observation faite en consultation à fort enjeu. Elle peut exposer le propriétaire, son entourage, le public et l’équipe vétérinaire à des blessures ; elle expose aussi le chien à l’isolement, à l’abandon ou à l’euthanasie.
L’agression canine constitue un motif de consultation fréquent et à fort enjeu. Elle expose l’entourage au risque de morsure, mais peut également avoir des conséquences majeures pour le chien lui-même, jusqu’à l’isolement, l’abandon ou l’euthanasie. La priorité du praticien est donc double : réduire immédiatement le risque de morsure et rechercher la cause de l’agression afin de proposer une prise en charge durable.
Dans ce contexte, la protection de l’entourage ne doit pas être confondue avec la suppression du comportement agressif. Une muselière, une séparation physique ou un médicament ponctuel peuvent diminuer le risque sans traiter la cause ; inversement, une prise en charge globale comportementale ne dispense jamais des mesures de sécurité.
1.1. La procédure pour protéger l’entourage et le chien
En France, tout fait de morsure d’une personne par un chien doit être déclaré à la mairie de la commune de résidence du propriétaire ou du détenteur. Cette obligation incombe au propriétaire ou au détenteur, mais également à tout professionnel qui en a connaissance dans l’exercice de ses fonctions [1]. Le texte ne fixe pas de seuil de gravité : la déclaration ne doit donc pas être réservée aux seules morsures sévères. L’évaluation comportementale réalisée dans ce cadre peut constituer la porte ouverte à la prise en charge comportementale du chien.
1.2. L’arrêté du 19 juin 2025
L’arrêté du 19 juin 2025 encadre notamment les activités d’éducation et de dressage des chiens. Son article 14 interdit, dans ce cadre, l’utilisation et l’enseignement de méthodes ou d’outils de nature à infliger blessures, souffrance, douleur, stress ou peur, notamment les dispositifs piquants, électriques et les dispositifs étrangleurs sans boucle d’arrêt. La perche de capture reste admise lorsqu’elle est nécessaire pour assurer la sécurité des personnes ou des animaux [2]. Même si le vétérinaire n’est pas directement le professionnel visé par ces dispositions lorsqu’il exerce en clinique, ce nouveau cadre réglementaire modifie les pratiques susceptibles d’être recommandées au propriétaire et renforce l’intérêt d’alternatives permettant d’assurer simultanément sécurité et bien-être du chien.
1.3. Les causes d’agressions canines
L’agression est un comportement, et non un diagnostic en soi. Elle peut appartenir au répertoire comportemental normal du chien dans certains contextes, ou constituer l’un des symptômes d’une affection comportementale. Son interprétation nécessite donc de la replacer dans l’ensemble du tableau clinique. La description précise de la séquence agressive, de sa cible, de son déclencheur, de sa fonction et du niveau de contrôle du chien permet d’orienter l’analyse et d’identifier les hypothèses les plus cohérentes avec la situation observée (tableau 1).
Tableau 1 : classification des séquences vulnérantes adaptée de la nosographie présentée dans Masson et al. [2].
2. Outils permettant de protéger l’entourage et le chien
2.1. Outils environnementaux
Muselières
La muselière constitue un outil de gestion du risque de morsure, sans modifier à elle seule le comportement agressif ni sa cause. Elle doit être correctement adaptée à la morphologie du chien et permettre un port confortable, notamment l’ouverture de la gueule et le halètement. Son utilisation nécessite une habituation progressive, idéalement réalisée en dehors des situations à risque, afin d’en favoriser l’acceptation. Plusieurs modèles récents de muselières panier offrent aujourd’hui de bonnes possibilités d’ajustement et de confort ; leurs caractéristiques pratiques seront présentées lors de la conférence.
Perches de capture, harnais, licols
Les autres moyens de contention ou de contrôle doivent être envisagés en fonction du contexte et du niveau de risque. La perche de capture relève d’un usage exceptionnel, lorsqu’elle est nécessaire pour assurer la sécurité des personnes ou des animaux (2) ; elle ne constitue ni un outil éducatif ni une modalité de contention de routine. Les harnais et licols peuvent améliorer le contrôle du déplacement du chien, mais ne suppriment pas le risque de morsure et nécessitent une adaptation et une habituation appropriées. En contexte de soins, lorsque la contention physique devient importante ou répétée, une prise en charge pharmacologique ou une sédation doit être envisagée afin de limiter l’escalade de la contrainte.
2.2. Outils pharmacologiques
Lorsqu’une agression s’inscrit dans un état pathologique, celui-ci doit être identifié et pris en charge comme tel. La caractérisation de la séquence agressive ne suffit donc pas : elle doit s’intégrer dans une démarche diagnostique comportementale complète permettant d’identifier l’affection sous-jacente et d’adapter le traitement (3).
Les modalités de médicalisation sont très différentes selon le tableau clinique. Certaines situations circonscrites, comme une phobie des soins, peuvent relever principalement d’une médication situationnelle, administrée avant l’exposition au contexte à risque. La gabapentine, la prégabaline ou encore la dexmédétomidine en gel peuvent notamment être utilisées dans cette perspective (4).
À l’inverse, lorsque les agressions s’intègrent dans une affection comportementale plus globale, par exemple un état d’anxiété généralisée, un état compulsif ou d’autres troubles altérant durablement les capacités de contrôle ou d’adaptation du chien, la sécurisation ne peut reposer sur la seule gestion ponctuelle des situations à risque. Une prise en charge comportementale complète est alors nécessaire, associant selon le diagnostic traitement psychotrope de fond, thérapie comportementale, modifications environnementales et mesures de sécurité.
La médicalisation ne constitue donc pas un traitement de l’agression en elle-même : elle vise l’affection comportementale dans laquelle celle-ci s’inscrit. Le diagnostic comportemental est ainsi indispensable pour choisir une stratégie thérapeutique adaptée et obtenir une réduction raisonnable et durable du risque.
Conclusion
La prise en charge d’un chien agressif doit concilier protection de l’entourage et respect des besoins de l’animal, dans un cadre réglementaire qui limite désormais le recours aux méthodes génératrices de douleur, de peur ou de stress. L’agression doit être caractérisée et replacée dans un tableau clinique complet afin d’identifier une éventuelle affection comportementale et de la traiter. Mesures de gestion du risque, prise en charge comportementale et médicale lorsqu’elle est indiquée, et respect de la procédure réglementaire en cas de morsure constituent ainsi les différents volets d’une même démarche de prévention.
Références bibliographiques
1. Code rural et de la pêche maritime. Article L.211-14-2 : déclaration des morsures et évaluation comportementale du chien mordeur.
2. Légifrance. Arrêté du 19 juin 2025 fixant les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d’espèces domestiques. JORF n°0152 du 2 juillet 2025.
3. Masson S et coll. Psychiatrie vétérinaire du chien. No Ledge éditions ; 2023.
4. Stollar OO et coll. Effects of a single dose of orally administered gabapentin in dogs during a veterinary visit: a double-blinded, placebo-controlled study. JAVMA. 2022 ; 260(9) : 1031–1040.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Le chien désobeissant
Narbonne France
La désobéissance est un motif fréquent de plainte en consultation vétérinaire généraliste. Elle expose le propriétaire à la tentation d'outils coercitifs — colliers à pointes, colliers étrangleurs sans boucle d'arrêt, colliers électriques dits « éducatifs » — dont l'usage est désormais strictement encadré. Mais avant d'envisager toute solution, il convient de rappeler un principe clinique essentiel : un chien qui n'obéit pas ne le fait pas toujours par choix.
1. Rappel du cadre légal
L'arrêté du 19 juin 2025 fixant les règles sanitaires et de protection animale applicables aux activités liées aux animaux de compagnie d'espèces domestiques interdit l'utilisation et l'enseignement de méthodes et d'outils causant douleur, peur, stress ou blessures (consultable sur : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051832274). Le vétérinaire généraliste ne peut ni vendre ni conseiller de tels dispositifs ; il doit dissuader activement toute sollicitation en ce sens et orienter vers une approche comportementale positive, sous peine d'engager sa responsabilité civile et déontologique.
2. Les outils coercitifs spécifiques à la désobéissance
Le collier à pointes exerce une pression douloureuse sur le cou à chaque traction. Le collier étrangleur sans boucle d'arrêt se resserre sans limite mécanique, avec un risque de striction prolongée pouvant entraîner des lésions trachéales voire neurologiques ; un cas de lésions cérébrales sévères après usage punitif d'un tel collier a ainsi été rapporté chez un berger allemand [1]. Le collier électrique « éducatif » repose sur le même mécanisme de punition positive que le collier anti-aboiement, quel que soit le nom commercial du dispositif.
L'efficacité apparente à court terme de ces outils ne doit pas masquer leurs risques physiques et psychologiques documentés, ni le fait que la demande d'un tel équipement constitue en elle-même un signal clinique à explorer.
3. Il ne fait pas toujours exprès
En clientèle généraliste, avant toute autre piste, c'est souvent la première cause à envisager : le chien ne comprend pas ce qui lui est demandé, ou reçoit des messages qui se contredisent. Deux formes de communication délétère sont à rechercher systématiquement. La communication incohérente associe une discordance entre paroles et gestes, des réponses non adaptées aux signaux émis par le chien, des punitions données a posteriori hors de tout contexte, une interprétation erronée de ses comportements, ou encore des règles qui varient selon les membres du foyer. La communication violente repose sur les cris, l'intimidation, les corrections physiques (tirer, pousser, frapper) : perçue comme imprévisible par le chien, elle favorise un statut relationnel non clair, terreau des agressions et de l'évitement. Clarifier cette communication constitue souvent, à elle seule, une part importante de la solution.
Quand la communication du binôme est déjà cohérente et bienveillante, une désobéissance persistante peut aussi traduire une réelle incapacité à répondre. Quatre pistes diagnostiques méritent donc d'être systématiquement envisagées, résumées dans le tableau 1. Ces entités partagent un point commun : elles déplacent la question de « comment dresser ce chien ? » vers « pourquoi ce chien ne peut-il pas répondre ? », ouvrant la voie à une prise en charge causale plutôt que purement corrective [2].
4. Les méthodes éducatives : ce que montrent les études
Deux grandes approches coexistent en éducation canine : les méthodes dites « classiques » qui s’appuient sur un renforcement négatif (suppression d'une contrainte quand le comportement attendu apparaît : arrêt de la tension sur la laisse) et les méthodes dites « naturelles » ou « positives » utilisant un renforcement positif (récompense donnée lorsque le comportement attendu est obtenu : caresses, voix enjouée, friandises, jeu). Les études convergent en faveur du renforcement positif : les chiens entraînés exclusivement par récompense sont plus obéissants et présentent moins de comportements gênants que ceux éduqués par des méthodes punitives ou mixtes [3]. Le renforcement négatif s'accompagne de postures basses et de signes de stress, alors que le renforcement positif s'associe à une attention accrue du chien envers son propriétaire.
5. Le piège du « tout positif sans limite »
Le balancier ne doit toutefois pas se contenter de passer du tout coercitif au tout permissif : l'absence de limites est, elle aussi, délétère.
Transposé du modèle des styles parentaux de Baumrind à la relation homme-chien, deux curseurs déterminent le style éducatif : le niveau d'exigence (limites posées) et le niveau de chaleur (réponse aux besoins émotionnels du chien). Leur combinaison définit quatre styles, résumés dans le tableau 2. Le style structurant, associant exigence et chaleur élevées, prédit un attachement plus sécure du chien à son propriétaire [4]. À l'inverse, le style autoritaire, coercitif, est associé à une insécurité d'attachement, de l'anxiété et une réactivité de peur. Un style permissif, chaleur élevée mais exigence basse, est associé à un chien qui ignore les ordres, tire vers les inconnus et peine à résoudre des tâches de recherche de solution. La revue systématique de Barina-Silvestri et al. confirme l'impact du style éducatif, et non de la seule méthode, sur la cognition, le comportement et le bien-être du chien [5]. Poser une limite de façon cohérente et bienveillante n'est pas un acte de coercition : c'est l'un des deux piliers d'une éducation structurante, au même titre que la récompense.
6. Les bons accessoires, alliés de l'éducation
Le harnais à attache avant permet de réduire la traction sans les risques mécaniques du collier. La longe d'éducation autorise un travail du rappel en sécurité, sans tension permanente. Le clicker ou un autre marqueur servent de renforçateurs secondaires, tandis que les jouets et distributeurs de nourriture favorisent l'occupation mentale et le retour au calme au quotidien.
7. Prendre en charge la cause, pas seulement le symptôme
Il est essentiel de distinguer les états psychologiques normaux de ceux pathologiques. Les premiers permettent un maintien durable de l’équilibre du chien. Les seconds sont spontanément irréversibles, entrainant inadaptabilité de l’individu et souffrance. La prescription d’un médicament est donc essentielle. Loin d'être un aveu d'échec éducatif, le psychotrope constitue un facteur de bien-être à part entière. En réduisant la charge émotionnelle sous-jacente ou en favorisant les capacités d’autocontrôles, il rend le chien plus disponible à l'apprentissage et accélère l'efficacité des thérapies comportementales, dont il reste l'adjuvant et non le substitut. Pour les troubles de la communication, coacher le binôme est prioritaire : cohérence des signaux, suppression des punitions a posteriori, formation du propriétaire autant que du chien. Pour le syndrome HS-HA, un cadre de vie prévisible et un apprentissage très progressif des autocontrôles sont indiqués. La dyssocialisation nécessite, quant à elle, des mesures de sécurisation, une communication apaisante et prévisible, et une prise en charge la plus précoce possible, avant la puberté. Les affections de la relation sociale se traitent en travaillant la cohérence et la lisibilité des signaux envoyés par le propriétaire, en formant le binôme plutôt qu'en cherchant à « dresser » le chien seul. Enfin, les affections de l'axe de la peur relèvent d'une désensibilisation et d'un contre-conditionnement progressifs, associés à une gestion de l'environnement. La nosographie comportementale canine offre un cadre de référence pour poser ces diagnostics différentiels avec la rigueur clinique qu'ils requièrent [2].
Conclusion
La désobéissance canine ne doit pas être appréhendée comme un simple défaut d'éducation à corriger par la contrainte. Le cadre réglementaire actuel interdit désormais les outils coercitifs et engage le vétérinaire généraliste dans un rôle de dissuasion active. Avant tout diagnostic différentiel, la qualité de la communication au sein du binôme doit être examinée : c'est souvent la première hypothèse à explorer. Une désobéissance persistante malgré une communication satisfaisante doit ensuite interroger le praticien sur l'existence possible d'une affection comportementale sous-jacente. Enfin, le style éducatif compte autant que la méthode employée : ni le tout coercitif, ni le tout permissif sans limite ne favorisent un chien équilibré. C'est la combinaison d'exigence et de chaleur, c'est-à-dire des limites claires posées avec bienveillance, qui constitue la voie la plus favorable, associée aux bons accessoires et lors d’affection avérée à un psychotrope.
Références bibliographiques
1. Grohmann K, Dickomeit MJ, Schmidt MJ, Kramer M. Severe brain damage after punitive training technique with a choke chain collar in a German shepherd dog. Journal of Veterinary Behavior. 2013 ; 8(3) : 180-184. doi:10.1016/j.jveb.2013.01.002
2. Masson, S., Bleuer-Elsner, S., Muller, G., Médam, T. (2023). Psychiatrie vétérinaire du chien. No ledge éditions.
3. Hiby E.F., Rooney N.J., Bradshaw J.W.S. Dog training methods: their use, effectiveness and interaction with behavior and welfare. Animal Welfare. 2004. 13 : 63-69. doi :10.1017/S0962728600026683
4. van Herwijnen IR, van der Borg JAM, Naguib M, Beerda B. Dog-directed parenting styles predict verbal and leash guidance in dog owners and owner-directed attention in dogs. Applied Animal Behaviour Science. 2020 ; 232 : 105131. doi :10.1016/j.applanim.2020.105131
5. Barina-Silvestri M, Díaz-Videla M, Delgado-Rodríguez R. Pet parenting: a systematic review of its characteristics and effects on companion dogs. Journal of Veterinary Behavior. 2024 ; 76 : 13-24. doi : 10.1016/j.jveb.2024.09.003
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Le propriétaire : bien plus qu'un client, un cothérapeute
Voreppe France
AFVAC LE CONGRÈS — LILLE 2026
Le propriétaire : bien plus qu’un client, un cothérapeute
Consensus propriétaire-vétérinaire : forger l’alliance et construire le contrat thérapeutique
1. Problématique du changement thérapeutique
« J’ai élaboré le diagnostic, expliqué le traitement, donné une ordonnance et une fiche de thérapie. Trois semaines plus tard : le médicament n’a été donné que quatre jours et aucun exercice n’a été réalisé. »
Cette situation est familière à tous les vétérinaires. Notre premier réflexe peut être de conclure que le propriétaire n’est pas observant, qu’il n’est pas suffisamment motivé ou qu’il ne fait pas ce qu’on lui a dit . Pourtant, cette formulation masque la véritable question clinique : pourquoi le traitement n’a-t-il pas été mis en œuvre ? Le propriétaire n’est pas seulement celui qui consulte, reçoit l’information et règle les soins. Dans la plupart des maladies chroniques, et plus encore en médecine comportementale, il réalise lui-même une grande partie du traitement. Il est donc moins le destinataire du traitement que l’un de ses principaux acteurs.
Une fois le diagnostic établi, le vétérinaire sait théoriquement : ce qui peut être obtenu et ce qui ne peut probablement pas être obtenu ; par quels moyens ; avec quel délai ; avec quelles contraintes.
Mais il manque encore une question : est-ce ce que souhaite le propriétaire ?
Et surtout : est-il prêt à faire ce qui est nécessaire pour l’obtenir ?
Ces deux projets peuvent être très proches. Ils peuvent aussi être très éloignés.
Le vétérinaire peut prescrire trois exercices quotidiens alors que le propriétaire travaille douze heures par jour. Il peut considérer qu’une médication au long cours constitue la meilleure option alors que le propriétaire est opposé aux psychotropes. Aucun de ces décalages ne constitue en lui-même une faute du propriétaire mais révèle que le traitement souhaitable et le traitement réalisable ne sont pas nécessairement identiques. L’enjeu consiste donc à ne plus se demander seulement : « Quel est le meilleur traitement pour ce chien ? » mais également : « Quel traitement ce propriétaire est-il réellement capable et prêt à mettre en œuvre pour ce chien ? »
Les travaux consacrés à la communication vétérinaire montrent ainsi qu'une recommandation clairement formulée et une approche centrée sur la relation vétérinaire-propriétaire sont associées à une meilleure adhésion aux recommandations [1].
L’objectif de cette présentation n’est pas de détailler la construction du contrat thérapeutique ni les particularités de la prescription des psychotropes, abordées dans les interventions suivantes, mais de répondre à une question située immédiatement en amont : comment faire du propriétaire un véritable partenaire du changement thérapeutique ?
2. Le modèle trans-théorique du changement
Le modèle trans-théorique du changement développé par Prochaska et DiClemente décrit le changement comme un processus progressif au cours duquel les individus ne sont pas tous prêts à agir au même moment [2,3]. Son intérêt en consultation vétérinaire est immédiat : une intervention adaptée à un propriétaire prêt à agir peut être totalement inefficace chez un propriétaire qui ne perçoit pas encore la nécessité de changer.
Tableau 1. : les stades du modèle trans-théorique du changement [2].
Cette grille ne doit évidemment pas enfermer le propriétaire dans une catégorie. Une même personne peut être au stade d’action pour le médicament, en contemplation pour les modifications environnementales et en précontemplation concernant certaines de ses interactions avec l’animal. Elle rappelle surtout un principe essentiel : la bonne intervention proposée au mauvais moment devient une mauvaise intervention.
En pratique, il ne s’agit donc pas d’appliquer une consultation identique à tous les propriétaires, mais d’adapter notre posture, nos questions et nos propositions au stade du changement dans lequel ils se trouvent. Les différents stades du modèle et les modalités d’intervention adaptées à chacun seront détaillés lors de l’intervention.
3. Le propriétaire comme cothérapeute
Il faut se demander ce qu’on a raté quand un propriétaire qui ne suit pas nos prescriptions. Il peut ne pas avoir compris, ne pas être convaincu, ne pas avoir le temps, ne pas réussir techniquement, avoir plusieurs membres du foyer en désaccord, avoir obtenu suffisamment d'amélioration pour ne plus considérer l'effort nécessaire, ne pas avoir le même objectif que le vétérinaire…
Donc « Il ne fait pas ce que nous avions prévu » est un symptôme de la relation thérapeutique à explorer.
Nous ne traitons pratiquement jamais uniquement un animal. Nous traitons un animal au sein d’un système humain qui possède ses habitudes, ses contraintes, ses représentations, ses capacités et ses propres objectifs. Adapter notre intervention à cette situation transforme la relation thérapeutique et le propriétaire n’est alors plus simplement celui à qui nous demandons d’appliquer notre traitement : il devient celui avec qui nous allons le rendre possible !
Références bibliographiques
1. Kanji N et coll. Effect of veterinarian-client-patient interactions on client adherence to dentistry and surgery recommendations in companion-animal practice. JAVMA. 2012 ; 240(4) : 427-436.
2. DiClemente CC, Prochaska JO. Self-change and therapy change of smoking behavior: a comparison of processes of change in cessation and maintenance. Addict Behav. 1982 ; 7(2) : 133-142.
3. DiClemente CC et coll. The process of smoking cessation: an analysis of precontemplation, contemplation, and preparation stages of change. J Consult Clin Psychol. 1991 ; 59(2) : 295-304.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Les atteintes laryngées dans l'espèce féline : étude rétrospective dans deux centres hospitaliers (2019-2024).
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Les corticoïdes chez le lapin : un vrai tabou ?
Thionville (57) France
Thionville (57) France
Les corticoïdes chez le lapin, un vrai tabou ?
Les glucocorticoïdes n'ont pas une action pharmacologique ciblée et ont de multiples utilisations
Les glucocorticoïdes sont des molécules aux effets variés agissant au niveau de nombreux systèmes : immunitaire, cellulaire, endocrinien, cardiovasculaire, nerveux autonome, nerveux central, digestif et hépatique, métabolique, hématopoïétique, musculosquelettique, ophtalmologique et dermatologique. Les molécules sont variées et sont classées en fonction de leur puissance anti-inflammatoire relative, de leur pouvoir minéralocorticoïde et de leur durée d'action. Elles peuvent être utilisées de façon systémique ou topique.
Chez les carnivores domestiques, les glucocorticoïdes sont utilisés comme agent diagnostique (test de freination à la dexaméthasone), comme molécule de remplacement ou en supplémentation (insuffisance surrénalienne), en raison de leur activité anti-inflammatoire ou immunosuppressive, ou dans un protocole chimiothérapeutique.
Une espèce paradoxale : historiquement utilisée en laboratoire mais une pet medicine « récente »
Bien que le lapin soit une espèce qui a été largement utilisée pour les études expérimentales, les données publiées ne sont pas toujours utilisables dans un contexte clinique. En effet, la plupart des études pharmacologiques menées concernent des populations de lapins standardisées, pour limiter la complexité des modèles statistiques : lapins de race néo-zélandaise, historiquement de sexe mâle, d'âges et de poids uniformes, en bonne santé, recevant le même régime alimentaire, logés de la même façon ; ce qui diffère de la population rencontrée en pratique clinique : lapin polonais, race bélier, géant des Flandres, croisé, pédiatrique à gériatrique, aux notes d'état corporel variables et malades, aux régimes alimentaires et conditions environnementales variés et pas toujours optimaux pour l'espèce.
Chez le lapin, il n'existe pas de preuves scientifiques permettant d'extrapoler toutes les connaissances de la médecine des carnivores domestiques.
Les pathologies du chien n'ont pas toujours une réplique chez le lapin. Par exemple, il n'existe pas de pathologie surrénalienne qui se comporte comme l'hyper- ou l'hypoadrénocorticisme canin. Chez le lapin, la pathologie surrénalienne est similaire à celle du furet, où l'on observe une élévation des hormones sexuelles. Par conséquent, bien que le même organe soit touché, le traitement sera différent.
D'un point de vue pharmacologique, de grandes variations existent en termes de posologies utilisées, comme par exemple pour le méloxicam, où la dose chez les carnivores varie de 0,05 à 0,2 mg/kg, alors que chez le lapin, elle peut être utilisée à 1 mg/kg.
Enfin, le lapin est considéré comme une espèce cortico-sensible : suite à l'administration d'un glucocorticoïde, une lymphocytolyse se met en place, provoquant une lymphopénie rapide et significative [1]. L'immunodépression cortico-induite peut rendre clinique une encéphalitozoonose ou toute autre pathologie infectieuse portée chroniquement. Le lapin est plus sensible aux effets secondaires de cette classe de molécules. Une polyurie-polydipsie peut s'installer, même à de petites doses, ce qui peut provoquer une pododermatite secondaire dans un contexte environnemental mal maîtrisé ou inadapté.
Dans quelles situations l'usage des glucocorticoïdes peut-il être justifié chez le lapin ?
L'usage des glucocorticoïdes chez le lapin repose sur une littérature de faible niveau de preuve (case reports, case series), en l'absence de recommandations consensuelles ou de méta-analyses. Il existe également des situations où les expériences menées en laboratoire peuvent inciter le clinicien à utiliser ces molécules alors que le contexte clinique est différent de l'expérimentation animale [2].
L'usage des glucocorticoïdes est rapporté dans plusieurs situations cliniques chez le lapin :
Dans le cadre de maladies inflammatoires, il est fait mention de leur utilisation systémique pour le traitement de l'inflammatory bowel disease (IBD) [3] ainsi que pour une dermatite ulcérative éosinophilique [4]. Certaines néoplasies peuvent être traitées par de la prednisolone, telles que le thymome, si les propriétaires ne souhaitent pas intervenir chirurgicalement ou effectuer de la radiothérapie [5]. Un cas d'insulinome a également été traité par des glucocorticoïdes, non pas pour leur effet lymphocytolytique mais pour leur effet néoglucogénique hépatique.
Le traitement par des AIS de façon systémique est également rapporté pour certaines pathologies comme l'encéphalitozoonose, mais leur usage est controversé. En effet, l'immunité cellulaire joue un rôle majeur, sans être toutefois pleinement efficace, alors que l'immunité humorale n'a pas d'action protectrice lors de cette infection, ce qui justifie, d'un point de vue biologique, la contre-indication de l’usage des glucocorticoïdes. Il existe des situations anecdotiques où une stabilisation ou une amélioration clinique est rapportée après l’utilisation d’AIS systémiques, mais cela ne constitue pas un niveau de preuve suffisant. Lors d'une atteinte oculaire par Encephalitozoon cuniculi, une uvéite peut être présente. L'usage topique de glucocorticoïdes peut être justifié pour maîtriser l'uvéite, en l'absence d'ulcère cornéen. Il est cependant rapporté que le traitement médical de cette affection, en présence d'une cataracte, peut être décevant.
L'usage des corticoïdes est jusqu'à présent déconseillé dans le cadre de la gestion des otites chez le lapin, dans la mesure où celles-ci sont de nature infectieuse et favorisées par l'anatomie de l'oreille du lapin (lapins aux oreilles tombantes). Il est également déconseillé dans le cadre de la gestion des rhinites. En effet, les rhinites sont également souvent de nature infectieuse et peuvent avoir des étiologies dentaires, auriculaires, anatomiques, liées à des dacryocystites ou à des rhinolithes. Dans certains cas, un patient peut rester colonisé chroniquement par des germes tels que Pasteurella sp. ou Pseudomonas aeruginosa. Il n’existe pas de composante allergique à l’origine des rhinites chez le lapin de compagnie rapportée dans la littérature bien que des modèles expérimentaux de sensibilisation à l’ovalbumine existent.
Comment utiliser les glucocorticoïdes quand leur usage n'est pas prévu ? Proposition d'un protocole.
Les AIS ont des effets secondaires qui peuvent être cliniquement délétères pour le lapin, le principal étant l'immunodépression. Ces molécules ont également des contre-indications, au sens large, notamment en cas d'infections systémiques (virales, fongiques, bactériennes), d'ulcères gastro-intestinaux, d'utilisation concomitante d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), d'insuffisance cardiaque congestive, de maladie rénale ou d'hépatopathie. La balance bénéfice/risque doit être évaluée avec précision. L'usage local d'AIS engendre théoriquement moins de répercussions métaboliques que l'usage systémique, bien que cela ne soit pas démontré chez l'espèce lapin.
1. Le diagnostic posé est-il suffisamment précis pour justifier ce traitement ?
2. L'AIS pourrait-il être remplacé par un AINS ?
3. En cas d'AIS systémique, une voie topique pourrait-elle suffire ?
4. Existe-t-il des pathologies concomitantes ou subcliniques susceptibles de compromettre mon patient ?
5. Le propriétaire a-t-il été clairement informé de la démarche et des effets secondaires possibles ?
6. Un suivi est-il prévu pour ajuster à la dose efficace la plus faible et surveiller les effets indésirables ?
En pratique clinique, l'accès aux moyens diagnostiques n'est pas toujours aisé, que ce soit pour des raisons financières ou techniques. Certaines pathologies ne peuvent être diagnostiquées précisément. Une alternative peut être la réponse au traitement, comme dans le cas de la gestion de l'IBD du lapin [3]. Cependant, cette méthodologie n'est pas à privilégier.
Références
1. Cohn LA. The influence of corticosteroids on host defense mechanisms. J Vet Intern Med. 1991 ; 5(2) : 95-104.
2. Mayer J et coll. Clinical tolerance of dexamethasone in New Zealand white rabbits. Res Vet Sci. 2021 ; 136 : 259-67.
3. Farris KH, Clarke L, Mans C. Clinical diagnosis and management of inflammatory bowel disease in a rabbit (Oryctolagus cuniculus). J Am Vet Med Assoc. 2025 ; 263(5) : 1-3.
4. Dorantes MM, St-Jean G, Langlois I. Severe eosinophilic ulcerative dermatitis in a domestic rabbit (Oryctolagus cuniculus). J Exotic Pet Med. 2026 ; 56 : 36-8.
5. Palmer A et coll. Outcomes and survival times of client-owned rabbits diagnosed with thymoma and treated with either prednisolone or radiotherapy, or left untreated. J Exotic Pet Med. 2021 ; 38 : 35-43.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Les grands points de l'aide à la réanimation
Tarbes France
Les grands points de l’aide à la réanimation
Réanimation Respiratoire : Deux points principaux de traitement
Chaque série de point dévolus à une fonction présente une ligne longitudinale sur le corps appelée méridien. Chaque méridien est associé à un mouvement particulier du corps, comme si on tirait sur une ficelle reliant tous ces points. Ceci est important pour savoir quel mouvement réflexe va déclencher l’action vive sur ce point.
Point de réanimation de la ligne médiane supérieure du corps.
Cette ligne en acupuncture traditionnelle est appelée Vaisseau gouverneur
La poncture du VG26 au milieu du philtrum sur la truffe déclenche une flexion en arrière du corps avec une inspiration ample. Il est contre indiqué lors d’encombrement de la bouche par un vomissement ou la présence de liquide amniotique qui risquerait de provoquer une fausse route et une pathologie pulmonaire ultérieure.
Ce point est d’une efficacité redoutable, utilisable par tous les praticiens même s’ils ignorent tout de l’acupuncture. Lors des apnées éphémères fréquentes à la métédomidine, ne pas hésiter à l’expérimenter et à l’enseigner à toute l’équipe soignante.
Il est médian à mi-chemin entre la lèvre supérieure et la ligne qui relie les deux orifices du nez, au milieu du philtrum.
En cas d’apnée, il se poncture sèchement, avec un impact sur l’os sous-jacent et des petits mouvements de torsion. L’idéal est d’avoir une aiguille d’acupuncture sous la main (en vente dans les pharmacies ou sur le site de certaines centrales d’achat) mais une aiguille d’injection (bleue, par exemple) peut faire l’affaire. L’effet est immédiat et préconisé lors d’apnée sans encombrement de la cavité buccale. Il est applicable à toutes les espèces y compris l’humain
Le temps d’une apnée réversible, la simplicité de poncture d’un point comme VG26 font de ce geste, le premier à faire avec la traction de la langue par le surveillant de l’anesthésie. Une goutte de sang peut perler à cet endroit après la piqûre, c’est sans suite et sans importance.
Point de réanimation de la ligne médiane inférieure du corps.
Cette ligne en acupuncture traditionnelle est appelée Vaisseau conception.
La poncture du VC1, au milieu du périnée, provoque une flexion en avant du corps avec une expiration, elle est indiquée lors d’apnée avec encombrement buccal, par exemple chez le nouveau-né.
On enfonce une aiguille de quelques millimètres sous la peau en faisant des petits mouvements de torsion tout en tenant le chiot ou le chaton tête en bas. Ce geste est facile à faire par le personnel soignant de la clinique lors de naissances par césarienne. Il est également applicable à toutes les espèces.
Réanimation cardiaque : On passe par des « prises de terre » de l’organisme
On a tous une image « électrique » de la réanimation cardiaque avec les scènes télévisées de choc électrique sur le thorax du patient en arrêt du myocarde. Chez l’animal, les quatre points d’appui sur le sol représentent quatre « prises de terre » électriques qui peuvent compléter les efforts souvent désespérés de réanimation cardiaque.
. L’aiguille d’acupuncture insérée à quelques millimètres de profondeur doit agripper, presque hacher le point. L’aiguille d’acupuncture fonctionne comme une bobine avec un métal enroulé autour d’une âme métallique, ce qui génère un échange d’électrons, un courant induit. Dans ce cas, c’est vraiment mieux d’utiliser une vraie aiguille d’acupuncture plutôt qu’une aiguille classique.
L’animal est en décubitus latéral ou dorsal et on va poncturer dans l’arrondi proximal du coussinet métacarpien sur les 4 pattes.
A l’arrière, il s’agit des deux points Rein1.C’est une réanimation qui part du point source du méridien Rein, au contact du sol. Ce point existe aussi chez l’humain, mammifère bipède.
A l’avant, il s’agit des deux points C8bis. C’est une réanimation qui part du point source du Cœur, au contact du sol. On note que ce point n’existe pas chez l’humain qui ne pose pas les pattes avant sur le sol pour se déplacer.
Le massage cardiaque est le premier geste à faire mais il n’exclut pas, en même temps l’action d’un assistant sur ces points facilement accessibles sur un animal couché.
Des points de prévention :
Tout traitement d’acuponcture adapté à la pathologie et la chirurgie de l’animal, peut aider à potentialiser l’analgésie (36Est, Rate6, points autour du lieu d’incision) et par conséquent à limiter la douleur, réguler le rythme cardiovasculaire, améliorer immunité et cicatrisation ainsi que l’ont démontré de multiples protocoles validés par l’EBM.
La connaissance de l’acupuncture peut améliorer le confort opératoire et périopératoire et réaliser ainsi une augmentation de chances de ne pas avoir recours à une réanimation en urgence.
Conclusion : Quelques aiguilles d’acupuncture au bloc, ce n’est pas cher et ça peut….
Un point de réanimation en cas d’apnée sans encombrement buccal, facile à repérer, à piquer, c’est un trésor dont personne ne doit se passer.
Un point de réanimation respiratoire sur un chaton ou chiot nouveau-né que l’on peut piquer dans une position qui permet l’expulsion facile d’un éventuel contenu buccal en lançant la respiration, c’est aussi un outil précieux.
En réanimation cardiaque, il faut aller vite mais tout est bon à prendre. Là aussi les points sont faciles à repérer.
Pour conclure, remarquons que l’animal a deux fois plus de prises de terre que nous, de connexion au sol. Peut-être que le prochain ministre de l’environnement devrait être un animal.
Crédit : cliché site clinique Amivet, Paris
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Les grands points de lutte contre la douleur
Tarbes France
Les grands points de lutte contre la douleur
La douleur représente plus de la moitié des consultations médicales et vétérinaires (hors prévention) , elle peut être neuropathique, inflammatoire, idiopathique ou psychogène et toutes ces douleurs appellent des traitements différents (1)
Avec ses actions diffuses ou spécifiques, son action psychique, ses multiples effets l’acupuncture trouve son meilleur terrain d’action (et le plus démontré) dans la lutte contre la douleur
Est-ce qu’on parle en termes d’EBM, comment teste-t-on l’acupuncture ?
L’OMS a reconnu l’acupuncture comme médecine efficace (c’est-à-dire nettement supérieure à l’effet placebo) dans plus de 60 pathologies inflammatoires et douloureuses à la fin des années 90. Depuis, nombre de protocoles ont été mis en place pour en comparer les performances avec des anti inflammatoires, des antalgiques et autres médicaments allopathiques. On ne s’est pas limité à cela, l’introduction d’aiguilles dans des non points d’acupuncture (acupuncture factice) aurait pu, finalement, donner des résultats semblables à l’introduction d’aiguilles sur des points définis par la médecine traditionnelle chinoise. Là encore, de nombreuses expérimentations ont prouvé qu’il n’en était rien. Pour illustrer notre sujet, attachons-nous à un exemple concret :
En méta-analyse (méthode scientifique qui combine les résultats de plusieurs analyses) Goret, Nguyen (2) définissent que l’acupuncture est supérieure à l’acupuncture factice dans le traitement de la douleur post opératoire. 707 patients humains dans 10 essais différents mettent en évidence l’efficacité sur la douleur post opératoire de certains points précis d’acupuncture avec différentes conclusions :
- Réduction significative de la consommation d’analgésiques opioïdes à 8h, 24h et 72h
- Réduction significative du score de la douleur à 8h et 72h
- Réduction de l’incidence des effets secondaires dus aux opiacés (nausée, vertiges…)
Les points cités dans ce travail le sont aussi chez les animaux en clinique vétérinaire. Examinons-les dans la partie suivante.
Point avec activité générale contre la douleur
La modulation de la douleur a deux visages en acupuncture, elle peut être diffuse par libération d’endorphines ou spécifique par compétition de la nociception métamérique ou centrale. Un point peut contribuer à analgésier tout le corps ou bien éviter la douleur seulement sur une zone ou un organe.
Les points les plus utilisés dans la lutte contre la douleur de manière générale sont :
- 36Est : sous le plateau tibial, antéro externe, par exemple en pré et post opératoire
- 4GI : au milieu de la zone métacarpienne, par exemple en pré et post opératoire
- Rte6 : en interne au tibia, au tiers distal, précieux notamment en gynecologie.
Pour ces trois points, le consensus est fort pour leur utilisation lors de douleurs digestives, gynécologiques et locomotrices. En chirurgie, ils sont utilisés notamment dans les ovario-hystérectomies..
On peut les utiliser également dans la lutte contre la douleur articulaire, discale et pour toutes douleurs, notamment 36est et GI4
Méthodologie : Pour être efficace le point doit être stimulé, la méthode la plus classique est l’électro acupuncture parce qu’une stimulation manuelle serait fastidieuse. L’effet antalgique est obtenu en une dizaine de minutes, davantage si on veut opérer uniquement sous analgésie acupuncturale. L’électro acupuncture procède par des fréquences répertoriées notamment pour libérer les 4 sortes de peptides opioïdes. Le laser avec des fréquences spécifiques, pour chaque point et chaque usage, permet aussi une action antalgique efficace quand il est exercé sur les points d’acupuncture
A l’ENVT dans les années 80 , près de cent ovario-hystérectomies ont été réalisées sous analgésies uniquement acupuncturale. C’était probant mais l’induction était très longue (30 minutes) , le réveil presque instantané, en revanche s’il s’agissait d’une analgésie efficace, elle était presque dépourvue de narcose et l’animal gardait une certaine conscience. C’est possible et toujours pratiqué en humaine (lors d’allergie aux anesthésiques) mais pas en médecine vétérinaire.
Points avec activité locale contre la douleur :
Une vraie compétition nociceptive peut s’engager avec certains points d’acupuncture localement et parfois à distance sur un organe. Certains points cumulent une action distale et locale comme justement 36estomac efficace sur les gonarthroses et la douleur en général, ou 60V anti inflammatoire général mais aussi brillant sur les pathologies locales du jarret qu’il traverse littéralement.
Localement et autour des cicatrices, notamment pour les amputations, la recherche des points dans les zones de passage des méridiens (circulation virtuelle d’énergie) ou plus cartésiennement, des points dysesthésiques , peut permettre de lutter contre des douleurs post opératoires, voire des douleurs supposées du membre fantôme.
Et la douleur psychologique ?
Tout traitement acupunctural a une activité simultanée sur la psychologie, ne serait-ce que par la libération des endomorphiniques et par l’apaisement cérébral, qu’engendre la fin de la douleur. Mais cela va plus loin, au niveau de chaque organe, chaque faisceau musculaire, les connexions centrales avec le cerveau organisent un dialogue neuro-équilibrant, psychologiquement favorable à chaque séance. Après une séance de nombreux propriétaires d’animaux me disent « retrouver leur animal ».
Un point particulier à traiter : 20VG médian, entre l'attache antérieure des oreilles, neuro-équilibrant, évacuant le stress et la peur, anti épileptique. Situé au sommet du crâne , on le traite par une aiguille implantée en sous cutanée.
Conclusion :
Dans la lutte contre la douleur, chaque outil est bon à prendre, a fortiori s’il est dépourvu d’effets secondaires et bénéfique psychologiquement. Il faut un acupuncteur dans toute grande équipe médicale pour le bien être de nos patients et pour que le reste de l’équipe découvre enfin tous les bénéfices de cette médecine complémentaire, en sachant que toutes les médecines sont étonnamment complémentaires.
(1) Bernard de Wurstemberg, Douleurs, émotions et MTC.Acupuncture et Moxibustin2013 ;12(4) :285_293
(2) Meta analyse : Goret, Nguyen, l’acupuncture est supérieure à l’acupuncture factice dans le traitement de la douleur post opératoire. Acupuncture et Moxibustin2010 ;9(1) :56-60
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Les grands points de soutien face à une faiblesse postérieure
France
LES GRANDS POINTS DE SOUTIEN FACE À UNE FAIBLESSE POSTÉRIEURE CHEZ LES CARNIVORES DOMESTIQUES
Proceeding Congrès National AFVAC Lille 2026 / Module d'Acupuncture Vétérinaire
Dre Vet Agnès DARNIS — VétoZen
1. Introduction & Physiologie Neuro-Acupuncturale
La faiblesse postérieure (parésie, déficit proprioceptif, hypotonie, fonte musculaire) constitue un motif de consultation majeur chez le chien et le chat. Qu'elle soit d'origine neurologique (hernie discale, sténose lombo-sacrée / syndrome de la queue de cheval) ou ostéoarticulaire (coxarthrose, gonarthrose, faiblesse du sénior amyotrophié), l'acupuncture médicale offre une approche complémentaire intégrative cliniquement validée [1, 2].
Loin des représentations empiriques, l'acupuncture repose sur la stimulation neuro-anatomique de zones cutanéo-musculaires riches en terminaisons nerveuses libres et propriocepteurs [1, 3]. La ponction induit :
• Une inhibition segmentaire : Modulation du message nociceptif au niveau de la corne dorsale de la moelle épinière (théorie du Gate Control) [1].
• Une réponse supraspinale : Libération centrale d'endorphines, de sérotonine et de dopamine assurant une analgésie systémique [1].
• Une neuromodulation microcirculatoire : Augmentation du débit vasculaire local et baisse des cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-1β) [3].
2. Étiopathogénie et Indications Cliniques Majeures
Hernies Discales Thoraco-Lombaires (IVDD)
La compression médullaire engendre ischémie, œdème et altération des voies descendantes motrices. L'acupuncture et l'électroacupuncture (EA) favorisent le recrutement axonal, réduisent l'œdème médullaire et accélèrent le retour à la déambulation autonome post-opératoire ou conservative [2].
Syndrome de la Queue de Cheval (CES) & Troubles Sphinctériens
La sténose lombo-sacrée dégénérative altère les racines nerveuses L7-S3, induisant parésie du train arrière, atonie de la queue et dysfonctions sphinctériennes : incontinence urinaire (atonie vésicale/sphinctérienne) et/ou fécale (atonie du sphincter anal) [3, 4]. La stimulation des métamères sacrés (notamment VG2bis, V28 et V32) permet de réactiver les circuits autonomes sacrés (nerfs pelvien et honteux) et de restaurer la commande neurogène sphinctérienne [3, 4].
Affections Osteoarticulaires & Syndrome du Sénior Amyotrophié
Lors de coxarthrose ou gonarthrose, la douleur induit une contracture des fessiers et une amyotrophie. Chez le sujet sénior, la sarcopénie s'associe à des lésions dégénératives étagées. La stimulation des points régionaux lève le spasme, améliore la perfusion capsulaire et restaure la charge [1, 3].
3. Cartographie Anatomique des Grands Points de Soutien
Le point VG2bis (Bai Hui postérieur) est une spécificité vétérinaire essentielle située à la jonction lombo-sacrée (L7-S1) [4]. Neuro-anatomiquement, il donne un accès direct aux racines de la queue de cheval et dévie l'énergie du Vaisseau Gouverneur vers les trois méridiens Yang du membre pelvien (Vessie, Vésicule Biliaire, Estomac) [4]. C'est le point carrefour du train arrière, incontournable lors de parésie, syndrome de la queue de cheval, coxarthrose et incontinence [3, 4].
Nom du Point
Localisation Anatomique
Structures Nerveuses & Musculaires
Indications Majeures
VG2bis
Ligne médiane dorsale, jonction lombo-sacrée (espace L7-S1).
Afférences VG, branches des nerfs de la queue de cheval (sciatique, honteux).
Point carrefour clé du train arrière ; parésies, CES, hernies, incontinences, sénior [4].
VG3
Ligne médiane dorsale, espace intervertébral L4-L5 (ou L5-L6).
Rameaux dorsaux des nerfs lombaires, ligament interépineux.
Parésie postérieure, discopathie thoraco-lombaire, faiblesse lombaire [1, 2].
V23
À 1,5 cun latéralement à la ligne médiane, niveau disque L2-L3.
Rameaux dorsaux lombaires, m. longissimus dorsi.
Soutien de l'arrière-main, sarcopénie, lombes (associé à VG2bis) [1, 3].
V28 / V32
Foramens sacrés ou région sacrée (métamères S1-S3).
Rameaux sacrés, nerf pelvien (parasympathique), nerf honteux.
Incontinence urinaire et fécale, atonie vésicale/anal, CES [3, 4].
VB30
Dépression à mi-distance grand trochanter et tubérosité ischiatique.
Nerf ischiatique, m. gluteus profundus et piriformis.
Dysplasie hanche, coxarthrose, sciatalgie, amyotrophie fessière [1, 3].
VB34
Dépression cranioventrale à la tête de la fibula (péroné).
Nerf péronier commun, m. extenseur numérique long.
Point maître des tendons et muscles ; gonarthrose, faiblesse tarsiens [1].
E36
Distal au plateau tibial, 1 cun lat. crête tibiale (m. tibial cranial).
Nerf péronier profond, m. tibialis cranialis.
Point maître du membre pelvien ; stimulation motrice, tonus général [1, 3].
V40
Centre du creux poplité, entre tendons biceps femoris et semimembranosus.
Nerf tibial, artère/veine poplitée.
Douleur lombaire projetée, gonarthrose, faiblesse des jarrets [1, 3].
4. Protocoles Thérapeutiques : Acupuncture, Électroacupuncture et Laser (PBM)
La prise en charge optimale associe plusieurs modalités [1, 2, 5] :
1. Acupuncture sèche (Dry Needling) : Aiguilles stériles à usage unique (15 à 20 min). Profondeur pour VG2bis : 5 mm chez le chat à 15 mm chez le chien moyen [1, 4].
2. Électroacupuncture (EA) : Recommandée en cas de déficits moteurs marqués, syndrome de la queue de cheval et incontinence. Connexion de couples de points (VG2bis-V40, V28/V32-E36) à fréquence alternée (2 Hz / 100 Hz) durant 20 min [2, 3].
3. Laser Thérapeutique / Photobiomodulation (PBM) : La photobiomodulation (laser médical Classe IV / LLLT) stimule la cytochrome c oxydase mitochondriale, augmente la synthèse d'ATP et réduit l'inflammation neurogène [5]. Elle offre un effet synergique sur le foyer lésionnel et constitue une alternative indolore (lazerpuncture : 3–6 J/cm²/point) chez les sujets agressifs ou hyperalgiques [5].
Points Clés à Retenir (Take-Home Messages)
• Fondement neuro-physiologique : L'acupuncture agit via le verrouillage médullaire de la douleur, la libération d'endorphines et la neuromodulation périphérique [1].
• VG2bis, le point clé vétérinaire : Situé en L7-S1, le VG2bis est le point carrefour universel du mouvement de l'arrière-main et le point d'accès privilégié à la queue de cheval [4].
• Syndrome queue de cheval & Incontinence : L'association de VG2bis et des points sacrés (V28/V32) est le protocole de choix pour lever les parésies lombo-sacrées et réactiver le contrôle sphinctérien [3, 4].
• Binôme de soutien distal : E36 (point maître du membre pelvien) et VB34 (point maître des muscles/tendons) forment la base de la tonification motrice [1, 3].
• Laser thérapeutique (PBM) : Le laser médical est un complément anti-inflammatoire majeur ou une alternative indolore (lazerpuncture) en cas d'impossibilité de ponctionner [5].
Références Bibliographiques
1. 1. Veterian Key. The Role of Acupuncture in Canine Rehabilitation. Vet Med Lit. 2017. Consultable sur : https://veteriankey.com/the-role-of-acupuncture-in-canine-rehabilitation/
2. 2. Joaquim JG et coll. Comparison of decompressive surgery, electroacupuncture, and decompressive surgery combined with electroacupuncture for the treatment of thoracolumbar intervertebral disk disease in dogs. J Am Vet Med Assoc. 2010 ; 236 : 1225-9.
3. 3. Shearer T. The Use of Acupuncture to Manage Pain in Small Animals. Southern California Veterinary Association Literature. 2025.
4. 4. Gonneau F. Le VG2bis, Point-clé du mouvement postérieur, une spécificité vétérinaire. Pub Vet Acu. 2023.
5. 5. Draper WE et coll. Low-level laser therapy reduces time to ambulation in dogs after hemilaminectomy for acute thoracolumbar intervertebral disk herniation. J Small Anim Pract. 2012 ; 53 : 698-702.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Les lymphomes cutanés : comment les traiter ?
Ollioules France
!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! cf. fichier joint en format word pour mise en page !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Les lymphomes cutanés canins et félins sont des néoplasies rares, souvent diagnostiquées tardivement car leurs premières manifestations imitent des dermatoses inflammatoires ou infectieuses. La démarche diagnostique associe raisonnement dermatologique et oncologique et repose en particulier surla réalisation de plusieurs biopsies cutanées avec examen histopathologique, complétées selon les cas par immunohistochimie et bilan d’extension. La prise en charge repose également sur une approche combinée oncologique et dermatologique afin d’optimiser la qualité de vie, de contrôler les complications cutanées (notamment infectieuses), parallèlement au traitement antitumoral.
1- Formes et signes cliniques
On distingue principalement :
Le lymphome cutané épithéliotrope (LCE, dont le sous-type le plus fréquent chez le chien est le mycosis fongoïde), d’origine T et prédominant chez le chien. La plupart des données disponibles dans la littérature concerne cette forme de lymphome.
Le lymphome cutané non épithéliotrope, infiltrant le derme et/ou le tissu sous-cutané, plus fréquent chez le chat et pouvant être T ou B.
Les animaux atteints sont généralement âgés. Le LCE évolue volontiers par stades : érythème, squames et alopécie, puis épaississement, exsudation, érosions et ulcères, enfin plaques et nodules prolifératifs, souvent ulcérés. Le prurit peut être marqué chez le chien. Les atteintes cutanéo-muqueuses, des lèvres, du planum nasal, de la cavité buccale et des coussinets (hyperkératose, dépigmentation, ulcération) sont particulièrement évocatrices [1].
Chez le chat, les lésions peuvent être localisées ou généralisées : plaques, nodules dermiques ou sous-cutanés, érythème, squames, croûtes, érosions et ulcères. Le lymphome non épithéliotrope félin est souvent peu ou non prurigineux et peut prendre l’aspect d’une masse, notamment au tarse, sur un ancien site d’injection ou de traumatisme [2].
Les principaux diagnostics différentiels sont la pyodermite, la dermatophytose, la démodécie ou la gale, les dermatites allergiques, le pemphigus, le lupus, la dermatite à Malassezia et, chez le chat, le complexe granulome éosinophilique.
2- Approche thérapeutique dermatologique :
Cette approche est essentielle car l’euthanasie est fréquemment motivée par l’altération de la qualité de vie liée aux lésions douloureuses, infectées, prurigineuses ou ulcérées plutôt que par une défaillance viscérale immédiate.
Le traitement vise à réduire prurit, douleur, inflammation, infections secondaires et altération de la barrière cutanée. Il repose sur la cytologie répétée, des antimicrobiens ciblés si nécessaire, des soins topiques antiseptiques/émollients, l’analgésie et le suivi photographique. Certaines options adjuvantes, surtout étudiées chez le chien atteint de LCE, peuvent être discutées, sans remplacer la stratégie oncologique lorsque la maladie est extensive.
Lokivetmab : anticorps anti-IL-31 indiqué chez le chien pour le prurit allergique. Il peut être utilisé symptomatiquement en cas de prurit important, mais aucune preuve ne montre un effet antitumoral sur le lymphome [3]. Son emploi chez le chat contre-indiqué.
Inhibiteurs de JAK : l’oclacitinib, inhibiteur préférentiel de JAK1, peut réduire le prurit chez le chien et présente un intérêt antitumoral potentiel dans certains LCE [4]. Des données cliniques et expérimentales suggèrent une sensibilité liée à l’activation de la voie JAK1/STAT5, mais les réponses sont hétérogènes et les doses rapportées dans le lymphome peuvent dépasser celles utilisées en dermatologie allergique. Il s’agit donc d’une option individualisée, idéalement discutée avec un oncologue, et non d’un standard de première ligne. Son activité immunomodulatrice impose une prudence particulière chez l’animal cancéreux, notamment en raison du risque infectieux. Les autres inhibiteurs de JAK disposent de données encore plus limitées.
Rétinoïdes de synthèse
Les rétinoïdes modulent différenciation, prolifération cellulaire et inflammation. Ils sont surtout utilisés dans le LCE canin, notamment lors de maladie diffuse à progression lente, lorsque l’objectif est un contrôle chronique avec une toxicité potentiellement moindre qu’une chimiothérapie.
Isotrétinoïne : la mieux documentée chez le chien. Dans une série de 12 chiens atteints de LCE, quatre ont obtenu une résolution complète et trois une amélioration partielle, soit 58 % de réponses objectives. Les effets indésirables concernaient 25 % des chiens et étaient réversibles ou peu impactants sur la qualité de vie [5].
Acitrétine : option possible dans certaines pratiques, mais avec une littérature plus limitée, notamment en traitement de long cours ou de relais.
Étrétinate : historiquement rapporté, mais actuellement moins utilisé selon les pays et sa disponibilité.
Les rétinoïdes agissent sur plusieurs semaines à plusieurs mois et sont donc peu adaptés seuls à une maladie rapidement progressive, ulcérée ou très symptomatique. Ils peuvent être associés à la prednisone/prednisolone, à l’interféron-α dans certains cas, ou utilisés après/avec une chimiothérapie. Deux cas canins traités par isotrétinoïne et interféron-α ont présenté une réponse complète ou partielle durable, sans toutefois permettre d’établir un protocole de référence.
Le suivi comprend examen clinique, contrôle cutanéo-muqueux, bilan hépatique et surveillance des effets indésirables : troubles digestifs, sécheresse/irritation cutanéo-muqueuse, hyperlipidémie et modifications biologiques. Les rétinoïdes étant tératogènes, les précautions de manipulation et de prescription sont indispensables.
Huile de carthame et acide linoléique
L’huile de carthame, riche en acide linoléique, a été proposée comme adjuvant nutritionnel dans le LCE canin sur la base de données limitées [6]. Une petite étude historique rapportait une rémission chez six des huit chiens traités avec une préparation riche en acide linoléique. La qualité des preuves reste faible : études anciennes, effectifs réduits et absence de comparaison fiable avec l’évolution spontanée ou les traitements associés.
Elle peut donc être envisagée comme complément, et non comme substitut à une thérapie oncologique. Il faut tenir compte de sa densité calorique, du risque de prise de poids et de troubles digestifs, de la quantité totale de lipides de la ration et des comorbidités (pancréatite, hypertriglycéridémie, régime thérapeutique). La formulation et la dose doivent être précisément documentées car la teneur en acide linoléique varie selon les produits.
3- Approche thérapeutique oncologique
Le traitement dépend du type histologique, de l’extension, de la vitesse d’évolution, des comorbidités, des contraintes de suivi et de l’objectif thérapeutique.
Lésion unique : sous réserve d’un bilan d’extension exhaustif favorable, exérèse chirurgicale et/ou radiothérapie locale, avec surveillance rapprochée.
Forme multifocale ou généralisée : traitement systémique, le plus souvent chimiothérapie.
LCE canin : la lomustine (CCNU), souvent associée à un glucocorticoïde, est l’option la plus décrite et souvent adoptée en première intention ; des taux de réponse de 50–83 % ont été rapportés, les rechutes sont systématiques et les durées de rémission et de survie limitées (inférieures à 6 et 12 mois respectivement) [7]. Une surveillance stricte de la NFS et des paramètres hépatiques est indispensable en raison des risques de myélosuppression, toxicité digestive et hépatotoxicité. La L-asparaginase peut être associée à la lomustine, notamment à l’induction du traitement.
Selon la réponse et la tolérance, des protocoles de type CHOP ou L-CHOP, ou un inhibiteur de tyrosine-kinase (masitinib dans une seule étude) peuvent être envisagés. Les résultats de certaines publications sont comparables à ceux obtenus sous lomustine sans comparaison possible.
Lymphome non épithéliotrope ou lymphome multicentrique avec localisations cutanées : chimiothérapie adaptée au phénotype et au stade, similaire aux protocoles recommandés pour le lymphome multicentrique (CHOP, LOPP par exemple). Les données disponibles sur les lymphomes cutanés non épithéliotropes sont très restreintes et ne permettent pas de statuer sur le choix thérapeutique le meilleur.
Lésion réfractaire et douloureuse : radiothérapie palliative, notamment par électrons.
Objectif palliatif : prednisone/prednisolone, traitement des infections, analgésie, soins cutanés et réévaluation structurée de la qualité de vie.
Chez le chat, les données sont beaucoup plus limitées et aucun protocole standard n’est validé. Une stratégie locale est raisonnable pour une maladie précoce ou localisée ; une chimiothérapie systémique, seule ou combinée, peut être envisagée dans les formes avancées, multifocales ou agressives. La lomustine et des protocoles de type CHOP ont été utilisés, mais la décision doit être individualisée.
5- Pronostic et coordination
Le pronostic dépend surtout de la forme histologique, du stade, de la possibilité de contrôle local et de la réponse initiale au traitement. Chez le chat, les médianes rapportées sont approximativement de 10 mois pour le LCE et de 4 à 8 mois pour le non-épithéliotrope, avec une forte variabilité individuelle. Chez le chien, les formes étendues restent généralement de pronostic réservé à défavorable malgré des réponses cliniques initiales parfois encourageantes.
Conclusion
La prise en charge optimale est conjointe entre dermatologue, oncologue et propriétaire.
En complément des traitements anticancéreux conventionnels — chirurgie ou radiothérapie pour les lésions localisées, lomustine ou polychimiothérapie pour les formes multifocales ou progressives — plusieurs options médico-dermatologiques (rétinoïdes de synthèse, oclacitinib, lokivetmab, huile de carthame, soins topiques…) peuvent être discutées chez le chien atteint de LCE afin d’optimiser la qualité de vie en tenant compte d’un objectif réaliste en partenariat avec les propriétaires.
Références
Chan CM, Frimberger AE, Moore AS. Clinical outcome and prognosis of dogs with histopathological features consistent with epitheliotropic lymphoma: a retrospective study of 148 cases (2003–2015). Veterinary Dermatology. 2018;29:e154–e159.
Siewert J, Pellin MA, Husbands BD, Curran KM, Scavelli D, Sampene E. Feline cutaneous lymphoma: an evaluation of disease presentation and factors affecting response to treatment. Journal of Feline Medicine and Surgery. 2022;24(4).
Inai K, Kitagawa T, et al. Lokivetmab improved pruritus in a dog with cutaneous epitheliotropic lymphoma. Journal of Veterinary Medical Science. 2022;84(1):36–39.
Rando C, et al. Treatment of canine cutaneous epitheliotropic T-cell lymphoma with oclacitinib: a case report. Veterinary Dermatology. 2022.
Ramos RN, Macfarlane L, et al. Isotretinoin treatment of 12 dogs with epitheliotropic lymphoma. Veterinary Dermatology. 2022.
Iwamoto KS, Bennett LR, Norman A, Villalobos AE, Hutson CA. Linoleate produces remission in canine mycosis fungoides. Cancer Letters. 1992;64(1):17–22.
Risbon RE, de Lorimier LP, Skorupski K, et al. Response of canine cutaneous epitheliotropic lymphoma to lomustine (CCNU): a retrospective study of 46 cases (1999–2004). Journal of Veterinary Internal Medicine. 2006;20(6):1389–1397.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Lire un capnographe
Toulouse France
Le fait d’anesthésier un animal même sain est communément considéré comme un acte à risque. En effet, des complications, pouvant aller jusqu’au décès, peuvent survenir chez tout type de patient, quel que soit son état de santé initial et le type de procédure qu’il subit. Il apparaît capital de savoir détecter précocement et diagnostiquer précisément ces complications afin de pouvoir les prendre en charge rapidement et efficacement.
Contrairement à ce que l’on croit souvent, la surveillance minimale à mettre en place pour toute anesthésie générale ne nécessite aucun investissement. Il s’agit de savoir gérer la profondeur de la narcose et de surveiller cliniquement a minima les fonctions vitales cardiovasculaire, respiratoire et métabolique. Cependant, le diagnostic d’une anomalie infraclinique comme l’hypotension ou l’hypoventilation ainsi que la prise en charge adaptée de ces complications nécessitent quant à eux d’avoir recours à la surveillance instrumentale. Grâce aux progrès technologiques et à l’ouverture des marchés, une surveillance anesthésique instrumentale en médecine vétérinaire est maintenant possible à moindre frais. La capnographie fait partie de ces moyens de surveillance instrumentale.
1. Généralités autour de la surveillance instrumentale : des chiffres et des courbes
La surveillance instrumentale donne des renseignements sur les fonctions vitales cardiovasculaire, respiratoire et/ou métabolique d’un animal anesthésié, qui ne se voient pas forcément lors d’un simple examen clinique. Ces renseignements prennent alors la forme de valeurs chiffrées et/ou de tracé graphique. A ce titre, la surveillance instrumentale est souvent riche d’informations mais demande une certaine rigueur dans le recueil de ces informations ainsi que de solides connaissances physiopathologiques afin de les interpréter. Ainsi, devant un écran de surveillance instrumentale multiparamétrique, il conviendra avant tout :
- d’identifier l’ensemble des paramètres disponibles (tous les « moniteurs d’anesthésie » ne donnent pas le même type de renseignements),
- d’identifier précisément le.s chiffre.s et/ou la.les courbe.s se rapportant spécifiquement à chacun des paramètres disponibles,
- de noter scrupuleusement sur une feuille de suivi anesthésique toutes ces informations au cours du temps.
2. Capnographie
2.1. Principe
Au cours des dix dernières années, la capnographie s’est démocratisée en médecine vétérinaire. Il s’agit de l’outil de mesure non invasif de la concentration en dioxyde de carbone, CO2 contenu dans les gaz expirés et inspirés par l’animal. Le capnogramme est le tracé résultant de cet enregistrement continu en fonction du temps (Figure 1).
2.2. Les chiffres et la courbe de la capnographie
*EtCO2 (ou FeCO2) : quantité maximale de CO2 en fin d’expiration, exprimée en mmHg. Sa valeur doit être comprise entre 35 et 45 mmHg.
*FiCO2 : quantité de CO2 lors de l’inspiration. Sa valeur doit toujours être égale à 0. L’animal ne doit jamais réinhaler du CO2.
*FR ou fréquence respiratoire, exprimée en mouvements par minute.
*La courbe ou capnogramme (Figure 1) :
Lorsqu’il est normal, un capnogramme est une courbe dite en créneau de château fort, correspondant à la chasse du CO2 le long des voies aériennes lors d’un cycle respiratoire inspiration/expiration. On distingue ainsi quatre grandes phases : I - ligne de base inspiratoire (Elle est confondue avec l’axe des abscisses, signant l’absence de CO2 durant l’inspiration) ; II - partie ascendante du capnogramme, correspondant au début de l’expiration des gaz de l’espace mort physiologique (voies aériennes supérieures : trachée et bronches) puis au début de l’expiration des gaz alvéolaires ; III - phase de plateau, correspondant au gaz riche en CO2 en provenance des alvéoles, légèrement ascendant en raison de la diffusion permanente du CO2 des capillaires aux alvéoles, le point le plus haut de la phase III correspond au CO2 en fin d’expiration (EtCO2) et est assimilé au CO2 en provenance uniquement de la vidange des alvéoles ; IV - descente de la concentration en CO2 et début de l’inspiration.
La lecture et l’interprétation du capnogramme reposent sur la valeur de la fraction expirée en CO2 (EtCO2) qui permet d’évaluer l’efficacité de la ventilation et la forme de la courbe qui permet d’approcher l’origine causale du trouble.
2.3. En pratique
Le dispositif se compose d’une chambre de prélèvement des gaz inspirés et expirés de l’animal, en général placée directement sur la sonde trachéale, reliée à une cellule où se réalise l’analyse de la quantité de CO2.
Deux types de méthode de mesure sont disponibles : mainstream et sidestream (Figure 2). Il existe deux types de capnographes, qui varient selon la position de la cellule d’analyse : méthodes dite « mainstream » ou « sidestream ». Dans la méthode dite « sidestream », la cellule d’analyse des gaz se trouve à distance du patient. Un échantillon des gaz respiratoires est aspiré en permanence à travers un tuyau de faible diamètre placé le plus près possible des voies respiratoires du patient. La zone de prélèvement est connectée à une pièce insérée sur l’extrémité de la sonde trachéale ou du masque. Les avantages sont la légèreté de la chambre de prélèvement, son utilisation possible sur un animal non intubé (lunettes nasales, sonde nasale, nasopharyngé ou nasotrachéale et parfois directement par application sur les narines ou dans la bouche). Toutefois, le tuyau d’acheminement du prélèvement étant de faible diamètre, il est rapidement sujet aux obstructions par les sécrétions de l’animal ou l’humidité ; il est également sujet à des dilutions du CO2 par des fuites. Le principal inconvénient reste néanmoins le délai entre l’aspiration du prélèvement et l’affichage de la valeur mesurée. Dans la méthode dite « mainstream », le capteur est directement placé entre la sonde trachéale et le circuit anesthésique. Le délai entre l’analyse et l’affichage des résultats est très réduit (de l’ordre de 100ms). Toutefois, sa position augmente l’espace mort du circuit. Le poids du capteur peut produire une traction importante sur la sonde trachéale entraînant une déconnexion accidentelle ou une plicature ; sa position le rend plus sensible à des interférences liées à la condensation et aux sécrétions. Cette méthode nécessite également l’intubation de l’animal. Le capteur du système « mainstream » est, en outre, plus fragile que celui d’un système « sidestream ».
2.4. Quand s’alerter
*Si FiCO2 > 0 mmHg et/ou la ligne de base du capnogramme ne revient pas à 0 : cela signe une réinhalation de CO2 par l’animal. Quelle qu’en soit l’origine, il faut s’en préoccuper dès lors qu’on l’observe et sans délai.
*Si EtCO2 < 35 ou > 45 mmHg chien, < 30 ou > 40 mmHg chat
*Lors de toute diminution brutale et rapide de l’EtCO2 (peut annoncer un arrêt cardiaque imminent).
*Dès lors que le capnogramme est anormal, c’est-à-dire qu’il n’est pas une succession de jolis créneaux de château fort
*Diminution ou augmentation brutale et/ou progressive de la FR
2.5. Premières mesures de prise en charge
*Vérifier si l’animal respire spontanément
*Vérifier si les voies aériennes supérieures sont perméables
*Faire un examen clinique complet
*Vérifier le matériel anesthésique au sens large (machine d’anesthésie volatile + circuit)
En effet, des anomalies dans le capnogramme permettent aussi de détecter des problèmes inhérents au matériel (sonde endotrachéale bouchée, avec une atteinte de la phase II ; débit insuffisant d’O2 ou saturation totale de la chaux du canister avec réinhalation de CO2 à l’inspiration et une ligne de base ne revenant pas à 0…).
Remarque : Attention, lors de l’utilisation d’un circuit non-réinhalatoire type Bain, la forte dilution des gaz expirés consécutive à l’utilisation d’un débit d’oxygène élevé conduit à l’obtention de valeurs d’EtCO2 souvent artificiellement basses.
Concernant les autres causes d’anomalies d’EtCO2 et/ou de FiCO2 et/ou de FR et/ou du tracé capnographique, l’identification de la cause nécessite en général d’avoir recours à d’autres informations cliniques et moyens de surveillance instrumentale : pression artérielle, oxymétrie pulsée…La prise en charge sera alors spécifique du mécanisme causal identifié.
3. Pour aller plus loin
Le CO2 est un déchet de la respiration cellulaire. Le fait qu’il soit présent dans l’air expiré témoigne certes de son élimination par les voies aériennes supérieures (ventilation) mais aussi de sa production au niveau cellulaire et donc de l’existence d’un métabolisme aérobie, et de son transport jusqu’à son lieu d’élimination, le poumon, rendu possible par la perfusion des organes et la circulation sanguine. L’EtCO2 est un indicateur fiable de la perfusion tissulaire. La capnographie apporte donc des renseignements sur la respiration, via la ventilation mais aussi sur la fonction cardiocirculatoire.
Ceci s’illustre parfaitement bien lors d’un arrêt cardiaque et de la mise en place d’une réanimation cérébrale et cardio-pulmonaire (RCCP). Le fait qu’il soit présent dans les alvéoles pulmonaires témoignent donc à la fois de sa production au niveau cellulaire (existence d’un métabolisme aérobie) mais aussi de son transport jusqu’à son lieu d’élimination, le poumon, rendu possible par la reprise d’une circulation spontanée (reprise d’activité contractile cardiaque) et/ou d’une circulation maintenue par le massage cardiaque. Si l’EtCO2 obtenu est supérieure à 18 mmHg, les compressions thoraciques (ou massage cardiaque) sont considérées comme efficaces. Après plusieurs cycles de réanimation infructueuse (> 15 minutes), un EtCO2 inférieure à 5 – 10 mmHg est de faible pronostic et peut aider à la décision d’arrêter la réanimation. En effet, Les valeurs initiale (lors du début de la prise en charge), maximale et moyenne de l’EtCO2 sont statistiquement prédictifs du retour ou non d’une circulation spontanée.
Remarque : L’EtCO2, et surtout sa diminution est aussi un indicateur précoce d’arrêt cardiaque imminent.
En conclusion, la capnographie fait donc partie des moyens de surveillance instrumentale peranesthésique qui donne de nombreux renseignements sur les grandes fonctions respiratoires et cardiovasculaires ainsi que sur des anomalies éventuelles sur le circuit et la machine d’anesthésie volatile. Elle est en outre non invasive et facile à mettre en œuvre en pratique. Elle permet entre autres de diagnostiquer précocement des complications dont les conséquences ne seraient que tardivement visibles cliniquement. Ce diagnostic précoce permet la mise en place de traitements adaptés qui limitent ainsi les conséquences morbides sur un animal. Cependant, l’interprétation fine et complète de ses anomalies est parfois difficile car elle demande la confrontation aux autres paramètres cliniques et instrumentaux cardiovasculaires et respiratoires (pression artérielle, SpO2…).
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Maladie parodontale : bien la diagnostiquer pour bien la traiter
Charbonnières Les Bains, France
I. Introduction et épidémiologie
La maladie parodontale (MP) constitue l'une des affections les plus fréquentes chez les carnivores domestiques, concernant plus de 80 % des chiens et des chats âgés de plus de trois ans [1]. Une étude épidémiologique en consultation primaire au Royaume-Uni rapporte une prévalence de 64,8 % chez les chiens de plus de 4 ans, avec une association significative au poids corporel, à la race et à l'âge [2].
La MP est une inflammation destructive du parodonte (gencive, desmodonte, cément et os alvéolaire) initiée par le biofilm bactérien (plaque dentaire), mais dont la progression et la sévérité sont principalement déterminées par la réponse immuno-inflammatoire de l'hôte [1]. En l'absence de traitement, la gingivite réversible (PD1) évolue vers une parodontite irréversible (PD2–4) associée à des complications locales sévères (communications oronasales, ostéomyélite, fractures mandibulaires pathologiques…)
La maladie parodontale peut également être associée à une inflammation systémique et à une bactériémie. Toutefois, si plusieurs travaux suggèrent des associations entre maladie parodontale et certaines affections systémiques, notamment rénales ou cardiovasculaires, la relation causale directe demeure difficile à établir et doit être interprétée avec prudence [3].
Le caractère souvent insidieux de cette affection, associé à une expression clinique de la douleur orale parfois discrète chez le chien et le chat, impose un examen bucco-dentaire complet et systématique. L'évaluation clinique réalisée chez l'animal vigile constitue une 1ère étape indispensable, mais elle ne permet pas, à elle seule, d'apprécier l'ensemble des lésions parodontales. Un bilan dentaire complet nécessite donc un examen détaillé sous anesthésie générale, complété par une exploration radiographique intra-orale [1,4].
II. Protocole diagnostique sous anesthésie générale (AG)
L'examen de la cavité buccale chez l'animal vigile permet d'identifier de nombreuses anomalies et constitue une étape essentielle de l'évaluation initiale. Il ne permet cependant pas d'établir un bilan odontologique complet chez un animal conscient, notamment en raison de l'impossibilité d'effectuer le sondage parodontal, ni un examen radiographique intra-oral. Selon les lignes directrices WSAVA [1] et AAHA [4], tout bilan parodontal complet requiert une AG sécurisée (intubation orotrachéale à ballonnet, protection pharyngée) garantissant l'immobilité du patient et la protection des voies aériennes vis-à-vis des aérosols bactériens [4]
Le diagnostic de certitude repose sur l'association « indissociable » de 2 examens complémentaires.
1. Sondage parodontal méthodique
Le sondage parodontal permet d'évaluer la profondeur du sulcus gingival ou de la poche parodontale et de rechercher une éventuelle perte d'attache. Une sonde parodontale graduée à extrémité mousse est introduite délicatement dans le sulcus jusqu'à atteindre sa base. La sonde est ensuite déplacée de manière contrôlée autour de la dent afin d'explorer l'ensemble de son pourtour. Pour une évaluation complète, le sondage est réalisé sur 6 sites par dent : mésio, médio et disto-vestibulaire, puis mésio, médio et disto-lingual ou palatin.
Le sondage en 6 sites permet d'identifier les variations localisées de profondeur de sondage et de ne pas méconnaître une perte d'attache limitée à une portion de la circonférence dentaire.
Les principaux paramètres parodontaux à consigner sur la charte dentaire sont les suivants :
- Profondeur de sondage parodontal (probing depth, PD) : distance mesurée entre la marge gingivale et le fond du sulcus ou de la poche parodontale. Une augmentation de cette profondeur peut résulter d'une perte d'attache, d'une augmentation du volume gingival ou de l'association des deux. Valeurs physiologiques : chien 1–3 mm ; chat ≤ 1 mm.
- Perte d'attache clinique (clinical attachment loss, CAL ou attachment loss, AL) : distance mesurée entre la jonction amélo-cémentaire (JAC) et le fond du sulcus ou de la poche parodontale. Seul critère objectif de destruction parodontale, elle prime sur la simple profondeur de sondage en cas de récession gingivale [1, 4].
- Furcations des dents pluriradiculées : évaluée à l'aide d'une sonde parodontale introduite dans la zone interradiculaire. La classification comprend : F0 (furcation non exposée) ; F1 (pénétration de la sonde dans la furcation, sur une distance inférieure à la moitié de la largeur sous-coronaire) ; F2 (pénétration supérieure à la moitié de cette distance, sans traversée complète) ; F3 : traversée complète de la furcation.
- Mobilité dentaire : elle est évaluée en exerçant une pression contrôlée sur la dent à l'aide d'un instrument rigide. Elle doit être distinguée de la mobilité physiologique. La classification couramment utilisée comprend : M0 (mobilité physiologique) ; M1 (mobilité supérieure à la normale mais ≤ 0,5 mm) ; M2 (mobilité >0,5 mm et ≤ 1 mm) ; M3 (mobilité >1 mm et/ou présence d'un déplacement axial).
- Saignement au sondage (bleeding on probing, BOP) : la présence d'un saignement lors du sondage constitue un indicateur de l'inflammation gingivale [1].
La combinaison de ces paramètres permet d'objectiver l'état clinique du parodonte et de compléter la classification du stade de maladie parodontale.
2. Radiographie intra-orale complète
L'examen radiographique intra-oral est indispensable à l'évaluation dentaire complète du patient. De nombreuses lésions cliniquement significatives peuvent être présentes sur des dents d'apparence macroscopiquement normale. Les anomalies radiographiques cliniquement importantes peuvent être identifiées sur 28 % des dents d'apparence normale chez le chien et 42 % chez le chat dans les études citées [4]. La réalisation de radiographies intra-orales de l'ensemble de la dentition est donc recommandée afin de ne pas sous-estimer l'étendue de la maladie [4].
L'examen radiographique permet notamment de :
- Quantifier et caractériser la perte osseuse alvéolaire, en distinguant les pertes horizontales, correspondant à un abaissement relativement uniforme de la crête alvéolaire, des pertes verticales, caractérisées par des défauts osseux localisés.
- Identifier les lésions de résorption dentaire, en précisant leur localisation et extension. Les caractéristiques radiographiques de la lésion, notamment l'intégrité ou la disparition des structures radiculaires et l'existence éventuelle d'une fusion avec l'os alvéolaire, contribuent au choix de la technique thérapeutique appropriée.
- Détecter les lésions périapicales, les modifications de l'espace du ligament parodontal et les anomalies de la lamina dura (son élargissement, son interruption ou sa disparition).
- Évaluer l'intégrité des structures osseuses mandibulaires, notamment en présence d'une perte osseuse parodontale sévère. Cette évaluation est particulièrement importante chez les chiens de petite taille, chez lesquels une destruction importante de l'os alvéolaire autour des dents mandibulaires caudales peut augmenter le risque de fracture pathologique.
L'examen clinique parodontal et l'examen radiographique sont ainsi complémentaires : le sondage renseigne principalement sur l'état des tissus parodontaux mous, la profondeur des poches, la perte d'attache, les furcations et la mobilité, tandis que la radiographie permet d'évaluer les structures minéralisées et notamment l'étendue de la perte osseuse et les lésions dentaires ou périapicales. Aucun de ces examens ne doit être interprété isolément pour établir le diagnostic et le stade de la maladie parodontale.
III. Classification de la maladie parodontale et décision thérapeutique : une approche dent par dent

Tableau 1
L'arbitrage thérapeutique se fait dent par dent, en croisant les données du sondage parodontal, de l'examen clinique et de la radiographie intra-orale.
Pronostic favorable à la conservation : perte d'attache limitée ou modérée, furcation ≤ F2, mobilité absente ou modérée, défaut osseux accessible, absence d'atteinte endodontique irréversible et valeur fonctionnelle de la dent préservée. La motivation et la capacité du propriétaire à assurer une hygiène bucco-dentaire quotidienne constituent également un élément déterminant.
Pronostic défavorable : perte d'attache importante, furcation F3, mobilité sévère, défaut osseux non accessible ou très étendu, atteinte endodontique non contrôlable, dent non fonctionnelle, ou impossibilité prévisible d'assurer un contrôle quotidien de la plaque. Dans ces situations, l'extraction est préférable à une thérapeutique conservatrice au pronostic très réservé.
1. Traitement conservateur — PD2 et PD3 sélectionnés
- Surfaçage radiculaire fermé : débridement sous-gingival à l'aide de curettes et d'inserts ultrasoniques adaptés, sans lambeau, lorsque la profondeur et la morphologie de la poche permettent un débridement efficace. Les poches modérées, notamment ≤5–6 mm, peuvent répondre favorablement à cette approche.
- Surfaçage radiculaire ouvert : un lambeau mucopériosté permet la visualisation et le débridement des surfaces radiculaires ainsi que l'évaluation du défaut osseux. Des techniques de régénération tissulaire guidée peuvent être envisagées dans des défauts intra-osseux sélectionnés, lorsque leur morphologie est favorable.
- Thérapeutiques locales adjuvantes : application intra-sulculaire de gels antiseptiques (chlorhexidine, acide hyaluronique) ou de matrice régénératrice résorbable peuvent être envisagés après débridement dans certaines poches résiduelles profondes. Ils ne se substituent pas au contrôle mécanique de la plaque.
- Antibiothérapie systémique : elle n'est pas systématique et doit être réservée aux situations cliniquement justifiées (infection systémique ou ostéomyélite présumée) [5].
- Prérequis : le contrôle quotidien de la plaque dentaire par le propriétaire est indispensable à la pérennité du traitement.
2. Extraction — PD3 à pronostic défavorable et PD4
L'extraction est indiquée lorsque la conservation présente un pronostic très réservé, notamment en présence d'une perte d'attache importante, d'une furcation F3, d'une mobilité sévère ou d'un défaut ne permettant pas un traitement conservateur prévisible.
L'extraction est un acte thérapeutique assainissant et non un échec thérapeutique : elle élimine le foyer parodontal douloureux et infectieux
IV. Conclusion
Un diagnostic parodontal rigoureux, associant sondage en 4 à 6 points de chaque dent et radiographie intra-orale complète sous anesthésie générale, constitue la base d'une décision thérapeutique individualisée. La classification PD0–PD4 permet de structurer l'évaluation de la sévérité, mais ne doit pas être utilisée seule pour décider de l'extraction : le pronostic repose sur l'intégration de la perte d'attache, de la morphologie du défaut, de la furcation, de la mobilité, de l'état endodontique, de la valeur fonctionnelle de la dent et de la capacité à maintenir un contrôle quotidien de la plaque.
Bibliographie
- NIEMIEC B et coll. World Small Animal Veterinary Association Global Dental Guidelines. J Small Anim Pract. 2020 ; 61 : E36-E161.
- O'Neill DG et coll. Epidemiology of periodontal disease in dogs in the UK primary-care veterinary setting. J Small Anim Pract. 2021 ; 62 : 1051-61.
- PEREIRA DOS SANTOS JD et coll. Relation between periodontal disease and systemic diseases in dogs. Res Vet Sci. 2019 ; 125 : 136-40.
- BELLOWS J et coll. 2019 AAHA Dental Care Guidelines for Dogs and Cats. J Am Anim Hosp Assoc. 2019 ; 55 : 49-69.
- Cunha E et coll. Revisiting Periodontal Disease in Dogs: How to Manage This New Old Problem? Antibiotics. 2022 ; 11 : 1729.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Maladie parodontale du chien et du chat : créer un consensus et une gestion d'équipe entre vétérinaire et ASV
Chenove France
Maladie parodontale du chien et du chat
Créer un consensus et une gestion d'équipe entre vétérinaire et ASV
Serge Becquevort – Clinique Ducs de Bourgogne
Introduction : un enjeu de médecine préventive, de médecine et de chirurgie, d'organisation et de planification.
La maladie parodontale est la pathologie chronique la plus fréquente en médecine des carnivores domestiques : elle concerne environ 80 % des chiens et 70 % des chats au cours de leur vie. Sa particularité est rarement sa gravité immédiate mais sa chronicité. elle ne se résout jamais définitivement et engage la structure vétérinaire sur toute la durée de vie de l'animal, dès l'âge de six mois lorsque la dentition est encore saine.
Si la médecine vétérinaire a globalement appris à prendre en charge avec efficacité des pathologies chroniques complexes (diabète, insuffisance rénale, cardiopathies…), la dentisterie ne suit pas encore la même dynamique dans un grand nombre de structures. Le sujet est souvent chronophage, technique et peu valorisé, alors qu'il repose sur des fondamentaux scientifiques solides, documentés, et sur une méthode reproductible.
Deux obstacles expliquent ce retard. Le premier est scientifique : il faut un discours commun, cohérent et documenté, L'adhésion des propriétaires en dépend. Le second est organisationnel : la dentisterie est un acte d'équipe qui exige méthode, rigueur et temps; menée en binôme vétérinaire-ASV, elle devient plus sûre et plus efficace
L'objectif de ce proceeding est de poser les bases d'un consensus scientifique partagé, de clarifier la répartition des rôles entre vétérinaire et ASV, puis de montrer comment cette organisation d'équipe, pour être fiable, doit intégrer une véritable culture de la prévention des erreurs, fondée sur la double vérification et les listes de contrôle (check-lists).
1. Bâtir un socle scientifique commun
Un travail d'équipe efficace commence par un langage commun. Avant de répartir les tâches, il faut s'assurer que vétérinaires et ASV partagent les mêmes connaissances et la compréhension de la maladie, afin de tenir un discours unique et cohérent face aux propriétaires.
Les conséquences pratiques de ces mécanismes doivent devenir des bases partagées par toute l'équipe :
- Le traitement de la plaque et du tartre est mécanique.
- Les antibiotiques ne sont pas un traitement de la maladie parodontale
- La prise en charge de la maladie parodontale est toujours et d'abord chirurgicale
- Les lésions parodontales sont toujours douloureuses.
- Le tartre réapparaît inévitablement, y compris chez un animal brossé quotidiennement : c'est un message important à faire passer aux propriétaires pour éviter tout sentiment d'échec.
Ce socle scientifique, aligné sur le consensus international de la WSAVA (World Small Animal Veterinary Association) en dentisterie vétérinaire, doit être connu de toute l'équipe, vétérinaires comme ASV. Niveaux de gestion de la maladie parodontale :
- Prévention : Stade 0 et 1. Essayer d’y maintenir la dentition le plus longtemps possible
- Gestion : à partir du stade 2, il faut retarder la perte d’attache. Les soins dentaires seront de plus en plus fréquents.
