bandeau congres

Exporter en PDF

Incontinence liée à la stérilisation

Xavier LEVY
Vétérinaire
Isle Jourdain France

L’incontinence après stérilisation correspond à la manifestation clinique d’une incontinence (émission involontaire d’urines) dans les semaines à années suivant l’ablation des gonades sexuelles, sans autre anomalie du bas appareil urinaire associée (lithiase, néoplasie, infection, malformation, etc).

Quelques rappels physiologiques

La continence est assurée par la contraction des deux sphincters urétraux (sphincter interne lisse >> externe strié) et la distension passive de la vessie (par relâchement du muscle détrusor). Le système orthosympathique (principalement nerf hypogastrique) contrôle majoritairement la rétention urinaire et le système parasympathique la vidange (nerf pelvien).

Épidémiologie

L’incontinence de castration (IC) apparaît chez 8 à 20% des chiennes stérilisées. Plus de trois quarts des chiennes sont incontinentes dans les trois années suivant la stérilisation, mais le délai peut varier de trois mois à dix ans. Les chiennes à risques sont surtout de grande taille : moins de 10 % des chiennes de moins de 20 kg, 25 à 30% des chiennes de plus de 20 kg. Certaines races sont fortement prédisposées et influent sur l’incidence globale: Boxer (jusqu’à 65% des femelles stérilisées), Dobermann, Schnauzer géant, Rottweiler, Setter irlandais et Bobtail.

A l’inverse, le Labrador retriever et le Berger allemand semblent rarement affectés.

L’IC est rare chez le mâle et l’âge d’apparition moyen plus tardif (6 ans). Le délai d’apparition semble extrêmement variable, en moyenne de 22 semaines (Lévy, Maurey et Combrisson 2008).

Facteurs de risque

La technique opératoire de stérilisation (OV vs OH) n’influe pas sur le risque d’IC.

Le risque ne semble pas modifié, que la chienne soit stérilisée avant ou après ses premières chaleurs. Cependant, la castration précoce (avant 4 mois) semble augmenter la gravité de l’incontinence et la difficulté à la traiter. Il convient donc d’être prudent sur la recommandation de la castration précoce chez les chiennes à risque.

Le degré d’incontinence peut être aggravé par un excès de poids: la graisse intra-abdominale augmente la pression abdominale lors du couchage.

Pathogénie

La pathogénie est encore mal comprise, cependant le risque de développer une IC est multiplié par 8 chez une chienne ovariectomisée: il y a donc un rôle direct entre l’ICet l’ovariectomie.

Les oœstrogènes amplifient la pression urétrale en augmentant le nombre et la sensibilité des récepteurs a-adrénergiques des cellules musculaires lisses du sphincter urétral. Néanmoins, l’absence d’œstrogène n’explique pas à elle seule l’IS: 2/3 des chiennes seulement répondent à une supplémentation en œstrogène; la transplantation de tissu ovarien ne résout la solution que dans 20% des cas; la concentration en œstrogènes chez la chienne stérilisée incontinente est proche de chez la chienne en anœstrus.

La LH et la FSH sont nettement augmentées chez la chienne stérilisée. Cependant de récentes études semblent invalidér leur implication dans l’IC.

Un défaut de compliance vésicale semble pouvoir favoriser une IC, mais ne suffit pas à lui seul à expliquer une IC.

L’urètre est plus court chez la chienne stérilisée: la vessie prend alors une position davantage pelvienne. Les pressions abdominales deviennent alors moins importantes sur l’urètre et renforcées sur la vessie au moment du couchage. Ceci explique une incontinence qui apparaît principalement lors du couchage. Ceci est démontré chez le chien mâle (Power et coll.; Lévy, Maurey et Combrisson 2008)

Modalités diagnostiques

Les signes cliniques sont souvent très évocateurs de ceux d’un défaut de stockage: chienne présentant des pertes par flaque sur le lieu de couchage, associées à des mictions normales avec mise en position. Une dermatite de la zone périvulvaire est souvent notée: léchage intensif de la zone, papules et érythème, pertes vulvaires en cas de vestibulite (+- vaginite) associée.

