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Troubles induits par l'administration d'implants de desloréline et de mélatonine chez le mâle et chez la femelle

Xavier LEVY
Vétérinaire
Isle Jourdain France

I. Troubles induits par l'utilisation d'implant de GnRH

1. Chez la femelle

L’implant de desloréline est utilisé « hors AMM » afin de contrôler le cycle œstral, soit en inhibant une nouvelle vague folliculaire (prévention de l’œstrus), soit en induisant une nouvelle vague folliculaire (induction de l’œstrus). Bien évidemment l’effet désiré dans un cas est indésirable dans le second (voir présentation relative). Les troubles induits liés à l’utilisation d’implant de GnRH sont peu fréquents mais restent néanmoins possibles. Il est recommandé d’exclure certaines affections qui pourraient être favorisées par l’effet « flare up ».

Induction de chaleurs persistantes

Il est rapporté de très rares cas de chaleurs persistantes consécutifs à la pose d’un implant de Suprélorin® 4,7 mg. Dans la littérature les chaleurs s’interrompent rapidement après le retrait de l’implant, mais des cas isolés présentent une persistance des chaleurs ne rétrocédant que lors de l’ablation des ovaires. Dans nos données personnelles, sur 2 des 3 chiennes présentant un œstrus persistant, aucun kyste folliculaire n’a pu être mis en évidence (par échographie et histologie). Aucune des femelles ne présentait d’antécédent pathologique.

Anœstrus « persistant »

La durée d’action de l’implant dépend de l’espèce (chat > chien), de la taille de l’animal (+ l’animal est petit, + l’efficacité est prolongée), de l’âge de la femelle (pré ou postpubère), mais aussi de facteurs individuels encore non identifiés. Dans l’espèce féline, un anœstrus persistant (> 48 à 96 mois) est parfois rapporté après la pose d’un implant unique. Dans cette espèce, il est recommandé d’avertir l’éleveur sur ce risque (traitement sous décharge), et dans la mesure du possible de retirer l’implant après quelques mois (quatre mois par exemple).

Hyperplasie glandulo-kystique et pyomètre

Il est recommandé d’évaluer l’absence de lésion utérine avant l’induction d’un nouveau cycle œstral. Une imprégnation œstrogénique (et progestéronémique) chez une femelle souffrant d’une HGK ou d’une endométrite sub-clinique pourrait favoriser le déclenchement d’un pyomètre. Aucun cas n’est rapporté dans la littérature à ce jour.

Incontinence urinaire de castration

Le Suprélorin® est utilisé comme traitement de seconde intention lors d’incontinence de castration (voir conférence : incontinence de castration). Néanmoins, quelques rares cas décrivent l’apparition d’une incontinence après la pose d’un implant. L’incontinence a cessé quelques semaines après le retrait « prématuré » de l’implant.

Augmentation de l’appétit et prise de poids

La castration médicale induit aussi une réduction du métabolisme et une dérégulation du centre de la satiété tant chez la femelle que chez le mâle. Ainsi, il est nécessaire de réduire l’apport calorique et de maitriser la distribution de l’aliment pendant la durée d’action de l’implant (individu-dépendant).

Report de la fermeture des cartilages de croissance

L’administration d’un implant en période prépubère entraîne le même report de la fermeture des épiphyses que l’ablation des gonades sexuelles (mâle et femelle). Aucune étude ne rapporte à ce jour une influence de ce report sur des maladies ostéo-articulaires (dysplasie, RLCrA, etc.).

2. Chez le mâle

L’action agoniste du Suprélorin® induit une augmentation transitoire de la testostérone et de ses dérivés (DHT notamment). Ainsi, l’implant peut aggraver dans les premiers jours des signes cliniques chez un chien souffrant d’une maladie prostatique (HBP, prostatite, etc.), d’une tumeur hormono-induite (adénome des glandes périanales), ou encore d’une balanoposthite (sécrétion excessive de smecma). Un cas d’orchite postimplantatoire a été observé sur un chien souffrant d’un leydigome (données personnelles).

Le principal effet indésirable redouté est une augmentation de l’agressivité intra- et inter-spécifique dans les premiers jours postimplantation. Il est nécessaire de prendre des précautions particulières (gestion du territoire, comportement, et traitement médicamenteux) chez un chien « mordeur » ou encore chez des chiens vivant en meute.

II. Liés à l’utilisation d’implant de mélatonine chez la chatte

La chatte domestique est une espèce à polyœstrus saisonnier, soumis à l’influence de la lumière. Cette influence est sous la régulation « inhibitrice » de la mélatonine (N-acétyl-5-méthoxytryptamine), produite et sécrétée par la glande pinéale du système nerveux central (SNC) pendant la phase d’obscurité ; 15 fois plus élevées pendant la nuit que lors des phases d’éclairement.  

Le premier trouble induit par l’administration d’un implant de mélatonine (Mélovine®18 mg) est l’absence d’efficacité, avec la survenue d’un œstrus potentiellement fertile. Sur une étude portant sur 18 chattes, 6 ont développées un œstrus dans les jours post-traitement dont une a été saillie et mis bas normalement. Bien qu’en moyenne, l’efficacité soit de 2 à 4 mois sur une chatte implantée en inter-œstrus, une absence d’efficacité est très régulièrement rapportée (environ un tiers des cas). Certaines études semblent aussi faire suspecter une réduction de l’efficacité lors de traitements consécutifs (probablement par désensibilisation hypohysaire).

La mélatonine possède d’autres propriétés : modulation de l’humeur et du système immunitaire, régulation de la température corporelle et de la motricité intestinale. Elle possède également une action vasodilatatrice, vasoconstrictrice et proinflammatoire. Ces effets physiologiques pourraient ainsi entraîner des troubles chez la chatte, à l’instar de celles décrites chez la femme (céphalées, vertiges, somnolence, cauchemars, irritabilité, tremblements, migraines, nausées, vomissements, douleurs abdominales).

Des études non encore publiées rapportent des effets indésirables limités et dose-dépendants chez la chatte. Ces effets se manifestent uniquement après l’administration orale quotidienne d’une dose d’au moins 20 mg/chat/j. Les principaux signes sont : une apathie/prostration et une dysorexie. Aucun effet secondaire n’est rapporté lors de l’administration d’un implant de Mélovine18mg®.

A lire

  • Kaya D. Clinical use of deslorelin implants for the long-term contraception in prepubertal bitches: effects on epiphyseal closure, body development, and time to puberty. Theriogenology. 2015, 15;83(7):1147-1153.
  • Goericke-Pesch S. Long-term effects of GnRH agonists on fertility and behaviour. Reprod Domest Anim. 2017; 52 Suppl 2:336-347.
  • Clinical Use of GnRH Agonists in Canine and Feline Species E Fontaine and A Fontbonne
  • Maenhoudt C et coll. Results of GnRH agonist implants in oestrous induction and oestrous suppression in bitches and queens. Reprod Domest Anim. 2012 Dec;47 Suppl 6:393-397.
  • Schäfer-Somi S. Effect of melatonin on the reproductive cycle in female cats: a review of clinical experiences and previous studies. J Feline Med Surg. 2017 19(1):5-12.
  • Kutzler MA Alternative methods for feline fertility control: Use of melatonin to suppress reproduction. J Feline Med Surg. 2015, 17(9):753-760
Pas de conflit d'intérêt déclaré.