Partage des connaissances entre vétérinaires et ASV
Se former en continu (formations spécialisées – AFVAC, Improove, ESAVS, EVDC, centrales d'achat, iM3, Accesia, laboratoires,… ) à la fois sur la dentisterie et sur la gestion de la douleur (Capdouleur)
2. Le rôle du vétérinaire : diagnostic, décision et actes techniques
Le vétérinaire porte la responsabilité du diagnostic, de la décision thérapeutique et de la réalisation des actes chirurgicaux.
En consultation :
Examen clinique complet. exclure ou valider la bonne prise en charge des maladies intercurrentes, réaliser un examen standardisé de la cavité buccale sur l'animal vigile, à l'aide d'outils simples ( éclairage directionnel, appareil photo, coton-tige), pour observer la gencive, l'occlusion, l'aspect des dents (fracture, attrition, abrasion), le tartre, la douleur, la mobilité et le nombre de dents. Évaluer la procédure et le protocole d'anesthésie
Définir la stratégie et le suivi à long terme, le documenter pour que l'équipe en soit informée. Informer le propriétaire que la maladie parodontale est une maladie chronique nécessitant un suivi à vie tant que l'animal a des dents. Établir un plan de suivi avec détartrages et explorations sous anesthésie réguliers, tous les 1 à 5 ans selon les cas, pour évaluer l'efficacité de la prophylaxie et poursuivre l'assainissement de la cavité buccale.
3. Le rôle de l'ASV : prévention, éducation et sécurisation
Le rôle de l'ASV s’étend de la maintenance du matériel, l'hygiène et la procédure chirurgicale mais est aussi important(e) dans la prévention, de l'éducation thérapeutique, et le conseil à l’accueil.
A l'accueil :
Conseil, prophylaxie et éducation du propriétaire
Être à l'écoute des symptômes décrits par les clients (halitose, gêne à la mastication)
Connaître les caractéristiques des produits « dentaires » et savoir les conseiller
Relais des procédures de prévention : Maîtriser les conseils de prophylaxie et savoir faire la part entre ce qui est réellement utile et ce qui ne l'est pas. Assurer l'éducation thérapeutique du propriétaire, en particulier pour le brossage dentaire, dès la sortie de la clinique après une intervention : la plaque dentaire se reconstitue en quelques heures.
En salle de consultation :
Démontrer la technique de brossage directement sur l'animal. Préciser le rythme : quotidien en référence, tous les 2 à 3 jours au minimum; rappeler qu'un brossage régulier, même imparfait, réduit significativement l'agressivité des lésions constatées lors des détartrages suivants. Recommander le matériel adapté : brosses à poils souples, tête dense, filaments fins ; le label VOHC (Veterinary Oral Health Council) référence les produits ayant prouvé leur innocuité et leur efficacité ; hiérarchiser les recommandations Tenir rigoureusement le même discours que le vétérinaire : c'est la condition de la cohérence perçue par le client.
Gestion du matériel, de l'environnement et de la période péri opératoire
Entretien du matériel : avant et après, nettoyage, désinfection, lubrification, séchage, contrôle de l'usure des inserts de détartrage, vérification du bon fonctionnement de l'irrigation. (Rédiger des procédures).
Locaux : ne pas oublier la désinfection des surfaces. Aérosol contaminé par des bactéries et virus (chat)
4. Construire la synergie d'équipe : consensus et répartition des tâches
En amont :
se mettre d’accord sur :
les services qu’on propose et les procédures, le discours qu’on tient aux clients.
Pour gagner en compétence et en confiance, commencer avec des clients motivés et des animaux coopératifs plutôt qu'avec des cas réfractaires.
Pendant l'intervention dentaire
Répartir les rôles et les étapes de l'intervention, en s’appuyant sur une check list. Editer une fiche d'anesthésie (heure des injections faites et à faires, doses, voies, debit de perfusion, paramètres du monitoring, … , le protocole postopératoire.
Vérification du matériel (unité dentaire, gazeuse, tapis chauffant) et de l'équipement des intervenants : blouse, masque, gants, lunettes de protection
Ne pas être dérangé.
Se laisser du temps pour gérer les imprévus.
Les tâches vont être partagée entre l’ASV, plutôt dédiée à l’anesthésie, la gestion du monitoring et de la température, et la/le vétérinaire :
L’ASV réalisera le bilan préanesthésique prévu par le vétérinaire, la pose de cathéter, et coassurer le monitoring peropératoire en collaboration, en particulier pour les chirurgies longues, douloureuses et hypothermisantes. Une analgésie multimodale (morphinique, AINS, anesthésie locorégionale), incluant systématiquement des blocs loco-régionaux pour les procédures chirurgicales et parfois pour la procédure de détartrage.
Chronologiquement, les étapes passent de l’examen visuel (repérer les lésions dentaires, gingivale ou buccales), avec photos, puis détartrage supra et sous gingival, sondages parodontaux systématique et radiographies rétro alvéolaires.
L’établissement d’une charte dentaire détaillée et l’inventaire des lésions mise en évidence servira de base à l’étape chirurgicale et au suivi de l’animal à l’avenir.
Il est toujours nécessaire de valider la suite de la procédure avec les propriétaires le cas échéant.
Partager et échanger avec l'ASV sur les actes réalisés, le suivi du monitoring (température, pression artérielle et capnographie en particulier),
En fin de procédure : une check list est à faire, incluant, les paramètres d’anesthésie, le rinçage de la cavité buccale, le retrait des pack, température, yeux, antalgie
… et le registre des stupéfiants
5. Sécuriser la pratique : prévenir les erreurs par la méthode du double-check
C'est ici que la gestion d'équipe rejoint directement la sécurité du patient. La dentisterie est un acte technique, souvent long et complexe s’il n’est pas bien structuré, répétitif, réalisé sous anesthésie générale, sur des animaux souvent âgés, qui mobilise plusieurs intervenants et de nombreuses étapes séquentielles —imagerie, pack pharyngé, détartrage, sondage, analgésie locorégionale, extractions, sutures, prescriptions, registre des stupéfiants, consignes de sortie. C'est exactement le type de procédure où un enchaînement d'étapes correctement maîtrisées individuellement peut néanmoins produire un oubli critique si une autre personne n'en assure pas la vérification croisée.
Cette culture du double contrôle ne ralentit pas la pratique : elle la sécurise et la rend plus fluide, car chaque membre de l'équipe sait précisément ce qui est vérifié, par qui, et à quel moment. Elle documente également le dossier médical (photos, résultats de sondage, radiographies), ce qui constitue à la fois une sécurité clinique et une traçabilité précieuse en cas de question ultérieure du propriétaire.
Restitution de l’animal
Dans l'idéal, le vétérinaire explique le diagnostic, la gravité des lésions, le plan de traitement chirurgical et la nature chronique de la maladie. L'ASV prend ensuite le relais pour renforcer ces messages, détailler et démontrer concrètement les mesures de prophylaxie — ce relais assure une bien meilleure adhésion du propriétaire au plan de soins global qu'un discours délivré une seule fois par une seule personne.
Formation continue et montée en compétence du binôme
Dans l'idéal, Identifier un binôme vétérinaire-ASV motivé et intéressé : c'est souvent lui qui porte le développement de l'activité.
Conclusion
La prise en charge efficace de la maladie parodontale chez le chien et le chat repose sur trois piliers indissociables : un socle scientifique partagé qui permet un discours unique et cohérent envers les propriétaires ; une répartition claire des rôles entre le vétérinaire, garant du diagnostic et de l'acte chirurgical, et l'ASV, pivot de la prévention et de l'éducation thérapeutique ; et une organisation d'équipe rigoureuse lors des chirurgies parodontales qui intègre une double vérification.
Loin d'être une contrainte administrative supplémentaire, cette rigueur méthodique est ce qui transforme une activité perçue comme chronophage et anxiogène en une pratique fiable, reproductible et valorisante — pour l'animal, pour le propriétaire, et pour l'ensemble de l'équipe soignante.
Références indicatives
American Veterinary Dental College (AVDC) — Nomenclature et classification des stades de la maladie parodontale.
Niemiec B.A. (Ed.) — Veterinary Periodontology, Wiley-Blackwell. October 2012
World Small Animal Veterinary Association (WSAVA) — Global Dental Guidelines.
European Veterinary Dental College (EVDC) — Recommandations de bonnes pratiques en dentisterie vétérinaire.
Guide pratique de stomatologie et de Dentisterie vétérinaire Ph Hennet – F Boutoille éd Medcom 2013
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Mésothéliome péritonéal chez le chien : description tomodensitométrique de 3 cas
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Mesure de la pression artérielle à domicile, par le propriétaire, chez le chat : faisabilité et comparaison avec les mesures à l'hôpital.
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Migration transmurale cæcale d'un textilome avec coalescence intestinale et hydronéphrose droite : description à l'imagerie d'un cas original chez un chien
Introduction : La migration intestinale transmurale des gossypibomes (ou textilomes) est une complication rare en médecine vétérinaire [1,2]. Ce cas décrit une migration transmurale originale d'un textilome, associée à des coalescences intestinales multiples et une hydronéphrose droite, de découverte fortuite lors d'un bilan traumatologique chez une chienne. Anamnèse : Une chienne Cocker Anglais, femelle stérilisée de 8 ans, est présentée pour la prise en charge d'un traumatisme facial suite à une chute. Elle présente un contexte d'amaigrissement et de diarrhée chronique. Ses antécédents incluent une stérilisation puis une reprise chirurgicale pour rémanence ovarienne (ovariohystérectomie) réalisées respectivement 2 ans et 8 mois avant la présentation. Examen clinique : L'examen clinique révèle une épistaxis discrète, à relier au traumatisme facial, sans autre anomalie notable. Démarche diagnostique : Le bilan sanguin montre une discrète anémie régénérative et une hypoalbuminémie modérée. Le bilan traumatologique initial révèle, au POCUS abdominal, une structure anormale générant une ombre acoustique dans l'abdomen moyen, un discret épanchement et une hydronéphrose droite. Les radiographies abdominales montrent un corps étranger granuleux, partiellement minéralisé, situé dans une anse intestinale dilatée, une néphromégalie droite et un aspect en verre dépoli de la graisse régionale. Le traumatisme facial et les anomalies abdominales détectées motivent la réalisation d'un scanner de la tête, du thorax et de l'abdomen. Le scanner thoraco-abdominal révèle un corps étranger intraluminal d'aspect granuleux/spongieux, minéralisé dans sa périphérie, situé dans la lumière cæcale dilatée. Celle-ci est en continuité anormale avec la lumière du duodénum descendant et de deux anses jéjunales, formant une coalescence luminale complexe. La graisse régionale est striée (péritonite focale). La jonction iléo-colique est d'aspect usuel. Il révèle également, à droite, une hydronéphrose avec dilatation de l'uretère qui s'amincit brutalement dans son tiers distal en regard du corps étranger. L'imagerie de la tête montre des fractures de l'os nasal, de la mandibule et de l'os temporal gauches, peu déplacées et sans indication chirurgicale. Traitement : Une laparotomie est programmée 3 mois après la présentation initiale pour l'exploration des anomalies abdominales. Elle révèle des adhérences et une coalescence luminale intestinale entre le duodénum, le cæcum et deux anses jéjunales, associées à la présence d'un corps étranger intraluminal cæcal de type textilome (compresse). La levée des multiples adhérences et le parage des parois intestinales obligent à la réalisation d'une duodénectomie, d'une typhlectomie et d'une entérectomie. Un site de sténose urétérale droite est identifié en regard du corps étranger, motivant la réalisation d'une néphrectomie droite. Une échographie abdominale permissive et la reprise d'un bon état général motivent une sortie 48 heures après l'intervention. Discussion : Les gossypibomes sont le plus fréquemment rencontrés à la suite d'interventions chirurgicales de type ovariohystérectomie en médecine vétérinaire [4]. Leur migration transmurale, rare, concerne principalement l'intestin grêle chez l'homme et quelques rares cas vétérinaires [1,2,3]. Leur aspect est décrit comme « mité et spiralé » [4] à la radiographie chez le chien et « réticulé et calcifié en périphérie » au scanner chez l'homme [3], comme ici. Un seul cas de migration caecale d'un gossypibome est décrit au scanner chez le chien [2], ne présentant pas le même aspect calcifié que dans notre observation. Les migrations transmurales sont fréquemment associées à la présence d'adhérences viscérales multiples, pouvant également impliquer les uretères [3,5] et suspectées ici d'être à l'origine de la sténose urétérale droite. La coalescence des lumières intestinales caecale, duodénale et jéjunales est une caractéristique originale de ce cas qui, à notre connaissance, n'a jamais été décrite dans la littérature vétérinaire. Conclusion : Ce cas clinique constitue la première description scanner d'une migration transmurale d'un textilome dans la lumière caecale, associée à une coalescence des lumières d'anses intestinales grêles et à une sténose urétérale droite, supposée être secondaire aux multiples adhérences régionales. Références : 1. DAY J.L. et col. (2012) Migration of a retained surgical swab into the jejunum in a dog. J. Small Anim. Pract 2. ANSON A. et col. (2018) Imaging diagnosis - CT findings in a dog with spontaneous transmural migration of a textiloma in the caecum. Vet. Radiol. Ultrasound 3. ZANTVOORD Y. et col. (2008) Transmural Migration of Retained Surgical Sponges: A Systematic Review. Obstet. Gynecol. Surv. 4. MERLO M. et col. (2000) Radiographic and US features of retained surgical sponge in 8 dogs. Vet. Radiol. Ultrasound 5. FRANK J.D. et col. (2009) Enterocutaneous Fistula in a Dog Secondary to an Intraperitoneal Gauze Foreign Body. J. Am. Anim. Hosp. Assoc.
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Mise en place de la dentition définitive et bilan
Charbonnières Les Bains France
Introduction
La mise en place de la dentition définitive constitue une étape clé du développement du chien et du chat. L'ensemble des dents permanentes est en place vers l'âge de 6 à 7 mois, même si la fermeture apicale des racines se poursuit encore plusieurs semaines, notamment pour les canines. Cette période correspond à une véritable consultation de dépistage : de nombreuses anomalies du développement dentaire ne se corrigent plus spontanément après cet âge et peuvent rapidement engendrer des complications fonctionnelles ou douloureuses. Un diagnostic précoce autorise des interventions simples et peu invasives, alors qu'une prise en charge tardive conduit à des traitements nettement plus complexes.
Le bilan de la dentition définitive doit donc faire partie intégrante de l'examen clinique du jeune carnivore, au même titre que l'évaluation orthopédique ou la recherche d'anomalies congénitales.
1. Évaluation systématique de la dentition définitive
L'examen bucco-dentaire doit être méthodique et reproductible. Une inspection rapide est insuffisante : certaines anomalies peuvent passer inaperçues chez un animal peu coopératif ou être masquées par la persistance de dents déciduales.
Formule dentaire et nombre de dents
La première étape consiste à confirmer que la formule dentaire permanente est complète. Le chien adulte possède normalement 42 dents (2 × I 3/3, C 1/1, PM 4/4, M 2/3) ; le chat en possède 30 (2 × I 3/3, C 1/1, PM 3/2, M 1/1) [1].
Toute dent cliniquement absente doit être considérée comme « non identifiée » jusqu'à preuve du contraire. Elle peut correspondre à une agénésie, mais aussi à une dent incluse, retenue ou à une perte précoce d'origine traumatique. La distinction est capitale, car une dent incluse peut rester asymptomatique plusieurs mois avant de provoquer une inflammation chronique ou le développement d'un kyste dentigère.
Exfoliation des dents déciduales
Toutes les dents lactéales doivent avoir disparu à la fin de la croissance. La persistance d'une dent déciduale en regard de sa remplaçante permanente constitue l'anomalie de développement la plus fréquemment rencontrée, en particulier chez les chiens de petit format [1]. Elle provoque un encombrement de l'arcade dentaire, modifie l'axe d'éruption de la dent permanente et favorise l'accumulation de plaque bactérienne.
Position des dents et occlusion
Chaque dent doit occuper une position compatible avec une occlusion fonctionnelle et non traumatique. L'examen recherche des rotations, versions ou déplacements responsables d'interférences occlusales, de traumatismes des tissus mous ou de zones de rétention alimentaire.
Une attention particulière est portée aux canines permanentes. Les malpositions de ces dents sont responsables de la majorité des malocclusions cliniquement significatives chez le jeune chien : une canine mandibulaire linguoversée peut provoquer un traumatisme palatin douloureux dès les premiers mois de vie [2]. La présence d'une ulcération palatine, d'une usure dentaire anormale ou d'une douleur constitue toujours un motif de prise en charge, indépendamment de l'aspect esthétique de l'occlusion.
Intégrité des tissus dentaires
Chaque dent doit être examinée individuellement afin de rechercher des anomalies de structure : hypoplasie de l'émail, dyschromie, usure anormale ou fracture passée inaperçue. Même localisées, ces anomalies peuvent compromettre l'étanchéité de la dent et favoriser une atteinte pulpaire secondaire. Leur dépistage précoce permet de mettre en place des mesures conservatrices avant l'apparition de complications endodontiques [3].
2. Identifier les anomalies à risque
Toutes les anomalies observées lors du bilan de la dentition définitive ne nécessitent pas une intervention. Le rôle du praticien est d'identifier celles susceptibles de compromettre la fonction, d'induire une douleur ou de favoriser l'apparition de lésions irréversibles.
Dents déciduales persistantes
La persistance d'une dent lactéale constitue l'anomalie la plus fréquente lors du contrôle de la dentition définitive [1]. Son maintien crée un double alignement dentaire susceptible de dévier la dent permanente de son axe physiologique d'éruption, avec pour conséquences potentielles : malocclusion traumatique, rétention alimentaire et maladie parodontale précoce (Figure 1).
La conduite à tenir dépend du contexte clinique. Lorsque la dent déciduale entraîne une malposition de la permanente, un traumatisme des tissus mous ou des signes de maladie parodontale localisée, l'extraction est indiquée sans délai [1]. En revanche, si la dent déciduale présente une mobilité marquée et qu'aucun risque de malocclusion n'est identifié, une surveillance à très court terme est acceptable, à condition qu'un contrôle rapproché soit programmé et que l'exfoliation spontanée se produise dans les jours suivants.
Malocclusions traumatiques : intervenir avant l'installation des lésions
Une malocclusion devient pathologique dès lors qu'elle provoque un traumatisme des tissus mous, une usure dentaire anormale ou une exposition pulpaire. L'objectif thérapeutique n'est pas de corriger une imperfection esthétique, mais de restaurer une occlusion fonctionnelle et non traumatique. Plus la prise en charge est précoce, plus les possibilités conservatrices sont nombreuses [2].
Dents absentes : le diagnostic clinique ne suffit jamais
L'absence clinique d'une dent permanente ne permet en aucun cas de conclure à une agénésie vraie. Une dent incluse peut être présente dans l'os sans avoir fait son éruption et être à l'origine d'une inflammation chronique ou d'un kyste dentigère, parfois responsable d'une destruction osseuse étendue avant les premiers signes cliniques [4].
La radiographie intra-orale est un préalable obligatoire avant toute conclusion diagnostique : en l'absence d'imagerie, le diagnostic d'agénésie ne peut pas être posé. Selon le résultat radiographique, trois situations se distinguent :
- Agénésie vraie confirmée : aucune surveillance spécifique n'est nécessaire en l'absence de retentissement fonctionnel.
- Dent incluse, couronne accessible, sans lésion kystique : une opérculectomie — ablation du lambeau gingival obstructif — peut permettre l'éruption spontanée, avec suivi radiographique rapproché [4].
- Dent incluse avec kyste dentigère : l'extraction chirurgicale associée au curetage de la cavité est indiquée, compte tenu du risque de destruction osseuse progressive [4].
Anomalies de structure : préserver les dents immatures
Les défauts de développement de l'émail ou de la dentine sont plus rares, mais doivent être recherchés avec attention. Une hypoplasie de l'émail expose la dentine sous-jacente et favorise usure, hypersensibilité et contamination bactérienne de la pulpe. Chez un animal dont les racines ne sont pas encore totalement matures, préserver la vitalité pulpaire conditionne la poursuite du développement radiculaire [3]. Selon l'étendue des lésions, une restauration adhésive, un suivi ou un traitement endodontique pourront être proposés.
Encombrement dentaire : un facteur de risque sous-estimé
Les chevauchements et rotations importantes favorisent la rétention de plaque bactérienne et constituent un facteur de risque reconnu de maladie parodontale précoce [1]. Lorsque l'encombrement compromet durablement la santé bucco-dentaire, l'extraction sélective peut représenter la solution la plus conservatrice à long terme.
Particularités chez les races brachycéphales
Les races brachycéphales présentent une prévalence significativement plus élevée d'anomalies dentaires. Chez le chien, le Boxer, l'Épagneul tibétain, le Carlin et le Boston Terrier sont surreprésentés parmi les cas de dents incluses et de kystes dentigères, la première prémolaire mandibulaire étant la dent la plus fréquemment impliquée [4]. Chez le chat, les races Persan et Exotique présentent une hypodontie dans plus de 60 % des cas et une malocclusion dans plus de 70 % des cas [5]. Compte tenu de cette prédisposition, un bilan radiographique intra-oral complet sous anesthésie est recommandé chez tout patient brachycéphale lors du contrôle de la dentition définitive, avec un seuil d'intervention abaissé par rapport aux individus mésocéphales.
3. Proposer une prise en charge adaptée
La conduite à tenir repose sur l'évaluation du retentissement fonctionnel, parodontal et douloureux (Tabelau 1).
Cette consultation constitue un moment privilégié pour sensibiliser le propriétaire à l'hygiène bucco-dentaire et pour programmer un suivi adapté au profil de risque de l'animal.
Conclusion
Le contrôle de la dentition définitive est une consultation clé chez le jeune chien et le jeune chat. Réalisé de façon méthodique, il permet de confirmer le développement normal de la denture permanente, d'identifier précocement les anomalies susceptibles d'altérer la fonction orale et de proposer une prise en charge adaptée avant l'apparition de complications irréversibles. Une vigilance particulière s'impose chez les races brachycéphales, dont la prévalence élevée d'agénésies, d'inclusions et de malocclusions justifie un bilan radiographique systématique dès ce stade.
Au-delà du diagnostic, cette démarche s'inscrit pleinement dans une médecine préventive : quelques minutes consacrées à un examen bucco-dentaire rigoureux peuvent éviter des traitements lourds à l'âge adulte et contribuer durablement au maintien de la santé orale de l'animal.
Références bibliographiques
1. Gorrel C et coll. Veterinary Dentistry for the General Practitioner. 2nd ed. Edinburgh : Saunders Elsevier ; 2013.
2. Verstraete FJM, Lommer MJ. Oral and Maxillofacial Surgery in Dogs and Cats. Edinburgh : Saunders/Elsevier ; 2012.
3. Hale FA. Juvenile veterinary dentistry. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2005 ; 35 : 789-817.
4. Bellei E et coll. A Clinical, Radiographic and Histological Study of Unerupted Teeth in Dogs and Cats: 73 Cases (2001–2018). Front Vet Sci. 2019 ; 6 : 357.
5. Mestrinho LA et coll. Oral and dental anomalies in purebred, brachycephalic Persian and Exotic cats. JAVMA. 2018 ; 253 : 66-72.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Moduler le microbiote fécal : intérêt médical ou effet de mode ?
Nantes France
Liège Belgique
Objectifs pédagogiques
Connaître la place de l'alimentation dans la modulation du microbiote fécal.
Avoir les éléments pour choisir les compléments alimentaires (pré/pro/symbiotiques).
Connaître les recommandations pour prescrire et réaliser une transplantation de microbiote fécal (TMF).
Introduction
Il est désormais bien établi que les entéropathies chroniques (EC) du chien et du chat s’accompagnent d’altérations de la composition et des fonctions du microbiote digestif. On considère qu’un microbiote « sain » a une composition diversifiée et est capable d’interagir favorablement avec son hôte. Les bactéries constituent l’essentiel de sa biomasse et participent pleinement à l’homéostasie digestive. Certaines produisent des acides gras à chaîne courte (AGCC), une source d’énergie importante pour les colonocytes. D'autres participent à la déconjugaison des acides biliaires primaires puis à leur conversion en acides biliaires secondaires qui ont des effets antipathogènes et anti-inflammatoires.
Lors d’EC, la diversité microbienne du microbiote des malades est globalement diminuée. On constate une diminution de la production d’AGCC et une diminution de la conversion des acides biliaires primaires pro-inflammatoires en acides biliaires secondaires. Ces conséquences, que l’on peut résumer sous le nom de « dysbiose », altèrent la motricité du tube digestif, sa capacité à absorber les nutriments, et son rôle de barrière contre les pathogènes. L’état de dysbiose participe donc activement à la genèse des signes cliniques observés lors de troubles digestifs chroniques.
Il apparait donc séduisant de moduler favorablement le microbiote digestif dans la prise en charge des EC du chien et du chat. Mais a-t-on des preuves de l’intérêt médical des outils dédiés ? Nous abordons ici le bénéfice apporté par 1/ l’alimentation, 2/ les prébiotiques (substances non digestibles, souvent des fibres, qui promeuvent la croissance de microbes bénéfiques pour l’hôte), 3/ les probiotiques (micro-organismes vivants qui, si administrés en quantité appropriée, confèrent un bénéfice à l’hôte) ou symbiotiques (prébiotiques et probiotiques associés), 4/ un chélateur d’acides biliaires, et 5/ une transplantation de microbiote fécal.
1. Moduler le microbiote par l’alimentation
L’alimentation journalière (tous les aliments ingérés, y compris les suppléments et autres friandises) influence positivement ou négativement le microbiote. Avant de disposer d’outils d’analyse du microbiote, on évaluait tout simplement la tolérance digestive sur des critères macroscopiques (nombre, aspect, volume, couleur, …). Depuis que nous disposons des outils génomiques, les différences de microbiotes peuvent être associées à des paramètres tels que l’humidité (aliments secs versus aliments humides), le type d’alimentation (BARF versus alimentation conventionnelle) et de nombreux autres paramètres comme le process [Campbell et al., 2026]. Au-delà des aspects évoqués ci-dessous comme l’utilisation des pré-pro-sym-biotiques ou de la transplantation fécale, il convient de vérifier l’alimentation habituelle, en qualité et quantité mais également le nombre et les intervalles des repas. Dans les cas d’EC, les modifications d’alimentation constituent le traitement à privilégier avant toute supplémentation. Il faut également garder à l’esprit qu’il faut construire un cadre structurant pour introduire des modifications alimentaires, ce qui reste un défi permanent en clientèle. Ce cadre consiste à limiter les changements (d’alimentation, ou d’introduction de suppléments) à un à la fois, en se donnant le temps d’observer une amélioration ou de corriger une aggravation, ainsi qu’expliqué ci-dessous.
2. Moduler le microbiote par des prébiotiques
De nombreux prébiotiques existent et peuvent être classés en grands groupes de composés (exemples : fructanes, mannanes, beta-glucanes ou encore amidons résistants). Notre connaissance du bénéfice apporté par l’emploi de prébiotiques chez les chiens et chats souffrant d’EC est limitée parce que la plupart des études conduites les associent à des probiotiques ou à une autre intervention thérapeutique.
L’emploi de certains d’entre eux (beta-1,3/1,6-glucanes de levures avec ou sans mannan-oligosaccharides) non associés à un autre traitement n’a pas montré de bénéfice clinique, mais a conduit à une diversification favorable du microbiote des chiens les ayant reçus [Amaral et al., 2024] : il est possible qu’un nombre de chiens insuffisant ait été prévu pour réussir à démontrer une amélioration des signes cliniques. De telles investigations n’ont pas été réalisées chez le chat.
Dans notre expérience, les prébiotiques peuvent conduire à une amélioration clinique. De plus, aucun effet indésirable ne leur est connu. Nous encourageons donc leur utilisation, sans préjuger de la supériorité de l’un par rapport à un autre, notamment chez les patients dont les signes cliniques impactent peu leur qualité de vie. Nous nous donnons habituellement 2 à 3 semaines pour juger du bénéfice clinique apporté.
3. Moduler le microbiote par des probiotiques ou symbiotiques
Il existe peu d’études dont la construction permet d’évaluer clairement le bénéfice apporté par les probiotiques, parce qu’ils sont mélangés avec des prébiotiques (on parle alors de symbiotiques), un contrôle n’est pas prévu (absence d'un groupe de chiens/chats recevant un autre traitement ou un placebo pour comparaison), ou un faible nombre d’animaux est inclus.
Chez le chien, les seuls résultats qui suggèrent un bénéfice clinique substantiel ont été obtenus à l’aide d’un probiotique contenant plusieurs souches (appartenant notamment aux genres Lactobacillus et Bifidobacterium) [Rossi et al. 2014]. Notre expérience invite également à penser que multiplier le nombre de souches augmente les chances de conférer un bénéfice clinique à nos patients, sans doute parce qu’on maximise les chances qu’une ou plusieurs d’entre elles corrige(nt) les dysfonctions causées par la dysbiose !
Chez le chat, seules des études non contrôlées ont été conduites. La plus large série de cas et notre expérience invitent, comme chez le chien, à privilégier l’emploi d’un probiotique multisouche [Hart et al., 2012].
Nous nous donnons habituellement 2 à 3 semaines pour juger du bénéfice clinique apporté.
4. Chélater les acides biliaires : moduler les conséquences métaboliques de la dysbiose
Il est probable que vous lisiez bientôt dans la presse vétérinaire des communications à propos de chélateurs d’acides biliaires comme la cholestyramine. Celle-ci a montré un intérêt clinique dans de récentes séries de cas de chiens souffrant d’EC inflammatoire [Toresson et al., 2025]. L’intérêt théorique est de supprimer l’effet délétère des acides biliaires primaires qui s’accumulent.
Toutefois, il ne permet pas de résoudre la dysbiose causale, et exacerbe les signes cliniques de certains chiens (chélation des acides biliaires secondaires bénéfiques ?). Il pourrait sans doute être utilisé à court terme pour améliorer les signes cliniques d’un animal, mais n'est vraisemblablement pas une option pérenne.
5. Moduler le microbiote par une transplantation de microbiote fécal
Transplanter des selles, ce n’est pas que transplanter des microbes : on transplante également des fibres (donc des prébiotiques), des métabolites microbiens/du donneur, et des cellules du donneur (avec un potentiel immunomodulateur). En somme, on apporte un produit complexe qui a de fortes chances de s’implanter dans l’intestin du receveur puisqu’il provient d’un environnement similaire ; c’est sans doute l’atout majeur de la TMF en comparaison aux prébiotiques et probiotiques.
Chez le chien, plusieurs études, bien que non contrôlées, suggèrent que la TMF apporte un bénéfice substantiel chez près de 80% des chiens qui n’ont pas répondu à l’alimentation ou dont l’EC est considérée comme réfractaire [Toresson et al., 2023]. De plus, 80% des répondeurs semblent connaître un bénéfice pérenne (au moins 3 mois) !
A Oniris, nous attribuons désormais à la TMF la place suivante dans nos soins courants pour les chiens souffrant d’EC inflammatoire : essais alimentaires > prébiotiques > probiotiques > TMF > immunomodulateurs > (TMF si elle n’a pas été réalisée avant les immunomodulateurs).
Les preuves de bénéfice de la TMF contre les EC du chat sont nettement moins rapportées que chez le chien. Une série de cas suggère un intérêt clinique potentiellement important, que ce soit en cas d’inflammation chronique ou de lymphome à petites cellules [Lee et al., 2024].
La sélection du donneur de selles est sans doute l’étape la plus chronophage. Les critères recommandés par un groupe d’experts sont synthétisés dans le Tableau 1 [Winston et al., 2024].
Tableau 1. Critères de sélection de donneurs de selles pour transplantation de microbiote fécal.
Nous recommandons d’employer le protocole de préparation et administration du transplant suivant : utiliser des gants, un masque et une protection oculaire lors de la collecte et de la manipulation des selles ; utiliser des selles déféquées naturellement ; préparer le transplant dans les 6h après collecte ; mélanger les selles avec du NaCl 0,9% (ratio 20g/100mL) ; homogénéiser à l’aide d’un mixeur ; filtrer à travers une compresse de gaze ; administrer la solution (10mL/kg) par lavement colique ; une sédation est conseillée chez le chat ; favoriser la rétention du transplant dans le colon pendant 30 minutes.
Conclusion
L’implication de la dysbiose dans les EC du chien et du chat n’est plus à démontrer. Moduler favorablement le microbiote digestif de ces patients doit faire partie de leur prise en charge thérapeutique. L’alimentation est sans doute l’outil majeur qui le permet, et, lorsque ce n’est pas le cas, les prébiotiques, les probiotiques et la transplantation de microbiote fécal peuvent apporter un bénéfice substantiel et pérenne : nous encourageons à envisager ces options avant l’emploi d’un immunomodulateur !
Bibliographie
Amaral AR et coll. Microbiota in Mild Inflammatory Bowel Disease (IBD) Can Be Modulated by Beta-Glucans and Mannanoligosaccharides: A Randomized, Double-Blinded Study in Dogs. Vet Sci. 2024 Aug 1;11(8):349.
Campbell L et coll. Diet-induced metabolic and faecal microbiome responses in pet dogs fed a minimally processed versus extruded kibble diet. Front Vet Sci. 2026; 13:1734572.
Rossi G et coll. Comparison of microbiological, histological, and immunomodulatory parameters in response to treatment with either combination therapy with prednisone and metronidazole or probiotic VSL#3 strains in dogs with idiopathic inflammatory bowel disease. PLoS One. 2014 Apr 10;9(4):e94699.
Hart ML et coll. Open-label trial of a multi-strain synbiotic in cats with chronic diarrhea. J Feline Med Surg. 2012 Apr;14(4):240-5.
Toresson L et coll. Fecal and Clinical Profiles of Dogs With Chronic Enteropathies Treated With Bile Acid Sequestrants for 5-47 Months: A Retrospective Case Series. J Vet Intern Med. 2025 Sep-Oct;39(5).
Toresson L et coll. Clinical Effects of Faecal Microbiota Transplantation as Adjunctive Therapy in Dogs with Chronic Enteropathies-A Retrospective Case Series of 41 Dogs. Vet Sci. 2023 Apr 3;10(4):271.
Lee MA et coll. Marsilio S. Safety profile and effects on the peripheral immune response of fecal microbiota transplantation in clinically healthy dogs. J Vet Intern Med. 2024 May-Jun;38(3):1425-1436.
Winston JA et coll. Clinical Guidelines for Fecal Microbiota Transplantation in Companion Animals. Advances in Small Animal Care. 2024 Nov 5: 79-107.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Non, tout n'est pas la faute du propriétaire
Voreppe France
Non, tout n’est pas la faute du propriétaire
Les troubles du comportement occupent aujourd’hui une place croissante en médecine vétérinaire. Leur compréhension s’est construite à partir de disciplines différentes : éthologie, sciences de l’apprentissage, neurosciences, médecine vétérinaire et psychiatrie comparée. Cette diversité constitue une richesse, mais elle a également conduit au développement de modèles et de terminologies différents pour décrire des situations cliniques parfois similaires.
Cette difficulté n’est pas uniquement sémantique. L’absence de consensus sur la nomenclature limite la comparaison des études, l’identification de populations homogènes et l’évaluation des traitements. Mills soulignait déjà la nécessité de considérer les diagnostics comportementaux comme des constructions hypothétiques devant être confrontées aux données scientifiques plutôt que comme des catégories immuables (1). Plus récemment, de Assis et al. ont montré, à partir des problèmes liés à la séparation, qu’un même motif de consultation pouvait recouvrir plusieurs profils distincts, plaidant pour des cadres diagnostiques plus précis (2).
L’objectif n’est donc pas d’opposer les différentes écoles de pensée, mais de comprendre les questions auxquelles chacune permet de répondre, leurs limites et la manière dont elles peuvent contribuer ensemble à la construction d’une psychiatrie vétérinaire de qualité.
1. Un même chien, plusieurs niveaux de compréhension
1.1. L’éthologie : comprendre le chien en tant qu’espèce
L’éthologie constitue un socle indispensable de la médecine du comportement. Elle permet de replacer un comportement dans le répertoire normal de l’espèce, d’en comprendre la fonction et d’évaluer l’adéquation entre les besoins de l’animal et son environnement.
Cette approche rappelle notamment qu’un comportement gênant pour le propriétaire n’est pas nécessairement pathologique. Explorer, creuser, aboyer, poursuivre une proie ou manifester une réaction agressive appartiennent au répertoire comportemental du chien. Leur seule présence ne permet donc pas de conclure à une affection comportementale.
L’éthologie a également contribué à replacer l’environnement au centre de la prévention : conditions de développement, possibilité d’exprimer les comportements propres à l’espèce, qualité des interactions sociales et méthodes éducatives influencent profondément le comportement et le bien-être.
1.2. Les approches fonctionnelles : comprendre pourquoi un comportement se maintient
Les sciences de l’apprentissage apportent un deuxième niveau d’analyse. Elles permettent d’étudier les antécédents et les conséquences d’un comportement et de comprendre comment celui-ci peut être renforcé ou maintenu.
Cette approche est particulièrement utile pour construire une thérapie comportementale. Un comportement peut avoir initialement été provoqué par une émotion ou une difficulté particulière, puis être entretenu par ses conséquences. Identifier ces mécanismes permet d’agir sur l’environnement, les apprentissages et les réponses de l’entourage.
Cependant, expliquer la fonction actuelle d’un comportement ne permet pas toujours d’en déterminer l’origine médicale. La question « pourquoi ce comportement se maintient-il dans cette situation ? » n’est pas nécessairement équivalente à « pourquoi cet individu présente-t-il cette réaction avec cette intensité ? ».
1.3. Le modèle médical : déterminer si l’individu est malade
La psychiatrie vétérinaire ajoute un troisième niveau d’analyse. Elle considère qu’un comportement peut être l’expression d’une affection impliquant une altération durable des mécanismes qui régulent les émotions, les autocontrôles, la cognition ou les interactions sociales.
Le modèle psychopathologique français repose sur la sémiologie, le diagnostic différentiel et le regroupement des symptômes en tableaux cliniques. Il intègre les connaissances issues de l’éthologie, de la neurophysiologie, de la psychopharmacologie et de la psychiatrie comparée (3). Le diagnostic constitue alors une hypothèse clinique permettant d’organiser les informations recueillies, d’établir un pronostic et de choisir puis d’évaluer une stratégie thérapeutique.
Ces différents niveaux d’analyse ne sont pas nécessairement concurrents. Un même chien peut présenter une vulnérabilité individuelle, évoluer dans un environnement imparfait et avoir réalisé des apprentissages qui entretiennent certains comportements. Ces propositions peuvent être vraies simultanément.
2. De la variabilité normale à la maladie
2.1. Environnement et vulnérabilité individuelle
Reconnaître l’importance de l’environnement ne doit pas conduire à considérer celui-ci comme la cause de toute affection comportementale.
Le modèle vulnérabilité-stress proposé par Zubin et Spring considère l’émergence d’un état pathologique comme le résultat de l’interaction entre une vulnérabilité individuelle et la charge de stress à laquelle l’individu est exposé (4). Transposé au raisonnement en médecine comportementale vétérinaire, ce modèle permet d’éviter deux positions opposées : attribuer systématiquement le trouble à l’environnement ou, à l’inverse, considérer la pathologie indépendamment des conditions dans lesquelles vit l’animal.
Deux chiens confrontés au même environnement ne développent pas nécessairement les mêmes symptômes. Inversement, un individu présentant une vulnérabilité importante peut développer une affection malgré des conditions de vie excellentes. L’environnement peut donc être protecteur, déclenchant ou aggravant sans constituer à lui seul une explication suffisante.
2.2. Où se situe la limite entre normal et pathologique ?
Cette question constitue l’un des points de rencontre essentiels entre éthologie et médecine.
L’éthologie permet notamment de déterminer si un comportement appartient au répertoire normal de l’espèce. Mais un comportement peut être normal par sa nature et devenir pathologique par son fonctionnement. Avoir peur est physiologique. Manifester une réaction agressive dans certaines circonstances l’est également. Leur présence ne constitue donc pas en elle-même une maladie.
Dans le modèle médical, la limite entre normal et pathologique repose notamment sur trois dimensions : la souffrance, l’inadaptabilité et l’absence de réversibilité spontanée (3). Une réaction transitoire et adaptée à une situation peut relever d’un état réactionnel physiologique. À l’inverse, lorsque la réponse devient disproportionnée, persistante, difficilement réversible et empêche l’animal de s’adapter aux situations ordinaires, elle entre dans le champ pathologique.
La question clinique n’est donc pas seulement « ce comportement existe-t-il normalement chez le chien ? », mais également « cet individu est-il encore capable d’adapter son comportement à son environnement ? ».
2.3. Domestication active, sélection et vulnérabilités
Le chien est un exemple particulièrement intéressant en raison de la sélection artificielle exercée par l’être humain, à l’origine d’une grande diversité morphologique et comportementale. Cette sélection a aussi produit des vulnérabilités différentes à certaines maladies. Un environnement adapté ne suffit pas à supprimer les prédispositions physiques associées à certaines morphologies ; il n’existe aucune raison biologique pour que le cerveau échappe à ce principe. La sélection de traits comme la vigilance, la poursuite ou certains seuils émotionnels peut donc également contribuer à des vulnérabilités comportementales. Ainsi, un propriétaire attentif et offrant de bonnes conditions de vie peut malgré tout vivre avec un chien présentant une affection comportementale. Tout n’est pas la faute du propriétaire.
2.4. Des maladies comportementales associées à des différences biologiques
La plupart des affections comportementales ne disposent pas de biomarqueur utilisable en pratique et leur diagnostic reste clinique. Des travaux de neuro-imagerie ont néanmoins mis en évidence chez certains chiens présentant des troubles anxieux ou impulsifs des différences du système sérotoninergique, notamment concernant les récepteurs 5-HT2A (5). Sans constituer un test diagnostique ni valider à eux seuls une nosographie, ces résultats montrent que certains phénotypes comportementaux peuvent être associés à des différences neurobiologiques mesurables (5).
3. Construire un modèle médical sans en faire un dogme
3.1. Une classification médicale est un modèle de travail
Les diagnostics comportementaux doivent être considérés comme des modèles scientifiques et non comme des catégories définitives. Leur intérêt est de regrouper des individus présentant suffisamment de caractéristiques communes pour formuler des hypothèses sur leur physiopathologie, leur évolution et leur réponse thérapeutique. Comme dans toute discipline médicale, ces classifications ont vocation à évoluer avec les connaissances.
3.2. Une nomenclature commune est indispensable pour progresser
Une nomenclature commune est néanmoins indispensable pour définir des populations comparables et permettre l’étude de leur épidémiologie, de leurs mécanismes et de leur réponse aux traitements. Le consensus ne fige pas les classifications : il fournit au contraire un cadre suffisamment précis pour les tester et les faire évoluer (2).
3.3. Nommer une maladie pour pouvoir l'étudier et la traiter
Le modèle médical présente finalement un intérêt très pragmatique pour le vétérinaire. Il impose une démarche similaire à celle utilisée dans les autres disciplines : recueil sémiologique, diagnostic différentiel, formulation d’hypothèses, diagnostic, pronostic, choix thérapeutique et suivi.
Nommer une affection ne signifie pas prétendre connaître définitivement sa cause. Cela permet d’identifier des groupes d’individus suffisamment homogènes pour étudier leur évolution et tester des stratégies thérapeutiques.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre éthologie, apprentissage et médecine. L’éthologie permet de comprendre ce qu’est un chien et ce qui appartient au répertoire normal de son espèce. L’analyse fonctionnelle permet de comprendre pourquoi un comportement apparaît ou se maintient dans un contexte donné. Le modèle médical doit également permettre de déterminer si l’individu qui exprime ce comportement est malade.
Ces niveaux d’analyse sont complémentaires.
Conclusion
Pour le vétérinaire, reconnaître cette complémentarité a également une conséquence importante dans la relation avec les familles : tout n'est pas la faute du propriétaire. Certaines conditions de vie peuvent provoquer ou aggraver une affection et certains apprentissages peuvent entretenir ses manifestations. Mais un chien peut également présenter une vulnérabilité intrinsèque ou une affection comportementale malgré un environnement de qualité et des propriétaires investis.
Reconnaître cette possibilité ne déresponsabilise ni le propriétaire ni le vétérinaire. Cela permet au contraire de construire une prise en charge plus juste, associant lorsque cela est nécessaire modifications environnementales, thérapie comportementale et traitement médical.
Références
Mills DS. Medical paradigms for the study of problem behaviour: a critical review. Appl Anim Behav Sci. 2003;81:265-277.
de Assis LS, Matos R, Pike TW, Burman OHP, Mills DS. Developing diagnostic frameworks in veterinary behavioral medicine: disambiguating separation related problems in dogs. Front Vet Sci. 2020;6:499. doi:10.3389/fvets.2019.00499.
Masson S, Bleuer-Elsner S, Muller G, Medam T, Chevallier J, Gaultier E. Veterinary Psychiatry of the Dog: Diagnosis and Treatment of Behavioral Disorders. Cham: Springer Nature Switzerland; 2024.
Zubin J, Spring B. Vulnerability: a new view of schizophrenia. J Abnorm Psychol. 1977;86(2):103-126.
Vermeire S, Audenaert K, De Meester R, et al. Neuro-imaging the serotonin 2A receptor as a valid biomarker for canine behavioural disorders. Res Vet Sci. 2011;91(3):465-472. doi:10.1016/j.rvsc.2010.09.021.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Nouvelles clés d'interprétation en radiographie thoracique
Fingig Luxembourg
Nouvelles clés d'interprétation en radiographie thoracique
La sémiologie radiographique pulmonaire repose traditionnellement sur l’identification de différentes opacifications ou « patterns » pulmonaires (bronchique, interstitiel, alvéolaire et vasculaire). Bien que cette approche constitue encore la base de nombreux enseignements, elle présente plusieurs limites. D’une part, son apprentissage s’avère difficile pour les étudiants comme pour les praticiens. D’autre part, elle conduit à privilégier un seul critère sémiologique – la distribution histologique supposée des lésions – au détriment d’autres éléments d’interprétation souvent plus discriminants. Enfin, les corrélations entre les opacifications radiographiques dites « interstitielles » ou « alvéolaires » et leur substrat histopathologique sont loin d’être systématiques [1].
L’objectif de cette présentation est de proposer une approche sémiologique plus directement fondée sur les mécanismes physiopathologiques et les caractéristiques macroscopiques des lésions, susceptibles d’améliorer la pertinence diagnostique des radiographies thoraciques.
La première étape de toute interprétation consiste à apprécier le volume pulmonaire. Cet élément est pourtant fréquemment sous-estimé alors qu’il conditionne directement la quantité d’air présente dans les poumons et, par conséquent, leur opacité radiographique. Une diminution de l’expansion pulmonaire, qu’elle soit liée à une inspiration insuffisante, à un décubitus prolongé, à une obstruction bronchique, à une compression pulmonaire ou à une fibrose, peut produire une augmentation diffuse de l’opacité sans qu’il existe de véritable affection parenchymateuse [2]. À l’inverse, l’hyperinsufflation observée lors d’affections obstructives des voies respiratoires modifie profondément la quantité d’air pulmonaire et donc son opacité. Cette influence majeure du volume pulmonaire justifie qu’il soit évalué avant toute autre analyse.
Le second paramètre est le degré d’opacification pulmonaire. Une opacité discrète, responsable d’un aspect en « verre dépoli », traduit une diminution partielle de la quantité d’air présente dans les poumons. Cette image peut résulter d’un remplissage alvéolaire incomplet, d’un épaississement interstitiel ou d’une augmentation de la vascularisation. Sa faible spécificité explique qu’elle possède une valeur diagnostique limitée. À l’inverse, une opacification intense avec effacement des vaisseaux pulmonaires, disparition des contours cardiaques ou diaphragmatiques et présence éventuelle de bronchogrammes aériques correspond à une consolidation pulmonaire, signe d’une atteinte plus sévère. Les termes,pourtant largement utilisés, d’« interstitiel » et « alvéolaire » sont à éviter car ils correspondent davantage au degré de remplacement de l’air pulmonaire qu’à une véritable localisation histologique des lésions [1].
La distribution macroscopique des opacités constitue probablement l’élément sémiologique le plus utile pour orienter le diagnostic différentiel. Les lésions crânio-ventrales sont principalement observées lors de bronchopneumonies, d’hémorragies pulmonaires ou d’atélectasies gravitationnelles. Les atteintes caudo-dorsales orientent davantage vers un œdème pulmonaire cardiogénique ou non cardiogénique, voire certaines infiltrations néoplasiques diffuses. Une distribution hilaire est particulièrement évocatrice d’insuffisance cardiaque congestive chez le chien, tandis que les lésions périphériques suggèrent des affections vasculaires, thromboemboliques ou parasitaires. Les atteintes multifocales ou généralisées traduisent le plus souvent une dissémination par voie aérienne ou hématogène.
L’analyse de la distribution peut également être réalisée à une échelle plus fine. Les lésions bronchocentrées, caractérisées radiographiquement par un épaississement des parois bronchiques et du tissu bronchovasculaire, témoignent d’une atteinte centrée sur les bronches. Les études corrélant anatomie, tomodensitométrie et histologie confirment l’intérêt de cette approche pour mieux comprendre la signification des images radiographiques [3].
Enfin, la morphologie des lésions localisées apporte des renseignements essentiels. Des opacités infiltrantes, mal limitées et cotonneuses sont typiques des processus diffus tels que les œdèmes pulmonaires. À l’inverse, une lésion limitée par un bord lobaire net évoque une pneumonie, une hémorragie, une torsion de lobe ou une atélectasie lobaire. Les masses et nodules bien circonscrits, souvent associés à un effet de masse et rarement à des bronchogrammes aériques, orientent principalement vers une affection néoplasique ou granulomateuse.
En définitive, la description des seuls « patterns pulmonaires » apparaît insuffisante pour rendre compte de la diversité des affections pulmonaires observées en pratique clinique. Une interprétation fondée successivement sur le volume pulmonaire, le degré d’opacification, la distribution macroscopique et la morphologie des lésions fournit une démarche plus cohérente avec les mécanismes physiopathologiques et plus directement applicable au raisonnement diagnostique. L’abandon progressif des termes « interstitiel » et « alvéolaire » au profit d’une description objective des anomalies radiographiques pourrait ainsi contribuer à améliorer à la fois l’enseignement de la radiologie thoracique et sa pratique quotidienne.
Références bibliographiques
[1] Scrivani PV. Nontraditional interpretation of lung patterns. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2009 ; 39 : 719-32.
[2] Winegardner K, Scrivani PV, Gleed RD. Lung expansion in the diagnosis of lung disease. Compend Contin Educ Vet.2008 ; 30 : 479-89.
[3] Scrivani PV, Thompson MS, Dykes NL et coll. Relationships among subgross anatomy, computed tomography, and histologic findings in dogs with disease localized to the pulmonary acini. Vet Radiol Ultrasound. 2012 ; 53 : 1-10.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Nutrition, reproduction et comportement : est-il possible de les aborder de façon indépendante ?
Voreppe France
Nutrition, reproduction et comportement : est-il possible de les aborder de façon indépendante ?
Consultation pubertaire : une opportunité clinique à ne pas manquer
La puberté constitue une période charnière de la vie du chien. Elle correspond à une phase importante de maturation cérébrale et de remaniement des réseaux neuronaux, parallèlement à l’activation des hormones sexuelles. Comme chez l’être humain, cette période constitue une fenêtre de vulnérabilité au cours de laquelle certaines fragilités préexistantes peuvent devenir plus visibles et certaines affections comportementales apparaître ou s’aggraver (1).
C’est également à cette période que le vétérinaire est amené à prendre plusieurs décisions déterminantes pour la santé future du chzien : transition vers une alimentation adulte, prévention du surpoids, décision de stérilisation, mais également vérification de la qualité de son développement comportemental. Ces décisions sont souvent abordées séparément. Pourtant, nutrition, reproduction et comportement interagissent et devraient être intégrés dans une même balance bénéfice-risque individuelle.
Puberté et nutrition : prévenir plutôt que corriger
La puberté correspond à la transition entre croissance et âge adulte et impose une réévaluation des besoins nutritionnels. C’est aussi une période pendant laquelle une trajectoire de prise de poids excessive peut commencer à s’installer. Le poids, la note d’état corporel, l’activité physique, le comportement alimentaire et la ration doivent donc être réévalués avant de poursuivre simplement les habitudes acquises pendant la croissance.
Cette évaluation prend une importance particulière lorsque la stérilisation est envisagée. Les besoins énergétiques d’entretien sont en moyenne plus faibles chez les chiens stérilisés que chez les chiens entiers (2), et plusieurs études identifient la stérilisation comme un facteur associé à une augmentation du risque de surpoids, notamment chez le mâle (3). Cette conséquence n’impose évidemment pas de renoncer à la stérilisation lorsqu’elle présente un bénéfice médical, mais elle doit entrer dans la balance bénéfice-risque au point d’anticiper l’adaptation alimentaire.
Le comportement alimentaire apporte lui aussi des informations. Chez certains chiens présentant un état impulsif ou compulsif, la recherche alimentaire intense et l’absence de satiété peuvent s’intégrer dans un tableau comportemental plus général (4). Un chien déjà en surpoids, très demandeur de nourriture et présentant des difficultés importantes d’autocontrôle mérite donc une réflexion particulièrement individualisée avant une intervention susceptible de compliquer encore la gestion pondérale.
Stériliser : une décision individuelle, pas un automatisme
La consultation pubertaire est fréquemment le moment où propriétaire et vétérinaire discutent de la stérilisation. Cette décision devrait résulter d’une balance bénéfice-risque prenant en compte les indications médicales et les objectifs de reproduction, mais également l’état nutritionnel et comportemental du chien.
En comportement, il est essentiel de distinguer ce qui relève réellement des hormones sexuelles de ce qui correspond à une affection développementale. Des affections de la peur ou des autocontrôles présents depuis le jeune âge trouvent leur origine dans le développement cérébral du chien et non dans ses gonades. La castration ne constitue donc pas leur traitement (1,4).
La question n’est pas davantage de considérer que la castration aggrave systématiquement les comportements, notamment la peur. En revanche, la puberté constitue une période de vulnérabilité. Chez un chien présentant déjà une phobie sociale ou une grande difficulté face aux manipulations, une intervention chirurgicale, une hospitalisation et des soins vécus comme fortement aversifs peuvent constituer une expérience susceptible d’aggraver son état. La balance bénéfice-risque doit donc prendre en compte non seulement l’indication de la stérilisation, mais également la manière dont elle pourra être réalisée.
Lorsque l’impact comportemental de la suppression de la fonction sexuelle reste incertain, l’utilisation d’un implant de desloréline peut constituer une alternative réversible permettant d’évaluer certains effets avant une castration chirurgicale définitive. Les effets sur le système reproducteur et sur les comportements de la desloréline sont réversibles et son utilisation peut notamment aider à distinguer les comportements réellement dépendants des hormones sexuelles de ceux qui nécessitent une autre prise en charge (5).
Comportement : vérifier ce qui aurait dû être acquis
La puberté constitue un véritable contrôle qualité du développement comportemental. À ce stade, les capacités de régulation de la peur et des autocontrôles devraient permettre au jeune chien de faire face aux situations ordinaires de son environnement. Des réactions de peur excessives, une incapacité persistante à interrompre une activité, une excitation incontrôlable ou des comportements dangereux ne doivent plus être attribués simplement à son jeune âge (1). Par exemple, la morsure inhibée non acquise ou acquise incomplètement, la persistance d’exploration orale, allant jusqu’à l’ingestion d’objets non alimentaires doit être investiguée.
Lorsque ces difficultés n’ont pas été repérées plus tôt, la puberté peut révéler leurs conséquences. Aux troubles initialement centrés sur la peur ou les autocontrôles peuvent s’ajouter des difficultés sur les axes de l’attachement ou de l’insertion sociale. Parallèlement, les comportements deviennent plus difficiles à tolérer chez un chien qui possède désormais presque le format et la force d’un adulte. L’entourage peut alors augmenter les contraintes ou les punitions, contribuant à son tour à une dégradation de l’état émotionnel.
La consultation pubertaire constitue donc une seconde chance pour repérer ces chiens avant la multiplication des complications.
Dépister sans transformer le généraliste en spécialiste
Intégrer nutrition, reproduction et comportement ne signifie pas demander au vétérinaire généraliste de devenir simultanément spécialiste de la reproduction, de la nutrition et du comportement. Dans une consultation de trente minutes, l’objectif est plutôt de dépister, hiérarchiser et identifier les éléments qui doivent modifier la décision ou conduire à une exploration complémentaire.
Des outils rapides peuvent faciliter cette démarche. Les calculateurs nutritionnels permettent d’estimer les besoins et d’adapter la ration. En comportement, le questionnaire proposé dans le cadre de la consultation pubertaire explore cinq dimensions : peur, autocontrôles, attachement, insertion sociale et communication-éducation. Les questions et leur interprétation sont détaillées dans l’article consacré à cette consultation (1).
Ce questionnaire, aujourd’hui développé sous le nom de Can-BES, fait parallèlement l’objet d’une validation clinique sur 385 chiens par comparaison avec une évaluation comportementale spécialisée réalisée indépendamment des résultats du questionnaire. Les données actuellement en cours de publication montrent de bonnes performances de dépistage pour les différents axes et d’excellentes performances globales. L’objectif n’est pas d’établir un diagnostic à la place du praticien, mais de lui fournir rapidement un profil vert, jaune ou rouge permettant d’identifier les chiens nécessitant une investigation comportementale plus approfondie.
Conclusion
Nutrition, reproduction et comportement ne peuvent donc pas être raisonnablement abordés indépendamment à la puberté. Un même chien peut être en surpoids, présenter une faible satiété alimentaire, montrer des autocontrôles insuffisants et arriver précisément à l’âge où la question de sa stérilisation est posée. Chacun de ces éléments modifie la balance bénéfice-risque des décisions concernant les autres.
La consultation pubertaire doit ainsi être envisagée comme une consultation préventive globale : vérifier la trajectoire pondérale et nutritionnelle, évaluer individuellement l’intérêt de la stérilisation et s’assurer que le développement comportemental se déroule normalement. Le vétérinaire généraliste n’a pas besoin de prendre lui-même en charge toutes les anomalies détectées. Il doit en revanche avoir regardé ces trois dimensions avant de prendre une décision susceptible d’engager durablement la santé du chien.
Références bibliographiques
Masson S, Gaultier E, Freyburger L et coll. Consultation pubertaire et dépistage des troubles du comportement : guide fonctionnel pour le praticien vétérinaire. Revue Vétérinaire Clinique. 2025 ; 60(4) : 198-214. doi:10.1016/j.anicom.2025.08.001.
Bermingham EN, Thomas DG, Cave NJ et coll. Energy requirements of adult dogs: a meta-analysis. PLoS One. 2014 ; 9(10) : e109681. doi:10.1371/journal.pone.0109681.
Bjørnvad CR, Gloor S, Johansen SS et coll. Neutering increases the risk of obesity in male dogs but not in bitches: a cross-sectional study of dog- and owner-related risk factors for obesity in Danish companion dogs. Prev Vet Med. 2019 ; 170 : 104730. doi:10.1016/j.prevetmed.2019.104730.
Masson S, Bleuer-Elsner S, Muller G et coll. Veterinary Psychiatry of the Dog: Diagnosis and Treatment of Behavioral Disorders. Cham : Springer Nature Switzerland ; 2024.
Goericke-Pesch S. Long-term effects of GnRH agonists on fertility and behaviour. Reprod Domest Anim. 2017 ; 52 Suppl 2 : 336-347. doi:10.1111/rda.12898.
Liens d'intérêt : Sylvia Masson a participé à l'élaboration de la grille Can-BES et est coautrice des travaux scientifiques présentés concernant sa validation. Elle est également coautrice de la publication du GEMP relative à la nutrition et au comportement citée et discutée dans ce texte. Ces contributions constituent des liens d'intérêt scientifiques et intellectuels. Aucun autre conflit d'intérêts en lien avec le contenu de ces articles n'est déclaré.
📃 Ophtalmoplégie interne unilatérale secondaire à une neuropathie du nerf oculomoteur suspectée d'origine paranéoplasique : cas de 2 chats atteints d'un processus néoplasique rénal primaire
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Otite chronique : l'imagerie est-elle systématiquement nécessaire ?
Saint Aubin de Médoc France
Otite chronique : l’imagerie est-elle systématiquement nécessaire ?
Dr Franck Durieux — Dip. ECVDI, spécialiste européen en imagerie médicale vétérinaire
Séance : Otites chroniques : vers un consensus diagnostique et thérapeutique ?
La prise en charge d’une otite chronique repose d’abord sur l’examen clinique et dermatologique, la cytologie et l’otoscopie, puis sur l’identification des facteurs primaires, secondaires, prédisposants et perpétuants. La chronicité ne constitue donc pas, à elle seule, une indication d’imagerie.
Pour le clinicien, la question n’est pas seulement « Que va montrer l’imagerie ? », mais surtout « Quelle décision prendrai-je en fonction du résultat ? » L’examen doit aider à choisir entre traitement médical, vidéo-otoscopie avec prélèvements, myringotomie, recherche d’une affection sous-jacente ou chirurgie.
Jusqu’où peut aller l’examen direct ?
L’otoscopie, et plus particulièrement la vidéo-otoscopie, permet une exploration visuelle directe du pavillon et des portions verticale et horizontale du conduit auditif externe, jusqu’à la membrane tympanique lorsque celle-ci est accessible. Elle permet également le nettoyage du conduit, le retrait de débris ou d’un corps étranger, la réalisation de prélèvements et certains gestes thérapeutiques. Elle constitue ainsi l’examen de première intention de l’oreille externe.
Dans les otites chroniques, la douleur, la sténose, l’hyperplasie, la minéralisation ou l’accumulation de matériel peuvent empêcher l’exploration complète du conduit. Lorsque la membrane tympanique n’est pas visible, il n’est pas possible de se prononcer sur son intégrité ni sur l’état de l’oreille moyenne. L’otoscopie ne permet pas davantage d’explorer les tissus profonds, les bulles tympaniques, les oreilles internes ou les structures voisines au tronc cérébral. Leur évaluation nécessite alors une technique d’imagerie médicale choisie selon la question clinique à traiter.
Quelle modalité choisir ?
La radiographie est disponible dans la plupart des structures vétérinaires. Elle peut mettre en évidence un comblement de la bulle, une sclérose, une prolifération ou une lyse osseuse dans les formes évoluées. Les superpositions anatomiques, le positionnement délicat et sa faible sensibilité pour les lésions discrètes en limitent cependant l’intérêt. Une radiographie normale n’exclut d’ailleurs pas toujours une otite moyenne.
Dans une étude portant sur 31 chiens, le scanner s’est montré plus sensible et plus reproductible que la radiographie [1].
L’échographie des bulles tympaniques a également été décrite, mais reste peu pratiquée et d’un intérêt clinique limité. Elle ne constitue pas une modalité de référence.
Le cone beam CT (ou CBCT) fournit des images en coupe, isotropes à haute résolution spatiale, intéressantes pour les ATM, les conduits auditifs, les bulles tympaniques et leurs remaniements osseux. Il n’est toutefois pas raisonnable de s’y fier pour une évaluation des tissus mous ou du rehaussement après injection. Une masse volumineuse pourra être visible, mais sa caractérisation et son bilan d’extension seront moins fiables qu’avec un scanner multicoupe ou une IRM. Le cone beam reste avant tout un outil d’analyse osseuse.
Le scanner volumique multicoupe, notamment les appareils 16 coupes couramment utilisés en médecine vétérinaire, permet une acquisition très rapide de l’ensemble de la tête. Il offre une excellente analyse des conduits, des bulles et des remaniements osseux, tout en permettant l’étude des tissus mous avant et après injection de produit de contraste (glandes salivaires, nœuds lymphatiques, muscles.) La brièveté de l’acquisition contribue à limiter d’ailleurs la durée de l’anesthésie.
Dans la majorité des otites chroniques compliquées, il constitue l’examen en coupe de première intention. Dans une étude portant sur 205 chiens, 40,7 % des oreilles du groupe présenté pour otite externe chronique montraient des anomalies tomodensitométriques de l’oreille moyenne, plus fréquentes lors d’otite suppurée ou proliférative [2].
L’IRM est indiquée lorsque la question porte sur l’oreille interne, les nerfs crâniens, les méninges, l’encéphale ou les tissus mous environnants. Son contraste tissulaire est supérieur, mais l’examen est plus long selon la puissance de l’équipement et les séquences nécessaires. L’anesthésie est généralement plus prolongée et le coût supérieur. Le scanner reste plus adapté au détail osseux et à la planification chirurgicale, et plus répandu sur notre territoire. Les deux examens peuvent être complémentaires.
Ce que le prescripteur peut attendre de l’imagerie
L’objectif ne se limite pas à déterminer si la bulle ou les bulles sont remplies. L’imagerie doit cartographier la maladie : le conduit est-il sténosé ou minéralisé ? L’atteinte est-elle unilatérale ou bilatérale ? La bulle contient-elle du matériel et sa paroi est-elle épaissie, proliférative ou lysée ? Existe-t-il une masse ? Jusqu’où les lésions s’étendent-elles ?
Les lésions inflammatoires ou infectieuses peuvent dépasser le conduit et atteindre les tissus sous-cutanés périauriculaires, le tronc cérébral, les muscles masticateurs, les glandes parotides ou mandibulaires, les articulations temporo-mandibulaires et l’appareil hyoïde. Elles peuvent aussi progresser vers la trompe auditive, le pharynx ou le nasopharynx. Ces extensions peuvent expliquer une douleur disproportionnée, une difficulté à ouvrir la gueule, une tuméfaction, une fistule ou une dysphagie que le seul examen du conduit ne permet pas d’interpréter.
Une otite chronique peut également masquer une affection sous-jacente : corps étranger, polype, tumeur ou cholestéatome (tympanokératome).
Ce dernier est une lésion kératinisante non néoplasique, mais localement agressive. Au scanner, l’expansion de la bulle et les remaniements osseux sévères orientent le diagnostic et permettent de mesurer l’extension avant la chirurgie [3]. Certaines séquences IRM de diffusion peuvent contribuer à sa caractérisation, sans toutefois se substituer à la confirmation cytologique ou histologique [4].
Plus rarement, une otite moyenne ou interne peut s’étendre aux méninges et à l’encéphale. Une série de 15 chiens et chats atteints d’infection intracrânienne d’origine otogène a montré l’intérêt de l’IRM pour caractériser simultanément les lésions de l’oreille et leur extension intracrânienne [5]. L’apparition de troubles de la vigilance, de crises convulsives, de déficits des nerfs crâniens ou de signes vestibulaires centraux impose donc une exploration rapide.
L’imagerie décrit cependant une morphologie et ne démontre pas toujours une infection active. Un contenu de la bulle peut correspondre à du mucus, du liquide, des débris, du tissu inflammatoire, un polype ou une tumeur. Le résultat doit être confronté à la clinique, à la cytologie et à l’otoscopie ; une myringotomie avec prélèvement peut rester nécessaire.
Quand l’imagerie modifie-t-elle la prise en charge ?
L’imagerie est particulièrement utile lorsque le conduit ou le tympan ne sont pas complètement évaluables ; lors d’otite récidivante, réfractaire, suppurée, proliférative, très douloureuse, sténosante ou minéralisée ; en présence d’une masse, d’une fistule, d’un trismus, d’une dysphagie ou de signes neurologiques ; et lorsqu’une atteinte moyenne ou interne est suspectée.
Elle est également recommandée avant une intervention. Avant une ablation totale du conduit associée à une ostéotomie latérale de la bulle (TECA-LBO), le scanner recherche une lyse, une masse ou une extension profonde et aide à anticiper la difficulté opératoire. Il peut orienter le choix entre traitement conservateur, myringotomie, trépanation de la bulle ou chirurgie radicale. Après chirurgie, l’imagerie peut rechercher une collection, une ostéite, du tissu résiduel ou une extension intracrânienne.
À l’inverse, une imagerie en coupe n’est pas indispensable lorsque le conduit est entièrement explorable, que le tympan est visible, qu’aucune complication profonde n’est suspectée et que l’évolution sous traitement est favorable.
Bien prescrire pour obtenir une réponse utile
La prescription doit partir d’une ou de plusieurs questions précises : recherche-t-on une atteinte de l’oreille moyenne, une extension aux tissus voisins, une complication neurologique, un processus tumoral ou les informations nécessaires à la préparation d’une chirurgie ? La demande doit préciser la durée d’évolution, le caractère uni- ou bilatéral, la nature des sécrétions, les résultats cytologiques, la visibilité du tympan, les traitements déjà réalisés et leur efficacité. Une douleur à l’ouverture de la bouche, une fistule, une masse, une tuméfaction, une dysphagie ou tout signe neurologique doivent également être signalés.
Le choix ne dépend cependant pas uniquement des performances théoriques de la technique. Il faut tenir compte de la taille et de l’âge de l’animal, de son état général, du risque anesthésique et de la durée d’immobilisation nécessaire. La disponibilité des équipements, le coût de l’examen et les possibilités financières des propriétaires participent aussi à la décision. La meilleure modalité en théorie n’est donc pas toujours le choix le plus adapté à un animal donné.
La stratégie résulte d’un compromis entre pertinence médicale, sécurité, contraintes économiques et capacité de l’examen à modifier la prise en charge. L’objectif n’est pas de multiplier les examens, mais de choisir celui qui apportera les informations les plus utiles à la décision thérapeutique.
Conclusion
L’imagerie n’est donc pas systématique dans toute otite chronique, mais elle devient nécessaire lorsque l’examen direct est incomplet, qu’une atteinte profonde est suspectée ou qu’une décision thérapeutique importante doit être prise.
Le scanner multicoupe injecté offre généralement le meilleur compromis pour le bilan lésionnel et la préparation chirurgicale, c’est d’ailleurs la modalité en coupes la plus répandue et accessible.
L’IRM est privilégiée lorsque l’oreille interne, les tissus mous ou les structures neurologiques sont au premier plan. Pour le généraliste, sa valeur réside dans sa capacité à montrer jusqu’où s’étend la maladie et à guider le traitement.
Références
1. Rohleder JJ et coll. Comparative performance of radiography and computed tomography in the diagnosis of middle ear disease in 31 dogs. Vet Radiol Ultrasound. 2006 ; 47 : 45–52.
2. Belmudes A et coll. Computed tomographic findings in 205 dogs with clinical signs compatible with middle ear disease: a retrospective study. Vet Dermatol. 2018 ; 29 : 45–e20.
3. Travetti O et coll. Computed tomography features of middle ear cholesteatoma in dogs. Vet Radiol Ultrasound. 2010 ; 51 : 374–379.
4. Coeuriot C et coll. Characteristics and diagnostic performance of nonechoplanar diffusion-weighted imaging in detecting canine tympanokeratoma (cholesteatoma). Vet Radiol Ultrasound. 2024 ; 65 : 836–843.
5. Sturges BK et coll. Clinical signs, magnetic resonance imaging features, and outcome after surgical and medical treatment of otogenic intracranial infection in 11 cats and 4 dogs. J Vet Intern Med. 2006 ; 20 : 648–656.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Otite chronique et chirurgie : quand et quelles techniques ?
Montpellier France
Otite chronique et chirurgie : quand et quelles techniques ?
Du traitement médical à la chirurgie : savoir reconnaître le moment où l'oreille a changé de statut
L'otite chronique est rarement une maladie purement infectieuse. Elle résulte le plus souvent de l'interaction entre une cause primaire, des facteurs prédisposants et des facteurs perpétuants. Avec le temps, l'inflammation chronique modifie profondément l'anatomie du conduit auditif et peut conduire à une atteinte de l'oreille moyenne. C'est à ce stade que la question chirurgicale prend tout son sens.
La chirurgie ne doit pas être envisagée uniquement comme une solution de dernier recours après l'échec de tous les traitements possibles. Elle doit surtout être considérée lorsque les modifications anatomiques de l'oreille empêchent désormais le traitement médical d'être efficace.
Le choix d'une technique chirurgicale dépend moins du type d’otite que de l'endroit où se situe la maladie et du caractère réversible ou non des lésions. La durée des signes cliniques, la réponse aux traitements précédents et l’état des portions verticale et horizontale du conduit auditif sont les principaux éléments permettant de choisir une technique.
Première étape : déterminer si le conduit auditif est encore « récupérable »
Avant de parler de chirurgie, il faut répondre à une question simple : Peut-on encore accéder, nettoyer et traiter efficacement cette oreille ? Un conduit inflammatoire n'est pas nécessairement un conduit irrémédiablement malade. À l'inverse, une oreille dont le conduit est sévèrement fibrosé, sténosé ou minéralisé a franchi un seuil au-delà duquel les traitements médicaux ne peuvent plus restaurer une anatomie fonctionnelle.
On peut schématiquement distinguer trois situations :
- Le conduit est inflammatoire mais fonctionnel : Le conduit reste accessible à l'otoscopie et au nettoyage. Un traitement topique peut atteindre sa cible et l'anatomie générale est préservée. Dans ce cas, même en présence d'otite moyenne, une approche conservatrice peut être envisagée : traitement médical, myringotomie et lavage de l'oreille moyenne selon les situations.
- Le conduit est malade mais partiellement fonctionnel : La sténose est présente, les récidives sont fréquentes et l'accès à l'oreille devient difficile. Il faut alors rechercher précisément les lésions de l'oreille moyenne et réfléchir à une prise en charge chirurgicale ciblée. L'imagerie et l'évaluation sous anesthésie prennent ici une place essentielle.
- Le conduit est une « oreille terminale » : Lorsque le conduit est totalement ou presque totalement sténosé, sévèrement fibrosé ou minéralisé, douloureux et chroniquement infecté, l'objectif ne doit plus être de restaurer un conduit normal : cela n'est généralement plus possible. La chirurgie définitive devient alors l'option la plus cohérente pour supprimer la source chronique de douleur et d'infection.
Les différentes options chirurgicales
- La myringotomie : accéder à l'oreille moyenne sans sacrifier le conduit
La myringotomie consiste à réaliser une ouverture contrôlée de la membrane tympanique afin d'accéder à l'oreille moyenne. Elle trouve sa place lorsqu’une otite moyenne est suspectée ou confirmée, que la membrane tympanique est intacte ou ne permet pas un drainage suffisant, que le conduit auditif externe reste fonctionnel et qu’une stratégie conservatrice paraît raisonnable.
Elle permet notamment de réaliser des prélèvements directs de l'oreille moyenne et un lavage de la cavité tympanique. Cette distinction est importante : la présence d'une otite moyenne ne signifie pas nécessairement que le patient doit subir une chirurgie radicale. La myringotomie représente donc avant tout une procédure d'accès et de traitement, particulièrement intéressante lorsque la maladie est encore médicalement récupérable.
- L'ostéotomie ventrale de la bulle tympanique : traiter directement l'oreille moyenne
L'ostéotomie ventrale de la bulle tympanique permet un accès direct à l'oreille moyenne. Elle est particulièrement intéressante lorsque la maladie est principalement localisée dans la bulle tympanique alors que le conduit auditif externe reste relativement préservé. L'objectif est de permettre l'évacuation du contenu pathologique, la réalisation de prélèvements, le débridement de la cavité et, selon les situations, le retrait de tissu inflammatoire ou pathologique.
L'ostéotomie ventrale est particulièrement importante chez le chat, notamment dans la prise en charge des polypes inflammatoires nasopharyngés ou de l'oreille moyenne. Les polypes peuvent être retirés par traction, mais leur origine ou leur pédicule peut être situé dans l'oreille moyenne. C'est pourquoi une ostéotomie de la bulle associée à l'exérèse du polype permet une prise en charge plus complète lorsque l'oreille moyenne est impliquée. Une traction seule peut être associée à un risque de récidive, tandis que la chirurgie de la bulle expose davantage à certaines complications neurologiques, souvent transitoires.
- L'ostéotomie latérale de la bulle : lorsque l'oreille moyenne et le conduit sont tous deux concernés
L'approche latérale permet d'accéder à la bulle tympanique par le côté et peut être combinée à une chirurgie du conduit auditif externe. C'est une notion particulièrement importante dans les otites chroniques du chien : l'otite moyenne accompagne fréquemment une otite externe chronique, et il est parfois nécessaire de traiter simultanément les deux compartiments. Le choix entre une approche ventrale et une approche latérale ne doit donc pas être présenté comme une simple préférence technique. Il dépend de l'état du conduit auditif externe et de la nécessité éventuelle de réaliser, dans le même temps, une chirurgie du conduit.
- La chirurgie du conduit auditif : une solution lorsque le problème est devenu anatomique
Lorsque la maladie concerne principalement le conduit, plusieurs techniques ont historiquement été proposées. Leur indication dépend cependant du stade de la maladie.
Les techniques de drainage ou d'ouverture : Ces procédures peuvent améliorer la ventilation et le drainage dans des situations sélectionnées. Leur intérêt est cependant limité lorsque l'ensemble du conduit est profondément remanié. Il est important de ne pas proposer une chirurgie « conservatrice » uniquement parce qu'elle paraît moins invasive si les lésions sont déjà irréversibles.
- L'ablation totale du conduit auditif : Lorsque le conduit est devenu sévèrement sténosé, fibrosé, minéralisé et douloureux, l'ablation totale du conduit auditif représente la solution définitive. Dans cette situation, la chirurgie ne cherche plus à sauver le conduit : elle cherche à supprimer une structure devenue définitivement pathologique. La prise en charge de l'oreille moyenne associée est fondamentale. Une otite moyenne persistante ne doit pas être ignorée lorsque l'on réalise une chirurgie définitive du conduit. Les différentes procédures décrites par Boothe peuvent ainsi être combinées en fonction de l'atteinte respective du conduit et de la cavité tympanique.
Conclusion : penser en compartiments plutôt qu'en techniques. La chirurgie de l'otite chronique ne se résume pas à opposer traitement médical et TECA. Entre ces deux extrêmes existent différentes options permettant de traiter une maladie de l'oreille moyenne tout en préservant le conduit lorsque celui-ci est encore fonctionnel. La myringotomie, le lavage de la cavité tympanique et les différentes approches de la bulle ont leur place dans une stratégie progressive. À l'inverse, lorsqu'une oreille est devenue anatomiquement irréversible, persister dans une approche conservatrice peut ne plus servir les intérêts du patient. La meilleure chirurgie n'est donc pas la moins invasive ni la plus radicale : c'est celle qui traite l'ensemble des structures réellement malades, sans sacrifier inutilement celles qui peuvent encore être préservées.
Références principales
Gotthelf LN. Diagnosis and treatment of otitis media in dogs and cats. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2004;34(2):469–487.
Boothe HW. Surgery of the tympanic bulla (otitis media and nasopharyngeal polyps). Probl Vet Med. 1991;3(2):254–269.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Ovariectomie sous laparoscopie : description d'une technique chirurgicale
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Perfusion chez le lapin : bien sûr mais à quel débit ?
La Rochelle France
Au delà du consensus : la fluidothérapie chez les NACs
M. COQUELLE, DVM
Cabinet vétérinaire DrNACophile, 3 impasse du Docteur Hurtaud 17540 Nuaillé d’Aunis
Les lapins sont souvent présentés en consultation en état de déshydratation marqués ou de choc hypovolémiques. La maîtrise de la fluidothérapie est donc un besoin quotidien. Si les principes généraux sont similaires à ceux des chiens et chats, de nombreuses spécificités anatomiques et métaboliques existent.
Préambule à la fluidothérapie chez les NACs
Précautions particulières au lapin
Le rapport poids / surface corporelle est élevé chez le lapin. Combiné à un métabolisme élevé, cela rend particulièrement fréquent les situations d’hypothermie par rapport aux carnivores domestiques. Dans ce cas, la vasoconstriction secondaire limite la disponibilité du réseau vasculaire. Il est donc essentiel de vérifier ce paramètre et de réchauffer le patient en parallèle de la fluidothérapie pour éviter des situations d’oedème pulmonaire. Le volume sanguin global est de 60 mL/kg chez le lapin contre 90 mL/kg chez le chien, ce qui contribue à ce risque.
Le lapin ayant une tendance naturelle à ronger, la protection de la tubulure est essentielle : ma mise en place d’un bandage autoadhésif sur la tubulure ou de corps de seringues, et la fixation de la tubulure au plafond de la cage sont souvent nécessaires pour éviter les incidents.
Quelle fluidothérapie ? Évaluer l’animal
Evaluer la déshydratation
La réalisation d’un pli de peau, l’observation de l’hydratation des muqueuses et la lubrification cornéenne présentent un intérêt limité car ils sous-estiment le degré de déshydratation. Chez ce dernier, des muqueuses sèches, une léthargie et la soif correspondent à un degré de 3-5% de déshydratation, la persistance du pli de peau à 5-7%, une cornée sèche et une enophtalmie 7-9%, et des signes de choc ou un semi coma correspondent à une déshydratation supérieure à 10%.
La palpation du contenu gastrique est un critère plus précoce puisque le tube digestif est le premier compartiment à perdre son eau. Le contenu devrait être souple, et la persistance de l’empreinte des doigts dans le contenu gastrique après la palpation est un indicateur de déshydratation, tout comme une distension gastrique (palpation au delà de la dernière côte).
Evaluer l’état de choc
L’état de choc compensé est rarement observé chez le lapin. De plus, la tachycardie supposée être mise en évidence dans cette situation est difficile à objectiver dans cette espèce dont la fréquence cardiaque varie entre 180 et 240 battements par minute. L’état de choc décompensé (pression artérielle inférieure à 90 mmHg) se manifeste par des muqueuses pâles ou cyanosées, une bradycardie, une hypotension, un pouls faible ou non palpable. L’animal peut présenter une insuffisance rénale pré-rénale oligurique ou anurique, un oedème pulmonaire et un état semi-comateux.
Besoin d’entretien
Il est élevé par rapport aux carnivores domestiques et évalué entre 72 et 120 mL/kg/jour. L’eau gastro-intestinale représente 12% de l’eau corporelle chez le lapin contre 3% pour un chien. Généralement présentés anorexiques , leur déshydratation est rapide.
Voies utilisables
Voie intraveineuse
Les oreilles ont une fonction dans la thermorégulation par un fonctionnement de shunt artério-veineux. Le système vasculaire y est particulièrement développé et de grande taille. La veine marginale de l’oreille est privilégiée, car la mise en place d’un cathéter dans l’artère centrale cause des nécroses auriculaires. Cette complication survient plus rarement lorsque la veine marginale est utilisée.
Les lapins de moins d’un kilogramme de poids corporel non castrés présentent une peau épaisse qui ne permet pas le glissement d'un cathéter de 26 Gauge qui se plisse, alors que la veine marginale est de taille insuffisante pour un cathéter 24 gauges. La voie intra-osseuse peut alors être nécessaire.
Voie intra osseuse
La pose d’un cathéter intra-osseux est une technique simple qui ne nécessite pas de matériel spécialisé, et qui permet une efficacité et une rapidité quasiment équivalente à la voie intraveineuse pour le rétablissement de la pression artérielle. Elle est incontournable lors de procédures de réanimation cardiorespiratoire lorsque le réseau veineux est indisponible : état de choc, hypothermie, déshydratation majeure…
La pose d’un cathéter intra-osseux est néanmoins contre-indiquée lors d’atteinte vasculaire, cutanée (brûlure, infection…), ou osseuse du membre (ostéoporose, ostéogénèse imparfaite, fracture…). En cas d’essai infructueux, l’os ne peut plus être utilisé car sa perforation préalable conduit à une extravasation des fluides.
Les sites utilisables sont les suivants : l’humérus proximal, le fémur proximal, le tibia proximal. Le tibia proximal est une localisation bien tolérée. Les complications secondaires à la pose d’un cathéter intra-osseux sont rares : extravasation de fluides, infection ou embolie de graisse ou de moelle osseuse... Une analgésie est indispensable, car cette voie a été montrée douloureuse chez l’Homme.
Voie sous cutanée
La réhydratation sous-cutanée est facile à réaliser, cependant la vitesse de diffusion des fluides sous cutanée est lente et la vasoconstriction périphérique lors d’état de choc réduit l’absorption, contre-indiquant l’utilisation de la réhydratation sous-cutanée dans ce cas. Les fluides sont administrés à la dose de 100 à 120 mL/kg/jour répartis en plusieurs administrations. L’injection d’un volume supérieur à 20 mL/kg ou l’injection de fluide glucosé (G5, G30) sous cutané peut provoquer des nécroses cutanées. Seuls les liquides isotoniques sont utilisables par cette voie.
Voie intra-péritonéale
Cette voie a été largement utilisée chez les lapins par le passé, mais elle comporte des risques de péritonite, de douleur, d’infection sous cutanée.
Voie intra rectale
Si cette voie n’est pas instinctive en première intention, elle a pourtant été montrée efficace pour la gestion d’un choc hypovolémique et elle est bien tolérée chez le lapin. Le rectum est nettoyé avec 3 à 5 mL d’eau. Un cathéter de Foley ou un tube en caoutchouc rouge est ensuite lubrifié et inséré dans la partie distale du côlon sur 5 à 10 cm, afin d’injecter des fluides réchauffés sur une période de 15 minutes.
Voie orale
Le tube digestif contenant la majeure partie de l’eau corporelle, la réhydratation orale permet un complément de réhydratation, l’eau étant absorbée au niveau de l’intestin grêle, du caecum ou du côlon descendant. Ses contre-indications sont les situations d’occlusion, les impactions gastriques. La diffusion des fluides oraux est lente, l’utilisation seule est donc insuffisante en cas d’état de choc.
Mise en place du protocole de fluidothérapie
Le plan de fluidothérapie comporte les mêmes phases que pour les carnivores domestiques : la phase de réanimation (rétablissement de la perfusion tissulaire, apport suffisant en sang oxygéné), la phase de réhydratation (correction des déficits interstitiels) et la phase de maintenance (fluidothérapie au débit d’entretien). Le volume intravasculaire doit être rétabli en premier.