Chez le mâle, l’incontinence se traduit par des pertes en «goutte à goutte» pendant la marche.

Chez un jeune chiot, il est nécessaire d’écarter une malformation congénitale associée (uretère ectopique par exemple) ou un défaut de compliance vésicale (pollakiurie aggravée par un «stress»: pipi de joie). Une contamination bactérienne vésicale peut parfois réduire l’efficacité thérapeutique et doit donc être exclue par un examen cyto-bactériologique urinaire.

Traitements médicaux

Différents traitements médicaux sont possibles. Chez la femelle, l’Incurin® (œstriol) a été longtemps le traitement de première intention. En effet, la guérison confirme l’origine hormonale. Néanmoins, ces effets secondaires (sécrétions vaginales et attraction des mâles notamment) et sa moindre efficacité que d’autres molécules (voir infra) n’en font plus le traitement de choix.

Les alpha mimétiques sont les molécules de choix de nos jours. La phénylpropanolamine (Propalin®) et l’éphédrine (Enurace®) ont une très grande efficacité chez la chienne (90%) mais moindre chez le mâle (50%). Les doses et rythme d’administration peuvent être en général diminués dans le temps.

L’association Propalin® et Incurin® semble dénuée d’intérêt (absence d’amélioration sur la pression urétrale maximale de clôture par rapport à une monothérapie).

L’acétate de desloréline (Suprélorin 4,7 mg®) améliore l’incontinence chez deux tiers des chiennes. Le principe actif semble augmenter la compliance vésicale. Le traitement pourrait être intéressant en association avec un alphamimétique.

Traitements chirurgicaux

Colposuspension : l’objectif est de repositionner la partie crâniale de la vessie et l’urètre proximal dans le caisson abdominal: on augmente la pression maximale de clôture urétrale ainsi que la longeur de l’urètre effective. Résultats: 55% de guérison, 35% d’amélioration (étude sur 150 cas).

Déférentopexie et prostatopexie(idem que colposuspension): 3/7 chiens améliorés par déférentopexie. 1/9 guéri et 4/9 améliorés par prostatopexie.

Injection de collagène: l’injection de collagène dans la sous-muqueuse vésicale par voie endoscopique montre une efficacité d’environ 70% des cas. Il est parfois utile de réitérer l’injection au bout d’un an. La principale limite est le coût du collagène (réticulé): environ 800 euros la dose.

Acupuncture

Des données non publiées (d'après François Gonneau) semblent montrer un effet favorable de l'acupuncture sur la résolution temporaire de l'IC. Un traitement permet parfois de guérir l'incontinence pendant plusieurs mois sans autre traitement associé

A lire :

  • Aaron A. et al. Urethral sphincter mechanism incompetence in male dogs: a retrospective analysis of 54 dogs. Vet Record, 1996, 139, 542-546
  • Power C. Et al. Urethral sphincter mechanism incompetence in the male dogs: importance of bladder neck position, proximal urethral length and castration. Journal of Small Anim Pract, 1998, 39, 69-72
  • Levy X, Combrisson H., Maurey-Cuenec C, Urethral sphincter mechanism incompetence in neutered male dogs: a retrospective study in 32 dogs. Proceedings 5th EVSSAR annual symposium, Vienne, Austria, 2008, p.43.
  • Owen L. Urinaryincontinenceindogs. Vet Rec.2016 10;179(10):260
  • Forsee KM1,Davis GJ et al. Evaluation of the prevalence of urinaryincontinencein spayed femaledogs: 566 cases (2003-2008). J Am Vet Med Assoc.2013 Apr 1;242(7):959-962
  • de Bleser B1,Brodbelt DC,et al. The association between acquired urinary sphincter mechanism incompetence in bitches and early spaying: a case-control study. Vet J.2011 Jan;187(1):42-7.
Pas de conflit d'intérêt déclaré.