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Transfuser l'animal

Celine POUZOT-NEVORET
VetAgro Sup
Marcy L'étoile France

I. Anticiper les besoins en transfusion

Certains patients et certaines chirurgies sont à risque de nécessiter le recours à une transfusion pendant la période périopératoire. Il est donc important de connaître ces particularités afin  d’avoir le temps d’appeler le donneur, de faire le prélèvement puis d’administrer au plus tôt le sang nécessaire. A savoir que le sang total se conserve 28 jours au réfrigérateur entre 1 et 5°C dans les poches de prélèvement spécifiques, contenant de l’ACD.

Les patients présentant déjà une anémie ou une chirurgie engendrant une perte sanguine importante (splénectomie lors d’hémo-abdomen) sont les patients pour lesquels le besoin en sang doit être anticipé. La décision de transfuser dépend principalement des signes cliniques (abattement, état de choc, tachypnée, tachycardie, pâleur des muqueuses), et moins des taux d’hémoglobine ou d’hématocrite.  Cependant, les animaux présentant un Hte < 15-20% ou hémoglobinémie < 5-6 g/dl peuvent bénéficier d’une transfusion avant la chirurgie, principalement si celle-ci risque d’être à l’origine de saignement important. Ce qu’il faut retenir est que la décision de transfuser se basera plus sur l’état clinique de l’animal et sur le type de chirurgie que sur une valeur "cut-off" d’hémoglobinémie.

La transfusion peut également avoir intérêt pour le traitement des coagulopathies avant une décision chirurgicale. L’intérêt est discutable lors de thrombopénies, le sang total n’apportant pas suffisamment de plaquettes pour restaurer une numération plaquettaire normale. L’indication de transfusion se fera alors plutôt suite à une chute de l’hémoglobinémie liée à des pertes secondaires à la thrombopénie.

La coagulopathie principale pouvant être présente avant une chirurgie nécessaire pour la stabilisation d’un patient est la coagulation intra vasculaire disséminée (CIVD), dans le cadre de processus tumoral ou de gros traumatisme par exemple. La transfusion permettra alors l’apport de facteurs de coagulation, de globules rouges, permettant une stabilisation temporaire avant la chirurgie. Cependant, le traitement de la cause est obligatoire en parallèle.

Toutes ces indications se retrouvent pour la période postopératoire, et le suivi des saignements par les méthodes échographiques FAST, le suivi de l’hématocrite, de la numération formule, mais surtout de l’état clinique de l’animal, sont autant d’aides pour une décision de transfusion.

II. Choix du donneur et bilan avant le don du sang

Les donneurs doivent être en bonne santé, être âgés de 1 à 8 ans et être correctement vaccinés. Le poids minimal classiquement décrit est de 20 kg et de 3,5 kg chez le chat. Cependant, des plus petits donneurs peuvent être utilisés en fonction de la quantité de sang nécessaire au receveur. Enfin les donneurs ne doivent jamais avoir été transfusés.

Chaque donneur est groupé (bandelette Alvedia® pour l’antigène DEA1) lors du premier don, puis une numération et formule sanguine, un frottis sanguin et un test 4Dx Idexx® chez le chien et FeLV-FIV chez le chat sont réalisés.

N’hésitez pas à valoriser les dons du sang et à proposer les groupages sanguins en routine, les gens adorent ça !

III. Groupages sanguins et compatibilité transfusionnelle

1. Groupes sanguins

a) Chez les chiens

Huit groupes sanguins sont dénombrés chez le chien, numérotés de 1 à 8 et précédés des initiales DEA pour Dog Erythrocyte Antigen. LLe système DEA1 (positif ou négatif) est le plus important en raison de son fort pouvoir antigénique. Les chiens DEA1- ne possèdent pas d’antigènes sur leurs GR, alors que les chiens DEA1+ en possèdent. Les chiens ne possédant pas d’allo-AC, ils ne feront pas ou peu de réactions transfusionnelles lors de la première transfusion. Cependant, les chiens DEA1- transfusés avec du sang DEA1+ vont synthétiser des AC anti-DEA1. Si ce chien est transfusé une seconde fois avec un chien DEA1+, il aura une réaction hémolytique grave.