Choix du fluide
Les cristalloïdes isotoniques sont indiqués pour la réhydratation et lors d’état de choc, car ce dernier fait souvent suite à une déshydratation avancée chez le lapin. Dans ce cas, la déshydratation intracellulaire déjà présente peut être aggravée par l’utilisation de cristalloïde hypertonique. Ces derniers présentent donc un intérêt limité dans la prise en charge des états de choc chez le lapin. Le NaCl 0,9% et le RInger Lactate peuvent néanmoins être combinés à l'utilisation de colloïdes ou de cristalloïde hypertonique durant cette phase.
Le chlorure de sodium hypertonique 7,5% est utilisé en phase de réanimation pour son hyperosmolarité qui permet une rapide expansion du volume intravasculaire. Cela lui permet en effet de drainer les fluides interstitiels et intracellulaires dans l’espace vasculaire. Il peut également être utilisé à la place du mannitol pour diminuer une hypertension intracrânienne, par exemple en cas de syndrome vestibulaire aiguë.
Les colloïdes étant peu disponibles en France, ils ne sont pas abordés.
Fluidothérapie dans le cas d’une réanimation médicale
Chez le lapin, un bolus de cristalloïde isotonique est administré à 10-15 mL/kg sur 5 à 10 minutes par voie intraveineuse. Lorsque la température rectale approche de 36,7°C, il semble que les récepteurs adrénergiques commencent à répondre à la fluidothérapie et aux cathécholamines.
Les bolus de cristalloïdes sont répétés toutes les 15 minutes jusqu’à rétablissement de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque, et de la couleur des muqueuses, en prenant soin de monitorer une éventuelle hyperthermie.
Si la pression artérielle n’atteint pas les 90 mmHg, des causes de résistance à l’état de choc sont recherchées : vasodilatation, hypoglycémie, déséquilibre électrolytique, acidobasique, cardiomyopathie, hypoxie…
Une fois ces paramètres corrigés, un bolus de 5 mL/kg de NaCl 7,5% peut être mis en place ensuite sur 10 minutes. Une fluidothérapie peut être mise en place avec du NaCl 7,5% à 10 mL/kg/h pour la gestion de l’état de choc, puis diminuée en cas de déshydratation à 3-4 mL/kg/h.
Dans le cas d’une réhydratation sous cutanée, un volume de 120 mL/kg/jour est nécessaire chez le lapin. Cependant, la vasoconstriction liée à l’état de choc limite l’absorption des fluides sous cutanés, et l’apport de fluide par voie intrarectale et/ou voie orale est recommandée en complément.
Fluidothérapie per opératoire
Elle est effectuée par l’administration de fluides isotoniques à 10 mL/kg/h par voie intraveineuse ou intra-osseuse, pour compenser les pertes potentielles sanguines durant la procédure. Il est également indispensable de maintenir la température de l’animal entre 37,7 et 39,5°C.
La réhydratation
Le volume de soluté nécessaire est calculé de la manière suivante :
Déficit hydrique (mL) = % de déshydratation x poids corporel (kg) x 1000 mL/L
Le débit est calculé en tenant compte du déficit hydrique qui est corrigé à 50% la première journée et 50% la 2ème journée, en ajoutant le besoin d’entretien 3 à 5 mL/kg/h) et les pertes continues en cas de vomissements ou diarrhée.
Le débit sera donc calculé de la manière suivante :
Débit (mL/h) = 50% Déficit hydrique (mL) /24 (heures) + Poids (kg) x 3-5 (mL/kg/h)
Une supplémentation potassique est mise en place de manière empirique en se basant sur les données disponibles chez le chat. (Tableau 1)
Monitoring
La réhydratation est efficace si le patient reprend du poids, revient à un état normotherme, voit sa fréquence cardiaque augmenter et présente une pression artérielle stabilisée. Les signes d’hyperhydratation à surveiller sont une tachycardie, un jetage, un chémosis, des crépitements pulmonaires et une dyspnée.
Bibliographie
Coquelle M. État de choc et procédures de réanimation cardiopulmonaire chez les petits mammifères et les oiseaux. Nouv Prat Vét Canin Félin. 2024 ; 21 : 78-89.
Lichtenberger M. Principles of Shock and Fluid Therapy in Special Species. In : Fudge AM, Johnston MS, eds, Seminars in Avian and Exotic Pet Medicine. Philadelphia : WB Saunders ; 2004 : 1-142.
Huynh M, Boyeaux A, Pignon C. Assessment and Care of the Critically Ill Rabbit. Vet Clin North Am Exot Anim Pract. 2016 May;19(2):379-409.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Physiothérapie postfracture du bassin : quand et comment initier la récupération ?
Bouc Bel Air France
Rennes France
Rééducation et physiothérapie après fracture du bassin chez le chien et le chat : quand débuter et comment ?
Les fractures du bassin représentent une part importante des traumatismes ostéo-articulaires rencontrés chez le chien et le chat, le plus souvent dans un contexte de polytraumatisme. Leur prise en charge ne se limite cependant pas à la restauration de l’intégrité osseuse. La récupération fonctionnelle dépend de nombreux facteurs : localisation et stabilité des fractures, atteinte articulaire, lésions des tissus mous, douleur, atteintes neurologiques ou urinaires associées, état général du patient et, bien sûr, modalités de prise en charge orthopédique.
La rééducation fonctionnelle occupe ainsi une place essentielle dans le parcours de soins. Pourtant, plusieurs questions restent sources d’hésitation en pratique : quand débuter les mobilisations ? Quelle quantité d’exercice proposer sans compromettre la consolidation ? Quelles techniques utiliser selon le type de fracture et son traitement ? Quelle place accorder au repos strict ou à la cageothérapie ? Et comment savoir si une récupération insuffisante est simplement liée au délai normal de récupération ou témoigne d’une complication ?
Cette conférence propose un regard croisé entre chirurgie orthopédique et physiothérapie afin de répondre à ces questions et de construire une stratégie de prise en charge cohérente, individualisée et évolutive.
Une rééducation qui débute dès la phase aiguë
La première étape de la récupération fonctionnelle est la stabilisation du patient et la prise en charge des conséquences immédiates du traumatisme. La gestion de la douleur constitue un préalable indispensable à toute mobilisation. Le suivi doit également intégrer les éventuelles lésions neurologiques, urinaires ou des tissus mous, susceptibles de modifier profondément le programme de rééducation et le pronostic fonctionnel.
La notion de « repos » doit alors être précisée. Le repos est nécessaire pour protéger les structures lésées, mais il ne signifie pas immobilisation totale. Dès que l’état clinique et la stabilité des lésions le permettent, une mobilisation contrôlée peut être mise en place. Les changements de position, les soins de nursing, les mobilisations articulaires adaptées, la stimulation sensorielle et l’accompagnement des premiers transferts participent déjà à la prévention des complications liées à l’inactivité.
L’objectif n’est donc pas d’opposer repos et rééducation, mais de déterminer quelles contraintes mécaniques peuvent être appliquées à chaque étape de la récupération.
Adapter la rééducation à la stabilité des lésions
Le protocole de physiothérapie ne peut être défini indépendamment du bilan orthopédique et de l’imagerie. La localisation des fractures, leur déplacement, la stabilité du bassin, l’atteinte de l’acétabulum ou de l’articulation sacro-iliaque, ainsi que le choix d’un traitement conservateur ou chirurgical conditionnent directement les exercices pouvant être proposés.
Après une prise en charge conservatrice, l’enjeu consiste notamment à favoriser une reprise progressive de l’appui tout en respectant les limites mécaniques imposées par les lésions. Après ostéosynthèse, la stabilisation obtenue chirurgicalement peut, dans certaines situations, permettre une mobilisation plus précoce. Elle ne signifie toutefois pas que toutes les contraintes sont immédiatement autorisées.
La progression doit être fondée sur des critères cliniques et fonctionnels : douleur, amplitude articulaire, contrôle moteur, masse et force musculaires, tolérance à l’exercice, qualité de l’appui et évolution de la démarche.
De la protection à la récupération fonctionnelle
La rééducation peut être envisagée selon plusieurs phases, qui ne correspondent pas nécessairement à des délais fixes.
Dans un premier temps, l’objectif est de protéger les structures lésées tout en limitant les conséquences de l’immobilisation. La gestion de la douleur, les soins de nursing, l’aide au déplacement et les mobilisations douces occupent une place centrale. Selon les besoins du patient, différentes modalités de physiothérapie peuvent être utilisées pour contrôler la douleur, préserver les amplitudes articulaires et limiter la fonte musculaire.
Lorsque l’appui devient possible, le travail vise progressivement la restauration de la locomotion. Les transferts de poids, les exercices actifs assistés et les déplacements sur des surfaces adaptées permettent de réintroduire progressivement les contraintes fonctionnelles. Le niveau de difficulté est ensuite augmenté en fonction de la qualité du mouvement plutôt que selon un calendrier rigide.
Dans une troisième phase, le travail musculaire, proprioceptif et cardiovasculaire devient prédominant. Chez les patients sportifs ou très actifs, l’objectif final est de dépasser la simple absence de boiterie pour retrouver une capacité fonctionnelle compatible avec les activités antérieures.
Les tissus mous : une composante souvent oubliée
La récupération ne concerne pas uniquement l’os. Les traumatismes du bassin peuvent provoquer des lésions musculaires, des adhérences, des douleurs myofasciales ou une perte importante de mobilité des tissus mous. La chirurgie elle-même ajoute une composante iatrogène : incision, dissection, inflammation et cicatrisation peuvent contribuer à une restriction de mobilité.
La prise en charge des tissus mous doit donc être intégrée au programme dès que la situation clinique le permet. Mobilisations, travail des tissus cicatriciels, techniques manuelles et reprise progressive de l’activité musculaire peuvent contribuer à restaurer une biomécanique normale.
Cette approche est particulièrement importante lorsque la consolidation osseuse est satisfaisante mais que le patient conserve une limitation fonctionnelle.
Et la cageothérapie ?
La cageothérapie peut avoir une place dans certaines situations, notamment au cours des premières phases suivant une fracture instable. Elle doit cependant être considérée comme un moyen de contrôler l’activité et non comme une stratégie de récupération en elle-même.
Une immobilisation trop prolongée expose à une fonte musculaire, une diminution des amplitudes articulaires, une perte de condition physique et potentiellement une récupération fonctionnelle retardée. La question n’est donc pas uniquement « combien de temps maintenir le patient au repos ? », mais « comment contrôler suffisamment son activité tout en maintenant le niveau de stimulation nécessaire à sa récupération ? ».
Le chirurgien et le physiothérapeute doivent ainsi déterminer ensemble la durée et les modalités du repos, puis les conditions de sa levée progressive.
Quand poursuivre à domicile et quand adresser en physiothérapie spécialisée ?
Une grande partie de la rééducation peut être réalisée au domicile : gestion des déplacements, exercices simples, marche contrôlée, surveillance de la douleur et progression de l’activité. L’implication du propriétaire est essentielle et conditionne souvent la réussite du programme.
Certaines situations justifient cependant une prise en charge spécialisée : récupération insuffisante, douleur persistante, déficit neurologique, amyotrophie importante, trouble locomoteur complexe, atteinte articulaire, difficulté à faire progresser l’exercice ou besoin d’une évaluation fonctionnelle plus précise.
Le rôle du physiothérapeute est alors non seulement de choisir les techniques appropriées, mais surtout d’objectiver la récupération, d’identifier les limitations persistantes et d’adapter régulièrement la charge d’exercice.
Quel pronostic fonctionnel ?
Le pronostic ne peut pas être établi à partir de la seule présence d’une fracture du bassin. Une fracture correctement réduite et stabilisée ne garantit pas à elle seule une récupération fonctionnelle parfaite. À l’inverse, certaines fractures traitées conservativement peuvent évoluer favorablement.
La présence d’une atteinte neurologique, d’une lésion acétabulaire, d’une douleur persistante ou de complications secondaires peut modifier significativement le pronostic. L’évolution doit donc être évaluée dans le temps, en distinguant la consolidation radiographique de la récupération fonctionnelle.
L’apparition d’une arthrose secondaire, d’une persistance de boiterie, d’une limitation d’amplitude ou de troubles urinaires ou sphinctériens doit conduire à réévaluer le patient et, si nécessaire, à adapter la stratégie thérapeutique.
Une prise en charge nécessairement collaborative
La fracture du bassin illustre particulièrement bien l’intérêt d’une collaboration étroite entre chirurgien et physiothérapeute. Le chirurgien définit les contraintes liées aux lésions et à leur stabilisation ; le physiothérapeute transforme ces informations en objectifs fonctionnels et en progression d’exercices. Le retour d’information sur l’évolution du patient permet ensuite d’ajuster le protocole.
L’objectif n’est donc pas de déterminer une date universelle de début de rééducation ou un protocole standard applicable à tous les patients, mais de raisonner en termes de contraintes, de capacités et d’objectifs fonctionnels.
À retenir :
la rééducation commence dès que l’état du patient le permet, y compris pendant la phase aiguë ;
le repos doit être contrôlé et non synonyme d’immobilisation prolongée ;
la progression dépend de la stabilité des lésions, de la douleur et des capacités fonctionnelles du patient ;
les tissus mous, les atteintes neurologiques et les complications associées doivent être intégrés au raisonnement ;
la cageothérapie est un outil de contrôle de l’activité, et non une stratégie de récupération fonctionnelle ;
la prise en charge à domicile est possible pour de nombreux patients, mais certaines situations nécessitent une expertise spécialisée ;
enfin, la communication entre chirurgien, physiothérapeute et propriétaire est un élément déterminant de la récupération.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Pic de croissance et prévention du surpoids
Toulouse France
Stérilisation du chien et du chat et nutrition : impact de l’âge et du format
Lorsqu’un chien ou un chat est stérilisé avant la fin de sa croissance, ses besoins nutritionnels dépendent à la fois des effets de la stérilisation et du stade de croissance auquel elle intervient. L’objectif est de prévenir la prise de masse grasse sans compromettre la croissance de l’animal.
Situer l’animal dans sa croissance
L’âge seul ne suffit pas pour déterminer le stade de croissance d’un animal. Chez le chien, le format influence fortement la cinétique de croissance. La phase de croissance rapide se termine vers 11 semaines chez les races toy, 14-16 semaines chez les petites et moyennes races, mais se poursuit jusqu’à environ 5 mois chez les races géantes [1].
Des courbes de croissance de référence ont été développées par WALTHAM chez le chien [2], selon le sexe et le format adulte attendu, jusqu’à 40 kg. Au-delà de ce poids, les données disponibles n’ont pas permis d’établir de courbes de référence. Chez le chat, les courbes de référence ont été établies à partir de chats domestiques à poil court [3] et sont moins adaptées aux races présentant des trajectoires de croissance particulières, comme le Sibérien. Dans ces situations, le suivi longitudinal du poids de l’animal reste utile, même en l’absence de courbe de référence parfaitement adaptée.
La première étape consiste donc à situer l’animal sur une courbe de croissance adaptée à son espèce, son sexe et, lorsque cela est pertinent, sa race ou son format. On peut alors distinguer schématiquement trois situations : croissance rapide, fin du pic de croissance et période après le pic de croissance.
Comparer les besoins de l’animal aux aliments du commerce
Les besoins nutritionnels sont exprimés par rapport au besoin énergétique théorique de l’animal, par exemple en g/Mcal. Ce besoin énergétique théorique reste la référence pour calculer les besoins en nutriments, même lorsque l’apport énergétique réellement nécessaire à l’animal est inférieur.
Ainsi, si un animal nécessite un facteur de correction énergétique de 0,8, il ne recevra que 80 % de son besoin énergétique théorique, sans que ses besoins nutritionnels soient diminués. Pour comparer ses besoins à la composition d’un aliment, exprimée par Mcal d’aliment consommé, il faut donc les corriger :
Besoin à rechercher dans l’aliment = besoin nutritionnel (g/Mcal) ÷ facteur de correction énergétique
Par exemple, pour un besoin de 60 g de protéines/Mcal, un animal avec un facteur de correction de 0,8 devra consommer un aliment apportant au moins 60 / 0,8 = 75 g de protéines/Mcal.
Plus l’apport énergétique est réduit, plus l’aliment doit être concentré en nutriments par unité d’énergie consommée.
Le choix de l’aliment dépend ensuite du stade de croissance.
Pendant la phase de croissance rapide, les besoins nécessaires à la croissance sont les plus importants. Par ailleurs, aucune étude ne permet actuellement de déterminer précisément la réduction du besoin énergétique à appliquer après stérilisation à ce stade : les données disponibles sur la diminution du besoin énergétique après stérilisation concernent principalement des animaux adultes. Une réduction systématique de 20 % ne peut donc pas être directement extrapolée au jeune animal en croissance rapide. À ce stade, il paraît plus prudent de privilégier un aliment de croissance, éventuellement formulé spécifiquement pour les animaux stérilisés, puis d’adapter les quantités selon l’évolution de l’animal.
À la fin du pic de croissance, la diminution des besoins liés à la croissance permet davantage de réduire la densité énergétique de l’alimentation. Un facteur de correction théorique de 0,8 peut être utilisé comme point de départ après stérilisation, mais doit être confronté à l’évolution individuelle du poids et de l’état corporel. Un aliment moins dense en énergie doit alors être choisi, à condition de vérifier qu’il soit suffisamment concentré en nutriments nécessaires à la croissance. Les principaux points de vigilance sont notamment le calcium et les acides gras essentiels, en particulier l’acide docosahexaénoïque (DHA).
Après le pic de croissance, les besoins nutritionnels se rapprochent progressivement de ceux de l’adulte. Les aliments pour adultes stérilisés de marques vétérinaires sont généralement moins denses en énergie tout en présentant une densité nutritionnelle suffisante pour couvrir les besoins résiduels de fin de croissance. Ils constituent donc une option adaptée à ce stade.
Effectuer un suivi en impliquant le propriétaire
Quel que soit l’aliment choisi initialement, la réponse à la stérilisation reste individuelle. La courbe de croissance constitue donc un outil central du suivi. La trajectoire de l’animal doit rester relativement stable : une déviation progressive de sa courbe doit conduire à réévaluer précocement les apports énergétiques, afin d’éviter le franchissement de deux lignes de percentile, considéré comme anormal.
Lorsque l’apport énergétique doit être diminué, il est préférable de privilégier un aliment de densité énergétique plus faible plutôt que de réduire la quantité distribuée. Cette approche est particulièrement pertinente chez le chat, dont le comportement alimentaire spontané repose sur de nombreuses petites prises au cours du nycthémère. Une restriction quantitative peut modifier ce comportement, notamment en augmentant la taille des repas et la vitesse d’ingestion [4]. L’utilisation d’aliments humides et l’enrichissement du mode de distribution (puzzle feeders, recherche alimentaire ou alimentation en hauteur) peuvent aider à contrôler l’apport énergétique tout en respectant davantage le comportement alimentaire.
L’implication du propriétaire est un élément clé du suivi. La courbe de croissance peut être débutée avec lui lors de la consultation puis poursuivie à domicile grâce à des pesées régulières. Il peut apprendre à évaluer la note d’état corporel afin de repérer précocement une augmentation de la masse grasse.
Lorsqu’un animal est stérilisé pendant sa croissance, un contrôle environ un mois après la stérilisation permet de réévaluer le poids, la trajectoire de croissance, la note d’état corporel, la masse musculaire, ainsi que l’aliment et les quantités réellement consommées. Le plan nutritionnel est ensuite adapté à l’évolution de l’animal jusqu’à sa maturité.
En pratique
Le choix nutritionnel peut finalement être guidé par trois questions :
Où en est l’animal dans sa croissance ?
Âge, race, format/poids adulte attendu et trajectoire sur la courbe de croissance.
Quelle densité énergétique est adaptée à ce stade ?
État corporel, stade de croissance et évolution du poids.
L’aliment envisagé couvre-t-il encore les besoins de croissance ?
Plus la stérilisation intervient tôt, plus cette question est importante. A surveiller en particulier calcium et acides gras essentiels lorsque l’animal n’a pas atteint sa maturité.
Références
1. Hawthorne, A.J.; Booles, D.; Nugent, P.A.; Wilkinson, J.; Gettinby, G. Body-Weight Changes during Growth in Puppies of Different Breeds. The Journal of Nutrition 2004, 134, 2027S-2030S, doi:10.1093/jn/134.8.2027S.
2. Salt, C.; Morris, P.J.; German, A.J.; Wilson, D.; Lund, E.M.; Cole, T.J.; Butterwick, R.F. Growth Standard Charts for Monitoring Bodyweight in Dogs of Different Sizes. PLOS ONE 2017, 12, e0182064, doi:10.1371/journal.pone.0182064.
3. Salt, C.; German, A.J.; Henzel, K.S.; Butterwick, R.F. Growth Standard Charts for Monitoring Bodyweight in Intact Domestic Shorthair Kittens from the USA. PLOS ONE 2022, 17, e0277531, doi:10.1371/journal.pone.0277531.
4. Ligout, S.; Si, X.; Vlaeminck, H.; Lyn, S. Cats Reorganise Their Feeding Behaviours When Moving from Ad Libitum to Restricted Feeding. Journal of Feline Medicine and Surgery 2020, 22, 953–958, doi:10.1177/1098612X19900387.
Liens d'intérêt : Au cours des cinq dernières années :Conférences / formations / expertises pour Virbac, Hill's, Exzell Animal Health Division.Participation aux symposiums de Purina Pro Plan.Visite des usines Royal Canin, Purina Pro Plan et Bab'in.Une publication financée par la FACCO.Thèse CIFRE avec Lallemand soutenue en décembre 2025.
📃 Place de l'antibiothérapie lors de diarrhée aiguë chez le chien et le chat
Marcy L'etoile France
Les antimicrobiens sont souvent utilisés pour traiter la diarrhée aiguë (DA) chez le chien. Cependant, les données scientifiques justifiant cet usage sont limitées et une utilisation inappropriée des antimicrobiens peut aggraver le problème de la résistance aux antimicrobiens. L’évaluation des causes rapportées de la DA pourrait contribuer à améliorer le bon usage des antimicrobiens. La DA (d’une durée inférieure à 7 jours) est un motif de consultation fréquent. Les vétérinaires généralistes peuvent rencontrer des cas d’entérite au parvovirus canin (CPV) et de syndrome de diarrhée hémorragique aiguë (SDHA). Lorsque les signes cliniques comprennent une déshydratation sévère, un choc hypovolémique et des pertes hydriques persistantes, ces cas nécessitent généralement une prise en charge médicale hospitalière voire intensive. Alors qu’il existe un consensus général concernant l’utilisation d’antimicrobiens à large spectre chez les chiens atteints d’entérite au CPV, un tel consensus n’existe pas pour l’SDHA.
Les microorganismes intestinaux sont-ils réellement responsables de la diarrhée aiguë ?
Les nombreuses causes de DA chez le chien sont décrites ailleurs. Les causes infectieuses, qui constituent la justification la plus évidente à l’utilisation d’antimicrobiens, comprennent les Clostridia, Campylobacter, Salmonella, E. coli, Giardia, le CPV, le coronavirus entérique, le rotavirus et le circovirus.
À l’exception du CPV, les études portant sur ces microorganismes mettent en évidence la difficulté à distinguer les agents pathogènes des microorganismes non pathogènes. Ces microorganismes sont fréquemment détectés chez des chiens sains ne présentant pas de diarrhée. Il convient donc d’utiliser le terme « pathogène » avec prudence.
Plutôt que de considérer un seul microorganisme comme responsable de la maladie, certains auteurs mettent en avant un état de dysbiose, c’est-à-dire une perturbation délétère du microbiote intestinal normal, comme facteur majeur de la maladie. À l’inverse, un microbiote « sain » pourrait neutraliser les effets d’éventuels agents pathogènes chez les chiens en bonne santé.
Clostridium perfringens est une bactérie anaérobie commensale à Gram positif du tractus gastro-intestinal canin et une cause reconnue de diarrhée chez l’être humain. Cependant, une prévalence similaire est rapportée chez les chiens atteints de DA et chez les chiens sains.
Les tests diagnostiques appropriés doivent permettre de différencier les sous-types non pathogènes des sous-types pathogènes, c’est-à-dire ceux qui produisent des entérotoxines associées à la diarrhée.
Auparavant, l’entérotoxine de C. perfringens était considérée comme le principal suspect dans les cas de DA infectieuse chez le chien. Cependant, les tests ELISA permettant de détecter cette entérotoxine ne sont pas largement disponibles et de nombreux tests PCR facilement accessibles détectent d’autres entérotoxines non pathogènes (par exemple, la toxine alpha de C. perfringens). De plus, bon nombre de ces entérotoxines (ou des gènes qui les codent) sont également retrouvés chez des chiens sains.
Un nombre croissant de données scientifiques indique que les entérotoxines nécrosantes NetE et NetF de C. perfringens pourraient jouer un rôle majeur dans l’SDHA chez le chien. Deux études ont mis en évidence une prévalence plus élevée des gènes codant pour NetF chez les chiens atteints d’SDHA que chez ceux présentant une maladie gastro-intestinale sans SDHA et chez les chiens sains.
Les Salmonella spp. sont des bactéries à Gram négatif, anaérobies facultatives, dont le rôle dans les affections gastro-intestinales aiguës chez le chien reste incertain, compte tenu de leur prévalence comparable chez les chiens sains et les chiens souffrant de diarrhée.
Indépendamment de la présence ou non d’une maladie, les Salmonella spp. sont fortement associées à l’alimentation à base de viande crue. Leur principale importance pourrait donc résider dans le risque de transmission à des personnes et à des animaux immunodéprimés, en raison de l’excrétion de ces bactéries par les chiens nourris avec des régimes à base de viande crue.
Les Campylobacter spp. sont des bactéries aérobies à Gram négatif et zoonotiques. Dans une étude épidémiologique menée en Suède, la contamination liée au contact avec des chiens constituait la deuxième cause la plus fréquente de campylobactériose chez l’être humain.
Une fois encore, la prévalence chez les chiens sains et chez ceux souffrant de diarrhée est variable et les données disponibles ne permettent pas d’établir clairement un rôle pathogène, même si certaines études suggèrent que les chiots constituent une population à risque.
Les Giardia spp. sont des protozoaires considérés comme épizootiques dans la plupart des régions et constituent la principale cause hydrique de diarrhée chez l’être humain aux États-Unis.
Là encore, de nombreuses études de prévalence ne permettent pas d’établir un rôle définitif dans la DA. Une étude japonaise a rapporté une prévalence de Giardia chez les chiens sains de 44,4 %, soit plus du double de celle observée chez les chiens souffrant de diarrhée (20,6 %). Le potentiel zoonotique constitue également un élément important à prendre en compte.
Le rôle d’Escherichia coli dans la DA reste incertain : une étude en laboratoire n’a retrouvé que des souches extra-intestinales d’E. coli chez les chiens souffrant de diarrhée.
De même, Clostridium difficile présente une prévalence comparable chez les chiens sains et chez les chiens diarrhéiques. La détection des entérotoxines A et B, ou des gènes qui les codent, peut renforcer la suspicion de clostridiose, en particulier lorsqu’aucune autre cause infectieuse ou non infectieuse n’est identifiée.
Le coronavirus entérique canin et l’adénovirus canin sont des causes reconnues de DA, mais leur prévalence a considérablement diminué grâce à la généralisation de la vaccination chez les chiens de compagnie.
Les progrès récents, notamment dans le domaine du diagnostic moléculaire, ont permis d’identifier d’autres agents pathogènes intestinaux potentiels, tels que Providencia alcalifaciens.
Le thème récurrent est donc le manque de preuves permettant d’établir un lien de causalité entre la détection d’un microorganisme et la maladie chez les chiens atteints de DA. La détection de ces microorganismes intestinaux peut simplement refléter la flore gastro-intestinale normale ou constituer un marqueur de dysbiose.
Traitement
De nombreux essais cliniques prospectifs démontrent une bonne réponse à une prise en charge médicale de soutien chez les chiens atteints de DA. Celle-ci comprend la correction des déficits hydriques intra- et extravasculaires, la compensation des pertes hydriques persistantes et un traitement symptomatique.
Les causes sous-jacentes spécifiques, telles que les intolérances alimentaires, les affections inflammatoires chroniques, les helminthiases ou les maladies touchant d’autres organes abdominaux (pancréas, foie, reins), doivent être prises en charge.
Malgré ces données, des études par questionnaire rapportent une utilisation d’antimicrobiens chez 31 à 71 % des chiens atteints de DA. L’amoxicilline, seule ou associée à un inhibiteur de bêta-lactamases, ainsi que le métronidazole sont les antimicrobiens les plus fréquemment prescrits.
Pourquoi les antimicrobiens sont-ils utilisés dans la DA chez le chien ?
Le traitement d’une cause infectieuse confirmée ou suspectée constitue la principale raison de l’utilisation d’antimicrobiens dans ces situations. Cependant, deux préoccupations majeures existent concernant leur utilisation dans les causes potentiellement infectieuses de SDHA ou de DA. Premièrement, il n’est pas clairement établi que l’utilisation d’antimicrobiens améliore l’évolution ou même les symptômes de la maladie. Deuxièmement, la détection d’un microorganisme ne confirme pas nécessairement l’existence d’une cause infectieuse.
Bien que le SDHA puisse avoir une origine infectieuse, plusieurs essais cliniques n’ont pas réussi à démontrer une amélioration de l’évolution clinique avec un traitement antimicrobien.
Un essai clinique randomisé comparant l’amoxicilline-acide clavulanique à la dose recommandée à un placebo chez 60 chiens atteints de SDHA n’a montré aucune différence dans l’évolution clinique. Tous les chiens se sont améliorés dans les 48 heures, y compris ceux ayant reçu uniquement le traitement de soutien standard et le placebo.
Des résultats similaires ont été observés chez des chiens atteints de SDHA recevant de l’amoxicilline-acide clavulanique, avec ou sans métronidazole.
L’utilisation du métronidazole a été justifiée par ses effets anti-inflammatoires, antidiarrhéiques, antiprotozoaires et sa couverture des bactéries anaérobies. Cependant, aucune donnée ne démontre que le métronidazole possède un effet anti-inflammatoire significatif chez les chiens atteints de DA.
Pourquoi les antimicrobiens ne devraient-ils pas être utilisés systématiquement dans la DA ?
Premièrement, nous devons utiliser les antimicrobiens de manière responsable afin de limiter la résistance aux antimicrobiens. Cela implique de sélectionner soigneusement les patients, de choisir les antimicrobiens appropriés lorsqu’ils sont indiqués, d’utiliser des protocoles fondés sur les données scientifiques (dose, durée et voie d’administration) et de réévaluer régulièrement ces différents éléments.
Deuxièmement, les antimicrobiens peuvent perturber de manière importante le microbiote intestinal, avec des effets indésirables potentiels à court et à long terme. Cela peut entraîner une augmentation du nombre d’espèces productrices de toxines, de microorganismes résistants et une dysbiose prolongée.
Chez des chiens sains, quatorze jours de traitement par métronidazole ont entraîné des modifications défavorables du microbiote fécal, notamment une diminution de sa diversité et une réduction de microorganismes considérés comme « bénéfiques ».
Étant donné que nous savons déjà que la DA provoque d’importantes perturbations du microbiote, avec des conséquences potentiellement durables, modifier davantage le microbiote par l’utilisation d’antimicrobiens est clairement indésirable.
Quelles sont les indications d’un traitement antimicrobien ?
Dans le cas de SDHA, les antimicrobiens devraient être réservés aux chiens présentant des signes de sepsis, c’est-à-dire des signes cliniques répondant aux critères du SIRS (syndrome de réponse inflammatoire systémique, soit une tachycardie, une tachypnée, une hyperthermie ou une neutrophilie/neutropénie) et des signes de dysfonctionnement d’un ou plusieurs organes.
Compte tenu du manque de spécificité de ces critères, je recommande de réserver l’utilisation des antimicrobiens aux chiens qui répondent à ces critères et dont l’état continue de se détériorer malgré un traitement médical approprié et intensif (restauration des volumes liquidiens intra- et extravasculaires et prise en charge médicale des signes cliniques).
Pour Salmonella, Campylobacter, Giardia et les autres microorganismes potentiellement infectieux, la question se pose toujours : leur détection signifie-t-elle qu’ils sont responsables de la maladie ?
Compte tenu des difficultés à établir un diagnostic définitif et des données montrant que la majorité de ces cas présentent une diarrhée spontanément résolutive, la même approche est recommandée.
Les antimicrobiens devraient être réservés aux situations dans lesquelles un sepsis est suspecté et où l’état du chien se détériore malgré un traitement approprié.
Les chiots peuvent avoir davantage besoin d’un traitement antimicrobien, compte tenu de leur plus grande susceptibilité à la giardiose et aux formes plus sévères de maladie.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Place de l'imagerie
Bologna Italie
Introduction
La pancréatite féline est une affection dont la prévalence histopathologique peut atteindre 67 % à l’autopsie, touchant même 45 % des chats apparemment sains.
Le consensus ACVIM 2021 a structuré notre approche, mais les données publiées entre 2024 et 2026 apportent un éclairage nouveau, invitant à une lecture plus critique de nos outils diagnostiques.
1. Rappels anatomiques et diagnostic échographique : les limites de la visibilité
L'étroite proximité anatomique entre le pancréas, le foie et le duodénum chez le chat explique la fréquence des inflammations multi-organiques.
Le canal pancréatique rejoint le canal cholédoque avant d'entrer dans la papille duodénale, un montage favorisant les reflux bactériens du duodénum.
Sensibilité de l'échographie (US) : Bien que l'échographie abdominale soit l'examen d'imagerie de choix, sa sensibilité est modérée (11 % à 67 %) et dépend fortement de la sévérité et de l'expérience de l'opérateur.
Une étude de 2026 montre que même en présence d'une hyperlipasémie marquée, environ 50 % des chats ne présentent aucune anomalie pancréatique visible ou des changements insuffisants pour un diagnostic formel.
L'échographie est donc excellente pour identifier des complications, mais une image normale n'exclut jamais la maladie.
Critères de distinction et standardisation
Pancréatite aiguë (PA) : Augmentation de taille, parenchyme hypoéchogène, hyperéchogénicité du mésentère adjacent (stéatonécrose) et possible épanchement péripancréatique.
Pancréatite chronique (PC) : Marges irrégulières, parenchyme hétérogène (aspect moucheté) ou hyperéchogène (fibrose), et possible dilatation du canal pancréatique.
Pour réduire la subjectivité, l'utilisation du score UPASS (Ultrasonographic Pancreatic Assessment Severity Score) est encouragée, permettant de corréler l'imagerie à la sévérité biochimique.
2. Recherche des comorbidités et complications : l'attente de l'interniste
La gestion de la pancréatite ne peut être isolée de son contexte systémique. L'interniste attend de l'échographiste une évaluation précise des organes "satellites".
La Triade Féline :
L'association pancréatite, cholangite et maladie inflammatoire chronique de l'intestin (IBD) concerne de 17 % à 39 % des cas cliniques.
L'échographie doit traquer l'épaississement de la paroi digestive (musculeuse) et les anomalies des voies biliaires
Maladie Rénale Chronique (IRC) : le piège de la lipase
Il est désormais prouvé que le taux de lipase (fPL) augmente significativement avec le stade IRIS de l'IRC (corrélation positive avec la créatinine et l'urée).
Chez un chat IRC, une fPL modérément élevée doit être interprétée avec prudence, car elle peut refléter une baisse de la clairance rénale plutôt qu'une inflammation pancréatique primaire.
Vésicule biliaire et boue biliaire (Sludge)
Une étude de 2025 sur 166 cas montre que la présence de boue biliaire n'est pas un indicateur fiable d'infection ou de cholangite neutrophile.
En revanche, l'épaississement de la paroi vésicale (> 1 mm) est fortement associé à une pathologie biliaire.
Diabète Sucré
Le lien est bidirectionnel : l'hyperglycémie peut induire une inflammation pancréatique (augmentation des neutrophiles), et la PC peut mener à un diabète secondaire par destruction des îlots de Langerhans.
3. Prélèvements et techniques invasives
Le consensus ACVIM 2021 confirme que la cytologie par ponction à l'aiguille fine (FNA) sous guidage échographique est une procédure sûre. Elle peut confirmer une inflammation suppurée, bien que son rendement pour la PC soit plus faible en raison de la fibrose. La biopsie histologique reste le "gold standard", mais sa nature invasive et la distribution multifocale des lésions limitent son usage : dans 50 % des cas, les lésions ne sont pas présentes dans les trois parties du pancréas simultanément.
4. Pronostic et suivi : l'évolution des marqueurs
L'échographie seule est un médiocre prédicteur de survie. Les scores cliniques composites comme l'APPLE (Feline Acute Patient Physiologic and Laboratory Evaluation) ou le MFAI (Modified Feline Activity Index) sont plus performants que la lipase ou l'imagerie pour prédire la mortalité ou la durée d'hospitalisation.
Conclusion
Faut-il remettre en question le consensus de 2021 ? Plutôt que de le rejeter, il faut l'affiner. Les données de 2024-2026 nous imposent :
Une prudence accrue face aux faux négatifs échographiques (50 % des cas).
Une interprétation pondérée de la fPL chez l'insuffisant rénal.
Un abandon de la boue biliaire comme marqueur d'infection isolée.
L'adoption de scores de sévérité composites (MFAI, APPLE) pour guider le pronostic.
Iconographie 1 : Synthèse des anomalies échographiques vs sévérité biologique (UPASS simplifié) Basé sur Hotz et al. 2026
Iconographie 2 : Algorithme décisionnel face à une suspicion de pancréatite (2026)
Références bibliographiques
Forman MA, Steiner JM, Armstrong PJ, et al. ACVIM consensus statement on pancreatitis in cats. J Vet Intern Med. 2021;35(2):703-723.
Hotz V, Brugger D, Kook PH. Unsupervised clustering of serum lipase activity in cats: a data-driven approach to correlate clinical, laboratory, and ultrasonographic findings. J Vet Intern Med. 2026 (In Press).
Lee KLH, Guess SC, Villarino NF, et al. Gallbladder sludge in cats: associations with bile culture, liver enzymes and cholangiohepatitis in 166 cases. J Feline Med Surg. 2025;27(1):1-9.
Kim J, Yun Y. Association between chronic kidney disease progression and serum feline pancreatic lipase concentrations in cats. J Vet Sci. 2026;27(2):e30.
Cridge H, Winser J, Wells J, et al. Comparative analysis of prognostic scoring systems for cats with suspected pancreatitis (472 cats). J Vet Intern Med. 2026 (In Press).
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Place des sartans et des IECA : au-delà de la protéinurie et de l'hypertension
La Madeleine France
Introduction
Chez le chat atteint de maladie rénale chronique (MRC), les inhibiteurs de l'enzyme de conversion de l'angiotensine (IECA) et les antagonistes des récepteurs AT1 de l'angiotensine II (sartans) n'ont que deux indications validées : la protéinurie et l'hypertension artérielle systémique (HTAS). Ces deux cibles ne résument pourtant ni la complexité du système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA), ni l'intérêt de ces molécules. Cet exposé revient sur la physiologie du SRAA, sur les données félines disponibles et sur les limites de leur extrapolation en dehors de la protéinurie et de l'hypertension.
1. Un SRAA à deux voies et à plusieurs échappements
La voie classique (angiotensinogène → angiotensine I (par la rénine) → angiotensine II (par l’enzyme de conversion de l’angiotensine [ECA]) → action via le récepteur AT1) est responsable de la vasoconstriction de l'artériole efférente, de l'hypertension glomérulaire, de la rétention hydrosodée, de la sécrétion d'aldostérone et de l'activation de voies pro-inflammatoires et pro-fibrosantes.
La voie alternative, contre-régulatrice, emprunte deux branches : d'une part l'ECA2 transforme l'angiotensine II en angiotensine 1-7, laquelle agit via le récepteur Mas ; d'autre part l'angiotensine II peut se lier au récepteur AT2. Ces deux branches concourent à la vasodilatation, à la natriurèse et à des effets anti-inflammatoires et anti-fibrosants [1].
Ces deux voies existent dans deux compartiments largement indépendants : un SRAA circulant et un SRAA tissulaire, notamment intrarénal, dont la régulation échappe à celle du système circulant et que les marqueurs plasmatiques prédisent mal [1]. Or c'est surtout dans les tissus, et notamment dans le rein, que l'angiotensine II délétère est produite — d'où des concentrations rénales supérieures aux concentrations plasmatiques [2]. Ce compartiment, régulé indépendamment du système circulant, est aussi celui qui échappe le plus au blocage pharmacologique.
IECA et sartans diffèrent par leur site d’action (Figure 1) :
Les IECA agissent en amont, sur l'ECA : ils réduisent la production même d'angiotensine II, donc à la fois la stimulation délétère de l'AT1 et la stimulation bénéfique de l'AT2. Mais ce blocage global est incomplet, car la chymase — sérine-protéase issue notamment des mastocytes — génère de l'angiotensine II indépendamment de l'ECA : c'est l'échappement à l'ECA ("ACE escape").
Les sartans agissent en aval, sur le récepteur AT1 lui-même : ils le bloquent quel que soit le mode de génération de l'angiotensine II — ils ne sont donc pas contournés par la chymase — tout en laissant libres le récepteur AT2 et l'axe ECA2 / angiotensine 1-7 / récepteur Mas, dont ils préservent les effets contre-régulateurs [2].
Un second échappement, de nature différente, concerne cette fois les deux classes : l'échappement de l'aldostérone, par lequel l'aldostérone revient vers ses valeurs initiales malgré la poursuite du blocage du SRAA, par des mécanismes incomplètement élucidés [1]. Il survient chez 34 à 59 % des animaux traités par un bloqueur du SRAA.
2. Ce qui est démontré chez le chat
Rappelons que le seuil de traitement retenu chez le chat pour la protéinurie est un RPCU persistant supérieur à 0,4, après exclusion des causes pré- et post-rénales, et que l'aliment rénal reste la première mesure lors de protéinurie faible. Par ailleurs, le seuil de mise sous antihypertenseur chez le chat est une PAS persistante ≥ 160 mmHg après confirmation sur plusieurs mesures et exclusion d'un effet blouse blanche.
Plusieurs essais randomisés ont évalué les bloqueurs du SRAA chez le chat.
Le bénazépril réduit la protéinurie de façon reproductible mais sans bénéfice de survie démontré, et son effet antihypertenseur est trop modeste pour en faire un traitement de première intention de l'HTAS ; le telmisartan, mieux caractérisé sur ces deux critères, est développé ci-dessous :
Dans une étude européenne multicentrique randomisée en double aveugle portant sur 224 chats en MRC de stade IRIS 2 ou 3 suivis pendant 180 jours, le telmisartan, utilisé à la dose de 1 mg/kg/j, s'est révélé non inférieur au bénazépril (0,5-1 mg/kg/j) pour faire diminuer la protéinurie [2]. La baisse du rapport protéine sur créatinine urinaire (RPCU) par rapport à la valeur initiale a été significative à toutes les visites sous telmisartan, jamais sous bénazépril. Par ailleurs, la proportion de chats initialement protéinuriques passés en zone grise ou normalisé était de 57,2 % avec le telmisartan contre 30,8 % avec le bénazépril.
Concernant l’HTAS, une étude comparant le telmisartan (2 mg/kg/j) à un placebo a inclus 285 chats présentant une hypertension comprise entre 160 et 200 mmHg et sans lésion des organes cibles [3]. Le telmisartan abaissait la PAS de 19,2 mmHg à J14 et de 24,6 mmHg à J28, contre 9,0 et 11,4 mmHg sous placebo (P < 0,001). Par ailleurs, un peu plus de la moitié des chats sous telmisartan atteignaient l’objectif d’une PAS inférieure à 150 mmHg à J28 avec un effet maintenu à J120, y compris lors d’hypertension importante. Une deuxième étude sur 221 chats a confirmé ces résultats sur six mois.
3. Ce qui n'est pas démontré : l'absence de preuve en dehors de ces deux indications
A ce jour, aucune étude n'a établi que le blocage du SRAA prolonge la survie ou ralentit la progression de la MRC féline. Le bénazépril réduit la protéinurie par rapport au placebo, mais sans allongement significatif de la survie ni ralentissement de la progression de l'azotémie. Les études sur le telmisartan actuellement publiées n’ont par ailleurs pas étudié l’effet sur la survie [2,3].
Le rationnel physiopathologique est lui-même plus fragile qu'il n'y paraît dans cette espèce : le SRAA circulant n'est pas activé chez les chats avec MRC non hypertensives, ni chez les chats hypertendus non traités, et aucune corrélation n'a été mise en évidence entre les marqueurs du SRAA et la fonction rénale [4]. De plus, les populations les plus sévèrement atteintes ont été exclues de la majorité des études : créatinine > 5 mg/dL (IRIS 4), PAS > 200 mmHg, lésions des organes cibles. Toute extrapolation à ces situations reste donc non fondée.
La balance bénéfice-risque à l’utilisation des IECA ou sartans en dehors des deux indications prouvées doit toujours être regardée ; elle peut en effet pencher du mauvais côté : baisse possible du débit de filtration glomérulaire chez un chat déshydraté ou en stade avancé, risque majoré en cas d'azotémie préexistante ou de stade avancé, d'administration concomitante de furosémide ou association IECA + sartan, qui a entraîné une azotémie cliniquement significative chez 4/13 chiens (31 %).
En pratique, il n'y a donc pas lieu d'instaurer un IECA ou un sartan chez un chat en MRC normotendu et non protéinurique, et le traitement doit être suspendu lors de crise urémique ou de déshydratation. La décision n'est pour autant pas binaire : si l'instauration ne se justifie pas dans ce contexte, la poursuite d'un traitement ancien et bien toléré peut, elle, se discuter au cas par cas.
4. Au-delà de la protéinurie et de l'HTAS : trois pistes
Trois usages non conventionnels méritent d'être connus.
Un usage diagnostique d'abord : le telmisartan freine l'aldostéronémie du chat sain mais pas celle du chat atteint d'hyperaldostéronisme primaire (HAP), ce qui avait fait espérer un test de freination simple. Une étude prospective sur 38 chats (5 HAP, 16 MRC, 9 hyperthyroïdies, 2 HTAS idiopathiques, 6 sains) n'a toutefois montré aucune différence du taux de variation de l'aldostérone entre les groupes, seule l'aldostéronémie basale distinguant nettement les HAP (médiane 2 914 pmol/L) des MRC (239 à 353 pmol/L) [5].
Un usage correcteur ensuite : l'amlodipine et le furosémide activent chez le chat les deux voies du SRAA, ce qui constitue un argument physiopathologique — non validé cliniquement — pour leur associer un bloqueur du SRAA [4].
Des effets pléiotropes enfin, notamment suggérés chez le chien : stimulation préférentielle de l'angiotensine 1-7 par le telmisartan chez le chien (+ 753 % contre + 149 % sous énalapril), agonisme PPAR-γ, et résultats préliminaires dans l'hématurie rénale idiopathique (résolution complète chez 8/19 chiens, sans gain de survie) et l'épilepsie réfractaire du chien (− 62,5 % de crises chez 10 chiens, non significatif après correction de l'effet placebo).
5. En pratique : détection précoce, diagnostics différentiels et suivi
Le bénéfice attendu suppose une sous-classification IRIS précoce : mesure répétée de la pression artérielle, fond d'œil, RPCU sur des urines dont le culot a été examiné, culture urinaire. Avant de traiter, il faut exclure une protéinurie pré- ou post-rénale, une bactériurie et un effet blouse blanche — la baisse d'environ 10 mmHg observée sous placebo dans les essais le rappelle [3].
Sous traitement, le telmisartan n'a modifié ni la créatininémie moyenne, y compris aux stades IRIS 2 et 3, ni la kaliémie (4,50 à 4,47 mmol/L à J120), les effets indésirables étant surtout digestifs (vomissements 6,2 %, anorexie 3,6 %) [3]. Un contrôle de la créatinine et de la kaliémie 7 à 14 jours après l'instauration ou toute majoration de dose reste recommandé, que ce soit avec les IECA ou les sartans, une élévation de la créatinine supérieure à 30 % imposant une réévaluation.
Conclusion
IECA et sartans agissent sur un système redondant, largement tissulaire, doté de voies de contournement et d'une branche contre-régulatrice bénéfique ; cette complexité explique à la fois leurs intérêts et leurs limites. Chez le chat, le telmisartan a démontré une efficacité antiprotéinurique au moins équivalente à celle du bénazépril et une efficacité antihypertensive cliniquement pertinente, avec une bonne tolérance. Au-delà, ces molécules éclairent les activations iatrogènes du SRAA et ouvrent des pistes diagnostiques ou extrarénales séduisantes mais non validées. En l'absence de bénéfice démontré à ce jour sur la survie ou la progression, leur prescription doit rester ciblée sur le chat protéinurique ou hypertendu, identifié par une sous-classification IRIS précoce et une démarche différentielle rigoureuse.
Figure 1. Le système rénine-angiotensine-aldostérone, ses voies d'échappement et les sites d'action des IECA et des sartans. L'ECA est court-circuitée par la chymase, ce dont les sartans s'affranchissent ; le blocage du récepteur AT1 laisse l'angiotensine II disponible pour l'AT2 et respecte l'axe ECA2 / angiotensine 1-7 / récepteur Mas. Trois encarts signalent les activateurs iatrogènes du système (amlodipine, furosémide), l’échappement à l’ECA et l'échappement de l'aldostérone.
Références
1. Ames MK et coll. The renin-angiotensin-aldosterone system and its suppression. J Vet Intern Med. 2019 ; 33 : 363-82.
2. Sent U et coll. Comparison of efficacy of long-term oral treatment with telmisartan and benazepril in cats with chronic kidney disease. J Vet Intern Med. 2015 ; 29 : 1479-87.
3. Glaus TM et coll. Efficacy of long-term oral telmisartan treatment in cats with hypertension: results of a prospective European clinical trial. J Vet Intern Med. 2019 ; 33 : 413-22.
4. Ward JL et coll. Circulating renin-angiotensin-aldosterone system activity in cats with systemic hypertension or cardiomyopathy. J Vet Intern Med. 2022 ; 36 : 897-909.
5. Kurtz M et coll. Prospective evaluation of a telmisartan suppression test as a diagnostic tool for primary hyperaldosteronism in cats. J Vet Intern Med. 2023 ; 37 : 1348-57.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 POCUS mise au point : avantages/ limites
Marcy L'etoile France
L’échographie d’urgence, ou Point-of-Care Ultrasound (POCUS), occupe une place croissante dans la prise en charge des chiens et des chats présentés en urgence ou en soins intensifs. Contrairement à l’échographie abdominale ou cardiaque conventionnelle, le POCUS ne cherche pas à réaliser un examen exhaustif de l’animal. Il s’agit d’un examen ciblé, réalisé au chevet du patient, visant à répondre rapidement à une question clinique précise : existe-t-il un épanchement ? Une anomalie pulmonaire ? Une dilatation cardiaque majeure ? Une tamponnade ? Le patient semble-t-il susceptible de répondre à un remplissage vasculaire ? Le POCUS doit donc être considéré comme une extension de l’examen clinique plutôt que comme un substitut à l’échographie conventionnelle. [1,2]
Des avantages particulièrement adaptés à l’urgence
Le principal intérêt du POCUS est sa rapidité. L’appareil peut être amené directement auprès du patient et l’examen réalisé en quelques minutes, voire moins dans certaines situations critiques. Cette caractéristique est particulièrement importante lorsque le déplacement du patient vers une salle d’imagerie est difficile ou potentiellement dangereux. Le POCUS permet également de répéter l’examen aussi souvent que nécessaire afin de suivre l’évolution d’une maladie ou la réponse au traitement.
L’absence de rayonnements ionisants constitue un autre avantage important. L’examen peut généralement être réalisé avec une contention minimale et sans tonte importante, ce qui est particulièrement intéressant chez les patients dyspnéiques, douloureux, instables ou très stressés. Chez le chat, cette caractéristique est particulièrement pertinente : un POCUS réalisé au chenil peut limiter les manipulations et le stress associés au déplacement et à la contention.
Le POCUS fournit par ailleurs une information en temps réel. Dans un animal présentant un collapsus, une dyspnée ou une hypotension, la détection rapide d’un épanchement abdominal, pleural ou péricardique peut modifier immédiatement la prise en charge. Les protocoles AFAST (Abdominal FAST) et TFAST (Thoracic FAST) permettent notamment de rechercher rapidement du liquide libre abdominal ou thoracique. Dans une étude prospective portant sur 100 chiens et chats non traumatisés présentés aux urgences, un épanchement a été détecté par AFAST ou TFAST chez 33 % des animaux. Il était retrouvé chez 75 % des patients instables sur le plan cardiovasculaire ou dyspnéiques, contre seulement 9 % des patients stables.
Cette capacité à obtenir rapidement une information pertinente peut également réduire le nombre d’examens complémentaires nécessaires dans certaines situations ou, plus exactement, permettre de mieux les hiérarchiser. Un POCUS positif peut conduire à une intervention immédiate, tandis qu'un examen négatif peut orienter vers d'autres hypothèses diagnostiques.
Un outil particulièrement intéressant dans le choc
Le POCUS présente également un intérêt majeur dans l’évaluation des patients en état de choc. L’échographie cardiaque ciblée permet notamment d’évaluer grossièrement la taille des cavités cardiaques, la contractilité myocardique, la présence d’un épanchement péricardique et certains signes compatibles avec une surcharge ou une hypovolémie. Associée à l’échographie pulmonaire et à l’évaluation de la veine cave caudale, elle peut fournir une vision plus globale de l’état cardiovasculaire.
L'échographie peut également contribuer à déterminer si un animal est susceptible de répondre à une expansion volémique. Cette distinction est essentielle : administrer trop peu de fluides à un animal hypovolémique peut prolonger l’hypoperfusion, tandis qu’un remplissage excessif chez un patient qui n’y répond pas peut favoriser une surcharge hydrique.
Chez 26 chiens conscients et en respiration spontanée, plusieurs paramètres échocardiographiques ont permis de différencier les animaux répondeurs et non-répondeurs à un remplissage vasculaire. Le temps intégral vitesse de l’aorte présentait notamment une aire sous la courbe ROC de 0,91. Une autre étude prospective menée chez 44 chiens hospitalisés présentant une altération hémodynamique et une hypoperfusion tissulaire a également montré que certains paramètres échocardiographiques, notamment le diamètre télédiastolique du ventricule gauche normalisé au poids et la vitesse de l’onde E mitrale, pouvaient prédire la réponse au remplissage.
Ces résultats sont encourageants, mais ils ne signifient pas que le POCUS puisse à lui seul déterminer la stratégie de remplissage. Les paramètres échographiques doivent être interprétés avec les données cliniques, la perfusion périphérique, la pression artérielle, la lactatémie et l’évolution du patient.
Un outil polyvalent
L'un des principaux atouts du POCUS est sa polyvalence. Une même approche peut permettre d’explorer successivement plusieurs systèmes. Le concept de Global FAST associe notamment l’examen abdominal, thoracique et pulmonaire dans une approche standardisée destinée à rechercher rapidement des anomalies pertinentes.
Le POCUS peut ainsi participer à l’évaluation d’affections très diverses : hémorragie interne, épanchement pleural ou péricardique, œdème pulmonaire, pneumothorax, congestion, insuffisance cardiaque, certaines obstructions urinaires ou anomalies rénales, et diverses causes d’hypotension ou de détresse respiratoire.
Il peut également être utilisé pour guider certains gestes, notamment la mise en place d’un accès vasculaire ou la réalisation de ponctions. Son utilisation répétée permet enfin de suivre l’évolution d’un épanchement ou de certaines anomalies pulmonaires ou cardiovasculaires.
Une technique qui ne remplace pas l’échographie complète
L’un des principaux pièges du POCUS est de lui attribuer une capacité diagnostique supérieure à celle qu’il possède réellement.
Un examen POCUS est volontairement limité. Son objectif est de répondre à une question clinique ciblée et non d’établir un diagnostic échographique exhaustif. Un examen négatif ne permet donc pas nécessairement d’exclure une maladie.
Cette distinction est particulièrement importante pour l’exploration abdominale et urinaire. Une étude consacrée aux urgences de l’appareil urinaire chez le chien et le chat souligne que le POCUS peut orienter efficacement les investigations, mais que ses limites doivent être reconnues et qu’il doit compléter, et non remplacer, une échographie complète de l’appareil urinaire lorsque celle-ci est indiquée.
Le même principe s’applique au cœur. Une échographie cardiaque ciblée peut identifier certaines anomalies majeures, mais elle ne remplace pas une échocardiographie complète réalisée par un opérateur expérimenté lorsque l'objectif est de caractériser précisément une cardiopathie.
La dépendance à l’opérateur : une limite majeure
Le POCUS est une technique fortement dépendante de l'opérateur. La qualité de l’image, la connaissance de l’anatomie, la capacité à reconnaître les artefacts et surtout l’interprétation des images influencent directement sa performance.
Cette problématique est particulièrement importante en médecine vétérinaire, où la standardisation de la formation reste incomplète. Une enquête menée auprès de vétérinaires généralistes a montré que 50 % des utilisateurs de POCUS interrogés étaient autodidactes et que 32 % utilisaient un protocole non standardisé. La confiance était meilleure pour l’identification des anomalies abdominales que pour les anomalies thoraciques.
Une enquête canadienne a également montré que 88 % des vétérinaires répondants utilisaient l’échographie, mais que les principaux obstacles à l'utilisation du VPOCUS étaient l'absence ou la mauvaise qualité du matériel, le manque d'expérience ou de confiance et le manque de formation. L’AFAST était beaucoup plus fréquemment utilisé que le TFAST, tandis que l’échographie pulmonaire et cardiovasculaire restait moins répandue.
La formation pratique peut néanmoins améliorer rapidement la confiance des praticiens. Dans une étude récente portant sur 113 vétérinaires, un cours POCUS de deux jours comprenant des enseignements théoriques et pratiques a entraîné une augmentation significative de la confiance dans toutes les applications étudiées : échographie pleuro-pulmonaire, abdominale, cardiaque et guidage vasculaire.
Il faut toutefois distinguer confiance et compétence. Un praticien peut être capable d'obtenir une image sans être capable d'en interpréter correctement la signification clinique.
Des difficultés de standardisation
La standardisation des protocoles représente donc un enjeu essentiel. L'utilisation de fenêtres anatomiques et de critères d'interprétation définis permet de limiter les erreurs et de faciliter l'apprentissage. Des études vétérinaires ont montré qu'une formation relativement courte pouvait permettre à des non-cardiologues d'obtenir des mesures échocardiographiques basiques avec une bonne concordance pour certains paramètres, alors que d'autres mesures, notamment certains indices de collapsibilité de la veine cave caudale, présentaient une variabilité beaucoup plus importante.
Cette variabilité rappelle que tous les paramètres POCUS ne présentent pas le même niveau de robustesse. Certains signes sont relativement faciles à identifier, comme la présence d’un important épanchement pleural ou péricardique, tandis que d’autres nécessitent davantage d’expérience et une interprétation plus nuancée.
Le risque de faux positifs et de faux négatifs
Comme tout examen diagnostique, le POCUS peut produire des faux positifs et des faux négatifs. La recherche d'un nombre limité d'anomalies peut notamment favoriser un biais de recherche : l'opérateur peut se concentrer sur l'hypothèse qu'il suspecte initialement et négliger une autre anomalie.
À l'inverse, la simplicité apparente du POCUS peut conduire à une interprétation excessive d'une image isolée. Les artefacts échographiques sont nombreux, notamment en échographie pulmonaire, et certaines images peuvent avoir plusieurs significations selon le contexte clinique.
Le POCUS doit donc être intégré dans une démarche diagnostique globale. Un résultat échographique ne doit pas être interprété indépendamment de l'examen clinique, de l'histoire du patient et des autres données disponibles.
Quelle place pour le POCUS en pratique ?
Le POCUS semble particulièrement pertinent lorsqu'une question clinique précise doit être résolue rapidement. Chez un animal dyspnéique, par exemple, l'association d'une échographie pulmonaire, pleurale et cardiaque ciblée peut rapidement orienter vers un œdème pulmonaire, un épanchement pleural, un pneumothorax ou une affection cardiaque majeure. Chez un animal en état de choc, l'examen abdominal peut rechercher une hémorragie ou un épanchement, tandis que l'évaluation cardiaque peut contribuer à apprécier la fonction cardiovasculaire et la réponse potentielle au remplissage.
Son intérêt est donc maximal lorsque l'information obtenue est susceptible de modifier immédiatement la prise en charge.
Le POCUS ne doit cependant pas être considéré comme une « mini-échographie » destinée à remplacer l'examen conventionnel. Sa valeur repose précisément sur son caractère ciblé, rapide et reproductible.
La meilleure façon d'utiliser le POCUS est donc probablement de le considérer comme une extension de l'examen clinique et un outil d'aide à la décision, intégré dans une stratégie diagnostique globale. Sa valeur ne réside pas dans sa capacité à tout diagnostiquer, mais dans sa capacité à répondre rapidement aux questions les plus importantes au moment où elles se posent. L'avenir du POCUS vétérinaire dépendra probablement moins de la miniaturisation des appareils — déjà largement engagée — que de l'amélioration de la formation, de la standardisation des protocoles, de l'assurance qualité et de la production d'études évaluant son impact réel sur les décisions thérapeutiques et le pronostic des patients.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Polyarthrites : cause ou conséquence?
La Madeleine France
Introduction
Face à un chien fébrile et présentant une raideur de la démarche, la suspicion de polyarthrite à l'examen clinique puis la confirmation par arthrocentèse ne constitue qu'une étape intermédiaire de la démarche diagnostique. La véritable question posée au clinicien est alors la suivante : cette polyarthrite est-elle la maladie elle-même (forme primaire, ou non associative) ou n'est-elle que la traduction articulaire d'une affection sous-jacente distante (forme réactive, ou associative) ? Cette distinction conditionne directement la stratégie thérapeutique, puisqu'une immunosuppression peut être délétère en présence d'un foyer infectieux ou tumoral non identifié.
Physiopathologie et classification : la polyarthrite, cause ou témoin ?
Les arthralgies chez le chien incluent les arthropathies non inflammatoires (de croissance, dégénérative, tumorale) et les arthropathies inflammatoires (infectieuses dont arthrite septique, et non infectieuses) [1]. Parmi les arthropathies inflammatoires non infectieuses, les polyarthrites à médiation immune (PAMI) sont les plus fréquentes. Elles sont caractérisées par une inflammation neutrophilique synoviale aseptique (souvent décrite comme « suppurée » en cytologie) et constituent l’une des causes les plus fréquentes de fièvre chez le chien.
Les PAMI résultent d'un dépôt de complexes immuns (antigène-anticorps) au sein de la membrane synoviale (hypersensibilité de type III), à l'origine d'une synovite neutrophilique aseptique. Selon l'origine des stimuli antigéniques, on distingue la forme primaire (non associative), où l'articulation est la cible directe et unique du processus immunologique, de la forme réactive (associative), où la polyarthrite est la conséquence articulaire d'un foyer infectieux, inflammatoire ou tumoral situé à distance.
Les PAMI primaires sont subdivisées en formes érosives et non érosives selon la présence ou l'absence de lyse osseuse sous-chondrale radiographique (Tableau 1) ; les formes érosives étant de pronostic plus réservé [1].
Historiquement, les PAMI étaient classées en quatre types avec pour les formes réactives : la PAMI réactive de type 2 (associée à une maladie infectieuse ou inflammatoire à distance), la PAMI réactive type 3 (associée à une entéropathie ou une hépatopathie) et la PAMI réactive de type 4 (associée à une néoplasie à distance des articulations). Certains médicaments (sulfamides, zonisamide) peuvent également déclencher une polyarthrite réactive par un mécanisme idiosyncrasique, avec résolution rapide après leur arrêt. Des formes de PAMI primaires, érosives et non érosives, associées à certaines races ont également été décrites.
Aujourd’hui, les PAMI sont plus simplement regroupées en deux grandes catégories : les formes « non associatives » correspondant aux PAMI primaires, avec pour sous-groupe les formes érosives et non érosives, et les formes « associatives » qui regroupent toutes les autres après exclusion d’une maladie sous-jacente/intercurrente (Tableau 1). L’utilisation de ces termes permet de se libérer du lien de causalité qui ne peut pas toujours être prouvé dans les formes associatives.
La leishmaniose occupe une place particulière dans les polyarthrites, à la fois cause directe non immunitaire (atteinte infectieuse articulaire par le parasite) et cause indirecte immunitaire (hypersensibilité de type III), et se classe donc parmi les arthrites infectieuses et parmi les PAMI réactives (Tableau 1).
Signalement et anamnèse : l’importance du questionnement
Les polyarthrites peuvent être rencontrées à tout âge mais les PAMI non érosives primaires (non associatives) sont le plus souvent rencontrées chez des chiens jeunes adultes [1]. Les polyarthrites rhumatoïdes, plus rares, semblent plus fréquemment rencontrées chez les chiens de petit format et d’âge moyen.
Dans une étude prospective menée en médecine de première opinion chez 81 chiens présentés pour une CRP élevée et/ou des troubles locomoteurs, une polyarthrite était confirmée chez 25 % d'entre eux ; l'âge médian au diagnostic était élevé (13,8 ans) et, de façon inhabituelle, la forme réactive prédominait (13/20 cas), suggérant que la polyarthrite « associative » pourrait être sous-diagnostiquée chez le chien âgé présentant des signes peu spécifiques [2].
L’historique de l’animal, les potentiels voyages, les traitements administrés, les antécédents pathologiques et les potentiels contacts avec des pathogènes particuliers doivent être minutieusement documentés pour rechercher une potentielle origine associative.
Présentation clinique : des signes qui ne permettent pas, à eux seuls, de trancher
Les douleurs articulaires peuvent être d’apparition brutale ou être variable en intensité et localisation ; le terme de boiterie changeante est d’ailleurs souvent utilisé. Les signes peuvent être frustes : dans une étude en médecine de première opinion, seule la moitié des chiens atteints présentait une boiterie franche [2].
Une étude française portant sur 58 chiens rapportait une distension, une douleur ou une chaleur articulaire chez 100 % des sujets, avec une atteinte préférentielle des carpes (91 %), des grassets (54 %) et des tarses (53 %) [3]. Des signes non spécifiques étaient fréquemment décrits : une hyperthermie était présente chez 72 % des chiens, une léthargie chez 67 % et une anorexie chez 50 %, sans différence marquée entre formes primaires et réactives. Une cervicalgie était rapportée chez 16 % des chiens de cette cohorte. La cervicalgie est généralement secondaire à une atteinte inflammatoire des facettes articulaires intervertébrales, sans exclure une méningite aseptique suppurée concomitante.
Établir le diagnostic différentiel : rechercher la cause avant de traiter la conséquence
L'analyse cytologique du liquide synovial, prélevée sur le plus grand nombre d'articulations possible (au moins 3), permet d'affirmer l'inflammation articulaire (neutrophiles non dégénérés, sans agent pathogène visible) mais ne permet pas, à elle seule, de distinguer une forme primaire d'une forme réactive [1].
Les anomalies biologiques (leucocytose, anémie, hypoalbuminémie, augmentation de la CRP) restent peu spécifiques et ne permettent pas d'orienter vers une cause précise [2,3]. Dans l’étude réalisée en France, une CRP élevée était présente chez 90 % des chiens et une hypoalbuminémie chez 61 %, sans différence entre les formes associatives et non associatives [3].
Le diagnostic différentiel repose donc sur la recherche active d'un foyer causal à distance : maladies vectorielles (Leishmania infantum, Anaplasma spp, Ehrlichia spp, Borrelia burgdorferi), entéropathie ou hépatopathie, néoplasie, ou exposition médicamenteuse récente. Dans la cohorte française, la leishmaniose était la cause la plus fréquente de polyarthrite « associative » (7/15 cas de forme réactive) [3]. La recherche systématique de Borrelia burgdorferi apparaît en revanche de moindre intérêt, un résultat sérologique positif ne préjugeant pas d'un lien de causalité.
Place de l'imagerie dans la démarche systématisée
Les radiographies des membres et plus particulièrement des articulations distales permettent de rechercher la présence d’érosions articulaires pour une potentielle polyarthrite érosive [1].
La contribution de l'imagerie thoracique et abdominale à la démarche diagnostique pour distinguer une origine primaire d’une origine réactive est de plus en plus débattue. Dans une série de 71 chiens, aucune anomalie radiographique thoracique significative n'a été retenue par les cliniciens, alors que l'échographie abdominale et l'échocardiographie révélaient des anomalies cliniquement utiles chez respectivement 13/34 et 4/13 chiens (lymphadénomégalie, endocardite) [5]. Dans cette étude, la décision d'instaurer une immunosuppression a été modifiée après la réalisation des examens d’imagerie dans 24 % des cas. Ces données conduisent à recommander de prioriser l'imagerie abdominale (échographie ou scanner) et l'échocardiographie par rapport à la radiographie thoracique systématique.
Traitement : ajuster la stratégie selon que la polyarthrite est cause ou conséquence
Aucun protocole thérapeutique standardisé n'existe pour la polyarthrite primaire. La prednisolone demeure la molécule de première intention (1 à 2 mg/kg/j), associée à une analgésie adaptée [1]. En cas de réponse insuffisante, d'effets indésirables importants ou chez les chiens de grand format, l'ajout précoce d'un second immunomodulateur est envisagé, sans consensus établi sur la supériorité d'une bithérapie par rapport à une corticothérapie seule (Tableau 2). Dans l'étude multicentrique de 119 chiens, une corticothérapie seule était utilisée dans 76 % des cas, un second agent étant ajouté dans les 7 jours chez 24 % des chiens [4].
À l'inverse, lorsque la polyarthrite est réactive, la priorité doit être donnée au traitement de la cause sous-jacente, l'immunosuppression pouvant être inappropriée voire délétère tant que le foyer causal n'est pas maîtrisé ; certaines polyarthrites réactives régressent ainsi sans aucun immunosuppresseur une fois la cause traitée.
Pronostic et récidives : l'intérêt du suivi systématisé
Le pronostic global des PAMI primaires est favorable, avec des taux de rémission élevés (92 à 96 %) et un délai médian de rémission de 22 jours [4]. Les récidives demeurent toutefois fréquentes : dans cette même cohorte, le taux de récidive était de 43 % à 6 mois, 61 % à 12 mois et 65 % à 24 mois.
Conclusion
Identifier une polyarthrite n'est jamais un diagnostic définitif : c'est le point de départ d'une démarche diagnostique visant à déterminer si l'articulation est la cible primaire de la maladie ou le simple témoin d'un processus causal à distance. La présentation clinique et les anomalies biologiques ne permettant pas, à elles seules, de trancher. Ainsi une démarche diagnostique systématisée reste indispensable. Elle conditionne directement l'ajustement du traitement, entre immunosuppression assumée pour une forme primaire et priorité donnée au traitement étiologique pour une forme réactive.
Références bibliographiques
1. Stone M. Immune-Mediated Polyarthritis and Other Polyarthropathies. In : Ettinger SJ, Feldman EC, Côté E, eds. Ettinger's Textbook of Veterinary Internal Medicine. 9th ed. St Louis : Elsevier ; 2024 : 908-14.
2. Narita M et coll. Epidemiologic Insights on Polyarthritis in Dogs in Primary Care Populations. J Vet Intern Med. 2025 ; 39 : e70213.
3. Cervone M et coll. Clinical presentation, diagnostic findings, and outcome in dogs with presumptive primary and reactive immune-mediated polyarthritis in France. Vet J. 2025 ; 312 : 106355.
4. Pichard D et coll. Descriptive Analysis and Factors Associated With Relapse in Dogs With Presumptive Idiopathic Immune-Mediated Polyarthritis. J Vet Intern Med. 2025 ; 39 : e70241.
5. Atkinson L et coll. Thoracic and abdominal diagnostic imaging findings in dogs diagnosed with immune-mediated polyarthritis: 71 cases (2011-2023). J Small Anim Pract. 2025 ; 66 : 272-9.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Pose d'un système de dérivation urétérale sous-cutanée bilatéral chez un lapin comme traitement d'une obstruction urétérale bilatérale
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Pratiques obsolètes, pratique recommandées - comment faire les bons choix ?
Marcy L'etoile France
En anesthésie vétérinaire, certaines pratiques autrefois utilisées sont aujourd’hui remises en question par l’évolution des connaissances, mais aussi par l’apparition de nouvelles molécules, techniques et technologies offrant des alternatives potentiellement plus sûres. Cependant, distinguer une pratique réellement obsolète d’une pratique simplement moins documentée, ou encore d’une recommandation reposant principalement sur l’expertise clinique, nécessite une lecture critique de la littérature.
L’objectif est de confronter les pratiques historiques aux données actuellement disponibles, en distinguant autant que possible les données associées à la morbidité ou à la mortalité, les recommandations issues de consensus et les propositions fondées sur le raisonnement physiopathologique et l’expérience clinique.
1- Mise à jeun : faut-il encore « rien après minuit » ?
Le jeûne préanesthésique prolongé, traditionnellement recommandé pendant 6 à 12 heures, voire selon la règle du « rien après minuit », visait à réduire le volume gastrique et le risque de régurgitation et d’aspiration. Les données disponibles ne démontrent toutefois pas de bénéfice clair du jeûne prolongé et suggèrent qu’un jeûne plus court pourrait limiter le reflux gastro-œsophagien. Les recommandations actuelles préconisent ainsi, chez le chien et le chat adultes sains, un jeûne alimentaire d’environ 4–6 heures, sans restriction hydrique. Un éventuel repas préanesthésique doit rester de faible volume et ne correspond donc pas à un repas complet ; une alimentation humide peut notamment être privilégiée. Chez les jeunes animaux, les patients diabétiques ou ceux présentant un risque accru de régurgitation, la stratégie doit être individualisée. Le niveau de preuve reste toutefois limité et les données concernant le reflux sont hétérogènes.
2- Cathéter intraveineux : obligatoire chez tous les patients ?
L’absence de cathéter IV chez les patients considérés comme à faible risque ou pour les anesthésies courtes reste une pratique courante. Les recommandations AAHA 2024 préconisent toutefois la mise en place d’un cathéter IV chez tout patient anesthésié, afin de garantir un accès vasculaire permettant l’administration rapide de traitements en cas de complication. Cette recommandation relève toutefois davantage d’un principe de sécurité et de bonnes pratiques que d’une preuve d’un bénéfice sur la mortalité anesthésique. L’absence d’étude démontrant une réduction de la mortalité ne remet pas en cause son intérêt pratique: en cas d’urgence, l’accès vasculaire peut faire gagner un temps critique.
3- Prémédication et induction de l’anesthésie : que dit la littérature ?
Une prémédication adaptée au patient permet de réduire le stress et les besoins en agents anesthésiques, tout en facilitant la manipulation, la pose du cathéter et l’induction. Les recommandations AAHA la considèrent comme un élément important de la sécurité anesthésique, et l’étude de Redondo et al. a retrouvé chez le chat une association entre l’utilisation d’alpha-2-agonistes en prémédication et une diminution de la mortalité anesthésique, sans toutefois établir un lien causal. Le choix d’un alpha-2-agoniste plus sélectif, tel que la médétomidine ou la dexmédétomidine apparaît plus pertinent que celui de la xylazine, dont l’utilisation a été associée à une augmentation des complications et de la mortalité anesthésique dans plusieurs études anciennes. Des données comparatives suggèrent par ailleurs une sédation plus profonde et plus fiable avec la médétomidine. Chez le chat, des données échocardiographiques suggèrent également des effets cardiovasculaires délétères plus marqués avec la xylazine qu’avec la dexmédétomidine. Au regard de ces données, la médétomidine et la dexmédétomidine doivent être privilégiées. Certaines contre-indications historiques méritent également d’être réévaluées : l’acépromazine est notamment historiquement évitée chez l’animal épileptique par crainte d’abaisser le seuil épileptogène. Or, les données cliniques disponibles chez le chien ne mettent pas en évidence d’augmentation du risque de crises.
L’induction de l’anesthésie doit ensuite privilégier une technique injectable, idéalement IV et titrée à effet, ou IM lorsque l’accès vasculaire est difficile (en adaptant la dose). L’induction au masque ou en cage à isoflurane, encore utilisée notamment chez le chat difficile à manipuler, n’est pas recommandée en routine : elle expose l’animal éveillé à des concentrations élevées d’agent anesthésique, pouvant entraîner une excitation, une libération de catécholamines, une dépression cardiorespiratoire et des arythmies, tout en retardant le contrôle des voies aériennes. Elle est également source d’une exposition accrue du personnel aux agents anesthésiques volatils. Les recommandations AAHA et AAFP convergent ainsi pour privilégier les techniques injectables, l’AAFP considérant l’induction en chambre comme une solution de dernier recours lorsque les autres approches ont échoué. Ces recommandations reposent principalement sur des données physiologiques et comportementales, des considérations de sécurité du patient et du personnel et le consensus d’experts, sans preuve directe d’une réduction de la mortalité. Dans tous les cas, le protocole anesthésique et les doses administrées doivent être individualisés en fonction du patient, de son état clinique et de la procédure réalisée.
4- Intubation du chat : un geste banal, mais pas anodin
L’intubation du chat doit être réalisée avec une technique atraumatique, le larynx félin étant particulièrement sensible et sujet au laryngospasme. Une désensibilisation topique par lidocaïne doit être réalisée avant l’intubation, en respectant un délai d’action suffisant (1 min) et en tenant compte de la dose totale administrée. Dans l’étude CEPSAF de Brodbelt et al., l’intubation endotrachéale était associée à une augmentation du risque de mortalité anesthésique chez le chat, association qui n’a pas été retrouvée dans l’étude plus récente de Redondo et al.. Ce résultat ne permet pas d’établir un lien causal, mais souligne que l’intubation n’est pas un geste anodin et que sa réalisation doit être rigoureuse.
Le ballonnet ne doit pas être gonflé systématiquement ; lorsque nécessaire (risque de régurgitation ou de fausse déglutition, ventilation à pression positive) il doit être limité au volume minimal permettant d’obtenir l’étanchéité. Une pression excessive peut compromettre la perfusion de la muqueuse trachéale et entraîner une ischémie puis une nécrose, avec des complications pouvant aller jusqu’à la rupture trachéale. Enfin avant tout repositionnement de l’animal, la sonde endotrachéale doit absolument être déconnectée du circuit, et le ballonnet idéalement dégonflé, afin d’éviter les forces de traction exercées sur la paroi trachéale. Pour les procédures courtes chez des patients correctement sélectionnés et présentant un faible risque de régurgitation, le masque laryngé peut constituer une alternative à l’intubation, et évite un traumatisme trachéal potentiel, mais il est plus facilement déplacé et n’offre pas la même protection des voies aériennes.
5- Oxygène : systématique pendant l’anesthésie, indispensable avant l’induction ?
Les recommandations AAHA préconisent l’administration d’oxygène pendant toute anesthésie générale, indépendamment du protocole d’entretien utilisé. Cette pratique repose sur des arguments physiologiques et de sécurité, mais aucune donnée de mortalité chez le chien ou le chat ne permet d’attribuer à elle seule un effet protecteur.
Par ailleurs, une préoxygénation de 3–5 min avant l’induction est recommandée, particulièrement lorsque la désaturation ou une intubation difficile sont prévisibles. Elle augmente les réserves en oxygène et prolonge significativement le délai avant désaturation en cas d’apnée, offrant un temps supplémentaire pour sécuriser les voies aériennes. Le masque est plus efficace que le flow-by pour préoxygéner, mais le flow-by constitue une alternative si le masque est mal toléré.
6 - Fluidothérapie : 10mL/kg/h, vraiment ?
Le débit de 10 mL/kg/h, longtemps utilisé en routine chez le chien et le chat anesthésiés, ne reposait pas sur des données scientifiques solides. Dans l’étude CEPSAF publiée en 2007, la fluidothérapie était par ailleurs associée à une augmentation de la mortalité anesthésique chez le chat, association non retrouvée dans l’étude plus récente de Redondo publiée en 2024. Les recommandations AAHA 2013 préconisaient un débit initial de 5 mL/kg/h chez le chien et 3 mL/kg/h chez le chat, valeurs reprises dans les recommandations AAHA 2024, avec une modification à 3–5 mL/kg/h chez le chat, tout en soulignant l’absence de données permettant de valider précisément ces débits. La prescription doit donc être individualisée selon l’état volémique et les comorbidités, pour éviter la surcharge liquidienne. Chez un patient correctement hydraté et euvolémique, une anesthésie injectable très courte peut ne pas nécessiter de fluidothérapie, hors maintien de la perméabilité du cathéter ou indication cardiovasculaire. Par ailleurs, une hypotension ne traduisant pas nécessairement une hypovolémie, un bolus de fluide ne doit pas être systématique en cas d’hypotension : la profondeur anesthésique, la volémie et la cause potentielle doivent être évaluées avant de choisir le traitement adapté.
7- Analgésie : peut-on encore la considérer comme secondaire ?
L’analgésie périopératoire ne doit pas être considérée comme un simple complément du protocole anesthésique : elle doit être adaptée à l’intensité de la douleur attendue, une prise en charge insuffisante de la douleur peropératoire pouvant compromettre la stabilité peropératoire et augmenter la douleur postopératoire. Dans les études de mortalité de Redondo et al. chez le chien et le chat l’utilisation d’analgésie systémique et de techniques d’anesthésie locorégionale était associée à une diminution de la mortalité anesthésique. Ces associations observationnelles renforcent l’intérêt d’une analgésie multimodale et préemptive. Les recommandations AAHA recommandent notamment d’utiliser les anesthésiques locaux autant que possible lors de toute procédure chirurgicale. Le choix de l’opioïde doit quant à lui être adapté à l’intensité de la douleur anticipée et au moment de son administration. L’analgésie doit être poursuivie en postopératoire, avec une réévaluation régulière de la douleur et une adaptation du traitement aux besoins du patient.
En pratique, une réponse au stimulus chirurgical ne doit pas conduire systématiquement à approfondir l’anesthésie en augmentant l’isoflurane : l’analgésie doit être réévaluée et adaptée, afin de limiter la réponse nociceptive, les besoins en anesthésiques généraux et leurs effets cardiovasculaires.
8- Réveil et surveillance : l’anesthésie ne s’arrête pas à l’extubation
L’extubation ne marque pas la fin de la prise en charge anesthésique : 81 % des décès liés à l’anesthésie chez le chien et 74,5 % chez le chat surviennent en période postopératoire, avec de nombreux décès dès le réveil et les premières heures. L’extubation doit être réalisée lorsque la ventilation et l’oxygénation sont adéquates et que l’animal protège efficacement ses voies aériennes. Le moment de l’extubation doit toutefois être individualisé, notamment chez les patients à risque de complications des voies aériennes. Une surveillance rapprochée doit être maintenue en post-opératoire immédiat.
L’anesthésie doit ainsi être considérée comme un continuum de soins, de la préparation du patient jusqu’à son réveil complet, en réévaluant régulièrement nos pratiques à la lumière des données disponibles et des recommandations actuelles.
Bibliographie disponible sur demande.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Prédire et prévenir le risque de désaturation au réveil
Marcy L'étoile France
L’anesthésie générale peut altérer les fonctions vitales du patient. La phase de réveil anesthésique est une période à risque de complications, notamment respiratoires où peuvent survenir des épisodes de désaturation. Un patient qui présente une SpO2 à 100 % en fin d'anesthésie sous oxygène (O2) ne sera pas nécessairement correctement oxygéné lorsqu'il respirera spontanément l'air ambiant (FiO2 = 21%). La désaturation au réveil n’est pas prévisible à partir de la seule SpO2 mesurée sous O2.
1. Désaturation et hypoxémie : définitions et méthodes de détection
L’hypoxémie correspond à une diminution de la pression partielle artérielle en O2 (PaO?). Elle est généralement définie par une PaO? < 80 mmHg, correspondant à une saturation artérielle en O2 de l’hémoglobine (SaO?) < 95 %. Une hypoxémie sévère est définie par une PaO? < 60 mmHg, correspondant à une SaO? < 90 %. La PaO? et la SaO? sont mesurées par gazométrie artérielle, qui constitue la méthode de référence pour évaluer l’oxygénation artérielle. Cependant, cette analyse nécessite un prélèvement artériel, un analyseur spécifique et ne permet pas une surveillance continue.
En pratique, la surveillance de l’oxygénation repose principalement sur l’oxymétrie de pouls. L’oxymètre de pouls mesure de façon non invasive et continue la saturation pulsée en O2 de l’hémoglobine (SpO?), en exploitant les différences d’absorption de la lumière par l’oxyhémoglobine et la désoxyhémoglobine. Il fournit ainsi une estimation de la SaO?, à condition que le signal soit de bonne qualité.
La désaturation correspond à une diminution de la SpO?. Cependant, la relation entre SpO? et PaO? n’est pas linéaire. Une diminution de la PaO? peut notamment s’accompagner d’une chute importante de la SpO? lorsque celle-ci se situe sur la partie abrupte de la courbe de dissociation de l’hémoglobine. Ainsi, hypoxémie et désaturation ne sont pas strictement synonymes : la première décrit une diminution de l’oxygénation artérielle, tandis que la seconde correspond à sa traduction mesurée indirectement par l’oxymétrie de pouls.
L’hypoxémie constitue une complication fréquente au réveil anesthésique. Chez des chiens adultes sains, des épisodes d’hypoxémie transitoire post-anesthésique ont été rapportés chez 20 à 62 % des animaux, selon les populations étudiées et les critères utilisés.
Les signes cliniques visibles associés à l’hypoxémie, tels que la cyanose des muqueuses, les modifications des fréquences cardiaque et respiratoire ou l’apparition d’un effort respiratoire, ne sont pas fiables pour détecter précocement une hypoxémie, ces signes apparaissant tardivement. L’absence de signe clinique ne permet donc pas d’exclure une hypoxémie.
