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Doit-on réintroduire l'ours ?

Véronique LUDDENI
SNVEL - pôle biodiversité

La réintroduction d'espèces animales dans leur milieu naturel est une stratégie de conservation qui vise à restaurer des noyaux viables de population animale dans des régions d'où les populations sauvages ont disparu. Si les objectifs affichés sont éthiques et liés à la protection de la nature, l'espèce réintroduite est aussi considérée pour son intérêt économique, culturel et touristique.

L'homme qui ne cesse de se substituer à la Nature sans toujours en appréhender les conséquences, a-t-il trouvé son point d équilibre ? Nous, vétérinaires, nous nous devons d'y réfléchir...

L'ours dans les Pyrénées françaises

Avec un effectif estimé de 150 individus au début du XXe siècle, la population d'ours Pyrénéen a été en baisse constante jusqu'à ne plus représenter qu'un noyau résiduel de quatre à cinq individus en Béarn fin 1995. L'État a alors décidé d'un programme de restauration de l'ours brun dans les Pyrénées.

La réintroduction débuta en 1996 et 1997 où trois ours bruns capturés en Slovénie ont été relâchés. Devant l'impossibilité d'utiliser des ours nés en captivité, il a fallu se résoudre à prélever les animaux au sein d'une population sauvage d'un autre pays - animaux dont les caractéristiques se rapprochent le plus possible de celles de nos ours - et de les transplanter chez nous. 25 ans après, on dénombre 41 ours sur l'ensemble des Pyrénées. Cette population reste cependant l'une des plus menacées d'Europe du fait de son isolement et une étude de l'ONCFS montre qu'il faudrait lâcher à terme dix-sept ours pour viabiliser la population (entre 2018-2028). Au-delà de ce nombre, des problèmes de consanguinité se posent.

Si l'ours brun fait partie d'un patrimoine naturel et culturel, les enjeux économiques de sa réintroduction s'étendent à l'utilisation de l'image de l'ours pour améliorer la vente de produits spécifiques à la région. L'espèce emblématique contribue par son image à valoriser des produits ou des activités caractéristiques du terroir d'introduction, cette valorisation s'appuyant sur la présence de l'animal, symbole d'un 'environnement préservé'…

Les détracteurs aiment à dire que le régime alimentaire de la souche Slovène serait plus carnassier que celui omnivore de la souche Pyrénéenne...  Qu'en est-il ? Nous étudierons les faits en nous positionnant au-delà des passions.

Que pouvons-nous faire pour aider à plus de raison ?

L'importation d'ours de Slovénie dans les Pyrénées a fait l'objet de conflits qui ont eu l'effet inattendu d'unir les éleveurs des vallées pyrénéennes jusqu'alors restées indépendantes les unes des autres. Que doit faire notre profession pour apaiser ces tensions et permettre un dialogue constructif entre éleveurs et institutions ?  Le vétérinaire doit reprendre son rôle d'ingénieur du vivant, au cœur d'une biodiversité en danger, nos prérogatives sanitaires, médicales et environnementales doivent aider à une acceptation fataliste puis positive du “sauvage”, de la part de ceux que le mot effraie.

Pas de conflit d'intérêt déclaré.