Il existe plusieurs techniques de groupage sanguin : Quick Test® (Alvedia) utilisant la technique d’immuno-chromatographie, la carte DMS (CARD), basée sur une réaction d’agglutination avec un réactif et le Gel-Test utilisé dans le kit suisse DIAMED-IDTM (Micro Typing System, Giger 2005). Des études récentes comparant ces différentes techniques ont montré une bonne concordance des résultats avec cependant des différences chez les chiens souffrant d’anémie hémolytique à médiation immune. Une auto-agglutination peut gêner le typage par carte ou gel, elle interfère peu avec le Quick Test®.

L’ensemble des informations relatives au Quick Test que nous utilisons au SIAMU peuvent être retrouvés sur le site d’Alvedia : http://www.alvedia.com

b) Chez les chats

Les chats sont de type A, B ou AB. Les études épidémiologiques récentes montrent une proportion de 85 % de chats A, 13 % de chats B et 2 % de chats AB. Comme chez l’Homme, et contrairement au Chien, l’espèce féline possède des allo-AC sans exposition préalable à un produit sanguin. Ainsi, ces AC naturels peuvent conduire à une réaction transfusionnelle hémolytique lors d’une première transfusion incompatible.

Il existe deux kits de groupage disponibles dans le commerce (Rapid Feline Veth, DMS laboratoires, NJ [CARTE] et le test rapide, Alvedia®). Les deux kits utilisent des AC monoclonaux contre le type A et le type B. La technique donnant de meilleurs résultats en pratique en clientèle est l’immunochromatographie (Quick Test, Lab Test A+B, ALVEDIA®).

2. Compatibilité transfusionnelle et technique du cross-match

Les cross-match sont toujours recommandés si une réaction hémolytique a été notée au cours d'une première transfusion, si plus de 4 jours se sont écoulés entre la première et la deuxième transfusion, et si le passé transfusionnel du receveur est inconnu. Un cross-match est recommandé chez le chat avant une première transfusion en raison de l'identification d'AG tels que MiK et de la présence d’AC naturels.

Récemment une technique d’immuno-chromatographie a été commercialisée chez le chien (Alvedia®, https://www.alvedia.com/canine-quick-test-xm.html), et sera disponible prochainement pour le chat, facilitant la réalisation en pratique des cross-match.

IV. Le prélèvement de sang

1. Matériel

  • Kit d’asepsie cutanée, tondeuse
  • Gants stériles pour le préleveur
  • Poches de récolte du sang total

> Chien : poches prêtes à l’emploi avec anticoagulant Macopharma, France : MSE3500Q (250 ml), MSE6500Q (450 ml).

> Chat : poche de sang de 100 ml pour les chats chez Alvédia : http://www.alvedia.com/feline-blood-bags.html, ou une poche de NaCl 0,9% de 100 ml vide + une tubulure + un robinet 3 voies, une seringue de 60 ml ou 2 à 3 seringues de 20 ml en fonction du volume à prélever, une épicrânienne. Ces poches ne contenant pas d’anticoagulants, une solution anticoagulante (ACD) est aspirée dans la seringue de prélèvement à raison d’1 mL pour 7 mL de sang collecté. Puis, la quantité correspondant au volume de la tubulure de l’épicrânienne est injectée jusqu’à affleurement au niveau du biseau de l’aiguille, en mobilisant le robinet à 3 voies. L’ensemble du matériel nécessaire et la procédure de prélèvement sont également disponibles sur le site d’Alvedia.

2. Préparation du donneur

  • Sédation ou anesthésie du donneur.
  • Installation du donneur en décubitus latéral sur une surface en hauteur. Le côté choisi dépend de votre préférence pour les prélèvements. Les droitiers mettent généralement l’animal en décubitus latéral droit, et inversement pour les gauchers.
  • Tonte et asepsie cutanée en regard de la veine jugulaire.