Attention, la SpO? doit toujours être interprétée dans son contexte clinique et en tenant compte de la qualité du signal. Une hypoventilation passera inaperçue à l’oxymètre de pouls chez un animal avec supplémentation en O2. Une SpO? normale sous oxygénothérapie ne permet pas d’exclure une hypoventilation. À l’inverse, la SpO? peut être artefactuellement abaissée. Les mouvements et frissons, l’hypoperfusion périphérique (hypotension, ou vasoconstriction liée à l’hypothermie, aux alpha-2-agonistes, choc), ainsi qu’un capteur mal positionné, ou lorsque des rayonnements sont dirigés vers le photorécepeur, ou une pince trop serrée, peuvent notamment altérer la mesure. La qualité du signal pulsatile doit donc être systématiquement vérifiée. En cas de valeur inattendue, incohérente ou associée à un mauvais signal, il convient de vérifier le capteur, son positionnement, la perfusion périphérique, puis de réévaluer la mesure avant de conclure à une véritable désaturation. Une gazométrie artérielle peut être effectuée pour vérifier la valeur.
2. Quels patients sont à risque d’hypoxémie au réveil ?
L’hypoxémie au réveil résulte de mécanismes multiples. L’atélectasie, l’hypoventilation résiduelle dû aux agents anesthésiques et analgésiques, la fermeture des petites voies aériennes ou encore la transition vers une ventilation spontanée pour les patients ventilés mécaniquement pendant l’intervention peuvent contribuer à l’altération des échanges gazeux. La diminution de la FiO2 peut révéler une hypoxémie jusque-là masquée par la supplémentation en O2.
Le risque d’hypoxémie varie selon les caractéristiques du patient, de l’intervention et de la prise en charge anesthésique.
Facteurs liés au patient : Le surpoids constitue un facteur de risque identifié chez le chien. Les animaux présentant une affection respiratoire ou cardiovasculaire préexistante peuvent être plus susceptibles de développer une hypoxémie au réveil. Les chiens brachycéphales présentent par ailleurs un risque accru de complications respiratoires, notamment en période de réveil, justifiant une surveillance particulièrement attentive après l’extubation.
Facteurs liés à l’intervention : Certaines procédures favorisent davantage l’atélectasie, notamment les chirurgies thoraciques, ainsi que certaines interventions ou positionnements.
Facteurs liés à la prise en charge anesthésique : Certains agents anesthésiques et analgésiques peuvent favoriser une dépression respiratoire résiduelle. Chez le chien, l’administration d’hydromorphone en comparaison au butorphanol, a notamment été associée à une incidence plus élevée d’hypoventilation postopératoire transitoire et d’hypoxémie. D’autres facteurs peuvent influencer : dans une étude réalisée chez des chiens adultes sains, le décubitus dorsal, l’utilisation d’une FiO? de 100 % plutôt que 40 % et l’absence de PEEP (« Positive End-Expiratory Pressure ») lors de la ventilation mécanique étaient associés à une augmentation du risque d’hypoxémie au réveil.
Ainsi, même chez un animal considéré comme sain, certains éléments peuvent favoriser la survenue d’une hypoxémie au réveil. L’identification de ces facteurs permet d’adapter la surveillance et la prise en charge pour anticiper avant l’extubation.
D’autre part, une SpO? déjà basse ou limite malgré une FiO? élevée doit également alerter sur le risque de désaturation au réveil. Une SpO? de 95% sous FiO?=100 % suggère une altération importante des échanges gazeux et rend probable une hypoxémie sous FiO2=21%. Une fois la qualité du signal vérifié, la SpO? mesurée sous O2 peut déjà fournir un premier signal d’alerte quant au risque de désaturation au réveil.
3. Le test à l’air : identifier les patients à risque avant l’extubation
Le test à l’air en fin d’anesthésie consiste à faire respirer à l’animal de l’air (FiO2 = 21%) pendant environ 5 minutes, tout en surveillant la SpO2, avant l’extubation. La diminution de la FiO2 permet de placer le patient dans une situation proche de celle qu’il rencontrera après l’extubation. L’exposition à une FiO2 de 21% permet ainsi de détecter une altération des échanges gazeux qui pourrait être masquée par une supplémentation en O2. Lorsque la PaO2 diminue suffisamment, la SpO2 se situe sur la partie abrupte de la courbe de dissociation de l’oxyhémoglobine et peut alors chuter rapidement. Le test permet ainsi d’identifier avant l’extubation les patients dont l’oxygénation dépend encore de la supplémentation en O2 (SpO2 <95% avec FiO2=21%). Ces patients nécessitent une prise en charge adaptée et une surveillance renforcée lors du réveil et après l’extubation.
4. Prévenir plutôt que corriger : que peut-on faire avant le réveil ?
La prévention de l’hypoxémie commence avec l’anesthésie.
L’objectif est notamment de limiter l’atélectasie. L’administration d’un mélange O2/air (vs 100% O2) pourrait permettre de prévenir l’atélectasie d’absorption. Chez les patients ventilés mécaniquement, l’utilisation d’une PEEP adaptée permet de limiter l’atélectasie (l’équivalent en ventilation spontanée de la CPAP « continuous positive airway pressure »). Une manœuvre de recrutement alvéolaire peut également être envisagée lorsqu’elle est indiquée (atélectasie suspectée, statut cardiovasculaire stable). Le positionnement, le gabarit de l’animal et la durée d’anesthésie doivent aussi être pris en compte.
Le second objectif est de limiter la dépression respiratoire résiduelle. Une anesthésie balancée et une stratégie d’analgésie multimodale peut permettre de limiter la dépression respiratoire. Le moment d’administration des molécules avec un effet dépresseur respiratoire important (notamment opioïdes) doit être pris en compte. Un sevrage progressif en perfusion continue d’analgésiques peut être commencé avant le réveil pour limiter les effets résiduels des molécules. Chez les patients ayant reçu des curares, une récupération neuromusculaire adéquate doit toujours être vérifiée et confirmée avec un moniteur neuromusculaire avant le réveil.
La préparation de l’extubation est une étape importante. L’animal est positionné en position sternale pour optimiser sa ventilation. Il doit présenter un niveau de réveil suffisant et une ventilation spontanée efficace. La SpO2 est évaluée avant l’extubation. Un test à l’air peut être effectué. Une SpO2 <95 % au test à l’air doit conduire à réévaluer le patient, rechercher une cause réversible (parfois simplement une hypoventilation résiduelle due à la profondeur d’anesthésie) et anticiper les besoins en supplémentation en O? après l’extubation.
5. Désaturation au réveil : que faire concrètement ?
La mesure de la SpO2 à l’extubation permet d’identifier une éventuelle hypoxémie.
En cas de désaturation au réveil une fois l’animal extubé :
- Vérifier la réalité de la désaturation : évaluer la qualité du signal de SpO2, repositionner le capteur si nécessaire. En cas de cyanose suspectée, supplémentation en O2 immédiate avant de repositionner le capteur.
- Administrer une supplémentation en O2, et évaluer l’effet sur la SpO2.
- Évaluer les voies aériennes et la ventilation, exclure notamment une obstruction des voies aériennes. Repositionner la tête et le cou, ouvrir la bouche du patient : maintenir les voies aériennes ouvertes. Retirer les sécrétions susceptibles de les obstruer. Vérifier l’efficacité de la ventilation spontanée. Une fréquence respiratoire dans les normes n’exclut pas une hypoventilation.
- Rechercher et traiter la cause sous-jacente (obstruction des voies aériennes, atélectasie, sédation profonde avec hypoventilation, pneumothorax, œdème pulmonaire, …).
- En cas d’hypoxémie sévère ou persistante malgré oxygénothérapie, une ré intubation (avec ré induction préalable de l’anesthésie) peut être nécessaire.
- Une gazométrie artérielle peut être utile pour caractériser la ventilation (PaCO2) et l’oxygénation (PaO2/FiO2).
L’oxygénothérapie par masque facial est plus efficace que par flow-by et permet généralement de traiter l’hypoxémie post-anesthésique chez le chien en bonne santé. La cage à O2 est un moyen efficace d’oxygénation postopératoire pendant la phase de réveil pour les petits patients.
Dans la littérature vétérinaire, des techniques plus avancées, mais moins accessibles, semblent traiter l’hypoxémie transitoire post anesthésique plus rapidement que l’oxygénothérapie conventionnelle : casque CPAP > oxygénothérapie à haut débit > masque facial, grâce à la pression positive exercée permettant de rouvrir les voies aériennes.
Conclusion
La désaturation au réveil est fréquente et peut survenir malgré une SpO? normale sous O2 en fin d’anesthésie. Identifier les patients à risque, limiter les facteurs favorisant l’atélectasie et la dépression respiratoire, puis évaluer l’oxygénation avant l’extubation avec un test à l’air permettent d’anticiper ce risque. Une surveillance attentive après extubation et une prise en charge rapide en cas de désaturation sont essentielles.
Bibliographie disponible sur demande auprès de l'auteur
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Première description des fractures de Galeazzi chez le chat : présentation de deux cas et prise en charge thérapeutique
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Présentation atypique d'intoxications aux rodenticides anti coagulant manifestés par des obstructions respiratoires des voies hautes par saignements trachéaux - à propos de 2 cas
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Prise en charge chirurgicale des fractures et luxations vertébrales chez le chat : une étude rétrospective portant sur 30 cas (2012 - 2024)
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Prise en charge d'un adénocarcinome rénal chez un chat par nephrectomie partielle guidée par fluorescence indirecte à l'aide du vert d'indocyanine.
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Prise en charge des fistules périanales chez le chien
Ollioules France
!!!!!!!!!!!!!!! cf. fichier word en PJ pour mise en page !!!!!!!!!!!!!!!
Prise en charge des fistules périanales chez le chien : de la physiopathologie à la prise en charge raisonnée
Thomas Brément, DV, Dip.ECVD, Vet’Dermathome, Clinique Vétérinaire Olliolis, 83190, Ollioules
Introduction
Les fistules périanales (ou furonculose anale) sont une affection inflammatoire chronique, douloureuse et récidivante, caractérisée par la formation de trajets fistuleux, de sinus et d’ulcérations dans la région périanale. Il s’agit d’une maladie invalidante pour le chien et contraignante pour le propriétaire. La douleur, les écoulements, le léchage, les difficultés de défécation et les récidives peuvent entraîner une altération importante de la qualité de vie. Leur prise en charge demeure toutefois délicate en raison d’une évolution souvent chronique, d’une réponse thérapeutique variable et de l’absence d’étude solides.
Physiopathologie
La physiopathologie exacte des fistules périanales n’est pas complètement élucidée et a progressivement évolué [1, 2].
Une hypothèse anatomique a été initialement évoquée chez le Berger Allemand : le port bas de la queue favorisant la rétention de matière fécale et un micro-environnement favorable ainsi qu’une forte densité de glandes apocrines (sudoripares) périanales pouvant expliquer la nette prédisposition de cette race pour cette affection. La description de la maladie chez des races n’ayant pas cette conformation anatomique a remis en question cette hypothèse. D’autres mécanismes ont été proposés : traumatisme local, corps étranger, impaction fécale, infection secondaire ou extension d’une infection des sacs anaux.
Des études ultérieures ainsi que la réponse à des traitements immunomodulateurs ont permis d’identifier un processus immuno-médié déterminé génétiquement, notamment chez le Berger Allemand.
L’étiopathogénie repose donc actuellement sur :
Des facteurs génétiques : gènes intervenant dans la reconnaissance bactérienne et fongique et la réponse immunitaire associée, les réactions médiées par les lymphocytes T et dans la synthèse de certaines enzymes protéolytiques impliquées dans les remaniements de la matrice extracellulaire (métalloprotéinases)
Des facteurs dysimmunitaires :
une réaction immunitaire cellulaire médiée par les lymphocytes T
une augmentation de l’activation macrophagique (réaction Th1)
Une association entre fistule périanale et intolérance/hypersensibilité alimentaire a été également évoquée chez certains patients.
Plus récemment, une étude a considéré les fistules périanales du chien comme un modèle d’étude de la maladie de Crohn périanale de l’homme dont la pathogénie reposerait sur des interactions entre système immunitaire, génétique et microbiome intestinal. Que ce soit une conséquence ou un élément causal de la maladie, une tendance à la baisse de diversité du microbiote et une dysbiose intestinale a été observée chez les chiens atteints par rapports aux chiens sains. Actuellement, ces données apportent peu de chose sur la gestion des fistules périanales en pratique chez le chien. La mise en place d’un traitement immunomodulateur associant ciclosporine et ketoconazole est associé à une normalisation de la diversité bactérienne.
Épidémiologie
Elles touchent préférentiellement le Berger allemand (80% des races représentées) d’âge moyen, mais peuvent être observées chez d’autres races, sans prédisposition de sexe [1].
Signes cliniques et démarche diagnostique
Les signes cliniques les plus fréquents sont [1] :
Un prurit périanal : léchage, mordillement…
Une douleur lors de la défécation ou de la manipulation de la zone.
Un ténesme et une dyschésie.
Des écoulements purulents, séro-hémorragiques ou malodorants.
Une odeur fétide et une contamination du pelage.
Une difficulté à s’asseoir ou une agitation liée à la douleur.
Une constipation secondaire à la douleur ou, plus rarement, une incontinence fécale.
L’examen clinique montre des ulcères, fissures, papules, nodules, sinus et fistules drainantes autour de l’anus. Les lésions peuvent être localisées à un seul quadrant ou s’étendre de manière circonférentielle. Les sacs anaux peuvent être atteints secondairement ou concomitamment.
Le diagnostic est généralement clinique. Un examen complet, parfois sous sédation en raison de la douleur, permet d’apprécier l’étendue des lésions et d’évaluer les sacs anaux et l’intégrité du rectum. Une cytologie des exsudats est utile pour rechercher une inflammation neutrophilique et une infection secondaire. Une culture bactérienne est indiquée en cas de suppuration importante, d’infection persistante ou d’échec thérapeutique.
Le diagnostic différentiel inclut en particulier le lupus érythémateux muco-cutané, les abcès ou infections des sacs anaux, les néoplasies, les pyodermites profondes, les granulomes à corps étranger, les dermatites allergiques ou irritatives ou les fistules rectocutanées. Une biopsie doit être envisagée en cas de présentation atypique, de masse, de lésion unilatérale inhabituelle ou de réponse insuffisante au traitement.
Prise en charge actualisée
Initialement attribuée à des facteurs anatomiques locaux et donc principalement traitée par chirurgie, elle est désormais considérée comme une affection à composante immunitaire prépondérante et la prise en charge a fait l’objet d’une revue récente consensuelle [2]. L'objectif est de résoudre médicalement l'inflammation active et de fermer les trajets fistuleux. Une amélioration clinique est généralement constatée en 2 à 4 semaines, mais la résolution complète nécessite souvent 8 à 16 semaines de traitement continu.
Ciclosporine
La ciclosporine est le traitement médical de première intention recommandé offrant des taux de réponse de 70 % à 100 % [2, 3, 4]. Les formes microémulsionnées sont préférées pour une meilleure biodisponibilité. La dose initiale généralement proposée est de 5 mg/kg par voie orale une fois par jour mais peut être augmentée jusqu’à 7.5mg/kg deux fois par jour en l’absence d’amélioration. Une durée minimale d’environ trois mois doit être envisagée avant de conclure à un échec, sauf intolérance ou aggravation clinique.
La réponse dépend de la dose, de la durée d’administration et de la sévérité initiale des lésions. Le risque de rechute reste élevé (un tiers des chiens), et justifie un suivi régulier et une réduction progressive pour déterminer la fréquence et/ou la dose minimale efficace de traitement, propre à chaque individu.
Les effets indésirables les plus fréquents sont les vomissements, la diarrhée, l’hyperplasie gingivale, l’hypertrichose et une susceptibilité accrue à certaines infections. La ciclosporine peut être associée au kétoconazole afin de réduire son métabolisme hépatique, d’augmenter sa biodisponibilité et de diviser par deux la dose utile mais cette stratégie doit tenir compte des interactions médicamenteuses, du risque accru d’effets indésirables et du coût global. Elle ne doit pas être appliquée systématiquement.
Alternatives médicales
Le tacrolimus topique (concentré à 0.1%, 1 à 2 fois par jour) peut être proposé dans les formes limitées, en complément d’un traitement systémique ou lorsque la ciclosporine n’est pas adaptée [2]. Son application peut être douloureuse sur des lésions ulcérées ; des précautions doivent être prises pour limiter le léchage et l’exposition du propriétaire.
L’efficacité de la prednisolone (2mg/kg/j puis sevrage/diminution progressive) est moindre que la ciclosporine mais peut être utilisée dans certaines situations, notamment en association avec le tacrolimus dans les formes ne répondant pas suffisamment à la ciclosporine. Elle est cependant moins intéressante comme stratégie prolongée en raison de ses effets indésirables métaboliques, cutanés et infectieux [2].
L’azathioprine, le mycophénolate mofétil, l’oclacitinib, la photobiomodulation et les cellules souches ont été étudiés, mais le niveau de preuve demeure insuffisant pour les considérer comme des traitements de première intention [2].
Antibiotiques, analgésie et soins locaux
Bien que souvent prescrits (en particulier le métronidazole 10 mg/kg PO q12h ), les antibiotiques ne sont justifiés qu’en cas d’infection secondaire documentée ou fortement suspectée. Le choix doit reposer autant que possible sur la culture et l’antibiogramme. Ils ne remplacent pas le traitement immunomodulateur.
La prise en charge de la douleur est essentielle, particulièrement lors des examens, de la défécation et des soins locaux. Des antalgiques adaptés peuvent être nécessaires au début du traitement. Le nettoyage doux des lésions avec une solution non irritante, la tonte prudente du pelage souillé et la prévention du léchage contribuent au confort, mais les manipulations agressives et les antiseptiques irritants doivent être évités.
Place de la chirurgie
La chirurgie n’est plus considérée comme le traitement de première intention.
Elle conserve néanmoins une place dans les cas suivants :
Échec documenté d’un traitement médical correctement conduit.
Lésion résiduelle localisée après contrôle de l’inflammation.
Trajets fistuleux très profonds ou anatomiquement limités.
Douleur ou altération majeure de la qualité de vie malgré le traitement.
Suspicion de néoplasie ou nécessité d’obtenir un diagnostic histologique.
Lorsqu’une chirurgie est indiquée, il est préférable de contrôler d’abord l’inflammation par un traitement immunosuppresseur [5]. La résection chirurgicale expose l'animal à un risque d'incontinence fécale (rapporté dans 20 % à 33 % des cas) en raison des dommages causés au nerf rectal caudal et au sphincter anal , ainsi qu'à un risque de sténose rectale .
Place de l’alimentation :
Malgré l’absence de données scientifiques solides, mais en l’absence d’inconvénient à la mettre en place, le recours à une alimentation à base de protéines naïves ou hydrolysées est recommandé au moins durant la phase thérapeutique. Elle peut permettre par ailleurs d’obtenir un effet d’épargne médicamenteux sur les traitements immunosuppresseurs.
Conclusion
Les fistules périanales canines sont principalement considérées comme une maladie inflammatoire à composante immunitaire, avec une prédisposition marquée du Berger allemand. Le diagnostic repose le plus souvent sur l’examen clinique, complété par la cytologie, la culture et l’histologie dans les cas atypiques. La ciclosporine, administrée à dose adéquate et pendant une durée suffisante, constitue le traitement de première intention. La guérison doit être appréciée sur la disparition complète des trajets et des sinus, et non sur la seule amélioration des symptômes. La chirurgie est désormais une option de recours ou de complément, idéalement après contrôle médical de l’inflammation et avec une exérèse complète des tissus atteints.
Bibliographie :
Cain CL. Canine perianal fistulas: clinical presentation, pathogenesis, and management. Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice. 2019 ; 49 : 53-65.
Bruet V et coll. Literature review and authors’ consensus recommendations for the medical management of perianal fistulae in dogs. Vet Dermatol. 2025 ; 36 : 566-580.
Hardie RJ et coll. Cyclosporine treatment of anal furunculosis in 26 dogs. JSAP. 2005 ; 46 : 3-9.
Doust R et coll. Evaluation of once daily treatment with cyclosporine for anal furunculosis in dogs. Ve Record. 2003 ; 152 : 225-229.
Klein A et coll. Preoperative immunosuppressive therapy and surgery as a treatment for anal furunculosis. Vet Surg. 2006 ; 35 : 759-768.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Produit de contraste en radiologie : usage en 2026 et guide de bonnes pratiques
Fingig Luxembourg
Produits de contraste en radiologie: usage en 2026 et guide bonnes pratiques
Le développement de l’échographie, de l’endoscopie, du scanner et de l’IRM a profondément modifié la place des examens radiographiques utilisant des produits de contraste en médecine vétérinaire. Ces nouvelles techniques peuvent aujourd’hui apporter des informations diagnostiques plus sûres, améliorer la confiance dans le diagnostic, être plus rapides ou plus simples à réaliser et, dans certaines situations, permettre la réalisation de prélèvements cytologiques ou histologiques.
La pertinence de nombreuses procédures radiographiques avec produit de contraste doit ainsi être réévaluée à la lumière des possibilités diagnostiques actuellement disponibles. Certaines explorations barytées du tube digestif, notamment la gastrographie et la colonographie, disposent aujourd’hui d’alternatives telles que l’endoscopie, l’échographie ou le scanner et peuvent être considérées comme obsolètes selon les standards actuels, leur réalisation ne se justifiant plus que dans des situations exceptionnelles, notamment en urgence.
Le transit œsophagien baryté conserve néanmoins ses indications. Il peut notamment être utilisé dans l’exploration d’une dysphagie, de régurgitations ou lors de suspicion de corps étranger œsophagien. Le produit peut être administré seul, sous forme de suspension épaisse ou de pâte, ou mélangé à de la nourriture. L’examen est préférentiellement réalisé sous vidéofluoroscopie pour une évaluation dynamique de la motricité œsophagienne [1]. Lors de lésion anatomique, l’endoscopie et le scanner peuvent constituer des alternatives crédibles; en revanche, lorsqu’un trouble fonctionnel œsophagien est recherché, aucune de ces techniques ne constitue une alternative équivalente.
Les produits de contraste iodés hydrosolubles constituent une seconde catégorie importante. Ces produits, stériles et prêts à l’emploi, peuvent être administrés par différentes voies, notamment intraveineuse, intrathécale ou intra-articulaire. Les produits iodés ioniques ont été retirés du marché, tandis que plusieurs produits tri-iodés non ioniques sont disponibles, notamment l’iohexol, l’iopamidol, l’iobitridol, l’ioversol, l’iopromide et l’iomeprol. L’iodixanol constitue pour sa part un produit de contraste hexa-iodé non ionique. A noter que depuis l’arrêté du 28 février 2024, les spécialités correspondantes ne sont plus disponibles en pharmacie en France.
Après administration intraveineuse, les produits de contraste iodés hydrosolubles présentent une distribution selon un modèle pharmacologique à deux compartiments. À la concentration habituelle de 300–350 mg d’iode/mL, la dose conseillée est de 2 mL/kg. Après passage dans le compartiment vasculaire puis interstitiel, leur élimination est quasi exclusivement assurée par filtration glomérulaire.
Les produits iodés peuvent être utilisés selon différentes voies d’administration et dans diverses indications : injection intraveineuse, injection intrathécale, urinaire rétrograde, intra-articulaire, péritonéale, dans le conduit lacrymal ou dans une fistule.
La question centrale devient alors celle de la place résiduelle de ces examens dans la pratique clinique. Lorsqu’un échographe, un endoscope, un scanner ou une IRM sont disponibles et que les compétences nécessaires à leur utilisation sont présentes, les indications des examens radiographiques avec produit de contraste deviennent très limitées. Leur réalisation peut néanmoins conserver un intérêt lorsqu’aucune alternative pertinente n’est disponible, lorsque le plateau technique est insuffisant, lorsque les compétences nécessaires ne sont pas présentes, lorsqu’il est souhaitable d’éviter une anesthésie à risque ou lorsque des considérations économiques doivent être prises en compte.
Certaines situations illustrent ainsi la place résiduelle encore occupée par ces techniques. En cas de plateau technique limité, une injection intraveineuse associée à une pneumocystographie peut notamment être utilisée dans la recherche d’uretères ectopiques. Une myélographie peut également être réalisée pour rechercher une compression médullaire en l’absence de scanner ou d’IRM. Lorsque l’objectif est d’éviter une anesthésie risquée, une injection urinaire rétrograde peut être utilisée dans la recherche d’une rupture urétrale ou vésicale, tandis qu’une injection péritonéale peut contribuer à la recherche d’une hernie diaphragmatique [2].
En conclusion, l’utilisation des produits de contraste en radiologie vétérinaire doit aujourd’hui être guidée moins par la disponibilité historique de ces techniques que par leur pertinence dans chaque situation clinique. Le développement de l’échographie, de l’endoscopie, du scanner et de l’IRM a fortement réduit le champ des indications des procédures radiographiques avec produit de contraste. Certaines conservent toutefois une place lorsque les alternatives ne sont pas disponibles ou pertinentes, lorsque le plateau technique ou les compétences sont limités, lorsqu’une anesthésie doit être évitée ou lorsque des considérations économiques interviennent. La bonne pratique consiste ainsi à choisir la technique d’imagerie la plus adaptée à la question clinique et au contexte dans lequel l’examen doit être réalisé.
Références bibliographiques
[1] Pollard RE, Marks SL, Cheney DM, Bonadio CM. Diagnostic outcome of contrast videofluoroscopic swallowing studies in 216 dysphagic dogs. Vet Radiol Ultrasound. 2017;58:373-380.
[2] Stickle RL. Positive-contrast celiography (peritoneography) for the diagnosis of diaphragmatic hernia in dogs and cats. J Am Vet Med Assoc. 1984;185:295-298.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Programmation précoce du surpoids : nouveaux éclairages sur les effets de la note d'état corporel maternelle et de la prise de colostrum grâce à une cohorte canine suivie longitudinalement
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Prostatite : réussir son antibiothérapie
Menton France
La prostatite bactérienne est la deuxième affection prostatique la plus fréquente chez le chien mâle entier, derrière l'hyperplasie bénigne de la prostate (HBP). Une enquête menée en 2026 auprès de plus de 300 vétérinaires italiens [1] révèle un écart frappant entre les recommandations internationales [2] et françaises [3] et la pratique quotidienne : seuls 7,2 % des répondants traitent la durée recommandée (≥ 4 semaines), et l'antibiotique le plus prescrit en probabiliste — l'amoxicilline-acide clavulanique, dans 42 % des cas — n'est pas positionné en première intention par ces référentiels. Réussir son antibiothérapie suppose de revenir aux fondamentaux : diagnostiquer avant de traiter, choisir la bonne molécule au bon moment selon le stade évolutif, et traiter suffisamment longtemps.
Poser le diagnostic avant de traiter
Le tableau clinique est bimodal : forme aiguë fébrile, abattue, avec douleur abdominale caudale, ténesme et parfois urétrorrhée purulente ; forme chronique souvent pauci-symptomatique, révélée par une bactériurie récidivante ou une infertilité/anomalie séminale. L'ISCAID recommande d'explorer systématiquement la prostate chez tout chien mâle entier présentant une bactériurie ou une cystite bactérienne, quelle que soit la forme [2]. La fiche AFVAC/GERES 2022 hiérarchise les moyens diagnostiques [3] :
La biopsie prostatique reste le seul examen de référence pour un diagnostic de certitude (bactériologie et anatomopathologie), mais son usage courant est limité par sa technicité.
La ponction échoguidée ou le massage prostatique (cytologie et culture) sont les prélèvements de choix en l'absence de signes de cystite ; le massage confirme une prostatite aiguë dans 80 % des cas mais n'identifie le germe responsable qu'avec une spécificité de 50 à 70 %.
L'uroculture n'est un reflet fiable du contenu bactérien prostatique qu'en présence de signes de cystite associés (sensibilité 85,7 %) ; en leur absence, elle n'apporte aucune information exploitable.
Dans les faits, cette hiérarchie est peu suivie : seuls 20,9 % des vétérinaires utilisent un prélèvement d'origine prostatique (54,9 % se limitant à l'urine) et 24,2 % ne réalisent aucune culture avant de traiter [1] — un déficit diagnostique qui expose à une antibiothérapie mal ciblée.
Choisir l'antibiotique selon la barrière hémato-prostatique et le stade évolutif
En phase aiguë, l'inflammation rend la barrière hémato-prostatique perméable à la plupart des antibiotiques : un traitement probabiliste peut démarrer dès qu'un prélèvement a été réalisé, sans attendre l'antibiogramme si l'état clinique l'impose. En phase chronique, cette barrière redevient globalement intacte : seules les molécules liposolubles, faiblement liées aux protéines plasmatiques et de pKa élevé la franchissent [3] — critères réunis par l'association sulfamide-triméthoprime, les macrolides et les fluoroquinolones [4]. Ce basculement se produit aussi en cours de traitement, à mesure que la glande devient moins enflammée : interrompre trop tôt, ou avoir choisi une molécule efficace seulement sur la barrière « ouverte » de la phase aiguë, expose à une rechute même après disparition des signes cliniques.
Triméthoprime-sulfamide (catégorie D AMEG [5]) : c'est la seule option que la fiche AFVAC positionne en première approche, dès qu'un liquide prostatique a pu être recueilli — avant même le résultat de l'antibiogramme. Surveiller le risque de kérato-conjonctivite sèche au-delà de 7 jours (test de Schirmer).
Fluoroquinolones (marbofloxacine, enrofloxacine) : antibiotiques critiques (catégorie B AMEG). Leur bonne pénétration prostatique n'autorise pas un usage probabiliste — la fiche AFVAC ne les positionne qu'en seconde ligne, une fois l'antibiogramme disponible et en l'absence d'alternative efficace en catégorie C ou D, conformément à la réglementation française sur les antibiotiques d'importance critique. Ciprofloxacine formellement déconseillée.
Amoxicilline-acide clavulanique et céfalexine (catégorie C AMEG) : également réservées à l'après-antibiogramme dans le schéma AFVAC — à noter que l'ISCAID international les déconseille purement et simplement pour la prostatite, jugeant leur pénétration prostatique insuffisante.
Clindamycine et macrolides : bonne pénétration mais activité insuffisante sur Escherichia coli, très largement majoritaire — à réserver strictement à l'antibiogramme.
À éviter, quelle que soit la sensibilité in vitro isolée : aminoglycosides, tétracyclines et chloramphénicol — pénétration prostatique insuffisante ou trop incertaine.
Cas particulier de la brucellose (zoonose, quelques foyers français documentés en 2021-2022) : sulfamides ou fluoroquinolones associés à un aminoside, avec castration systématique.
Durée de traitement et prise en charge globale
Le traitement doit être long : au moins 9 semaines d'antibiothérapie chez le chien non castré [3], contre 4 à 6 semaines si une castration ou une réduction médicale de l'activité prostatique (acétate d'osatérone) est associée. Dans l'enquête italienne, 53,9 % des vétérinaires traitent 2 semaines ou moins et seuls 7,2 % atteignent 4 semaines [1] : la courte durée du traitement est probablement le premier facteur d'échec évitable, d'autant que la molécule choisie doit rester efficace jusqu'à la guérison complète de la glande.
La réduction de l'activité prostatique est une composante indispensable pour un traitement efficace, pas une option : l'antibiothérapie seule n'est jamais indiquée. En pratique, un traitement médical (acétate d'osatérone) précède souvent la castration chirurgicale, pour évaluer la réponse et éviter les complications postopératoires. Les abcès doivent être drainés (ponction échoguidée ou omentalisation). Le deslorelin (implant GnRH) est une alternative à la castration chirurgicale chez le chien non destiné à la reproduction, mais il est proscrit chez le reproducteur : après la phase de flare-up, la suppression de l'axe gonadotrope abolit la fertilité. Chez le reproducteur, seuls l'acétate d'osatérone ou le finastéride réduisent l'activité prostatique tout en préservant la fonction de reproduction. Dans l'enquête italienne, la castration n'est réalisée dans plus de 25 % des cas que par 19,6 % des vétérinaires. »
Suivi : réévaluation échographique 8 à 12 semaines après le traitement ; en cas d'échec inexpliqué par une résistance ou une mauvaise observance, la castration doit être fortement envisagée si elle n'a pas déjà été réalisée.
Références bibliographiques
1. Gavezzoli M et coll. Diagnostic and therapeutic approaches to acute prostatitis in dogs: a survey of Italian veterinary practitioners. Front Vet Sci. 2026 ; 13 : 1774785.
2. Weese JS et coll. International Society for Companion Animal Infectious Diseases (ISCAID) guidelines for the diagnosis and management of bacterial urinary tract infections in dogs and cats. Vet J. 2019 ; 247 : 8-25.
3. AFVAC / Ecoantibio. Fiches de recommandations pour un bon usage des antibiotiques chez les animaux de compagnie. 2e éd. Paris : AFVAC ; 2022 : fiche « Prostatites bactériennes du chien » (Levy X, Séguela J, Gogny A, Topie E, GERES).
4. Ni?a?ski W et coll. Pharmacological treatment for common prostatic conditions in dogs – benign prostatic hyperplasia and prostatitis: an update. Reprod Domest Anim. 2014 ; 49(Suppl. 2) : 8-15.
5. Catégorisation ANSES/AMEG des antibiotiques à usage vétérinaire pour un usage prudent et responsable. Maisons-Alfort : ANSES ; 2021.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Puberté : anticiper une phase à risques
Lyon France
La médecine vétérinaire se déploie selon deux axes : la prise en charge d’un animal présentant des signes cliniques, et la médecine préventive, destinée aux animaux apparemment sains. Cette dernière repose sur une démarche structurée d’analyse de risques visant à préserver la santé du chien et du chat tout au long de leur vie. Elle implique une compréhension fine du mode de vie du propriétaire et de son animal, afin d’anticiper les risques de dégradation de la santé plutôt que d’attendre l’apparition de symptômes.
Objectifs et principes de la médecine préventive
La médecine préventive vise à maintenir la bonne santé de l’animal, identifier les risques susceptibles de l’altérer et limiter les zoonoses. Elle nécessite une approche individualisée, fondée sur l’étude du mode de vie, des habitudes, de l’environnement et des interactions entre l’animal et son propriétaire.
Les risques évoluent selon l’âge :
- Le jeune dépendant de sa mère est exposé à des dangers différents de ceux rencontrés à l’âge adulte.
- Les risques parasitaires, nutritionnels, infectieux, comportementaux ou liés à la reproduction varient au fil du développement.
Pour les gérer efficacement, une méthodologie rigoureuse d’analyse de risques est indispensable.
Méthodologie d’analyse de risques
1. Identification des dangers
Le vétérinaire identifie les dangers susceptibles d’altérer la santé : infectieux, parasitaires, nutritionnels, comportementaux, génétiques, dentaires, reproductifs, tégumentaires. Les caractéristiques du propriétaire (environnement, implication, respect des réglementations) influencent également le niveau de risque.
2. Appréciation et hiérarchisation des risques
Une fois les dangers identifiés, il faut déterminer :
- la fréquence du risque,
- son intensité,
- ses conséquences sur la santé.
La hiérarchisation est essentielle : il est impossible de traiter tous les risques simultanément. Le vétérinaire et le propriétaire sélectionnent ensemble les risques prioritaires, en tenant compte des contraintes logistiques, financières et émotionnelles du propriétaire. Cette étape fonde la prise en charge individualisée : deux animaux comparables peuvent avoir des hiérarchisations différentes selon leur mode de vie et leur propriétaire.
3. Gestion des risques
Pour chaque risque, plusieurs solutions de prévention existent. Le vétérinaire doit présenter :
- les bénéfices et limites,
- le risque résiduel réduit.
Le propriétaire choisit la solution la plus adaptée à sa situation et à son niveau d’acceptation du risque.
4. Communication
La communication n’est pas une étape finale : elle traverse toute la démarche. Le propriétaire doit être inclus dans chaque décision. La consultation préventive n’est pas prescriptive : elle repose sur une alliance médicale, ouverte, non jugeante, respectant la sensibilité et les choix du propriétaire. L’acceptation du risque est personnelle et dépend de l’histoire, des valeurs et du mode de vie de chacun.
La puberté : une période à risques accrus (cf. figure)
La puberté concentre une forte densité de risques, ce qui en fait une consultation cruciale.
- Risques infectieux
Une injection vaccinale à 26 semaines est nécessaire pour assurer une protection durable contre les valences essentielles du chien (D, A2, P) et du chat (C, R, P). C’est également le moment d’aborder les maladies vectorielles et les stratégies vaccinales associées.
- Risques parasitaires
À la puberté, l’animal explore davantage son environnement. Le cycle des ascaris montre que le traitement systématique s’arrête à 6 mois : la consultation pubertaire permet d’adapter la prophylaxie selon le mode de vie.
- Croissance et nutrition
Le pic de croissance doit être évalué pour prévenir le surpoids et préparer la transition vers une alimentation adulte, éventuellement adaptée à une stérilisation future. Un bilan dentaire permet de vérifier la dentition définitive et d’anticiper les complications.
- Reproduction
Les recommandations de stérilisation ont évolué. La puberté est le moment idéal pour discuter des options (chirurgicales ou alternatives) en fonction des objectifs du propriétaire.
- Comportement
La puberté est une période de vulnérabilité comportementale : maturation cérébrale, imprégnation hormonale, évolution des interactions. Une évaluation comportementale systématique est indispensable :
- chien : peur, autocontrôles, attachement, insertion sociale, communication/éducation ;
- chat : peur, autocontrôles, relations, territorialité, environnement.
Vers une médecine préventive intégrative
La consultation pubertaire doit articuler les différents risques entre eux. La gestion d’un risque peut influencer un autre : la médecine préventive doit être holistique, cohérente et adaptée à chaque binôme animal-propriétaire.
Conclusion
La consultation pubertaire est souvent négligée, faute de temps ou de méthodologie. Pourtant, elle concentre des risques majeurs : infectieux, parasitaires, nutritionnels, comportementaux, reproductifs, dentaires. Bien menée, elle permet de placer l’animal sur une trajectoire de vie où les risques sont fortement réduits. Le vétérinaire doit encourager les propriétaires à consacrer ce temps essentiel, afin d’assurer une prise en charge optimale et durable.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Quand arrêter, quand reprendre ? Gestion des anticoagulants autour de l'acte chirurgical
Toulouse France
Anticoagulants et actes chirurgicaux : quand arrêter, quand reprendre ?
Pr Patrick Verwaerde, DVM, MSc, PhD, HDR, dipl ECVECC
La prise en charge périopératoire d’un animal recevant un traitement anticoagulant constitue une situation clinique peu fréquente mais particulièrement délicate à considérer. La décision d’interrompre ou de maintenir un anticoagulant avant une intervention chirurgicale repose en effet sur deux risques antagonistes : le risque hémorragique lié à l’intervention et au traitement anticoagulant, et le risque thrombotique lié à l’interruption de celui-ci.
Cette décision thérapeutique est d’autant plus complexe en médecine vétérinaire que les données scientifiques permettant de guider précisément ces décisions restent limitées. Les recommandations sont donc largement fondées sur l’expérience clinique, la physiopathologie, quelques données vétérinaires et, lorsque cela est pertinent, l’extrapolation de données issues de la médecine humaine.
1. Une décision à fonder sur une balance bénéfice/risque adaptée au cas par cas
Un acte chirurgical comporte intrinsèquement un risque hémorragique variable, dépendant notamment de son caractère invasif, de la voie d’abord, de l’importance de la dissection, des possibilités d’hémostase chirurgicale et du caractère fonctionnel ou vital d'une éventuelle hémorragie. Parallèlement, la chirurgie elle-même peut favoriser la thrombose par la libération de facteurs tissulaires procoagulants et par les modifications du flux sanguin secondaire tant au décubitus, à l’anesthésie qu’à l’acte chirurgical lui-même.
L’évaluation préopératoire doit donc intégrer plusieurs paramètres : le site chirurgical, la voie d’abord, l’importance du délabrement tissulaire, les moyens d’hémostase disponibles, les conséquences potentielles d’une hémorragie, mais également le caractère urgent ou non de la procédure envisagée. Du côté du patient, il convient d’évaluer la réalité du risque thrombotique, les facteurs prothrombotiques additionnels, l’état hémostatique et la nature du traitement utilisé : antiagrégant, anticoagulant ou association.
Cette démarche conduit à un principe essentiel : l’arrêt du traitement ne doit jamais être considéré comme une conséquence automatique de la programmation chirurgicale. Il peut être parfaitement justifié pour une chirurgie à risque hémorragique important, mais devenir dangereux chez un animal présentant un risque thrombotique majeur.
Évaluer précisément le risque hémorragique chirurgical
Le premier élément de la décision est l’analyse de la chirurgie elle-même. Le risque ne dépend pas uniquement de la quantité de sang susceptible d’être perdue, mais également de la possibilité de contrôler cette perte et de ses conséquences fonctionnelles ou vitales éventuelles.
L’invasivité de l’intervention, la qualité attendue de l’hémostase et les moyens dont dispose le chirurgien doivent donc être impliqués à la décision. Le risque hémorragique en lien avec la prise médicamenteuse doit être ainsi mis en miroir avec la nature et le type de chirurgie à réaliser.
Cependant, la chirurgie n’est pas uniquement un facteur de risque hémorragique. Elle peut également favoriser une thrombose peropératoire qui par ailleurs peut être favorisée par la survenue de facteurs aggravants tels que l’hypotension et l’hypoxémie, fréquents au décours d’une anesthésie générale, même bien conduite.
Évaluer le risque thrombotique : la triade de Virchow comme outil de raisonnement
La difficulté principale réside dans la stratification du risque thrombotique. En médecine vétérinaire, aucun modèle validé de stratification n’est actuellement disponible. Les examens conventionnels – temps de Quick, TCA, fibrinogène et D-dimères – donnent essentiellement des informations indirectes. La thromboélastométrie ou la thromboélastographie peuvent apporter une appréciation plus globale du profil hémostatique, notamment en mettant en évidence une hypercoagulabilité, une hypocoagulabilité ou une hyperfibrinolyse, mais restent très peu accessibles en pratique généraliste. Dans ce contexte, la triade de Virchow fournit un cadre physiopathologique particulièrement utile. Elle repose sur trois mécanismes susceptibles de favoriser la thrombose :
les lésions endothéliales ;
les anomalies du flux sanguin ;
l’hypercoagulabilité.
En pratique, le clinicien peut approximer le risque thrombotique en considérant que la présence d’un seul facteur correspond à un risque faible, de deux facteurs à un risque modéré et de trois facteurs à un risque élevé. Ainsi, la stratification pratique du risque thrombotique devra s’appuyer sur la reconnaissance de l’un ou l’autre des éléments de la triade :
Les lésions endothéliales peuvent notamment être associées à l’hypoxie ou à l’hypoxémie, à l’inflammation/SIRS, à certains venins, à la chimiothérapie ou à des agressions mécaniques telles que les polytraumatismes. Certaines maladies parasitaires intravasculaires peuvent également contribuer à cette composante du risque thrombotique.
Les anomalies du flux sanguin sont, quant à elles, observées lors d’hypodynamisme circulatoire ou de choc, de dilatation ou fibrillation atriale, d’hyperviscosité sanguine, d’anomalies valvulaires, de certaines tumeurs ou de parasitismes intravasculaires.
Enfin, l’hypercoagulabilité est fréquemment associée à l’inflammation et au sepsis, à certaines entéropathies chroniques, au syndrome néphrotique, à la pancréatite, au diabète, à l’anémie hémolytique à médiation immune ou encore à certaines endocrinopathies et corticothérapies. Elle peut résulter d’un déséquilibre entre facteurs procoagulants et anticoagulants, notamment lors de pertes digestives ou rénales, de défaut de synthèse ou de consommation.
La présence simultanée de plusieurs composantes de la triade doit donc inciter à la prudence avant toute interruption d’un traitement antithrombotique. Ainsi, le consensus « CURATIVE » retient notamment les animaux présentant une AHMI, une néphropathie avec protéinurie significative ou les chats cardiopathes avec facteurs de risque comme à haut risque de thrombose légitimant le maintien d’une anticoagulation préopératoire.
2. Quand arrêter le traitement antithrombotique ?
La tendance clinique est souvent de suspendre préventivement les anticoagulants avant une chirurgie afin de limiter le risque de saignement. Cette stratégie est particulièrement compréhensible mais elle est toutefois dangereuse lorsqu’elle est appliquée indépendamment du risque thrombotique du patient. Le consensus « CURATIVE » propose ainsi que lorsqu’un arrêt préopératoire des anticoagulants est effectivement envisagé, des délais différents selon la classe thérapeutique.
Pour les antiagrégants plaquettaires, un arrêt 5 jours avant l’intervention est proposé lorsqu’une interruption est jugée nécessaire. Cette période tient notamment compte du caractère prolongé de l’inhibition plaquettaire de ces médicaments.
Pour les anticoagulants, le schéma dépend du produit utilisé. Lorsqu'une héparine standard est interrompue, l’arrêt doit être progressif en raison de l’existence d’un possible phénomène rebond notamment décrit en médecine humaine. À l’inverse, pour une héparine de bas poids moléculaire, l’arrêt peut être brutal. Dans le consensus « CURATIVE », l’arrêt des anticoagulants est à réaliser 24 heures avant l’intervention lorsqu’une interruption est indiquée.
Ces délais ne doivent cependant pas être interprétés comme des règles absolues. La question fondamentale reste : l’animal peut-il raisonnablement rester plusieurs heures ou plusieurs jours sans protection antithrombotique ?
Chez un animal présentant un risque thrombotique majeur, l’arrêt peut ainsi exposer à une complication plus grave que l’hémorragie potentielle. Le maintien d’une monothérapie, éventuellement associé à une adaptation de la stratégie chirurgicale et à une surveillance renforcée, peut alors être préférable.
3. Quand reprendre le traitement après la chirurgie ?
La reprise postopératoire doit être envisagée le plus précocement possible, dès lors que les conditions chirurgicales et hémostatiques le permettent. Cette approche est particulièrement importante chez les patients présentant un risque thrombotique majeur. Trois situations doivent notamment conduire à considérer une reprise rapide :
un risque thrombotique initialement élevé ;
la présence d’une clinique thrombotique avérée ;
l’absence de signe clinique compatible avec une hémorragie postopératoire.
Un élément important est que le risque thrombotique peut évoluer avec la chirurgie elle-même. L’intervention peut supprimer ou aggraver certains facteurs de risque, mais elle peut également en créer de nouveaux : inflammation, immobilisation, hypotension, hypoxémie, lésions endothéliales ou libération de facteurs procoagulants. La surveillance postopératoire doit donc être particulièrement attentive.
4. Quelques exemples pratiques à considérer ?
L’apparition d’un saignement après une chirurgie chez un animal recevant un antithrombotique conduit facilement à attribuer l’événement au médicament. Cette interprétation expose cependant à un possible biais cognitif de confirmation ou de cadrage. La présence d’un hématome, par exemple, ne démontre pas nécessairement que l’anticoagulant est responsable du saignement. Une anomalie hémostatique préexistante ou acquise peut également être en cause. L’approche d’un saignement postopératoire doit donc chercher une éventuelle coagulopathie de consommation ou une autre perturbation de l’hémostase et à défaut conclure à l’imputabilité du traitement anticoagulant.
Dans cette situation, l’évaluation peut notamment comprendre le TQ, le TCA, la numération plaquettaire et les D-dimères. L’objectif est de déterminer si le saignement correspond réellement à un effet pharmacologique excessif ou s’il traduit une complication hémostatique indépendante. Cette démarche diagnostique est essentielle car l’arrêt réflexe du traitement chez un animal déjà fortement prédisposé à la thrombose peut aggraver secondairement son pronostic.
Certaines procédures illustrent particulièrement bien l’importance de raisonner en termes de balance bénéfice/risque l’arrêt ou la poursuite du traitement anticoagulant dans le cadre d’un acte chirurgical.
Lors d’un myélogramme ou d’une biopsie osseuse chez un animal présentant une anémie hémolytique à médiation immune, le risque thrombotique peut être considéré comme élevé alors que le risque hémorragique de la procédure reste faible. Le maintien de l’anticoagulation est donc proposé pour la réalisation de ce prélèvement même sous anesthésie générale.
Pour une cytoponction à l’aiguille fine, la décision dépend du site. Pour les ganglions ou les masses, le risque hémorragique est considéré comme faible et le maintien de l’anticoagulation peut être envisagé. En revanche, la cytoponction de la rate ou du foie présente un risque hémorragique plus important. Dans ce contexte, l’urgence de la procédure doit être prise en compte et il doit être envisager un arrêt de l’anticoagulation si le risque thrombotique n’est pas majeur.
Pour la chirurgie cutanée, les données vétérinaires sont insuffisantes. La décision doit notamment intégrer le caractère urgent ou non de l’intervention. De même, pour la chirurgie dentaire, l’absence de données vétérinaires impose également une décision individualisée, mais le maintien du traitement est proposé en tenant compte notamment de la possibilité d’utiliser un anticoagulant chez les animaux à haut risque thrombotique.
Conclusion
La gestion périopératoire des anticoagulants ne peut être réduite à une règle simple du type « arrêter avant toute chirurgie et reprendre après ». La bonne décision repose sur l’évaluation simultanée de deux risques concurrents : le risque hémorragique de l’intervention et le risque thrombotique du patient.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Quand dois-je référer, quand faut-il opérer ?
Saint-Laurent-Du-Var France
Paraparésie/paralysie aiguë : diagnostiquer, décider, traiter
La présente conférence se concentrera sur les hernies discales extrusives thoracolombaires et se base sur le consensus ACVIM de 2022 [1]. L’objectif est de savoir identifier les grades de hernie discale thoracolombaire et d’y associer des facteurs pronostics et décision de traitement. Les modalités d’imagerie seront également revues.
Il est à noter que bien qu’un consensus sur la gestion des hernies discales thoracolombaire existe, les niveaux de preuves scientifiques restent au mieux basées sur des études cliniques rétrospectives ou essais cliniques non randomisés. Il existe un manque d’essai clinique randomisés et méta-analyses permettant d’établir des recommandations fiables et consensuelles [1].
Les hernies discales extrusives thoracolombaires sont fréquemment en cause de paraparésie et paraplégie aiguë. Ces hernies discales extrusives sont observées chez les races chondodystrophiques (notamment teckel et bouledogue français) chez lesquelles une mutation génétique (fibroblast growth factor – FGF4) a été identifiée chez certaines d’entre elles [2].
D’autres causes de paraparésie/plégie aiguë existent et seront exposées lors de la conférence à ce sujet par le Dr Cavalerie.
Tirée de la médecine humaine, une échelle modifiée de Frankel est communément acceptée en médecine vétérinaire afin d’évaluer la sévérité du stade neurologique de hernie discale. Cette échelle, bien qu’utilisée pour d’autres atteintes de la moelle épinière est valide concernant des atteintes compressives de la moelle. Son score va de 1 à 5. Un score de 1 correspond à une algie seule sans déficits. Un stade 2 indique un état ambulatoire avec paraparésie et ataxie proprioceptive. Un stade 3 représente un état non ambulatoire avec persistance de mouvements volontaires. Un stade 4 correspond à une paraplégie, stade sur lequel peut se développer une incontinence urinaire et fécale. Enfin un stade 5 correspond à une paraplégie avec absence de nociception [3].
Deux modalités de traitement sont alors disponibles. Le traitement médical se base sur une combinaison de molécules analgésiques et repos strict de 4 semaines. Le choix des traitements analgésiques importe peu la récupération. Le repos étant la pierre angulaire du traitement. Le traitement chirurgical consiste en deux principales techniques communément usités : hemilaminectomie et mini-hemilaminectomie. D’autres techniques chirurgicales sont possibles selon la localisation de la hernie : pediculectomie, corpectomie laterale et laminectomie dorsale. La gestion post-opératoire est similaire au traitement médical. Il est à noter que l’utilisation de coricostéroïde n’a pas montré d’efficacité supérieure à un anti-inflammatoire non steroïdien sur le traitement médical ou chirurgical sur des hernies extrusives aiguës [1], [3]. L’utilisation d’anti-inflammatoire non steroïdien dans un contexte de gestion d’une analgésie multiodale avec opioïde et gabapentin est recommandée [1].
La technique de fenestration consistant à créer une ouverture dans le disque non hernié en chirurgie est recommandée en addition d’une hémilaminectomie/mini-hemilaminectomie sur le site opéré afin de diminuer les risques de récidives. Des fenestrations sur d’autres sites peuvent se réaliser en considérant l’accessibilité des autres sites en chirurgie et temps opératoire [1].
La classification en stade clinique permet par la suite d’étudier les facteurs pronostiques selon les modalités de traitement. Le tableau 2 résume les pourcentages pronostiques en fonction des stades cliniques rapportés dans le consensus ACVIM de 2022 et dans la revue de littérature de Moore et al. basée sur une synthèse d’études cliniques [1], [4].
Il est à noter que le succès est défini comme un chien ambulatoire et non douloureux. Des biais découlent dès lors de ces études. L’évaluation d’une récupération fonctionnelle reste subjective. Un état ambulatoire ne précisant pas le degré de paraparésie résiduel persistant après le traitement. Certains auteurs précisant que le traitement chirurgical de chiens en stade 4 et 3 permettaient une récupération plus rapide et plus complète que le traitement médical [1]. Un manque de donnée scientifique existe quant au degré de récupération obtenu via les différentes modalités de traitement.
Il existe une absence de consensus quant au moment opportun d’opérer une hernie discale. Les études suggèrent qu’une prise en charge en moins de 48 heures est en faveur d’une récupération optimisée mais ceci n’est pas démontré de façon consensuelle. D’autres preuves scientifiques montrent une récupération possible sur des stades sévères avec des délais supérieurs à 1 semaine [1].
L’absence de nociception, uniquement obtenue en cas de plégie, représente le facteur pronostique le plus significatif. L’évaluation de la nociception, réalisée par pression d’un forceps sur les doigts, ne doit pas se confondre avec la présence d’un réflexe de retrait. Cette nociception est d’autant plus importante que l’apparition d’une myélomalacie progressive peut survenir en cas de stade 5 dans environ 11 à 17.5% des cas [5]. Cette myelomalacie progressive correspond à une nécrose progressive de la moelle résultant inéluctablement à une euthanasie ou décès par paralysie des muscle respiratoires. Elle survient indépendamment du traitement médical ou chirugical et peut apparaître jusqu’à 5 jours suite au début des signes. Le diagnostic est clinique et se base sur le suivi des déficits neurologiques [5].
La démarche diagnostique de hernie discale passe par la réalisation d’imagerie avancée : scanner, myeloscanner et IRM. Le scanner a l’avantage de pouvoir rapidement diagnostiquer à un coût moindre des hernies discales extrusives chez des chiens chondrodystrophiques (teckel, bouledogue français, beagle). Un myeloscanner (injection de produit de contraste iodé dans l’espace arachnoïdien) permet de mieux délimiter les contours de la moelle épinière et sites compressif. Le myeloscanner est utilisé lorsque le scanner est insuffisant au diagnostic clinique (multiples hernies discales, hernie non minéralisée ou autres causes de paraparésie aiguë). Un examen IRM reste toutefois supérieur dans la majorité des cas comparativement au myéloscanner sur la gestion clinique. Bien que le myeloscanner offre souvent une meilleur précision des sites compressifs, l’examen IRM est moins invasif.
Un examen IRM est également recommandé en cas de hernie discal chez des races non chondrodystrophiques (chihuahua, grandes races) ou chiens gériatriques. En effet, un taux diagnostic plus élevé est obtenu chez des chiens âgés en comparant IRM et scanner [6].
Le but de l’imagerie avancée, outre de confirmer le diagnostic est surtout de permettre une planification chirurgicale. Il est à noter qu’en cas de contraintes budgétaires, un traitement médical de hernie discale peut s’instaurer sans réalisation d’imagerie avancée sur une race chondrodystrophique et avec atteinte medullaire aiguë.
L’examen IRM permet de surcroît d’affiner la suspicion de myelomalacie progressive en cas de stade 5. Une perte de signal en pondération T2 sur des longueurs définies sont en faveur d’une possible progression vers une myelomalacie. Les études sont toutefois basées sur de faibles nombre de cas et montrent des résultats pouvant présenter des biais. Le diagnostic de myélomacie progressive reste basé sur les signes cliniques compatibles [1].
Références
[1] N. J. Olby et al., “ACVIM consensus statement on diagnosis and management of acute canine thoracolumbar intervertebral disc extrusion,” J Vet Intern Med, vol. 36, no. 5, pp. 1570–1596, 2022, doi: 10.1111/jvim.16480.
[2] K. Batcher et al., “Phenotypic Effects of FGF4 Retrogenes on Intervertebral Disc Disease in Dogs,” Genes (Basel), vol. 10, no. 6, p. 435, Jun. 2019, doi: 10.3390/genes10060435.
[3] N. J. Olby, R. C. da Costa, J. M. Levine, and V. M. Stein, “Prognostic Factors in Canine Acute Intervertebral Disc Disease,” Front Vet Sci, vol. 7, p. 596059, Nov. 2020, doi: 10.3389/fvets.2020.596059.
[4] S. A. Moore et al., “Current Approaches to the Management of Acute Thoracolumbar Disc Extrusion in Dogs,” Front. Vet. Sci., vol. 7, Sep. 2020, doi: 10.3389/fvets.2020.00610.
[5] A. Castel, N. J. Olby, C. L. Mariani, K. R. Muñana, and P. J. Early, “Clinical Characteristics of Dogs with Progressive Myelomalacia Following Acute Intervertebral Disc Extrusion,” J Vet Intern Med, vol. 31, no. 6, pp. 1782–1789, 2017, doi: 10.1111/jvim.14829.
[6] A. Giles, A. Gal, and L. Wilson, “Effects of age on accuracy of advanced imaging modalities in identifying intervertebral disc extrusions in Dachshunds,” Australian Veterinary Journal, vol. 103, no. 4, pp. 171–176, 2025, doi: 10.1111/avj.13387.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Quand l'intelligence artificielle rencontre le consensus scientifique : rendre l'information vérifiable
Introduction
La médecine vétérinaire évolue en complexité, se spécialise, devenant de plus en plus pointue et basée sur des consensus scientifiques. Elle répond à une exigence de qualité des soins et une obligation de moyens déployés par le vétérinaire. S'il est indispensable pour le praticien de se tenir à jour pour garantir une médecine fondée sur les preuves ou Evidence-Based Medicine, cette tâche s'avère extrêmement chronophage.
En parallèle, l'utilisation de l'intelligence artificielle se répand dans les cliniques et semble être une solution d'avenir pour accélérer la recherche d'informations. Bien que ces outils numériques génèrent des résumés pratiques, ils souffrent de limites majeures : l'incapacité à citer des sources fiables et une propension aux hallucinations.
Plus problématique encore, ne sachant pas hiérarchiser la qualité des sources qu'il utilise, un LLM (Large Language Model) pourra formuler une réponse nuancée alors qu'un consensus scientifique existe... ou ne saura pas argumenter les différents points de vue lorsque la science fait débat.
L'objectif de ce travail est de présenter une méthodologie permettant de sécuriser la recherche d'informations par IA et de restituer fidèlement l'état de la science.
Matériel et méthodes
Afin de pallier les limites des LLMs génériques, une approche basée sur la technologie RAG (Retrieval-Augmented Generation) a été développée et évaluée. Cette architecture dissocie la base de connaissances utilisée et le moteur de langage qui construit la réponse.
Le travail préalable a consisté à compiler une base de données vétérinaire de référence. Les documents intégrés ont été sélectionnés selon la hiérarchie des preuves : guidelines, textes de consensus, articles de revue et publications évaluées par les pairs.
Lorsqu'une requête clinique est formulée, l'algorithme RAG n'interroge pas ses probabilités statistiques internes, mais recherche sémantiquement les extraits pertinents au sein de cette base fermée. Le modèle de langage est ensuite contraint de formuler sa réponse en s'appuyant exclusivement sur ces extraits.
Résultats
Une évaluation qualitative a été menée en confrontant l'architecture RAG et un LLM générique à un panel diversifié de requêtes cliniques vétérinaires. Les résultats démontrent la capacité du système RAG à adapter son niveau de certitude à l'état réel de la science.
Face à des situations bénéficiant d'un consensus scientifique établi, l'outil formule une réponse stricte et univoque, ancrée directement dans les recommandations officielles et fournissant un lien direct à celles-ci. À l'inverse, face à des sujets où la littérature est divergente ou en évolution, l'outil propose des documents de la littérature, permettant au clinicien de comprendre les nuances et complexités du sujet.
Confronté au même problème, un LLM classique peine à restituer ses sources : documents hors contexte, sites web biaisés, articles de recherche inexistants. Face à la nécessité de la vérifiabilité, l'outil RAG démontre sa capacité d'orientation bibliographique : chaque affirmation est adossée à la source correspondante. Le praticien n'obtient pas une réponse "boîte noire", mais un point d'entrée qualifié le guidant vers la littérature adéquate pour approfondir sa décision.
Discussion
La mise en place de cette architecture soulève des défis méthodologiques considérables. La qualité des réponses dépend intrinsèquement de celle de la base de données. Le défi principal réside dans la sélection des documents pour garantir une représentation exhaustive et équilibrée des différents points de vue, sans introduire de biais de sélection.
Par ailleurs, l'exigence de vérifiabilité impose un défi structurel : pour que le vétérinaire puisse exercer son esprit critique et acter sa décision, il doit pouvoir lire le texte original. Cela pose la problématique cruciale de l'accès aux sources, privilégiant de fait l'intégration d'articles en libre accès, condition sine qua non pour une transparence totale du processus.
Conclusion
La technologie RAG permet d'opérer un changement de paradigme fondamental dans l'usage de l'intelligence artificielle en médecine vétérinaire. L'IA passe du statut d'oracle prenant des décisions à la place du clinicien, à celui de bibliothécaire expert. Elle ne remplace pas le jugement médical, mais guide le praticien vers les sources pertinentes, validant les consensus établis tout en exposant honnêtement les nuances de la littérature. Toutefois, cet outil ne peut guider que vers les connaissances qu'il possède.
L'enjeu futur de l'IA en santé animale ne réside donc pas uniquement dans la puissance des algorithmes, mais bien dans le travail humain continu de construction et de maintenance de bases de données fiables.
Liens d'intérêt : CVO SynaVet
📃 Quand le stress rencontre le cancer : impact sur le microenvironnement immunitaire des carcinomes mammaires félins
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Quand rechercher une origine nutritionnelle ?
Liege Belgique
Module : La cardiomyopathie dilatée canine
Intervention 1. Quand rechercher une origine nutritionnelle ?
M. Diez,
1.Contexte
La cardiomyopathie dilatée canine (CMD) est une pathologie d’étiologies diverses mais la cause génétique -certaines races étant fréquemment atteintes- est certainement la mieux identifiée.
Depuis juillet 2018 et les premiers rapports concernant un nombre anormal de cas de CMD aux USA, chez des centaines de chiens et quelques chats de toutes races et recevant des aliments « sans céréales », de nombreuses hypothèses ont été formulées grâce à des études rétrospectives ou expérimentales afin de comprendre l’effet potentiel de l’alimentation sans céréale dans la pathogénie et formuler des recommandations alimentaires. Signalons cependant que des « aliments sans céréales » dont il est question ici sont les aliments secs associés à cette maladie, alors que sur le terrain, ils ont quasi toujours existé ; les aliments en boîtes vendus en grande distribution sont un exemple. Dans les aliments secs sans céréales, les pois et les lentilles sont des ingrédients particulièrement mis en cause.
Cependant, les premières études de type « rapport de cas » ou expérimentales datent de plus de 20 ans et elles mettent le plus souvent en évidence un déficit en taurine.
2. Quand rechercher une origine alimentaire ?
Rappelons que tout animal examiné dans le cadre d’une consultation vétérinaire doit bénéficier d’une évaluation nutritionnelle (WSAVA, 2011). Cette évaluation est simple dans un premier temps afin de répondre à la question : « l’alimentation (en qualité et quantité) est-elle adaptée à l’animal et à sa maladie le cas échéant ? ».
Si la réponse est oui, aucune autre action n’est nécessaire. Si la réponse est non, on entreprend alors une évaluation nutritionnelle approfondie, qui consiste à questionner la présence de facteurs de risque. Dans le cas de la cardiomyopathie dilatée, il faut ajouter aux investigations 2 critères majeurs : le statut en taurine et une évaluation très détaillée de l’historique alimentaire.
Le statut en taurine
Rappelons que la taurine est un acide aminé beta-sulfonique synthétisée au niveau hépatique à partir de la cystéine par l’enzyme cysteine sulfinic acid decarboxylase. Elle est biologiquement active aux niveaux cardiaque, musculaire et dans le système nerveux central aussi bien que dans la conjugaison des acides biliaires. Elle n’est pas considérée essentielle chez le chien, mais bien chez le chat, en raison de la faible activité de l’enzyme de synthèse. Plus précisément, au niveau cardiaque, elle joue une rôle osmorégulateur et anti-oxydant. Dans les cas de CMD liées aux aliments sans céréales, il a été montré que les apports en précurseurs de la taurine (cystéine et méthionine) étaient supérieurs aux recommandations de l’AAFCO.
Plusieurs études ont été réalisées chez le chien et le renard afin de déterminer si elle était essentielle, sans conclusion claire (Pion et al., 1998, Moise et al., 1991, (Kramer et al., 1995, Kittleson et al., 1997; Sanderson, 2006). L’hypothèse des concentrations basses en taurine observées chez certains chiens est une combinaison de déficit alimentaire des précurseurs ou de la taurine elle-même, de carence enzymatique et de pertes excessives des acides biliaires.
Actuellement, il est suggéré qu’il existe des besoins différents en taurine en fonction des races. Il a été montré que la supplémentation de Golden Retriever atteints de CMD avait un effet positif bien qu’on ne puisse établir une relation claire entre les différents paramètres. En outre, il est connu que les grands chiens (moyenne de 38 kg) auraient un taux de biosynthèse de la taurine plus faible (50%) que des petits chiens (moyenne de 13 kg) alors que tous recevaient le même aliment (Ko et al., 2007).
Par conséquent, il n’existe à ce jour aucune obligation pour les fabricants d’aliments d’ajouter de la taurine aux aliments pour chiens (NRC 2006). Techniquement, elle est présente dans les aliments d’origine animale (ingrédients) , en quantités variables selon les sources ou elle peut être ajoutée sous forme d’additif purifié.
Pour évaluer le statut en taurine chez le chien, la méthode de référence consiste à mesurer la taurine dans le sang total (whole blood taurine), idéalement complétée par une mesure de la taurine plasmatique. Le dosage de taurine sur sang total est le paramètre le plus couramment utilisé pour évaluer les réserves de taurine.Une diminution des concentrations suggère une déficience en taurine. Le dosage de taurine plasmatique est plus sensible aux variations récentes de l'apport alimentaire. Il peut être abaissé avant que la taurine sanguine totale ne diminue. Les valeurs de référence dépendent du laboratoire et parfois de la race.
Des concentrations basses doivent être interprétées en tenant compte :
-de l'alimentation : régimes sans céréales, riches en légumineuses, régimes de pauvre qualité : vegan ou végétarien,
-de la race -certaines races sont prédisposées comme le Golden Retriever, le Cocker Spaniel américain ou le Terre-Neuve,
-de la taille du chien,
-de la présence éventuelle d'une cardiomyopathie dilatée
Des travaux récents suggèrent cependant que les concentrations sanguines sont parfois dans les normes malgré une diminution des réserves tissulaires en taurine. En cas de forte suspicion clinique, l'interprétation doit donc être intégrée au contexte nutritionnel et cardiologique du chien.
3. Les aliments sans céréales – les hypothèses alimentaires
En 2018, plusieurs alertes ont été lancées aux USA à propos d’une incidence élevée de cardiomyopathie dilatée d’origine nutritionnelle. Cette maladie touchait de façon anormale des petits chiens et les études rétrospectives montraient une association avec l’ingestion d’aliments sans céréale. De multiples hypothèses ont été émises pour expliquer la maladie dans une catégorie de chiens jusque-là peu atteints.
Les régimes à teneur faible en protéines, en taurine ou ses précurseurs ont été associés à la CMD, notamment ceux formulés avec des taux de protéines très faibles (par exemple pour le contrôle des calculs d’urates) ou des régimes végétariens à base de tofu, très faibles en acides aminés soufrés. Citons également la taurine, la carnitine et leurs précurseurs, dont la lysine et la méthionine pour la carnitine.
De nombreuses autres variables peuvent affecter la synthèse et ou la concentration de la taurine :
-la biodisponibilité des sources d’acides aminés,
-la dégradation possible lors des processus thermiques,
-l’aspect limitant de la méthionine, un acide aminé rare. Si elle est insuffisante, l’homocystéine est alors utilisée pour produire la cystéine.
-avec certains aliments, y compris des repas comprenant de la viande de dinde, le riz sous forme de grain entier, le son de riz, ou l’orge, les concentrations en méthionine et cystéine sont faibles.
Les fibres alimentaires sont des ingrédients fonctionnels et utiles pour améliorer la qualité des fèces ou diminuer la concentration énergétique chez les animaux à faibles besoins tout en apportant de la satiété. Elles jouent également plusieurs rôle essentiels sur le microbiote ; les fibres fermentées libérant des acides gras volatiles exerçant notamment un rôle nutritif au niveau du colon.
Néanmoins, elles ont aussi des effets délétères sur la digestion de certains composants :
-les fibres insolubles en quantités importantes peuvent diminuer la digestibilité des protéines ; cet effet antinutritionnel peut diminuer l’apport des acides aminés soufrés et également résulter dans des déficits en taurine et carnitine qui sont vitales pour la fonction cardiaque (Ko and Fascetti, 2016)
-la fibre peut aussi influencer les sous-produits de la fermentation bactérienne et empêcher la réabsorption de la taurine, même synthétisée en quantité adéquate (Ko and Fascetti, 2016)
-la fibre peut influencer l’absorption des nutriments de multiples façons, en ralentissant la vidange gastrique, en modifiant l’absorption des glucides et des lipides.
Le rapport coût/bénéfice des fibres mérite d’être considéré lors de la formulation, spécialement des aliments hypoénergétiques.
D’autres déficits en nutriments -thiamine, cuivre, potassium, choline, carnitine, vitamine E et sélénium- sont aussi associés aux lésions du myocarde, bien qu’il soit impossible à ce stade de conclure à leur responsabilité dans le cadre de la CMD.
Des facteurs antinutritionnels , composés chimiques et métaux lourds sont aussi évoqués tels les phytates présents dans les céréales non raffinées, les légumineuses, les noix et les graines d’oléagineux, le manioc qui accumule des glycosides cyanogéniques, convertis en thyocyanate dont la détoxification requiert des acides aminés soufrés, dès lors non disponibles pour la biosynthèse de taurine et carnitine.
Les aliments goitrogéniques (épinards, manioc, fèves de soja, et divers choux dont le brocoli et divers autres choux) induisent une diminution de la fonction thyroïdienne.
Les métaux lourds sont aussi cités: la taurine détoxifie les métaux lourds comme l’arsenic, le cadmium et le mercure, ce qui in fine augmente la demande en taurine.
Depuis 2023, la FDA a déclaré qu’en absence de nouvelles informations scientifiques concernant la CMD liée aux aliments, elle ne publierait plus de rapport sur le sujet.
Par conséquent, il est logique en cas de CMD de vérifier l’alimentation des animaux, à savoir l’alimentation actuelle et celle qui a été précédemment utilisée. La durée du régime sans céréale est liée au risque de CMD.
Les aliments sans céréales sont extrêmement populaires pour diverses raisons bien qu’ils ne correspondent à aucun besoin nutritionnel mais bien à une mode. Pour fabriquer une croquette, il est nécessaire d’utiliser de l’amidon pour le processus d’extrusion. Par conséquent, dans ces aliments, l’amidon des céréales a été remplacé par de l’amidon de tubercules (pomme de terre, patate douce, manioc) ou de légumineuses comme les pois fourragers, pois chiches et lentilles. Or, ce ne sont pas les mêmes amidons, par ailleurs les légumineuses contiennent également plus de fibres et même des facteurs antinutritionnels, nécessitant, en alimentation humaine, des trempages et des cuissons longues.
4. Recommandations nutritionnelles pratiques
Toute CMD diagnostiquée chez une race prédisposée nécessite la recherche d’une cause nutritionnelle par une anamnèse alimentaire complète et remontant à plusieurs mois, voire années.
Les régimes sans céréales contenant des légumineuses sont associés à la CMD. Le point clé n’est pas « sans céréales » mais bien le fait que les sources d’amidon classiques (riz, maïs, …) aient été remplacées par des légumineuses. Les pois et lentilles sont le plus souvent cités comme problématiques.
Par conséquent, les régimes végétariens et végans sont aussi à surveiller, surtout s’ils comportent une allégation « sans additifs ».
Lorsqu’une CMD d’origine nutritionnelle est suspectée, le dosage de la taurine est recommandé.
En prévention et sans étiologie clairement identifiée, il apparaît prudent de déconseiller l’utilisation des aliments sans céréales, pour les raisons évoquées ci-dessus. En outre, l’évitement de certains aliments est encore plus pertinent en cas d’ « allégations » de type « naturels » et/ou « sans additifs alimentaires » ; dans ce dernier cas, les additifs de type nutritionnels, à savoir les oligo-éléments, les vitamines et les acides aminés de synthèse sont aussi écartés, ce qui expose les animaux à un risque élevé de carences, certes avec des variations importantes de la sensibilité individuelle.
Se pose également la question de la complémentation systématique en taurine des aliments pour chiens. Il est d’ailleurs intéressant de noter que ces dernières années, plusieurs fabricants ont systématiquement ajouté de la taurine dans les gammes de croissance ou dans plusieurs aliments à objectifs nutritonnels.
Sources :
sur demande auprès de l’auteure
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Que doit-on retirer lors de tumeurs mammaires ?
Alonzier La Caille France
Vaulx-Milieu France
Les tumeurs mammaires sont le premier type de tumeur rencontré chez les chiennes non stérilisées et représentent une affection fréquente chez les chattes entières. La chirurgie est au cœur de leur prise en charge, mais, comme pour tout traitement oncologique, elle doit être planifiée en fonction de l’individu, du stade de la maladie, et des caractéristiques biologiques et clinique de la tumeur.
Rappels sur les tumeurs mammaires
Chez la chienne, les tumeurs mammaires regroupent une grande diversité de lésions bénignes et malignes. Environ la moitié sont malignes et, parmi les carcinomes, le potentiel métastatique varie fortement selon le sous-type et le grade histologique. Certaines tumeurs présentent un comportement très agressif alors que d’autres ont un potentiel métastatique faible (environ 50 % des carcinomes). La cytologie peut être utile pour exclure certaines lésions d’autres origines, mais elle ne permet généralement pas de déterminer précisément le type histologique ni le grade. Le comportement biologique d’une masse ne peut donc pas être prédit de façon fiable avant son exérèse et son analyse histologique.
Chez la chatte, la situation est différente : plus de 85 % des tumeurs mammaires sont malignes et présentent un potentiel d’invasion locale et de dissémination métastatique important, justifiant l’appellation de cancer mammaire. La cytologie possède une bonne valeur diagnostique et permet plus fréquemment de confirmer la malignité.
Que faire avant d’opérer ?
Le bilan d’extension
Les tumeurs mammaires métastasent par voie lymphatique et hématogène. Les principaux sites de métastases sont les nœuds lymphatiques régionaux et les poumons, suivis des organes abdominaux dont le foie. Des localisations osseuses ou neurologiques sont plus rares.
Chez la chienne, le bilan d’extension doit être adapté au risque individuel. La taille tumorale est un élément important : les tumeurs de moins de 1 cm sont beaucoup moins fréquemment de grade élevé que les tumeurs plus volumineuses. Pour une petite masse, à croissance lente, sans anomalie ganglionnaire ni signe clinique évocateur de malignité, trois radiographies thoraciques constituent généralement une première étape raisonnable. En revanche, lorsque la tumeur est volumineuse, augmente rapidement de taille, est ulcérée ou infiltrante, ou lorsqu’une adénopathie est palpable, un bilan plus complet est indiqué.
Le scanner thoraco-abdomino-pelvienne permet alors d’évaluer simultanément la présence de métastases, l’extension locale et le drainage lymphatique si une lymphographie est réalisée. Il est donc très intéressant avant une chirurgie complexe. Les nœuds lymphatiques anormaux doivent être évalués cytologiquement et, lorsque cela est indiqué, retirés.
Chez la chatte, compte tenu de la fréquence élevée des tumeurs malignes et de leur potentiel métastatique, un bilan d’extension complet doit être proposé d’emblée. Le scanner est particulièrement utile lorsque la tumeur est volumineuse, adhérente aux plans profonds ou difficilement mobilisable, afin d’évaluer son extension, sa résécabilité et pour planifier les marges. Une évaluation des nœuds lymphatiques doit également être faite.
Les nœuds lymphatiques et la place de la lymphographie
Le drainage lymphatique mammaire présente une grande variabilité individuelle. Chez la chienne, les mamelles crâniales drainent surtout vers les nœuds axillaires et les mamelles caudales vers les nœuds inguinaux superficiels, mais des drainages atypiques sont possibles. Des communications entre les deux chaînes mammaires existent et le drainage peut être modifié par la tumeur. La localisation de la tumeur ne permet donc pas toujours de déterminer avec certitude quel nœud doit être prélevé.
Chez la chatte, le drainage est plus constant et il n’a pas été démontré de communication directe entre les deux chaînes mammaires. Cependant, la présence d’une tumeur pourrait également modifier le drainage lymphatique.
Le concept de nœud lymphatique sentinelle repose sur l’identification du premier nœud drainant réellement la tumeur, qui n’est pas nécessairement le nœud lymphatique régional attendu sur la base de l’anatomie. Son identification permet d’améliorer le staging, de rechercher plus efficacement les métastases et d’éviter un retrait inutile de plusieurs nœuds.
Plusieurs techniques de lymphographie peuvent être utilisées :
Radiographique : simple et peu coûteuse, mais relativement longue et peu précise, notamment lorsque plusieurs voies de drainage existent.
Scanner : elle permet de visualiser précisément les voies de drainage et les nœuds sentinelles. Elle peut être réalisée dans le cadre du bilan d’extension et apporte une excellente résolution anatomique.
Colorants vitaux (bleu de méthylène ou bleu patenté) : ils peuvent faciliter l’identification peropératoire d’un nœud difficile à repérer. Leur utilisation seule est cependant moins efficace car ils ne permettent pas de visualiser le drainage profond à travers la peau.
Fluorescence proche infrarouge à l’indocyanine : cette technique permet une visualisation en temps réel des vaisseaux et des nœuds lymphatiques, y compris en transcutané. Chez le chien, les taux de détection sont très élevés et la visualisation du drainage apparaît quelques minutes après l’injection.
L’intérêt de ces techniques n’est pas de retirer systématiquement tous les nœuds susceptibles de drainer la tumeur, mais de mieux cibler le staging ganglionnaire. Elles peuvent ainsi permettre une chirurgie plus précise et limiter la morbidité associée aux lymphadénectomies inutiles.
Le traitement chirurgical
Combien faut-il retirer ?
Chez la chienne, l’étendue de l’exérèse est dictée par la taille, le nombre et la localisation des tumeurs, leur caractère infiltrant, la possibilité d’obtenir des marges saines et le drainage lymphatique. Il n’existe pas de preuve permettant de recommander une chirurgie radicale systématique pour toutes les tumeurs mammaires sur le plan du contrôle oncologie.
La chirurgie doit surtout permettre une exérèse complète de la tumeur, idéalement en bloc et sans rupture de la masse. Une chirurgie plus extensive n’est justifiée que si elle permet d’améliorer le contrôle local ou d’obtenir des marges saines.
En pratique :
Une nodulectomie est envisageable pour une très petite masse périphérique, bien délimitée, notamment lorsqu’elle est suspectée bénigne. Elle est moins appropriée pour une tumeur volumineuse, mal délimitée ou située profondément.
Une mastectomie simple est adaptée à une tumeur unique centrée dans une mamelle lorsqu’une exérèse complète avec des marges satisfaisantes est possible.
Une mastectomie régionale peut être proposée lorsque plusieurs mamelles contiguës sont atteintes, lorsqu’une tumeur est située entre deux mamelles ou lorsque son extension nécessite le retrait de plusieurs glandes. Elle permet d’éviter de réaliser une mastectomie radicale lorsque celle-ci n’apporte pas de bénéfice oncologique supplémentaire.
Une mastectomie unilatérale est indiquée en présence de tumeurs multiples ou volumineuses, d’une atteinte de M3 ou lorsque la distribution des lésions ne permet pas d’obtenir des marges satisfaisantes avec une chirurgie plus limitée.
La prévention de l’apparition ultérieure d’une nouvelle tumeur sur les mamelles restantes constitue un argument en faveur d’une chirurgie plus extensive dans certaines situations. Cependant, cela ne doit pas conduire à réaliser une chirurgie inutilement mutilante. L’objectif prioritaire reste le contrôle de la maladie présente lors de l’intervention.
Les marges latérales recommandées sont d’environ 2 cm lorsque cela est anatomiquement possible. En profondeur, le fascia abdominal constitue généralement le plan profond d’exérèse. En cas d’adhérence ou d’invasion du fascia, celui-ci doit être inclus dans la pièce, avec le muscle si nécessaire. L’analyse histologique des marges est essentielle pour confirmer la qualité de l’exérèse.
Le traitement des nœuds lymphatiques doit être raisonné de la même manière. Les nœuds augmentés de taille ou cytologiquement suspects doivent être retirés. Si le drainage lymphatique est évalué, le nœud sentinelle doit être retiré pour déterminer le statut métastatique régional car il constitue un élément pronostique majeur et peut modifier la décision concernant les traitements adjuvants.
En cas de métastases systémiques, l’intérêt d’une chirurgie très extensive est plus discutable. Si la tumeur provoque une douleur, une ulcération, des saignements ou une gêne fonctionnelle, une chirurgie palliative peut être indiquée. En revanche, une chirurgie lourde à visée curative est généralement déconseillée en cas de maladie métastatique importante. Le carcinome inflammatoire constitue une contre-indication à une chirurgie à visée curative à cause de son caractère infiltrant et de son fort potentiel métastatique.
Chez la chatte, le comportement beaucoup plus agressif des tumeurs mammaires justifie une approche différente. Une mastectomie radicale unilatérale ou bilatérale est recommandée, associée à un retrait des nœuds lymphatiques régionaux. La chirurgie bilatérale permet de contrôler les deux chaînes mammaires et semble associée à un meilleur contrôle de la maladie. Elle est toutefois plus risquée.
Lorsque les deux chaînes sont retirées chez une chienne ou une chatte, un délai de 3 à 6 semaines entre les interventions est préférable pour limiter les complications de plaie et la douleur postopératoire.
Faut-il faire une stérilisation adjuvante ?
Chez la chienne, l’intérêt d’une ovariectomie ou ovariohystérectomie concomitante à la chirurgie mammaire reste discuté. Certaines études suggèrent une diminution du risque de récidive ou un bénéfice de survie dans certains sous-groupes, notamment pour des tumeurs de grade intermédiaire et potentiellement hormono-dépendantes, alors que d’autres ne retrouvent pas de bénéfice clair sur la survie globale.
La stérilisation peut donc être proposée au propriétaire et discutée au cas par cas en fonction de l’âge, du statut reproducteur, du risque anesthésique et des caractéristiques tumorales. Elle semble particulièrement intéressante lorsque la chienne présente d’autres indications de stérilisation.
Chez la chatte, aucune étude solide ne permet de quantifier précisément le bénéfice d’une stérilisation concomitante. Elle peut néanmoins être proposée, notamment afin d’éviter le recours aux progestatifs.
Place de la chirurgie dans la prise en charge globale
La chimiothérapie adjuvante, pour qui ?
Chez la chienne, l’intérêt de la chimiothérapie adjuvante est controversé. Les études disponibles ne démontrent pas de bénéfice systématique, mais les populations étudiées sont très hétérogènes. Elle peut être discutée chez les chiennes présentant des carcinomes à haut risque métastatique, un grade élevé ou une atteinte ganglionnaire. La décision doit intégrer l’ensemble des facteurs pronostiques : type histologique, grade, taille, index mitotique, invasion lymphovasculaire et statut ganglionnaire.
Chez la chatte, le risque métastatique élevé justifie une discussion plus systématique de la chimiothérapie adjuvante, notamment en présence de facteurs pronostiques défavorables.
Que faire lorsque la tumeur n’est pas opérable ?
Un carcinome inflammatoire ou une tumeur localement très extensive peuvent être non résécables. Dans ces situations, une chirurgie mutilante n’apporte pas de bénéfice et peut dégrader la qualité de vie.
Pour les tumeurs non inflammatoires non résécables ou avec des métastases à distance, une prise en charge palliative doit être privilégiée. Une chimiothérapie peut être proposée lorsque la maladie métastatique ou la progression locale le justifient. Une chimiothérapie métronomique ou un traitement ciblé tel que le toceranib peuvent également être discutés dans certaines situations, en gardant à l’esprit que les taux de réponse restent généralement limités.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Que faire quand les extractions ne suffisent pas ?
Chenove France
Proceeding
AFVAC Lille 2026
Gingivostomatite chronique féline : quel consensus ?
Que faire quand les extractions ne suffisent pas?
Serge Becquevort – Clinique Ducs de Bourgogne
Contexte
La gingivostomatite chronique féline (GCF, feline chronic gingivostomatitis, FCGS) est une inflammation buccale sévère, douloureuse et invalidante, caractérisée par une atteinte de la muqueuse alvéolaire et caudale (palatoglosse). Son origine est considérée comme un dérèglement immunitaire, probablement entretenu par une stimulation antigénique chronique de la plaque dentaire, du calicivirus félin (FCV) et d'autres agents infectieux.
Le traitement de première intention reconnu par la majorité des études est l'extraction dentaire (extraction des prémolaires et molaires, ou extraction totale). 30% des cas ne répondent pas de façon satisfaisante à ce traitement chirurgical et sont considérés comme des cas réfractaires, nécessitant une prise en charge médicale complémentaire.
Définition d'un cas réfractaire et mesure préalable
Un cas est généralement qualifié de réfractaire lorsque les signes cliniques (inflammation, douleur, dysphagie, perte de poids) persistent malgré une extraction dentaire complète ou quasi complète (extraction subtotale ou totale), réalisée depuis au moins 2 à 3 mois, en l'absence de dents ou racines résiduelles à l'imagerie.
La première étape sera donc d’extraire les dents préservées (canines et incisives) et de verifier par un examen radiologique l’absence de racines, fragments de racines, séquestres osseux…
Facteurs pronostiques
Plusieurs études identifient des facteurs associés à une moins bonne réponse à l'extraction :
Statut FeLV positif : risque de non-amélioration multiplié par environ 7,5 par rapport aux chats non infectés ou FIV positifs (Silva et al., 2021).
Coinfection par le calicivirus félin (FCV) et par le feline foamy virus (rétrovirus non pathogène) : associée à une moindre efficacité de l'extraction (Soltero-Rivera et al., 2023).
Sévérité et étendue des lésions caudales au moment du diagnostic
Ces éléments plaident pour une approche personnalisée de la GCF réfractaire, fondée sur le statut viral et des biomarqueurs immunologiques du patient.
Options thérapeutiques pour les cas réfractaires
Anticorps monoclonaux
Ils sont utiles à mettre en place en cothérapie postopératoire antiinflammatoire avant d’arriver au stade catalogue comme réfractaire. Dans le cas où ils n’ont pas été intégrés et évalués, il est utile de les intégrer dans la prise en charge des cas réfractaire comme dans les situations d’emblé très inflammatoires
Immunosuppresseurs classiques
Les glucocorticoïdes restent utilisés en traitement symptomatique de courte durée (dégressif), mais leurs résultats à long terme sont modestes : rémission clinique dans environ 7 % des cas, amélioration marquée ou guérison dans environ 23 % (Soltero-Rivera et al., 2023). Leur usage prolongé est limité par les effets secondaires (diabète sucré notamment).
La ciclosporine montre de meilleurs résultats dans les essais contrôlés : amélioration chez 77,8 % des chats traités contre 14,3 % sous placebo, avec un taux de rémission clinique d'environ 45,5 % après plus de trois mois de traitement, à condition de maintenir des concentrations sanguines résiduelles supérieures à 300 ng/ml (Winer et al., 2016 ; Soltero-Rivera et al., 2023).
Interféron oméga félin recombinant (rFeIFN-ω)
L'interféron oméga félin, immunomodulateur disponible en Europe (non commercialisé aux États-Unis), a été évalué en injection sous-cutanée ou par voie orale/locale. Les résultats varient selon les études : de 45 % (versus 23 % pour la prednisolone) à jusqu'à 55 % de « rémission clinique à amélioration modérée » selon les revues les plus récentes, avec une efficacité rapportée y compris chez des chats positifs au FCV ou aux rétrovirus (Southerden & Gorrel, 2007 ; Winer et al., 2016 ; Soltero-Rivera et al., 2023).
Thérapie par cellules souches mésenchymateuses (MSC)
Il s'agit de l'axe de recherche le plus actif des dernières années pour les GCF réellement réfractaires (chats déjà édentés, non répondeurs aux immunomodulateurs classiques).
MSC adipeuses autologues et allogéniques (équipe Arzi/UC Davis) : administrées par voie intraveineuse (deux injections à environ 30 jours d'intervalle), elles produisent une amélioration ou une rémission chez 57 % (allogéniques) à 71 % (autologues) des chats traités selon les séries initiales, avec un mécanisme d'action immunomodulateur (réduction des lymphocytes T cytotoxiques circulants, normalisation des ratios de populations immunitaires).
Une étude multicentrique (Arzi et al., 2020, Stem Cell Research & Therapy) confirme la faisabilité en pratique clinique élargie.
Le suivi à long terme (2 à 9 ans) rapporté par Soltero-Rivera et al. (2023, Frontiers in Veterinary Science) montre une réponse positive chez 65,5 % des chats, avec une réduction moyenne de 83 % de la sévérité clinique chez les répondeurs à long terme ; des réactions transfusionnelles transitoires sont observées chez environ un tiers des animaux, sans effet indésirable grave rapporté.
Plus récemment, des MSC d'origine utérine allogénique (Williams et al., 2026, Journal of Feline Medicine and Surgery) ont été testées spécifiquement chez des chats réfractaires : sur 35 chats suivis un an, aucun effet indésirable grave, 69 % de prise de poids, et 66 % des chats n'ont pas eu besoin de reprendre un traitement immunosuppresseur après la thérapie cellulaire.
Antiviraux directs (molnupiravir, famciclovir/penciclovir)
C'est un axe récent (2025-2026) de la recherche sur la GCF, motivé par la présence du calicivirus félin (FCV) comme facteur associé aux formes réfractaires, et par l'essor du molnupiravir en médecine féline depuis son utilisation contre la péritonite infectieuse féline (PIF).
À ce stade (août 2026), le molnupiravir dispose de données cliniques félines naissantes mais encore limitées (une étude MDPI en libre accès sur 52 cas, un résumé de congrès non publié in extenso sur 8 cas) ; le famciclovir/penciclovir n'a pas de preuve publiée spécifique à la GCF, seulement des données herpès-spécifiques extrapolées. Ces approches sont prometteuses mais doivent être considérées comme émergentes, en l'absence d'essai randomisé contrôlé de grande envergure publié dans les revues de référence (JFMS, JAVMA, Journal of Veterinary Dentistry).
Approches adjuvantes et soins de support
Analgésie multimodale (buprénorphine, gabapentine, amantadine, AINS) : recommandée à tous les stades de la maladie, y compris en association avec les traitements ci-dessus, car la douleur chronique est un axe de prise en charge à part entière.
Un suivi par biopsie est recommandé en cas d'inflammation proliférative persistante, une association rare mais documentée avec un carcinome épidermoïde oral ayant été rapportée (Tsugawa et al., 2025).
Perspectives
Les auteurs les plus récents (Soltero-Rivera, Arzi et coll., UC Davis) plaident pour :
une standardisation des critères de réponse (score semi-quantitatif validé, durée de suivi minimale) afin de rendre les études comparables ;
un traitement personnalisé intégrant le statut rétroviral (FeLV/FIV), la charge en calicivirus et des biomarqueurs immunologiques (profil lymphocytaire T CD4/CD8) pour orienter le choix thérapeutique ;
le développement de la thérapie cellulaire comme option de recours structurée pour les cas véritablement réfractaires, y compris en association précoce avec l'extraction dentaire plutôt qu'en dernier recours.
L’émergence des antiviraux
Conclusion
Pour les cas de GCF réfractaires à l'extraction dentaire, la littérature récente converge vers une hiérarchie thérapeutique : optimisation de l'analgésie et exclusion de restes dentaires/racines en premier lieu, puis essai d'un immunomodulateur classique (interféron oméga selon disponibilité, ciclosporine), et en cas d'échec, orientation vers une thérapie par cellules souches mésenchymateuses (adipeuses ou, plus récemment, utérines), actuellement l'option la mieux documentée pour les formes les plus sévères et résistantes. Les corticoïdes gardent une place ponctuelle, symptomatique, mais ne sont pas recommandés comme une solution de fond.
L’usage des antiviraux n’est pas encore étayé pas des publications mais sont une piste complémentaire à suivre
Sources
Soltero-Rivera M, Goldschmidt S, Arzi B. Feline chronic gingivostomatitis: current concepts in clinical management.Journal of Feline Medicine and Surgery (SAGE), 2023 — texte intégral libre (PMC) / SAGE Journals
• Philippe R. Hennet, Docteur Vétérinaire, DipAVDC, DipEVDC%,*, Guy A.L. Camy, Docteur Vétérinaire?, David M. McGahie, BVMS BSc(Hons)', and Maxime V. Albouy. Comparative efficacy of a recombinant feline interferon omega in refractory cases of calicivirus-positive cats with caudal stomatitis: A randomised, multi-centre, controlled, double-blind study in 39 cats Journal of Feline Medicine and Surgery Volume 13, Issue 8, August 2011, Pages 577-587
• Boaz Arzi!2*T, Santiago Peralta'*, Nadine Fiani®, Natalia Vapniarsky24, Nopmanee Taechangam ?4, Ubaldo Delatorre24, Kaitlin C. Clark?A, Naomi J. Walker?4, Megan R. Loscar, Milinda J. Lommer! 6, Amy Fulton',6, Jean Battig' and Dori L. Borjesson 24. A multicenter experience using adipose-Check for updates derived mesenchymal stem cell therapy for cats with chronic, non-responsive gingivostomatitis – stem cell research and therappy – 13 mars 2020 – volume 11 (2020)
• Lommer MJ Efficacy of cyclosporine for chronic refractory stomatitis in cats : A randomized, placebo controlled, double blinded clinical study. Journal of veterinary dentistry 2013 ; 30(1) : 8-17.
Silva M, Fernandes M, Fialho M, Mestrinho L. A Case Series Analysis of Dental Extractions' Outcome in Cats with Chronic Gingivostomatitis Carrying Retroviral Disease. Animals (MDPI), 2021
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Que faut-il faire après ?
Montpellier Et Toulouse France
Introduction Le traitement conservateur (ou médical) de la hernie discale extrusive thoracolombaire (HD TL) repose sur l'analgésie, l’adaptation de l’activité, la surveillance des fonctions émonctoires et du statut neurologique. Le traitement conservateur reste une option pour tous les grades de sévérité en l'absence de possibilité chirurgicale (comorbidité limitant l’anesthésie, refus ou contraintes financières du propriétaire). Le risque de récidive sous traitement médical (15 à 66 % selon les études) demeure nettement supérieur à celui observé après chirurgie.
I. Activité physique : restriction à court et long terme, et physiothérapie
1.1 Le repos et la restriction d'activité : que dit la littérature ?
La restriction d'activité (« cagéothérapie ») est un pilier historique du traitement conservateur, dont l'objectif est de favoriser la cicatrisation de l'anneau fibreux et de limiter le risque de nouvelle extrusion discale. Le consensus de l’ACVIM 2022 recommande une période d’au moins 4 semaines de restriction d’activité (box ou petite pièce sans mobilier), sans marche en liberté, sans sauts ni accès aux escaliers, les sorties étant limitées à la miction/défécation en laisse. Cependant, le niveau de preuve soutenant cette recommandation est qualifié de faible: aucune étude ne relie directement le degré de restriction à l'issue clinique, et une série rétrospective portant sur 223 chiens n'a trouvé aucune association entre la durée de restriction d'activité (0 à plus de 4 sem) et le devenir clinique. Les échecs de traitement sont souvent attribués à une restriction insuffisante, mais aucune publication ne documente ce lien de façon rigoureuse.
1.2. Le repos strict est-il toujours bénéfique pour le disque ?
Le disque intervertébral est un tissu avasculaire: les cellules du noyau pulpeux et de l'anneau fibreux interne dépendent de la diffusion de nutriments et de l'élimination des déchets métaboliques à travers les plateaux cartilagineux, un processus favorisé par les cycles de charge et de décharge mécanique induits par le mouvement. Une immobilisation totale et prolongée limiterait donc, en théorie, les échanges nutritifs du disque, tout en favorisant l'amyotrophie, la raideur articulaire et les complications de décubitus, alors qu'une charge mécanique excessive ou mal contrôlée reste délétère pour un anneau fibreux fragilisé. Cette dualité explique pourquoi les recommandations actuelles ne positionnent plus le repos strict et la rééducation comme deux options concurrentes, mais comme deux composantes complémentaires du traitement conservateur : la restriction d'activité concerne les mouvements non contrôlés du rachis (sauts, courses, escaliers), tandis que des exercices de mobilisation contrôlée sont encouragés en parallèle dès que la douleur le permet. Le consensus ACVIM le formule explicitement : la restriction d'activité ne signifie pas l'absence d'exercices de rééducation.
1.3 Physiothérapie et rééducation fonctionnelle
Utilité et niveau de preuve La physiothérapie est de plus en plus intégrée à la prise en charge de la HD, essentiellement documentée en contexte postopératoire mais transposable, pour sa composante de base, au traitement conservateur. Deux essais randomisés contrôlés montrent qu'un protocole de rééducation intensive et encadrée (10 à 14 jours d'hospitalisation) n'améliore pas la récupération de la marche par rapport à un protocole de base (mobilisations passives et marche assistée) chez les chiens présentant des lésions incomplètes. Chez les chiens paraplégiques sans nociception profonde (DPN), en revanche, une rééducation plus précoce (environ 1 semaine contre 3 semaines) pourrait améliorer les chances de récupération de la marche. Au-delà de l'effet locomoteur, la rééducation est associée à une perte de poids et à un gain de masse musculaire, avec un bénéfice global sur la mobilité et le bien-être de l'animal, indépendamment de la récupération neurologique stricto sensu.
Recommandation du consensus : des exercices de base (mobilisations passives, marche assistée) sont recommandés comme composante standard de tous les chiens atteints de HD, quelle que soit la sévérité, indépendamment de leur effet démontré sur la vitesse de récupération. [1]
Quand commencer (Tableau 1) En postopératoire, la rééducation peut être débutée en toute sécurité dès 24 heures après la chirurgie sans majoration de la douleur ou du risque neurologique. En traitement conservateur pur, les exercices de base (mobilisations passives, massages) peuvent être introduits dès que la douleur aiguë est contrôlée, en parallèle de la période de restriction d'activité de 4 semaines. L'hydrothérapie est en général différée de quelques jours le temps de s'assurer de la stabilité du patient et, en cas de chirurgie, de la protection de la plaie.
Chez les chiens paraplégiques sans nociception profonde, une étude suggère qu'une initiation plus précoce (autour d'une semaine plutôt que trois) pourrait être associée à une meilleure probabilité de récupération de la marche, bien que l'évidence reste de niveau modéré.
Un protocole de base réalisable sans matériel spécialisé associe mobilisations passives, massages, mise en position debout et marche assistée ; il peut être enrichi progressivement (électrostimulation neuromusculaire, hydrothérapie, exercices proprioceptifs) selon l'évolution neurologique. La fréquence rapportée varie de 1 à 3 séances par jour en hospitalisation, 1 à 3 séances par semaine en externe, et jusqu'à 5 fois par jour pour les exercices réalisés à domicile.
II. Prise en charge de l'incontinence urinaire
2.1 Rappel physiopathologique : vessie MNC versus vessie MNP
La miction résulte d'un équilibre entre la phase de remplissage (sous contrôle du système nerveux autonome sympathique permettant de maintenir les sphincters lisses fermés et la distension de la vessie) et la phase mictionnelle (sous contrôle du système nerveux autonome parasympathique permettant la contraction du détrusor et le relâchement sphinctérien), coordonné par les centres sacrés (S1-S3) et les voies supraspinales. Une lésion médullaire interrompt cette coordination différemment selon sa localisation :
- Vessie de type motoneurone central (MNC) : lésion supra-sacrée (typiquement thoraco-lombaire, T3-L3). L'arc réflexe sacré reste intact mais l'inhibition et la coordination volontaires sont perdues, entraînant une hypertonie des sphincters lisse et strié. La vessie se distend, devient difficile à vidanger manuellement, avec un résidu post-mictionnel élevé.
- Vessie de type motoneurone périphérique (MNP) : lésion médullaire sacrée ou de la queue de cheval affectant les nerfs pelvien et honteux. L'arc réflexe est interrompu : la vessie est atone, hypotonique, facilement vidangeable, avec perte du tonus sphinctérien externe. Le risque principal est la stase urinaire prolongée et l'infection urinaire ascendante.
Une distension vésicale prolongée, quel qu'en soit le mécanisme initial, peut endommager les jonctions du détrusor et conduire à une atonie secondaire possiblement irréversible, ce qui justifie une prise en charge précoce et une surveillance systématique de la vidange vésicale.
2.2 Prise en charge en hospitalisation de la rétention urinaire
Trois techniques d'évacuation vésicale sont utilisées en hospitalisation : l'expression manuelle (« taxis »), le sondage à demeure et le sondage itératif (intermittent). Leur efficacité et leurs risques respectifs ont été comparés dans un essai randomisé contrôlé mené chez 62 chiens opérés pour hernie discale thoraco-lombaire avec dysfonction vésicale. L'expression manuelle (taxis) est simple et non invasive mais incomplète (~50 % du volume vésical), difficile en cas d'hypertonie sphinctérienne, avec un délai moyen jusqu'à la miction volontaire de 4,2 j et 16 % d'ITU. Le sondage à demeure vidange efficacement avec peu de travail pour le personnel, mais le risque d'ITU augmente de 1,5×/jour d'hospitalisation et retarde la détection du retour de la miction volontaire : délai le plus long (7,4 j) et ITU fréquente (32 %). Le sondage itératif permet une évaluation directe et répétée de la miction, sans corps étranger permanent, au prix d'un temps de personnel important et d'un inconfort répété (plus difficile chez la chienne) ; il donne le délai le plus court (4,9 j) et le taux d'ITU le plus bas (8 %), sur un échantillon toutefois réduit.
Le résultat majeur de cette étude est que surtout la durée totale de gestion de la rétention urinaire prédit le risque d'ITU (risque x par 1,5 par j supplémentaire, soit environ 4 x plus élevé au 4?j et 17 x plus élevé au 7?-8?j de traitement par rapport au jour 0). Les auteurs recommandent donc de retirer une sonde à demeure dès 4-5 jours pour réévaluer la miction volontaire, plutôt que d'attendre un signe moteur franc. Ce résultat est cohérent avec le consensus ACVIM 2022, qui recommande de limiter autant que possible la durée du sondage à demeure et de choisir la technique en fonction du confort de l'animal, de la facilité de mise en œuvre et du coût, plutôt que du seul risque infectieux.
2.3 Traitement médical selon le type de vessie
Le traitement pharmacologique de l'incontinence urinaire fait appel à des classes médicamenteuses différentes, résumées dans le tableau 2 suivant d'après le consensus ACVIM 2024 sur l'incontinence urinaire et selon la disponibilité en France.
Le traitement de la vessie MNC débute classiquement par un α-antagoniste seul avec un myorelaxant strié (+/- benzodiazepine: diazépam en première intention). Le béthanéchol n'est indiqué qu'en cas d'atonie du détrusor authentifiée par un résidu post-mictionnel élevé associé à une résistance urétrale déjà abaissée (vessie facilement videngeable); administré à tort chez un chien à vessie MNC (sphincter encore tonique), il expose à une majoration de la pression intravésicale sans bénéfice. Le béthanéchol reste surtout documentée pour l'atonie vésicale chronique. Aucune antibiothérapie prophylactique systématique n'est recommandée : le diagnostic d'infection urinaire doit être confirmé par culture quantitative avant tout traitement antibiotique, la simple bactériurie asymptomatique ne justifiant pas d'antibiothérapie.
III. Gestion de la douleur (tableau 2)
La douleur associée à la HD combine une composante nociceptive (liée à la compression et à l'inflammation péri médullaire) et, pour une proportion de chiens, une composante neuropathique liée à la lésion des voies somesthésiques. La persistance d'une douleur nécessitant une analgésie au-delà de la période initiale recommandée (5-7 jours), malgré une restriction d'activité correctement appliquée, doit faire reconsidérer l'indication chirurgicale.
Le paracétamol peut aussi être cité bien qu’il n’y ait pas de preuve solide à ce jour de son efficacité chez le chien (10–15 mg/kg PO q8–12h). Il est formellement interdit chez le chat. Concernant le tramadol, le consensus ne le recommande pas en première ligne.
Conclusion Le traitement conservateur de la hernie discale extrusive repose sur un équilibre entre restriction raisonnée de l'activité et maintien d'une mobilisation contrôlée, gestion de la fonction vésicale, et analgésie.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Quel consensus pour la stérilisation des lapins ?
Maisons-Alfort France
Quel consensus pour la stérilisation des lapins ?
Charly Pignon, DV, Dip ECZM (Small Mammal)
IR PH en Médecine Zoologique
Service NAC d’Alfort
Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort
7 Avenue du Général de Gaulle
94700 Maisons-Alfort
La stérilisation du lapin de compagnie non destiné à la reproduction fait aujourd’hui l’objet d’un consensus pratique relativement clair. Chez la lapine, la stérilisation est fortement recommandée en médecine préventive, car elle permet de prévenir des affections utérines fréquentes, notamment l’adénocarcinome endométrial, et d’éviter les gestations non désirées [1,2]. Chez le mâle, la castration est le plus souvent recommandée pour prévenir la reproduction, faciliter la cohabitation et limiter certains comportements sexuellement influencés, même si son bénéfice médical direct est moins marqué que chez la femelle [1,3].
Chez la lapine, la justification médicale de la stérilisation est majeure. Une étude rétrospective portant sur 1 928 échantillons utérins de lapines a montré que les lésions histologiques les plus fréquemment identifiées étaient l’adénocarcinome endométrial, retrouvé dans 53,7 % des cas, et l’hyperplasie endométriale, retrouvée dans 43,7 % des cas [2]. Dans cette même étude, l’augmentation de l’âge au moment de l’ovariohystérectomie était associée à une augmentation de la probabilité d’adénocarcinome endométrial, ce qui soutient l’intérêt d’une intervention avant l’âge de 2 ans comme mesure préventive importante [2]. Cependant, ces résultats doivent être interprétés avec prudence, car ils concernent une population d’utérus soumis à analyse histologique et non l’ensemble des lapines de compagnie, mais ils confirment la prévalence des affections utérines dans cette espèce [2]. En pratique, la stérilisation de la lapine ne doit donc pas être présentée comme une simple mesure de convenance, mais comme une véritable stratégie de prévention médicale [1,2].
Chez le lapin mâle, la décision de castration doit être expliquée différemment au propriétaire. Le bénéfice principal est la prévention de la reproduction et l’amélioration de la gestion sociale, en particulier lors d’une cohabitation avec un autre mâle ou dans un contexte de vie en groupe [1,3]. La castration peut également réduire certains comportements sexuellement motivés, comme les montes, le marquage urinaire ou une partie des comportements territoriaux, sans pour autant garantir leur disparition complète [1,3]. Il faut rappeler qu’un mâle récemment castré ne doit pas être considéré comme immédiatement infertile, puisqu’un délai d’environ quatre semaines après la chirurgie est nécessaire avant de le considérer comme tel [3].
Le choix de la modalité de stérilisation repose d’abord sur l’objectif recherché. Chez la lapine, l’ovariohystérectomie constitue la technique de référence, car elle associe l’infertilité à l’exérèse de l’utérus, organe siège des principales lésions que l’on cherche justement à prévenir [1]. Une ovariectomie seule rendrait l’animal infertile, mais laisserait en place l’utérus et donc le risque de pathologie utérine, ce qui limite son intérêt en prévention chez cette espèce. Chez le mâle, l’orchidectomie bilatérale est la méthode de référence lorsque l’objectif est définitif. Elle est fiable, accessible en pratique courante, et répond aux objectifs de prévention de la reproduction et de gestion de la cohabitation.
La stérilisation médicale ne peut pas être considérée, à l’heure actuelle, comme une véritable alternative standard à la chirurgie chez le lapin. Chez le mâle, une étude expérimentale sur l’implant de desloréline à libération prolongée n’a pas montré de suppression hormonale ni de diminution de la spermatogenèse au cours des 90 jours suivant l’implantation [4]. Un cas clinique isolé a rapporté un contrôle de fertilité à l’aide d’un implant de desloréline, mais ce faible niveau de preuve ne permet pas de recommander cette option en routine [5]. Chez la femelle, une contraception médicale ne supprime pas l’utérus et n’apporte donc pas le bénéfice préventif recherché vis-à-vis des maladies utérines ; elle ne doit pas être présentée comme équivalente à une ovariohystérectomie préventive [1,2].
L’âge de la stérilisation doit être raisonné à l’échelle de l’individu. Les recommandations professionnelles situent généralement la stérilisation peu après la maturité sexuelle, qui survient en règle générale entre 4 et 6 mois, plus tardivement chez les races géantes [1]. En pratique, chez le mâle, la castration peut être envisagée après la descente testiculaire, souvent à partir de 3 à 4 mois [3]. Chez la femelle, une intervention autour de 5 à 6 mois est couramment retenue afin de combiner des conditions chirurgicales satisfaisantes et un objectif de prévention précoce [1,3]. Il n’existe pas d’âge limite universel. Chez un lapin plus âgé, la décision doit reposer sur l’évaluation clinique, le risque anesthésique, l’état nutritionnel, la présence éventuelle d’une affection concomitante et le bénéfice attendu [2].
La balance bénéfice-risque doit être explicitement discutée avec le propriétaire. Chez la lapine, les bénéfices sont importants, car la chirurgie permet de prévenir la reproduction, le pyomètre, les pathologies ovariennes et surtout les lésions utérines prolifératives et néoplasiques [1,2]. Chez le mâle, les bénéfices concernent surtout la prévention des portées non désirées et une meilleure compatibilité sociale [1,3]. En contrepartie, il s’agit d’actes chirurgicaux nécessitant une anesthésie générale, avec les risques habituels de douleur, d’hémorragie, de complication de plaie et, chez le lapin, de ralentissement du transit ou de stase gastro-intestinale postopératoire [6]. Ce risque digestif impose une prise en charge rigoureuse, fondée sur l’absence de jeûne prolongé, une analgésie multimodale, la prévention de l’hypothermie, une reprise alimentaire précoce et une surveillance attentive du retour à l’appétit et de l’émission de selles.
En pratique, le message à transmettre au propriétaire doit être simple. Chez la lapine de compagnie non destinée à la reproduction, la stérilisation chirurgicale est généralement recommandée pour des raisons médicales solides, et pas seulement pour éviter une gestation [1,2]. Chez le lapin mâle, la castration est surtout recommandée pour prévenir la reproduction et faciliter la cohabitation, avec un bénéfice médical direct plus limité [1,3]. La stérilisation chimique ne doit pas être proposée comme équivalente à la chirurgie en routine [4,5]. Enfin, l’indication, le moment optimal et la technique doivent toujours être adaptés au statut clinique de l’animal, au sexe, au mode de vie et à l’objectif poursuivi.
Références bibliographiques
[1] BSAVA. Neutering of Dogs, Cats, Rabbits and Ferrets. Position statement. 2025. Consultable sur : https://www.bsava.com/position-statement/neutering-of-dogs-cats-rabbits-and-ferrets/. Dernier accès le 31 août 2026.
[2] Kelleher SA et coll. Assessment of reported uterine lesions diagnosed histologically in domestic rabbits. J Am Vet Med Assoc. 2020 ; 257 : 1334-1341.
[3] Harcourt-Brown F. The rabbit consultation and clinical techniques. In Practice. 2009 ; 31 : 344-354.
[4] Goericke-Pesch S et coll. The effects of a slow release GnRH agonist implant on male rabbits. Anim Reprod Sci. 2015 ; 153 : 83-90.
[5] Arlt S et coll. Fertility control in a male rabbit using a deslorelin implant. A case report. World Rabbit Sci. 2010 ; 18 : 235-239.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Quelle alimentation recommander ?
Liege Belgique
Maladie valvulaire dégénérative mitrale : entre consensus thérapeutique et suivi au quotidien
Quelle alimentation recommander ?
M. Diez –
Le propos sera limité aux cas de maladie valvulaire dégénérative mitrale. La cardiomyopathie dilatée liée aux aliments fait l’objet d’un autre résumé.
Le chien – Maladie valvulaire dégénérative mitrale (MMVD)
C’est la principale maladie cardio-vasculaire du chien. On peut distinguer des recommandations alimentaires générales (systématiquement d’application) et des recommandations plus précises en fonction de la détérioration de la fonction cardiaque menant au stade de décompensation (Tableau 1).
Concernant le poids corporel (PC), dans les stades précoces, il est conseillé de le réduire chez les animaux en surpoids sévères (BCS de 8 ou 9), mais de façon très lente (0,5 à 1% de perte du PC initial par semaine) et en utilisant des aliments spécifiques et surtout bien appétés. Les carences protéiques sont en effet délétères à long terme à la fonction du muscle cardiaque. Dans les autres cas, le but est de prévenir la cachexie.
Lors de cachexie cardiaque, inversement, on va mettre en œuvre des mesures d’augmentation de l’appétit et de la palatabilité : respecter une transition alimentaire, réchauffer la nourriture (au maximum à la température corporelle, mélanger des aliments secs et humides, tester différents aliments, ..) de façon à lutter contre l’anorexie. On pratique également un suivi étroit du PC de façon à réagir le plus vite possible.
Il n’existe pas de consensus sur les apports en protéines qui doivent être « adéquats ». Concrètement, les aliments formulés pour le support de la fonction cardiaque contiennent des taux très variables de protéines (Tableau 2).
La restriction sodée doit être modérée mais elle est néanmoins chiffrée. Cependant, elle ne doit pas diminuer l’appétit de l’animal. Si elle est relativement bien acceptée via les aliments à objectifs nutritionnels, les pratiques alimentaires des maîtres posent souvent problèmes : ajout de restes de tables, d’aliments utilisés pour la prise de médicaments (dont les fromages et charcuteries), de friandises ou de petits compléments (pain, ..). Ce dernier point doit faire l’objet d’une attention et d’une prévention particulière. Il en va de même pour les apports en potassium et magnésium via le suivi des dosages sanguins. L’utilisation de certains diurétiques favorise les fuites de potassium, mais aussi de vitamines hydrosolubles.
Pour les apports en acides gras oméga 3, une étude clinique menée chez le chien (28 atteints de maladie cardiaque versus 5 placebo) a montré qu’une complémentation en EPA+DHA (45 mg/kg/jour) était une stratégie anti-cytokines efficace pour lutter contre la cachexie (Freeman et al., 1998). Notons que la dose est très élevée, 5 fois plus élevée que dans certains compléments sur le marché (par exemple, dosage à 9 mg/kg). Par ailleurs, des études antérieures de reperfusion cardiaque menées chez le chien utilisé comme modèle expérimental d’infarctus du myocarde vont dans le même sens.
La recommandation énergétique de 60 kcal est très élevée et bien supérieure aux besoins individuels calculés pour des chiens ayant une activité modérée ; la différence est très marquée au-delà de 10 kg de PC, ce qui la rend très compliquée, voire impossible à respecter. Dès lors, le suivi du PC et du score corporel serviront d’indicateurs individuels.
Notons également qu’en raison de sa teneur élevée en lipides, un aliment cardiaque n’est pas adapté pour les chiens soufrant de pancréatite chronique, d’allergie alimentaire ou d’autres pathologies comme la maladie rénale chronique. Dans ces cas particuliers, de plus en plus fréquents, la formulation d’une ration ménagère est envisagée, en tenant compte des diverses contraintes individuelles des animaux et des maîtres.
Enfin, des études récentes semblent indiquer que plusieurs nutriments auraient des effets synergiques et protecteurs permettant de retarder l’évolution de la maladie cardiaque ; il s’agit des acides gras oméga 3, les triglycérides à chaînes moyennes (MCT), de la vitamine E, de certains acides aminés et du magnésium. A l’exception des MCT, tous les aliments de bonne qualité contiennent ces nutriments.
Le chat
Etant donné la complexité et la difficulté de classer les cardiomyopathies chez le chat, les seuls points d’attention sont présentés.
Chez les animaux atteints de cardiomyopathie dilatée, un historique alimentaire complet sera réalisé afin de déterminer si la taurine est présente dans l’alimentation en quantité suffisante. Si un dosage confirme une carence, une complémentation en taurine ou un changement d’aliment est conseillé. En cas de doute, une complémentation en taurine est relativement sans risque (250 mg per os, 2x/jour), aucune toxicité n’ayant été démontrée (NRC 2006). Le risque de voir augmenter ce type de cardiomyopathie est lié à la demande et/ou l’utilisation croissante d’aliments végétariens (sans protéines animales), voire « vegan ». Notons que le véganisme est un choix de vie des maîtres et non un type d’aliment adapté pour le chat.
En cas de décompensation cardiaque, les mesures prises chez le chien sont également d’application :
-prévenir la cachexie, prioriser l’apport énergétique sur la restriction sodée
-éviter les aliments à haute teneur en sel (les aliments humides commerciaux de grande distribution sont les plus riches)
-monitorer le potassium sanguin et supplémenter en K en cas d’hypokaliémie
Conclusions
En conclusion, le traitement des patients cardiaques doit inclure un suivi nutritionnel individualisé, avec des adaptations de régimes aussi fréquentes que de besoin. Dans tous les cas, les propriétaires doivent être associés aux choix alimentaires afin d’espérer des résultats optimaux selon le principe de la décision partagée, indispensable en nutrition clinique. Par ailleurs, un canal de communication simple doit être proposé aux clients pour échanger sur les données et le suivi alimentaire.
Bibliographie
Eur-Lex, Règlement (UE) 2020/354 de la Commission du 4 mars 2020 établissant une liste des destinations des aliments pour animaux visant des objectifs nutritionnels particuliers et abrogeant la directive 2008/38/CE.
Freeman et al., J Vet Intern Med 1998 Nov-Dec;12(6):440-8.
Fuentes et al., J. Vet. Intern. Med 2020; 34, 1062-1077
Keene et al., J.Vet.Intern.Med. 2019; 33; 1127-1140.
NRC 2006. Nutrients requirements of dogs and cats, National Academy Press, Washington DC.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Quelles marges pour quelles tumeurs ?
Créteil France
Guildford Royaume-Uni
La chirurgie constitue le traitement de référence de nombreuses tumeurs en oncologie vétérinaire. Elle peut être curative pour les tumeurs solides n’ayant pas métastasé. Aussi souvent que possible, son objectif est l'exérèse complète de la tumeur, tout en limitant la morbidité associée à la résection des tissus sains. Une bonne compréhension des principes fondamentaux des techniques d’oncologie chirurgicale et une solide connaissance de la biologie des tumeurs opérées sont essentielles pour déterminer les marges nécessaires, et les obtenir.
Principes généraux sur les marges chirurgicales
L'objectif de la chirurgie oncologique est d'obtenir une exérèse en marges histologiques saines. Le statut des marges constitue un facteur important du contrôle local, particulièrement pour les tumeurs agressives. A noter que les dimensions mesurées au moment de la chirurgie diminuent lors de la fixation et du traitement histologique ; les marges histologiques peuvent donc être sensiblement inférieures aux marges chirurgicales.
Si l’exérèse doit aussi souvent que possible viser à être complète et sans effraction tumorale, les marges nécessaires pour maximiser les chances de guérison ou de contrôle local dépendent de la nature de la tumeur (et donc de son comportement biologique attendu, en particulier en termes d’infiltration locale), de son grade, de sa taille, de sa localisation. Plus la tumeur est agressive, infiltrante, plus les marges doivent être larges.
Une chirurgie large implique des marges adaptées. Ces marges doivent être envisagées dans les trois dimensions de l'espace. La distance en centimètres n’est pas à elle seule un critère suffisant. Les tissus conjonctifs denses, notamment les fascias musculaires, ainsi que l'os, constituent généralement des barrières à l'extension tumorale plus efficaces que les tissus adipeux et musculaires et peuvent être utilisés pour définir la marge profonde. La pseudo-capsule de certaines tumeurs ne doit pas être considérée comme une barrière fiable, car elle peut contenir des extensions tumorales microscopiques.
Les recommandations ne doivent ainsi pas être interprétées comme des distances universelles. Les récentes recommandations de l’American Animal Hospital Association (AAHA) de 2026 renforcent cette approche individualisée : les marges doivent être adaptées au type tumoral, à son comportement biologique et aux structures anatomiques impliquées. Ainsi, l'objectif n'est pas nécessairement d'obtenir les marges les plus larges possibles, mais les marges permettant le meilleur compromis entre contrôle tumoral et morbidité chirurgicale.
Les séparations entre compartiments sont également essentielles à prendre en compte. La notion de marges en termes de distance n’a de sens qu’au sein d’un compartiment anatomique, pas en dehors. Il n’y a aucun sens à retirer 3 centimètres de tissus autour d’une tumeur de la thyroïde non infiltrante, ou autour d’une tumeur de la rate ou d’un lobe hépatique. En revanche, si on veut retirer une tumeur par résection partielle de ces organes, la distance de la tumeur à laquelle ces organes seront réséqués est cruciale.
Le choix des marges doit ainsi être anticipé avant la chirurgie, en concertation avec le chirurgien, le radiologue, l'oncologue, l’anatomopathologiste et éventuellement le radiothérapeute si une radiothérapie adjuvante est à considérer.
Intérêt de l'imagerie en coupes pour planifier la chirurgie
L'examen clinique peut sous-estimer l'extension réelle d'une tumeur, notamment lorsqu'elle est profonde, volumineuse ou fixée aux structures adjacentes. Ainsi, pour les sarcomes félins associés aux sites d'injection, la taille tumorale déterminée au scanner peut être jusqu'à deux fois supérieure à celle estimée à l'examen clinique. La tomodensitométrie (CT) et l'IRM permettent d'obtenir une évaluation tridimensionnelle plus précise de la lésion et de ses rapports anatomiques.
Le CT est particulièrement utile pour l'évaluation des structures osseuses et le bilan d'extension thoracique. L'IRM offre une meilleure résolution des tissus mous et présente un intérêt particulier pour les tumeurs proches des muscles, nerfs, de la moelle épinière ou d'autres structures complexes.
L'imagerie permet de déterminer le compartiment atteint, la profondeur de la tumeur et ses rapports avec les fascias, muscles, vaisseaux, nerfs, os... Elle permet ainsi d'anticiper l'étendue de la résection, les possibilités de reconstruction et les conséquences fonctionnelles.
Les examens d’imagerie doivent cependant être interprétés avec prudence : les limites visibles à l'imagerie ne correspondent pas nécessairement aux limites microscopiques de la tumeur. L'inflammation et l'œdème périlésionnels peuvent notamment conduire à une surestimation de l'extension. À l'inverse, certaines infiltrations microscopiques ne sont pas détectables. L'imagerie ne remplace donc pas l'analyse histopathologique des marges, mais constitue un outil essentiel pour transformer un objectif théorique en stratégie chirurgicale réaliste.
Recommandations selon les principaux types tumoraux
Sarcomes félins associés aux sites d'injection
Les recommandations AAHA 2026 préconisent une marge latérale de 5 cm associée à deux plans profonds, lorsque cela est anatomiquement réalisable. Cette recommandation, faisant suite à l’étude de Phelps 2011, est plus exigeante que les approches historiques recommandant 3 cm latéralement.
La première intervention offre la meilleure possibilité de contrôle local et doit donc être planifiée comme une chirurgie oncologique radicale plutôt que comme une simple exérèse diagnostique.
Sarcomes des tissus mous canins
Les recommandations historiques proposaient fréquemment une marge latérale d'environ 2 cm, avec des récidives locales rares y compris lors d’atteintes des membres ; les recommandations AAHA 2026 préconisent désormais une marge latérale supérieure à 3 cm et un plan profond.
Une marge de plus de 3 cm peut être difficilement réalisable dans certaines localisations sans entraîner une morbidité importante. Une chirurgie compartimentale peut alors être envisagée lorsque la tumeur est limitée à un compartiment musculaire.
Ces marges, si elles sont sûres, sont très rigides et parfois contre-productives. La réalité est bien plus nuancée et le chirurgien oncologue doit savoir s’adapter à chaque cas. Les sarcomes des tissus mous des extrémités de bas grade ou de grade intermédiaire, par exemple, ne récidivent que peu fréquemment après une exérèse marginale.
Mastocytomes cutanés canins
La stratégie doit tenir compte du grade du mastocytome (ce qui sous entend une biopsie préalable avec ses limites).
Ainsi pour les grades 1 selon Patnaik, des marges à 1cm sont saines dans 100% des cas ; pour les grades 2, des marges à 2cm sont saines dans plus de 90% des cas ; pour les grades 3, des marges à 3cm sont saines dans 65% des cas.
Les recommandations AAHA 2026 proposent désormais, pour les mastocytomes de bas grade, une marge latérale de 2 cm ou une marge équivalente au diamètre maximal de la tumeur pour les tumeurs de moins de 2 cm, associée à un plan profond. Cette stratégie réduit la quantité de tissu sain réséqué, notamment pour les petites tumeurs, sans compromettre le contrôle local.
Cette approche est cohérente avec l'étude de Saunders 2021, qui conclut qu’avec cette stratégie chirurgicale, ni le volume du mastocytome ni son grade n’a d’impact sur la taille des marges histologiques. Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence, l'étude étant rétrospective. La marge proportionnelle ne doit pas être appliquée indistinctement aux mastocytomes de haut grade, récidivants ou présentant des caractéristiques biologiques défavorables. Des marges plus larges et/ou un traitement adjuvant peuvent alors être nécessaires.
Conclusion
Les recommandations actuelles, notamment celles de l'AAHA 2026, confirment que la notion de marge chirurgicale doit être adaptée au type tumoral, à sa localisation, plutôt que définie par une mesure systématique. L'évolution vers des marges proportionnelles pour certains mastocytomes illustre cette individualisation, tandis que les recommandations plus larges pour les sarcomes des tissus mous reflètent leur agressivité locale.
Bibliographie
Christensen J, et al. AAHA Oncology Guidelines for Dogs and Cats. J Am Anim Hosp Assoc. 2026;62:1-37.
Phelps HA, et al. Radical excision with five-centimeter margins for treatment of feline injection-site sarcomas: 91 cases. J Am Vet Med Assoc. 2011;239:97-106.
Bray JP. Soft tissue sarcoma in the dog – Part 2: surgical margins, controversies and a comparative review. J Small Anim Pract. 2017;58:63-72.
Saunders H, et al. Evaluation of a modified proportional margin approach for complete surgical excision of canine cutaneous mast cell tumours and its association with clinical outcome. Vet Comp Oncol. 2021;19:604-15.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Quid des toux multifactorielles ?
Mérignac France
La toux chronique chez le chien n’est pas toujours la conséquence d'une cause unique, mais résulte le plus souvent d'une interaction complexe entre les systèmes respiratoire, cardiaque et digestif, en particulier chez le patient plus âgé. Une composante digestive, notamment le reflux gastro-œsophagien, est une cause souvent sous-estimée, pouvant initier ou aggraver une inflammation respiratoire chronique.
Il est crucial de comprendre que ces systèmes s'influencent mutuellement : une toux primitivement respiratoire peut être exacerbée par des troubles digestifs, et inversement, des troubles digestifs chroniques peuvent induire des lésions sur l'appareil respiratoire. La difficulté diagnostique réside donc dans l'identification de toutes les causes possibles, mais aussi dans la hiérarchisation de leur importance respective pour établir un plan thérapeutique adapté.
Pour commencer, il est impératif de s'assurer que le symptôme rapporté par le propriétaire est bien une toux. Des éternuements inversés (reverse sneezing), des efforts de vomissements infructueux, des régurgitations, des éternuements ou même certains troubles neurologiques peuvent être confondus par certains propriétaires avec de la toux, pouvant conduire à des tests inadaptés et un retard au diagnostic. L'utilisation de vidéos fournies par les propriétaires est un outil précieux pour confirmer la nature de l'épisode et apporter des informations supplémentaires [1].
L’importance du signalement, de l’anamnèse et de l’examen clinique
Toutes les informations collectées lors de l’interrogation des propriétaires et de l’examen à distance de l’animal sont précieuses pour l’orientation diagnostique. La toux est un réflexe permettant de libérer les voies respiratoires. On distingue la toux laryngée, qui peut se décrire comme un raclement de gorge sans inspiration profonde préalable, et qui suggère une irritation des voies respiratoires hautes (larynx, pharynx) potentiellement liée à un corps étranger ou une masse laryngée, un reflux digestif, ou des écoulements venant des cavités nasales, de la toux trachéobronchique, qui est précédée d'une inspiration profonde et oriente vers une atteinte des voies respiratoires plus profondes (trachée, bronches).
Le diagnostic différentiel est d’abord guidé par le signalement de l'animal, incluant la race et l'âge (par exemple, suspicion de collapsus trachéal chez un Yorkshire âgé, paralysie laryngée chez un vieux labrador etc…). La présence d'un surpoids est un facteur aggravant quelle que soit l'origine de la toux (en particulier pour les causes respiratoires), pour lequel un traitement spécifique est nécessaire. Le statut vaccinal, le contact avec d’autres chiens, et le dernier traitement vermifuge (en particulier en zone endémique de Dirofilaria ou Angiostrongylus) sont importants à vérifier. Il est nécessaire de rechercher les signaux faibles de troubles digestifs, souvent non rapportés spontanément par les propriétaires (car pas forcément identifiés par eux comme des signes cliniques) : dysphagie, animal qui s'étrangle en buvant, mâchonnement excessif, mouvements d’extension du cou, déglutitions fréquentes en dehors des repas, réveils nocturnes pour tousser, ou une position de couchage inhabituelle avec la tête surélevée. Les facteurs environnementaux sont également des contributeurs importants à identifier, tels que l'exposition à la fumée de cigarette, à la poussière, aux bougies parfumées, aux sprays désodorisants, ou l'utilisation d'un collier plutôt qu'un harnais.
L'examen clinique doit être complet, incluant une évaluation de la note d'état corporel (le surpoids étant un facteur aggravant), une auscultation cardiaque attentive à la recherche d'un souffle ou d’arythmie, une auscultation pulmonaire sur l'ensemble des champs et incluant la trachée pour détecter crépitements ou sifflements, et une palpation abdominale pour identifier un éventuel inconfort, le déclenchement de déglutition ou une masse.
Tous ces éléments doivent aider à identifier des signaux évocateurs d’une maladie primitivement cardiaque, respiratoire ou digestive, et si une origine multifactorielle est possible chez ce patient. Lorsque des signes orientent vers un appareil particulier, les investigations adaptées sont entreprises (voir les trois autres présentations de ce module).
Une démarche diagnostique hiérarchisée
L'approche de la toux chronique doit être progressive et structurée afin d'éviter des traitements inutiles ou potentiellement délétères, comme l'usage prématuré de corticoïdes.
La démarche proposée suit une hiérarchie logique :
1) Évaluer l'urgence de la situation clinique (difficultés respiratoires, cyanose, intolérance à l’effort, hémoptysie, altération de l'état général, anomalies cardiaques significatives à l’auscultation, perte de poids, perte d’appétit etc…) qui doivent être investiguées et traitées sans tarder. En l'absence de signes d'urgence, chez un chien tousseur chronique en bonne santé, la mise en place de mesures hygiéniques et environnementales (perte de poids, utilisation d’un harnais plutôt qu’un collier, retrait de l’exposition aux irritants aéroportés, vermifugation si pertinent) permet souvent une amélioration des signes cliniques et laisse du temps aux propriétaires pour observer leur animal et potentiellement identifier des signes qu’ils avaient jusqu’à présent négligé (en particulier des signes faibles d’atteinte digestive). Le surpoids est un facteur aggravant majeur pour toutes les causes de toux, qu'elles soient d'origine respiratoire, cardiaque ou digestive. La perte de poids n'est pas une simple recommandation mais une mesure thérapeutique à part entière, qui peut parfois être suffisante pour améliorer significativement, voire résoudre, les signes cliniques. De même, les changements environnementaux et l'utilisation d'un harnais sont des piliers de la gestion non médicamenteuse.
2) Si ces mesures sont insuffisantes, des investigations sont nécessaires. Le lecteur est référé à la présentation précédente sur les toux d’origine cardiaque pour envisager la pertinence de tests biologiques et d’imagerie du cœur en fonction du contexte clinique. Tous les chiens tousseurs n’ont pas besoin d’échocardiographie, mais lorsqu’une maladie cardiaque est suspectée, elle doit être identifiée et traitée en priorité.
3) Sur le plan respiratoire, la réalisation de radiographies thoraciques de bonne qualité est fondamentale. Il est recommandé d'obtenir au minimum deux vues (profil et face), et idéalement trois (profils droit et gauche, et une vue de face), en s'assurant que les clichés incluent l'intégralité de l'arbre respiratoire, du larynx aux lobes pulmonaires caudaux. L'objectif est d'exclure une masse, une consolidation (bronchopneumonie), un corps étranger, un épanchement pleural ou une déviation trachéale par des lésions médiastinales. Là encore, des anomalies significatives doivent être investiguées et traitées spécifiquement. Une bronchite chronique peut être suspectée lors d’une augmentation de l’opacité de l’arbre bronchique, mais l’absence de signes radiographiques n’exclut pas la maladie [2, 3].
4) Si les investigations précédentes sont normales ou non concluantes et que la toux persiste malgré les mesures hygiéniques, la composante digestive est investiguée. Des tests sanguins (cortisol basal, mesure de la cobalaminémie sérique etc…) et d’imagerie (échographie abdominale) sont proposés lorsque l’anamnèse et l’examen cliniques sont évocateurs, mais si la situation n’est pas si claire, un traitement d'épreuve pour le reflux gastro-œsophagien peut être mis en place. Ce traitement combine une approche médicamenteuse (anti-acides, pansements gastriques) et une gestion alimentaire (changement d’alimentation, repas fractionnés). Un repas baryté par fluoroscopie est un examen non invasif très utile qui peut être envisagé à cette étape en centre spécialisé avant la mise en place du traitement. L’amélioration de la toux d’origine digestive est lente et le suivi est en général prévu après 4-6 semaines de traitement pour éviter un test thérapeutique faussement négatif [4].
5) Si la toux n'est toujours pas contrôlée, des examens plus invasifs peuvent être envisagés, notamment une bronchoscopie et un lavage broncho-alvéolaire (LBA) sous anesthésie générale. Ces examens permettent de visualiser directement les voies aériennes (pour identifier un collapsus dynamique, une bronchomalacie ou bronchiectasie qui peuvent être ratés sur une radiographie ou un scanner), de confirmer l'inflammation et d'obtenir des échantillons pour cytologie et bactériologie. Le traitement de la bronchite chronique repose alors sur une corticothérapie, en privilégiant la voie inhalée pour limiter les effets systémiques, la voie orale étant réservée aux cas plus sévères (voir conférence sur bronchite chronique). L'antibiothérapie n'est pas systématique et doit être justifiée par une suspicion d'infection bactérienne secondaire. Cette option peut être considérée avant un test thérapeutique pour maladie digestive, cependant une corticothérapie peut également améliorer une maladie digestive (qui pourrait répondre simplement à un changement alimentaire) et s’accompagne d’effets secondaires qui doivent être évités lorsque c’est possible.
6) Les antitussifs (ex: codéine) doivent être réservés pour la toute fin de la démarche diagnostique et thérapeutique. Leur rôle est de supprimer le réflexe de toux, qui est un mécanisme de protection. Leur indication principale est le collapsus des voies respiratoires (trachéal, bronchique) afin de briser le cercle vicieux de l'irritation, une fois que toutes les autres causes ont été exclues ou traitées. Leur usage est contre-indiqué si la toux est productive ou si une cause infectieuse ou digestive (risque d'aspiration) est suspectée, car la suppression de la toux pourrait aggraver l'état de l'animal.
Dans tous les cas, il est important d'expliquer aux propriétaires que la plupart des causes de toux chronique ne sont pas curables. L'objectif du traitement n'est pas la guérison complète mais le contrôle des symptômes, l'amélioration du confort de vie de l'animal et la limitation des effets secondaires des traitements qui seront souvent nécessaires sur le long terme. Un équilibre doit être trouvé entre l'amélioration clinique et l'impact des médicaments.
En conclusion, La gestion de la toux chronique du chien, souvent multifactorielle, impose une approche par étapes. L'urgence clinique dicte la rapidité des investigations. En l'absence d'urgence, la démarche débute par des mesures hygiéniques : perte de poids, harnais, et assainissement de l'environnement. Si la toux persiste, la priorité est d'exclure les pathologies graves (cardiaques, pulmonaires) par imagerie. L'étape suivante consiste à investiguer et traiter la composante digestive (reflux gastro-œsophagien), souvent sous-estimée, avant d'envisager les corticoïdes. Les examens plus invasifs (endoscopie, LBA) sont réservés aux cas plus complexes pour affiner le traitement de la sphère respiratoire. Les antitussifs ne sont utilisés qu'en dernier recours, principalement pour les collapsus, une fois les autres causes écartées ou contrôlées, afin de ne pas nuire aux mécanismes de défense de l'animal.
Références
[1] Ferasin L. Chapter 34 – Cough. Ettinger’s Textbook of Veterinary Internal Medicine, vol. 1. 9th ed., Elsevier; 2024, p. 160–164.
[2] Clercx C. Chapter 215 - Large Airway Diseases. Ettinger’s Textbook of Veterinary Internal Medicine, vol. 2. 9th ed., Elsevier; 2024, p. 1158–72.
[3] Rozanski E. Canine Chronic Bronchitis. Veterinary Clinics of North America: Small Animal Practice 2020;50:393–404.
[4] Grobman ME et coll. Aerodigestive disorders in dogs evaluated for cough using respiratory fluoroscopy and videofluoroscopic swallow studies. The Veterinary Journal 2019;251:105344.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Raideur cervicale et hyperthermie : faut-il toujours référer ?
Annecy France
Introduction
La cervicalgie ou raideur cervicale est un motif fréquent de consultation en neurologie vétérinaire. Chez le chien, la hernie discale cervicale (extrusive de type Hansen I) représente l'une des causes les plus fréquentes de douleur cervicale aiguë particulièrement chez les races chondrodystrophiques (Bouledogue Français, Teckel, Beagle…). Bien que souvent spectaculaire, elle n'est habituellement pas associée à une hyperthermie, une neutrophilie importante ou une augmentation marquée des biomarqueurs inflammatoires tels que la protéine C-réactive (CRP). La présence d'une fièvre ou d'un syndrome inflammatoire biologique doit donc immédiatement remettre en question cette hypothèse et faire basculer le diagnostic différentiel vers des affections inflammatoires ou infectieuses du rachis, des méninges, de la moelle épinière ou même des muscles. Certes moins fréquentes, ces maladies nécessitent une prise en charge rapide et ciblée afin d'éviter une aggravation neurologique, un traitement inadapté ou une corticothérapie instaurée avant les examens complémentaires, susceptible d'altérer notamment, les résultats de l'analyse du liquide cérébrospinal (LCS). L'objectif du praticien est donc d'identifier les situations nécessitant de référer l’animal rapidement, plutôt que de rechercher un diagnostic définitif en première intention.
Principales causes neurologiques
La méningite aseptique suppurée (Steroid-Responsive Meningitis-Arteritis, SRMA) constitue la principale cause de cervicalgie fébrile chez le jeune chien (< 2 ans), particulièrement de race moyenne à grande. Les races prédisposées sont le beagle, le boxer et le bouvier bernois. Il s'agit d'une vascularite immunitaire affectant principalement les méninges cervicales. Les animaux présentent une douleur intense, une hyperthermie, un abattement et une CRP souvent très élevée. Les déficits neurologiques sont fréquemment absents, ce qui constitue un piège diagnostique. Le diagnostic repose sur l'analyse du LCS, montrant une pléiocytose neutrophilique, après exclusion des maladies infectieuses.
La discospondylite correspond à une infection du disque intervertébral et des plateaux vertébraux, le plus souvent secondaire à une bactérie. Les bactéries les plus fréquemment isolées sont les staphylocoques, Streptococcus spp. ou Escherichia coli, sans oublier Brucella canis dans les zones concernées. Une douleur focale, une hyperthermie et un syndrome inflammatoire sont fréquents. La zone lombo-sacrée (L7-S1) est la plus souvent touchée. Une extension vers le canal vertébral (empyème) peut entraîner une compression médullaire et des déficits neurologiques. L'ECBU avec culture, les hémocultures et l'imagerie avec cytoponctions guidées, sont des examens essentiels pour permettre de mettre en évidence l’agent infectieux mais ils sont souvent peu sensibles.
Les méningomyélites d'origine inconnue (MM), provoquent une inflammation du parenchyme médullaire et des méninges. Contrairement à la SRMA, elles s'accompagnent plus volontiers de déficits neurologiques dus à l’atteinte médullaire : tétraparésie, tétra-ataxie, troubles proprioceptifs des 4 membres et anomalies des réflexes médullaires. Une hyperthermie est possible mais moins constante.
D'autres causes peuvent également être considérées : méningomyélites infectieuses (toxoplasmose/néosporose chez le chien, PIF, toxoplasmose chez le chat), polyarthrite, empyème épidural, abcès vertébral, polymyosite/rhabdomyolyse, voire exceptionnellement une tumeur compliquée d'une réaction inflammatoire ou infectieuse.
Examen neurologique
L'examen neurologique permet de distinguer une douleur cervicale isolée d'une véritable atteinte médullaire. Il convient d'évaluer la démarche, la posture, les réactions posturales et les réflexes médullaires. Une atteinte des segments médullaires de C1 à C5 provoque généralement une tétra-ataxie et une tétraparésie dite de type MNC (Motoneurone central, avec réflexes normaux à augmentés), tandis qu'une localisation des segments C6-T2 peut associer une hyporéflexie des membres thoraciques et une hyperréflexie des membres pelviens. Une douleur importante empêchant toute manipulation constitue déjà un critère de gravité. Une douleur importante peut parfois induire en erreur et nous faire suspecter une atteinte nerveuse à l’origine d’une apparente tétraparésie non ambulatoire : une fois la douleur prise en charge, réévaluer la démarche.
Examens complémentaires accessibles en médecine générale
La première étape repose sur une numération-formule, une biochimie (à minima protéines totales, albumine/globulines, CK, bilan hépato rénal de base) et le dosage de la CRP. Une neutrophilie, une hyperfibrinogénémie (si disponible) ou une CRP élevée renforcent l'hypothèse d'une affection inflammatoire. Les radiographies cervicales peuvent mettre en évidence une discospondylite évoluée mais sont souvent sans anomalie en début d’évolution (jusqu’à 8 semaines). Lorsqu'une origine infectieuse est suspectée, un ECBU avec culture est recommandé, complété si possible par des hémocultures avant toute antibiothérapie. En cas d’atteinte musculaire associée à une lyse musculaire importante, une myoglobinurie peut être notée, associée à une coloration brune.
Quels examens imposent de référer ?
L'IRM est l'examen de choix pour explorer les méninges, la moelle épinière, les disques intervertébraux et les tissus paravertébraux. Elle permet d'orienter la ponction de LCS et d'écarter une lésion compressive de manière très sensible. L'analyse du LCS demeure indispensable pour confirmer une SRMA ou une MM et rechercher une cause infectieuse. Dans la majorité des structures de première intention, ces examens ne sont pas disponibles, justifiant la référence. Lorsque l'état clinique le permet, il est préférable de différer une corticothérapie jusqu'à leur réalisation. Des antalgiques comme la gabapentine ou le tramadol doivent être préférés car ils ne modifieront pas les examens complémentaires futurs. Des AINS peuvent être envisagés mais peuvent parfois modifier les examens d’imagerie en réduisant les zones inflammatoires, diminuant leur sensibilité.
Quand référer ?
Une référence rapide est recommandée devant toute cervicalgie associée à une hyperthermie persistante, une CRP élevée, une neutrophilie, et d’autant plus face à une douleur réfractaire aux antalgiques, un déficit neurologique ou une suspicion de SRMA, de MM ou de discospondylite. De plus, si les examens sanguins/urinaires de première intention n’ont pas permis de révéler des anomalies significatives orientant la démarche diagnostique, il est d’autant plus indiqué de référer. Chez un jeune chien présentant une cervicalgie aiguë, une fièvre et une CRP fortement augmentée, la SRMA doit être considérée comme l'hypothèse principale et une IRM suivie d'une ponction de LCS doivent être envisagées rapidement.
Points clés
La fièvre n'est pas un signe attendu d'une hernie discale cervicale simple, principale cause de raideur cervicale.
La présence d'un syndrome inflammatoire modifie le diagnostic différentiel.
Les trois principales affections neurologiques sont la SRMA, la discospondylite et les MM.
L'examen neurologique permet d'identifier une atteinte médullaire nécessitant une référence urgente.
L'IRM et l'analyse du LCS restent les examens de référence.
Références :
De Lahunta A, Glass EN, Kent M. Veterinary Neuroanatomy and Clinical Neurology. 5th ed. Elsevier; 2020.
Tipold A, Schatzberg SJ. An update on steroid-responsive meningitis-arteritis. Vet Clin North Am Small Anim Pract.2010;40:961-973.
Van Hoof C, Davis NA, Carrera-Justiz S, et al. Clinical features, comparative imaging findings, treatment, and outcome in dogs with discospondylitis: A multi-institutional retrospective study. J Vet Intern Med. 2023;37:1438-1446.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Réactions transfusionnelles
Toulouse France
Réactions transfusionnelles chez le chien et le chat
La transfusion sanguine n’est pas dénuée de risques. Une réaction transfusionnelle correspond à tout événement indésirable consécutif à l’administration d’un produit sanguin (plasma, sang total ou culot globulaire). Les études historiques rapportent des incidences très variables, comprises entre 0 et 38 %, en fonction notamment de l’espèce, du produit transfusé, de la population étudiée et surtout de la définition utilisée pour caractériser une réaction transfusionnelle. Les données prospectives récentes rapportent une incidence de 7,8 % pour les produits contenant des globules rouges et de 1,1 % pour les produits plasmatiques.
Les réactions peuvent être immunologiques ou non immunologiques et apparaître de manière immédiate (< 24h) ou retardée (> 24h). Les réactions immédiates surviennent généralement dans les premières heures, alors que les réactions retardées apparaissent au-delà de 24 heures et peuvent même être observées après quelques jours.
L’hémolyse aiguë ou suraiguë représente l’une des complications transfusionnelles les plus sévères. Elle peut concerner le chien comme le chat et résulte de la destruction accélérée des hématies transfusées, le plus souvent à la suite d’une incompatibilité immunologique. Le consensus TRACS définit une réaction hémolytique aiguë comme survenant pendant ou dans les 24 heures suivant la transfusion.
La réaction est généralement une hypersensibilité de type II. Les anticorps du receveur reconnaissent les antigènes présents sur les hématies du donneur et peuvent activer le complément. Une activation importante du complément entraîne une hémolyse intravasculaire avec libération d’hémoglobine libre dans le plasma. Lorsque l’activation du complément est moins importante, les hématies sensibilisées sont éliminées par les macrophages de la rate et du foie, conduisant à une hémolyse extravasculaire.
Les signes cliniques d’une hémolyse intravasculaire peuvent être particulièrement brutaux : salivation, vomissements, agitation, tremblements, hyperthermie, tachycardie, tachypnée, hypotension et hémoglobinurie. Les formes graves peuvent évoluer vers un état de choc, une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), une insuffisance rénale aiguë (IRA) et un syndrome de défaillance multiviscérale. Les formes extravasculaires sont davantage caractérisées par une hyperbilirubinémie, un ictère et une splénomégalie.
Chez le chat, le système AB constitue un déterminant majeur du risque hémolytique transfusionnel. Les chats de groupe B possèdent généralement en grande quantité des allo-anticorps anti-A naturels puissants.
Chez le chien, la situation est différente. Le DEA 1 est le groupe plus particulièrement immunogène, mais d’autres antigènes tels que DEA 3, 4, 5, 7, Dal, Kai 1 et Kai 2 doivent également être considérés. Une transfusion d’un chien DEA 1 positif vers un chien DEA 1 négatif non préalablement sensibilisé n’entraîne généralement pas d’hémolyse aiguë lors de la première transfusion, mais elle peut provoquer une allo-immunisation à l’origine d’une hémolyse aigue lors de transfusion répétée.
Devant une suspicion d’hémolyse aiguë, la première mesure est l’arrêt immédiat de la transfusion. L’objectif thérapeutique devient ensuite le maintien de l’oxygénation et de la perfusion tissulaire. Une oxygénothérapie et une fluidothérapie soigneusement titrée peuvent être nécessaires ; les vasopresseurs sont indiqués en cas d’hypotension persistante malgré une correction adaptée de la volémie. Le bénéfice des glucocorticoïdes dans l’hémolyse aiguë transfusionnelle reste incertain et n’est actuellement pas démontré.
L’hémolyse retardée survient généralement entre quelques jours et plusieurs semaines après la transfusion d’éléments figurés. Elle correspond le plus souvent à une réponse immunitaire secondaire dirigée contre des antigènes érythrocytaires du donneur. Elle est principalement extravasculaire et peut être suffisamment discrète pour ne se traduire que par une diminution inattendue de l’efficacité de la transfusion.
La notion d’allo-immunisation mérite d’être largement intégrée à la pratique clinique. Chez le chien, une étude de serial cross-match montre que l’apparition des allo-anticorps peut être beaucoup plus rapide qu’on ne le pensait, certains chiens développant un cross-match positif dès le premier jour post-transfusion. Chez le chat, 25 % des animaux d’une étude prospective ont développé des anticorps détectables dans les jours suivant une première transfusion.
La conséquence pratique est importante : l’historique transfusionnel de tout animal doit être considéré comme une information essentielle avant toute transfusion, et le cross-match doit être renouvelé en fonction de cet historique. La compatibilité sanguine est une approche prétransfusionnelle essentielle pour réduire ce risque hémolytique qui peut par ailleurs être grave à mortel. Chez le chien, la transfusion isogroupe DEA1 est préférable dès la première transfusion quand chez le chat la transfusion isogroupe AB est indispensable et doit être idéalement complété par un cross match majeur afin de vérifier la compatibilité notamment sur le group Mik.
Le syndrome fébrile non hémolytique constitue l’une des réactions les plus fréquemment observées. Cette réaction est définie par une augmentation de température ≥1 °C, apparaissant précocement, généralement dans les 30 minutes suivant le début de la transfusion. Chez le chien, une étude multicentrique de 2024 rapporte une incidence de 4,0 % pour les culots globulaires, ce qui en fait la réaction la plus fréquente dans cette population. Chez le chat, elle représente 5,7 % des transfusions contenant des globules rouges, constituant également la réaction la plus fréquente. Le mécanisme est probablement multifactoriel et implique notamment les cytokines pro-inflammatoires.
La principale difficulté clinique consiste à ne pas considérer trop rapidement toute hyperthermie comme une simple réaction fébrile bénigne, légitimant un traitement symptomatique et hygiénique associé à un arrêt transitoire ou à un ralentissement de la transfusion en cours. Une hémolyse aiguë ou une contamination bactérienne doivent, en effet, être exclues, particulièrement lorsque la fièvre s’accompagne d’hypotension, d’hémoglobinurie ou d’une dégradation rapide de l’état général.
Les réactions allergiques de type I apparaissent généralement pendant la transfusion ou dans les quatre heures qui suivent. Elles associent typiquement prurit, urticaire, érythème et angioœdème, mais peuvent également provoquer vomissements, diarrhée, bronchoconstriction, tachycardie, hypotension ou choc.
Le consensus TRACS rapporte des incidences très variables, allant jusqu’à environ 6,6 % chez le chien et 3,7 % chez le chat selon les études et les définitions utilisées. Les données prospectives les plus récentes chez le chien identifient les réactions allergiques parmi les principales complications des produits plasmatiques, tandis que chez le chat leur incidence avec les produits contenant des globules rouges serait d'environ 0,8 %.
La prise en charge thérapeutique dépend de la sévérité de la réaction. Une réaction cutanée isolée peut justifier une interruption ou un ralentissement temporaire de la transfusion et l'administration d'un antihistaminique par voie IV. En cas d'atteinte systémique, notamment d'hypotension ou de détresse respiratoire, la transfusion doit être arrêtée et une prise en charge de type anaphylaxie mise en œuvre. L’intérêt des glucocorticoïdes dans la phase aiguë reste controversé lors d’anaphylaxie.
Le TRALI (transfusion-related acute lung injury) est caractérisé par l’apparition d’une détresse respiratoire aiguë, généralement dans les six heures suivant la transfusion, associée à une hypoxémie et à un œdème pulmonaire non cardiogénique. Le diagnostic repose sur l'association temporelle avec la transfusion, d’une hypoxémie et de la présence d'un œdème pulmonaire non cardiogénique, après exclusion d'une surcharge volémique et d'une quelconque cardiopathie. Le consensus TRACS recommande d'ailleurs une approche diagnostique structurée de toute détresse respiratoire survenant pendant ou dans les six heures suivant une transfusion, afin de différencier notamment TRALI, TACO et autres causes de détresse respiratoire associée à la transfusion.
La prise en charge est essentiellement supportative : arrêt de la transfusion, oxygénothérapie et, si nécessaire, support ventilatoire. La mise en œuvre de CPAP, d'oxygénothérapie à haut débit et l’administration de bronchodilatateurs peuvent être envisagées pour stabiliser ces animaux. Il convient de souligner l’absence de preuve solide en faveur de l’administration de furosémide ou de glucocorticoïdes lors de TRALI ou plus largement de ARDS (détresse respiratoire aigüe non cardiogénique).
Le TACO (transfusion-associated circulatory overload) correspond à une surcharge circulatoire entraînant une détresse respiratoire et/ou un œdème pulmonaire. Il constitue une complication particulièrement importante chez les patients à faible tolérance volémique : chats, animaux âgés, cardiopathes, patients oligo-anuriques ou animaux présentant une anémie chronique. Selon les études, une incidence de 3,9 à 9 % des réactions transfusionnelles est rapportée. Les données prospectives récentes chez le chat témoignent cependant d’une incidence proche de 0,8 % des transfusions de produits figurés.
Le tableau clinique d’une telle réaction associe agitation, nausées, dyspnée aiguë, tachypnée, tirage, cyanose éventuelle, hypertension artérielle et crépitants pulmonaires. L’échographie pulmonaire peut mettre en évidence des lignes B, tandis que l’évaluation cardiaque et de la veine cave caudale permet d'orienter vers une surcharge volémique (différentiel d’avec un TRALI). Le consensus TRACS recommande d'adapter la vitesse au patient, à son poids, à son statut volémique et à ses comorbidités, avec une administration plus lente chez les animaux euvolémiques ou présentant une maladie cardiaque ou rénale significative.
Le traitement comprend l'arrêt ou le ralentissement de la transfusion, l'oxygénothérapie et, lorsque cela est indiqué, un traitement diurétique et vasodilatateur peut être envisagé.
La surveillance transfusionnelle doit être considérée comme une procédure de soins intensifs. Le consensus TRACS recommande une surveillance attentive au début de la transfusion, puis une augmentation progressive de la vitesse d’administration si aucune réaction n'est initialement observée. Les bonnes pratiques suggèrent notamment une administration lente (0.5 à 1mL/kg/h) pendant les 15 premières min, lorsque l'état du patient le permet, avant d'augmenter progressivement le débit. Cette période initiale est particulièrement importante car certaines réactions d’incompatibilltés graves peuvent s’exprimer très précocement.
La surveillance doit comprendre au minimum le suivi itératif de la T°, des FC et FR, de l'état mental, des muqueuses, de la pression lorsque cela est possible et de la saturation en oxygène chez les patients à risque. La surveillance ne doit pas s'arrêter à la fin de l'administration du produit. Une évaluation à 12, 24 et 48 heures est préconisée, comprenant un examen clinique structuré, l'hématocrite, la protéinémie totale, une analyse urinaire et, en particulier après transfusion massive, la calcémie.
La persistance ou la réapparition d'une anémie après une amélioration initiale doit faire rechercher une hémolyse retardée ou une allo-immunisation. En cas de réaction suspectée, une approche diagnostique structurée doit également permettre de distinguer les principaux syndromes de réaction transfusionnelle.
Conclusion
Les réactions transfusionnelles sont des complications relativement fréquentes de la transfusion chez le chien et le chat. Ainsi, une transfusion sanguine doit être considérée comme une thérapeutique à haut niveau de surveillance, et non comme un simple geste technique.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Réaliser une radiographie dentaire
Charbonnières Les Bains France
SAVOIR RÉALISER UNE RADIOGRAPHIE DENTAIRE CHEZ LES CARNIVORES DOMESTIQUES
INTRODUCTION
La radiographie dentaire intra-orale est un examen indispensable en dentisterie vétérinaire. L'examen clinique permet d'évaluer la couronne dentaire et les tissus accessibles à l'inspection directe, mais il ne permet pas d'examiner correctement les structures situées dans l'os alvéolaire. Les racines, la pulpe, l'espace ligamentaire, l'os alvéolaire et les régions périapicales ne sont pas directement accessibles à l'examen clinique. Une dent d'apparence normale peut ainsi présenter une lésion endodontique, une fracture radiculaire, une résorption ou une lésion périapicale.
La radiographie intervient dans le diagnostic, la planification du traitement, certaines procédures thérapeutiques et le contrôle du résultat obtenu. Elle est indispensable lors de l'évaluation des maladies parodontales, des fractures dentaires, des résorptions, des dents incluses ou absentes, des lésions endodontiques et des affections osseuses. Des études ont démontré que la radiographie de la totalité de la cavité buccale révèle des lésions cliniquement non détectées chez le chien [1] comme chez le chat [2]. Elle est également particulièrement utile avant et après les extractions dentaires.
L'objectif de n'est pas simplement d'obtenir une image radiographique, mais d'obtenir une image diagnostique permettant de répondre à une question clinique.
LE MATÉRIEL DE RADIOGRAPHIE INTRA-ORALE
Un appareil spécifiquement conçu pour la radiographie intra-orale est généralement plus facile à positionner. Le générateur doit permettre de modifier facilement l'orientation du faisceau dans les plans horizontal et vertical. Les appareils peuvent être muraux, plafonniers ou mobiles. Ces derniers présentent l'avantage d'être déplacés au chevet du patient.
Les récepteurs peuvent être des films argentiques ou des systèmes numériques. Les films présentent une bonne résolution, mais leur développement et leur archivage rendent leur utilisation peu pratique en routine. Les systèmes numériques sont donc aujourd'hui privilégiés [3].
Les capteurs numériques directs (DR) permettent d'obtenir rapidement l'image, sans étape intermédiaire de lecture. Ils facilitent le contrôle immédiat du cliché et la correction d'une erreur de positionnement. Leur principal inconvénient est leur épaisseur et leur rigidité, qui peuvent rendre leur mise en place difficile chez les chats et les petits chiens.
Les plaques photostimulables (CR ou ERLM) sont plus souples et disponibles dans différentes tailles. Elles sont souvent plus faciles à positionner dans la cavité orale, mais nécessitent une étape de lecture par un scanner et l'utilisation d'enveloppes protectrices. Le choix entre DR et CR doit dépendre de l'activité de la structure, du volume de patients, des espèces examinées et des habitudes de l'équipe.
Le logiciel d'imagerie doit permettre l'archivage des clichés, leur identification, l'agrandissement, la modification du contraste et de la luminosité, les mesures, les annotations et l'exportation des images (Tableau 1).
PRÉPARATION DU PATIENT ET ORGANISATION DE L'EXAMEN
La radiographie dentaire intra-orale est réalisée sous anesthésie générale afin d'obtenir une immobilité complète et de permettre le positionnement du récepteur dans la cavité orale. L'examen radiographique est idéalement réalisé après l'examen clinique et le nettoyage des dents.
Avant de commencer, il est important de définir la question clinique et la région à examiner. Le cliché peut être ciblé, régional ou s'intégrer dans une série radiographique complète. Une radiographie ne doit pas être réalisée « au hasard » : il faut savoir quelle dent est examinée et quelle information est recherchée.
Le patient doit être installé de manière stable et le matériel d'anesthésie doit permettre un accès facile à la cavité orale. L'important est de pouvoir positionner correctement le récepteur et d'orienter librement le tube radiogène.
PRINCIPES DU POSITIONNEMENT
Le récepteur doit être placé aussi près que possible de la dent examinée et permettre de visualiser la totalité de la dent ainsi que les structures environnantes. Un cliché diagnostique doit idéalement inclure la couronne, la ou les racines, l'apex et l'os alvéolaire environnant [4].
Le faisceau doit être centré sur la région d'intérêt. La qualité de l'image dépend principalement de la relation entre l'axe de la dent, le plan du récepteur et l'orientation du faisceau.
LA TECHNIQUE PARALLÈLE
Dans la technique parallèle, le récepteur est placé parallèlement à l'axe longitudinal de la dent et le faisceau est dirigé perpendiculairement au récepteur. Cette technique limite la distorsion géométrique.
Elle est principalement utilisée pour certaines régions mandibulaires, notamment les prémolaires et les molaires, lorsque l'anatomie permet de positionner correctement le récepteur du côté lingual des dents. Elle ne peut pas être appliquée à toutes les régions de la cavité orale, en particulier dans la région maxillaire.
LA TECHNIQUE DE LA BISSECTRICE
Dans la technique de la bissectrice, le récepteur est placé au plus près de la dent. L'axe longitudinal de la dent et le plan du récepteur forment un angle. Le faisceau de rayons X doit être orienté perpendiculairement à la ligne imaginaire qui divise cet angle en deux parties égales.
Cette technique est largement utilisée chez le chien et le chat, notamment dès que la technique parallèle ne peut plus être appliquée. Elle est toutefois sensible aux erreurs d'angulation. Si l'angle vertical est trop important, la dent apparaît raccourcie. S'il est insuffisant, la dent apparaît allongée. Une mauvaise orientation horizontale peut également entraîner une superposition des racines et des structures osseuses.
LES PRINCIPALES RÉGIONS DENTAIRE
Les incisives sont généralement relativement faciles à radiographier. Le récepteur doit être positionné de façon à inclure les couronnes, les racines et les régions périapicales.
Les canines maxillaires et mandibulaires nécessitent une attention particulière en raison de leur longueur. La totalité de la dent doit être visualisée, notamment l'apex. Un cliché ne montrant que la couronne ou une partie de la racine est insuffisant.
Les prémolaires et molaires mandibulaires sont souvent adaptées à la technique parallèle. Les régions maxillaires caudales sont plus difficiles en raison de l'anatomie du palais et du maxillaire. Le positionnement du récepteur doit permettre d'évaluer les différentes racines et les régions périapicales.
Chez le chat et les petits chiens, la taille réduite de la cavité orale peut rendre le positionnement difficile. L'utilisation d'un récepteur de petite taille ou d'une plaque plus souple peut alors faciliter la réalisation du cliché.
LES ERREURS TECHNIQUES LES PLUS FRÉQUENTES
Une dent trop courte traduit généralement une angulation verticale excessive ; une dent trop longue est liée à une angulation insuffisante. Une superposition des racines peut être corrigée en modifiant l'orientation horizontale du faisceau.
L'absence de l'apex est souvent liée à un mauvais positionnement du récepteur ou à un mauvais centrage du faisceau. La dent doit alors être radiographiée à nouveau. Une image floue traduit généralement un mouvement du patient ou du récepteur.
La taille du récepteur doit être suffisante pour inclure la totalité de la région d'intérêt. Une image trop claire ou trop sombre peut être liée aux paramètres d'exposition ou au système d'acquisition. Les possibilités de traitement informatique de l'image ne permettent pas de corriger un mauvais positionnement ou une information qui n'a pas été enregistrée lors de l'exposition.
RADIOGRAPHIE AVANT, PENDANT ET APRÈS UNE EXTRACTION
La radiographie permet d'évaluer avant une extraction le nombre, la forme et la courbure des racines, leur éventuelle relation avec les structures voisines et la présence de lésions périapicales. Une radiographie postopératoire permet de vérifier l'absence de fragment résiduel et l'état de l'os alvéolaire.
RADIOPROTECTION
Les règles de radioprotection doivent être respectées lors de toute utilisation de rayonnements ionisants. Le manipulateur doit se tenir à distance du faisceau primaire, ne jamais placer ses mains dans le faisceau et ne pas maintenir manuellement le récepteur dans la bouche du patient pendant l'exposition. Cette contrainte constitue une raison supplémentaire pour laquelle l'examen doit être réalisé sous anesthésie générale : un animal vigile ne peut ni maintenir le récepteur en position stable, ni rester immobile le temps nécessaire. Des dispositifs de maintien adaptés doivent être utilisés [5].
CONCLUSION
La radiographie dentaire intra-orale est une compétence technique indispensable en dentisterie vétérinaire. La qualité du résultat ne dépend pas uniquement du prix ou de la sophistication du matériel, mais surtout de la capacité du praticien à choisir le récepteur adapté, à le positionner correctement, à sélectionner la technique appropriée et à orienter correctement le faisceau.
La principale difficulté est de savoir où placer le récepteur, comment orienter le faisceau et reconnaître immédiatement un cliché non diagnostique.
Savoir réaliser une radiographie dentaire, c'est donc savoir obtenir une image qui permet de comprendre la dent et de prendre une décision pour le patient.
BIBLIOGRAPHIE
1. Verstraete FJM et coll. Diagnostic value of full-mouth radiography in dogs. Am J Vet Res. 1998 ; 59 : 686-91.
2. Verstraete FJM et coll. Diagnostic value of full-mouth radiography in cats. Am J Vet Res. 1998 ; 59 : 692-5.
3. Niemiec BA. Oral radiology and imaging. In : Niemiec BA, editor. Veterinary Dentistry. 2nd ed. Hoboken : Wiley-Blackwell ; 2019.
4. Kuntsi H et coll. Dental and oral diagnostic imaging and interpretation. In : Tutt C, Deeprose J, Crossley D, editors. BSAVA Manual of Canine and Feline Dentistry and Oral Surgery. 4th ed. Gloucester : BSAVA ; 2018 : 49-88.
5. Niemiec BA et coll. World Small Animal Veterinary Association Global Dental Guidelines. J Small Anim Pract. 2020 ; 61 : 395-403.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Risque infectieux et parasitaire : la puberté, une étape charnière
Lyon France
Lyon France
Risque infectieux :
FREYBURGER L. et coll. Recommandations vaccinales pendant la consultation pubertaire. Revue Vétérinaire Clinique. 2025 ; 60
La période pubertaire marque la transition entre la fin de la période pédiatrique, où l’immunité est encore immature et fortement influencée par les anticorps maternels, et l’entrée dans l’âge jeune adulte, où les risques infectieux restent élevés en raison de l’autonomisation, de l’exploration accrue de l’environnement et de la persistance possible d’une fenêtre de susceptibilité. La consultation pubertaire permet donc d’optimiser la protection vaccinale en complétant les protocoles initiés en pédiatrie.
1. Le contexte immunitaire : une vulnérabilité persistante
Le chiot et le chaton naissent immunocompétents mais avec un système immunitaire « naïf », moins efficace que celui de l’adulte. Durant les six premiers mois, leur immunité se construit progressivement. Les anticorps maternels, transmis majoritairement par le colostrum (≈ 85 %), assurent une protection temporaire mais présentent un double effet :
- bénéfique, en protégeant contre les infections juvéniles graves (ex. parvovirose) ;
- nuisible, en inhibant la vaccination lorsque leur concentration est trop élevée.
Cette interférence crée une période critique, durant laquelle le jeune n’est plus protégé par les anticorps maternels mais ne peut pas encore répondre efficacement au vaccin.
Cette fenêtre peut s’étendre jusqu’à 20 semaines, voire au-delà, se traduisant notamment et probablement par les cas de parvovirose observés chez des animaux de 6 à 8 mois.
2. Vaccins réplicatifs : un enjeu majeur à la puberté
Les valences essentielles du chien (D, A2, P) et du chat (R, C, P) sont quasiment toutes réplicatives, c’est-à-dire que l’antigène vaccinal se multiplie dans l’organisme, imitant une infection naturelle. Cette propriété confère une immunité robuste et durable, mais rend ces vaccins sensibles aux anticorps maternels, qui peuvent neutraliser l’antigène avant qu’il ne stimule l’immunité.
Ainsi, même après une vaccination pédiatrique complète (8, 12 et 16 semaines), un faible pourcentage d’animaux reste non protégé, en raison d’une persistance tardive des anticorps maternels.
3. Pourquoi la puberté est le moment clé pour gérer le risque infectieux
La WSAVA recommande désormais de terminer le protocole vaccinal à 26 semaines (6 mois) pour les valences réplicatives. Cette injection pubertaire vise à :
- couvrir les individus dont les anticorps maternels persistent tardivement, et ainsi éviter les cas de parvovirose juvénile mortelle,
- réduire la circulation virale dans la population,
- augmenter le pourcentage global d’animaux réellement protégés.
Cette stratégie est une mesure de gestion du risque infectieux populationnel, visant à éviter que des animaux insuffisamment protégés ne deviennent des vecteurs de dissémination virale.
4. Protocole vaccinal recommandé à la puberté
Lors de la consultation pubertaire, il est recommandé d’administrer une injection supplémentaire des valences réplicatives essentielles, indépendamment de l’historique vaccinal pédiatrique :
Chiot : D – A2 – P
Chaton : R – C – P
Cette injection :
- induit une immunité solide et durable (≥ 3 ans),
- sécurise les individus ayant échappé à la vaccination pédiatrique,
- limite les risques d’infection et de dissémination virale.
Les valences non réplicatives (leptospirose, FeLV, rage) ne nécessitent pas d’injection à la puberté, sauf si le protocole pédiatrique n’a pas été réalisé.
5. Protection contre l’infection vs protection contre les symptômes
Trois types de protection peuvent être décrits :
- Protection contre l’infection : parvovirose, maladie de Carré, hépatite de Rubarth, panleucopénie féline.
- Protection contre la maladie (symptômes) : calicivirose, rhinotrachéite.
- Protection contre l’excrétion
Pour ces valences R et C il est essentiel que au moins deux injections d’induction aient été réalisées avant la puberté.
6. Enjeux de santé publique et de médecine préventive
La gestion du risque infectieux à la puberté s’inscrit dans une logique de médecine préventive populationnelle :
- réduire la circulation des virus correspondants aux valences essentielles,
- éviter les formes graves et mortelles chez les jeunes,
- protéger les animaux vulnérables,
- limiter les risques de contamination dans les collectivités.
La consultation pubertaire devient ainsi un pivot stratégique, permettant de sécuriser la transition vers l’âge adulte et de garantir une immunité durable.
La période pubertaire concentre donc un risque infectieux majeur, lié à la maturation immunitaire, à la persistance possible des anticorps maternels et à l’augmentation des expositions environnementales. La gestion de ce risque repose sur une injection vaccinale essentielle à 26 semaines, ciblant les valences réplicatives sensibles aux anticorps maternels. Cette mesure augmente significativement la protection de la population canine et féline, réduit la circulation virale et prévient les infections juvéniles graves. La consultation pubertaire doit donc être systématisée et considérée comme un acte central de la médecine préventive.
Risque parasitaire
Pellecuer MA et coll. Gestion parasitaire raisonnée : la consultation pubertaire, point de départ d’une stratégie durable. Revue Vétérinaire Clinique. 2025 ; 60
La consultation pubertaire constitue un moment charnière pour réévaluer le risque parasitaire. Si de nombreux parasites internes ou externes sont plus fréquemment rencontrés chez le chiot ou le chaton, certains risques persistent à l’âge adulte. Le contrôle parasitaire doit donc se poursuivre tout au long de la vie, mais en évoluant vers une prise en charge fondée sur une évaluation individuelle des risques. Il est important de noter que la vermifugation est systématique chez le jeune concernant le risque de toxocarose alors qu’à partir de la puberté elle va dépendre du risque de contamination.