3. Prélèvement

  • Faire remonter l’anticoagulant de la poche vers l’aiguille
  • Comprimer la veine jugulaire
  • Insérer l’aiguille dans la veine jugulaire (biseau en direction de la tête)
  • Laisser couler le sang dans la tubulure vers la poche tenue en contrebas, ou aspirer lentement avec la seringue en fonction de la technique utilisée
  • Assurer le mélange continu du sang et de l’anticoagulant par une tierce personne ou un système de mélangeur
  • Arrêter la compression et retirer l’aiguille à la fin du prélèvement. Comprimer 1 minute le site de ponction.
  • Laisser un peu de sang dans la tubulure, et thermocoller des segments de 5 cm afin de faire des prélèvements pour les éventuels cross-match plus tard, sans avoir à prélever du sang dans la poche.
  • Volume prélevé chez le chien : 15-20 ml/kg, volume prélevé chez le chat : 10-15 ml/kg

4. Soins au donneur

  • Surveiller le réveil
  • Lorsque le donneur est bien réveillé, proposer à boire et à manger
  • Appliquer une pommade sur le site de ponction si érythème.

 V. Administration des produits sanguins

1. Matériel

  • Produit sanguin
  • Transfuseur avec filtre (Infusomat Space Tubulure, BBraun)
  • Robinet trois voies et prolongateur (la voie veineuse est dédiée)
  • Moniteur pour surveiller l’ECG et la pression artérielle (PA)
  • Fiche de suivi de transfusion

2. Choix du volume à administrer

Beaucoup de formules ont été étudiées pour calculer le volume de sang à administrer pour augmenter l’hématocrite du receveur dans certaines proportions. Vous pouvez retenir que le volume recommandé est de 20 ml/kg de sang total et permet l’augmentation de l’Hte du receveur d’environ 10% ((Hte du donneur : 35-45%). Cependant, l’efficacité réelle dépend également des pertes sanguines associées, et l’évolution clinique du receveur reste encore une fois l’élément principal de décision de continuer à transfuser.

Étant donné la difficulté d’obtention de sang chez le chat et le chien et pour éviter tout gâchis, il est important de déterminer au préalable la quantité de sang souhaitée, de prélever ce volume sur le donneur, et d’administrer toute la poche au receveur.

3. Réalisation et suivi de la transfusion

Commencer la transfusion de sang à 1 ml/kg/h et réaliser un examen clinique avec mesure de la PA toutes les 5 min. Il n’est pas nécessaire, voir décommandé, de perfuser un cristalloïde isotonique en parallèle de la transfusion, l’augmentation de la volémie étant déjà importante avec la transfusion. Le Ringer lactate est à proscrire en raison du risque de précipitation du calcium avec le citrate contenu dans l’anticoagulant. Ainsi, lors d’utilisation d’un cristalloïde en parallèle à la transfusion, seul du NaCl 0,9% doit être utilisé.

Augmenter régulièrement le débit de la transfusion de sang par incrément de 1ml/kg/h jusqu’à atteindre 5 à 10 ml/kg/h. Calculer le débit afin que la transfusion passe en 3-4 heures. Une transfusion NE DOIT PAS durer plus de 4 heures, l’augmentation du risque de contamination septique étant très important après cette durée.

Surveiller toute modification éventuelle des paramètres de l’examen clinique et de la PA, En cas d’agitation, d’inconfort, de tachypnée, de vomissement ou de prurit, la transfusion doit être stoppée immédiatement et une fluidothérapie NaCl 0,9% mise en place. L’administration préventive de corticoïdes pour éviter la formation d’iso-anticorps n’est pas efficace. L’intérêt de l’antibiothérapie n’a pas été démontré.

Fin de transfusion

Brancher une poche de 100 ml de NaCl 0,9% sur la tubulure dédiée à la transfusion de sang à un débit identique à celle-ci en fin de transfusion afin d’administrer le volume sanguin qui reste dans la tubulure. Débrancher le matériel de transfusion et continuer la fluidothérapie après avoir en avoir ajusté le protocole en fonction de la volémie du patient.

Soins au receveur

Surveiller tous les signes d’une réaction post-transfusionnelle, qui peuvent apparaître jusqu’à 24 heures après la transfusion. Il n’est pas nécessaire de réaliser un contrôle NF en fin de transfusion, il est préférable de se baser sur l’amélioration clinique ou non.

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Pas de conflit d'intérêt déclaré.