Cette transition est d’autant plus importante que la puberté s’accompagne de modifications physiologiques et, surtout, de changements du mode de vie susceptibles d’influencer le risque parasitaire. Les contacts avec les congénères se multiplient, les sorties sont plus fréquentes et l’accès à l’extérieur devient parfois moins surveillé. Chez le chat notamment, cette période peut également marquer le début des comportements de chasse.
En parallèle, la maturation de l’immunité peut réduire la probabilité d’infestation par certains parasites déjà rencontrés au très jeune âge. Chez le chien, le cas de Toxocara canis illustre cette évolution : à partir de l’âge de 6 mois chez la chienne, un peu plus tard chez le mâle, la migration somatique des larves conduit à leur dispersion dans l’organisme et à un état de vie ralenti, ou hypobiose. La réactivation des larves, et par conséquent la présence de Toxocara adultes dans le tube digestif, est observée après l’œstrus et au cours de la gestation chez la chienne. Cette réactivation reste également possible chez n’importe quel animal et à n’importe quel moment, probablement en lien avec une altération du fonctionnement du système immunitaire.
Enfin, les habitudes alimentaires peuvent évoluer, avec notamment l’introduction d’une ration ménagère pouvant comprendre de la viande ou des abats crus.
L’ensemble de ces modifications justifie une nouvelle analyse du risque parasitaire à ce stade de vie.
Cette analyse repose sur un recueil précis, rigoureux et structuré des informations. Un questionnaire de préconsultation peut faciliter cette démarche et permettre au propriétaire de prendre conscience du travail de réflexion et d’expertise réalisé par le vétérinaire pour établir un protocole individualisé et protecteur (Figure 1 et 2)
Il faut d’abord vérifier les antécédents et notamment la bonne application du protocole de vermifugation pédiatrique et les mesures de protection vis-à-vis des ectoparasites.
Le mode de vie est ensuite déterminant : le risque d’infestation parasitaire augmente avec l’accès à l’extérieur, la vie en collectivité (au-delà de 3 animaux), les contacts avec des congénères ou les comportements de chasse et de prédation.
Si une alimentation exclusivement industrielle ou ménagère « classique », ne présente aucun risque parasitaire pour l’animal il convient de rechercher la consommation de viande ou d’abats crus, de proies, de carcasses, dont l’origine n’est pas maitrisée ou sure mais également l’ingestion possible de limaces ou d’escargots.
Le lieu de vie et les voyages permettent d’identifier l’exposition à certains parasites selon leur distribution géographique, notamment Leishmania infantum, Dirofilaria immitis et les échinocoques.
L’évaluation concerne enfin le foyer dans lequel vit l’animal. La présence de jeunes enfants ou de personnes immunodéprimées, ou de femmes enceintes, conduit à renforcer les mesures sanitaires et hygiéniques afin de limiter le risque zoonotique et l’exposition aux résidus d’antiparasitaires. Ainsi le ramassage quotidien des fèces, l’entretien des litières, le lavage régulier des mains, et l’interdiction de comportement à risque comme le léchage du visage font partie intégrante du protocole.
À l’issue de cette analyse, l’objectif n’est donc plus d’appliquer à tous les animaux un même protocole, mais de définir un profil de risque permettant d’associer de manière raisonnée dépistage, traitement antiparasitaire et mesures sanitaires. Les analyses coproscopiques régulières constituent un outil de dépistage utile et une alternative aux traitements systématiques lorsqu’elles sont adaptées au parasite recherché et correctement interprétées. Par ailleurs, l'examen régulier du pelage peut être intégré dans la gestion de l'infestation par des puces ou des tiques chez certains animaux.
Afin de faciliter cette démarche, des schémas décisionnels sont proposés aux praticiens
À la gestion médicale des parasites, incluant le choix des molécules et de la galénique, doivent s’associer des mesures sanitaires essentielles, notamment le ramassage quotidien des excréments, afin de limiter les recontaminations et l’impact environnemental des antiparasitaires
La consultation pubertaire doit finalement permettre d’établir un calendrier clair et précis de prévention jusqu’à la prochaine consultation. Cette prescription personnalisée doit être expliquée au propriétaire : Quels sont les risques pour l’animal et son entourage ? Quel choix du dépistage ou du traitement mettre en place ? Quelle galénique choisir pour favoriser l’administration et l’observance, et quelles mesures d’hygiène associées ? Il faut répondre à ces questions tout en tenant compte des résistances et des risques sanitaires et environnementaux.
La puberté marque donc un changement de stratégie : le protocole antiparasitaire du jeune animal laisse progressivement place à une stratégie durable, individualisée et réévaluable, construite à partir du mode de vie et de l’environnement de chaque animal. L’implication du propriétaire, grâce à une bonne communication, est essentielle pour assurer l’adhésion au protocole établi.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Rôle de l'anesthésiste lors d'hémorragie chirurgicale
Créteil France
L’hémorragie peropératoire constitue une urgence dynamique susceptible d’altérer rapidement la perfusion tissulaire, la capacité de transport de l’oxygène et l’hémostase. Sa prise en charge repose en premier lieu sur le contrôle chirurgical de la source du saignement. Cependant, l’anesthésiste occupe une place déterminante dans l’anticipation du risque, la détection précoce des signes de décompensation, l’optimisation de l’oxygénation et de la perfusion, ainsi que dans la mise en œuvre d’une réanimation volémique et transfusionnelle adaptée.
L’objectif est de préserver une délivrance tissulaire d’oxygène compatible avec la fonction des organes vitaux, La stratégie thérapeutique doit être réévaluée de manière répétée en fonction de la vitesse de la perte sanguine, de l’état physiologique initial du patient, de la réponse à la réanimation et de la possibilité d’obtenir un contrôle rapide de l’hémorragie.
Chez un animal anesthésié, la baisse de la pression artérielle ne résume pas la gravité de la situation. Elle peut refléter une hypovolémie, mais également une vasodilatation induite par l’anesthésie, une diminution de la contractilité myocardique, une profondeur anesthésique excessive ou une combinaison de ces mécanismes. Inversement, une pression artérielle momentanément acceptable ne garantit ni un débit cardiaque adéquat ni une délivrance tissulaire d’oxygène suffisante. L’anesthésiste doit donc interpréter chaque paramètre dans son contexte, privilégier les tendances et raisonner sur l’ensemble de la physiologie du patient.
La conséquence immédiate d’une hémorragie aiguë est une réduction du volume sanguin circulant. Lorsque la compensation devient insuffisante, le retour veineux, le volume d’éjection systolique et le débit cardiaque diminuent. La délivrance tissulaire d’oxygène (DO2) dépend du débit cardiaque (DC) et du contenu artériel en oxygène (CaO2)
DO2 = DC × CaO2
Le contenu artériel en oxygène dépend principalement de la concentration en hémoglobine et de la saturation artérielle en oxygène :
CaO2 = (1,34 × Hb × SaO2) + (0,003 × PaO2)
L’oxygénothérapie augmente la fraction inspirée en oxygène, améliore la PaO2 et peut optimiser la saturation lorsque celle-ci est insuffisante. Toutefois, l’augmentation de l’oxygène dissous dans le plasma reste quantitativement limitée. Elle ne peut donc pas compenser durablement la réduction de la capacité de transport de l’oxygène provoquée par une perte érythrocytaire importante. Cette distinction est essentielle : les cristalloïdes peuvent restaurer transitoirement une partie du volume intravasculaire, mais ne restaurent ni l’hémoglobine ni les facteurs de coagulation perdus. En revanche ils protègent la chute du débit cardiaque (DC)
La priorité clinique n’est ainsi pas de corriger isolément une pression artérielle, un hématocrite ou une concentration de lactate. Elle est de maintenir, ou de restaurer, une perfusion et une capacité de transport de l’oxygène suffisantes jusqu’au contrôle de l’hémorragie, tout en limitant les effets iatrogènes de la réanimation.
La prise en charge d’une hémorragie peropératoire commence avant l’induction anesthésique. L’identification d’un risque élevé permet d’adapter le monitorage, de sécuriser les voies d’abord, d’anticiper les besoins transfusionnels et de préparer une réponse collective à une éventuelle dégradation rapide.
Les situations fréquemment associées à un risque de perte sanguine importante comprennent les hémopéritoines, les masses spléniques ou hépatiques, les chirurgies hépatiques et vasculaires, les thoracotomies, les interventions oncologiques étendues, les traumatismes, ainsi que les procédures réalisées chez un animal présentant une maladie de l’hémostase. Le risque est majoré par une thrombopénie, une thrombocytopathie, une maladie de von Willebrand, une insuffisance hépatique, une coagulopathie acquise, un sepsis, une coagulation intravasculaire disséminée, une anémie préexistante ou l’administration de médicaments susceptibles d’interférer avec l’hémostase.
Chez ces patients, le plan anesthésique doit être adapté avant le début de l’intervention. La présence d’au moins deux voies veineuses fonctionnelles, de diamètre adapté, est généralement souhaitable. Leur positionnement et leur perméabilité doivent être vérifiés avant. Un abord veineux central ou intra-osseux peut être envisagé lorsque les accès périphériques sont difficiles, lorsque les besoins de perfusion rapide sont anticipés ou lorsque le patient est particulièrement instable. Mais ils resteront moins efficaces.
La préparation comprend également l’obtention de valeurs de référence : hématocrite ou PCV, protéines totales, numération plaquettaire, glycémie, lactate, électrolytes et, selon le contexte, gaz du sang, calcémie ionisée et paramètres de coagulation. Ces résultats initiaux n’ont pas uniquement une valeur diagnostique ; ils permettent surtout d’interpréter les variations peropératoires. Un hématocrite isolé peut être trompeur en phase précoce d’hémorragie aiguë, mais son évolution sériée, interprétée avec les protéines totales, les volumes perfusés et l’état clinique, est utile.
Le groupage sanguin, et lorsque cela est indiqué la compatibilité croisée, doivent être réalisés suffisamment tôt pour éviter que la nécessité transfusionnelle ne survienne avant que les produits sanguins ne soient disponibles. Identifier les ressources accessibles, concentrés de globules rouges, sang total, plasma frais congelé, cryoprécipité ou produits plaquettaires, fait partie intégrante de la préparation. Anticiper la transfusion ne signifie pas qu’elle sera nécessaire ; cela évite surtout qu’une décision appropriée soit retardée par des contraintes logistiques.
Enfin, l’hypothermie doit être prévenue dès le début de l’anesthésie. Un système de réchauffement actif, l’isolation du patient, le réchauffement prudent des fluides et, lorsque cela est réalisable, des produits sanguins, doivent être prévus. L’hypothermie contribue à la dysfonction plaquettaire, ralentit les réactions enzymatiques de la coagulation et diminue l’efficacité de la réanimation. Mais l’hypothermie est aussi une conséquence de l’hémorragie (avec la partes des calories sanguines)
d’hémorragie active, l’administration de volumes élevés peut améliorer transitoirement la pression artérielle tout en aggravant l’hémodilution, la diminution de la pression oncotique et la coagulopathie. Cette stratégie risque également de masquer temporairement la gravité de la perte sanguine et de retarder l’administration de produits sanguins appropriés.
Un bolus limité de cristalloïde isotonique tamponné peut être justifié chez un animal hypovolémique afin d’évaluer sa réponse hémodynamique. Les recommandations récentes proposent, pour la correction initiale de l’hypovolémie, des bolus de 15 à 20 mL/kg chez le chien et de 5 à 10 mL/kg chez le chat, administrés sur 15 à 30 minutes puis réévalués. Dans le contexte d’une hémorragie active, ces volumes doivent être considérés comme des repères de départ et non comme un objectif à administrer systématiquement.
Après chaque intervention, l’anesthésiste doit se demander : la pression artérielle, la qualité du pouls, l’ETCO2, la perfusion périphérique ou les paramètres de débit cardiaque se sont-ils améliorés ? Cette amélioration est-elle durable ? La perte de sang se poursuit-elle ? Une absence de réponse, une réponse très transitoire ou la persistance d’un saignement actif imposent de reconsidérer la stratégie, plutôt que de poursuivre indéfiniment la perfusion de cristalloïdes.
Les colloïdes synthétiques ne remplacent pas les produits sanguins, mais ils sont bien plus efficaces que les cristalloïdes. Leur emploi doit être réfléchis mais sans hésiter non plus ! Certes les coagulopathies ou lésions rénales sont théoriquement (i.e. pas prouvées systématiquement, mais uniquement suspectées) possibles, mais il est mieux d’avoir un patient « vivant » avec une comorbidité qu’un « mort » sain. Les colloïdes ne corrigent ni l’anémie ni un déficit en facteurs de coagulation mais ils donnent plus de « temp » pour le contrôle chirurgical de l’hémorragie.
La place des vasopresseurs mérite également d’être précisée. Un vasopresseur peut être utile lorsque la vasoplégie, l’anesthésie ou une hypotension persistante contribuent à compromettre la pression de perfusion. Il peut restaurer transitoirement une pression artérielle, mais ne corrige ni une hypovolémie, ni une diminution du débit cardiaque liée à une précharge insuffisante, ni la perte de capacité de transport de l’oxygène. Il doit donc être utilisé comme un support complémentaire après le contrôle de l’hémorragie (autrement on « videra » plus vite le patient de son sang), jamais comme un substitut au contrôle de l’hémorragie et à la restauration des composants sanguins perdus.
La décision transfusionnelle doit être contextualisée. Elle ne repose pas sur un seuil unique d’hématocrite ou d’hémoglobine, mais sur la combinaison de plusieurs éléments : existence d’une hémorragie active, vitesse de la perte, signes de mauvaise perfusion, évolution du lactate, altération de la pression artérielle et de la qualité des pouls, diminution de l’ETCO2, réserve cardiovasculaire et respiratoire du patient, anémie préexistante, réponse aux mesures initiales et possibilité de contrôler rapidement la source.
Le concentré de globules rouges est le produit de choix lorsque la diminution de la capacité de transport de l’oxygène constitue le problème prédominant. Il permet d’augmenter l’hématocrite avec un volume administré limité, ce qui est particulièrement intéressant chez les patients à risque de surcharge volémique. Le sang total peut être utile lorsqu’un apport simultané de volume et de globules rouges est nécessaire, notamment lors d’hémorragie aiguë importante, en tenant compte de sa disponibilité, de son âge et de sa composition.
Une hémorragie prolongée ne se résume pas à une diminution du volume circulant. L’hypothermie, l’acidose, l’hypocalcémie liée au citrate des produits sanguins, l’hémodilution et la consommation des facteurs de coagulation altèrent progressivement l’hémostase et rendent le saignement plus difficile à contrôler. Cette dynamique, parfois désignée comme une spirale ou une triade létale, impose une approche préventive plutôt que corrective.
La température corporelle doit être surveillée en continu et la normothermie activement recherchée. La diminution de la température réduit l’efficacité de la coagulation et peut retarder le métabolisme des médicaments anesthésiques. Le pH, la lactatémie et les gaz du sang permettent d’évaluer l’ampleur de l’hypoperfusion et les conséquences métaboliques de l’hémorragie. La calcémie ionisée mérite une attention particulière lors de transfusions rapides ou répétées : une hypocalcémie peut contribuer à la baisse de contractilité myocardique, à l’hypotension et à une dysfonction de l’hémostase.
L’anesthésiste ne remplace pas le geste chirurgical qui arrête le saignement. Son rôle est néanmoins essentiel : reconnaître l’urgence avant le collapsus, interpréter la physiologie en temps réel, soutenir la perfusion et le transport de l’oxygène, guider une réanimation adaptée et permettre au chirurgien de disposer du temps nécessaire pour restaurer l’hémostase.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Sait-on nourrir un chat en MRC ?
Toulouse France
Sait-on nourrir un chat en MRC ?
La maladie rénale chronique (MRC) entraîne de nombreuses modifications métaboliques : altération du métabolisme phosphocalcique, accumulation de déchets azotés, perturbations hydro-électrolytiques et acido-basiques, mais aussi diminution de l'appétit et altération progressive de l'état nutritionnel. La prise en charge nutritionnelle poursuit ainsi plusieurs objectifs : maintenir l'état nutritionnel et en particulier la masse musculaire, contrôler le métabolisme phosphocalcique, limiter l'azotémie, prévenir ou corriger les désordres hydro-électrolytiques et acido-basiques et, à terme, ralentir la progression de la maladie. Les bénéfices cliniques des aliments formulés pour les chats atteints de MRC sont bien documentés, avec une diminution des crises urémiques et du risque de progression de la maladie ainsi qu'une augmentation du temps de survie. Cependant, les besoins nutritionnels évoluent au cours de la maladie et la prescription doit être individualisée.
Avant de prescrire : évaluer le patient et son alimentation
La prescription nutritionnelle nécessite de connaître le stade IRIS, mais celui-ci ne suffit pas à définir l'alimentation optimale. L'évaluation doit prendre en compte le poids du chat et son évolution, la note d’état corporel (BCS), l’état musculaire (MCS), l'appétit, l'hydratation et les éventuelles comorbidités. Une anamnèse alimentaire détaillée est indispensable afin de connaître les aliments réellement consommés, leurs quantités, leur mode de distribution ainsi que les friandises et autres à-côtés.
L'interprétation des données biologiques, notamment créatinine, urée, phosphatémie, calcémie ionisée, kaliémie, bicarbonates, protéinurie et, lorsque disponible, FGF-23, permet ensuite d'établir une prescription nutritionnelle. Cette évaluation doit être répétée au cours du temps puisque la MRC va progresser et les priorités nutritionnelles vont évoluer avec elle.
Couvrir les besoins énergétiques et préserver la masse musculaire
Le maintien de l'état nutritionnel constitue une priorité. Chez le chat atteint de MRC, un faible BCS et un faible poids corporel sont associés à une diminution du temps de survie. Ces associations pourraient être liées à une perte de masse musculaire, justifiant d'associer systématiquement l'évaluation du MCS au poids et au BCS.
L'hyporexie lors de MRC peut conduire à un apport énergétique insuffisant, au catabolisme des protéines endogènes et à une aggravation de la fonte musculaire. La densité énergétique de l'aliment doit donc être adaptée au volume spontanément consommé. Plusieurs aliments, textures et présentations peuvent être proposés. Le fractionnement des repas et le réchauffage de l'aliment peuvent favoriser la prise alimentaire. La priorité reste qu'un chat mange suffisamment : un aliment dont la composition est théoriquement optimale mais qui n'est pas consommé ne constitue pas une prescription nutritionnelle adaptée.
Favoriser l'hydratation
La perte de la capacité à concentrer les urines favorise les pertes hydriques chez le chat MRC. L'alimentation humide ou l'ajout d'eau à l'aliment permettent d'augmenter l'apport hydrique total et doivent être privilégiés lorsqu'ils sont acceptés. Les eaux enrichies en nutriments augmentent la prise volontaire de liquide chez le chat sain et chez des chats déshydratés, mais leur intérêt spécifique à long terme lors de MRC reste à démontrer. À l'inverse, les fontaines n'augmentent pas en moyenne la consommation d'eau, mais certains chats peuvent avoir des préférences individuelles. Multiplier les points d'eau et tester différents modes de présentation reste pertinent.
Phosphore et calcium : adapter la restriction à la progression de la MRC
Avec la diminution du débit de filtration glomérulaire, l'excrétion rénale du phosphate diminue. Initialement, l'augmentation du FGF-23 et de la PTH permet de maintenir la phosphatémie dans les intervalles de référence en augmentant l'excrétion fractionnelle du phosphate par les néphrons restants. Ainsi, une phosphatémie normale n'exclut pas une perturbation précoce du métabolisme phosphocalcique. Lorsque ces mécanismes compensatoires deviennent insuffisants, l'hyperphosphatémie apparaît. Elle participe aux troubles minéraux et osseux associés à la MRC et aux minéralisations tissulaires, et constitue un facteur pronostique défavorable.
La restriction du phosphore alimentaire est un élément majeur de la prise en charge des MRC avancées et doit être adaptée afin d'atteindre les objectifs de phosphatémie définis par IRIS. Lorsque la restriction alimentaire maximale compatible avec une prise alimentaire suffisante ne permet pas d'atteindre ces objectifs, l'utilisation d'un chélateur du phosphate peut être envisagée.
La situation est plus complexe lors de MRC précoce. Une restriction phosphorée excessive peut favoriser l'apparition d'une hypercalcémie ionisée. Il convient donc d'éviter les excès de phosphore sans rechercher pour autant une « restriction ». Chez les chats développant une hypercalcémie ionisée, la composition de l'aliment doit être réévaluée en considérant conjointement phosphore, calcium et rapport Ca:P. Des concentrations en calcium inférieures à 2 g/Mcal et un rapport Ca:P inférieur à 1,4 ont notamment été proposées dans ces cas-là dans la littérature scientifique.
Enfin, tous les phosphores alimentaires ne sont pas équivalents. Le phosphore inorganique soluble utilisé comme additif est généralement beaucoup plus biodisponible que le phosphore organique naturellement présent dans les ingrédients animaux ou végétaux. La quantité totale de phosphore, sa source et le rapport Ca:P participent donc conjointement à ses effets biologiques.
Protéines : éviter aussi bien les excès que la restriction excessive
La restriction protéique est historiquement associée aux aliments rénaux afin de limiter la production de déchets azotés, l'apport de phosphore et la protéinurie. Néanmoins, contrairement à d'autres espèces, le bénéfice d'une restriction protéique sur la progression de la MRC n'est actuellement pas clairement démontré chez le chat. Une restriction excessive peut en revanche favoriser une couverture insuffisante des besoins et la perte de masse musculaire, particulièrement chez un animal hyporexique.
L'objectif est donc de réduire les déchets azotés tout en maintenant la masse maigre, en privilégiant des protéines hautement digestibles et de bonne valeur biologique. Chez un chat sans protéinurie importante, une restriction protéique sévère n'est pas souhaitable. En présence de protéinurie, une réduction progressive de l'apport (-25 à 50% par rapport à l’aliment précédent) peut être envisagée tout en surveillant attentivement prise alimentaire, poids, MCS et couverture énergétique.
Acides gras, équilibre acido-basique et minéraux
Les acides gras oméga-3 à longue chaîne, notamment EPA et DHA, présentent un intérêt potentiel par leur capacité à limiter l’inflammation glomérulaire. Les données chez le chat sont peu nombreuses et ne permettent pas de définir précisément un apport optimal.
L'acidose métabolique peut contribuer au catabolisme protéique et à la progression des altérations métaboliques. Les aliments rénaux sont généralement alcalinisant et on évitera les aliments acidifiant comme la plupart des aliments à visée urinaire. L'équilibre acido-basique doit néanmoins être évalué individuellement.
La kaliémie doit aussi guider la prescription. Une hypokaliémie peut nécessiter une augmentation de l'apport en potassium, tandis qu'une hyperkaliémie impose au contraire d'éviter une supplémentation potassique.
Concernant le sodium, une restriction excessive n'est pas souhaitable : des apports très faibles peuvent activer le système rénine-angiotensine-aldostérone sans bénéfice démontré sur la pression artérielle.
Microbiote, fibres et antioxydants
La MRC est associée à une dysbiose intestinale et à une augmentation de la fermentation protéolytique, favorisant la production de toxines urémiques dans le côlon. Les fibres fermentescibles peuvent favoriser une fermentation saccharolytique avec une diminution des toxines urémiques, tandis que l'utilisation de protéines hautement digestibles ou hydrolysées limite la quantité de substrats protéiques atteignant le côlon. Les probiotiques constituent une autre piste, mais les données cliniques sont limitées.
Les fibres insolubles peuvent favoriser le transit et limiter la constipation, au prix d'une diminution de la digestibilité, ce qui n’est pas souhaitable chez un petit mangeur.
Enfin, la MRC est associée à un état de stress oxydant. Une supplémentation en antioxydants, notamment en vitamine E, présente un rationnel intéressant, mais les données disponibles ne permettent pas actuellement de définir des recommandations quantitatives spécifiques au chat MRC.
Suivre et faire évoluer la prescription
Toute modification alimentaire doit être accompagnée d'un suivi. Une transition progressive permet de favoriser l'acceptation du nouvel aliment. Le poids peut être contrôlé par le propriétaire à la fin de la transition puis deux semaines plus tard afin de vérifier que la prise alimentaire est suffisante. En consultation, poids, BCS et MCS doivent être réévalués, ainsi que les paramètres biologiques cités plus hauts.
Conclusion
Il n'existe pas un aliment idéal pour « le chat MRC ». La priorité est de préserver l'état nutritionnel, puis d'individualiser la composition de l'alimentation en fonction des complications présentes (Tableau 1). La MRC étant une maladie évolutive, la prescription nutritionnelle doit être régulièrement réévaluée en fonction de l'évolution clinique, de l'état nutritionnel et des paramètres biologiques, afin d'être adaptée tout au long de la maladie.
Références
1. Freeman, L.; Becvarova, I.; Cave, N.; MacKay, C.; Nguyen, P.; Rama, B.; Takashima, G.; Tiffin, R.; Tsjimoto, H.; van Beukelen, P. WSAVA Nutritional Assessment Guidelines. J Small Anim Pract 2011, 52, 385–396.
2. Kosmal, P.A.L.; Shoveller, A.K.; Gillies, G.; Armstrong, L.E. Diet Format, Protein, Amino Acids, Salt, and Osmolytes, as Well as Water Viscosity, Affect Water Consumption in Domestic Cats: A Scoping Review of 32 Publications (Published from 1975 to 2025) on Water Intake, Hydration Status, and Related Health Outcomes. J Anim Sci 2026, 104.
3. Stockman, J. Dietary Phosphorus and Renal Disease in Cats: Where Are We? Journal of Feline Medicine and Surgery 2024, 26.
4. Kobayashi, S.; Kawarasaki, M.; Aono, A.; Cho, J.; Hashimoto, T.; Sato, R. Renoprotective Effects of Docosahexaenoic Acid in Cats with Early Chronic Kidney Disease Due to Polycystic Kidney Disease: A Pilot Study. Journal of Feline Medicine and Surgery 2022, 24.
5. Nguyen, P.; Reynolds, B.; Zentek, J.; Paßlack, N.; Leray, V. Sodium in Feline Nutrition. Journal of Animal Physiology and Animal Nutrition 2017, 101, 403–420.
Liens d'intérêt : Au cours des cinq dernières années :Conférences / formations / expertises pour Virbac, Hill's, Exzell Animal Health Division.Participation aux symposiums de Purina Pro Plan.Visite des usines Royal Canin, Purina Pro Plan et Bab'in.Une publication financée par la FACCO.Thèse CIFRE avec Lallemand soutenue en décembre 2025.
📃 Sarcomes des sites d'injection chez le chat : une affection rare malgré une forte perception du risque
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Stabilisation des disjonctions symphysaires mandibulaires chez le chat par cerclage circonférentiel en polydioxanone (PDS) : étude rétrospective de 16 cas avec suivi à long terme
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Stratégies complémentaires et alternatives
Montpelllier France
Infections du site opératoire : stratégies complémentaires et alternatives
Sophie Gibert, DVM, Dipl ECVS
Centre Hospitalier Vétérinaire Languedocia
Une fois les infections du site opératoire (ISO) définies et l'antibioprophylaxie raisonnée, il reste au chirurgien un large éventail de mesures complémentaires pour maîtriser le risque infectieux. Ces mesures, anciennes ou récentes, partagent un même objectif : réduire la charge bactérienne et le risque d'ISO tout en limitant le recours aux antibiotiques, dont la surconsommation nourrit l'antibiorésistance. La difficulté est que la plupart de ces stratégies reposent, en médecine vétérinaire, sur un niveau de preuve faible et sur une extrapolation des données humaines. Le seul véritable consensus reste la rigueur d'application des mesures d'asepsie éprouvées, à laquelle s'ajoutent des outils plus récents dont l'intérêt doit être apprécié au cas par cas.
I - La rigueur de l'asepsie : le socle incontournable
La majorité des ISO résultent de la contamination du site par la flore endogène du patient au moment de l'intervention [1]. Les mesures de base gardent donc la première place. La tonte, et non le rasage, doit être réalisée juste avant l'intervention : le rasage crée des microlésions cutanées qui augmentent significativement le taux d'ISO [2]. L'antisepsie cutanée s'appuie sur une solution alcoolique associée à un antiseptique rémanent. Chez l'homme, les solutions chlorhexidine-alcool sont préférées à la povidone iodée ; en médecine vétérinaire, une méta-analyse récente n'a pas démontré la supériorité franche d'un protocole sur l'autre, ce qui souligne l'importance de la technique d'application (respect du temps de contact et du séchage) plus que du produit choisi [3]. Le drapage, le contrôle du trafic au bloc et son entretien complètent ce socle : l'ouverture répétée des portes et la circulation du personnel augmentent la contamination aéroportée et le risque d'ISO [4]. Le maintien de la normothermie peropératoire, en luttant contre la vasoconstriction et l'hypoperfusion tissulaire, réduit également ce risque [1].
Le changement de gants mérite une attention particulière. Les gants peuvent se perforer et la flore des mains du personnel se multiplier au cours de l'intervention. Le double gantage et le changement de gants avant la mise en place d'un implant ou avant la fermeture cutanée sont des mesures simples, peu coûteuses, recommandées notamment dans les protocoles de chirurgie colorectale et orthopédique [1].
II - L'intérêt des check-lists
L'application d'une check-list chirurgicale, sur le modèle de la liste de sécurité de l'OMS, améliore la compliance de l'équipe aux bonnes pratiques : administration de l'antibioprophylaxie au bon moment, vérification du matériel, communication au sein du bloc. Son intérêt ne tient pas à un geste technique mais à la standardisation et à la traçabilité qu'elle impose. Adaptée au contexte vétérinaire, elle constitue un outil à faible coût pour réduire les défauts d'observance, principale faille des stratégies de prévention [5]. Une check-list périopératoire adaptée à la prévention des ISO est proposée en Tableau 2.
III - Fils, implants et dispositifs
Les matériaux implantés augmentent le risque d'ISO en abaissant l'inoculum bactérien nécessaire à l'infection. Les fils de suture imprégnés de triclosan visent à limiter la colonisation bactérienne du fil. Les données restent contradictoires : bénéfice démontré dans certaines études humaines, mais absence d'effet dans plusieurs travaux vétérinaires, par exemple après ostéotomie de nivellement du plateau tibial (TPLO) chez le chien [1]. Les implants et cathéters à revêtement antibactérien relèvent de la même logique et du même niveau de preuve incertain. Les protecteurs de plaie, qui isolent les berges lors des laparotomies, réduisent l'ISO en chirurgie abdominale ouverte, en particulier colorectale et biliaire [1].
IV- Les antibiotiques locaux : un outil à manier avec prudence
L'application locale d'antibiotiques (éponges de collagène à la gentamicine, poudre de vancomycine) vise à obtenir une concentration élevée au site sans exposition systémique. Les données sont limitées et contradictoires : bénéfice suggéré par des études monocentriques mais non confirmé par des essais multicentriques pour les éponges à la gentamicine, effets indésirables locaux possibles pour la vancomycine [1]. Surtout, cette pratique va à l'encontre de l'objectif de maîtrise de l'antibiorésistance : elle ne doit pas se substituer à une antibioprophylaxie raisonnée ni à la rigueur de l'asepsie, et son usage systématique n'est pas recommandé. L'irrigation de la plaie au sérum physiologique ou à la povidone iodée diluée est courante ; aucun consensus n'existe sur l'irrigation antibiotique, non recommandée en routine [1].
V- Soins à domicile, surveillance par le propriétaire et suivi à distance
La période postopératoire, après le retour à domicile, est un angle mort de la prévention et de la surveillance. Les pansements des plaies fermées de première intention doivent rester stériles et être manipulés de façon aseptique ; les pansements « avancés » (imprégnés d'argent ou d'antibactériens) n'ont pas démontré de supériorité sur les pansements standards [1]. L'implication du propriétaire est déterminante : information sur les soins, prévention du léchage, reconnaissance des signes précoces d'infection (douleur, chaleur, écoulement, déhiscence). Le suivi à distance — consultation téléphonique ou vidéo, envoi de photographies de la plaie aux points de recheck recommandés (retrait des fils à 10-14 jours, contrôle à 4 semaines) — offre une alternative crédible lorsque l'inspection directe par le chirurgien n'est pas possible. La plupart des ISO se déclarant après la sortie d'hospitalisation, cette surveillance post-sortie est essentielle à leur détection [1].
VI - Mise en perspective des données vétérinaires
Aucune de ces stratégies complémentaires ne remplace la rigueur des mesures d'asepsie fondamentales. En médecine vétérinaire, les données propres restent rares et souvent extrapolées de la médecine humaine, et l'hétérogénéité des définitions a longtemps empêché la comparaison des études. Le consensus international récent sur les définitions vétérinaires des ISO ouvre la voie à une surveillance standardisée et à des recommandations fondées sur des preuves [5]. En pratique, la démarche gagnante associe une surveillance active, un retour d'information au chirurgien — qui réduit à lui seul les taux d'ISO — et l'application rigoureuse et systématique de mesures simples. Face à la multiplication des « outils » anciens et nouveaux, un seul mot d'ordre : la rigueur.
Références
1. Seidelman JL, Anderson DJ. Surgical site infections. Infect Dis Clin North Am. 2021 ; 35 : 901-29.
2. Tobias KM, Johnston SA, eds. Veterinary Surgery: Small Animal Expert Consult. 2nd ed. St Louis : Elsevier ; 2018.
3. Marchionatti E et coll. Preoperative skin asepsis protocols using chlorhexidine versus povidone-iodine in veterinary surgery: a systematic review and meta-analysis. Vet Surg. 2022 ; 51 : 744-52.
4. WHO. Global Guidelines for the Prevention of Surgical Site Infection. 2nd ed. Geneva : World Health Organization ; 2018.
5. Verwilghen DR et coll. Surgical site infection definitions consensus: a first step toward improving prevention in veterinary medicine. Am J Vet Res. 2025 ; doi:10.2460/ajvr.25.03.0099.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Structurer l'intervention des professionnels : concilier les pratiques dans une approche collaborative.
Narbonne
La prise en charge comportementale du chien mobilise plusieurs professionnels aux compétences complémentaires : vétérinaire, auxiliaire spécialisé vétérinaire (ASV), éducateur canin, comportementaliste. La question n'est pas de savoir dans quel ordre ils doivent intervenir, mais comment leurs compétences s'articulent au bénéfice de l'animal et de sa famille.
1. Un réseau de compétences
Lorsqu’un propriétaire a des soucis avec le comportement de son chien, la première prise de contact avec un professionnel du monde canin dépend de la situation, de la structure vétérinaire et de la demande de la famille. En effet, un chien peut être présenté en premier lieu à un éducateur pour une question d'apprentissage ou un comportement gênant ou à un vétérinaire pour une plainte somatique (malpropreté, ingestion inadaptée…) qui se révèle finalement d’origine comportementale. Le propriétaire peut également évoquer ces problèmes avec les auxiliaires vétérinaires à l’accueil ou au détour d’une conversation lors d’une consultation avec le vétérinaire traitant.
Ce qui va structurer réellement la prise en charge, ce sont les interrelations entre professionnels — échanges directs, transmissions d'observations, ajustements réciproques — plus que la séquence dans laquelle ils interviennent, l’animal et sa famille restant au centre du système (Figure 1).
Chaque professionnel intervient dans un cadre réglementé mais celui-ci ne reflète pas toujours la réalité des compétences de terrain.
Le vétérinaire est titulaire d'un diplôme d'État et inscrit à l'Ordre national des vétérinaires ; il conserve seul la responsabilité du diagnostic médical, de la prescription et des actes de médecine et de chirurgie, conformément au Code rural et de la pêche maritime. Il traite la douleur, la maladie et les états psychologiques pathologiques. Il peut également avoir des compétences en éducation ou rééducation canine.
L'ASV exerce un métier structuré par un titre de niveau 4 inscrit au RNCP, non obligatoire pour exercer. La loi du 24 mars 2025 a ouvert la possibilité de déléguer certains actes vétérinaires aux ASV, sous réserve d'un certificat de compétences et de la présence d'un vétérinaire dans l'établissement. Le décret d'application, publié le 27 juillet 2026, précise les modalités de cette délégation : accord écrit, responsabilité déontologique du vétérinaire, et reprise de l'acte en cas de difficulté ou de sortie du champ délégué (1). Cette réforme ouvre une perspective réelle pour la spécialisation des ASV en rééducation comportementale, mais elle ne les autorise pas, à elle seule, à assurer des consultations comportementales : tout dépend de la nature des actes, de la formation complémentaire et de l'organisation de la structure.
L'éducateur canin dispose, depuis l'arrêté du 12 janvier 2023, d'un diplôme d'État de référence : le Brevet Professionnel (BP) option « éducateur canin », de niveau 4, inscrit au RNCP sous le numéro 37560 (2). C'est à ce jour le seul diplôme reconnu par le ministère chargé de l'Agriculture pour ce métier ; son obtention n'est cependant pas obligatoire pour exercer, seule l'attestation de connaissances (ACACED) étant exigée. Le titre de comportementaliste, en revanche, n'est protégé par aucun texte : il n'existe pas de diplôme d'État spécifique. Il est ainsi porté par des profils très hétérogènes : éducateurs ou professionnels autodidactes. L’éducateur canin ou le comportementaliste assure l’éducation ou la rééducation sur le terrain. Son rôle est complémentaire du vétérinaire pour la prise en charge des affections comportementales. Il peut disposer d’une expertise clinique de terrain importante.
Cette complémentarité peut s’éclairer par une analogie avec la médecine humaine : le vétérinaire comportementaliste occupe une place proche de celle d’un psychiatre, seul habilité à poser le diagnostic et à prescrire, tandis que l’éducateur canin, en particulier lorsqu’il est formé à la rééducation, s’apparente davantage à un psychologue qui accompagne au quotidien les propriétaires dans la mise en œuvre des apprentissages et des thérapies comportementales. Cette distinction recoupe celle, essentielle, entre éducation et rééducation : l’éducation vise à transmettre au chien les règles de vie et de communication en famille et en société, un travail proche de celui d’un enseignant, tandis que la rééducation cherche à remédier à un trouble comportemental déjà installé, quelle qu’en soit l’étiologie.
Les professionnels du monde canin ont donc des compétences diverses et variées qui dépendent de chaque individu. Le vétérinaire conserve le diagnostic médical et la prescription mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il possède toutes les compétences pratiques pour la rééducation. C’est pourquoi la collaboration interprofessionnelle est à la source de la réussite d’une prise en charge.
2. Une prise en charge structurée en fonction de l’animal et non du professionnel
Quel que soit le professionnel intervenant en première intention, la prise en charge poursuit le même objectif : diminuer les risques de mise en danger du chien ou de son entourage et augmenter la prévisibilité de ses comportements.
Ce socle commun repose d’abord sur l’apprentissage des ordres de base, la mise en place d’une communication claire entre le chien et sa famille. Il suppose ensuite d’adapter l’environnement aux capacités émotionnelles du chien : chez un chien qui a peur, par exemple, il s’agit d’éviter de l’exposer aux stimuli phobogènes, conditions défavorables aux apprentissages, de lui aménager un lieu d’isolement protecteur — cage, pièce calme ou enclos — pour les situations trop complexes à gérer émotionnellement, comme l’arrivée de nombreux visiteurs ou un orage, puis d’engager, en situation ouverte, un travail progressif de désensibilisation et de contre-conditionnement (DS-CC) associant les stimuli redoutés à des récompenses de grande valeur, sans jamais forcer le contact ni bloquer le chien. Protéger les protagonistes constitue un troisième axe de cette prise en charge initiale : il passe par l’habituation aux différents accessoires — muselière en cas d’agressivité, harnais anti-fugue pour un chien peureux — ainsi que, si nécessaire, par la mise à distance (3).
Lorsque l’amélioration n’est pas satisfaisante, il devient nécessaire de savoir référer, soit à un éducateur spécialisé apte à mettre en place une rééducation spécifique, soit à un vétérinaire comportementaliste, apte à diagnostiquer une maladie comportementale et à prescrire un traitement médicamenteux. Un éducateur canin compétent doit ainsi pouvoir repérer, a minima, que les progrès du chien sont anormalement lents au regard de l’investissement des propriétaires, ou que les comportements gênants persistent ou s’aggravent malgré une communication et une éducation de bonne qualité : ce sont là des signaux qui doivent l’alerter sur le fait que l’état émotionnel de l’animal n’est plus seulement réactionnel, mais probablement pathologique, et qu’il dépasse ce que l’éducation seule peut corriger. En effet, la rééducation d’un chien phobique ou anxieux menée sans traitement médicamenteux est longue et fastidieuse, et maintient l’animal dans un état de souffrance qui pourrait être évité ; associée à un traitement médicamenteux, la thérapie comportementale permet au contraire d’accélérer le processus de rééducation. Et dans la réalité, les professionnels interviennent de façon concomitante.
Cette collaboration n’est cependant pas exempte de difficultés : les courants de pensée et les méthodes employées par les différents professionnels sont parfois contraires, ce qui peut créer des tensions et avoir un effet néfaste sur la relation entre professionnels et propriétaires. C’est un point de vigilance : construire un réseau de confiance suppose aussi de vérifier la compatibilité méthodologique (renforcement positif, approches non coercitives) avant d’orienter un client. Cette configuration n’est d’ailleurs pas propre à la médecine vétérinaire : elle trouve un écho dans d’autres modèles de collaboration interprofessionnelle chez l’humain, à l’image du binôme psychiatre-psychologue, ou de la collaboration entre zoothérapeutes et soignants (4). La majorité des obstacles à la collaboration touchent la communication, la clarification des rôles et le travail en équipe. Il est donc essentiel d’identifier les différentes contraintes budgétaires, structurelles et personnelles afin de trouver des solutions et améliorer ainsi la collaboration pour une prise en charge optimale du chien et de sa famille.
Conclusion
Pour faire progresser cette collaboration interprofessionnelle, il paraît utile de mieux faire connaître la psychiatrie vétérinaire et les méthodes d’éducation auprès de l’ensemble des professionnels concernés, et de maintenir entre eux un dialogue d’écoute active. Ce mouvement pourrait s’accompagner du développement de centres de comportement pluridisciplinaires, dans lesquels le rôle des ASV intéressés par le comportement prendrait toute son importance.
Références bibliographiques
1. Loi n° 2025-268 du 24 mars 2025 d'orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture, art. 18. JORF n°0072 du 25 mars 2025. Consultable sur : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2025/3/24/2025-268/jo/article_18. Dernier accès le 24 août 2026.
2. Arrêté du 12 janvier 2023 portant création de l'option « éducateur canin » du brevet professionnel et fixant ses conditions de délivrance (RNCP 37560). JORF du 15 janvier 2023. Consultable sur : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000046984841. Dernier accès le 24 août 2026.
3. Masson S., Bleuer-Elsner S., Muller G., Médam T. (2023). Psychiatrie vétérinaire du chien. No ledge éditions.
4. Krizova, J. (2021). Optimisation de la collaboration interprofessionnelle entre zoothérapeutes et divers intervenants des milieux d'hébergement de type CHSLD ou RI. Essai de maîtrise, Université de Sherbrooke. Savoirs UdeS.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Suivi : quels examens, à quelle fréquence ?
Canada
Maladie valvulaire dégénérative mitrale : suivi, quels examens et à quelle fréquence ?
La maladie valvulaire dégénérative mitrale (MVD) est la cardiopathie acquise la plus fréquemment rencontrée chez le chien. Son évolution est généralement progressive, mais sa vitesse de progression varie considérablement d’un individu à l’autre. Le suivi doit donc être adapté au stade de la maladie, afin d’identifier précocement sa progression, de déterminer le moment opportun pour instaurer un traitement et, chez les chiens atteints d’insuffisance cardiaque congestive (ICC), d’évaluer la réponse au traitement et de détecter une éventuelle décompensation.
La classification proposée par le consensus ACVIM (1) constitue un cadre utile pour déterminer les objectifs et la fréquence du suivi. Le stade A regroupe les chiens à risque de développer une MVD mais ne présentant aucune anomalie cardiovasculaire. Chez ces animaux, notamment les chiens de petites races prédisposées, un examen physique annuel avec auscultation cardiaque est généralement suffisant. Une attention particulière doit toutefois être portée aux animaux reproducteurs : l’apparition précoce d’un souffle ou de modifications échocardiographiques compatibles avec une MVD peut justifier leur exclusion de la reproduction et la mise en place de programmes de dépistage échocardiographique.
Le stade B correspond aux chiens présentant une MVD mais demeurant asymptomatiques. L’objectif principal du suivi est alors d’évaluer le remodelage cardiaque et de différencier les stades B1 et B2. L’échocardiographie représente l’examen de choix pour confirmer l’origine du souffle, caractériser les lésions valvulaires, rechercher d’éventuelles anomalies concomitantes et quantifier les conséquences hémodynamiques de la régurgitation mitrale. L'évolution de la taille du ventricule gauche et de l’oreillette gauche constitue un élément central du suivi. Les principaux critères échocardiographiques utilisés pour identifier un stade B2 (2) sont un diamètre interne du ventricule gauche en diastole normalisé au poids (nLVIDd) > 1,7 et un rapport OG/Ao > 1,6.
Les radiographies thoraciques constituent un examen complémentaire particulièrement utile. Elles permettent d’obtenir une référence individuelle de la silhouette cardiaque et des vaisseaux pulmonaires et d’évaluer simultanément le parenchyme pulmonaire, notamment lorsqu’une toux apparaît. Le Vertebral Heart Score (VHS) permet de suivre objectivement la cardiomégalie : en l’absence d’échocardiographie, un VHS > 11,5 ou une augmentation de plus de 0,5 vertèbre en six mois peuvent notamment suggérer une progression vers le stade B2. Le Vertebral Left Atrial Score (VLAS) offre une estimation radiographique plus spécifique de la taille de l’oreillette gauche (3).
D’autres examens peuvent compléter cette évaluation. La pression artérielle permet d’exclure une hypertension systémique susceptible d’influencer la sévérité de la régurgitation et d’établir une valeur individuelle de référence. Le NT-proBNP peut également être utilisé comme biomarqueur complémentaire dans l’évaluation et le suivi de certains patients (4). Chez un chien au stade B1, une réévaluation tous les 6 à 12 mois par échocardiographie ou radiographies thoraciques est généralement appropriée. La fréquence doit néanmoins être individualisée en fonction de la sévérité des anomalies, de leur vitesse de progression, de l'apparition éventuelle de signes cliniques et de la capacité du propriétaire à assurer une surveillance adéquate à domicile.
Le passage au stade C correspond à l’apparition d’une ICC ou à un historique d’ICC et modifie considérablement les objectifs du suivi. Après l’instauration du traitement médical, qui repose classiquement sur le pimobendane, le furosémide, un inhibiteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine et la spironolactone, l’objectif est d’obtenir un contrôle adéquat de la congestion tout en limitant les effets indésirables du traitement, particulièrement sur la fonction rénale.
Un profil rénal de référence doit idéalement être obtenu au diagnostic, puis contrôlé après l’instauration ou une modification importante du traitement diurétique. Une première réévaluation clinique, radiographique et biochimique peut être réalisée après environ 1 à 2 semaines, puis, chez un animal stable, les radiographies thoraciques et le profil rénal peuvent être répétés environ tous les 3 à 4 mois. La pression artérielle peut être ajoutée selon le contexte clinique. L’échocardiographie n’est pas nécessaire à chaque visite chez un patient stable, mais devient particulièrement utile lorsque l’évolution clinique suggère une complication telle qu’une hypertension pulmonaire, une rupture de cordage, une détérioration de la fonction systolique ou un épanchement péricardique.
Enfin, une part essentielle du suivi du chien au stade C se déroule à domicile. Le propriétaire doit être sensibilisé à l’apparition d’une augmentation de l’effort respiratoire (5), d’une toux, d’une intolérance à l’exercice, d’une syncope ou de signes pouvant suggérer une détérioration de la fonction rénale tels qu’une diminution d’appétit, des vomissements ou de la diarrhée. La mesure régulière de la fréquence respiratoire au repos (FRR) est particulièrement utile pour détecter précocement une récidive de congestion. Une augmentation par rapport à la valeur habituelle de l’animal, et notamment une FRR persistante supérieure à environ 30-35 respirations/minute, doit motiver une réévaluation. Des applications permettent aux propriétaires de mesurer et d’enregistrer facilement la FRR afin d’en suivre l’évolution dans le temps.
En conclusion, il n’existe pas un protocole de suivi unique applicable à tous les chiens atteints de MVD. Le choix des examens et leur fréquence doivent évoluer avec le stade de la maladie. L’examen clinique, l’échocardiographie, les radiographies thoraciques, la pression artérielle, les biomarqueurs et le profil rénal apportent des informations complémentaires. À mesure que la maladie progresse, la surveillance effectuée par le propriétaire, en particulier celle de la fréquence respiratoire au repos, prend également une place centrale. Un suivi individualisé permet ainsi d’identifier la progression de la MVD, d’adapter le traitement au moment opportun et de détecter précocement les complications ou la récidive de l’ICC.
Références:
1. Keene BW et coll. ACVIM consensus guidelines for the diagnosis and treatment of myxomatous mitral valve disease in dogs. J Vet Intern Med. 2019 ; 33 : 1127-40.
2. Boswood A et coll. Effect of Pimobendan in Dogs with Preclinical Myxomatous Mitral Valve Disease and Cardiomegaly: The EPIC Study-A Randomized Clinical Trial. J Vet Intern Med. 2016 ; 30 : 1765-79.
3. Mikawa S et coll. Use of vertebral left atrial size for staging of dogs with myxomatous valve disease. J Vet Cardiol. 2020 ; 30 : 92-9.
4. Oyama MA, Singletary GE. The use of NT-proBNP assay in the management of canine patients with heart disease. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2010 ; 40 : 545-58.
5. Schober KE et coll. Effects of treatment on respiratory rate, serum natriuretic peptide concentration, and Doppler echocardiographic indices of left ventricular filling pressure in dogs with congestive heart failure secondary to degenerative mitral valve disease and dilated cardiomyopathy. J Am Vet Med Assoc. 2011 ; 239 : 468-79.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Suivi des infections du site opératoire lors des stérilisations en médecine vétérinaire : acceptabilité et effets sur les pratiques d'antibiothérapie
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Surveiller pour mieux sécuriser : quels moyens humains et matériels en anesthésie ?
Bristol (GB) Royaume-Uni
Moyen indispensable de contention chimique, l’anesthésie générale repose sur une dépression réversible du système nerveux central. Celle-ci s’accompagne, directement ou par l’intermédiaire d’une dépression du système nerveux autonome, d’une altération plus ou moins marquée de nombreuses fonctions physiologiques. Ventilation, fonction cardiovasculaire, thermorégulation et métabolisme peuvent ainsi être compromis par les agents anesthésiques, mais également par l’état de santé du patient anesthésié, son positionnement et la procédure réalisée. Ces effets sont en grande partie prévisibles. Tout l’enjeu est donc de les repérer précocement pour y remédier et en limiter les conséquences. En matière de surveillance anesthésique, le plus tôt est toujours le mieux : une dérive physiologique identifiée dès son apparition est généralement plus facile à comprendre et à corriger que lorsqu’elle a déjà évolué vers une défaillance d’organe, voire une menace pour la survie du patient.
La surveillance anesthésique consiste ainsi à suivre en continu le patient et ses fonctions vitales afin de détecter, le plus précocement possible, toute évolution anormale. Elle associe deux composantes indissociables : le monitorage instrumental, qui utilise différents moyens technologiques pour mesurer et quantifier des variables physiologiques, et la surveillance clinique, assurée par une personne compétente qui observe le patient, vérifie la cohérence des données recueillies, les interprète dans leur contexte et intervient lorsque cela devient nécessaire. Un moniteur, même dernier cri, ne surveille pas un patient : il produit des données. C’est l’humain qui leur donne du sens et, surtout, qui agit.
Le monitorage, clé de la sécurité ?
L’intérêt du monitorage paraît physiologiquement évident, mais démontrer qu’un outil particulier réduit à lui seul le risque anesthésique est beaucoup plus difficile. La mortalité péri-anesthésique est heureusement faible et multifactorielle : elle dépend à la fois du patient, de la procédure, des médicaments administrés, des équipements disponibles et des compétences de l’équipe soignante.
Dans ce contexte, les données vétérinaires disponibles proviennent principalement d’études observationnelles de grande ampleur. L’étude prospective CEPSAF (Confidential Enquiry into Perioperative Small Animal Animal Animal Fatalities), portant sur plus de 98 000 chiens et 79 000 chats, a montré que la mortalité associée à l’anesthésie reste faible, mais non négligeable, et qu’elle augmente fortement avec l’altération de l’état clinique du patient [1]. Elle a également rappelé que le risque ne disparaît pas avec l’arrêt de l’anesthésie : une proportion importante des décès survient au cours de la période de réveil.
Dans l’analyse spécifique des chats, la surveillance du pouls et l’utilisation de l’oxymétrie étaient associées à une diminution du risque de décès anesthésique [2]. Une étude cas-témoins ultérieure, menée dans 822 hôpitaux vétérinaires nord-américains, retrouvait également chez le chat une association entre l’absence d’enregistrement de la SpO? pendant l’anesthésie et une augmentation du risque de mortalité [3].
Ces études ne permettent pas d’établir un lien de causalité absolu ni de conclure que l’ajout d’un appareil suffit, à lui seul, à rendre une anesthésie plus sûre. Elles soutiennent néanmoins l’intérêt d’une surveillance systématique, structurée et documentée, capable de détecter les complications suffisamment tôt pour permettre une intervention.
Le minimum… mais pas le strict minimum
Les recommandations ACVAA actualisées en 2025 définissent le niveau minimal de surveillance recommandé chez le chien et le chat anesthésiés comme suit : une évaluation clinique de la profondeur anesthésique, associée à l’ECG continu, à la mesure non invasive de la pression artérielle, à l’oxymétrie de pouls, à la capnographie et à la mesure de la température [4]. Cette approche rejoint largement les standards établis en anesthésie humaine, où ECG, SpO?, pression artérielle et capnographie constituent également le monitoring instrumental minimal d’une anesthésie générale [5].
Ces recommandations associent données scientifiques, rationnel physiologique et consensus d’experts. Elles définissent les moyens minimaux nécessaires à une surveillance satisfaisante, et non une liste exhaustive ni un dispositif identique pour tous les patients. Le monitoring doit ensuite être adapté à l’état clinique, au risque anesthésique, à la procédure et aux complications anticipées. Plus le risque augmente, plus la surveillance doit être individualisée et, si nécessaire, complétée par des techniques avancées (spirométrie, pression artérielle invasive, monitorage neuromusculaire…etc).
Mais avant d’ajouter de nouveaux outils, encore faut-il savoir précisément ce que mesurent ceux dont nous disposons déjà … Et surtout ce qu’ils ne mesurent pas !
Une valeur ne dit pas tout…
Chaque modalité de surveillance instrumentale répond à une question différente. Aucune ne décrit, à elle seule, l’état du patient, et aucune valeur ne devrait être interprétée isolément.
L’ECG renseigne sur la fréquence et l’activité électrique du cœur, mais pas sur son efficacité mécanique : un complexe QRS n’est pas un débit cardiaque ! L’évaluation simultanée d’un pouls périphérique, du signal pléthysmographique ou de la pression artérielle reste donc indispensable.
La mesure de la pression artérielle apporte une information importante sur la fonction cardiovasculaire et permet d’identifier une hypotension qui pourrait passer inaperçue cliniquement. Mais pression et perfusion ne sont pas synonymes : une pression artérielle acceptable ne garantit ni un débit cardiaque adéquat ni une perfusion tissulaire normale.
L’oxymétrie de pouls quantifie l’oxygénation artérielle, ce que l’examen clinique ne permet pas. Elle présente néanmoins une limite majeure en anesthésie : chez un patient recevant une concentration inspirée élevée en oxygène, typique sous anesthésie générale, la SpO? peut rester excellente malgré une hypoventilation importante. Une SpO? à 100 % ne signifie donc pas nécessairement que tout va bien.
C’est précisément ce qui rend la capnométrie et la capnographie complémentaires de l’oxymétrie de pouls. La valeur de l’EtCO? renseigne principalement sur la ventilation alvéolaire mais dépend également de la production métabolique de CO? et de son transport jusqu’aux poumons par le débit cardiaque. Son évolution doit donc être interprétée à la lumière de ces trois déterminants : ventilation, métabolisme et perfusion pulmonaire. L’analyse de la forme du capnogramme apporte, quant à elle, des informations précieuses sur la mécanique ventilatoire, les voies aériennes du patient et le circuit anesthésique, permettant notamment d’identifier une obstruction, une déconnexion ou une réinhalation de CO?.
Enfin, la température mérite davantage d’attention qu’elle n’en reçoit parfois. L’hypothermie est fréquente chez les patients anesthésiés et peut modifier le métabolisme des médicaments, prolonger la récupération et favoriser certaines complications. La mesurer permet surtout d’intervenir précocement : attendre qu’un patient soit froid pour commencer à le réchauffer est rarement une stratégie très efficace.
Ces outils sont donc complémentaires. Une fréquence cardiaque affichée à 80 battements par minute ne garantit pas la présence d’un pouls efficace, une SpO? de 100 % n’exclut pas une hypoventilation sévère, une pression artérielle ponctuellement acceptable ne résume pas l’état hémodynamique du patient. Le bon chiffre n’a de valeur que s’il est fiable, cohérent avec les autres informations et interprété dans son contexte.
La tendance au-delà de la mesure unique
Une valeur isolée n’est qu’un instantané à un temps t, une tendance elle donne une version plus complète de l’évaluation clinique du patient sous anesthésie. Une pression artérielle moyenne passant progressivement de 100 à 85, puis 75 et 65 mmHg apporte une information bien différente d’une mesure isolée à 65 mmHg. De la même manière, une augmentation progressive de l’EtCO?, une diminution de l’amplitude du signal pléthysmographique ou une baisse lente de la température peuvent révéler une dégradation avant qu’un seuil d’alarme ne soit franchi.
La régularité et la traçabilité des observations sont donc essentielles. Elles permettent de suivre l’évolution de l’état du patient, d’évaluer sa réponse aux interventions et d’assurer la continuité de la surveillance, notamment lorsque plusieurs personnes se relaient à cette tache. Une valeur isolée permet de constater une anomalie, l’analyse des tendances aide à en apprécier la dynamique et la sévérité. C’est souvent cette évolution, plus que le franchissement ponctuel d’une valeur seuil, qui, qui oriente la conduite à tenir.
La machine mesure, l’humain surveille
La surveillance clinique reste indissociable des mesures instrumentales. La qualité du pouls, les mouvements respiratoires, la couleur des muqueuses, les signes de la profondeur d’anesthésie (position des yeux, réflexes et tonus musculaire) apportent des informations qui permettent de confirmer, de compléter, d’expliquer ou parfois de remettre en question les données affichées par les appareils.
Surtout, le bénéfice du monitoring dépend de la capacité à agir sur l’information obtenue. Détecter une anomalie n’améliore la sécurité que si quelqu’un la remarque, en comprend la signification et peut intervenir.
Les recommandations ACVAA listent ainsi parmi les exigences minimales la présence d’une personne spécifiquement dédiée à la surveillance de l’anesthésie et demandent qu’une seconde personne puisse être immédiatement disponible en cas de difficulté [4]. La personne responsable doit disposer des compétences nécessaires pour surveiller le patient, reconnaître une anomalie, vérifier qu’elle est réelle, rechercher sa cause et intervenir ou alerter rapidement un collègue capable d’intervenir le cas échéant. La surveillance anesthésique est donc autant une question d’organisation et de compétences que de technologie. Multiplier les paramètres ne sert à rien si personne ne les regarde et disposer d’une personne attentive ne suffit pas si elle ne possède ni les outils ni la formation nécessaires pour détecter les dérives physiologiques.
La sécurité anesthésique repose finalement sur l’association de ces deux ressources : les bons outils et la bonne personne. Il faut mesurer les variables pertinentes, en connaissant parfaitement les limites de chaque paramètre mesuré, suivre leur évolution, les confronter à l’examen clinique et être en mesure d’agir. Les moniteurs d’anesthésie, si modernes soient-ils, peuvent signaler le problème, ils ne peuvent ni le comprendre ni le traiter (dans l’immédiat du moins…).
Références
BRODBELT DC et coll. The risk of death: the Confidential Enquiry into Perioperative Small Animal Fatalities. Vet Anaesth Analg. 2008;35:365-373.
BRODBELT DC et coll. Risk factors for anaesthetic-related death in cats: results from the Confidential Enquiry into Perioperative Small Animal Fatalities (CEPSAF). Br J Anaesth. 2007;99:617-623.
MATTHEWS NS et coll. Factors associated with anesthetic-related death in dogs and cats in primary care veterinary hospitals. J Am Vet Med Assoc. 2017;250:655-665.
BAILEY K et coll. The American College of Veterinary Anesthesia and Analgesia Small Animal Anesthesia and Sedation Monitoring Guidelines 2025. Vet Anaesth Analg. 2025;52:377-385.
KLEIN AA et coll. Recommendations for standards of monitoring during anaesthesia and recovery 2021: guideline from the Association of Anaesthetists. Anaesthesia. 2021;76:1212-1223.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 SUTURES MENISCALES SOUS ARTHROSCOPIE CHEZ LE CHIEN - ETUDE RÉTROSPECTIVE SUR 21 CAS
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Syndrome cutané atopique félin : faut-il tester et désensibiliser les chats ?
Ollioules France
!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! NB : Texte au format word en PJ pour la mise en page !!!!!!!!!!!!!!!!!
Syndrome cutané atopique félin : faut-il tester et désensibiliser un chat ?
Thomas Brément, DV, Dip.ECVD, Vet’Dermathome, Clinique Vétérinaire Olliolis, 83190, Ollioules
Introduction :
En dermatologie vétérinaire, la réalisation de tests allergologiques et par extension, la possibilité de mettre en place un protocole de désensibilisation (ou immunothérapie spécifique d’allergènes, ASIT) chez le chat reste peu connu et donc peu recommandé en pratique. Pourtant, la désensibilisation est une option thérapeutique validée chez le chat allergique, notamment dans le cadre du syndrome cutané atopique félin (SCAF) et de l’asthme félin, sous réserve d’être intégrée dans une démarche allergologique rigoureuse. Son efficacité est modérée à bonne selon les phénotypes, avec un niveau de preuve encore limité par rapport à d’autres espèces.
1. Définition et diagnostic du syndrome cutané atopique félin
Depuis 2021, la terminologie des maladies allergiques félines a évolué : le terme Syndrome Atopique Félin englobe les manifestations allergiques cutanées (parmi lesquelles, la dermatite par hypersensibilité aux piqûres de puces, les manifestations cutanées liées à une hypersensibilité alimentaire et le Syndrome Cutané Atopique Félin ou SCAF), respiratoires (asthme) et digestives [1].
Le SCAF se définit plus précisément comme une dermatose prurigineuse inflammatoire induite par des allergènes environnementaux (acariens de la poussière, pollens, etc.) et caractérisée cliniquement par un spectre de profils réactionnels non spécifique. De même que chez le chien, on peut supposer l’existence d’un variant dit « extrinsèque » (démonstration de l’implication d’IgE spécifiques) ou « intrinsèque » (sans IgE spécifique démontrés) [1].
Le diagnostic repose sur l’exclusion des autres causes de prurit (dermatite par hypersensibilité aux piqûres de puces, hypersensibilité alimentaire, ectoparasitoses, infections, néoplasies, etc.).
Les manifestations cliniques les plus fréquemment associés sont une alopécie auto-induite, un prurit cervico-facial, des lésions du complexe granulome éosinophilique, une dermatite miliaire ou encore un prurit diffus [2].
2. Démarche allergologique chez le chat suspect de SCAF
La démarche clinique doit être rigoureuse et suivre un enchaînement logique [2] :
Identifier un syndrome atopique :
Analyse des commémoratifs et anamnèse : âge de début (< 5 ans typiquement), saisonnalité, environnement, réponse aux traitements antérieurs
Examen clinique
Exclusion des maladies pouvant « mimer » un SCAF :
Traitement antiparasitaire strict et adapté au contexte ≥ 8 semaines
Régime d’éviction alimentaire strict et adapté ≥ 8 semaines, éventuellement suivi d’un test de provocation
Examens complémentaires : cytologie (pyodermites…), cultures fongiques, biopsies pour analyse histopathologique si indiqué
Tests allergologiques (intradermiques ou sérologiques IgE) : identifier les sensibilisations allergéniques, analyser leur pertinence selon l’historique de la maladie, le contexte/milieu de vie de l’animal...
Mise en place de l’ASIT : choix des allergènes, protocole, durée, suivi...
3. Tests allergologiques : intradermique vs sérologie IgE
Il existe deux types de tests allergologiques.
Le tableau ci-dessous compare les deux techniques :
Tests IDR
Sérologie IgE
Mise en évidence d’IgE spécifiques fonctionnels liée à la membrane plasmique des mastocytes dermiques
Positivité retardée
Dosage des IgE spécifiques circulant (rôle cutané ?)
Positivité plus rapide, dès les premiers jours à semaines suivant l’exposition.
Influence (faux négatifs ou faux positifs) par la prise de médicaments « anti-allergiques » (glucocorticoïdes, antihistaminiques, cyclosporine [ ?], oclacitinib [ ?]) et sédatifs/anesthésiques (kétamine, propofol, morphine…) nécessitant un arrêt préalable de durée variable et l’adaptation du protocole de tranquilisation.
Peu voire pas d’influence médicamenteuse
NB : L’influence d’une corticothérapie systémique de longue durée n’est pas connue, et la ciclosporine et le lokivetmab seraient associés à une diminution du taux d’anticorps respectivement dose et durée dépendant chez le chien.
Injections de 0,05-0,1 mL d’allergène dans le derme [14].
Tonte, sédation +/- anesthésie nécessaire
Fluorescéine sodique IV (5mg/kg) + lumière de Wood
Lecture subjective et selon des outils objectifs
Variabilité des extrait allergéniques (extraits totaux, concentrations …)
Choix des allergènes possibles (personnalisation, régionalisation)
Nécessite un personnel expérimenté (réalisation, lecture, interprétation)
Résultats immédiats
Risque très faible de réaction anaphylactique
Prélèvement sanguin avec analyse par ELISA ou RAST
Lecture mécanisée
Variabilité inter-laboratoire (valeurs seuils, réactifs, technique…)
Bonne répétabilité intra-laboratoire
Panel préétablis non modifiable
Résultats retardés
Pas d’effet secondaire indésirable
Méthode de référence pour l’identification des allergènes pertinents dans l’immunothérapie [16].
Utile en complément pour détecter d’autres sensibilisations, notamment si les tests IDR sont négatifs ou si l’arrêt des traitements est impossible [17].
4. Désensibilisation (ASIT) chez le chat atopique : efficacité et protocoles
Les taux de succès de l’immunothérapie oscillent entre 45-75% d’amélioration significatives des scores cliniques, de prurit et médicamenteux selon les études (chiffres équivalents à ceux obtenus dans un contexte de dermatite atopique canine) [3]. Ils semblent similaires quel que soit le test utilisé pour formuler l’ASIT, à condition que les allergènes retenus soient cliniquement pertinents.
4.1 en cas de SCAF (syndrome cutané atopique félin)
Une étude contrôlée rétrospective multicentrique récente montre les résultats suivants [4] :
Réduction significative (≥ 30%) des scores médicamenteux chez 74% des chats traités par ASIT (31/42) après 12 mois VS 28% (10/36) pour les chats non désensibilisés.
Diminution du score médicamenteux : significative à partir de 6 mois ; réductions moyennes à 3, 6, 9, 12 mois : 13%, 38%, 43%, 58% (groupe ASIT) VS 5%, 9%, 10%, 19% (contrôle)
Arrêt complet des médicaments chez 26% des chats traités
4.2 en cas d’asthme félin allergique [3]
Asthme naturel : 67% (8/12 chats) en rémission complète (arrêt des corticoïdes), 33% en amélioration partielle
Asthme expérimental : immunothérapie « rush » (RIT) réduit l’éosinophilie et l’inflammation des voies aériennes
4.3 Quels protocoles de désensibilisation ?
Il existe trois protocoles de désensibilisation décrits chez le chat [3] :
L’immunothérapie sous-cutanée « classique » (le plus courant) : Injections d’extraits allergéniques individualisés, avec doses progressivement croissantes puis entretien mensuel selon un calendrier initialement fourni par le laboratoire mais pouvant être adapté si nécessaire.
L’immunothérapie sous-cutanée accélérée (« rush ») : injections de doses croissantes administrées en sous surveillance en milieu hospitalier vétérinaire, rapprochées (toutes les 30 minutes durant 4-5 heures, avec ou sans prémédication (antihistaminiques, glucocorticoïdes). Il s’agit d’un protocole exceptionnel, dont les données d’efficacité sont très limitées mais qui apparaît sûr. Une étude très récemment publiée fait état d’effets secondaires (tachypnée, agitation, prurit) transitoires chez 3/47 chats (6.4%) [5].
L’immunothérapie sublinguale : l’administration d’extrait allergénique se fait directement par voie orale. Il s’agit d’une alternative sans injection avec une fréquence d’administration plus élevée. Les données d’efficacité restent insuffisantes chez le chat
Quel que soit le protocole adopté, l’immunothérapie doit être menée sur une durée minimale d’un an avant de pouvoir évaluer son efficacité à long terme et renouvelée si nécessaire.
4.4 Sécurité
Les réactions indésirables sont généralement rares, mais comprennent une augmentation transitoire du prurit, une réaction locale au point d’injection, de l’urticaire ou — très rarement — une réaction généralisée. Une surveillance d’au moins une heure après l’injection est recommandée, particulièrement au début. Des signes comme gêne respiratoire, vomissements, diarrhée, abattement marqué ou collapsus justifient une consultation vétérinaire urgente. Si le prurit revient juste après l’injection, il peut être utile de réduire la dose et/ou associer un traitement anti-prurigineux de courte durée ; s’il réapparaît peu avant l’échéance, l’intervalle entre chaque injection peut être raccourci.
Conclusion :
Le niveau de preuve de l’immunothérapie spécifique chez le chat demeure inférieur à celui du chien, les études étant majoritairement rétrospectives ou de petite taille, justifiant la nécessité d’essais contrôlés randomisés supplémentaires.
Cependant, proposer la réalisation de tests allergologiques et la mise en place d’un protocole de désensibilisation est conseillé chez le chat atteint de SCAF et/ou d’asthme félin. La désensibilisation est une option thérapeutique sûre et efficace chez une majorité de chats atopiques, avec un bénéfice médicamenteux significatif voire une rémission possible dans l’asthme mais sous certaines conditions :
Disposer au préalable d’un diagnostic de certitude de SCAF
Réaliser au bon moment un test allergologique adapté (IDT en priorité, sérologie IgE en alternative) et savoir l’interpréter pour identifier les allergènes cliniquement pertinents.
Mettre en place une ASIT personnalisée : engagement à long terme (minimum 12 mois) et évaluations régulières de l’évolution clinique et des besoins médicamenteux.
Bibliographie
Halliwell R et coll. Feline allergic diseases: introduction and proposed nomenclature. Vet Dermatol. 2021 ; 32 : 8-e2.
Santoro D et coll. Clinical signs and diagnosis of feline atopic syndrome: detailed guidelines for a correct diagnosis. Vet Dermatol. 2021 ; 32 : 26-e6.
Mueller RS et coll. Treatment of the feline atopic syndrome – a systematic review. Vet Dermatol. 2021 ; 32 : 43-e8
Brément T et coll. A retrospective, multicentric controlled study of the effect of specific allergen immunotherapy on medication needs in cats with atopic skin syndrome. Vet Dermatol. 2025 ; 36 : 332–342.
Wirkkala A et coll. Retrospective Review of Rush Allergen-Specific Immunotherapy Safety in Cats With Atopic Skin Syndrome. Vet Dermatol. 2026 (en ligne).
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Téléexpertise en imagerie, une aide pour le praticien ? Recommandations actuelles pour une bonne pratique
Fingig Luxembourg
Téléexpertise en imagerie, une aide pour le praticien ? recommandations pour une bonne pratique
Le développement des équipements d’imagerie avancée en médecine vétérinaire, notamment des scanners et des IRM, s’est accompagné d’une augmentation importante de la demande d’expertise radiologique. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de nombre limité de radiologues vétérinaires diplômés, alors même que certains praticiens souhaitent bénéficier d’une expertise spécialisée sans disposer d’un radiologue au sein de leur structure. La téléimagerie constitue aujourd’hui une réponse à cette situation et peut représenter une alternative ou un complément au recours à un radiologue sur place.
La Haute Autorité de santé (HAS) définit la téléexpertise comme la possibilité, pour un professionnel médical « requérant », de solliciter à distance l’avis d’un ou plusieurs professionnels « requis » en raison de leurs compétences particulières, sur la base des informations médicales disponibles [1]. Bien que ces recommandations aient été élaborées pour la médecine humaine, leurs principes organisationnels et leurs exigences en matière de qualité et de communication constituent un cadre pertinent pour réfléchir aux bonnes pratiques de la téléexpertise vétérinaire.
La téléimagerie ne doit pas être considérée comme un simple transfert d’images à distance. Sa qualité repose sur une organisation structurée, une communication efficace entre le vétérinaire référent et le téléexpert et la transmission d’informations cliniques et techniques pertinentes. Le recours à la téléexpertise doit avant tout répondre à l’intérêt du patient et être adapté à la situation clinique.
Avant de recourir à la téléimagerie, il est important de définir avec le téléexpert les modalités pratiques de collaboration : accompagnement éventuel avant la réalisation de l’examen, procédure d’envoi des examens et des informations cliniques, utilisation d’une plateforme dédiée, modalités et délais de réponse ainsi que les conditions tarifaires.
La qualité de la demande constitue un élément essentiel de la téléexpertise. Les informations transmises doivent notamment préciser l’identité du propriétaire, de l’animal et du vétérinaire ayant réalisé ou supervisé l’examen, ainsi que les principales caractéristiques de la procédure d’imagerie. Les éventuelles procédures préalables, les conditions d’anesthésie ou de tranquillisation et, lorsqu’un produit de contraste est utilisé, sa voie d’administration et sa dose doivent être indiquées. Les images médicales doivent être transmises au format DICOM. L’indication du nombre d’images constituant l’examen permet de s’assurer qu’il n’y a pas eu d’erreur de transmission des images.
Les informations cliniques doivent être complètes et pertinentes. Le motif initial de consultation, le mode d’apparition, la durée et l’évolution des signes cliniques, les résultats de l’examen clinique et des examens complémentaires ainsi que les hypothèses diagnostiques doivent être communiqués. Il est particulièrement important de préciser la question clinique à laquelle l’examen doit répondre. À l’inverse, le simple copier-coller du dossier médical informatique peut transmettre une grande quantité d’informations sans permettre au téléexpert d’identifier clairement les éléments essentiels. Cette exigence d’informations médicales suffisantes et pertinentes constitue également un élément central des recommandations de la HAS [1].
Le recours à un téléexpert spécialisé présente plusieurs avantages. L’interprétation peut être réalisée par un spécialiste diplômé, ECVDI ou ACVR, et peut éventuellement bénéficier de l’avis de plusieurs radiologues dans le cadre d’une discussion collégiale. Le regard extérieur et indépendant constitue également un avantage certain, en limitant les biais liés à la prise en charge clinique du patient. La réalisation d’un compte rendu écrit et documenté permet par ailleurs de formaliser les conclusions de l’examen [2].
La téléimagerie peut également dépasser le cadre de la seule interprétation des images. Les échanges par courrier électronique, par chat ou par téléphone permettent de discuter des résultats avant ou après l’examen, d’accompagner la prise en charge du patient et de fournir des conseils techniques. Le téléexpert peut ainsi contribuer à l’amélioration de la qualité des examens et à la formation du praticien à l’interprétation. La disponibilité du service tout au long de l’année et en dehors des horaires habituels de travail constitue enfin un avantage logistique réel.
Cette organisation nécessite néanmoins une coopération étroite entre le vétérinaire référent et le téléradiologue, particulièrement lors de la mise en place du service. La relation à distance doit être suffisamment humanisée et reposer sur des procédures adaptées. Une connexion Internet de qualité et une organisation technique fiable sont également indispensables.
La téléimagerie présente par ailleurs certaines limites liées à la distance. Le téléexpert ne peut généralement pas intervenir directement lors de la réalisation de l’examen et ne peut donc pas toujours modifier la procédure d’acquisition lorsqu’une anomalie inattendue est identifiée. Le délai de réponse peut également ne pas être compatible avec certaines situations cliniques. Enfin, des informations cliniques incomplètes ou erronées transmises par le vétérinaire référent peuvent limiter la pertinence de l’interprétation. Le manque d’implication du radiologue lié à la distance constitue également un point de vigilance.
La téléexpertise en imagerie vétérinaire doit ainsi être envisagée comme une véritable collaboration entre le vétérinaire référent et le spécialiste en imagerie, et non comme un simple service de lecture à distance. La préparation de l’examen, la qualité des images, la transmission d’informations cliniques pertinentes et la communication entre les deux professionnels constituent les principaux déterminants de la qualité du service. Lorsqu’elle est organisée selon ces principes, la téléimagerie peut contribuer à améliorer la qualité des interprétations, accompagner le praticien dans la prise en charge de ses patients et rendre l’expertise spécialisée accessible à un plus grand nombre de structures vétérinaires.
Références bibliographiques:
[1] Haute Autorité de santé. Téléconsultation et téléexpertise : mise en œuvre. Fiche Mémo. Saint-Denis La Plaine : HAS ; 2019.
[2] Ziemer LS, De Haan CE, Cardwell AL et coll. ACVR and ECVDI consensus statement for teleradiology. Vet Radiol Ultrasound. 2024 ; 65 : 288-293. doi:10.1111/vru.13353.
Liens d'intérêt : Je travaille pour une société de téléradiologie vétérinaire (VEDIM).
📃 Thelazia callipaeda : le ver oculaire poursuit son expansion géographique !
Introduction
Thelazia callipaeda est un nématode vivant dans le sac conjonctival des carnivores. Ce parasite, transmis par une drosophile (Phortica variegata), peut provoquer des signes oculaires, tels que de l'épiphora, une conjonctivite, une kératite et parfois des ulcères cornéens.
Les hôtes de T. callipaeda sont principalement des carnivores domestiques (le chien et parfois le chat) ou sauvages (le renard) mais ce parasite est également rapporté chez les humains.
La distribution géographique du ver oculaire en Europe comprend surtout les pays du Sud. En France, la Dordogne est considérée comme le foyer historique mais une enquête publiée en 2018 avait révélé qu'il existe d'autres régions enzootiques dans le sud-ouest en particulier dans les Landes.
Matériel et méthodes
En mars 2026, un questionnaire électronique (Google Forms) a été envoyé à des vétérinaires praticiens exerçant en France. L'objectif de l'enquête était de savoir si les vétérinaires avaient diagnostiqué des cas de thélaziose sur des chiens ou des chats de leur clientèle pendant les cinq dernières années. Une distinction a été faite entre les cas autochtones et les cas liés à un voyage dans le sud de la France ou un pays méditerranéen. Il s'agissait également de recueillir des informations concernant les modalités diagnostiques et le type de traitement et de prévention mis en place.
Résultats
Le questionnaire a obtenu 194 réponses. Le nombre de cas rapportés par les vétérinaires durant les cinq dernières années comprenait entre 0 et plus de 50 cas. Trois vétérinaires rapportent plus de 50 cas de thélaziose canine en 2025, 8 ont vu de 20 à 50 cas, 27 ont vu de 5 à 20 cas, 71 ont vu entre 1 et 5 cas. Pour 85 vétérinaires, aucun cas de thélaziose n'a été observé.
La majorité des répondants rapportent que le nombre de cas autochtones observés chaque année est stable (69,9 % soit 109/176), 34,1 % (soit 60/176) rapportent une augmentation du nombre de cas et 4,0 % (7/176) rapportent une diminution des cas de thélaziose canine par rapport à 2020. Des cas sont rapportés majoritairement en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie et en Provence-Alpes-Côte d'Azur. La figure 1 reprend la distribution et le nombre de cas autochtones vus par les vétérinaires en 2025.
Une trentaine de départements, jusque-là considérés comme indemnes doivent maintenant être considérés comme enzootiques. Le département le plus septentrional est le Calvados où un vétérinaire a rapporté 1 à 5 cas de thélaziose autochtone.
Des cas consécutifs à des voyages sont rapportés par 38 répondants, 35 rapportent 1 à 5 cas et 3 répondants rapportent 5 à 20 cas. Les 156 autres vétérinaires ne rapportent aucun cas consécutif à un voyage.

Figure 1 : Localisation des vétérinaires ayant vu des cas de thélaziose autochtones canines (en rouge) et ceux n'ayant pas vu de cas (en noir). La densité de cas vus en 2025 est également indiquée.
Des cas chez le chat en 2025 sont rapportés par 20,6 % (40/194) des répondants (figure 2). La variable "plus de 5 cas de thélaziose durant l'année 2025" est significativement plus associée à la présence de cas chez le chat (p <0,05). Cependant, cinq vétérinaires indiquent avoir vu un ou plusieurs cas de thélaziose féline en 2025 sans avoir vu de cas de thélaziose canine.

Figure 2 : Localisation des vétérinaires ayant vu des cas de thélaziose autochtones félines (en rouge) et ceux n'ayant pas vu de cas (en noir). La densité de cas vus en 2025 est également indiquée.
Le diagnostic de thélaziose est majoritairement établi visuellement lors de l'examen oculaire (96,5 % des répondants, 111/115). Les molécules citées pour le traitement de la thélaziose comprennent la milbémycine oxime, la moxidectine et la sélamectine. La prévention vis-à-vis de T. callipaeda n'est jamais évoquée par 57 répondants, 6 vétérinaires affirment rarement évoquer le risque de thélaziose et un vétérinaire évoque toujours le risque. Vingt-trois vétérinaires indiquent l'évoquer en fonction du risque parasitaire, 12 lors de signes cliniques, 13 en postdiagnostic et 12 dans le cas d'un voyage en zone d'enzootie. Neuf vétérinaires affirment l'évoquer durant la consultation vaccinale.
Discussion
Les résultats de cette enquête indiquent une forte expansion de la thélaziose en France. Ces résultats diffèrent des résultats obtenus lors de l'enquête de 2018 qui n'avait révélé que deux foyers en Dordogne et dans les Landes. La majorité des cas sont observés dans le sud mais la thélaziose est maintenant présente jusqu'au centre avec 1 à 5 cas rapportés en 2025 par des vétérinaires au nord de Limoges et de Lyon.
Les cas de thélaziose féline semblent moins fréquents que ceux des chiens et comprennent la même distribution que la thélaziose canine.
Concernant le diagnostic, l'examen oculaire avec visualisation des nématodes permet d'établir un diagnostic étiologique. Trois molécules sont majoritairement citées pour le traitement (la milbémycine, la moxidectine et la sélamectine). La milbémycine oxime est la molécule la plus souvent utilisée par les vétérinaires ayant répondu au questionnaire. La milbémycine et la moxidectine sont incluses dans des spécialités qui disposent d'une AMM pour le traitement ou la prévention de la thélaziose chez le chien.
Conclusion
Cette enquête met en évidence une forte expansion de l'aire de distribution de la thélaziose canine et féline avec des cas rapportés majoritairement dans le sud mais également quelques cas dans le Centre de la France.
Bibliographie
Mérindol I., Ravier J., Halos L., Guillot J. (2018) "Questionnaire-based survey on distribution of canine ocular thelaziosis in southwestern France", Veterinary Parasitology 253, 26-29.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Thrombo-embolie aortique suite à un phénotype hypertrophique transitoire chez un chaton
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Thromboembolie artérielle : quel antithrombotique pour quel chat ?
Toulouse France
Quel antithrombotique pour quel chat lors de thromboembolie artérielle féline ?
Pr Patrick Verwaerde DVM, MSC, PhD, HDR, dipl ECVECC
La thromboembolie artérielle (TEA) constitue une complication particulièrement grave des maladies cardiovasculaires félines. Elle correspond à la formation d’un thrombus artériel, le plus souvent d’origine intracardiaque, dont la migration entraîne une obstruction vasculaire aiguë et un syndrome ischémique en aval. Chez le chat, la TEA est fréquemment associée aux cardiomyopathies, mais elle peut également être observée dans d’autres situations favorisant l’hypercoagulabilité. La prise en charge de la TEA féline ne peut donc pas se résumer à la seule prescription d’un « anticoagulant » mais doit s’appuyer sur une approche holistique diagnostique et thérapeutique.
Les mécanismes de la thrombose sont multiples et impliquent à la fois l’activation plaquettaire et la cascade de coagulation. Le choix de l’antithrombotique doit par conséquent être raisonné en fonction du moment de la prise en charge — admission, hospitalisation ou prévention secondaire —, du mécanisme thrombotique suspecté, des comorbidités et notamment de la fonction rénale, ainsi que du potentiel risque hémorragique associé à ces thérapeutiques.
Un antithrombotique est, par définition, un médicament destiné à empêcher la formation ou l’extension d’un thrombus. Trois grandes familles médicamenteuses peuvent être distinguées : les antiagrégants plaquettaires, les anticoagulants et les fibrinolytiques.
Lors de l'admission, les objectifs sont multiples : établir le diagnostic syndromique et étiologique, stabiliser les fonctions vitales, assurer une analgésie adaptée, limiter l'ischémie et favoriser la reperfusion, tout en recherchant et en prévenant les complications associées. Après la phase aiguë, l'objectif devient celui de la stabilisation durable de la cause prothrombotique et de la prévention d'une nouvelle thrombose. Cette distinction entre phase aiguë initiale et prévention de la récidive est fondamentale dans le choix du traitement antithrombotique et de ses formes galéniques.
1. Les antiagrégants plaquettaires : une base essentielle du traitement
Les antiagrégants agissent principalement sur la coagulation primaire en empêchant l'activation, l’adhésion et l'agrégation plaquettaires.
Aspirine
L'aspirine inhibe la cyclo-oxygénase plaquettaire et diminue ainsi la production de thromboxane A2, un puissant activateur de l'agrégation plaquettaire. Son action pharmacologique est irréversible : elle persiste donc jusqu'au renouvellement des plaquettes concernées. Chez le chat, cette particularité doit être interprétée avec prudence en raison d'une élimination relativement lente et d'un risque d'accumulation de l’aspirine dans cette espèce. Une posologie de 5 à 40 mg/chat tous les trois jours est généralement préconisée dans le contexte de la prévention de la récidive d’un thrombus artériel.
L'aspirine possède donc une activité antithrombotique, mais son intérêt est aujourd'hui limité par rapport au clopidogrel. Sa place dans la prise en charge d’une TEA féline est davantage historique que centrale, particulièrement lorsque l'on dispose d'une alternative mieux documentée.
Clopidogrel
Le clopidogrel constitue actuellement l'antiagrégant de référence dans la prévention de la récidive de la TEA chez le chat. Il s'agit d'un antagoniste du récepteur plaquettaire de l'ADP. La liaison au récepteur est irréversible et inhibe ainsi durablement l'agrégation plaquettaire. Le clopidogrel est administré sous forme de prodrogue, qui doit être métabolisée en composé actif. Une variabilité interindividuelle existe. Certaines études récentes rapportent qu'environ 28 % des chats pourraient ne pas présenter de réponse thérapeutique efficace à ce médicament.
Malgré cette variabilité, sa tolérance et son efficacité sont considérées comme supérieures à celles de l'aspirine. La principale difficulté réside dans son administration orale car la molécule est particulièrement amère et complique son administration quotidienne. Le reconditionnement en gélules peut améliorer l'observance.
Lors de TEA, le clopidogrel doit être débuté dès que possible lorsque la voie orale est disponible, avec une posologie de référence de 18,75 mg/chat PO SID. Il est indiqué non seulement après l'épisode aigu, mais également dans le cadre de la prévention d'une récidive ou chez un chat présentant un risque thrombotique artériel persistant. Le clopidogrel doit donc être considéré comme le socle thérapeutique de la prévention antithrombotique à long terme chez le chat ayant présenté une TEA.
2. Les anticoagulants : agir sur la coagulation secondaire
Les antiagrégants ne bloquent cependant qu'une partie du processus thrombotique. La coagulation secondaire contribue à la constitution du réseau de fibrine qui stabilise le thrombus. Les anticoagulants constituent donc un complément logique aux antiagrégants, particulièrement dans les situations où la génération de thrombine et de fibrine joue un rôle important.
Héparine non fractionnée et héparines de bas poids moléculaire
Les héparines exercent leur activité anticoagulante par l'intermédiaire de l'antithrombine III et inhibent principalement les facteurs Xa et IIa. Leur administration est exclusivement parentérale. La pharmacocinétique de l'héparine standard est relativement variable, alors que celle des héparines de bas poids moléculaire (HBPM) est plus reproductible. Les HBPM présentent donc plusieurs avantages en pratique. Leur biodisponibilité sous-cutanée est élevée et leur durée d'action est de l'ordre de 6 à 8 heures. L'énoxaparine possède notamment une activité principalement anti-Xa.
Leur intérêt dans la TEA doit toutefois être nuancé. Les données spécifiques sont relativement limitées et leur utilisation est mieux documentée dans les thromboses veineuses. De plus, leur administration injectable les rend peu adaptées à la prévention à long terme des récidives. Elles trouvent en revanche une place intéressante à l'admission et pendant l'hospitalisation, notamment en association avec un antiagrégant comme le clopidogrel.
La stratégie pratique peut donc être résumée ainsi : chez le chat présenté en phase aiguë de TEA, une HBPM peut être associée au clopidogrel lorsque le contexte clinique le justifie, mais elle ne doit généralement pas être le traitement antithrombotique initial.
Le rivaroxaban : une place croissante dans la prévention des récidives
Le rivaroxaban appartient à une nouvelle génération d'anticoagulants directs. Contrairement aux héparines, son action ne dépend pas de l'antithrombine III : il inhibe directement le facteur Xa. Cette caractéristique permet une administration orale avec une pharmacocinétique reproductible. Son intérêt majeur chez le chat réside précisément dans la possibilité d'une prévention secondaire par voie orale. Diverses études témoignent d’une évidente efficacité dans la prévention des récidives ainsi que d’une efficacité préventive supérieure lorsque le rivaroxaban est associé au clopidogrel. La dose proposée est de 0,5 à 1 mg/kg PO SID, soit 2,5 mg/chat SID, avec une adaptation posologique en cas d'insuffisance rénale.
Cette combinaison constitue donc une stratégie particulièrement séduisante chez les chats présentant un risque élevé de récidive, notamment lorsqu'une cause prothrombotique persistante est identifiée (type cardiopathie). Le choix de cette association et des doses prescrites doit néanmoins intégrer le risque hémorragique et les éventuelles comorbidités, en particulier rénales.
3. Fibrinolyse : une stratégie réservée à certaines situations aiguës
Les fibrinolytiques se distinguent des antiagrégants et anticoagulants par leur objectif thérapeutique : ils ne cherchent pas uniquement à empêcher l'extension du thrombus, mais à détruire le thrombus déjà constitué. Généralement, cette fibrinolyse s’active spontanément dans les 3 à 4h post-ischémie/post-thrombus. La fibrinolyse peut être stimulée par un médicament activateur tissulaire du plasminogène (t-PA = altéplase). Une dose de 1 mg/kg, avec un maximum de 6 mg, administrée sous la forme de 0,1 mg/kg en bolus IV puis 0,9 mg/kg en perfusion continue sur une heure est généralement préconisée.
Toutefois, la place/l’intérêt clinique de cette stratégie thrombolytique demeure largement discutée et à ce jour ne réduit pas la mortalité observée lors d’épisode de TEA. En effet, les données disponibles ne permettent pas d'établir un bénéfice évident sur la mortalité et la fibrinolyse pourrait favoriser certaines complications de reperfusion, notamment l'ischémie-reperfusion et potentiellement l'insuffisance rénale aiguë.
La durée d'ischémie avant fibrinolyse médicamenteuse semble être un point déterminant, ce qui conduit à réserver cette option aux situations très précoces, potentiellement dans les 2 à 3 premières heures suivant l'apparition des signes. La littérature vétérinaire s’interroge sur un potentiel intérêt dans les 6 premières heures. La fibrinolyse pharmacologique ne doit donc pas être considérée comme une intervention systématique lors de toute TEA, mais faire l’objet d’une prescription raisonnée sur la base d’une balance bénéfice/risque en faveur de l’animal.
4. Quel antithrombotique pour quel chat ?
Le choix du traitement peut être raisonné selon les trois temps d’une prise en charge : admission, hospitalisation et prévention secondaire.
Chat présenté en phase aiguë de TEA et hospitalisé
La priorité initiale reste la stabilisation : oxygénation si nécessaire, traitement de la douleur, correction des troubles métaboliques et prise en charge de l'insuffisance cardiaque ou de l'état de choc éventuel. Sur le plan antithrombotique, le clopidogrel doit être introduit dès que possible, lorsque la voie orale est utilisable, à 18,75 mg/chat PO SID. L'ajout temporaire d'une HBPM à raison de 75–100–120 UI/kg SC ou IV QID, doit être envisagé pendant l'hospitalisation en particulier si l’observance de la voie orale est aléatoire.
L'association d'un antiagrégant et d'un anticoagulant injectable apparaît particulièrement logique dans cette phase de la prise en charge. L'HBPM offre une action anticoagulante rapide alors que le clopidogrel agit sur l'activation plaquettaire uniquement après quelques heures.
A cette étape de la prise en charge, le clinicien peut envisager le recours à un thrombolytique si la présentation est dans les 2 à 6 heures qui suivent l’accident ischémique. Si cette thrombolyse semble favoriser la reperfusion et l’amélioration de l’ischémie, elle est aussi possiblement associée à un surcroit de syndrome ischémie-reperfusion potentiellement mortel et qui constitue donc une information clef à fournir au propriétaire pour obtenir son consentement éclairé, préalable indispensable à toutes décisions thérapeutiques. La fibrinolyse par altéplase doit rester une option exceptionnelle, discutée très précocement chez certains patients sélectionnés, compte tenu du rapport bénéfice/risque encore incertain et des complications potentielles liées à la reperfusion
Chat sortant d'hospitalisation
L'objectif devient la prévention de la récidive de la thrombose. Le clopidogrel 18,75 mg/chat PO SID constitue une base thérapeutique particulièrement importante. Chez un chat présentant un risque thrombotique élevé, notamment lorsque la cause prothrombotique persiste, le rivaroxaban 0,5–1 mg/kg PO SID peut être ajouté. Les dernières données de la littérature vétérinaire légitiment assez clairement cette combinaison associant une action à la fois sur l’hémostase primaire et secondaire.
Les HBPM, en revanche, semblent mal adaptées à cette phase en raison leur galénique uniquement injectable et leur durée d'action imposant 3 à 4 injections quotidiennes.
Conclusion
La question « quel antithrombotique pour quel chat ? » ne doit pas conduire à rechercher une molécule unique, mais une stratégie antithrombotique multimodale adaptée au temps de la maladie et au profil du patient.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Tous anesthésistes ! Quelles compétences attendues du vétérinaire ?
Toulouse France
Il convient d’énoncer d’emblée que ce sujet est difficile à traiter. En effet, si nous sommes tous vétérinaires et à ce titre compétents pour mettre en œuvre une anesthésie, nous sentons-nous tous capables de la gérer dans toutes les situations ? Autrement dit, quelles sont les compétences attendues pour un vétérinaire généraliste dans ce domaine et quelles situations permettent-elles de gérer ?
1. Compétences au premier jour en anesthésie et en analgésie, selon le Référentiel National d’activités professionnelles et de Compétences Vétérinaires (RNCV)
1.1. Le RNCV
Le RNCV décrit les compétences professionnelles que tout jeune vétérinaire diplômé doit posséder pour obtenir son DEFV. De manière générale, une compétence se définit comme la capacité à mobiliser et à combiner des savoirs (connaissances), des savoir-faire (aptitudes pratiques) et des savoir-être (comportements) pour accomplir efficacement une tâche ou résoudre un problème dans une situation donnée.
Fraichement révisé en 2026, le RNCV définit ainsi le socle des compétences nécessaires à l’exercice de la profession « dans une perspective d’entrée progressive et sécurisée dans l’autonomie professionnelle ». Autrement dit, la diplomation ne garantit pas une maîtrise experte de chaque compétence, mais l’aptitude à aborder de manière structurée et sécurisée les situations professionnelles les plus courantes, en reconnaissant ses limites et en sollicitant un appui quand la situation l’exige.
Le RNCV s’articule ainsi autour de 8 blocs de compétences, complémentaires les uns des autres, chacun décliné en plusieurs catégories et capacités assorties d’un niveau d’autonomie attendu à la diplomation, gradé de 1 à 3 :
Niveau 1/compétence avec supervision rapprochée : le jeune diplômé en maîtrise les principes et peut les mobiliser dans des situations simples ou structurées, mais nécessite un accompagnement étroit pour sa mise en pratique.
Niveau 2/compétence avec supervision distante : il peut mettre en œuvre la compétence dans des situations courantes, avec une supervision ou une validation aux étapes clés.
Niveau 3/compétence acquise : il peut exercer la compétence de manière structurée, argumentée et sécurisée dans les situations courantes, tout en identifiant ses limites.
Cette gradation rappelle ainsi qu’un jeune diplômé ne peut être assimilé à un vétérinaire expérimenté et qu’il doit bénéficier d’une supervision appropriée pendant une période suffisante d’adaptation.
En anesthésie, cette approche est essentielle : c’est précisément une discipline où les compétences et capacités sont volontairement positionnées en niveau 2, c’est-à-dire à réaliser avec supervision ou validation aux étapes clés, et non en totale autonomie dès le premier jour d’exercice.
1.2. Compétences au premier jour en anesthésie et en analgésie
Anesthésier un animal ne se résume pas une compétence isolée mais nécessite de combiner plusieurs capacités, réparties dans 5 des 8 blocs de compétences (BC), au moins (BC2 Établir un diagnostic, BC3 Soigner et traiter, BC6 Communiquer, BC7 Agir en scientifique, BC8 Agir en professionnel responsable) :
Évaluation préanesthésique et décision : établir et proposer une procédure de prise en charge anesthésique ou de sédation adaptée à l’animal, au contexte et à la balance bénéfices/risques (BC 3, capacité 3.3.1, niveau 2). Cela suppose la réalisation d’un examen clinique préanesthésique, la classification du risque, le choix raisonné des examens complémentaires utiles (BC 2, capacité 2.3.1, niveau 3) et la prise en compte du statut physiopathologique.
Contention et sédation. Choisir et mettre en œuvre une contention physique adaptée (BC 2, capacité 2.1.1, niveau 3 en situations simples), puis définir et réaliser un plan de contention chimique adapté à la situation, au statut de l’animal et à l’environnement (BC 2, capacité 2.1.2, niveau 2 en situations simples). Réaliser une sédation et en assurer le suivi (BC 3, capacité 3.3.2, niveau 2).
Réalisation et surveillance de l’anesthésie. Réaliser une anesthésie générale ou une anesthésie locale/loco-régionale et en assurer la surveillance (BC 3, capacité 3.3.3, niveau 2).
Préparation et sécurité peropératoire. Préparer l’intervention conformément aux bonnes pratiques (BC 3, capacité 3.4.2, niveau 3), gérer le risque anesthésique et opératoire et savoir adapter ou interrompre l’intervention si la sécurité de l’animal ou des personnes ne peut être garantie (BC 3, capacité 3.4.3, niveau 2).
Administration des médicaments. Administrer un traitement médicamenteux selon les bonnes pratiques et dans le respect de la règlementation (BC 3, capacité 3.1.4, niveau 3), y compris les médicaments à administration vétérinaire exclusive (BC 3, capacité 3.1.5, niveau 2).
Analgésie. Reconnaître et évaluer la douleur aiguë et chronique en utilisant des échelles validées (BC 3, capacité 3.5.1, niveau 3) ; élaborer un plan d’analgésie préventive (BC 3, capacité 3.5.2, niveau 2) ; prendre en charge la douleur dans une approche multimodale et adapter le protocole à la réponse clinique (BC 3, capacité 3.5.3, niveau 2).
Gestion des urgences anesthésiques. Reconnaître les situations devant être prises en charge en urgence et prioriser les actions (BC 3, capacité 3.6.2, niveau 2), réaliser les gestes de 1ers soins d’urgence (BC 3, capacité 3.6.3, niveau 2) et adapter les soins à l’évolution (BC 3, capacité 3.6.4, niveau 2).
Communication avec le détenteur de l’animal et consentement éclairé. Expliquer la stratégie thérapeutique, les bénéfices, les risques, les effets indésirables, les complications potentielles, les limites et le coût, afin de recueillir un consentement éclairé (BC 3, capacité 3.1.3, niveau 2) ; communiquer en situation difficile ou de crise (BC 6, capacité 6.1.2, niveau 1) ; transmettre les informations utiles à l’équipe de manière claire et structurée (BC 6, capacité 6.1.3, niveau 2).
Responsabilité et limites. Reconnaître ses limites professionnelles, techniques, émotionnelles ou organisationnelles, demander de l’aide à bon escient, solliciter une supervision, un avis senior ou un référé, en priorisant la sécurité du patient (BC 8, capacité 8.3.2, niveau 2) ; analyser ses actes, erreurs ou incidents (BC 8, capacité 8.3.4, niveau 2).
À retenir : dans les domaines de l’anesthésie et de l’analgésie, les compétences attendues lors de la diplomation sont majoritairement de niveau 2. Le jeune diplômé est capable d’élaborer et mettre en œuvre une procédure sédative, anesthésique et analgésique sur des animaux en bonne santé et dans des situations courantes, mais avec une supervision ou une validation aux étapes clés.
Pour tout praticien généraliste, les compétences attendues en anesthésie et en analgésie peuvent donc assez bien se résumer à celles définies dans le RNCV, avec une évolution vers le niveau 3 de maîtrise, ainsi que sur des animaux « plus à risque », au fur et à mesure de son expérience et de son vécu.
2. Quelles compétences supplémentaires pour le vétérinaire généraliste ?
Un praticien généraliste peut améliorer très significativement ses pratiques en anesthésie et analgésie, en incrémentant par exemple son niveau d’autonomie sur l’ensemble des compétences figurant dans le RNCV. Cela peut être rendu possible par la formation continue tout au long de la vie (congrès, ateliers modulaires pratiques, compagnonnage auprès d’un spécialiste dans la discipline), l’expérience et l’entraînement délibéré au quotidien mais aussi l’organisation interne de la structure d’exercice à laquelle il appartient. Des exemples concrets seront abordés lors de la conférence.
3. L’anesthésie et l’analgésie vétérinaire : une spécialité européenne avec des compétences spécifiques
3.1. Le vétérinaire spécialiste en anesthésie et analgésie
En France, le titre de « vétérinaire spécialiste » est protégé. Son usage suppose l’inscription sur la liste des vétérinaires spécialistes, et il n’est ouvert que pour les disciplines reconnues, soit par l’existence d’un DESV, soit par la reconnaissance du diplôme d’un collège européen par le Conseil national de la spécialisation vétérinaire (CNSV). L’anesthésie-analgésie vétérinaire est une spécialité reconnue en France depuis 2018 sur la base du diplôme de l’European College of Veterinary Anaesthesia and Analgesia (ECVAA).
Le parcours est long : une année d’internat multidisciplinaire, suivie au minimum par 3 années de résidanat sous la supervision d’un spécialiste, avec exigences de publications scientifiques, avant un examen final réputé sévère et difficile. Le collège de la discipline reste numériquement restreint – de l’ordre de deux cents diplômés pour l’ensemble de l’Europe – ce qui explique le (très) petit nombre de spécialistes en anesthésie et analgésie actuellement en exercice en France.
Du fait de cette formation supplémentaire, a fortiori exigeante, ainsi que de son exercice exclusif dans son domaine d’expertise, le spécialiste possède d’incontestables compétences spécifiques supplémentaires. Il exerce alors souvent aussi au sein d’un service spécialisé.
3.2. Les services spécialisés en anesthésie et analgésie
En anesthésie-analgésie, un service spécialisé se reconnaît, entre autres, à la présence d’une personne dédiée à l’anesthésie durant l’entièreté de la procédure, une surveillance instrumentale complète, une capacité de suivi et de réanimation per et postanesthésique. Son champ de compétences couvre donc : la consultation préanesthésique du patient à risque/instable, l’anesthésie des procédures longues, lourdes ou inhabituelles, la ventilation à pression positive, la prise en charge de la douleur aiguë sévère et de la douleur chronique lors de consultations d’algologie, l’anesthésie d’espèces « non conventionnelles », et souvent un rôle de conseil, d’appui et de formation de l’équipe soignante. En France, ces services dédiés existent actuellement au sein de structures comme des CHV, des CHUV ou des cliniques de référé multidisciplinaires.
Adresser ou référer un animal à un service spécialisé de ce genre n’est pas une rupture de la relation de confiance avec le propriétaire, mais son prolongement – une comparaison avec l’anesthésiste en médecine humaine, que personne ne confond avec son médecin généraliste, est en général immédiatement comprise. L’intérêt du référé de ce type est aussi déontologique. Le RNCV inscrit noir sur blanc la capacité à reconnaître ses limites et à solliciter une supervision, un avis senior ou un référé, en priorisant la sécurité du patient. Adresser un patient à un service spécialisé en anesthésie et en analgésie n’est pas un aveu d’incompétence : c’est l’objet même d’une compétence attendue au premier jour pour un jeune diplômé (BC 8, capacité 8.3.2).
4. Délégation d’actes vétérinaires dans le domaine de l’anesthésie et de l’analgésie
Ce point sera abordé lors de la conférence.
En conclusion, nous sommes tous vétérinaires et à ce titre tous capables de réaliser une anesthésie générale ou mettre en place un plan d’analgésie. Mais nous ne sommes pas tous compétents pour conduire et mettre en œuvre toutes les anesthésies. Trois « niveaux de compétences » assortis de leur champ d'application peuvent alors être proposées :
le praticien généraliste, qui anesthésie tous les jours des animaux plutôt en bonne santé et stables, dans des situations simples et/ou maîtrisées, et dont les compétences peuvent assez bien se résumer à celles définies dans le RNCV,
le praticien formé et expérimenté en anesthésie, qui possède des compétences approfondies et/ou supplémentaires par rapport à celles définies dans le RNCV mais qui ne peut pas se prétendre spécialiste,
et enfin, le spécialiste titulaire du diplôme de collège reconnu et inscrit à ce titre, et qui possède des compétences spécifiques et pointues, lui permettant de gérer l’ensemble des situations, dans de nombreuses espèces animales.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Tout n'est pas hernie discale
Montpellier Et Toulouse France
Introduction La paraparésie et la paraplégie aiguës d'origine médullaire constituent un motif fréquent de consultation d'urgence en neurologie canine. Nous considérerons ici seulement les chiens présentant des signes de parésie ou paralysie pelvienne d’apparition suraiguë (quelques minutes à heures) à aiguë (quelques heures à jours) sans aucun autre signe général ou nerveux au préalable.
I. Neurolocalisation d’une paraparésie – paraplégie aiguë
Avant tout examen du système nerveux, un examen clinique général doit être réalisé. Il peut permettre d’identifier une affection systémique à l’origine des troubles locomoteurs ou bien dont la sévérité a un impact sur l’examen nerveux. L’identification d’une myélopathie thoracolombaire (T3-L3) ou lombosacrée (L4-S2) repose sur l’interprétation de l’examen du système nerveux en ayant connaissance de la neuroanatomie de la moelle spinale (Figure 1-A). Cette dernière est divisée en 4 à 5 segments médullaires (ne correspondant pas aux vertèbres). Chaque segment dispose de nombreux motoneurones périphériques (MNP) dont les axones forment les racines nerveuses puis les nerfs innervant les muscles striés squelettiques. Le segment C1-C5 innerve les muscles du cou et de l’arrière de la tête, le segment C6-T2 (intumescence cervico-thoracique) donne naissance au plexus brachial innervant les membres thoraciques, le segment T3-L3 innerve les muscles du flanc et abdominaux, le segment L4-S3 (intumescence lombo-sacrée) donne naissance au plexus lombosacré innervant les membres pelviens et la région sacrée. Le segment Cd1-Cd5 (ou plus) correspond aux MNP innervant la queue. Les MNP ont une action facilitatrice sur les muscles striés et sont sous influence du motoneurone central (MNC) dont le corps cellulaire est dans l’encéphale. Le MNC transmet le signal moteur au MNP et a une action globalement régulatrice inhibitrice. Sans influence du MNC, le MNP peut stimuler le muscle qu’il innerve sans volonté de l’animal et sans la régulation du MNC.
Dans le cadre de la présentation, nous ciblerons les atteintes médullaires causant une paraparésie (perte partielle du mouvement volontaire par diminution de la vitesse ou de l'amplitude des mouvements, diminution du tonus musculaire ou capacité limitée à effectuer certains actes moteurs) ou paraplégie (perte totale du mouvement volontaire) pelvienne. Une ataxie proprioceptive est très fréquemment présente et correspond à une incoordination des mouvements par défaut d’influx proprioceptif ascendant (Pattes qui croisent, traine le membre (dragging), marche sur la face dorsale des doigts (knuckling), retard à la protraction du membre, circumbduction). Afin de différencier une myélopathie T3-L3 d’une L4-S2, plusieurs éléments sont considérés (Figures 1-B,1-C).
Piège 1 : Lors de myélopathie T3-L3 suraiguë, les réflexes médullaires et le tonus musculaire des membres pelviens peuvent être diminués à absents si l’évaluation se fait dans les premières heures à jours suivant l’affection brutale. Il s’agit du phénomène de choc spinal (à ne pas confondre avec un traumatisme médullaire) lié à une perturbation synaptique caudale à la lésion médullaire mimant une atteinte du MNP. Une résolution plus moins rapide (heures à jours) des réflexes est attendue.
Piège 2 : La posture de Schiff-Sherrington (hypertonie des membres thoraciques en extension, sans atteinte motrices ou proprioceptives des membres eux-mêmes) est possible lors de myélopathie en thoracolombaire. Elle est liée à la levée de l’inhibition du tonus extenseur exercée par les cellules bordantes (dont le corps cellulaire est en L1-L3) sur les membres thoraciques.
Piège 3 : Évaluer la nociception permet de grader la sévérite de la myélopathie. Elle est testée en pinçant à l’aide d’un clamp l’espace interdigité ou la base de la griffe du membre ainsi que la queue. La réponse attendue est une réponse comportementale (vocalise, retournement vers le site de pincement, tentative de morsure) et/ou modification de respiration (arrêt de la polypnée) ou une tachycardie. Le fait de retirer la patte peut être la réponse motrice attendue dans le réflexe de retrait sans pour autant avoir une nociception intacte.
II. Hypothèses principales lors de paraparésie/plégie aiguë chez le chien
Hernie discale extrusive compressive (HD Hansen type I)
Physiopathologie : Dégénérescence chondroïde précoce du disque intervertébral aboutissant à une rupture aiguë de l'anneau fibreux, avec extrusion de noyau pulpeux minéralisé dans le canal vertébral. Le matériel extrudé provoque une compression médullaire possiblement associée à une composante contusive lors de l'impact initial.
Présentation la plus commune : chien de race chondrodystrophique, de petit ou moyen format, d'âge moyen (4-6 ans), le Teckel étant la race la plus représentée (31 % des cas); apparition aiguë avec une évolution le plus souvent progressive en aggravation jusqu’à la présentation. La neurolocalisation la plus fréquente est T3–L3 ; les signes sont plus fréquemment symétriques, bien qu’une latéralisation clinique soit possible et malgré une latéralisation fréquente du matériel discal lui-même.
ANNPE (hernie discale extrusive non compressive aiguë ou « traumatic disc » ou hernie faible volume/haute vélocité)
Physiopathologie : Rupture soudaine et à haute énergie de l'anneau fibreux d'un disque intervertébral souvent peu dégénéré, le plus souvent lors d'un effort ou d'un saut. Le noyau pulpeux est alors projeté à grande vélocité contre la moelle spinale, provoquant une contusion médullaire sans compression résiduelle significative.
Présentation la plus commune : chien non chondrodystrophique, de format moyen à grand (Border Collie, Malinois…), âgé de plus d'un an et généralement autour de 7 ans, apparition suraiguë (< 6 h), typiquement au cours d'une activité physique, souvent accompagnée d'une vocalisation au moment de l'incident, douleur le plus souvent absente ou transitoire; évolution non progressive après la phase initiale immédiate (maximum de l’intensité des signes cliniques en quelques minutes) et amélioration significative possible spontanément en quelques jours. Les signes nerveux sont fréquemment asymétriques/latéralisés et les 2/3 des cas présentent une myélopathie T3–L3, avec une prédilection topographique entre T12 et L2.
Myélopathie ischémique (embolie fibrocartilagineuse)
Physiopathologie : migration embolique de matériel le plus fréquemment de nature fibrocartilagineuse — vraisemblablement issu du disque intervertébral — dans la vascularisation artérielle et/ou veineuse de la moelle spinale, provoquant un infarctus médullaire ischémique.
Présentation la plus commune : chien de grande race, non chondrodystrophique, adulte (7-9 ans d’âge médian et possible chez l’animal juvénile à jeune); apparition suraiguë (< 6 h), classiquement au cours ou à la suite d’un exercice; évolution non progressive après 24 à 48h et amélioration significative possible spontanément en quelques jours; douleur spinale rare après la phase aiguë (présente dans seulement 29 % des cas), et signes fréquemment latéralisés/asymétriques. Ssegment T3–L3 le plus représenté en pratique.
Fracture / luxation vertébrale
Physiopathologie : Traumatisme à haute énergie (accident de la voie publique, chute, morsure, coup direct) entraînant une rupture osseuse et/ou une de la colonne vertébrale, avec un risque de compression, de contusion, d’hémorragie voire de section médullaire.
Présentation la plus commune : tout âge et toute race concernés, avec surreprésentation des chiens jeunes et actifs exposés au risque traumatique, contexte traumatique le plus souvent identifié par l'anamnèse et constitue l'élément d'orientation majeur; douleur à la palpation du rachis fréquente et marquée et. lésions concomitantes (thoraciques, abdominales) possibles. Jonction thoracolombaire et région lombosacrée fréquemment atteintes (fractures de L7 = 39 % des lésions vertébrales traumatiques)
HNPE (Hernie discale extrusive compressive noyau pulpeux hydraté)
Physiopathologie : extrusion d'un noyau pulpeux sain, encore riche en eau et de consistance gélatineuse, à travers une déchirure annulaire résultant en une compression médullaire
Présentation la plus commune : chien d’âge médian 7,5 ans, moins souvent de race chondrodystrophique, apparition suraiguë dans 90,2 % des cas, fréquemment associée à une activité ou à un traumatisme suspecté, évolution non progressive dans 41,2 % des cas et amélioration possible au bout de plusieurs jours (5 à 7 environ). Douleur dorsale présente dans 50% des cas et généralement peu marquée. Type de hernie discale est beaucoup plus fréquent en région cervicale.
Conclusion L’ensemble des données anamnestico-cliniques permettent d’établir des situations cliniques neurologiques incluant une paraparésie/paraplégie aiguë fortement évocatrices d’affections bien que seul des examens d’imagerie médicale puissent les confirmer. Des données particulières peuvent aussi permettre de hiérarchiser les hypothèses évoquées (Figure 2). Il a été démontré de manière significative une association entre ces présentations et l’affection sous-jacente :
- Chien de race chondrodystrophique, myélopathie T3-L3 d’apparition aiguë, symétrique ou peu latéralisée, douloureuse avec aggravation progressive sur quelques heures à quelques jours : Hernie discale extrusive compressive (Hansen I) très probable
- Chien de grande race, myélopathie T3-L3 d’apparition suraiguë (possiblement lors d’un effort), asymétrique, non douloureuse et non progressive après 24–48h : ANNPE ou myélopathie ischémique très probable
Le raisonnement clinique structuré, sans recours systématique à l'imagerie, permet d'obtenir une issue favorable chez 81 % des cas suspects d'IVDE et 94 % des cas suspects d'ANNPE/FCEM, avec seulement 3 % de diagnostics alternatifs constatés a posteriori. Cela souligne la valeur de l'anamnèse et de l'examen neurologique rigoureux comme socle de la démarche diagnostique, avant même l'imagerie en coupe.
Le différentiel reste plus large lors de parésie/paralysie pelvienne aigüe. L’acronyme VITAMIN D peut être utilisé dans ce contexte: Vasculaire : Hémorragie médullaire (primaire ou secondaire), inflammatoire: discospondylite, empyème / myélite dysimmunitaire; néoplasie: Vertébrale avec fracture pathologique, médullaire primaire, méningée ou extramédullaire non nerveuse.
Références bibliographiques
Baka, R., et al (2023). Clinical and epidemiological profiles and outcome of non-traumatic myelopathies in dogs. Journal of the Hellenic Veterinary Medical Society.
De Risio, L. (2015). A review of fibrocartilaginous embolic myelopathy and different types of peracute non-compressive intervertebral disk extrusions in dogs and cats. Frontiers in Veterinary Science, 2, 24.
Rossi, G., Set al (2020). Intervertebral disc disease and aortic thromboembolism are the most common causes of acute paralysis in dogs and cats presenting to an emergency clinic. Veterinary Record, 187, e81.
Scalia, B., et al (2024). Outcome of the use of clinical reasoning alone in dogs with acute thoracolumbar myelopathy and/or pain. Animals, 14, 1017.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Traitement chirurgical d'une tumeur osseuse à cellules géantes vertébrale chez un chat : une entité rare à comportement bénin.
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Traitement chirurgical du syndrome respiratoire des brachycéphales : quand, comment, pourquoi ?
Paris France
1. Introduction et Physiopathologie : Pourquoi intervenir ?
Le syndrome respiratoire obstructif des races brachycéphales (BOAS) résulte d'une sélection génétique progressive de caractères morphologiques extrêmes. Ce syndrome se caractérise par un conflit d'espace majeur au sein des voies aériennes supérieures.
On distingue deux types d'anomalies :
Les anomalies primaires : principalement la sténose des narines et l’allongement et l'hypertrophie du voile du palais. Ces obstructions initiales augmentent considérablement la résistance au passage de l'air.
Les anomalies secondaires : induites par les pressions inspiratoires négatives extrêmes générées par l'effort inspiratoire permanent. Ces pressions provoquent l'éversion des ventricules laryngés (visualisée dans 66 à 94 % des cas) et le collapsus laryngé (présent chez 53 à 74 % des chiens brachycéphales), caractérisé par une perte progressive de rigidité des cartilages aryténoïdes qui finissent par complètement obstruer l'entrée du larynx.
D'autres anomalies comme l'hypertrophie aberrante des cornets nasaux perturbent la régulation thermique (participe à l'intolérance à l'effort et à la chaleur) et augmentent la résistance au passage de l'air nasale. L'obstruction chronique engendre un cercle vicieux auto-aggravant, associant étroitement troubles respiratoires et digestifs (difficultés respiratoires, reflux gastro-œsophagiens, vomissements).
2. Évaluation clinique et choix du moment : Quand intervenir ?
Le bilan lésionnel préopératoire
Avant toute chirurgie, la prise en charge d'un chien brachycéphale inclut systématiquement un bilan lésionnel complet : un examen clinique rigoureux, des radiographies thoraciques, une analyse sanguine minimale, ainsi qu'une endoscopie des voies respiratoires et digestives. Ce bilan permet de classifier les anomalies et d'évaluer la sévérité des troubles associés.
Le choix du moment : l'importance d'une chirurgie précoce
Le syndrome étant évolutif et auto-aggravant, l'intervention chirurgicale peut être recommandée dès l'apparition des premiers signes cliniques respiratoires et digestifs afin de limiter le risque opératoire et d'optimiser le pronostic. Attendre l'installation de lésions sévères ou tardives augmente le risque de récidive par résection insuffisante ou prise en charge trop tardive.
Si les ronflements ne doivent pas constituer un caractère décisionnel, on se base préférentiellement sur les signes respiratoires d’intolérance à l’effort, à la chaleur ou à l’excitation.
3. Techniques chirurgicales modernes : Comment intervenir ?
Rhinoplastie : de la technique en coin à l'ala-vestibuloplastie
La rhinoplastie classique en coin (verticale ou horizontale) est avantageusement remplacée par l'ala-vestibuloplastie. Cette technique consiste en la résection cunéiforme des cartilages alaires en plus de la résection des ailes du nez. Elle apporte les meilleurs résultats, tant sur le plan fonctionnel (ouverture suffisante des narines) qu'esthétique (préservation de la pigmentation). L'hémorragie provoquée par l'incision à la lame froide est facilement jugulée par la mise en place de points simples avec un fil monofilament de résorption rapide de petit diamètre (Caprosyn® 3-0 ou 4-0 sur aiguille ronde), se résorbant sous 3 à 4 semaines.
Palatoplastie et pharyngoplastie : l’intérêt de la pharyngoplastie en H
L'épaisseur importante du voile du palais est due à une hyperplasie et un œdème des glandes muqueuses, et non à une hypertrophie musculaire, et elle est proportionnelle à la sévérité des symptômes exprimés. Les techniques historiques de palatoplastie standard ont été progressivement remplacée par des techniques permettant un désépaississement : palatoplastie étendue ou folded flap palatoplastie et désormais le pharyngoplastie en H. Cette technique associe une palatotomie étendue (réduction de la longueur et désépaississement du voile) et une amygdalectomie bilatérale. L'utilisation du laser CO2comparativement aux autres méthodes (bistouri électrique, Ligasure®, laser diode ou ciseau) présente l'avantage de réduire considérablement les saignements, l'inflammation péri-opératoire et le temps opératoire, tout en conservant une précision optimale. La reconstruction est finalisée par la réalisation de surjets continus résorbables (pharyngoplastie en H) pour apposer les muqueuses.
Prise en charge des ventricules et du collapsus laryngé
- Ventricules laryngés : L'ablation systématique n'est plus recommandée en raison d'une hausse constatée de la morbidité postopératoire (œdème laryngé, complications au réveil). Elle reste indiquée uniquement en cas d'éversion importante, d'ulcération ou de granulome inflammatoire.
- Collapsus laryngé : Les cas les moins touchés s'améliorent spontanément après correction chirurgicale des anomalies primaires. Pour les cas les plus sévères (stade 3 avec obstruction complète), les chirurgies (latéralisation de l'aryténoïde gauche, élargissement ventral du larynx, aryténoïdectomie partielle) offrent des résultats aléatoires en raison de la flaccidité cartilagineuse importante. Une trachéotomie permanente peut être envisagée en dernier recours.
4. Gestion péri-opératoire et anesthésique
Stabilisation médicale péri-opératoire :
La mise en place simultanée d'un traitement médical est essentielle pour diminuer le taux de complications péri-opératoires et leur gravité :
Prednisolone (0,5-1 mg/kg/j) : anti-inflammatoire stéroïdien réduisant l'inflammation pharyngée et laryngée ainsi que certains troubles digestifs.
Métoclopramide (0,5-1 mg/kg/j) & Oméprazole (0,5-1 mg/kg/j) : prokinétique limitant reflux et vomissements, associé à un inhibiteur de la pompe à protons.
Sucralfate (100 mg/kg) : pansement gastrique prévenant et traitant les ulcères et reflux gastro-œsophagiens.
Surveillance du réveil et phase critique :
Les 24 premières heures postopératoires sont les plus à risques. Le réveil doit se faire au calme et à proximité d'une source d'oxygène, avec une extubation la plus tardive possible. En cas de réveil agité, une tranquillisation ou réinduction/ré-intubation immédiate est requise. Si nécessaire, le clapping (percussions fermes sur les deux hémithorax) aide à expulser les glaires accumulées. Une sonde nasotrachéale peut être mise en place en fin d'intervention en cas de syndrome sévère (inflammation, collapsus). Du matériel de trachéostomie d'urgence doit toujours être disponible au chevet du patient.
5. Pronostic, complications et éthique
Le pronostic global de cette gestion est désormais très satisfaisant. Une étude à long terme (suivi de 423 chiens à long terme sur médiane de 36 mois) montre une amélioration statistique des signes respiratoires dans 72 % des cas et des signes digestifs dans 34 % des cas chez les chiens traités par ala-vestibuloplastie et pharyngoplastie en H au laser CO2. Le taux de satisfaction des propriétaires atteint 97 %. Fait notable, 8 % de la cohorte était composée d'animaux précédemment opérés par des techniques classiques inefficaces, et aucun des chiens opérés par cette nouvelle approche combinée n'a requis d'autre ré-intervention.
Gestion et taux de complications :
Le taux de complications postopératoires global est de 12 % (une étude sur 423 cas), dont seulement un quart de complications majeures (détresses respiratoires, bronchopneumonies par fausse déglutition ou coups de chaleur). Les complications mineures (vomissements, régurgitations) répondent favorablement à la gestion médicale. La mortalité péri-opératoire rapportée est de 2,4% dans cette étude.
Responsabilité professionnelle et éthique
Bien que la prise en charge clinique soit notre devoir, un résultat pleinement satisfaisant reste irréalisable dans certains cas de déformations extrêmes. Il est de notre responsabilité, en tant que vétérinaires, d'orienter l'éducation du public et des éleveurs vers de nouvelles normes raciales moins fragiles et moins dépendantes de soins vétérinaires continus.
Bibliographie personnelle :
Poncet CM, Dupre GP, Freiche VG, Bouvy BM. Long-term results of upper respiratory syndrome surgery and gastrointestinal tract medical treatment in 51 brachycephalic dogs. J Small Anim
Poncet CM, Dupre GP, Freiche VG, Estrada MM, Poubanne YA, Bouvy BM. Prevalence of gastrointestinal tract lesions in 73 brachycephalic dogs with upper respiratory syndrome. J Small Anim Pract. Juin 2005;46(6):273-9.
Carabalona JPR, Le Boedec K, Poncet CM. Complications, prognostic factors, and long-term outcomes for dogs with brachycephalic obstructive airway syndrome that underwent H-pharyngoplasty and ala-vestibuloplasty: 423 cases (2011-2017). J Am Vet Med Assoc. 15 déc 2021;260(S1):S65-73.
Dunié-Mérigot A, Bouvy B, Poncet C. Comparative use of CO? laser, diode laser and monopolar electrocautery for resection of the soft palate in dogs with brachycephalic airway obstructive
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Traitement de l'hyperparathyroïdie primaire chez le chien par ethanolisation percutanée sous guidage échographique des nodules parathyroidiens : série de 5 chiens
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Traitement des tumeurs osseuses : que disent les chiffres ?
Vaulx Milieu France
Bouc Bel Air France
Épidémiologie des différentes tumeurs osseuses appendiculaires
Les tumeurs osseuses sont relativement rares chez le chien. La majorité sont malignes et peuvent être d’origine primitive ou correspondre à des métastases. Parmi les tumeurs osseuses primitives, l’ostéosarcome est très largement prédominant et représente près de 85 % des cas. Il affecte préférentiellement les chiens de grandes et très grandes races. L’âge moyen au diagnostic est d’environ 7 ans, mais un second pic d’incidence est décrit chez les jeunes chiens, autour de 18 à 24 mois. L’influence du sexe et du statut reproducteur reste variable selon les études et les races. Les ostéosarcomes appendiculaires siègent préférentiellement au niveau des métaphyses des os longs, avec une prédominance des membres thoraciques. Les sites les plus fréquemment concernés sont l’humérus proximal, le radius distal, le fémur distal et les extrémités proximale et distale du tibia.
Le chondrosarcome constitue la deuxième tumeur osseuse primitive la plus fréquente chez le chien et représente environ 5 à 10 % des cancers osseux primitifs. Bien que les localisations sur les os plats soient prédominantes, les os longs peuvent également être atteints, notamment dans les formes appendiculaires. Une prédisposition particulière pourrait exister chez le Golden Retriever, mais aucun facteur de risque clairement établi n’est actuellement identifié. Les fibrosarcomes et hémangiosarcomes osseux sont beaucoup plus rares et représentent chacun, ou collectivement selon les séries, moins de 5 % des tumeurs osseuses. Ils surviennent préférentiellement chez des chiens âgés et, lorsqu’ils intéressent les membres, leur présentation clinique peut être indiscernable de celle d’un ostéosarcome.
Les tumeurs plasmocytaires (plasmocytomes osseux solitaires et myélomes multiples) sont des cancers hématologiques rares, pouvant prendre la forme d’une ou plusieurs tumeur(s) osseuse(s) appendiculaires. Enfin, les métastases osseuses de cancers extraosseux sont probablement sous-diagnostiquées. Une étude nécropsique rapporte leur présence chez 19,1 % des chiens décédés d’un cancer avancé, dont près d’un quart n’étaient détectables qu’à l’examen histopathologique.
Sur le plan biologique, l’ostéosarcome appendiculaire se caractérise par une forte agressivité locale et un risque métastatique élevé : moins de 15 % des chiens présentent des métastases pulmonaires détectables au diagnostic, mais plus de 90 % décèdent finalement d’une maladie métastatique. Le chondrosarcome appendiculaire présente également un potentiel métastatique important, avec une évolution métastatique rapportée chez environ 50 % des chiens pour les formes de haut grade. À l’inverse, le fibrosarcome osseux semble principalement responsable d’une agressivité locale et présenterait un faible risque métastatique. L’hémangiosarcome osseux est, quant à lui, particulièrement agressif, avec une évolution métastatique rapide souvent présente dès le diagnostic. Les plasmocytomes osseux sont agressifs essentiellement localement mais peuvent parfois évoluer vers une forme disséminée (ou myélome).
Présentation clinique
Distribution classique dite « loin du coude, près du genou » avec environ 75-80 % des OSA appendiculaires touchant le membre thoracique.
La présentation clinique classique est une boiterie d’apparition progressive, initialement intermittente puis constante, répondant pas ou peu aux AINS, avec tuméfaction locale, ferme, souvent chaude et douloureuse à la palpation, d'apparition parfois brutale (à l'occasion d'une fracture pathologique). Une douleur marquée à la palpation profonde ou à la mobilisation de l'articulation adjacente.
Les autres signes cliniques incluent une amyotrophie du membre par non-usage chronique, avec gonflement articulaire réactionnel en cas de localisation juxta-articulaire, généralement sans altération de l'état général.
Présentation radiologique
La radiographie reste l'examen de première intention devant une boiterie localisée avec tuméfaction, en raison de sa disponibilité et de son coût.
Signes radiographiques évocateurs
L'OSA associe classiquement des lésions ostéolytiques et ostéoprolifératives mixtes, mal délimitées :
Ostéolyse : plages de lyse corticale et médullaire, à contours flous, sans zone de transition nette avec l'os sain (signe d'agressivité)
Réaction périostée agressive :
- Triangle de Codman (soulèvement périosté interrompu, formant un éperon triangulaire à la jonction os sain/tumeur)
- Réaction périostée, spicules osseux perpendiculaires à l'axe cortical
- Rupture corticale
- Extension aux tissus mous adjacents avec masse tissulaire visible, parfois minéralisée
- Absence d'atteinte articulaire franche dans la majorité des cas (la tumeur reste habituellement métaphysaire, épargnant le cartilage articulaire, ce qui est un élément de distinction utile vs. atteinte septique/synoviale) = lésion monostotique
- Zone de transition courte, non organisée : critère radiographique majeur d'agressivité (par opposition aux lésions bénignes à transition longue et progressive)
Diagnostic différentiel radiographique
Ostéomyélite bactérienne ou fongique
Réaction périostée souvent plus lamellaire/organisée, séquestres osseux possibles, contexte clinique (plaie, migration de corps étranger)
Leishmaniose
Lésions souvent bilatérales, diaphysaires, centrées sur un foramen nourricier (en zone endémique)
Chondrosarcome
Souvent localisation os plats (côtes, bassin, os plats du crâne)
Panostéite
Densification médullaire diaphysaire, pas de destruction corticale ni de réaction périostée agressive
Métastase osseuse
Lésions parfois multifocales, contexte de tumeur primitive connue (pas systématiquement)
Prise en charge clinique
Bilan d’extension
Examen orthopédique complet, recherchant d'éventuels sites osseux secondaires
Cytoponction des nœuds lymphatiques régionaux : moins de 5 % des chiens présentent des métastases ganglionnaires, mais leur présence constitue un facteur pronostique négatif significatif (intervalle sans maladie et survie raccourcis)
Radiographies thoraciques 3 vues : recommandées en routine ; des métastases pulmonaires visibles sont retrouvées chez environ 5 % des chiens seulement au diagnostic (à distinguer de la maladie micrométastatique, présente chez ~90 % des chiens dès le diagnostic mais indétectable par l'imagerie conventionnelle)
Scanner thoracique : plus sensible que la radiographie pour la détection des nodules pulmonaires ; utile mais non indispensable à la décision thérapeutique
Scanner corps entier : recherche de métastases osseuses sur les os longs.
Scintigraphie osseuse : peut contribuer à la détection de lésions métastatiques osseuses, mais la disponibilité reste très limitée.
En cas de fracture pathologique, le bilan d’extension se limite généralement à des radiographies thoraciques pour exclure des macrométastases pulmonaires et envisager directement une amputation (pour gestion de la douleur).
Cytoponctions vs biopsies osseuses
La cytoponction est un geste peu invasif, ne nécessitant pas d’anesthésie générale, et offrant une sensibilité de 70-97% pour le diagnostic de malignité. Ainsi, dans le dernier consensus publié, elle est indiquée en première intention pour les cas typiques. Cependant, la cytologie ne permet pas de différencier les différents types de sarcomes.
La biopsie osseuse reste le diagnostic le plus certain du type tumoral. Elle nécessite une anesthésie générale. Il faut réaliser le prélèvement au centre de la lésion pour limiter le risque de faux négatif. Les complications principales sont une fracture pathologique et la dissémination le long du trajet de biopsie (à considérer en cas de limb-sparing).
En cas de signalement, présentation clinique et radiographique typiques, des cytoponctions peuvent parfois suffire avec un diagnostic histologique sur la pièce d’exérèse après amputation.
Stratégies thérapeutiques
Standard de soins
La chirurgie est au cœur du traitement de première intention avec un double objectif : soulager la douleur (priorité absolue) et maîtriser la maladie métastatique (via la chimiothérapie adjuvante).
Amputation : traitement de choix pour la grande majorité des OSA appendiculaires, à l'exception des tumeurs débutantes du radius distal ou de la diaphyse ulnaire distale, où une chirurgie de conservation de membre peut être envisagée.
Membre thoracique : amputation incluant la scapula (ou désarticulation scapulo-humérale)
Membre pelvien : désarticulation coxo-fémorale ; en cas d’extension à la tête fémorale via le ligament rond, il faut envisager une pelvectomie partielle (acétabulectomie)
Récupération fonctionnelle généralement rapide, y compris chez les races géantes
Contre-indications : troubles neurologiques ou orthopédiques sévères compromettant la locomotion sur les membres restants (l'arthrose seule est rarement une contre-indication réelle)
Environ 90 % des chiens atteints d’ostéosarcome décèdent d’une dissémination métastatique ; sans traitement adjuvant, la médiane de survie est d’environ 5 mois. Une chimiothérapie adjuvante après chirurgie est donc recommandée. Plusieurs agents ont été étudiés, notamment les sels de platine, la doxorubicine et la gemcitabine, utilisés seuls ou en association. Le carboplatine est le protocole le mieux documenté, avec une médiane de survie sans progression de 256 à 425 jours. Une étude de phase III a même montré de meilleurs résultats avec le carboplatine seul qu’avec l’association carboplatine-doxorubicine, sans toutefois démontrer sa supériorité sur l’ensemble des protocoles disponibles. Après chirurgie et chimiothérapie, une médiane de survie d’environ un an est rapportée. Pour les autres tumeurs osseuses, une chimiothérapie adjuvante à base de doxorubicine est recommandée pour les hémangiosarcomes, tandis que son intérêt n’est pas démontré pour les chondrosarcomes et les fibrosarcomes. Elle peut néanmoins être discutée pour les chondrosarcomes de grade III à haut risque métastatique. La chimiothérapie à base de melphalan est au coeur du traitement des myélomes multiples et elle peut être proposé lors de plasmocytome osseux solitaire non opérable ou lorsque la radiothérapie n’est pas envisageable.
La tumeur n’est pas opérable ou les propriétaires refusent l’intervention chirurgicale
Lorsque la chirurgie, avec ou sans chimiothérapie adjuvante, n’est pas envisageable ou est refusée par les propriétaires, une prise en charge palliative multimodale doit être proposée afin de limiter la douleur tumorale et préserver la qualité de vie. La radiothérapie constitue le traitement antalgique le plus efficace des tumeurs osseuses malignes. Les protocoles hypofractionnés permettent une amélioration de la douleur chez 74 à 93 % des chiens pendant 53 à 130 jours, avec peu d’effets indésirables et la possibilité de ré-irradiation.
Les aminobiphosphonates, notamment le zoledronate, inhibent l’ostéolyse et peuvent avoir un effet antalgique. Une amélioration de la douleur durant plus de quatre mois est rapportée chez 50 % des chiens. Leur association à la radiothérapie semble améliorer le contrôle de la douleur par rapport à la radiothérapie seule.
Plus récemment, la cémentoplastie, dont l’objectif est de combler la cavité ostéolytique par du ciment médical, s’est démocratisée. Si elle semble apporter un bénéfice antalgique, les contours de ses indications restent à mieux définir.
L’analgésie doit enfin associer plusieurs classes thérapeutiques : les AINS constituent généralement la première ligne, tandis que les opioïdes peuvent être utilisés pour les douleurs sévères. La gabapentine est intéressante en cas de composante neuropathique, et l’amantadine peut potentialiser l’action des opioïdes et des AINS dans les douleurs chroniques. Aucun de ces traitements n’étant généralement suffisant seul, une approche multimodale est recommandée.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Transfusion : quel produit pour quelle indication ?
Marcy L'etoile France
L'utilisation de transfusions sanguines en pratique vétérinaire s’est considérablement développée ces dernières années. Fournir une thérapie transfusionnelle sûre et efficace est essentiel. Connaître les produits sanguins, savoir prélever, conserver et administrer ses produits ainsi que déterminer la compatibilité sanguine entre le donneur et le receveur sont très importants. Ce module s’attache à décrire les différents produits sanguins en médecine vétérinaire, les groupes sanguins chez le chat, les tests de compatibilité, le don de sang et l’administration des produits sanguins. Dans cette présentation, nous nous focaliserons sur les produits sanguins facilement disponibles pour le clinicien :
Le sang total
Il s’agit de sang prélevé depuis moins de 24 heures. Il contient des globules rouges (GR), des protéines plasmatiques et des facteurs de coagulation. Les plaquettes, les leucocytes et les facteurs de coagulation V et VIII sont rapidement dégradés (2-4 h pour les plaquettes et 24 h pour les facteurs V et VIII). La durée de conservation recommandée à -4°C n’excède jamais 21 jours. Les indications sont une hémorragie aiguë, un trouble de l’hémostase primaire ou secondaire, une insuffisance rénale aiguë accompagnée de troubles de l’hémostase, une insuffisance hépatique sévère ou un choc septique.
Les plasmas
Les plasmas (plasma frais, plasma frais congelé et plasma congelé) contiennent du liquide plasmatique, tous les facteurs de coagulation, de l’albumine, des électrolytes, des anti-protéases et des globulines.
Le plasma frais est séparé moins de 4h après la récolte et utilisé dans les 24h.
Le plasma frais congelé se conserve 18 mois entre -18°C et -30°C. Les indications sont principalement les déficits en facteurs de coagulation, les pancréatites ou le sepsis. L’intérêt est discuté pour les hypo albuminémies. En effet, il faudrait 45 ml/kg de plasma frais congelé pour augmenter l’albuminémie de 1 g/dl. Le plasma congelé est séparé et congelé 8h après la récolte. Il ne contient pas les facteurs de coagulation V et VIII.
Le concentré érythrocytaire ou culot globulaire
Le culot globulaire est une suspension d’hématies obtenue après centrifugation sans élimination de la couche leuco-plaquettaire. L’hématocrite de la solution obtenue varie de 50 à 80%. Il est stocké entre 1 et 6°C et se conserve 35 jours sur ACD (Adenine-Citrate-Dextrose). Les indications principales sont les anémies dont les anémies hémolytiques à médiation immune (AHMI). Il est intéressant lors de risque de surcharge volumique (insuffisance cardiaque congestive, œdème pulmonaire) ou chez des patients très hypoxiques.
Liens d'intérêt : Recherche et rédaction d'articles scientifiques avec le laboratoire ALVEDIA
📃 Transition entre vermifugation automatique et personnalisation du protocole
Montpellier France
Transition entre vermifugation automatique et personnalisation du protocole
Chez le jeune animal, la prise en charge antiparasitaire est fortement structurée par le risque lié aux parasites acquis très précocement (in utero ou par voie galactogène). La consultation pubertaire marque une évolution dans cette logique : il ne s’agit plus seulement de poursuivre un calendrier établi, mais de construire le protocole du futur adulte en fonction des risques réels auxquels il est exposé.
Pourquoi changer de stratégie à la puberté ? La maturation de l’immunité modifie progressivement la réceptivité de l’animal aux parasites rencontrés au très jeune âge. Toxocara canis en constitue une illustration : à partir d’environ 6 mois chez la chienne, un peu plus tard chez le mâle, la migration des larves conduit à leur dispersion dans l’organisme et à leur entrée en hypobiose. Une réactivation reste toutefois possible, notamment à la suite de l’œstrus et lors de la gestation, probablement en lien avec un fonctionnement altéré du système immunitaire. [1]
Dans le même temps, le risque parasitaire ne disparaît pas : il change de nature avec le mode de vie. Les sorties et contacts avec les congénères augmentent, certains chiens fréquentent parcs, cours collectifs, pensions ou activités sportives. L’accès à l’extérieur devient parfois libre et non surveillé. Chez le chat, les comportements de chasse apparaissent. Des modifications alimentaires peuvent également survenir, notamment l’introduction de viande ou d’abats crus.
La période comprise entre 6 mois et la prochaine visite de bonne santé constitue donc le moment privilégié pour passer d’une stratégie principalement liée à l’âge à une stratégie fondée sur l’exposition et les risques zoonotiques, sanitaires et environnementaux.
Etape 1: vérifier le passé parasitaire
Avant de personnaliser le futur protocole, il faut vérifier si la prise en charge pédiatrique a été correctement réalisée. Une mauvaise application du protocole de vermifugation au jeune âge doit conduire à considérer plus particulièrement la persistance éventuelle de parasites tels que Toxocara spp. et leur excrétion intermittente potentielle. Un dépistage par coproscopie permet de détecter cela et d’adapter le protocole.
Etape 2: déterminer le nouveau profil de risque : Le protocole doit ensuite être construit à partir d’un interrogatoire précis et rigoureux. Un questionnaire de préconsultation facilite cette démarche et rend visible auprès du propriétaire le travail d’analyse réalisé. Complété à l’oral au cours de la consultation, il permet de préciser le profil de risque de l’animal et d’en déduire un protocole adapté suivant les recommandations actuelles, associant mesures médicales et complémentaires. Il permet ainsi d’optimiser le temps consacré à cette évaluation, tout en sensibilisant le propriétaire aux risques associés au mode de vie de son animal, tant pour celui-ci que pour son entourage. Le questionnaire offre également l’occasion d’aborder l’impact environnemental des mesures de prévention mises en place. (Questionnaire disponible dans le proceeding du congrès de l’AFVAC 2026 : Risque infectieux et parasitaire : la puberté, une étape charnière).
- Le mode de vie : Un animal vivant exclusivement à l’intérieur et ayant peu ou pas de contacts étroits et prolongés avec des congénères présente une probabilité d’infestation parasitaire faible.
À l’inverse, le risque augmente chez un animal ayant un accès libre à l’extérieur ou vivant en collectivité (au-delà de 3 animaux) impliquant une protection plus soutenue. Sont notamment concernés les séjours en pension, les cours collectifs, les expositions et la fréquentation des parcs à chiens. Dans ces situations, les helminthes particulièrement liés à la vie en collectivité sont Toxocara canis pour les chiens ou T. cati pour les chats via l’ingestion d’œufs larvés présents dans l’environnement à partir des matières fécales d’un congénère et éventuellement Trichuris vulpis pour les chiens ou plus rarement des ankylostomes pour les chiens ou les chats. La prévention des parasites internes doit également être associée à une protection adaptée contre les parasites externes : le contrôle des puces est notamment indispensable pour prévenir la transmission du cestode Dipylidium caninum et doit être renforcé chez les animaux atteints de dermatite par allergie aux piqûres de puces. [1]
- L’alimentation et la prédation : Une alimentation exclusivement industrielle ou ménagère classique ne présente pas les mêmes risques qu’un comportement de prédation ou la consommation d’aliments crus.
L’ingestion de rongeurs ou d’oiseaux peut exposer à différents parasites, dont Toxocara spp., Echinococcus multilocularis et chez le chat Toxoplasma gondii ou Taenia taeniaeformis. L’ingestion de limaces ou d’escargots expose notamment le chien à Angiostrongylus vasorum et le chat à Aelurostrongylus abstrusus. La viande crue, les carcasses ou les viscères peuvent également être à l’origine d’infestations de diverses espèces de cestodes (Taenia spp. ou Echinococcus granulosus). [1]
L'interrogatoire alimentaire ne doit donc pas se limiter au contenu de la gamelle : il doit intégrer ce que l'animal est susceptible d'ingérer lorsqu'il échappe à la surveillance du propriétaire.
- Le lieu de vie et les déplacements : L’analyse doit prendre en compte non seulement le lieu de résidence habituel, mais aussi les destinations, la fréquence des déplacements et les séjours effectués le week-end. Certaines parasitoses sont liées à des zones géographiques particulières, notamment la leishmaniose, la dirofilariose cardio-pulmonaire et l’échinococcose alvéolaire. La babésiose et l’angiostrongylose sont quant à elles rapportées dans différentes régions mais avec des foyers plus ou moins localisés. [1]
- Le contexte familial : La personnalisation du protocole concerne enfin le propriétaire et son entourage. La présence de jeunes enfants, d’une femme enceinte ou de personnes immunodéprimées impose de considérer le risque zoonotique et sanitaire en renforçant les mesures d’hygiène comme le lavage régulier des mains, l’interdiction de comportement à risque comme le léchage du visage, le nettoyage régulier des objets et coussins destinés aux animaux, mesures dont on retrouve l’importance dans la limitation de l’exposition des humains aux antiparasitaires et à leurs résidus. [1]
Pour Toxocara, le contact rapproché avec de jeunes enfants ou des personnes immunodéprimées peut justifier un examen coproscopique très régulier ou une vermifugation au moins quatre fois par an, jusqu’à douze fois par an pour réduire au maximum le risque de transmission à l’Homme.
Etape 3: transformer le risque en protocole
Les arbres décisionnels proposés chez le chien et le chat (figure 1 et 2) adaptés des recommandations de l’ESCCAP et présentés dans l’article de la RVC, permettent de traduire les facteurs identifiés lors de l’interrogatoire en un niveau d’exposition, puis en une stratégie de prévention. Ils ne constituent pas des calendriers à appliquer systématiquement, mais des supports à la décision, le protocole devant être adapté au mode de vie et à l’environnement de chaque animal.
Deux situations opposées illustrent cette logique. Un chat vivant exclusivement à l’intérieur, sans prédation ni consommation d’aliments crus, présente une exposition parasitaire limitée : une surveillance coproscopique peut alors constituer une alternative à certains traitements systématiques. À l’inverse, chez un chat ayant librement accès à l’extérieur et chassant régulièrement, l’exposition aux nématodes et aux cestodes justifie une prévention plus soutenue et adaptée aux parasites susceptibles d’être rencontrés.
De même pour le chien vivant majoritairement à l’intérieur, promené en laisse et sans accès à des proies, carcasses ou aliments crus n’a pas le même profil qu’un chien évoluant librement à l’extérieur, chassant ou consommant régulièrement des proies ou des viscères. Dans le premier cas, une stratégie fondée sur le dépistage peut être envisagée selon les parasites recherchés ; dans le second, la diversité et la fréquence des expositions conduisent à élargir et/ou renforcer la prévention.
Ce n’est donc pas l’appartenance à une catégorie qui détermine à elle seule le protocole, mais l’ensemble des expositions identifiées.
Une fois le risque défini, le raisonnement doit également porter sur la nécessité de traiter, le choix de la molécule et la modulation de sa fréquence d’administration. Lorsque cela est pertinent pour le parasite recherché, le dépistage peut constituer une alternative au traitement. Cette approche raisonnée permet de limiter les administrations de traitements inutiles et permet de prévenir la survenue de résistances aux antiparasitaires. Chez les animaux de compagnie, des résistances multiples d’Ancylostoma caninum aux anthelminthiques ont été mises en évidence aux États-Unis. [1] Quelques cas de résistance de Dipylidium caninum au praziquantel sont également rapportés. Ces observations renforcent l’intérêt d’adapter le traitement et sa fréquence au risque réellement identifié.
Le choix de la galénique fait lui aussi partie intégrante du protocole. Une formulation mal adaptée à l’animal ou difficile à administrer peut compromettre l’observance et donc l’efficacité de la prévention. Ce choix doit également intégrer les conséquences potentielles pour l’entourage et l’environnement : exposition des personnes au produit après son administration, devenir des substances actives dans l’environnement ou encore nécessité de certaines précautions selon la formulation utilisée. Ces éléments doivent être discutés avec le propriétaire afin de rechercher le meilleur compromis entre efficacité, faisabilité, sécurité et limitation de l’impact environnemental.
Le propriétaire doit être sensibilisé au ramassage régulier, idéalement quotidien, des selles, à leur élimination avec les ordures ménagères, à l’entretien de la litière ainsi qu’au lavage régulier des mains. Ces mesures participent à la fois à la limitation des recontaminations et à la réduction du risque zoonotique.
Etape 4 : Un protocole raisonné est aussi un protocole expliqué
L’efficacité du protocole dépend de l’adhésion du propriétaire, qui doit comprendre les risques propres à son animal et les raisons du choix entre dépistage et traitement. Le protocole API doit s’intégrer dans une stratégie antiparasitaire globale, associant si nécessaire une protection APE, notamment contre Dipylidium caninum. Le choix de la galénique doit favoriser l’observance et la prescription s’accompagner d’un calendrier clair jusqu’à la prochaine consultation.
En conclusion, à la puberté, la vermifugation devient raisonnée, en privilégiant traitement ou dépistage selon le risque propre à chaque animal.
1. Pellecuer MA et coll. Gestion parasitaire raisonnée : la consultation pubertaire, point de départ d’une stratégie durable. Revue Vétérinaire Clinique. 2025 ; 60 : 215-227
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Traumatismes thoraciques : quand doit on opérer ?
Paris France
Généralités
Définition :
Les traumas thoraciques sont fréquents chez les carnivores domestiques et sont de gravité très variable en fonction des différentes lésions, superficielles ou profondes.
On distingue 2 types de traumatisme :
Traumatisme à thorax ouvert : morsure, plaie par balle, plaie par un objet contendant, etc.
Traumatisme à thorax fermé : accident de la voie publique, défenestration, barotraumatisme, etc.
Principales lésions de la paroi thoracique :
La variété et la sévérité des lésions thoraciques participent au tableau lésionnel étendu des traumas thoraciques.
En fonction des signes cliniques et des types de lésion identifiés, des examens complémentaires spécifiques peuvent être envisagés.
Les plaies pénétrantes du thorax sont dues le plus souvent à des plaies par morsure ou pénétration d’un objet contendant. Elles concernent la peau, les côtes, les muscles, les vaisseaux et les nerfs intercostaux. Ces plaies méritent une grande attention car, même si les plaies superficielles peuvent paraître minimes et ponctiformes, la plupart de ces plaies pénètrent l’intérieur du thorax, entraînant des dégâts importants des tissus plus profonds.
Les fractures de côtes sont fréquentes lors d’accident de la voie publique ou de morsure. Leur gravité est fonction de leur nombre, de leur topographie et de leur association à d’autres lésions thoraciques. Les fractures déplacées peuvent entraîner des lacérations du parenchyme pulmonaire.
On parle de volet costal lorsqu’une portion de la paroi thoracique est séparée du reste de la paroi thoracique. Ce phénomène fait suite à des fractures multiples sur plusieurs côtes adjacentes. Ce type de lésion autorise une partie du thorax à avoir des mouvements indépendants et paradoxaux au cours de la respiration, mettant à mal la mécanique ventilatoire, déjà altérée par la perte de vide pleural et les autres lésions pulmonaires.
Evaluation initiale
Le trauma thoracique constitue toujours une urgence lors de son admission. L’objectif initial est de déterminer si l’animal est stable ou s’il nécessite une stabilisation initiale. L’historique (quoi, quand, comment) est obtenu pendant le premier examen clinique. L’évaluation initiale peut se focaliser rapidement sur 4 systèmes : respiratoire, cardiovasculaire, neurologique et rénal. Il est important de noter que lors de traumatisme direct, les lésions ont des chances d’être focalisées sur une partie du corps alors que lors de traumatisme indirect, les lésions seront souvent multiorganiques.
Les fonctions cardiovasculaires et respiratoires sont souvent atteintes en parallèle. Fluidothérapie, oxygénothérapie et analgésie sont les premiers gestes salvateurs avant tout examen diagnostique.
En cas de plaie thoracique, des premiers soins sont envisagés dès que possible : tonte, soins de plaies, protection par un pansement stérile et étanche.
La détection de fracture de côte peut être un signe d’appel de l’éventuelle présence de lésions associées.
Côte fracturée et lésion potentielle associée :
T1 >> lésion du plexus brachial
T1 à T3 >> rupture bronchique
T2 à T7 >> myocardite traumatique
T4 à T10 >> hématome pleural ou hémothorax, contusion ou déchirure pulmonaire
T10 à T13 >> lésions des organes abdominaux
Gestion du trauma thoracique ouvert
Gestion médicale ou chirurgicale
Les traumas thoraciques peuvent être traités alternativement de façon chirurgicale ou conservatrice en fonction de la nature et de la sévérité des lésions observées. Cependant, la stabilisation du patient est l'objectif principal, quelque soit la méthode de traitement. Les fractures de côtes simples, les petites blessures thoraciques, le pneumothorax ou hémothorax modéré, en l’absence de lacérations pulmonaires graves, de fractures des côtes, de pénétration profonde, ou de contamination, sont candidats à une gestion conservatrice. Le traitement médical inclut le plus souvent antibiotiques et anti-inflammatoires, thoracocentèse ou mise en place d’un drain thoracique, soins de plaie pour cicatrisation par seconde intention, suivi attentif et confinement.
Le traitement chirurgical peut être indiqué pour des lésions plus sévères, évolutives ou spécifiques. La chirurgie peut permettre une exploration et le lavage de la plaie et des cavités pleurale ou abdominale, le contrôle de l'hémorragie, l'élimination complète des corps étrangers, la réparation de lacérations des poumons et des fractures des côtes, et la stabilisation d’un volet costal.
Anesthésie et approche chirurgicale
Sélectionner le type d’anesthésie appropriée et l'approche chirurgicale pour traiter les traumas thoraciques nécessite un examen attentif de plusieurs facteurs, et en particulier la stabilité du patient, le type et l'étendue de la lésion, l’expérience du clinicien, et la réponse au traitement initial. Les plaies les plus superficielles peuvent être traitées sous anesthésie locale ou locorégionale mais la plupart des gestes nécessiteront une anesthésie générale pour l’exploration approfondie des plaies, le débridement, et le lavage afin d’éliminer les bactéries, les corps étrangers, les fragments de côtes, et les autres débris.
Les principales difficultés de l’anesthésie générale dans ce contexte sont liées à la chute de l’hématocrite, l’hypovolémie consécutive aux pertes sanguines, la douleur péri-opératoire, la dépression respiratoire d’un animal qui présente un traumatisme thoracique majeur et le risque d’hypothermie. Le monitoring de l’animal est donc essentiel dans une telle situation. L'utilisation de la ventilation assistée à pression positive est essentielle chez les patients avec un pneumothorax ouvert.
Etude spécifique
Plaie de la paroi thoracique
Toute plaie du thorax mérite le plus souvent d’être explorée en raison du risque de lésion profonde, même sur une lésion ponctiforme. Cette exploration ne sera envisagée qu’après stabilisation du patient. Une tonte de la région, une irrigation sous pression, une désinfection et une protection hermétique de la plaie sont effectuées.
Une incision large de la plaie dorsoventralement est réalisée pour permettre une estimation des dommages sous-jacents. Un débridement des tissus dévascularisés et un lavage abondant sous pression sont indispensables pour limiter la multiplication bactérienne.
La plaie sera suturée sur drain ou laissée ouverte en fonction de la nature du traumatisme, du délai de contamination de la plaie avant parage chirurgical et du degré de contamination de la plaie.
Il peut arriver que les dégâts soient très étendus et le tissu musculaire ou cutané viable insuffisant pour refermer la plaie sans tension après parage. De nombreuses techniques de reconstruction ont été décrites dans la littérature humaine et vétérinaire, incluant épiploisation, lambeaux cutanés, avancement du diaphragme, etc.
Le recours aux antibiotiques est souvent nécessaire. L’association amoxicilline-acide clavulanique peut être initialisée de façon probabiliste en première intention, en particulier sur les plaies par morsure.
Fracture de côte et volet costal :
- Fracture de côte simple
Les fractures de côtes non ou peu déplacées asymptomatiques ne nécessitent la plupart du temps aucun traitement chirurgical, et un confinement associé à une prise efficace de la douleur sont suffisantes.
Les fractures de côtes très douloureuses, déplacées et susceptibles de lacérer le parenchyme pulmonaire lors des mouvements sont une indication chirurgicale. La réparation se fait en même que l’exploration et la réparation tissulaire. L’exérèse des côtes concernées à l’aide d’une pince de Liston adaptée est souvent préférée à une réparation orthopédique pouvant être facilement sujette à complication en raison de la fragilité de ces structures osseuses et de la dévascularisation de ces territoires fortement traumatisés.
- Volet costal
Des techniques de stabilisation externe ont été décrites pour la prise des volets costaux : pansement de corps consolidé, attelle plastique, sutures transcutanées, etc. Aléatoires, douloureuses et ne permettant pas de gérer immédiatement les lésions tissulaires profondes, notre expérience nous conduit le plus souvent à éviter ces techniques et à n’envisager au besoin qu’une exploration chirurgicale avec reconstruction sanglante de la paroi thoracique. Après lavage et exploration complète des lésions osseuses et tissulaires, le volet costal peut être retiré ou stabilisé en fonction des possibilités de reconstruction orthopédique. Cerclages métalliques ou plaques (métallique ou plastique) peuvent être utilisées. La reconstruction doit avant tout respecter les tissus et permettre une fermeture hermétique de la paroi thoracique. Des techniques de transposition tissulaire (transposition du muscle grand dorsal, épiploïsation par exemple) peuvent être utilisées.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Tumeurs : dans quels cas une exerèse chirurgicale simple ?
Saint-Germain-En-Laye France
Introduction
Les masses palpébrales comptent parmi les premiers motifs de chirurgie ophtalmologique chez le chien et le chat. La paupière est à la fois un revêtement cutané et une structure fonctionnelle, indispensable à la protection de la cornée, à l'étalement du film lacrymal et au drainage des larmes : toute exérèse doit donc satisfaire deux exigences parfois contradictoires, celles de la chirurgie carcinologique et celles de la reconstruction. L'objectif est de préciser quand une exérèse simple — résection en pleine épaisseur suivie d'une suture directe, sans lambeau ni greffe — est légitime, et à partir de quand il faut changer de stratégie ou référer (Figure 1).
1. Probabilité de malignité selon l'espèce
La probabilité de malignité diffère radicalement selon l'espèce, et cette différence conditionne à elle seule une grande part de la décision.
Chez le chien, les tumeurs palpébrales sont fréquentes et majoritairement bénignes : environ 20 à 30 % seulement sont histologiquement malignes, et la plupart d'entre elles se comportent cliniquement comme des lésions bénignes [1]. Les tumeurs des glandes de Meibomius (adénomes, épithéliomas, adénocarcinomes) représentent près de la moitié des cas et sont mieux appréciées en éversant la paupière. Environ 10 % des tumeurs palpébrales canines sont localement invasives : mélanome, carcinome basocellulaire, mastocytome, carcinome épidermoïde, hémangiosarcome ; elles imposent par conséquent des marges d'au moins 4 mm.
Chez le chat, la situation s'inverse : les tumeurs palpébrales sont rares mais le plus souvent malignes (près de 90% des cas). Le carcinome épidermoïde en est le représentant le plus fréquent, avec une part variant de 28 à 65 % selon les séries ; il touche surtout des animaux de plus de dix ans, avec une prédilection pour la paupière inférieure et le canthus médial des sujets peu pigmentés [2]. Viennent ensuite le mastocytome, l'hémangiosarcome, l'adénocarcinome, le fibrosarcome et le mélanome. Des marges d'au moins 4 mm s’imposent alors comme la règle, alors que le tissu palpébral disponible est ici réduit et peu mobile : l'exérèse simple y est beaucoup plus rarement suffisante.
Sur le plan décisionnel, une petite masse canine du bord libre d'aspect classique peut raisonnablement être opérée d'emblée, alors que toute masse palpébrale féline doit être considérée comme maligne jusqu'à preuve du contraire.
2. Prélèvements préopératoires et bilan d'extension
La cytoponction à l'aiguille fine est peu invasive et peut être réalisée sur un animal sédaté. Elle permet par exemple d'identifier un mastocytome, un lymphome ou une lésion inflammatoire que l'on aurait opérée à tort. Ses limites doivent toutefois être connues : elle ne préjuge ni du grade ni du caractère invasif de la lésion — adénome contre adénocarcinome méibomien, par exemple — et n'apprécie pas l'infiltration en profondeur. Une cytologie « bénigne » ne dispense en aucun cas de l'histologie de la pièce d'exérèse [3].
La biopsie incisionnelle n'a pas d'intérêt sur une petite masse, pour laquelle l'exérèse est à la fois diagnostique et thérapeutique et où l'incision risque de disséminer des cellules tumorales. Elle s'impose en revanche lorsque la chirurgie s’envisagerait mutilante : mieux vaut documenter la lésion avant d'engager le propriétaire dans une blépharoplastie lourde ou une alternative non chirurgicale.
Le bilan d'extension se justifie devant une lésion ulcérée, infiltrante, à croissance rapide, chez le chat, ou lorsqu'une tumeur à fort potentiel métastatique est suspectée. Il associe la cytologie des nœuds lymphatiques de drainage, une imagerie thoracique et, pour le mastocytome notamment, une échographie abdominale. La tomodensitométrie s'impose si la lésion intéresse le canthus médial, la région orbitaire ou paraît adhérente au plan osseux : elle seule permet d’apprécier la marge profonde.
3. Le critère de taille : la règle de Mustardé
Le critère décisionnel principal est géométrique et repose sur la règle de Mustardé, transposée à la chirurgie palpébrale des carnivores domestiques : un défect n'excédant pas le quart au tiers de la longueur palpébrale peut être suturé directement, sans reconstruction [4]. Au-delà, un lambeau ou une greffe deviennent nécessaires.
Deux éléments conditionnent l'application de cette règle.
Les marges doivent être comprises dans le calcul. L'exérèse carcinologique palpébrale se fait en pleine épaisseur, avec des marges sur trois côtés, le bord libre étant souvent infiltré : 2 à 3 mm pour une lésion présumée bénigne, au moins 4 mm pour un mélanome, un mastocytome ou un carcinome épidermoïde félin. Ces marges sont volontairement inférieures à celles de la chirurgie cutanée, compromis assumé entre exigence carcinologique et faisabilité de la reconstruction.
La longueur palpébrale et la laxité cutanée varient selon le patient. Une cantholyse latérale relâche la tension et élargit la limite du tiers ; les races à fente palpébrale longue, tels les cockers, ainsi que les sujets âgés à peau laxe, tolèrent des pertes plus étendues. La mesure de la fente palpébrale et le tracé de l'exérèse au feutre stérile précèdent la première incision.
La taille de la lésion au moment de la consultation conditionne ainsi directement l’ampleur du geste chirurgical : un adénome méibomien de 3 mm relève d'une exérèse de quelques minutes, alors que la même lésion parvenue à 12 mm impose une reconstruction. Une masse asymptomatique peut être surveillée, sous réserve d'être mesurée et documentée à chaque contrôle.
4. Techniques d'exérèse simple
La résection en V s'adresse aux masses de très petite taille du bord libre : deux incisions convergentes en pleine épaisseur encadrent la lésion et ses marges, et le défect triangulaire est refermé directement.
La résection pentagonale convient aux masses de petite à moyenne taille ne nécessitant pas de reconstruction. Le tracé, marges comprises, est reporté sur la paupière après vérification que la longueur à retirer reste inférieure au tiers.
La suture se fait en deux plans. Le plan tarsoconjonctival est affronté par des points simples de fil résorbable 6/0 ou 7/0, nœuds enfouis, sans traverser la conjonctive afin d'éviter tout frottement cornéen. Le plan cutané débute par un point en huit sur le bord libre : c'est le point le plus important de l'intervention, un défaut d'affrontement même mineur suffisant à créer une encoche et un risque de trichiasis (Figure 2).
Deux alternatives destructives peuvent être proposées sur une masse pédiculée du bord libre, de petite taille et d'aspect bénin : la résection à la base suivie d'une cryothérapie du lit, et l'ablation au laser CO? [1]. Réalisées sous sédation et anesthésie locale, elles évitent la suture mais ne fournissent aucune marge analysable. Elles se limitent donc au chien, sur une lésion présumée bénigne, et sont contre-indiquées dès qu'une malignité est suspectée.
5. Limites de l'exérèse simple : reconstruction et alternatives
Au-delà du tiers de la longueur palpébrale, une reconstruction s'impose. Les techniques disponibles vont du lambeau d'avancement en H, le plus simple, à la greffe tarso-marginale libre selon Hübner, adaptée aux pertes comprises entre un quart et deux tiers de la longueur palpébrale [5], jusqu'aux lambeaux à distance (lambeau « lip-to-lid », lambeau frontal) et aux greffes en pleine épaisseur en deux temps de type Cutler-Beard pour les pertes supérieures à la moitié de la paupière.
Ces techniques partagent des contraintes qu’il faut savoir anticiper : doublure conjonctivale ou muqueuse de tout lambeau cutané, base plus large que l'extrémité pour préserver la vascularisation, protection cornéenne par blépharorraphie temporaire, et bord libre reconstruit irrégulier toléré si fonctionnel. Fibrose, entropion cicatriciel, ectropion et trichiasis restent toutefois leurs complications les plus fréquentes.
L'électrochimiothérapie constitue une alternative nouvelle à ces chirurgies carcinologiques délabrantes (dans le cas du mastocytome et du carcinome épidermoïde notamment), seule ou en complément d'une exérèse à marges insuffisantes ; elle fait l'objet de la présentation suivante.
6. Analyse histologique et suivi
Toute pièce d'exérèse est adressée en histopathologie, après orientation, quelle que soit la présomption clinique. L'analyse des marges conditionne la suite : si celles-ci ne sont pas saines, reprise chirurgicale, électrochimiothérapie adjuvante ou surveillance rapprochée seront discutées selon le type tumoral et la localisation.
Liste des figures
Figure 1. Masse palpébrale : algorithme décisionnel.
Figure 2. Principe du point en huit sur le bord libre (d’après [1]).
Références
1. Stades FC, van der Woerdt A. Diseases and surgery of the canine eyelid. In : Gelatt KN et coll., eds, Veterinary Ophthalmology. Vol. 1, 6th ed. Hoboken : Wiley-Blackwell ; 2021 : 923-87.
2. Glaze MB et coll. Feline ophthalmology. In : Gelatt KN et coll., eds, Veterinary Ophthalmology. Vol. 2, 6th ed. Hoboken : Wiley-Blackwell ; 2021 : 1681-3.
3. Vail DM et coll. Withrow & MacEwen's Small Animal Clinical Oncology. 6th ed. St Louis : Elsevier ; 2020.
4. Mustardé JC. Major reconstruction of the eyelids : functional and aesthetic considerations. Clin Plast Surg. 1981 ; 8 : 227-36.
5. Poinsard AS et coll. Hübner's eyelid reconstruction using a free tarsomarginal autograft in eight dogs. A retrospective study. Vet Ophthalmol. 2019 ; 22 : 125-31.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Un aliment enrichi d'un nouveau mélange de fibres contenant des fibres solubles et insolubles a soutenu la croissance et amélioré les paramètres fécaux indiquant une bonne santé gastro-intestinale chez les chatons.
Liens d'intérêts : Employé de Hill's Pet Nutrition
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Un cas d'infection nasale à Eucoleus boehmi chez un chien en France
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Un nouveau consensus médical est sorti. Quelles conséquences pour mon entreprise ?
Deuil La Barre France
La médecine vétérinaire évolue par consensus successifs : nouvelles recommandations, nouveaux protocoles, nouvelles pratiques. Le consensus vaccinal félin en est un exemple récent et emblématique : pour le chat d'intérieur à faible risque, l'espacement du rappel vaccinal à trois ans, plutôt qu'un rythme annuel, est désormais largement admis. Sur le plan médical, ce changement est justifié. Sur le plan économique, il n'est pas neutre : il touche directement au principal déclencheur historique de la visite féline. La question n'est donc pas seulement médicale, elle est stratégique : comment anticiper et piloter l'impact d'un nouveau consensus sur l'activité de sa structure ?
1. Le constat : un nouveau consensus a des impacts multiples
Un nouveau consensus scientifique ne se limite jamais à un changement scientifique : il peut avoir des répercussions sur l'organisation de la clinique, sur la formation nécessaire de l'équipe, sur la relation client, sur la communication, et sur l'économie de la structure. Avant d'agir, il est donc urgent de ralentir : prendre le temps d'identifier ces impacts, positifs comme négatifs, est essentiel à la bonne application du consensus.
Le nouvel espacement du rappel vaccinal félin en est une bonne illustration. Il suppose de former toute l'équipe, ASV comprises, à cette nouvelle donnée scientifique ; d'adapter l'organisation, notamment le système de relance des rendez-vous ; de retravailler la relation client autour d'un nouveau discours ; et de s'interroger sur les finances : que se passe-t-il si un chat n'est plus revu pendant deux ans ? C'est l’impact global qu'il convient de mesurer.
2. Mesurer l'impact global
Arrêtons-nous pour mesurer l'impact de ces différents points — un impact qui peut être négatif comme positif. Cela suppose d'évaluer à la fois l'effet direct, chiffrable, et l'effet indirect, plus diffus mais parfois tout aussi déterminant.
Impact direct : chiffrer suppose d'abord d'identifier le poids économique réel de l'acte concerné dans l'activité globale, puis d'évaluer, à comportement client inchangé, la perte ou le gain induit par le nouveau protocole. Prenons notre exemple : pour une clinique généraliste, la vaccination représente environ 15 % du chiffre d'affaires, et la médecine préventive dans son ensemble 30 %. La population féline représente pratiquement la moitié de la patientèle soignée, dont 35 % de chats d'appartement*. Passer d'une vaccination annuelle à trisannuelle, à comportement client inchangé, représente une perte potentielle de 2% du CA[CD1]
Impact indirect : au-delà de la perte immédiate, tout espacement des points de contact avec le patient et son propriétaire comporte un risque plus diffus — dépistage plus tardif, moindre observance des autres actes de prévention, lien client qui se distend. Pour le chat, cela se traduit par un dépistage plus tardif des affections du sujet âgé (rénales, thyroïdiennes, dentaires), une moindre observance des autres préventifs, et un client vu une fois tous les trois ans devenu plus vulnérable à l'oubli, à la concurrence, ou à l'auto-diagnostic via internet.
3. La décision stratégique
Une fois l'impact mesuré, la question devient : que devons-nous adapter pour ne pas perdre — ou, au contraire, pour en profiter et optimiser notre fonctionnement ? Face à un nouveau consensus qui fragilise un pan de l'activité, la première réaction est parfois d'en limiter l'application pour des raisons économiques. Le risque est alors tout aussi réel, mais différent : conflit interne, image dégradée auprès d'une clientèle de plus en plus informée. La décision stratégique doit donc intégrer les deux dimensions à la fois : le choix thérapeutique le plus juste pour le patient, et la bonne gestion de l'entreprise — ce qui suppose souvent de redéfinir la raison d'être de l'acte concerné plutôt que d'en freiner l'application.
Dans le cas du vaccin félin, la question à se poser est : le vaccin est-il la seule raison médicale de la visite annuelle ? Un chat d'appartement ne doit-il pas avoir une visite régulière pour surveiller son poids, son comportement ? Découpler ainsi la visite annuelle du vaccin — qui en devient un élément si nécessaire, mais non la raison centrale — permet de recentrer la visite sur ce qu'elle est réellement : un bilan de santé complet, structuré autour d'autres motifs récurrents et légitimes tels que le bilan sénior, le suivi pondéral ou la prévention dentaire.
4. Piloter le changement : équipe et clients
Un nouveau consensus scientifique impose, comme tout changement de pratique, un consensus interne pour être porté efficacement : toute l'équipe doit relayer le même message, sans quoi la confusion côté client s'ajoute au risque économique. Ce message doit aussi être transparent, pour ne pas laisser le changement se lire comme un désengagement.
Pour le vaccin félin, cela signifie expliquer clairement que moins de vaccin ne veut pas dire moins de suivi — une clarification qui désamorce le sentiment de désengagement plutôt que de le nourrir. Un suivi de la patientèle pourra donc être maintenu, suivi et adapté pour maintenir la bonne prise en charge médicale et la bonne gestion de l’entreprise.
Conclusion
Un nouveau consensus scientifique n'est jamais qu'une question médicale : c'est aussi une question de gestion, à anticiper tôt. Entre subir un consensus et le piloter, la différence se joue dans l'anticipation : recalculer son exposition, (re)définir la valeur de l'acte, adapter ses process, communiquer et aligner toute l'équipe sur un même message.
Dans notre exemple, avoir su transformer le rappel vaccinal en visite de santé a permis d'appliquer ce nouveau consensus sans impact économique délétère pour les cliniques. Tous les consensus n'ont pourtant pas été anticipés avec la même agilité : la prise en charge des maladies chroniques, par exemple, reste aujourd'hui une opportunité de développement et d'optimisation encore trop rarement exploitée.
*Enquete nationale IFOP février 2026
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Un oiseau ou un reptile, ça se stérilise ?
Thionville (57) France
Thionville (57) France
Dois-je faire stériliser mon NAC ?
Le cas particulier des oiseaux et des reptiles
Chez les oiseaux et les reptiles, la stérilisation ne peut pas être abordée comme chez les carnivores domestiques. La diversité des espèces, leurs particularités anatomiques et physiologiques, l’influence majeure de l’environnement sur la reproduction et le faible nombre d’études comparatives ne permettent pas de proposer une recommandation universelle. La question pourrait donc être reformulée : chez ces animaux, le bénéfice attendu de la suppression de la fonction reproductrice est-il supérieur aux risques et conséquences du traitement ?
Chez les oiseaux : une stérilisation rarement prophylactique
Chez l’oiseau de compagnie sain, la stérilisation de convenance n’est pas recommandée. Les affections reproductrices sont néanmoins fréquentes, notamment chez les femelles : ponte chronique, dystocie, prolapsus, salpingite, rupture de l’oviducte, cœlomite à jaune d’œuf, maladies ovariennes et néoplasies [1,2].
La reproduction aviaire est fortement influencée par l’environnement. Photopériode prolongée, alimentation riche et disponible en permanence, présence d’un nid, d’un partenaire réel ou perçu et certaines interactions tactiles peuvent entretenir l’activité gonadique [1]. La première étape est donc de réduire ces stimuli. Les traitements hormonaux sont moins efficaces si cette correction environnementale et comportementale n’est pas réalisée [1].
Lorsque ces mesures sont insuffisantes ou que l’activité reproductrice devient pathologique, une suppression médicale réversible peut être envisagée. Les agonistes de la GnRH sont les molécules les mieux documentées. La leuproréline, injectable, a une durée d’action de quelques semaines ; la desloréline, sous forme d’implant, agit plus longtemps. Des implants de 4,7 et 9,5 mg sont décrits, mais délai, efficacité et durée d’action varient fortement selon l’espèce et l’individu [1]. Il faut donc raisonner sur la réponse clinique plutôt que sur un protocole uniforme.
La chirurgie aviaire présente une difficulté majeure : l’ovariectomie complète est rarement réalisable en raison de la proximité du rein et de la vascularisation de l’ovaire. La procédure la plus courante est la salpingohystérectomie, c’est-à-dire l’exérèse de l’oviducte en laissant l’ovaire en place [1,2]. Elle est surtout indiquée lors de maladie irréversible de l’oviducte, d’impaction, de rupture ou de certaines dystocies. Elle empêche la formation d’un œuf complet mais ne supprime ni l’activité hormonale ovarienne ni l’ovulation. Une ovulation interne, une maladie ovarienne ou des comportements reproducteurs peuvent donc persister [1,2].
Compte tenu des risques anesthésiques et hémorragiques, surtout chez les petits oiseaux, la chirurgie prophylactique n’est pas recommandée. L’approche privilégiée reste environnementale puis médicale, la chirurgie étant réservée aux situations pathologiques sélectionnées [1].
Chez les reptiles : la chirurgie a une place plus importante
Chez les reptiles, les femelles possèdent généralement deux ovaires et deux oviductes ; une ovariectomie bilatérale est donc anatomiquement réalisable. Les principales indications sont les stases folliculaires, les dystocies et les affections ovariennes ou de l’oviducte [3].
Il faut toutefois distinguer activité ovarienne physiologique et maladie. Température, photopériode, humidité, nutrition, état corporel et interactions sociales influencent fortement la reproduction [3]. La présence de follicules n’est donc pas à elle seule une indication chirurgicale. L’échographie est particulièrement utile chez les lézards et les serpents ; radiographie et scanner complètent l’évaluation selon l’espèce.
Contrairement aux oiseaux, la contraception médicale par agonistes de la GnRH n’est pas suffisamment fiable pour être recommandée de façon générale chez les reptiles [3]. Les implants de desloréline n’ont pas supprimé efficacement la reproduction chez plusieurs espèces étudiées, notamment le gecko léopard, le caméléon casqué et la tortue de Floride. Chez certaines femelles iguanes, une diminution transitoire de l’activité endocrine a toutefois été observée [3]. Ces résultats interdisent toute extrapolation d’un protocole unique.
Lors de dystocie non obstructive, la priorité est de corriger les facteurs favorisants : température inadéquate, déshydratation, défaut de site de ponte, troubles nutritionnels ou hypocalcémie. Après stabilisation, le calcium et l’oxytocine peuvent être utilisés chez certains patients. Leur efficacité dépend toutefois de l’espèce et du contexte physiopathologique, et l’oxytocine n’est pas indiquée lorsqu’une obstruction mécanique est suspectée [4].
En cas d’échec du traitement médical, d’obstruction, de stase folliculaire sévère ou récidivante, la chirurgie est indiquée. La salpingotomie permet de retirer les œufs tout en préservant potentiellement la fonction reproductrice. La salpingectomie retire l’oviducte pathologique. L’ovariectomie, associée à une salpingectomie, permet une suppression définitive de la fonction ovarienne [3–5].
Chez les lézards présentant une stase folliculaire récidivante, l’ovariectomie ou l’ovariosalpingectomie est généralement le traitement définitif. Chez les serpents, une chirurgie conservatrice peut être privilégiée lorsque la reproduction doit être préservée [3]. Les techniques mini-invasives prennent une place croissante ; chez les chéloniens, l’abord préfémoral est préféré à la plastrotomie lorsqu’il permet un accès suffisant [5].
Existe-t-il un âge idéal ou un âge limite ?
Il n’existe pas d’âge universel recommandé ni d’âge limite démontré pour les oiseaux ou les reptiles. Chez les reptiles, la maturité sexuelle dépend souvent davantage de la taille, de l’état corporel et des conditions d’élevage que de l’âge chronologique [3].
La décision doit donc intégrer l’espèce, la maturité sexuelle, le stade du cycle reproducteur, les antécédents, l’état général et le risque anesthésique. Un âge avancé n’est pas à lui seul une contre-indication. En revanche, une chirurgie programmée chez un animal stable est généralement plus favorable qu’une intervention d’urgence chez une femelle déshydratée, hypocalcémique, en cœlomite ou présentant une atteinte métabolique ou hépatique [4,5].
Faut-il recommander la stérilisation ?
Chez l’oiseau sain, la stérilisation n’est pas recommandée de façon systématique. La prévention repose d’abord sur la maîtrise des facteurs environnementaux. Si la reproduction devient pathologique, des agonistes de la GnRH, principalement desloréline et leuproréline, peuvent être utilisés. La chirurgie est essentiellement thérapeutique et la salpingohystérectomie ne supprime pas l’activité ovarienne [1,2].
Chez le reptile sain, la stérilisation systématique n’est pas davantage recommandée sur base des données bibliographiques actuelles. En revanche, chez certaines femelles présentant une stase folliculaire, des dystocies ou des affections reproductrices récidivantes, l’ovariectomie peut constituer une solution définitive [3–5]. La contraception hormonale reste trop imprévisible dans de nombreuses espèces pour remplacer la chirurgie [3].
En pratique, la balance bénéfice–risque doit être individualisée et spécifique de l’espèce. L’indication est forte lorsque la fonction reproductrice est responsable d’une maladie documentée, de récidives ou d’un risque vital ; elle est beaucoup moins établie chez un animal sain. Chez ces NAC, ne pas stériliser ne signifie pas ne rien faire : optimisation de l’environnement, surveillance du cycle reproducteur et prise en charge précoce des anomalies restent essentielles [1,3,4].
Références
1. Borsdorf MC, Petritz OA. Medical management of reproduction in birds. Vet Clin North Am Exot Anim Pract. 2025 ; 28 : 107-25.
2. Scagnelli AM, Tully TN Jr. Reproductive disorders in parrots. Vet Clin North Am Exot Anim Pract. 2017 ; 20 : 485-507.
3. Knotek Z. Reproductive management of reptiles. Vet Clin North Am Exot Anim Pract. 2025 ; 28 : 127-48.
4. Morel M et coll. Biochemical and hepatic determinants of reproductive failure in reptiles: a review of dystocia pathophysiology and management. Vet Sci. 2026 ; 13 : 30.
5. Paillusseau C, Vetere A. Soft tissue surgery in reptiles. Vet Clin North Am Exot Anim Pract. 2026 ; 29 : 489-516.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Un smartphone pour examiner la rétine chez le chien et le chat ? Étude comparative de quatre dispositifs
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Usage de la phytothérapie en cardiologie vétérinaire : du case report au consensus EBM
Usage de la phytothérapie en cardiologie vétérinaire : du case report au consensus EBM
Introduction
La cardiologie des animaux de compagnie a considérablement évolué avec l'avènement de l'Evidence-Based Medicine (EBM), permettant d'affiner les protocoles thérapeutiques conventionnels. Parallèlement, l'intérêt pour la phytothérapie « pléiotrope » croît au sein de la communauté vétérinaire, non pas comme une alternative, mais comme un adjuvant scientifique rigoureux. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et les consensus cliniques récents définissent désormais la phytothérapie comme un soutien multimodal stabilisant les fonctions cardiaques et rénales dans les stades chroniques. Cette présentation synthétise les bases physiopathologiques des cardiopathies majeures et l'usage rationnel des extraits de plantes standardisés en cardiologie vétérinaire.
1) Physiopathologie des principales cardiopathies canines et félines
Maladie Valvulaire Dégénérative Mitrale (MVDM)
La MVDM est la cardiopathie la plus fréquente chez le chien, représentant plus de 70 % des cas rencontrés en clinique. Le processus dégénératif, ou endocardiose, est marqué par un remodelage profond de la matrice extracellulaire valvulaire, avec une accumulation de glycosaminoglycanes (GAGs) dans la spongiosa et une désorganisation des fibres de collagène dans la fibrosa. Ce remaniement est piloté par l'activation des cellules interstitielles valvulaires (VICs) qui adoptent un phénotype myofibroblastique (alpha-SMA positif) sous l'influence délétère des voies du TGF-β et de la sérotonine (5-HT). L'étanchéité valvulaire défaillante induit une régurgitation mitrale systolique, provoquant une surcharge volumique chronique de l'atrium et du ventricule gauches. Pour compenser, le cœur développe une hypertrophie excentrique. À terme, l'élévation des pressions télédiastoliques ventriculaires provoque une hypertension veineuse pulmonaire, et le développement d’un œdème pulmonaire cardiogénique.
Myocardiopathie Dilatée (MCD)
La MCD se définit par une altération primaire de la fonction systolique (contractilité) du myocarde, touchant principalement les chiens de grandes races. Souvent idiopathique, elle possède une base génétique forte avec des mutations identifiées sur les gènes de la pyruvate déshydrogénase kinase 4 (PDK4) ou de la titine (TTN). Le défaut central réside dans une perturbation de l'homéostasie calcique, notamment une baisse de l'expression de la pompe SERCA, et une faillite de la production énergétique mitochondriale. La chute du débit systolique active chroniquement le système nerveux sympathique et le système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA), aggravant la dilatation cavitaire par rétention hydrosodée. La dilatation massive de l'anneau mitral entraîne une insuffisance mitrale fonctionnelle et favorise l'apparition de tachyarythmies, dont la fibrillation auriculaire.
Myocardiopathie Hypertrophique (MCH)
Cardiopathie prédominante chez le chat, la MCH se caractérise par une hypertrophie ventriculaire gauche (VG) concentrique idiopathique. Chez le Maine Coon et le Ragdoll, des mutations du gène MYBPC3 altèrent l'architecture sarcomérique. Le défaut majeur est une dysfonction diastolique : le VG hypertrophié devient rigide, entravant le remplissage passif. Cette rigidité, associée à une fibrose interstitielle et à une ischémie myocardique chronique par compression des petites artères coronaires, mène à une hausse massive des pressions de remplissage. Environ un tiers des cas présente un mouvement antérieur systolique (SAM) de la valve mitrale, créant une obstruction de la voie d'éjection. La dilatation de l'atrium gauche secondaire à la dysfonction diastolique favorise la stase sanguine, prédisposant au risque majeur de thromboembolie artérielle.
2) Mode d’action des principales plantes utilisables en cardiologie
Curcuma (Curcuma longa)1
La curcumine, polyphénol majeur du curcuma, agit par une modulation multi-cible de l'inflammation et du stress oxydatif. Elle inhibe puissamment la voie du NF-κB, régulateur maître de la transcription des cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-1β, IL-6), limitant ainsi la fibrose myocardique. Sur le plan antioxydant, elle active la voie Nrf2/HO-1, stimulant la synthèse d'enzymes endogènes comme la SOD et la catalase. La curcumine démontre également des propriétés anti-apoptotiques en modulant le rapport Bcl-2/Bax et en activant la voie de survie JAK2/STAT3, protégeant ainsi l'intégrité des cardiomyocytes lors de lésions d'ischémie-reperfusion. Enfin, elle participe à l'homéostasie calcique, jouant un rôle préventif contre certaines arythmies. L’inhibition du facteur d’agrégation plaquettaire (PAF) contribue également à réduire la thrombogenèse.
Gingko biloba2
L'efficacité du Ginkgo biloba repose sur ses ginkgolides et hétérosides de flavonols. Son action principale est la vasoprotection endothéliale : il stimule la phosphorylation de la NO-synthase endothéliale (eNOS), augmentant la biodisponibilité du monoxyde d'azote (NO) et favorisant la vasorelaxation. Le ginkgolide B est un antagoniste spécifique du facteur d'activation plaquettaire (PAF), réduisant l'agrégation plaquettaire et la viscosité sanguine. Sur le plan myocardique, il améliore la compliance diastolique en favorisant la recapture calcique par la pompe SERCA. Il améliore significativement la perfusion tissulaire (coronaire, cérébrale) sans altération majeure de la pression systémique.
Olivier (Olea europaea)3
L’intérêt thérapeutique réside dans la feuille, dont la concentration en oleuropéine est largement supérieure à celle du fruit. L'olivier exerce une action antihypertensive par trois mécanismes : inhibition de l'enzyme de conversion de l'angiotensine (effet IECA-like), antagonisme calcique direct sur les canaux de type L, et stimulation de la libération endothéliale de NO. Des études cliniques humaines ont montré une efficacité équivalente au captopril sur la réduction de la pression artérielle systolique. Il possède également des bénéfices métaboliques, agissant comme ligand des récepteurs PPAR-alpha pour réduire les triglycérides et protégeant les LDL de l'oxydation.
Aubépine (Crataegus spp.)4
Plante cardiotrope par excellence, l'aubépine exerce un effet inotrope positif via un mécanisme indépendant de l'AMPc. Elle inhibe la pompe Na+/K+-ATPase sarcolemmique, augmentant ainsi le calcium intracellulaire disponible pour la contraction, sans accroître la consommation d'oxygène myocardique. Elle possède une action chronotrope négative médiée par les récepteurs muscariniques M2. Sur le plan électrophysiologique, elle agit comme un anti-arythmique de classe III en bloquant les courants potassiques sortants, prolongeant ainsi la période réfractaire effective. Enfin, elle favorise la vasodilatation périphérique et coronaire par phosphorylation de l'eNOS.
Orthosiphon (Orthosiphon stamineus)5
L'orthosiphon se distingue par son aptitude à gérer la volémie tout en préservant la fonction rénale. Il stimule une diurèse d'épargne potassique par antagonisme des récepteurs A1 de l'adénosine, sa richesse naturelle en sels de potassium limitant le risque d'hypokaliémie. Il module également le SRAA avec des propriétés de type IECA et sartan (antagonisme des récepteurs AT1 de l'angiotensine II). Ses propriétés anti-fibrotiques, portées par les acides ursolique et oléanolique, protègent le parenchyme rénal contre l'activation chronique du TGF-β, facteur clé du syndrome cardio-rénal.
3) Phytothérapie en cardiologie vétérinaire : quelles plantes font consensus ?
MVDM
Le consensus vétérinaire positionne la phytothérapie comme un adjuvant d’intérêt, particulièrement pour stabiliser les chiens au stade B2. L'objectif est de rallonger la phase préclinique en optimisant le débit cardiaque et en réduisant la post-charge. L'aubépine (25 mg/kg bid) est la plante de référence pour cet usage, permettant une baisse documentée de la pression systolique dès le 60ème jour. L'orthosiphon est systématiquement associé pour sa néphroprotection, car environ 50 % des chiens atteints de MVDM présentent une urémie élevée due à l'hypoperfusion rénale ou aux traitements diurétiques. L'olivier et le curcuma peuvent être intégrés pour limiter le remodelage structurel et le stress oxydatif.
MCD
Dans le cadre de la MCD, le consensus s'appuie sur des preuves cliniques de survie. Un essai clinique sur 165 chiens a comparé l'aubépine (25 mg/kg bid) aux molécules de référence : le groupe recevant de l'aubépine en adjuvant a montré une survie moyenne de 264 jours, surpassant les protocoles utilisant le carvédilol (214 jours). L'aubépine permet une augmentation significative de la fraction d'éjection et de raccourcissement. Le curcuma est préconisé pour stabiliser l'homéostasie calcique et limiter la dilatation cavitaire par son action anti-inflammatoire. L'orthosiphon soutient le débit de filtration glomérulaire, souvent compromis par la défaillance systolique.
MCH
L'approche phytothérapeutique de la MCH féline cible prioritairement la relaxation myocardique et la prévention des complications. Le Ginkgo biloba est au centre du consensus pour la prévention de la thromboembolie artérielle, grâce à son antagonisme spécifique du PAF qui limite l'activation plaquettaire sans les risques hémorragiques des anticoagulants lourds. Il améliore également la compliance ventriculaire (fonction diastolique) par modulation des flux calciques. La curcumine est utilisée pour son effet anti-fibrotique, visant à réduire la rigidité du VG. L'extrait d'olivier est indiqué si une hypertension artérielle systémique exacerbe l'hypertrophie. L'aubépine est employée pour son effet anti-arythmique, mais doit être utilisée avec prudence en cas de SAM marqué.
Conclusion
La phytothérapie en cardiologie vétérinaire est passée du stade des remèdes traditionnels à celui d'une discipline basée sur des mécanismes moléculaires précis et des essais cliniques randomisés. Elle offre un levier thérapeutique multimodal capable d'agir sur des cibles souvent négligées par l'allopathie, telles que la fibrose interstitielle, la protection mitochondriale et le syndrome cardio-rénal. Néanmoins, son usage doit rester raisonné : elle est contre-indiquée en monothérapie lors d'urgences décompensées comme l'œdème pulmonaire aigu. La prescription doit privilégier les extraits standardisés pour garantir la reproductibilité des principes actifs et une surveillance des interactions (notamment avec la digoxine ou les anticoagulants) est impérative. En s’inscrivant dans cette démarche EBM, le vétérinaire peut significativement améliorer la qualité de vie et la survie de ses patients cardiaques.
Conflits d’intérêt : pas de conflit d’intérêt déclaré
Bibliographie :
Zhang Y, et al. Cardioprotective effects of curcumin against myocardial ischemia/reperfusion injury: a systematic review and meta-analysis of animal studies. Front Cardiovasc Med. 2023;10:10034080.
Deng Q, Deng YK, An YW. [Protective effects of Ginkgo biloba extract on the lung injury of dogs undergoing hypothermic cardiopulmonary bypass]. Zhongguo Zhong Xi Yi Jie He Za Zhi. 2012 Jul;32(7):951-4. Chinese. PMID: 23019955.
Ismail MA, Norhayati MN, Mohamad N. Olive leaf extract effect on cardiometabolic profile among adults with prehypertension and hypertension: a systematic review and meta-analysis. PeerJ. 2021;9:e11173. doi:10.7717/peerj.11173
Fu JH, Zheng YQ, Li P, Li XZ, Shang XH, Liu JX. Hawthorn leaves flavonoids decreases inflammation related to acute myocardial ischemia/reperfusion in anesthetized dogs. Chin J Integr Med. 2013 Aug;19(8):582-8. doi: 10.1007/s11655-012-1250-4.
Fei Yam Mun, Shan Tan Chu, Shibao Ruen : Vasorelaxant effect of sinensetin via the NO/sGC/cGMP pathway and potassium and calcium channels. Hypertension research, 2018, Vol 41 : 787-797
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Utilisation d'une aiguille de Jamshidi pour le débridement non chirurgical d'aspergillose naso-sinusale : série de 5 chiens
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Utilisation des anticoagulants : quand et pour qui ?
Marcy L'etoile France
La maladie thromboembolique est une complication potentiellement dévastatrice des maladies systémiques chez le chien et le chat. Pourtant, sa prévalence réelle chez les petits animaux est difficile à évaluer. Alors que certaines maladies sont bien connues pour être associées à un risque thromboembolique, il est beaucoup plus difficile de déterminer le risque qu’un animal donné développe réellement une thrombose.
Des recommandations consensuelles concernant l’utilisation des médicaments antithrombotiques chez les petits animaux ont été publiées dans le Journal of Veterinary Emergency and Critical Care en 2019. Ces recommandations, intitulées Consensus on the Rational Use of Antithrombotics in Veterinary Critical Care (CURATIVE) sont organisées en différents domaines portant spécifiquement sur les populations animales à risque, l’utilisation raisonnée des antithrombotiques, les protocoles spécifiques des médicaments, la surveillance des traitements antithrombotiques, les stratégies d’arrêt des antithrombotiques.
Cette revue examine comment les praticiens pourraient mettre en pratique les recommandations des lignes directrices CURATIVE, tout en tenant compte des lacunes actuelles dans les connaissances.
Populations à risque
La triade de Virchow indique qu’une combinaison d’hypercoagulabilité, de lésion endothéliale et de stase sanguine favorise le développement d’une thrombose.
Les composantes de la triade de Virchow ont été identifiées chez les chats atteints de cardiomyopathie. La stase sanguine est toutefois l’élément le plus facilement accessible en pratique clinique (par exemple, présence spontanée de contraste échographique dans l’oreillette gauche ou diminution des vitesses de flux dans l’auricule gauche).
À l’inverse, l’hypercoagulabilité est surtout caractérisée dans certaines maladies canines, souvent grâce aux tests d’hémostase viscoélastique, tels que la thromboélastographie (TEG).
Des signes d’hypercoagulabilité à l’examen viscoélastique ont été rapportés dans un large éventail de maladies, notamment l’anémie hémolytique à médiation immunitaire (AHMI), la néphropathie avec perte de protéines (PLN), l’entéropathie avec perte de protéines (PLE), les hépatopathies chroniques, l’hypercortisolisme, la pancréatite aiguë, l’entérite à parvovirus ainsi que chez certains animaux présentant une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD).
De manière simplifiée, l’hypercoagulabilité peut apparaître soit en raison d’un excès de substances prothrombotiques (par exemple, une hyperfibrinogénémie lors d’un état inflammatoire), soit en raison d’un déficit en substances antithrombotiques (par exemple, une perte d’antithrombine lors d’une maladie glomérulaire).
L’importance clinique de l’interaction entre inflammation systémique et coagulation a notamment été illustrée lors de la pandémie de COVID-19, au cours de laquelle des complications thrombotiques cliniquement significatives ont été décrites chez les personnes atteintes.
Plusieurs facteurs contribuant au risque prothrombotique chez les chiens atteints d’AHMI ont par exemple été décrits. Ils comprennent l’activation plaquettaire, une expression anormale du facteur tissulaire, l’hyperfibrinogénémie, un déficit en antithrombine, les effets délétères de l’hème libre, notamment son effet de captation de l’oxyde nitrique, les pièges extracellulaires des neutrophiles (NETs).
L’administration de glucocorticoïdes a également été régulièrement identifiée chez les chiens développant une thrombose, même si le délai entre l’administration du médicament et l’apparition de la thrombose reste mal défini.
Les recommandations CURATIVE considèrent que les chiens atteints d’AHMI, de PLE ou de PLN et les chats atteints de cardiomyopathie présentent un risque élevé de thrombose.
Les recommandations indiquent que les animaux présentant plusieurs facteurs de risque doivent être considérés comme présentant un risque plus élevé. Par exemple, une pancréatite sévère et l’utilisation de glucocorticoïdes chez le chien sont associées à un risque modéré de thrombose.
L’hypercorticisme, le sepsis et les néoplasies, notamment les adénocarcinomes, sont considérés comme des situations à risque plus faible, sur la base de la fréquence relativement faible avec laquelle les thromboses semblent survenir.
Il existe cependant plusieurs lacunes dans la littérature vétérinaire. Le risque thrombotique individuel doit donc toujours être évalué au cas par cas chez les animaux gravement malades.
Choix des antithrombotiques
Les antithrombotiques sont des médicaments qui inhibent la formation des caillots. Ils sont subdivisés en antiagrégants plaquettaires et anticoagulants, selon qu’ils inhibent respectivement l’activité des plaquettes ou celle des facteurs de coagulation.
Ces médicaments peuvent être utilisés seuls ou en association, par exemple dans le cadre d’une double antiagrégation plaquettaire ou d’une association antiagrégant plaquettaire + anticoagulant.
Les antiagrégants plaquettaires sont souvent utilisés dans les cas de thromboembolie artérielle (TEA), car les thrombus artériels sont généralement riches en plaquettes.
Les anticoagulants, à l’inverse, sont souvent utilisés dans les thromboembolies veineuses (TEA), dont les thrombus sont généralement constitués de globules rouges et de fibrine.
Cependant, les facteurs de coagulation activés s’assemblent à la surface des plaquettes activées, ce qui constitue un argument en faveur de l’association d’un antiagrégant plaquettaire et d’un anticoagulant.
Les thromboses artérielles et veineuses surviennent rarement simultanément. Chez l’être humain, les facteurs de risque de chaque type de thrombose semblent assez différents : par exemple, l’athérosclérose et le tabagisme pour les thromboses artérielles, et l’immobilisation ou la grossesse pour les thromboses veineuses.
Les recommandations CURATIVE préconisent l’utilisation d’anticoagulants pour les TEV chez le chien et le chat. Les antiagrégants plaquettaires sont recommandés pour prévenir les TEA chez les chats et les chiens, mais les anticoagulants pourraient également être efficaces pour prévenir les TEA chez le chien.
L’aspirine et le clopidogrel sont les deux antiagrégants plaquettaires les plus susceptibles d’être utilisés chez les petits animaux.
L’aspirine, inhibiteur non sélectif de la COX, inhibe la production de thromboxane dans les plaquettes et empêche leur activation via le récepteur du thromboxane situé à leur surface.
Le clopidogrel, en revanche, empêche la fixation de l’ADP au récepteur P2Y12 situé à la surface des plaquettes.
L’ADP est un activateur plus constant des plaquettes chez le chien et le chat. Le clopidogrel est donc recommandé plutôt que l’aspirine chez les deux espèces pour prévenir les TEA.
La base scientifique de ces recommandations reste cependant limitée.
Le clopidogrel s’est montré plus efficace que l’aspirine chez des chats ayant survécu à un épisode antérieur d’TEA.
Les recommandations CURATIVE préconisent une association d’un antiagrégant plaquettaire et d’un anticoagulant chez les chats présentant un risque élevé d’TEA, spécifiquement du clopidogrel associé à une héparine de bas poids moléculaire (HBPM).
Les recommandations ACVIM de 2020 concernant les chats atteints de cardiomyopathie suggèrent également d’envisager l’administration de clopidogrel associé à un autre antithrombotique chez les chats présentant un risque très élevé d’TEA.
Il est important de noter que les anticoagulants oraux directs constituent une classe relativement récente d’anticoagulants, ce qui explique les différences apparentes entre ces recommandations.
Il n’est actuellement pas clairement établi qu’une classe d’anticoagulants soit supérieure à l’autre dans ce contexte.
Comme indiqué précédemment, les principales options anticoagulantes chez le chien et le chat comprennent les antagonistes de la vitamine K (warfarine, Coumadin), l’héparine non fractionnée (HNF), les héparines de bas poids moléculaire (HBPM), notamment la daltéparine et l’énoxaparine, les anticoagulants oraux directs, notamment le rivaroxaban et l’apixaban.
En pratique, plusieurs facteurs peuvent être pris en compte lors du choix du médicament tels que la familiarité du clinicien avec le médicament, son coût, la voie d’administration (orale ou injectable), la fréquence d’administration, la nécessité ou non d’une surveillance thérapeutique.
Les antagonistes de la vitamine K ne sont pas recommandés par les recommandations CURATIVE.
L’HNF et les HBPM sont toutes deux des options raisonnables chez le chien et le chat.
L’un des inconvénients de l’HNF concerne la biodisponibilité variable des différentes préparations.
Bien que des doses d’HNF ajustées individuellement aient été associées à une amélioration du pronostic chez des chiens atteints d’AHMI, une surveillance thérapeutique intensive peut être contraignante.
L’utilisation des anticoagulants oraux directs chez les petits animaux suscite un intérêt croissant, notamment pour le rivaroxaban.
Un anticoagulant oral administré une fois par jour présente un avantage évident par rapport aux traitements injectables qui doivent idéalement être administrés plusieurs fois par jour.
Des travaux antérieurs ont montré un effet anticoagulant variable chez des chiens sains recevant du rivaroxaban, mais une résolution de thrombus a été rapportée chez un petit nombre de chiens traités par rivaroxaban.
À mesure que davantage d’informations seront disponibles sur les anticoagulants oraux directs, il pourrait être possible de déterminer si cette classe présente un avantage par rapport à l’HNF ou aux HBPM.
Les différences pharmacologiques entre les anticoagulants oraux directs et les héparines pourraient également avoir une importance clinique.
Toutes les héparines sont des anticoagulants indirects qui renforcent l’effet anticoagulant endogène de l’antithrombine, tandis que le rivaroxaban inhibe le facteur Xa indépendamment de l’antithrombine.
Le rivaroxaban pourrait donc devenir une option particulièrement intéressante chez les chiens présentant un déficit en antithrombine, par exemple en cas de PLN. Des études sont toutefois nécessaires pour répondre précisément à cette question.
Des schémas posologiques précis pour certains antithrombotiques peuvent être proposés avec un certain degré de confiance dans le troisième domaine des recommandations CURATIVE. Cependant, d’importantes lacunes persistent concernant les doses optimales de nombreux médicaments.
La monothérapie par aspirine n’est pas recommandée chez les chats atteints de cardiomyopathie, mais elle peut être envisagée en complément du clopidogrel, comme indiqué précédemment.
Le clopidogrel est donc considéré comme l’antiagrégant plaquettaire de choix chez le chien (1,1–3 mg/kg PO toutes les 24 h) et chez le chat (18,75 mg/chat PO toutes les 24 h).
Chez des chiens sains, les doses standards de clopidogrel entraînent une inhibition plaquettaire significative dans les 72 heures suivant l’administration.
Par conséquent, une dose de charge orale unique de clopidogrel peut permettre d’atteindre plus rapidement des concentrations plasmatiques thérapeutiques chez le chien (4–10 mg/kg).
Une approche similaire est parfois utilisée chez le chat (37,5 mg/chat).
Des données publiées récemment suggèrent qu’il existe une variabilité individuelle de la réponse au clopidogrel chez les chats atteints de cardiomyopathie, associée à un polymorphisme génétique du gène P2RY1.
Dans ce cas, une stratégie antithrombotique alternative pourrait être préférable
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Utilisation du dispositive BimodVet® pour l'évaluation quantitative de l'intensité du souffle lors de maladie valvulaire mitrale canine en phase précongestive
Pas de liens d'intérêts déclarés.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Vaginite (prépubère, chronique) : approche diagnostique et thérapeutique
Maisons-Alfort France
Les vaginites chez la chienne.
Les vaginites de la chienne ont été peu étudiées et ont fait l’objet d’un très faible nombre de publications. De ce fait, l’approche diagnostique et thérapeutique est souvent empirique. Mais lorsqu’un traitement est inapproprié – une antibiothérapie non justifiée par exemple – le résultat se révéler contraire à ce que l’on souhaite (1).
Que dire en préambule ? Il existe plusieurs classifications des vaginites. Suivant l’âge d’apparition on distingue la vaginite de la chienne pré-pubère, la vaginite de la chienne adulte stérilisée et la vaginite de la chienne adulte non stérilisée. Suivant l’origine, on distingue chez l’adulte des vaginites primaires, liées à des causes le plus souvent infectieuses, et des vaginites secondaires, de loin les plus fréquentes.
Il existe fréquemment une association entre vaginite et cystite. Des troubles du bas appareil urinaire sont en effet rencontrés dans plus de 30% des cas de vaginite.
1. Les vaginites de la chienne pré-pubère (2).
La vaginite de la chienne pré-pubère est une inflammation de la muqueuse vaginale et du vestibule survenant strictement avant le premier cycle œstral. Elle concerne environ 2 % des chiennes impubères. L'affection concerne majoritairement des sujets âgés de 2 à 4 mois. Dans un quart des cas, la vaginite est une découverte fortuite lors d'un examen de routine.
Cette vaginite résulte de l’immaturité du système immunitaire local et de l’absence de stimulation œstrogénique. Sur le plan histologique, la muqueuse est constituée d'un épithélium non cornifié, fin et vulnérable, qui favorise les irritations non septiques. Sur un plan microbiologique, les chiennes immatures présentent une concentration significativement plus élevée de Staphylococcus coagulase-positive par rapport aux adultes.
Sur le plan des symptômes, on observe:
- Des pertes vulvaires : présentes dans plus de 80 % des cas, elles sont le plus souvent muco-purulentes, de couleur blanchâtre à jaunâtre ;
- Un léchage excessif de la vulve (25 à 61 % des cas);
- Plus rarement, une rougeur de la muqueuse vestibulaire associée à une hypertrophie folliculaire lymphoïde et/ou une dermatite péri-vulvaire.
Bien que cette condition puisse générer une inquiétude légitime chez le propriétaire, notamment lorsque la chienne vit avec des enfants, son impact sur le bien-être animal reste généralement modéré et le risque zoonotique est quasi-nul.
Le diagnostic de vaginite juvénile est un diagnostic d'exclusion, visant à éliminer les anomalies structurelles, notamment urinaires (le diagnostic différentiel doit être fait avec la malpropreté liées à un apprentissage insuffisant, avec un uretère ectopique et/ou avec une cystite). Cette approche d'exclusion valide l'hypothèse d'une inflammation liée uniquement à l'immaturité tissulaire.
La réalisation d’un frottis vaginal est utile, mais non indispensable. Son observation microscopique révèle classiquement des neutrophiles non dégénérés. Ce profil cytologique indique une inflammation non septique.
Le pronostic de la vaginite juvénile est excellent, avec un taux de guérison spontanée proche de 90 % après le premier œstrus. La résolution survient souvent avant même les premières chaleurs. Les spécialistes quasi-unanimement conseillent de reporter une éventuelle stérilisation jusqu'après le premier cycle œstral. Ce délai permet une imprégnation hormonale et une maturation tissulaire complètes. Une stérilisation précoce risquerait de pérenniser l'inflammation, transformant une condition juvénile transitoire en une vaginite chronique persistante à l'âge adulte par défaut de maturation de la muqueuse et de dilatation de la vulve et du vagin.
Lorsque les écoulements vulvaires sont importants, nous avons suivi des cas où l’apport d’œstrogènes (Estriol - Incurin® ; pendant un mois à demi-dose par rapport à l’adulte soit 0,5 mg/jour) a permis une nette diminution des pertes. On ne connait toutefois pas l’effet potentiellement préjudiciable des œstrogènes sur la croissance et sur le tissu mammaire.
En l’absence d’infection urinaire, l’antibiothérapie est contre-indiquée, d’autant qu’elle n'accélère pas significativement la résolution et peut même déséquilibrer la flore vaginale, faisant empirer les choses (1). Certains auteurs préconisent l'administration de probiotiques visant à stabiliser la flore commensale.
Au bilan : l'abstention thérapeutique active, loin d'être un défaut de soin, représente la stratégie médicale la plus rigoureuse pour respecter la physiologie de la chienne en croissance.
2. Les vaginites de la chienne adulte (2,3).
Selon notre expérience de cas référés, on rencontre davantage ces vaginites chez des chiennes stérilisées avant leurs premières chaleurs.
Même si les vaginites peuvent être d’origine virale (Herpès) ou liées à des bactéries spécifiques (Brucella spp.), rappelons que le vagin de la chienne saine héberge une flore bactérienne commensale variée.
Le déséquilibre de cette flore peut générer une inflammation locale. Toutefois, il existe deux grands types de vaginites chez la chienne adulte qu’il convient absolument de différencier à l’examen clinique, au risque d’un échec thérapeutique :
-des vaginites primaires, qui sont de loin les plus rares. Souvent le déséquilibre de la flore vaginale provient d’une antibiothérapie prolongée (lors de cystites récidivantes par exemple) ou inappropriée (antibiotiques critiques utilisés d’emblée);
-des vaginites secondaires, de loin les plus fréquentes. Même si une antibiothérapie peut parfois se révéler utile, aucune guérison ne surviendra sans traiter la cause primitive qui induit la perturbation du microbiote vaginal. Parmi les facteurs prédisposants, on observe en premier lieu des chiennes, souvent ovariectomisées avant les premières chaleurs et qui présentent des anomalies de la vulve et du vagin: obésité avec des plis péri-vulvaires, malformations vulvaires (notamment des vulves infantiles ou des vulves encapuchonnées ou « barrées » (très fréquent), sténoses vulvaires et/ou vaginales, anomalies du tractus urinaire (ectopie urétérale, urovagin). Plus rarement des traumatismes (saillies, inséminations), des corps étrangers (épillets), des hyperplasies (ptôses) vaginales pendant les chaleurs ou des néoplasies peuvent être en cause.
Selon la littérature, le recueil des commémoratifs révèle dans plus de 20% des cas un ou plusieurs épisodes de troubles urinaires ou des cystites à répétition. Sur un plan clinique on observe des écoulements vulvaires, parfois discrets, associés ou non à une irritation vulvaire ou péri-vulvaire liée à un léchage intempestif. Les propriétaires rapportent parfois que la chienne attire les mâles alors qu’elle n’est pas en chaleurs.
Pour le diagnostic, une démarche rigoureuse implique d’inspecter en tout premier lieu l’appareil génital externe de façon à déceler une vulve encapuchonnée par le périnée, une vulve immature ou d’autres malformations directement visibles. Attention, une vulvite ou une dermite des plis vulvaires n’est pas forcément associée à une vaginite.
Un toucher rectal peut permettre la détection de masses vaginales et favoriser par massage interne du vagin l’apparition de pertes vulvaires qui jusque-là étaient peu visibles. La cytologie vaginale confirme souvent l’infection par la présence d’une grande quantité de polynucléaires dégénérés avec des figures de phagocytose. Toutefois, selon notre expérience dans le cas de vaginites passées à la chronicité, il arrive que le nombre de polynucléaires soit faible et non significatif, alors que la vaginite existe bel et bien. Seulement dans un second temps, après avoir réalisé le frottis afin de ne pas modifier l’aspect des cellules prélevées, le toucher vaginal peut être intéressant chez des chiennes moyennes ou grandes et permet parfois de se rendre compte de l’existence d’une bride ou d’un septum.
D’autres examens complémentaires nous semblent indispensables à réaliser :
- une échographie abdominale et notamment de la vessie, associée à un prélèvement par cystocentèse et ECBU ;
- si possible, un examen endoscopique du vagin, pour diagnostiquer d’éventuels septa, sténoses, corps étrangers ou néoplasies (4). Nous nous rappelons du cas d’une femelle Golden Retriever qui avait une vulve infantile mais aussi aussi une sténose vaginale, que nous n’aurions pas diagnostiquée sans endoscopie. En l’absence d’endoscope, le vaginographie rétrograde peut permettre de déceler des sténoses, des brides ou des corps étrangers.
- un prélèvement vaginal en vue d’une culture bactérienne est réalisé, après un scrub scrupuleux de la région péri-vulvaire. Il doit idéalement être effectué en région post-cervicale. Nous conseillons l’utilisation d’écouvillons stériles à double protection, comme chez la jument (double-guarded swab). A défaut, utiliser un speculum qui permet d’insérer l’écouvillon stérile plus profondément dans le vagin. En cas de déséquilibre de la flore vaginale, on observe souvent un germe en pousse abondante et un appauvrissement de la diversité bactérienne.
Le traitement des vaginites primaires (rappel : ce sont les moins fréquentes) repose sur une antibiothérapie raisonnée, fondée sur les résultats de l’antibiogramme. Si la durée standard conventionnelle est souvent fixée à un mois dans les formes chroniques pour sécuriser la guérison, certaines études suggèrent qu'un protocole de 7 jours peut offrir une résolution comparable sans les risques de dysbiose prolongée. Par le passé, certains confrères disent avoir utilisé avec succès des irrigations vaginales à base de pommades intra-mammaires pour bovins, dont les excipients sont bien tolérés par les muqueuses génitales. Le choix doit être modulé selon la sévérité clinique. L’utilisation de probiotiques par voie orale pendant un mois minimum est souvent citée pour le traitement des formes chroniques, ou la prévention des récidives, mais peu de publications démontrent une réelle efficacité thérapeutique.
Le traitement des vaginites secondaires, pour lesquelles le déséquilibre du microbiote vaginal provient d’une cause initiale prédisposante, ne peut se concevoir efficacement sans traiter la cause initiale. Pour les vulves encapuchonnées ou infantiles, l'épisioplastie – on devrait plutôt parler de périnéoplastie - constitue le traitement de choix pour corriger définitivement une vulveencapuchonnée (3, 5). La vaginectomie partielle demeure un ultime recours pour les processus tumoraux ou les cas réfractaires n'ayant pas répondu à la gestion étiologique.
Une antibiothérapie ciblée, une œstrogénothérapie (Incurin® à 1mg/jour pendant un mois) ou un apport de probiotiques peuvent améliorer le tableau clinique et soulager provisoirement la chienne, mais il y a extrêmement peu de chances de guérison définitive si on ne corrige pas la cause prédisposante.
Références :
Lyman C. Vaginal microbiome: what not to do. Clinical Theriogenology, Dec 2019, 11 (4) ; 615-618.
Fontbonne A. Clinical appoach to conditions of the non-pregnant and neutered bitch. In BSAVA Manual of canine and feline reproduction and neonatalogy – 2nd edition : 2010, 166-184.
Guenegou T. La périnéoplastie en tant que traitement des vaginites chez la chienne présentant une vulve barrée : étude expérimentale. Thèse d’exercice vétérinaire. Oniris - Ecole Nationale Vétérinaire, Nantes, 2014, 154p.
Lévy X. Videoendoscopy of the canine vagina. Reprod Domest Anim. 2016 Sep;51 Suppl 1:31-36.
Sarran D, Billet JP. Vulvoplasie sur vulve barrée. Pratique Vet 2015 (50) : 106.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Validation de la mise en place du développement comportemental
Voreppe France
Validation de la mise en place du développement comportemental
La consultation pubertaire constitue une occasion privilégiée de vérifier que le développement comportemental du jeune chien s’est déroulé normalement. À cet âge, certaines difficultés encore volontiers attribuées au caractère ou à la jeunesse du chien doivent au contraire conduire à une investigation : réactions de peur excessives, défaut d’autocontrôles, difficultés d’autonomie ou interactions problématiques avec l’entourage (1).
Le temps disponible en consultation généraliste ne permet cependant pas de réaliser systématiquement une consultation comportementale complète. L’objectif est donc de disposer d’un outil de dépistage rapide permettant d’identifier les chiens dont le développement mérite une exploration complémentaire.
1. Le Can-BES : dépister le développement comportemental
1.1. Cinq dimensions complémentaires
Le Canine Behavioural Evaluation Scale (Can-BES) est un questionnaire de 29 items rempli par le propriétaire avant ou au début de la consultation. Il explore cinq dimensions (1,2).
L’axe Peur explore notamment les réactions face aux bruits, aux personnes ou chiens inconnus, aux environnements nouveaux et aux soins. L’axe Autocontrôles évalue la capacité du chien à réguler l’intensité d’une activité, à l’interrompre, à maintenir son attention et à gérer la frustration. L’axe Attachement s’intéresse aux comportements lors des départs, des absences et des retrouvailles, au suivi du propriétaire et à la capacité du chien à maintenir une distance avec lui. L’axe Insertion sociale explore son fonctionnement dans le foyer, ses interactions autour des ressources et ses réactions dans différentes situations sociales. Enfin, l’axe Communication et éducation s’intéresse à la qualité des interactions propriétaire-chien et aux pratiques éducatives susceptibles d’influencer le comportement ou le bien-être.
L’intérêt du questionnaire est de ne pas demander au propriétaire si son chien « a un problème de comportement », mais de l’interroger sur des situations concrètes et observables.
1.2. Une première lecture vert, jaune, rouge
Chaque réponse correspond à un niveau croissant de préoccupation clinique. Leur combinaison permet une interprétation par axe selon un code vert, jaune ou rouge.
Le vert est compatible avec un fonctionnement ne nécessitant pas d’investigation particulière sur l’axe considéré au moment du dépistage. Le jaune constitue un signal d’attention et conduit à préciser les comportements rapportés, notamment leur contexte, leur fréquence, leur intensité et leurs conséquences. Le rouge traduit un niveau d’alerte plus important et doit conduire à une véritable exploration comportementale.
Le Can-BES reste cependant un outil de dépistage et non un outil diagnostique. Un axe rouge n’est pas le nom d’une affection comportementale et ne dispense jamais d’un diagnostic différentiel, notamment de la recherche d’une affection physique susceptible d’influencer le comportement.
2. Interpréter le profil à la puberté
2.1. Peur et autocontrôles : vérifier ce qui aurait dû être acquis
L’interprétation du questionnaire doit tenir compte de la dynamique du développement comportemental. Les différents axes n’ont pas la même signification selon l’âge du chien.
Les axes Peur et Autocontrôles sont particulièrement importants au cours du développement précoce. Des anomalies importantes et persistantes sur ces axes chez le jeune chien peuvent s’intégrer dans des troubles neurodéveloppementaux. À la puberté, les capacités de régulation de la peur et des comportements devraient être suffisamment développées pour permettre au chien de s’adapter aux situations ordinaires de son environnement (1,3).
Une peur excessive, une impulsivité importante ou une incapacité persistante à interrompre une activité ne doivent donc plus être simplement expliquées par le fait que « c’est encore un jeune chien ».
2.2. Attachement et insertion sociale : la puberté comme point de croisement
La puberté constitue parallèlement une période charnière pendant laquelle les difficultés concernant les axes Attachement et Insertion sociale peuvent apparaître ou devenir plus visibles (1).
Le praticien se trouve donc à un véritable point de croisement du développement comportemental. Il vérifie ce qui aurait dû être acquis sur les axes Peur et Autocontrôles, tout en recherchant les difficultés qui deviennent particulièrement pertinentes autour de la puberté sur les axes Attachement et Insertion sociale.
Cette lecture dynamique est plus informative que le simple décompte des réponses anormales.
2.3. Plusieurs axes atteints : augmenter le niveau d’alerte
Un chien présentant à la puberté une anomalie isolée et modérée sur un axe n’est pas dans la même situation qu’un chien cumulant plusieurs axes fortement perturbés.
L’association d’anomalies de Peur ou d’Autocontrôles à des difficultés déjà présentes sur les axes Attachement ou Insertion sociale suggère un tableau plus complexe. Elle peut notamment correspondre à la persistance de difficultés développementales précoces auxquelles viennent s’ajouter des complications au moment de la puberté (1,3).
Le profil global doit donc compléter la lecture axe par axe : plusieurs axes atteints, un axe rouge et, a fortiori, un profil comportemental global rouge doivent conduire à prendre le temps d’une exploration approfondie en réalisant une consultation dédiée en comportement.
3. Transformer le dépistage en décision clinique
3.1. Le questionnaire dit où regarder, pas quel diagnostic établir
Face à un résultat anormal, le vétérinaire revient à sa démarche clinique habituelle. Il précise les circonstances d’apparition, l’ancienneté, la fréquence et l’intensité des manifestations, recherche leurs conséquences sur le fonctionnement et le bien-être du chien et réalise les diagnostics différentiels nécessaires.
Le résultat du Can-BES permet ainsi de répondre rapidement à trois questions : le développement paraît-il normal ? Quel axe mérite mon attention ? Dois-je aller plus loin ?
L’objectif n’est pas de transformer une consultation pubertaire en consultation spécialisée, mais de déterminer quels chiens peuvent bénéficier de simples conseils préventifs et lesquels nécessitent une prise en charge plus approfondie.
3.2. Vert, jaune, rouge : adapter la conduite à tenir
Un profil essentiellement vert permet de poursuivre la prévention et la surveillance habituelles.
Un résultat jaune invite le praticien à explorer davantage l’axe concerné. Selon les informations recueillies, il peut conduire à des recommandations ciblées, à une surveillance rapprochée ou à une consultation dédiée.
Un axe rouge, plusieurs axes anormaux ou un profil global rouge doivent faire envisager une consultation comportementale complète, réalisée par le praticien s’il possède les compétences nécessaires ou par référé.
Le dépistage a alors rempli son rôle : identifier précocement le chien pour lequel quelques conseils donnés en fin de consultation ne sont probablement plus suffisants.
3.3. Une validation clinique pour accompagner cette lecture
Le Can-BES fait actuellement l’objet d’une validation clinique portant sur 385 chiens, par comparaison avec une évaluation comportementale spécialisée réalisée indépendamment et en aveugle des réponses au questionnaire (2).
Le score comportemental combiné présente une excellente capacité de discrimination, avec une aire sous la courbe ROC de 0,928. Les quatre axes comportementaux présentent des AUC comprises entre 0,786 et 0,848. Des seuils cliniques ont été déterminés avec deux objectifs différents : un seuil jaune privilégiant la sensibilité afin de limiter les chiens non détectés et un seuil rouge privilégiant davantage la spécificité (2).
Ces résultats confortent l’utilisation du Can-BES comme outil de screening comportemental. Ils ne modifient pas sa fonction : détecter et orienter, et non établir à lui seul un diagnostic.
Conclusion
La consultation pubertaire constitue un moment particulièrement pertinent pour valider la trajectoire du développement comportemental. Peur et Autocontrôles permettent notamment de vérifier des acquisitions précoces, tandis qu’Attachement et Insertion sociale prennent une importance particulière autour de la puberté. Leur lecture conjointe permet d’identifier des trajectoires plus complexes.
Le Can-BES fournit au vétérinaire généraliste une grille rapide pour effectuer cette première évaluation. Le code vert-jaune-rouge ne remplace pas le raisonnement clinique : il permet de décider où approfondir celui-ci.
Face à un axe rouge, à plusieurs axes atteints ou à un profil global rouge, le message est simple : le dépistage est terminé, ce chien mérite désormais une véritable évaluation comportementale.
Références
Masson S, Gaultier E, Freyburger L et coll. Consultation pubertaire et dépistage des troubles du comportement : guide fonctionnel pour le praticien vétérinaire. Revue Vétérinaire Clinique. 2025 ; 60(4) : 198-214.
Letrillard L, Lacoste M, Déaux E, Masson S. Clinical validation of the Can-BES against independent specialist behavioural assessment in 385 dogs: clinically derived operating thresholds for behavioural screening. Manuscrit en cours de soumission. 2026.
Masson S, Bleuer-Elsner S, Muller G et coll. Veterinary Psychiatry of the Dog: Diagnosis and Treatment of Behavioral Disorders. Cham : Springer Nature Switzerland ; 2024.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Vers un consensus sur l'utilisation des biomarqueurs en oncologie vétérinaire
Vaulx Milieu France
Les biomarqueurs tumoraux occupent une place croissante en oncologie vétérinaire. Cette présentation s’appuie notamment sur le consensus du groupe d’étude en oncologie de l’AFVAC présenté en 2024. Après quelques rappels généraux, les principaux biomarqueurs actuellement disponibles en oncologie vétérinaire seront abordés, en distinguant les biomarqueurs protéiques, cellulaires et génétiques.
Généralités sur les biomarqueurs
Un biomarqueur est une caractéristique mesurée objectivement selon une méthode reproductible et robuste, utilisée comme indicateur d’un processus biologique normal, pathologique ou d’une réponse à une intervention thérapeutique.
Les biomarqueurs peuvent être classés selon leur fonction. Les biomarqueurs de risque identifient les individus susceptibles de développer une maladie. Les biomarqueurs diagnostiques permettent de détecter ou confirmer une maladie. Les biomarqueurs de suivi permettent d’évaluer son évolution, avec ou sans traitement. Les biomarqueurs pronostiques renseignent sur la probabilité de survenue d’un événement clinique, tandis que les biomarqueurs prédictifs estiment la probabilité de réponse à une intervention thérapeutique.
L’utilisation clinique d’un biomarqueur nécessite de connaître la substance analysée, les conditions du prélèvement, sa pertinence biologique et la méthode de mesure, qui doit être standardisée et reproductible. Les performances du test doivent également être établies. La sensibilité correspond à sa capacité à détecter une maladie lorsqu’elle est présente, tandis que la spécificité correspond à sa capacité à identifier correctement les individus indemnes. L’exactitude désigne la proximité entre la valeur mesurée et la valeur réelle, alors que la précision correspond à la reproductibilité des mesures.
Il faut distinguer sensibilité et spécificité des valeurs prédictives. La valeur prédictive positive correspond à la probabilité qu’un individu ayant un test positif soit réellement malade ; la valeur prédictive négative correspond à la probabilité qu’un test négatif corresponde à un individu indemne. Ces valeurs dépendent notamment de la prévalence de la maladie et les performances obtenues chez des animaux malades et sains ne sont donc pas nécessairement transposables à une population asymptomatique.
La pertinence clinique d’un biomarqueur dépend de son objectif : dépistage, diagnostic ou suivi. Les seuils décisionnels, la fréquence d’utilisation et les contraintes peuvent varier selon l’indication. Il est surtout essentiel de déterminer ce que la détection du biomarqueur permet réellement de modifier dans la prise en charge.
Les biomarqueurs tumoraux peuvent globalement être classés en trois catégories : protéiques, cellulaires et génétiques. Les marqueurs d’anomalies métaboliques ou paranéoplasiques, comme l’hypercalcémie, ne seront pas abordés ici.
Biomarqueurs protéiques : la thymidine kinase 1
La thymidine kinase 1 (TK1) est l’un des biomarqueurs tumoraux les mieux étudiés chez le chien. Cette enzyme participe à la synthèse et à la réparation de l’ADN et son activité augmente au cours de la phase S du cycle cellulaire. Elle constitue donc un marqueur de prolifération cellulaire.
Une augmentation de la TK1 peut être observée lors de processus néoplasiques, mais elle n’est pas spécifique du cancer. Des augmentations ont également été décrites lors de certaines affections infectieuses et inflammatoires.
Chez le chien, la TK1 sérique a principalement été étudiée dans les lymphomes. Les concentrations sont généralement plus élevées chez les chiens atteints que chez les chiens sains. Toutefois, la concentration initiale ne semble pas corrélée à la durée de rémission ni à la probabilité d’obtenir une réponse complète. En revanche, son évolution au cours du traitement semble suivre celle de la maladie, ce qui pourrait lui conférer un intérêt pour le suivi.
La TK1 peut également augmenter lors de pyomètre ou d’anémie à médiation immune. Son association à la protéine C-réactive (CRP) peut améliorer les performances diagnostiques, mais ne permet pas de prédire efficacement les rechutes.
Elle a également été évaluée dans les sarcomes spléniques. Une augmentation sérique a été rapportée chez les chiens atteints d’hémangiosarcome, mais elle ne permet pas de distinguer de manière fiable cette tumeur d’autres lésions spléniques bénignes ou malignes.
Les conditions pré-analytiques et analytiques doivent être standardisées, notamment le prélèvement, la séparation et la conservation du sérum ainsi que la méthode de dosage. Certaines affections, notamment une diminution de la fonction rénale, peuvent également influencer sa concentration.
Ainsi, la TK1 doit être considérée avant tout comme un marqueur de prolifération cellulaire, dont l’intérêt semble davantage résider dans le suivi de certaines maladies, notamment le lymphome, que dans le diagnostic spécifique d’un cancer.
Biomarqueurs cellulaires : les cellules tumorales circulantes
Les cellules tumorales circulantes (CTC) sont des cellules tumorales relarguées dans le sang ou la lymphe par une tumeur maligne, notamment au cours du processus métastatique. Elles sont extrêmement rares, avec environ une cellule tumorale pour un million à dix millions de leucocytes. De plus, seule une très faible proportion des CTC, estimée à environ 0,01 %, serait capable de donner naissance à une macrométastase. Leur détection constitue donc une véritable recherche « d’une aiguille dans une botte de foin ».
Compte tenu de leur faible abondance, leur détection nécessite généralement une étape d’isolement ou d’enrichissement : filtration selon la taille, centrifugation selon la densité ou tri magnétique utilisant des anticorps dirigés contre des antigènes tumoraux. La détection peut ensuite reposer sur l’immunocytochimie, la cytométrie en flux ou des techniques de biologie moléculaire.
Plusieurs limites existent. Lors de la transition épithélio-mésenchymateuse, certaines cellules peuvent perdre les marqueurs épithéliaux utilisés pour leur détection, entraînant des faux négatifs. Des faux positifs peuvent également résulter de cellules non tumorales morphologiquement proches ou d’une contamination du prélèvement par des cellules épithéliales. Enfin, toutes les tumeurs ne relarguent pas nécessairement des CTC détectables.
En médecine vétérinaire, les CTC ont principalement été étudiées dans le carcinome mammaire, l’ostéosarcome appendiculaire et le mélanome oral du chien. Dans les carcinomes mammaires, leur présence semble associée à un temps de survie plus court. Dans l’ostéosarcome, une étude a retrouvé des CTC chez l’ensemble des chiens évalués et suggéré qu’une augmentation de leur nombre pourrait précéder l’apparition de métastases. Dans le mélanome oral, une étude pilote a retrouvé une association avec la présence de métastases ganglionnaires.
À ce jour, aucun dispositif de détection des CTC n’est véritablement validé pour une utilisation de routine en oncologie vétérinaire. Les données disponibles reposent principalement sur des études pilotes. Leur intérêt semble surtout potentiel dans les tumeurs à haut risque métastatique et pour leur valeur pronostique, mais leur détection reste techniquement complexe et difficile à standardiser.
Biomarqueurs génétiques : ADN libre et ADN tumoral circulant
L’ADN tumoral circulant (ADNtc) provient notamment de la mort spontanée des cellules tumorales. Il est toutefois mélangé à l’ADN libre provenant des cellules somatiques et sanguines normales. La quantité d’ADNtc détectable dépend notamment de la vascularisation, de la taille et du stade de la tumeur.
Les nucléosomes, constitués d’ADN associé à des histones, sont libérés dans la circulation lors de la mort cellulaire. Leur concentration peut augmenter lors de cancers, mais également d’infections, de maladies inflammatoires, de traumatismes ou de maladies à médiation immune. Chez le chien, un test mesurant notamment l’histone H3.1 associée aux nucléosomes a été étudié dans le lymphome et l’hémangiosarcome. Dans le lymphome, les concentrations sont généralement plus élevées que chez les chiens sains, avec une sensibilité rapportée d’environ 80 % et une spécificité de 95 %. Leur évolution semble suivre celle de la maladie et pourrait précéder la rechute d’une dizaine de jours. Ces résultats restent toutefois préliminaires.
Dans l’hémangiosarcome, les nucléosomes semblent également augmenter avec le stade de la maladie. Leur intérêt pour différencier les nodules spléniques bénins et malins a été étudié, mais les performances restent insuffisantes pour une utilisation systématique. Des faux positifs sont notamment observés lors de maladies non néoplasiques et des résultats négatifs chez certains chiens atteints de cancer. Leur intérêt en dépistage n’est pas démontré.
La PCR pour le réarrangement des récepteurs antigéniques (PARR) constitue une autre approche fondée sur l’ADN, principalement utilisée dans le lymphome. Les lymphocytes possèdent des réarrangements spécifiques de leurs gènes codant les récepteurs antigéniques : immunoglobulines pour les lymphocytes B et récepteurs T pour les lymphocytes T. Ces réarrangements étant conservés dans les cellules filles d’un clone tumoral, ils permettent de rechercher une population lymphocytaire clonale.
Une approche quantitative utilisant des amorces développées à partir du clone tumoral de chaque patient permet de mesurer la maladie résiduelle circulante. Cette méthode montre une bonne corrélation avec le volume ganglionnaire et pourrait détecter une augmentation de la maladie résiduelle avant la rechute clinique. Une étude a rapporté une détection de la progression avec une avance médiane d’environ 42 jours, avec une sensibilité de 93 % et une spécificité de 100 %. Toutefois, aucune étude n’a démontré qu’un traitement instauré dès la détection d’une maladie résiduelle améliore la survie. La réalisation systématique de PARR quantitative n’est donc pas recommandée. Chez les animaux nécessitant un suivi rapproché, elle peut être envisagée au diagnostic puis en fin de chimiothérapie. En cas de résultat positif malgré une rémission clinique, un suivi clinique et d’imagerie rapproché semble préférable à un traitement préemptif.
Un autre biomarqueur génétique est la mutation BRAF V595E, recherchée dans les urines. Elle est retrouvée chez environ 80 % des chiens présentant un carcinome urothélial de la vessie ou de la prostate. Sa détection par PCR peut constituer une aide au diagnostic chez les animaux présentant une masse vésicale ou prostatique. La spécificité est proche de 100 %, tandis que la sensibilité varie de 60 à 80 % selon les études. Ce test ne peut toutefois pas être utilisé comme outil de dépistage et son intérêt pour le suivi reste limité. La mutation pourrait en revanche avoir une valeur prédictive pour l’utilisation d’inhibiteurs de tyrosine kinase. Les conditions de prélèvement sont importantes, avec de meilleures performances lorsque le volume urinaire et la quantité de matériel cellulaire sont importants.
Enfin, de véritables tests d’ADN tumoral circulant sont actuellement développés. Dans le sarcome histiocytaire canin, des mutations somatiques du gène PTPN11, impliqué dans la voie des MAP kinases, ont notamment été identifiées. Elles sont présentes dans environ 57 % des sarcomes histiocytaires et peuvent être recherchées dans la tumeur ou le sang. Chez les chiens atteints, la mutation circulante a été détectée dans environ 43 % des cas, avec une spécificité proche de 100 %, suggérant un intérêt diagnostique potentiel.
Cette approche pourrait également permettre une détection très précoce de la maladie. Dans une étude longitudinale, une mutation de PTPN11 a été détectée entre un et quatorze mois avant le développement clinique d’un sarcome histiocytaire, avec un délai moyen d’environ six mois. Cependant, la principale limite actuelle reste l’absence de conduite thérapeutique clairement définie en cas de détection préclinique.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Xénotransfusion et autres techniques
Marcy L'etoile France
L’ABC de la transfusion
Xénotransfusion et autres techniques
Pr Céline Pouzot-Nevoret
Chef de service SIAMU
Dipl. ECVECC
Unité SIAMU, VetAgro Sup
1 avenue Bourgelat, 69280 Marcy l’Etoile
Conflit d’intérêt : néant
L'utilisation de transfusions sanguines en pratique vétérinaire s’est considérablement développée ces dernières années. Fournir une thérapie transfusionnelle sûre et efficace est essentiel. Connaître les produits sanguins, savoir prélever, conserver et administrer ses produits ainsi que déterminer la compatibilité sanguine entre le donneur et le receveur sont très importants. Cependant, il n’est pas toujours facile d’avoir accès aux produits sanguins, et l’autotransfusion et la xénotransfusion peuvent être des solutions salvatrices. Cette conférence s’attachera à décrire ces 2 techniques, ainsi que leurs indications et limites.
L’autotransfusion
L’autotransfusion consiste à prélever stérilement le sang contenu dans l’espace pleural lors d’un hémothorax, ou dans le péritoine lors d’un hémoabdomen, et à le transfuser au patient par voie intraveineuse. Le prélèvement sanguin peut s’effectuer de manière percutanée (thoracocentèse ou abdominocentèse), ou en per-opératoire. L’avantage de l’autotransfusion par rapport à une transfusion de sang hétérologue est la diminution des réactions transfusionnelles, l’absence de nécessité de groupage sanguin, et la disponibilité du produit.
Matériel
Matériel pour une thoracocentèse
Une tondeuse, du matériel de désinfection cutanée (ex : chlorhexidine), des gants stériles, une épicrânienne 21 ou 22G, un robinet trois voies, une seringue de taille adaptée à la quantité de sang à prélever.
Matériel pour une abdominocentèse
Une tondeuse, du matériel de désinfection cutanée (ex : chlorhexidine), des gants stériles, un cathéter de grand diamètre (ex : Angiocath® 16G), un prolongateur avec robinet trois voies, une seringue de taille adaptée à la quantité de sang à prélever.
Matériel pour la transfusion
Une poche de NaCl 0,9% de taille adaptée à la quantité de sang à prélever et préalablement vidée stérilement, la seringue contenant le sang prélevé, une aiguille 18G, un transfuseur avec filtre de 200 µm prévu pour les transfusions, une pompe à perfusion validée pour l’administration de sang (attention aux pompes mécaniques qui vont écraser les globules rouges lors de leur passage dans la pompe).
Le prélèvement
Le prélèvement doit être fait de manière stérile, en réalisant une thoracocentèse ou une abdominocentèse, ou directement lors de la chirurgie. Le sang est ensuite transvasé stérilement dans une poche de NaCl préalablement vidée. L’ajout d’anticoagulant au sang prélevé est controversé. La nécessité d’en utiliser dépend de la cause du saignement et de la vitesse d’installation de celui-ci. Le sang en contact avec le péritoine ou la plèvre depuis plus de 1 heure devient pauvre en fibrine et ne coagule plus. Néanmoins lors d’hémorragie rapide la perte en fibrine n’a pas le temps de se mettre en place et le recours aux anticoagulants peut s’avérer utile. L’anticoagulant de choix est le citrate dextrose (ACD) à raison de 1 ml d’ACD pour 7 à 9 ml de sang collecté. Dans les études en médecine vétérinaire, aucune corrélation n’a été trouvée entre l’ajout d’anticoagulant et la survie. L’ajout d’ACD est cependant à l’origine d’hypocalcémie lors d’autotransfusion massive (plus de 90 mL/kg de sang en moins de 24 heures).
Administration
Le transfuseur avec filtre est branché sur la poche contenant le sang et la tubulure est flushée puis reliée au patient.
La transfusion peut alors être démarrée. Le risque de réaction transfusionnelle étant négligeable, le débit de perfusion pourra être rapide et adapté à la volémie du receveur (en bolus, ou à des débits de 10 à 20 ml/kg/h). La totalité du sang devra, dans tous les cas, être passée en 4h maximum afin de limiter le risque de contamination septique.
Indications et contre-indications
Les hémorragies thoraciques ou abdominales en médecine vétérinaire sont souvent causées par des lésions vasculaires secondaires à un traumatisme, une torsion d’organe, une rupture d’un processus néoplasique ou à une coagulopathie.
Certaines contre-indications relatives existent notamment lors de processus néoplasique (fréquent lors d’hémoabdomen), lors d’épanchement hémorragique septique ou lors de contamination par de l’urine, de la bile.... En médecine humaine, la propagation de métastases est suspectée et la contamination du sang par des bactéries semble augmenter considérablement le risque de mortalité et/ou de morbidité. Cependant, aucune étude n’est disponible chez l’animal sur l’augmentation de la mortalité lors d’autotransfusion de sang secondaire à un épanchement tumoral ou septique. L’autotransfusion dans ces contextes doit se faire avec le consentement éclairé du propriétaire et le bénéfice/risque pour le patient.
Complications
Les complications de l’autotransfusion incluent une hypocalcémie, une coagulopathie et une hémolyse. Des cas de bactériémie et/ou de sepsis, de microembolisme, d’embolie gazeuse et de dissémination métastatiques sont également rapportés. Cependant, si la procédure de prélèvement est bien respectée et que le sang ne présente pas de contamination septique, les risques sont minimes, et moins importants pour lors d’une transfusion avec un sang hétérologue.
La xénotransfusion
La xénotransfusion, dérivée du grec xenos signifiant "étranger", se définit comme la transfusion de sang provenant d'une autre espèce. La xénotransfusion est un concept ancien qui, de manière intéressante, correspond aux premières transfusions réalisées chez l'humain en 1667. Plus tard, dans les années 1960, plusieurs études ont exploré la transfusion de sang canin chez les chats. Aucune de ces études n'a rapporté de réactions transfusionnelles aiguës graves chez les chats ayant reçu une transfusion unique de sang total canin, ce qui suggère que les chats ne possèdent pas d'anticorps naturels contre les antigènes des globules rouges canins. De plus, lorsque des tests de compatibilité ont été effectués avant la première xénotransfusion, aucune preuve d'agglutination ou d'hémolyse des globules rouges canins n'a été constatée après mélange avec le sérum ou le plasma du receveur félin. En revanche, lorsqu’une seconde transfusion de sang total canin était administrée plus de 4 à 7 jours après la première, une anaphylaxie sévère survenait, entraînant le décès de la majorité des chats, ce qui soutient l’hypothèse du développement ultérieur d’anticorps puissants contre les globules rouges canins. Ce phénomène a également été confirmé dans une étude de 1963, où Clark et al. ont observé une durée de vie très limitée des globules rouges canins transfusés, d'environ 3,6 jours.
Aujourd'hui, la xénotransfusion reste une pratique rare en médecine des animaux de compagnie, mais elle doit être envisagée dans des circonstances spécifiques, lorsqu’aucune alternative plus sûre n’est disponible.
Indications de la xénotransfusion
Sur la base des études des années 1960, il est apparu clairement que l'administration de sang canin à des chats sévèrement anémiés constitue une option viable en médecine des animaux de compagnie. Cependant, dans la mesure du possible, le vétérinaire doit toujours envisager d'autres options en priorité. Si le patient est suffisamment stable pour attendre des produits sanguins félins appropriés, cette option doit toujours être privilégiée, car les globules rouges félins ont une durée de vie plus longue et leur utilisation comporte moins de risques de complications ultérieures.
Lorsqu’une xénotransfusion est envisagée, il est crucial de comprendre les situations dans lesquelles cette option non conventionnelle est justifiée.
Les trois principales indications pour transfuser des chats avec du sang canin sont :
Le chat de groupe sanguin B
L’anémie sévère chez un chat peut représenter une urgence vitale nécessitant une intervention immédiate. Cependant, pour un chat anémique de groupe sanguin B, le temps nécessaire pour trouver un donneur de groupe B peut être trop long pour assurer sa survie. Une xénotransfusion peut alors être envisagée.
Le chat « incompatible »
Dans certains cas, plus fréquents chez les chats ayant déjà reçu des produits sanguins, des résultats de compatibilité incompatibles peuvent être obtenus avec tous les donneurs disponibles. Dans cette situation, une xénotransfusion peut être envisagée.
Le chat sans groupe sanguin connu
Dans de rares cas, une xénotransfusion est réalisée lorsque le groupe sanguin du chat anémique ne peut être déterminé à temps. Par exemple, dans un cas rapporté par Weingram et al., un chaton de 0,5 kg anémique à cause d’une infestation de puces a reçu une transfusion de globules rouges canins en raison de contraintes financières empêchant l’utilisation de produits sanguins félins. Dans un autre cas, Oron et al. ont utilisé une xénotransfusion pendant une réanimation cardiopulmonaire d’un chat anémique sévère, lorsque le groupe sanguin n’a pu être déterminé à temps. Dans ces deux rapports, des issues favorables ont été observées.
Administration d’une xénotransfusion
Avant d’administrer une xénotransfusion, il est recommandé de réaliser un cross-match. Des kits sont aujourd’hui disponibles pour la réalisation du cross-match au chevet du patient (Kits de cross-match Alvedia)
L’administration d’une xénotransfusion suit les mêmes directives que celles pour les produits sanguins félins. Une surveillance fréquente des paramètres vitaux du patient est essentielle pour détecter rapidement toute réaction transfusionnelle. En cas de suspicion de réaction, la transfusion doit être immédiatement arrêtée, et le sérum et les urines du patient doivent être examinés pour rechercher une hémoglobinémie ou une hémoglobinurie.
Limites
Malgré leur potentiel salvateur, les xénotransfusions doivent être utilisées avec précaution.
La durée de vie des globules rouges transfusés est courte (30 jours pour les globules rouges félins compatibles contre 60–120 jours pour des globules rouges normaux). Celle des globules rouges canins transfusés chez un chat n’est que de 3 à 4 jours. Les xénotransfusions sont donc une solution temporaire nécessitant des traitements concomitants ciblant la cause de l’anémie.
Des anticorps contre les globules rouges canins apparaissent dans les 4 à 7 jours suivant la transfusion. Une seconde transfusion de sang canin administrée plus de 4 jours après la première peut entraîner une anaphylaxie mortelle. Ainsi, une xénotransfusion est une solution unique et ne doit jamais être répétée au-delà de 4 jours après la première transfusion.
Références :
Bovens C, Gruffydd-Jones T. Xenotransfusion with canine blood in the feline species: review of the literature. J Feline Med Surg. 2013; 15:62-7.
Euler CC, Raj K, Mizukami K, Murray L, Chen CY, Mackin A, Giger U. Xenotransfusion of anemic cats with blood compatibility issues: pre- and posttransfusion laboratory diagnostic and crossmatching studies. Vet Clin Pathol. 2016 Jun;45(2):244-53. doi: 10.1111/vcp.12366.
Harduin C, Pouzot-Nevoret C. Réalisation d’une auto-transfusion dans la prise en charge d’un hémothorax ou d’un hémoabdomen. PratiqueVet (2019) 54 : 450-453
Higgs VA, Rudolff E, Kirby R, et al. Autologous blood transfusion in dogs with thoracic or abdominal hemorrhage: 25 cases (2007–2012). J Vet Emerg Crit Care (San Antonio). 2015;25(6):731–738.
Le Gal A, Thomas E, Humm K. Xenotransfusion of canine blood to cats: a review of 49 cases and their outcome. J Small Anim Pract. March 2020;61(3):156-162.
Oron L, Bruchim Y, Klainbart S, et al. Ultrasound-guided intracardiac xenotransfusion of canine packed red blood cells and epinephrine to the left ventricle of a severely anemic cat during cardiopulmonary resuscitation. J Vet Emerg Crit Care. 2017;27(2):218–223.
Tocci LJ. Transfusion medicine in small animal practice. Vet Clin North Am Small Anim Pract 2010; 40(3):485–494.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.
📃 Y-a-t-il encore une indication d'antibiothérapie lors de diarrhée chronique chez le chien et le chat ?
Nantes France
Objectifs pédagogiques
Connaître les preuves justifiant ou non l'utilisation d'une antibiothérapie lors de diarrhée chronique du chien et du chat.
Adapter son mode de prescription en conséquence.
Introduction
La très grande majorité des chiens et des chats qui souffrent de diarrhée chronique d’origine primairement digestive est concernée par une entéropathie inflammatoire chronique. Dans une moindre mesure, elle peut être causée par une infection digestive ; on pense notamment à la colite histiocytaire du Boxer et du Bouledogue français, dans laquelle est impliquée une souche d’Escherichia coli capable d’envahir la paroi colique.
Jusqu’à récemment, les entéropathies répondant aux antibiotiques (Antibiotic-Responsive Enteropathies, ou ARE) étaient considérées comme une catégorie d’entéropathies inflammatoires chroniques du chien. Cette catégorie est actuellement fortement remise en question : cette conférence s’attache à expliquer pourquoi et quelles sont en conséquence les nouvelles recommandations de prescription.
Nous verrons tout d’abord 1/ l’effet clinique des antibiotiques dans les entéropathies inflammatoires chroniques, puis 2/ l’impact des antibiotiques sur le microbiote digestif et les conséquences pour l’hôte et l’environnement, et enfin 3/ quand prescrire des antibiotiques lors de diarrhée chronique d’origine primairement digestive.
1. Effet clinique des antibiotiques dans les entéropathies inflammatoires chroniques
Historiquement, les antibiotiques comme le métronidazole, la tylosine ou encore la tétracycline étaient utilisés dans la prise en charge des entéropathies inflammatoires chroniques (majoritairement chez le chien et plus marginalement chez le chat). Leur emploi était notamment conseillé après que de multiples essais alimentaires aient échoué à améliorer la diarrhée, et conduisait à une rémission clinique chez près d’un quart des chiens [Jergens et al., 2022] ! Cette amélioration clinique intervenait de plus en quelques jours de traitement. On pense que ce bénéfice était la conséquence d’une réduction de l’abondance de bactéries délétères, de la réduction de la production de métabolites bactériens contribuant à l’inflammation digestive, d’un effet immunomodulateur direct des antibiotiques, ou d’une combinaison de ces mécanismes.
Le problème, c’est qu’entre 75 et 90% des animaux récidivaient, et ce dans le mois qui suivait l’interruption des antibiotiques [Westermarck et al., 2005] ! De plus, une atténuation du bénéfice était constatée chez certains des récidivistes recevant une nouvelle antibiothérapie. Si cette approche semblait donc apporter une solution de court terme, elle n’était que rarement pérenne, et donc que rarement satisfaisante.
2. Impact des antibiotiques sur le microbiote digestif et conséquences pour l’hôte et l’environnement
Les antibiotiques conduisent à une profonde altération de la composition et des fonctions du microbiote fécal, c’est-à-dire à un état de dysbiose. La richesse et la diversité bactérienne sont fortement diminuées par leur emploi. Certes, ils diminuent l’abondance des bactéries délétères, mais aussi celle des bactéries commensales bénéfiques : il est incertain que ces dernières parviennent à recoloniser le tube digestif davantage que les bactéries délétères une fois le traitement interrompu [Bottero et al., 2022]. Les modifications de composition du microbiote induites par les antibiotiques conduisent de plus à une altération de ses fonctions. Par exemple, les antibiotiques causent une réduction de la production d’acides gras à chaîne courte, une source d’énergie importante pour les entérocytes. De même, ils réduisent le métabolisme des acides biliaires : des acides biliaires primaires pro-inflammatoires s’accumulent au détriment d’acides biliaires secondaires anti-inflammatoires [Manchester et al., 2019]. L’atténuation des interactions bénéfiques que le microbiote a avec son hôte impacte directement et indirectement (par la genèse d’une inflammation) la santé digestive ; cela explique très certainement le très haut taux de récidive clinique dans les cas d’ARE.
Il est par ailleurs important, dans le contexte de l’initiative One Health, de souligner que l’emploi d’antibiotiques dans la prise en charge des entéropathies inflammatoires chroniques, pourrait contribuer à l’émergence de résistances aux antimicrobiens. Il a d’ailleurs déjà été démontré, chez des chiens souffrant de diarrhée aigue, une sensibilité réduite de certaines souches de Clostridium perfringens au métronidazole, alors même que ces chiens n’en avaient jamais reçu : cela suggère une transmission environnementale de souches résistantes. Les animaux pourraient donc jouer le rôle de réservoir de bactéries résistantes aux antibiotiques potentiellement zoonotiques.
3. Quand prescrire des antibiotiques ?
En raison des récidives cliniques trop fréquentes, de la profonde dysbiose induite, et de la promotion de la circulation de bactéries résistantes, l’emploi des antibiotiques est fortement dérecommandé dans la prise en charge des entéropathies inflammatoires chroniques. Ces arguments importants ont d’ailleurs conduit à faire évoluer la classification des entéropathies inflammatoires chroniques (Figure 1). On ne parle aujourd’hui plus d’ARE, mais d’entéropathies répondant à la modulation du microbiote (Microbiota-related modulation-responsive enteropathies, ou MrMRE) [Dupouy-Manescau et al., 2024].
Figure 1 (extraite de la publication de Dupouy-Manescau et al., 2024). Evolution de la classification des entéropathies inflammatoires chroniques. La catégorie ARE (Antibiotic-Responsive Enteropathies, ou entéropathies répondant aux antibiotiques) est notamment remplacée par la catégorie MrMRE (Microbiota-related Modulation-Responsive Enteropathies, ou entéropathies répondant aux modulations du microbiote. Les catégories FRE (Food-Responsive Enteropathies, ou entéropathies répondant à l’alimentation), IRE (Immunosuppressant-Responsive Enteropathies, ou entéropathies répondant aux immunomodulateurs) et NRE (Non-Responsive Enteropathies, ou entéropathies réfractaires) sont inchangées.
En remplacement des antibiotiques, les outils à privilégier en cas d’entéropathie ne répondant pas aux essais alimentaires incluent les prébiotiques, les probiotiques, et la transplantation de microbiote fécal. Ces interventions thérapeutiques promeuvent un microbiote riche, diversifié et fonctionnel. Si elles échouent à améliorer les signes cliniques d’un de vos patients, est alors recommandé l’obtention de biopsies intestinales pour soumission à l’examen histologique. A réception des résultats, deux situations se distinguent :
- Cas d’une entéropathie inflammatoire chronique : infiltration de la muqueuse par des lymphocytes, plasmocytes, et/ou granulocytes éosinophiles. La prochaine étape thérapeutique est alors l’emploi d’un anti-inflammatoire (corticoïdes).
- Cas d’une entéropathie infectieuse, en particulier d’une colite histiocytaire : infiltration de la muqueuse colique par des macrophages très évocatrice chez une race prédisposée (la confirmation diagnostique nécessite la démonstration de la présence d’une souche d’Escherichia coli dans la muqueuse à l’aide de la technique d’hybridation in situ fluorescente ou FISH). Il est nécessaire de soumettre d’autres biopsies coliques à une culture bactérienne (demander à isoler l’Escherichia coli dominant) pour vérifier l’absence de résistance aux fluoroquinolones et de procéder à au moins 6 semaines d’un antibiotique de cette classe. Il est idéal de bien savoir suspecter cette maladie pour soumettre des biopsies à l’examen histologique ET à la culture prélevées dans le même temps ; il faut notamment y penser chez un Boxer ou un Bouledogue français jeune adulte présenté pour des signes de maladie colique souvent associés à un amaigrissement. Si la suspicion est particulièrement forte, les étapes d’essais alimentaires et d’outils de modulation du microbiote peuvent ne pas être entreprises avant l’obtention des biopsies. L’emploi d’un antibiotique (par exemple, du métronidazole) préalablement à la démonstration de la colite histiocytaire est à proscrire particulièrement dans ces cas-là parce qu’ils pourraient contribuer à la sélection de souches d’Escherichia coli multirésistantes.
Conclusion
En somme, une diarrhée chronique est dans la très grande majorité des cas due à une entéropathie inflammatoire chronique. Dans ces cas-là, les antibiotiques, mêmes s’ils semblent de prime abord offrir une réponse clinique rapide, ne sont pas une solution satisfaisante : ils favorisent les récidives cliniques et la circulation de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques. Nous devons désormais nous attacher à améliorer le microbiote compositionnellement et fonctionnellement à l’aide de prébiotiques, probiotiques, ou transplantation de microbiote fécal.
Les antibiotiques sont à réserver à une situation bien particulière et plus rare : la démonstration d’une entéropathie infectieuse, en particulier une colite histiocytaire.
Bibliographie
Jergens AE, Heilmann RM. Canine chronic enteropathy-Current state-of-the-art and emerging concepts. Front Vet Sci. 2022.
Westermarck E et coll. Tylosin-responsive chronic diarrhea in dogs. J Vet Intern Med. 2005.
Manchester AC et coll. Long-term impact of tylosin on fecal microbiota and fecal bile acids of healthy dogs. J Vet Intern Med. 2019.
Bottero E et coll. Clinical evaluation and microbiota analysis in 9 dogs with antibiotic-responsive enteropathy: A prospective comparison study. J Vet Intern Med. 2022.
Dupouy-Manescau N et coll. Updating the Classification of Chronic Inflammatory Enteropathies in Dogs. Animals (Basel). 2024.
Liens d'intérêt : Pas de conflit d'intérêt déclaré.